Part 1
ÉCRITS SPIRITUELS DE Charles de Foucauld
ERMITE AU SAHARA APOTRE DES TOUAREGS
PRÉFACE DE M. RENÉ BAZIN de l’Académie française
13e MILLE
PARIS J. DE GIGORD, ÉDITEUR 15, RUE CASSETTE, 15
1924
Il a été tiré de cet ouvrage 100 exemplaires sur papier pur fil des Papeteries Lafuma, à Voiron numérotés de 1 à 100
[Illustration: LE PÈRE CHARLES DE FOUCAULD avec un petit esclave qu’il vient de racheter (Première année du séjour à Béni-Abbès)]
_Nihil obstat Lutetiæ Parisiorum Die IV Maii Anno MCMXXIII_ Y. DE LA BRIÈRE _Cens. dep._
_Imprimatur Parisiis, die Ia Junii 1923_ E. THOMAS _vic. gen._
Copyright 1923 by J. de Gigord.
Droits de reproduction et de traduction réservés pour tous pays.
PRÉFACE
Avant de raconter l’histoire mouvementée de Charles de Foucauld, je puis dire que j’avais suivi, jour par jour, l’explorateur du Maroc, le novice de Notre-Dame des Neiges, le trappiste d’Akbès, le serviteur des Clarisses de Nazareth et de Jérusalem, l’ermite de Béni-Abbès, celui des montagnes du Hoggar, et que je l’avais vu mourir, tant étaient nombreux et sûrs les documents mis à ma disposition[1]. Aujourd’hui que Charles de Foucauld a beaucoup d’amis par le monde, ceux-ci voudraient connaître quelques-uns des écrits légués par lui aux Pères Blancs. Ils m’écrivent de tous côtés: «Pourquoi, dit l’un, ne pas éditer les quatre cahiers de la retraite faite à Nazareth en 1897? Est-ce que l’_Essai pour tenir compagnie à Notre-Seigneur Jésus_ est déjà imprimé?» Un autre demande les _Méditations sur l’Évangile_. Beaucoup souhaiteraient de connaître le recueil dont le titre évoque toute la lumière du sud, toute sa misère, et la douceur du Christ: _l’Évangile présenté aux pauvres du Sahara_.
[1] _Charles de Foucauld, explorateur du Maroc, ermite au Sahara_, avec un portrait, un fac-simile d’autographe et une carte-itinéraire, par René Bazin, de l’Académie française, un volume petit in-8º de 478 pages, Paris, Plon-Nourrit, éditeurs.
Non, aucun de ces documents, aucun de ceux qui ont pu être cités aux dernières pages de la biographie, dans l’index des sources consultées, ne saurait faire l’objet d’une publication intégrale. Rien n’a été composé pour être connu du monde. Rien ne forme traité. Dans la paix nocturne de la terre sainte ou des déserts de l’Afrique, lorsque Frère Charles, dans sa cabane ou sous un toit de roseaux, approchait, de la fenêtre unique, la caisse de bois qui lui servait de table, et, pour ménager l’huile, écrivait à la lueur des étoiles, il se reprenait souvent à méditer un thème ancien, dont il avait parcouru déjà les routes et les sentiers, et connu la grandeur aux jours lointains de la Trappe. Bien souvent, par une pente naturelle, la méditation devenait colloque. Nourri de la lecture des saints, particulièrement des œuvres de St Jean Chrysostôme, de Ste Thérèse et de St Jean de la Croix, il s’efforçait d’appliquer, à son état particulier, ce qu’il trouvait là, en abondance, de doctrine et de conseils. Le nom de théologien ne lui convient pas, mais, dans l’intelligence et l’amour de la croix, dans la recherche de la volonté de Dieu et de l’oubli de soi-même, il a été, sans doute, l’égal de plusieurs maîtres de ces sciences difficiles, comme il fut le premier, théoricien et praticien tout ensemble, à enseigner aussi parfaitement l’art d’apprivoiser nos frères musulmans, de vaincre par la charité leurs préjugés séculaires, de faire bénir le nom chrétien par ceux qu’il effarouche, de les amener peu à peu, avec une tendresse infinie, à cette vérité dont Frère Charles était, parmi les tribus nomades, le témoin unique et l’unique voix.
A peine un ou deux recueils ont-ils été destinés aux successeurs inconnus qu’il a, toute sa vie, inutilement appelés, et qui ne vinrent jamais vivre avec lui, sur une route de caravane, à proximité d’un de ces puits dont il notait, dans son diaire, la profondeur et la qualité de l’eau, ne manquant guère d’ajouter, si la nappe était pure et constante: «Une fraternité pourrait avantageusement être établie ici.»
On imagine aisément ce qu’aurait pu être cet _Évangile présenté aux pauvres du Sahara_, si l’ermite voyageur, le «grand semeur dont nul n’a pu compter les pas», avait été, le moins du monde, un «auteur». Nous aurions une suite de récits évangéliques contés à la manière orientale, où la personne du conteur ne serait pas oubliée, non plus que le paysage, ni la physionomie des auditeurs, nomades ignorants, ardents et cauteleux, écoutant une histoire. Mais Frère Charles! L’idée même d’une semblable composition ne lui serait jamais venue! Il ne pensait ni à la librairie, ni à la gloire. Il lui a suffi de mesurer, d’après son expérience, la dose de vérité que les «pauvres du Sahara» peuvent supporter, ce que ces âmes enténébrées peuvent recevoir de lumière, sans se contracter et se fermer comme des prunelles violentées par l’éclat subit du jour, et de mettre en ordre les enseignements du Christianisme, pour les mieux présenter au monde musulman. A la première page de ces vingt et une conférences, qui furent écrites en 1903, à Béni-Abbès, il a mis lui-même, au-dessous du titre: «Petite introduction au catéchisme». C’est cela même. Tout l’intérêt de l’ouvrage consiste dans l’ordre des sujets traités. La première leçon est consacrée à Dieu. En prononçant le nom de Dieu, entendu comme Toute Puissance spirituelle, on ne heurtera pas la foi coranique, et ainsi les hommes de l’Islam comprendront d’abord qu’il y a, entre le catholicisme et leur religion, ce commun dogme de Dieu unique. Plus tard, à la huitième leçon, sera exposé le dogme de la Trinité, qui heurte l’esprit musulman; à la neuvième, celui de l’Incarnation; plus tard encore viendront les commandements de Dieu, les commandements de l’Église, l’explication de la Croix, et tout à la fin, devant des esprits qu’on suppose gagnés à la foi ou tentés par elle, le mystère des mystères sera révélé, et le désert entendra parler de la sainte Eucharistie. Là, je le répète, est l’originalité de l’_Évangile présenté aux pauvres du Sahara_. La forme est toute simple, toute semblable à celle d’un catéchisme élémentaire, si ce n’est en un point, où se retrouve la haute coutume de l’Orient: toutes les fois que le nom de Dieu est prononcé, l’auteur, libre du mouvement de son cœur et sûr d’être compris, ajoute: «_Qu’Il soit exalté! Il n’y a de Dieu que Lui!_» Et c’est pourquoi, dans la neuvième leçon évangélique, ayant raconté la venue en ce monde du Fils de Dieu fait homme, il répétera, affirmant cette fois, tout ensemble, le dogme de l’Unité, celui des Trois Personnes, celui de l’Incarnation, celui de la Rédemption: «Qu’il soit glorifié! Il n’y a de Dieu que Lui!» Ces acclamations, toutes belles qu’elles sont, ne suffisaient pas à l’âme miséricordieuse de Charles de Foucauld. Craignant que les gens du désert ne comprissent pas tout le sens qu’elles enferment, il en ajoutait une autre, et commençait chacune des vingt et une leçons de catéchisme par cette formule: «_Mon Dieu, faites que tous les hommes aillent au ciel!_» Indéniables beautés de détail: mais l’ouvrage, on le voit, ne peut faire l’objet d’une publication, en France, et de notre temps.
Il en va de même des cinq cahiers qui portent pour titre: _Essai pour tenir compagnie à Notre-Seigneur Jésus_. Depuis sa conversion, Charles de Foucauld n’avait cessé de méditer les Évangiles; il les connaissait à merveille; à Nazareth, dans sa cabane de bois, il entreprit de copier, pour lui-même, les textes qui peuvent plus particulièrement convenir à chaque jour de l’année, en commençant par le premier dimanche de l’Avent. Souvent, il les reliait l’un à l’autre, par de courtes phrases. La campagne de Galilée était devant ses yeux; il l’avait plus d’une fois parcourue, et la connaissance qu’il avait de la géographie de la Terre Sainte apparaît dans la notation des itinéraires divins. Je lis ces mots, par exemple, à la date du 21 décembre: «La Sainte Vierge et Saint Joseph quittent, ce matin, Nazareth, pour aller à Bethléem. Ils traversent la plaine d’Esdrelon, et reçoivent probablement, le soir, l’hospitalité dans la région d’Engannim, vers Djenin ou Zebabda... Comme ils contemplent et adorent Jésus, tout le temps, et en marche et au gîte, et le jour et la nuit!»
On ne s’étonnera donc pas de ne voir ni l’_Évangile présenté aux pauvres du Sahara_, ni l’_Essai_ parmi les sources du présent recueil. Le volume que nous publions, sous le titre d’_Écrits spirituels_, est composé de fragments principalement empruntés aux _Méditations sur l’Évangile_, à la correspondance, aux cahiers de retraites. Les retraites furent un des grands moyens de persévérance et d’avancement dans la vie spirituelle auxquels eut recours Charles de Foucauld. Il en fit quatre avant de se décider à quitter le monde et à obéir à la voix qui l’appelait au service plus étroit du Christ; il en fit à Nazareth, à Jérusalem, à Ephrem, à Béni-Abbès, à In-Salah, à Tamanrasset, autant dire chaque année. Moments qu’il désirait et qu’il aimait, étant un passionné de la solitude,--les cahiers sont remplis des témoignages de la jubilation de l’ermite «enfin seul»;--temps nécessaire aussi de l’examen et de la résolution. Songez qu’il n’avait aucun conseil ou secours moral à attendre des hommes; qu’autour de lui le désordre des mœurs, l’ignorance, l’orgueil, étaient universels; que, pour lui-même et pour le bien de ses ouailles, il avait toujours quelque décision grave à prendre, et qu’en aucun cas la paix ne devait être troublée, la paix, toute sa force, le bien suprême acheté au prix de l’abandon de tous les autres. Alors, il se retirait à l’écart, il fermait aux visiteurs son ermitage, et, pendant huit ou dix jours, tenait devant Dieu son âme attentive et fervente. Comme il goûte l’absence de ses semblables et la présence de Dieu! On lira les notations poétiques dont sont parsemées ses méditations, quand il entend la pluie tomber sur la Judée ou que les étoiles voyagent au-dessus des routes où passèrent les bergers, les Mages, le Baptiste et les foules acclamant le Fils de l’homme.
Ces notes poétiques ne sont cependant pas communes dans les _Écrits spirituels_. Elles eussent été abondantes, sans nul doute, s’il avait eu l’intention de composer un ouvrage pour le public; elles étaient dans sa manière, et je n’en veux pour preuve que les paysages sobres, mais d’une jolie couleur et d’un relief juste, qu’il a multipliés dans le livre de sa jeunesse, _Reconnaissance au Maroc_. Mais ce ne sont pas des paysages, des harmonies précieuses à l’oreille, des images, des périodes enchaînées rigoureusement et qui forment un filet où les âmes sont prises, en un mot ce n’est pas l’émotion d’un grand style qu’on viendra chercher dans ces pages, qui ne sont, au vrai, que la prière habituelle et familière d’une âme adoratrice. L’ermite n’écrivait que pour lui-même, n’hésitant pas à se répéter, à citer de nouveau les textes, les thèmes qui lui plaisaient le plus, et à faire là-dessus les réflexions et examens dont il avait l’habitude. J’ai dû choisir les pages, remplacer par des points les passages ou les mots supprimés, faire, en somme, la mise au point dont il ne se souciait guère.
Si l’on veut définir, à présent, le mérite des _Écrits spirituels_, je ferai observer, tout d’abord, que nulle part, dans ces cahiers intimes, ou ces lettres, on ne rencontre un mot douteux, ou simplement un certain goût de s’étendre sur les désordres du passé, sur les dangers du monde abandonné, sur le remords même, par quoi se serait révélée une certaine complaisance. J’ai parcouru un nombre immense de feuillets, écrits par Charles de Foucauld dans l’intervalle qui sépara la conversion de la mort, et je n’ai rien trouvé que de parfaitement pur. Tous les brandons de l’ancien feu étaient morts. Phénomène singulier, qui porte à croire que l’officier de chasseurs d’Afrique, le jour où il entra, inopinément, dans le confessionnal de l’abbé Huvelin, à Saint Augustin, fut l’objet d’une grâce extraordinaire. Je n’ai pas l’autorité qu’il faudrait pour en juger, mais je suis sûr que beaucoup de lecteurs ont eu la pensée que j’indique ici.
Les autres caractères de ces écrits me paraissent être: une foi entière, invincible, romaine comme il dit; une piété tendre et pareille, en vérité, à celle des enfants qui accourent, les bras levés, les mains levées, vers ceux qu’ils aiment; une humilité totale, fondée, au contraire, sur l’expérience de la vie; enfin les mots de bravoure, d’un ton très personnel, et qui sont nombreux chez lui, et magnifiques.
La diversité des saints est l’un des signes visibles de l’extrême richesse spirituelle de l’Église. Dans l’exercice des vertus recommandées à tous les chrétiens, ils mettent quelque chose de leur tempérament, de leur sang, de leur métier ou vocation, et, il faut l’ajouter, de la grâce divine d’où le monde est sorti, avec ses nuances infinies. Il n’y a pas deux feuilles d’arbre qui se ressemblent, il n’y a pas de saint qui soit tout pareil à un autre. Charles de Foucauld a dit deux sortes de paroles qui valent d’être conservées dans les greniers publics où les hommes vont chercher le blé pur, vanné et bon pour la semence. Il a eu des mots de dilection tout à fait délicieux, pour saluer les anges, les saints, la Vierge Marie, et avant tous le Maître dont il était le converti, l’ami, le chevalier. Chevalier, il l’était, comme tous, par le baptême, mais la race parlait en lui, et le soutenait aussi. Plusieurs de ses parents, de ses camarades, de ses amis, m’ont raconté que jamais l’enfant, l’officier, le trappiste, l’ermite n’eut peur. De là, jetées dans le texte des méditations, des retraites ou des lettres, bien des phrases dignes de mémoire, relevantes, héroïques, vraies devises pour de moins fortes âmes, qui s’efforceront d’imiter celle-là. J’en veux citer plusieurs. Elles furent écrites en des temps différents: mais quelle unité!
«Il faut que je me cramponne à la vie de foi.»
«Cela, (aller, au nom du Christ, parmi les infidèles) devrait tenter bien des âmes, car c’est presque la gloire qui leur est offerte, les dangers étant grands...»
«Ne pas plus s’occuper de la santé, ou de la vie, que l’arbre d’une feuille qui tombe.»
«Réserver toutes mes forces pour Dieu.»
«La faiblesse des moyens humains est une cause de force.»
«Jésus est le maître de l’impossible.»
«C’est une des choses que nous devons absolument à Notre-Seigneur de n’avoir jamais peur de rien.»
On peut, hélas, lire bien des livres sans rencontrer une ligne qui approche de celles-là!
René BAZIN.
ÉCRITS SPIRITUELS
DE
CHARLES DE FOUCAULD
PREMIÈRE PARTIE
Le Trappiste
Trois ans après sa conversion, le 16 janvier 1890, le vicomte Charles de Foucauld entrait à la Trappe de Notre-Dame des Neiges, en Ardèche. Il avait demandé qu’après six mois de noviciat, on l’envoyât dans le plus pauvre et lointain monastère d’Asie Mineure, et partit pour la trappe d’Akbès, en Syrie, le 17 juin 1890. Il y demeura jusqu’en février 1897.
Les lettres qui vont suivre sont empruntées à la correspondance de Charles de Foucauld, devenu Frère Marie Albéric. Elles sont datées de l’une ou l’autre Trappe.
Trappe de N.-D. du Sacré-Cœur (Syrie), 18 août 1891.
A un Trappiste.
«Peut-on plaindre celui qui fait la volonté de Notre-Seigneur? Y a-t-il quelque chose de plus doux au monde que de faire la volonté de Celui qu’on aime? Et si, dans l’exécution, on trouve quelque peine, alors la douceur est double!...»
7 février 1891.
A un Trappiste.
«Notre repos, c’est de nous réjouir du bonheur infini de Dieu et, en regardant un peu plus bas, de nous réjouir de nos croix et d’en désirer toujours davantage, car, par là, nous avons le bonheur de L’imiter et de Lui prouver notre amour, choses si chères à un cœur qui aime! Ni le bonheur, ni Dieu, ni les croix, ne nous manqueront jamais...»
15 août 1891.
A un ami (à propos de l’anniversaire de sa naissance).
«Toutes les dates semblent dire au revoir et parler de l’éternel retour, toutes semblent crier que Notre-Seigneur Jésus ne sera pas éternellement caché à ses pauvres enfants, et celle-là parle du ciel avec plus de force que les autres. Il est si bon de se dire, quand on est, comme je le suis si souvent, si horriblement froid, tiède et distrait devant le Tabernacle, que le jour viendra enfin où ce Seigneur que nous voudrions tant aimer nous apparaîtra dans sa Beauté, et que nous L’aimerons enfin... Il fait bon sentir passer les jours! Qui sait ce qui nous reste à vivre? Que ce soit peu ou beaucoup, puisse Notre-Seigneur agir Lui-même en nous, afin que ce reste de vie soit tout à Lui, tout pour Lui, tout pour la consolation de Son Cœur!...»
29 novembre 1896.
«Quand on aime, on voudrait parler sans cesse à l’être qu’on aime, ou au moins le regarder sans cesse; la prière n’est pas autre chose: l’entretien familier avec notre Bien-Aimé. On Le regarde, on Lui dit qu’on L’aime, on jouit d’être à Ses pieds, on Lui dit qu’on veut y vivre et y mourir...»
MÉDITATIONS SUR L’ÉVANGILE
(Extraits)
Les Méditations dont nous donnons ici quelques extraits, se rapportent toutes à deux sujets: la prière et la foi. Charles de Foucauld les écrivit pendant le temps qu’il vécut à la Trappe, plus particulièrement, croyons-nous, pendant qu’il séjourna en Asie Mineure, dans la Trappe d’Akbès. On remarquera qu’il prend, dans chaque évangéliste, d’abord dans saint Mathieu, puis dans saint Marc, puis dans saint Luc et dans saint Jean, les textes qui se rapportent à l’entretien de l’âme avec Dieu; il fera de même en ce qui concerne la foi.
I
PRIÈRE
Évangile selon St MATHIEU, Ch. 4, v. 10.
«Tu adoreras le Seigneur ton Dieu.» C’est Vous qui nous le dites, mon Seigneur et mon Dieu; c’est la première parole sortie de Votre bouche touchant la prière, qu’on trouve dans l’Évangile; c’est aussi le principal, le fond de nos prières: adorer, se mettre à Vos pieds, sous Vos pieds, comme un néant, comme une poussière bonne seulement à être sous Vos pieds, mais une poussière pensante, une poussière aimante, une poussière qui Vous admire, qui Vous vénère, qui Vous aime passionnément, qui baise et embrasse Vos pieds en étant foulée par eux, se fond en amour et en vénération devant Vous...
Voilà mon premier devoir envers Vous, mon Seigneur et mon Dieu, mon Maître, mon Créateur, mon Sauveur, mon Dieu Bien-Aimé!...
C’est pour me perfectionner et perfectionner mon prochain que je fais ces petites méditations. Et ce double perfectionnement, je ne le veux que parce qu’il est le plus que je puisse faire pour Votre gloire. Daignez donc bénir, mon Dieu, ce petit travail, ce doux travail, entrepris uniquement pour Votre gloire, pour la consolation de Votre Cœur. Cœur Sacré de Jésus, je dépose en Vous ce travail fait pour Vous, répandez sur lui Vos grâces et qu’il soit ce que Vous voulez. Notre-Dame du Perpétuel-Secours, accordez-moi en ceci comme en toutes mes pensées, mes paroles et mes actions, votre secours tout puissant et la grâce de vous le demander sans cesse.
Ma Mère Sainte Magdeleine, Saint Joseph, Saint Jean-Baptiste, Saint Pierre, Saint Paul, mon bon Ange, Saintes Femmes qui avez broyé des parfums pour embaumer Notre Seigneur, broyez ce travail et broyez-moi surtout moi-même et répandez-moi comme un parfum d’agréable odeur sur les pieds de Notre-Seigneur...
St MATHIEU, ch. 5, v. 44. «Mais moi je vous dis: Aimez vos ennemis, etc...»
Prier pour nos persécuteurs et nos ennemis. Mettons soigneusement, avec le soin scrupuleux de l’amour, cet ordre à exécution. Et, pour être bien sûr de ne pas l’omettre, fixons-nous telle ou telle prière à dire chaque jour pour nos persécuteurs et nos ennemis. Quand notre Bien-Aimé laisse tomber un commandement de ses lèvres, n’est-ce pas bien le moins que nous le recueillions et que nous l’exécutions avec tout l’empressement, tout l’amour et toute la perfection possibles?
St MATHIEU, ch. 6, v. 6. «Lorsque vous prierez, entrez dans votre chambre, et, la porte en étant fermée, priez votre Père dans le secret.»
Notre-Seigneur nous donne, ici, le précepte de la prière solitaire: nous enfermer dans notre chambre et y prier dans la solitude notre Père qui nous voit dans le secret. Donc, à côté de la prière bien-aimée devant le Saint-Sacrement, à côté de la prière en commun où Notre-Seigneur est au milieu de ceux qui se réunissent pour Le prier, aimons et pratiquons chaque jour la prière solitaire et secrète, cette prière où nul ne nous voit que notre Père Céleste, où nous sommes absolument seuls avec Lui, où nul ne sait que nous Le prions; tête à tête, secret délicieux, où nous répandons notre cœur en liberté, loin de tous les yeux, aux genoux de notre Père...
St MATHIEU, ch. 7, v. 8. «Qui demande reçoit, qui cherche trouve.»
Combien nous devons demander la glorification de Dieu, notre sainteté et celle du prochain, puisque nous sommes absolument sûrs de l’obtenir!... Et, en effet, n’est-il pas naturel que Celui qui nous a aimés jusqu’à tant souffrir pour nous, nous aime assez pour nous exaucer?... Quelle responsabilité nous avons! Si nous ne prions pas assez, nous sommes responsables de tout le bien que nous aurions pu faire par la prière et que nous n’avons pas fait. Quelle terrible responsabilité! Mais, quelle bonté de la part de Notre-Seigneur, de nous faire ainsi, en quelque sorte, partager Sa puissance en donnant une telle valeur à nos prières!
St MATHIEU, 9, 22. «Ta foi t’a guérie», dit Notre-Seigneur à l’hémorroïsse...
Nous le voyons, ce que Notre-Seigneur recommande par-dessus tout dans la prière, c’est la foi. Il la recommande presque à chaque ligne... Pourquoi? 1º parce que c’est ce qui nous manque le plus; 2º parce que, quand elle nous manque, notre prière non seulement ne peut pas être agréable à Dieu, mais Lui est injurieuse... Qu’elle nous manque, je ne le vois que trop, hélas! par ma triste expérience. Elle me manque si souvent pour deux causes: parce que je me regarde trop et je ne regarde pas assez Dieu; j’ai les yeux sur mon indignité au lieu de les avoir sur Sa bonté, sur Son amour, sur Son Cœur ouvert pour moi; et parce que je regarde ma demande trop humainement; j’ai devant les yeux les difficultés que présentent les grâces que je demande, leur impossibilité à être atteintes par les hommes, les obstacles qui s’opposent à leur accomplissement, au lieu d’avoir devant les yeux la toute-puissance de Dieu à qui tout est facile!... Ayons donc sans cesse sous les regards l’amour immense de Dieu pour nous, cet amour qui Lui a fait endurer de telles souffrances pour chacun de nous, et qui Lui rend si doux, si agréable, si naturel, de nous faire les plus grandes grâces (plus les grâces sont grandes, plus Il lui est doux de nous les faire, c’est la nature de l’amour), et cette facilité infinie avec laquelle Il peut faire ce qui nous semble le plus difficile, le plus impossible.
St MATHIEU, ch. 14, 23. «Il monta sur la montagne, seul, pour y prier. Et le soir venu, il était tout seul...»