XV.
Les Sieurs du Creux, au bout du pont Notre Dame, et Boille, rue du Colombier saint Germain, vendent aussi des Masques de Theâtre et de Carnaval[11].
[11] Ducreux fit aussi les fournitures pour le _Bourgeois gentilhomme_. On voit par le compte cité tout à l’heure, et qui s’élève pour lui à 454 livres, que non-seulement il y fournit les masques, mais «les jarretières, perruques, barbes et autres ustenciles.»
Mademoiselle Poitiers, vis à vis les Quinze-Vingts, rue saint Honoré, fait des Coëffures en cheveux pour les Balets et Opera.
Les Sieurs Frangeon et la Croix, Brodeurs des Habits pour les Balets du Roy, demeurent le premier rue saint Estienne, à la Ville neuve, et l’autre, rue neuve saint Denis, proche la porte.
Le Sieur Roussard, Plumassier du Roy, tient un grand magasin de Plumes pour les Balets et Tragedies, rue saint Honoré.
Messieurs Cossard et Guerinois vendent toutes sortes d’Etoffes or et argent pour les Balets, Opéra et Mascarades, ils demeurent ruë saint Denis, près le grand Châtelet.
Autant en fait, M. Harlier, ruë de la Coutellerie, qui fait et vend des Etoffes brodées or et argent.
Le Sieur du Vandiet, Sculpteur, pour la fabrique des Marionnettes et Mannequins, demeure rue de Hurepoix, près le pont saint Michel[12].
[12] Il est appelé «Du Vaudiet» dans l’édit. de 1691, p. 49, et son adresse y est différente: «rue de la Huchette au Tambour.»
Le Sieur Careme, qui fait les Feux d’artifices de l’Hotel de Ville et de l’Opera[13], demeure rue Frementeau[14].
[13] Denis Caresme, dont le père, Thomas Caresme, mort en 1688, avoit été «ingénieur des feux d’artifice de S. M.» Denis étoit concierge des basses cours du Louvre, ce qui explique son logement rue Fromenteau. Ses feux d’artifice figurés et colorés n’étoient pas que pour l’Opéra. Il en fit aussi pour la Comédie italienne. _V._ le _Théâtre_ de Ghérardi, t. I, avertissement. Il mourut en 1700. Son père, qui logeoit au Marché-Neuf, faisoit non seulement des feux d’artifice pour le roi, mais pour la Ville. (_Bibliogr. des Mazarin._, t. I, p. 388.) En cela, comme on le voit ici, il lui avoit succédé. Charles-Nicolas Guérin lui succéda à lui-même. (_Archives de l’Hôtel-Dieu_, t. I, p. 130.)
[14] Caresme est mentionné au chapitre XXXIX de l’édition de 1691, p. 59, mais sans qu’il y soit dit qu’il travailloit pour l’Opéra. «Le sieur Morel», qui vient après, s’y trouve aussi. On lit de plus, à la suite: «le sieur Moisy, qui a une boutique sur le Pont-Neuf, et une veuve qui en a une devant la Bastille, font des fusées pour les merciers et pour les particuliers qui en ont besoin.»
Le Sieur Morel, même talent, demeure rue de Tournon.
Le Sieur du Mont, place Maubert, montre les tours de Gibeciere[15].
[15] On s’en amusoit même chez le Roi. _V._ dans les _Mélanges histor._ de Michault, t. I, p. 16-19, l’anecdote d’un de ces prestidigitateurs qui, pendant une soirée de Versailles, escamota un verre énorme et le fourra dans les chausses un peu trop lâchées de ce pauvre abbé Genest, l’académicien.
On tient tous les Dimanches matin sur le quay de la Mégisserie, du costé du Châtelet, une espèce de marché d’Animaux vivans pour le plaisir; sçavoir, Lapins, Pigeons, Oiseaux de cages[16], Cochons d’Inde, etc.
[16] Les oiseaux de cage étoient surtout le commerce de ce quai, le dimanche. Quelques-uns se payoient très-cher. Les serins, par exemple, qui étoient encore des oiseaux assez rares, montoient jusqu’au prix de deux cents livres. (Hervieux, _Traité des Serins de Canaries_, 1709, in-12, chap. XXIII.) Sous la Régence, les grandes dames en faisoient trafic. Après qu’on les avoit bien stylés chez elles, elles les envoyoient revendre sur le quai. (Lémontey, _Hist. de la Régence_, t. II, p. 319.)
La Demoiselle Guerin, rue du petit Bac[17], fait commerce de petits Chiens pour les Dames[18].
[17] «Près les Petites maisons.» Edit. de 1691, p. 33.--On l’appelle aujourd’hui, par interversion, petite rue du Bac.
[18] C’est-à-dire les chiens de chambre ou de manchon. Les plus à la mode étoient encore à ce moment, quoique déjà un peu en baisse, comme on le verra plus loin, les chiens de Bologne, sorte de carlins, qu’on frottoit aussitôt nés d’esprit de vin à toutes les jointures pour les empêcher de croître. Ils se vendoient quelquefois fort cher. Tallemant (édit. P. Paris, t. III, p. 304) raconte qu’un extravagant d’italien, nommé Promontorio, en offrit un à la princesse Marie de Mantoue, pour cinquante pistoles à payer quand elle serait reine. Elle accepta, et dix-huit mois après devint, contre toute apparence jusque-là, reine de Pologne. On comprend qu’elle paya alors gaîment les cinquante pistoles. L’espèce des chiens de Bologne s’est perdue, même à Bologne. (Valery, l’_Italie confortable_, p. 78-80.) Sur la fin du règne de Louis XIV, les chiens _Burgos_ commençoient à les remplacer. Ils préludoient à la mode des chiens d’Espagne, ou épagneuls, qui date de la Régence. Entre eux et les bolonois s’étoient un instant glissés les chiens loups: «On ne carresse plus, lisons-nous dans la _Lettre italienne_ déjà citée, que ceux qui ont le museau de loup et les oreilles coupées, et plus ils sont difformes, plus ils sont honorés de baisers et d’embrassements.»
Les Boules de Buis et de Gayac à jouer, se font en perfection par le Sieur Baudry, Tourneur, rue du petit Lion, et par un autre Tourneur de la rue Troussevache.
Les Epiciers Orangers de la rue de la Cossonnerie, font venir des Boules de Marseille qu’ils donnent à fort grand marché.
Les Jeux d’Echets et Triquetracs se font et se vendent chez les Tablettiers du Marché Neuf et de la rue des Assis.
Les Academies de Jeux de Cartes ont été defendues, et on ne joue publiquement dans les Jeux de Paume qu’au Billard[19].
[19] La défense contre les jeux de cartes n’étoit sans doute pas aussi sévère quand avoit paru l’édition de l’année précédente, car voici ce qu’on y trouve, p. 49: «On joue aux cartes et au billard dans presque tous les jeux de paume, qui sont en plus grand nombre au faubourg Saint-Germain qu’ailleurs.»--Les jeux défendus dans les maisons publiques ne pullulèrent que plus frauduleusement dans les particulières. C’est alors que l’on vit partout de «ces femmes brelandières» dont parle la _Xe Sat._ de Boileau, et que visoit l’abbé de Villiers dans une de ses _Epîtres_, 2e édit., p. 375, lorsqu’il nous rappelle
... L’industrieux génie Qui trouve par le jeu l’art d’avoir compagnie.
«--Eh! dit Colombine dans l’_Avocat pour et contre_, acte III, sc. 7, ne pouvons-nous pas donner à jouer à la bassette, et vivre honorablement dans Paris, comme une infinité de gens aussi gueux que nous.» Il y eut jusqu’à des femmes de conseillers au Parlement qui tinrent ainsi des maisons de jeux. _V._ P. Clément, _la Police_ sous Louis XIV, p. 340-341.
Pour les fameux Maîtres de Dance et de Paume, voyez l’article des Nobles Exercices.
Pour les Joueurs d’Instrumens, voiez l’article de la Musique.
Le Sieur Alexandre Vauboam[20], rue des Assis, fait des Castagnettes en perfection.
[20] Lisez Roboam. C’est le même qui a été nommé plus haut, p. 211, comme «fabricant de guitares en perfection.»
JARDINAGES.
Monsieur le Marquis de Villacerf[1], Sur-Intendant et Ordonnateur des Batimens et Jardins du Roy[2], demeure rue de l’Egout, près la place Royale.
[1] Edouard Colbert, marquis de Villacerf, déjà mentionné plus haut, p. 124.
[2] Il avoit eu cette place à la mort de Louvois, auquel il tenoit par sa mère, comme par son père il tenoit à Colbert. Il dut s’en démettre, en 1699, à la suite des trop longues malversations de Mesmin, «son commis principal, en qui, dit Saint-Simon, il se fioit de tout.»
M. le Nostre, Directeur et Controlleur des Batimens et Jardins de Sa Majesté[3], demeure aux Tuilleries[4].
[3] André Le Nostre, trop célèbre pour ses travaux à Versailles, à Trianon, à Saint-Germain, aux Tuileries, pour que nous ayons à parler de lui longuement.
[4] Il y mourut, le 15 septembre 1700, à quatre-vingt-sept ans. Il s’y étoit fait, dans une de ses dépendances, une collection de tableaux de maîtres, de médailles, de porcelaines, etc., dont on peut lire la description au chap. IV du _Voyage_ de Lister, et au commencement de la _Jeunesse de Bachaumont_, qui fut publiée en 1859 par les soins de Fréderic Lock, d’après un manuscrit de l’Arsenal, dans les premières livraisons du _Magasin de Librairie_.
M. le Bouteux, neveu de M. le Nostre[5] et Directeur de l’Orangerie des Tuileries[6], demeure à l’Arsenal.
[5] Michel Le Bouteux, fils de celui qui avoit eu un si beau jardin, rue de la Madeleine, à la Ville-l’Evêque, où tout le monde pouvoit s’aller promener, comme on le voit dans le roman de Mme de Villedieu: _Mémoires de la vie de Henriette-Sylvie de Molière_, édit. de 1701, p. 110. On a du père: _Plans des bastiments et jardin de la Norville_; _Plan du jardin et château de Louvois_; _Plan du château de Presles, près Beaumont_, etc.; et du fils: _Plan et élévation du château de Villacerf_, toutes planches très-rares.
[6] Il avoit de plus, en survivance, la conciergerie de cette Orangerie. (_Etat de France_, 1692, p. 498.)
M. Molet, Jardinier ordinaire de Sa Majesté[7], demeure au vieux Louvre[8].
[7] Charles Mollet, fils de Claude Mollet, qui avoit été sous Henri IV, sous Louis XIII et dans les premiers temps du règne de Louis XIV, «jardinier ordinaire et dessinateur des plans, parcs et jardins des maisons royales», et de qui l’on a un livre si curieux: _Théâtre des plants et jardinages_, etc., 1652, pet. in-4º. Un autre de ses fils, André, frère de Charles, qui est ici, avoit été maître des jardins de la reine de Suède, et avoit publié à Stockolm, en 1651, in-fol.: _le Jardin de Plaisir, contenant plusieurs dessins de jardinages, tant parterre en broderie, compartiments de gazon, bosquets et autres_.
[8] Sa charge, qu’il transmit en survivance à son fils Armand, le 1er février 1692, étoit celle de «jardinier du Petit-Jardin parterre, qui est au-devant des fenêtres du Louvre.» Il étoit donc tout naturel qu’il logeât dans ce palais. Son père avoit demeuré tout près à l’hôtel de Matignon, et il avoit fait planter, vers 1606, sur la belle place, qui étoit alors au-devant, «quantité de mûriers blancs.» (_Archives curieuses_, 1re partie, t. IX, p. 130.)
M. Carbonnet, aussi Jardinier de Sa Majesté, demeure près saint Roch, tous trois après M. le Nostre, ont un grand talent pour les desseins de Parterres, de Bosquets, etc.
M. Balon, Directeur de la Pépiniere du Roule[9], demeure là même.
[9] On sait que c’est de cette pépinière du Roule que le nom de la rue de la Pépinière est venu. Voici ce qu’on lit sur Balon qui la dirigeoit alors, dans l’_Etat de France_ de 1692: «M. Balon, qui est au jardin de la pépinière au Roule, établie en 1670, est directeur des plants d’arbres des maisons royales.» Noël de Morlaix, que Lister y alla voir (_V._ son _Voyage_, ch. X), fut le successeur de Balon à la pépinière du Roule.
Il y a encore divers autres Jardiniers de grands Seigneurs, qui sont renommez pour les compartimens, par exemple,
Messieurs de la Saulsaye à l’Hotel de Condé: de Marne, rue de l’Egout près la place Royale: Godeau, près saint Roch à l’Hôtel de saint Poüange[10], etc.
[10] Il s’ouvroit rue Neuve-des-Petits-Champs et devoit son nom au cousin de M. de Villacerf, le marquis Gilbert Colbert de Saint-Pouange, dont le fils eut, par mariage, en 1702, la principauté de Chabannais. La rue, qui fut percée de 1775 à 1777 sur l’emplacement de l’hôtel et de son jardin, prit ce dernier nom qu’elle porte encore.
Les Jardiniers qui sont exercez à la construction des cabinets et ornemens de treillages[11], sont entr’autres Mrs de la Saulsaye[12] et Godeau ci-devant désignez: Carpentier à l’Hotel de Lesdigüires[13], et au Fauxbourg saint Antoine: le Roux, rue de Pincourt: Hennetin, rue de la Muette[14]: et le Normand, rue de Montreuil.
[11] On peut voir sur les estampes du temps, qui représentent des jardins, et dues pour la plupart aux jardiniers-artistes, qui en avoient dessiné l’ordonnance, quelles proportions monumentales on donnoit à ces treillages: «le grand avantage, dit Lister, qu’ils ont dans les villes, c’est, outre la beauté du travail, de cacher le vilain aspect des maisons voisines.» _Voyage à Paris_, chap. IX.
[12] On a vu tout à l’heure qu’il étoit jardinier de l’hôtel de Condé. Il s’y étoit fort distingué, comme le prouvent les deux planches très-rares où sont figurés les treillages du jardin, à cette époque.
[13] Lisez de Lesdiguières. C’étoit l’ancien hôtel que Zamet avoit fait bâtir sous Henri IV, rue de la Cérisaie, près du petit Arsenal, dont il n’étoit séparé que par une impasse. Il appartenoit alors, à Françoise de Gondi, veuve du duc de Lesdiguières. Mme de Sévigné, dans ses _Lettres_, en vante la beauté, mais en regrette la trop grande solitude et le difficile accès. (Edit. Hachette, t. X, p. 374 et 467.) Les jardins surtout en étoient magnifiques. Carpentier qui en avoit la direction, et qui excelloit, comme on le voit ici, pour les treillages, ne les y avoit pas épargnés: «Celui du fond, dit Lister, étoit fort noble, et avoit coûté dix mille livres; un autre en avoit coûté six mille. J’en remarquai un plus petit, et, le seul que j’ai vu ainsi, tout en feuillage de fer peint en vert.»
[14] Ou de _la Meute_, comme on l’appeloit en 1540, à cause de quelque maison de chasse. C’est dans cette rue, qui va de la rue de Charonne à celle de la Roquette, que Tamponnet, peut-être sur le même terrain, eut sous le premier Empire et la Restauration, ses admirables serres qui ne contenoient pas moins de cinq mille orangers de toutes tailles, et où l’on vit la première collection de _camélia_. (Dufey, _Memorial parisien_, 1821, in-12, p. 67.)
Les Jardiniers qui font commerce de Fleurs, Arbres et Arbustes pour l’ornement des Jardins, sont au Fauxbourg saint Antoine[15]: les Sieurs Julien et Guyot dit petit Claude, ruë de Pincourt: Chevalier, ruë des Amandiers: Tremel et Grebey, rue de la Raquette: le Breton, rue de Charonne: du Puis, Huby et Hely, ruë de Baffroy[16]: Gaumont Jacques et du Buisson, grande ruë du Fauxbourg: Marechal, rue saint Bernard, etc.
[15] _V._ sur ces floristes du faubourg, _le Mercure_ d’avril 1721, p. 176, et celui de juin-juillet de la même année, 2e partie, p. 112.
[16] Elle est adjacente à la rue de Charonne.
Et en divers autres quartiers de la Ville et des Fauxbourgs sont les Sieurs Thibaut fils, rue des Boullais: Baptiste, près les Invalides: Jacques, ruë de Taranne[17]: des Crochets, près la porte saint Martin: Besnard, Fauxbourg saint Laurent, etc.
[17] Le jardin de Morin, dont ce Jacques étoit peut-être le jardinier, se trouvoit rue Taranne, derrière la Charité. C’étoit un des plus célèbres de Paris pour les plantes rares. Le premier _filaria_, dit Sauval, t. III, p. 4, y fut planté.
Le Sieur Billette, Jardinier du Roy, dont la femme est Bouquetiere de Sa Majesté, a de très belles fleurs et de très beaux arbustes: mais il est ordinairement en Cour.
Le Sieur Baudouin, Jardinier Marager[18], près la Barrière des Incurables[19], cultive toutes sortes de Fruits et de Legumes precosses avec un succez merveilleux.
[18] C’étoit l’ancien mot, que celui de «maraîcher» remplaça. Jaubert l’emploie encore dans son _Dictionnaire des arts et métiers_, t. III, p. 49. La Quintinie avoit cependant consacré l’autre depuis longtemps, avec une simple différence d’orthographe, dans son livre sur _Les jardins_, préface, p. XVII. Distinguant ceux qui s’occupent d’arbustes et de fleurs de ceux qui s’occupent de légumes, il dit: «les uns qu’on nomme simplement jardiniers, les autres qu’on nomme maréchais.»
[19] Il est singulier que Blegny n’ait cité ici que ce «marager» de la barrière des Incurables ou de Sèvres. Dans les faubourgs Saint-Antoine et Saint-Martin, où affluoient les fleuristes, ils étoient, eux aussi, en nombre, et cela depuis longtemps. Dans _les Registres criminels du Châtelet_ (1389-1392), il est parlé, t. II, p. 252 et 522, des marais qu’ils cultivoient et des gardes qui les préservoient contre les maraudeurs. Charles V avoit protégé cette culture de la banlieue parisienne, et il en existe des preuves chez quelques descendants de ceux qu’il avoit privilégiés: «On conserve, dit M. A. Ysabeau dans un article reproduit par _le Salon littéraire_ du 21 août 1843, p. 12, on conserve avec soin dans plusieurs familles de maraîchers--les Dulac, Deberg et autres--des chartes de Charles V, concédant aux ancêtres de ces familles des marais, à la condition de les dessécher pour les convertir en jardins. Depuis cinq siècles, les familles désignées sur ces chartes n’ont pas cessé d’exercer de père en fils, sans interruption, la profession de jardinier.»
M. Tournesol[20], demonstrateur au Jardin du Roy, entend particulierement la culture des plantes medecinales[21].
[20] Lisez Tournefort. C’est le célèbre botaniste-voyageur, qui étoit professeur au Jardin Royal depuis 1683, et de l’Académie des Sciences depuis un an seulement. Lister le vit souvent, et parle beaucoup de lui dans son _Voyage_.
[21] Il combinoit, en effet, la botanique et la médecine, comme on le voit par son _Traité des matières médicales_.
Aussi fait un des Pères Minimes de la Place Royale.
On trouve chez les Provençaux, au cul de sac de saint Germain l’Auxerrois[22], rue de l’Arbre sec, des Orangers, des Citronniers, des Jasmins, des Mirthes et des oignons de Tubereuses, de Narcisses de Constantinople, de Hiacinthes Orientales, de Lis Alphodelles, de Martagons Pomplions, etc.
[22] Il est derrière le chevet même de l’église, et il prit alors pour le garder jusqu’à présent le nom de ces _Provençaux_ qui y faisoient leur commerce.
Les Mercredis et Samedis on tient sur le quay de la Megisserie, une espèce de marché franc pour les fleurs, arbres et arbrisseaux[23]; où l’on trouve d’ailleurs des graines de choux-fleurs, et des cardons d’Espagne.
[23] Ce marché aux fleurs s’étoit d’abord tenu à l’Ile-Saint-Louis, «le long du quai Bourbon», dit Sauval, qui en vit la fin. On l’appeloit «la foire aux oignons», à cause des fleurs à oignons dont on y faisoit surtout le commerce. «Tous les ans, dit Sauval, t. II, p. 662, on voit ce quartier, tout couvert qu’il soit de maisons, se métamorphoser en un instant, et devenir un jardin fleuri, bien varié, et qui sent si bon que l’air en est tout embaumé.»
Les Jardiniers d’Orléans qui apportent tous les ans à Paris vers la fin de Septembre, une fort grande quantité d’arbres fruitiers à hautes et basses tiges, logent pour la plûpart grande rue du Fauxbourg saint Antoine, au Nom de Jésus et aux deux Clefs[24].
[24] Il y avoit déjà plus d’un siècle qu’on avoit fait à Orléans de grands progrès dans la culture des jeunes arbres fruitiers, forestiers et d’agrément. A la fin du dernier siècle, on n’y évaluoit pas à moins de 200,000 le nombre des pieds d’arbres qui s’y vendoient sur place, ou qui s’y exportoient à Paris ou ailleurs, chaque année. Les _forestiers_ étoient surtout fournis par les faubourgs Saint-Marc et Saint-Vincent, et les arbres à fruit ou d’agrément par le faubourg Saint-Marceau, où cette culture s’est maintenue et même étendue.
On peut d’ailleurs en tous temps trouver un grand assortiment d’arbres fruitiers chez les Sieurs Le Faucheur à Bagnolet, et Robineau au Menil-Montant.
Le Sieur de la Forest, concierge de la Samaritaine[25], fait des Pompes et autres machines pour l’elevation des eaux.
[25] La Samaritaine, sur le Pont-Neuf, étant considérée comme Château Royal, avoit un concierge, comme nous le voyons ici, et un gouverneur.
Ruë saint Pierre, du coté de la rue Montmartre, on fabrique une sorte de pompe industrieuse qui n’est pas d’une grande depense, et au moyen de laquelle un seul homme peut elever sans peine et sans effort huit ou dix muids d’eau par heure, l’Inventeur offre d’en faire la demonstration aux curieux, aussi bien que des Orloges et Cadrans pour les vens, au soleil et à la lune, qu’il fabrique d’ailleurs pour la commodité du public.
Pour les livres de Jardinages, voyez l’article du commerce de Librairie.
Le Sieur le Febvre, sur le quay de la Mégisserie, a un grand assortiment de graines et oignons de Jardins[26].
[26] Lister, ch. X, _ad finem_, nous parle de ce M. Lefebvre «le marchand de graines», qui avoit, en outre de sa boutique du quai, où le même commerce se fait encore, un fort beau «jardin fleuriste.» Ses tulipes étoient particulièrement superbes: «Il en avoit, dit-il, une grande et belle collection, beaucoup de panachées et d’une grande variété.»
On vend des pots de terre à ances bronzez et dorez pour l’ornement des Jardins, chez le Sieur du Vivier, grande rue du Fauxbourg saint Antoine, à l’entrée de laquelle on vend d’ailleurs des caisses peintes en fayances.
Chacun peut faire fabriquer à son gré des pots de fayance pour les Jardins à la Fayancerie de saint Cloud.
Ceux qui sont emaillez en violet et tachetez de blanc, viennent de la Fayancerie de Roüen[27].
[27] Il sera parlé plus loin de cette fayencerie, ainsi que de celle de Saint-Cloud.
TAPISSERIES[1] ET MEUBLES ORDINAIRES.
[1] Le Sicilien, dont la lettre sur Paris fut traduite dans le _Saint Evremoniana_, s’étonna de voir des tapisseries partout, sur les murailles des chambres. «C’est un usage général, dit-il, comme en Italie de les embellir par des sculptures.»
Il y a un magasin de Tapisseries de Flandres[2], rue du petit Lion[3], et un autre pour les Tapisseries de Beauvais[4], rue de Richelieu.
[2] Tapisseries de haute lisse--c’est-à-dire faites sur un métier perpendiculaire--et à personnages ou à verdures. Les ouvriers flamands que Henri IV avoit fait venir en 1603, avoient perfectionné ce genre de fabrication aux Gobelins, où ils avoient été établis.
[3] «Derrière l’hôtel de Bourgogne.» Edit. 1691, p. 35.
[4] «Au milieu de la rue de Richelieu.» _Id._--La manufacture de Beauvais étoit une création de Colbert, en 1660. Les ouvriers flamands, qu’il y avoit établis, y travailloient en haute lisse comme aux Gobelins.
Les Marchands Forains qui negotient les Tapisseries d’Aubusson[5], sont rue de la Huchette et aux environs.
[5] Elles étoient de basse lisse, c’est-à-dire faites sur un métier horizontal. Fabriquées par des femmes, et avec des laines moins fines, le bon marché en rendoit le débit bien plus général que celui des tapisseries de Beauvais. Le tarif des douanes de 1664 et années suivantes le prouve.
M. Dansvüiche[6], carrefour sainte Opportune, fait commerce en gros de Bergames[7] et Tapisseries de Rouen, façon de Hongrie[8].
[6] Son nom est écrit «D’Answihc» dans l’édit. précéd.--C’étoit certainement un flamand.
[7] Les bergames étoient un mélange de laine et de bourre de soie que l’on teignoit ordinairement en gris ou en rouge.
[8] On en faisoit aussi à Paris. Elles étoient fabriquées avec de la tonture ou _tontisse_ de laine. C’est de là que les premiers papiers peints, qui remplacèrent les tapisseries, en les imitant de leur mieux, furent appelés des papiers-tontisses.
Les Tapisseries Bergames, Damas-Caffart[9], petites Etoffes, Satin de Bruge[10], Taffetas des Indes et diverses etoffes à faire du meuble, se vendent en détail et en diverses boutiques et magasins près l’aport de Paris.
[9] Sorte de damas, dont la trame étoit de fil, et les chaînes de soie. C’étoit une étoffe «légère, commode et de grand débit», qu’en 1604, un marchand de Troyes demanda au Roy de fabriquer dans son pays avec privilége. (_Archives curieuses_, 1re série, t. XIV, p. 232.)
[10] Sorte de damas-caffart, mais avec une rayure différente, et qui se rapprochoit aussi beaucoup du _satin de Chine_. Le marchand de Troyes, cité dans la note précédente, demanda aussi à fabriquer de ces satins de Bruges, en 1604.
Les Marchands Tapissiers renommez pour les meubles magnifiques, sont entre plusieurs autres Messieurs Bon l’ainé, Tapissier du Roy, rue Tictonne; Bon le cadet, Tapissier de Monsieur, rue aux Ours[11]; Barelle, à Luxembourg; Montonnet, Cellier et Mendron, rue Michel le Comte[12]; Bernier et Malet, rue des Bourdonnois, etc.
[11] «Les sieurs Le Bon frères, fameux tapissiers, demeurant rue aux Ours et rue Platrière.» Edit. 1691, p. 36.--Leur vrai nom étoit, en effet, Le Bon. C’est ainsi que l’aîné, Louis, est nommé dans l’_Etat de France_ de 1692, p. 179 et 682, en qualité de tapissier du Roi pour le trimestre d’avril, et de tapissier ordinaire du duc de Bourgogne. Coulange le nomme dans sa chanson sur _Un vieux lit de famille_, p. 72 de son Recueil, mais c’est Bon qu’il l’appelle pour la mesure du vers:
Autant de modes que d’années, Aujourd’hui le tapissier Bon, A si bien fait par ses journées Qu’un lit tient toute une maison.
Ces énormes lits des frères Le Bon étaient célèbres. _V._ le _Mercure galant_, t. III, p. 300.
[12] C’est le fils de ce Mandron, tapissier comme lui, mais Vieille rue du Temple, qui créa chez lui le théâtre de société, d’où sortit Lekain. Mandron lui-même y jouoit «les rois». _V._ une lettre de lui dans le _Journal de Paris_, 1er mars 1778, p. 238.
Messieurs Cussy aux Gobelins, Boulle aux galeries du Louvre[13], le Febvre, rue saint Denis au Chesne vert[14], etc., travaillent par excellence aux meubles et autres ouvrages de marquetterie.
[13] Il a beaucoup mieux l’article qu’il mérite dans l’édit. de 1691. Le voici avec celui qui le précède, et qui devroit aussi se retrouver ici: «les meubles d’orfèvrerie sont fabriquez avec grande perfection par M. De Launay, orfèvre du Roy, devant les galeries du Louvre. M. Boul, son voisin, fait des ouvrages de marquetterie d’une beauté singulière.»--Nous n’avons pas à nous étendre sur Charles-André Boulle, le merveilleux ébéniste du grand règne, que l’on connoît aujourd’hui par de si intéressantes notices, à commencer par celle de Mariette dans l’_Abecedario_, où il dit: «Ses meubles enrichis de bronzes magnifiques et d’ingénieux ornements de marquetterie sont d’un goût exquis, et la mode ne leur fait rien perdre de leur prix.» Il avoit le goût passionné des tableaux, des estampes plus encore, et des dessins. Il s’y ruina. En 1686, il étoit déjà la proie de ses créanciers, et se trouvoit bien que le Louvre, où il logeoit, fut lieu d’asile. Louvois, furieux un jour de ce qu’il ne s’exécutoit pas assez vite pour quelques meubles de l’appartement du Dauphin, où il avoit déjà décoré un si admirable cabinet tout de glaces et de marquetteries, menaça de lui enlever ce refuge. Voici la lettre impitoyable qu’il écrivit à ce sujet, le 4 février 1686, à son agent La Chapelle: «Boulle promet à Mgr le Dauphin, depuis longtemps, quelques sièges, lesquels il n’achève point. Je vous prie de voir en quel état ils sont, et de lui dire que, s’il ne les achève, je le ferai sortir du Louvre, et le ferai mettre au For-l’Evêque à la discrétion de ses créanciers, et que je ferai faire son ouvrage par d’autres.» Citée par M. Rousset, _Hist. de Louvois_, t. III, p. 381. En 1704, la gêne de Boulle étoit encore plus grande et ses embarras plus pressants. Le Roi l’en sauva. (_Correspond, admin. de Louis XIV_, t. II, p. 843.) Le plus grand deuil de sa vie fut l’incendie de son chantier au Louvre, et la destruction par les flammes de la plus grande partie de sa collection, dans la nuit du 20 août 1720. Quoique déjà bien vieux, il eut assez d’énergie pour survivre. Il ne mourut que douze ans plus tard, le 1er mars 1732. Il avoit quatre-vingt-neuf ans et quelques mois. _V._ sur lui, dans _les Archives de l’Art françois_, par MM. de Chenevières et de Montaiglon, t, IV, p. 321-350, un travail qui résume à peu près tout ce qu’on sait sur lui.
[14] Fils de Claude Lefebvre, dit Saint Claude, qui avoit travaillé comme tapissier chez Fouquet, à Vaux.
M. Marseille, ruë S. Denis, près la Sellette, vend des Tapisseries de cuir doré de Flandres.
Celles de France se fabriquent près la porte saint Antoine.
Les Cabinets[15], Bureaux, Biblioteques et autres meubles de placages[16], de noyers, d’ébène, de cedre, etc., sont fabriquez et vendus au Fauxbourg saint Antoine, à la porte saint Victor, rue neuve saint Mederic, rue Grenier S. Lazare, rue du Mail, etc.
[15] Richelet décrit ainsi, en 1688, dans son _Dictionnaire_, ces meubles, dont la mode revient: «Espèce d’armoire avec des tiroirs, faite d’ébène, de noyer ou d’autre beau bois, propre à serrer des hardes.» On en vendoit aux foires. Le Sganarelle de _L’Amour médecin_, act. I, sc. 2, veut donner à sa fille «un cabinet de la foire St-Laurent.» Dans le _Tarif des droits d’entrée_, etc., du 18 sept. 1664, se trouvent de curieux détails sur ces cabinets.
[16] «Et de marqueterie.» Edit. 1691, p. 35.
Il y a sur la Ville Neuve un très grand nombre de Menuisiers qui travaillent à toutes sortes de meubles tournez et non tournez[17].
[17] C’étoient des ouvriers du faubourg Saint-Antoine, que, sous Henri IV et sous Louis XIII, grâce à une exemption de taille et au droit de pouvoir travailler sans maîtrise, on avoit attirés dans ce quartier encore désert de la Ville-Neuve-sur-Gravois, c’est-à-dire de la butte Bonne-Nouvelle, rue Bourbon-Villeneuve--aujourd’hui d’Aboukir,--et rue de Cléry, etc., où, comme on sait, le même métier et le même commerce des meubles s’exercent encore.
Les Tapissiers-Fripiers qui vendent et loüent toutes sortes de meubles[18] faits, sont pour la plupart sous les pilliers des Halles, rue de la Truanderie, Montagne sainte Genevieve, Descente du Pont Marie, et[19] rue Grenier sur l’eau.
[18] Ces «louages de meubles» aux Halles sont gaîment tournés en ridicule dans une pièce du Théâtre Italien, _Le grand Sophy_, jouée en 1689: «GROGNARD. Je ne sais à quoi il tient que je ne jette tous les meubles par la fenêtre.--MEZZETIN. N’allez pas faire cette sottise-là, s’il vous plaît, il faut que je les rende au fripier. Je ne les ai loués que pour deux heures. Allons, meubles, sous les piliers des Halles! (_Tous les meubles se plient et disparoissent._)» _Théâtre_ de Ghérardi, t. II, p. 158.
[19] «Derrière Saint-Gervais.» Edit. précéd., p. 36.
Le Sieur Quenel, rue des Bourdonnois, fait venir des Chaises de Jonc d’Angleterre[20].
[20] «Les tourneurs qui vendent des chaises garnies de jonc et de paille, sont pour la plupart au Marché-Neuf, rue Grenier-Saint-Lazare et rue Neuve-Saint-Médéric.» _Id._--L’usage ne s’en répandit pas chez nous, car lorsque Grosley alla en Angleterre au siècle suivant, il trouva ce genre de chaise excellent, et nous le recommanda, comme si l’essai n’en avoit pas encore été fait. Il a été plus heureux de nos jours. _V._ le curieux livre de Grosley, _Londres_, édit. de 1755, t. I, p. 238.
Il y a plusieurs Argenteurs et Doreurs pour les meubles de fer rue Dauphine, rue de la Verrerie et Fauxbourg saint Antoine[21].
[21] L’art. est plus détaillé dans l’édit. précéd., p. 36: «les argenteurs et doreurs, qui vendent des chenets, foyers, girandoles, vaisselles et autres ouvrages de fer et de leton dorez et argentez, ont leurs boutiques rue Dauphine et rue de la Verrerie.»
Le Sieur Baudry, Tourneur, rue du petit Lion, fait et vend des Mortiers et Pilons de Boüis pour les officiers[22], d’une propreté particulière.
[22] Lisez: les officines.
Pour les Tableaux et Meubles de la Chine, voyez l’article des Curiositez de cabinet.
Il faut neanmoins ajouter que les Sieurs Charpentiers et Bourgeois, quay de l’Ecole, peignent et vendent les portraits de la Cour en bordures[23] pour l’ornement des chambres et des salles.
[23] Nous dirions «en cadres.» Richelet dit en effet dans son _Dictionnaire_: «BORDURE, bois de menuiserie pour mettre un portrait ou une glace de miroir.»
Pour les Lits de Camps, Tentes et Pavillons, voyez l’article des Armes et Bagages de Guerre.
Pour le Linge, voyez l’article des Toilles et Dentelles de fil.
Les Sieurs Roügeot, vieille rue du Temple, et Landois, rue Neuve saint Honoré, ont une grande habitude à bien raccommoder et remettre en couleur les Tapisseries de haute lisse.
Les Tapisseries peintes sur du Bazin façon de haute lisse[24], se vendent dans un magasin prés les Quinze vingts.
[24] On les peignoit aussi sur du coutil. L’abbé Jaubert en parle dans son _Dictionnaire des arts et métiers_, t. IV, p. 205: «Ces autres tapisseries, dit-il, que l’on fait de coutil, sur lequel, avec diverses couleurs, on imite assez bien les personnages et les verdures de la haute lisse.» Il écrivoit cela en 1773, et ajoutoit que c’était une invention assez nouvelle. On voit ici qu’elle datoit de quatre-vingts ans au moins.
On vend des Coutils en gros au Bureau des Marchands Tapissiers rue saint Martin, et encore chez Messieurs Milon, même rue, et Prevost, près l’Hotel de la Monnoye.
CHAIR ET POISSON.
Pour le Bureau des Marchands-Bouchers, voyez l’article des Bureaux publics.
Les Boucheries de Paris qui sont ordinairement ouvertes sont près l’aport de Paris, place aux Rats[1], quartier des Quinze-vingts[2], marché du Temple[3], coin de S. Paul[4], porte S. Antoine[5], marché Neuf[6], montagne sainte Geneviève[7], place Maubert[8], Fontaine S. Severin, quartier S. Nicolas des Champs[9], rue Montmartre[10], rue Comtesse d’Artois, pointe saint Eustache; rue de Bussy, petit Marché, Croix rouge[11], et ruë des Boucheries saint Germain.
[1] Rue Saint-Jacques-la-Boucherie, près de l’impasse du Chat-Blanc. Sous Louis XV, cette boucherie de l’Apport-Paris appartenoit aux anciennes familles bouchères La Dehors et Saint-Yon. _Mercure_, mars 1739, p. 439.
[2] C’est-à-dire en face des Quinze-Vingts, de l’autre côté de la rue Saint-Honoré, à l’endroit où se trouvoit la rue Jeannisson, qui, jusqu’en 1830, s’étoit appelée pour cela _rue des Boucheries_.
[3] Il étoit où fut construite, en 1811, la rotonde du Temple, pour _la Halle aux vieux linges_.
[4] Dans la rue Saint-Antoine même.
[5] Du côté de la Bastille.
[6] Dans la partie qui avoisinoit le pont Saint-Michel. C’étoit une des plus anciennes boucheries de Paris. Il s’y trouvoit, au-dessus de la porte, des sculptures qu’on disoit de Jean Goujon. On l’abattit au XVIIIe siècle, et le Marché-Neuf en fut de beaucoup agrandi. Suivant la légende, les mouches n’entroient pas dans cette boucherie, et «les viandes, dit M. de Paulmy, s’y conservoient par conséquent beaucoup plus fraîches que partout ailleurs.» _Mélanges d’une grande Bibliothèque_, t. XLIII, p. 263.
[7] Un peu au-dessus du collége de la Marche.
[8] Auprès de la fontaine, qu’on y avoit depuis peu transférée de la place de Grève.
[9] Dans la rue Saint-Martin même.
[10] Près de l’égout, c’est-à-dire à la hauteur à peu près du passage du Saumon.
[11] Vis-à-vis la rue du Cherche-Midi.
Dans toutes ces Boucheries, un Boucher seulement vend les jours maigres pour les malades.
En Carême, le détail de la viande de Boucherie, de la Volaille et du Gibier appartient à l’Hotel Dieu où se tient alors la principale Boucherie[12], mais on ne laisse pas de vendre de la viande pour les malades au profit de cet Hopital à la Boucherie du petit Marché saint Germain, à celle du marché du Temple, à celle de la place aux Rats, et à celle de la rue saint Honoré près les Quinze-vingts.
[12] La rigueur étoit telle sous Louis XV, pour cette observance du maigre en carême, que Servandoni ayant voulu, dans la pièce de _Léandre et Héro_, jouée pendant le carême de 1750, au théâtre des Tuileries, mêler un sacrifice à son spectacle, dut obtenir de l’Hôtel-Dieu la permission d’acheter la génisse et le veau, qui devoient y jouer les rôles de victimes. _V._ à cette date, l’_Inventaire des archives de l’Hôtel-Dieu_, t. I. V. aussi _Rev. des Provinces_, 15 fév. 1866, p. 351.
M. Thibert, Boucher de cet Hopital, demeure près l’aport de Paris[13].
[13] Il étoit--nous l’avons déjà vu plus haut, note sur Le Coulteux--d’une des plus anciennes familles de Paris. Son nom, comme celui des Saint-Yon, des Legoix, etc., remontoit à l’époque du règne des bouchers et de Caboche. Il le savoit, et, de concert avec les représentants des autres vieilles familles bouchères, il en usoit pour se créer un privilége et un monopole sur tous les étaux de la grande boucherie--celle de l’Apport-Paris--et sur ceux du cimetière Saint-Jean. (Depping, introduct. au _Livre des Métiers_ d’Est. Boileau, p. LVI.) Le roi, pour en finir avec ce monopole de Thibert et des autres, en fit don à Mme de Montespan et à sa sœur Mme de Thiange. Ils résistèrent, et, en 1691, l’époque même où nous sommes, il en résulta un curieux procès, dont on peut lire, aux mss. de la Bibliothèque Nationale, les pièces et les factums dans la _Collection_ Delamarre, nº 21, 656, fol. 1-185.
Entre les Bouchers qui font de grosses fournitures à la livre pour les grands Seigneurs, sont à l’aport de Paris, Messieurs Boücher, Maücousin, Crochet et Tibert; au cimetiere saint Jean, Messieurs Charles de Liziere et Aubry; près saint Nicolas des Champs, Mrs Laval, Triplet, Laurent et la veuve Hotaüt; à la grande Boucherie saint Germain, Mrs Madelin, Cottard, Valet, Bricet et Gallier; à la rue Montmartre, M. Parisot; et montagne sainte Genevieve, Mrs Gaudron et le Lievre.
Les Detailleurs de Tripes et de Pieds de Moutons qui sont dispersez dans tous les quartiers, les achetent en gros tous les matins près l’aport de Paris.
Le Marché aux Bœufs et Moutons se tient à Sceau près le Bourg la Reine, les Lundis et Mardis; et celui des Veaux à Paris sur le Port de la Greve presque tous les jours et principalement le Vendredi[14].
[14] Lister, tout anglois qu’il fût, ne trouva pas, sauf sur un point, la viande de Paris mauvaise: «le mouton et le bœuf, dit-il, sont bons, et valent à peu près les nôtres, sans les surpasser toutefois. Quant au veau, il n’en faut pas parler: il est rouge et grossier. Je ne pense pas, d’ailleurs, qu’il y ait pays en Europe, où l’on réussisse pour cet élevage aussi bien qu’en Angleterre.» (_Voyage à Paris_, ch. VI.) Quoique inférieure, cette viande entroit pour beaucoup dans la consommation, que la lettre du Sicilien, déjà citée, évalue ainsi, probablement avec plus de fantaisie que de vérité: «On dit que l’on mange à Paris, chaque jour, quinze cents gros bœufs, et plus de seize mille moutons, veaux ou porcs.» V. plus bas, note 17, sur les _offices de Vendeurs de veaux_.
Le Marché de la Volaille, du Gibier[15], des Agneaux et des Cochons de lait se tient sur le quay des grands Augustins presque tous les jours[16], mais principalement les Mercredis et Samedis[17].
[15] La même lettre dit que la consommation du gibier et de la volaille étoit «prodigieuse.»
[16] La consommation de la viande étoit telle, même à l’Hôtel-Dieu, qu’on y avoit dressé un tournebroche qui pouvoit en faire rôtir 1,200 livres à la fois. (_Inventaire des Archives hospitalières_, Hôtel-Dieu, p. 330.)
[17] Il y avoit, pour ce marché, des «jurés vendeurs et conducteurs de volailles», dont les jetons--le Cabinet des médailles en possède un de 1709--sont des plus curieux. Ils représentent, au revers, Adam et Eve entourés des animaux de la création, et on y lit cette devise: _Proderit his pecus et volucer_, le troupeau et l’oiseau viendront à eux.--En 1694, on créa de nouveaux offices de vendeurs de veaux et volailles, qui produisirent, avec ce que rapporta en même temps «le traité des eaux et fontaines», 4,536,400 liv. (Forbonnais, _Essai sur les Finances_, année 1694.)
Les Rotisseurs fameux pour les grandes fournitures, sont les Sieurs Guerbois près la Boucherie saint Honoré[18], et Meüsnier rue du Temple, qui entreprend d’ailleurs les plus grandes Nopces et Festins avec beaucoup de réputation.
[18] C’étoit, en effet, un des plus renommés de Paris pour les bons repas. Il étoit du meilleur ton d’aller, comme on disoit, dîner chez La Guerbois, car c’est la femme qui étoit en réputation plus encore que le mari. _V._ ce que nous avons dit de ce cabaret dans notre _Histoire de la Butte Saint-Roch_, p. 126-128. Le nom de Guerbois, qui se trouve comme enseigne sur la boutique de quelques pâtissiers-traiteurs: rue Croix-des-Petits-Champs, rue des Saints-Pères, etc., est un dernier débris de cette renommée culinaire.
Entre les Charcutiers renommez, sont les Sieurs du Cerceaü rue de l’Arbre sec, pour les Jambons façon de Mayence; Robinot montagne sainte Genevieve[19] pour les Andoüilles; et de Flandres ruë des Barres pour les bons cervelats.
[19] «Devant le portail des Carmes de la place Maubert.» Edit. 1691, p. 27. Il y est, comme ici, nommé pour la façon des «bonnes andouilles.» Après lui vient, pour la même renommée, «la veuve Maheult, rue Montmartre.»
La foire du Lard et des Jambons se tient le Mercredi Saint ruë et parvis Notre Dame[20].
[20] Il est parlé ainsi de cette foire du Parvis dans une mazarinade, _Suite de la révélation_, ou _le second oracle rendu par le Jeûneur du Parvis Nostre-Dame_, 1649, in-4º p. 3:
Dans ce Parvis, où l’on contemple La face d’un superbe temple, Jambons croissent de tous côtés, Ainsi que s’ils étoient plantés.
Le Jeûneur de la mazarinade étoit une statue que l’on croyoit antique, et qui se trouvoit entre la fontaine du Parvis et la porte de l’Hôtel-Dieu. On l’appeloit ainsi parce qu’elle étoit seule à ne pas prendre sa part des monceaux de victuailles de la foire «au Lard et aux Jambons» du Parvis. «Oyez», dit une autre mazarinade:
Oyez la voix d’un sermonneur, Vulgairement nommé Jeûneur, Pour s’estre vu, selon l’histoire Mille ans sans manger et sans boire.
M. Fagnaült Ecuyer de cuisine[21] de Monseigneur le Prince, fait de très excellentes andoüilles qu’il vend à des personnes de connoissance.
[21] C’étoit le nom que prenoient la plupart des gens de cuisine dans les maisons princières. Chez le Roi, où le principal s’appeloit «Ecuyer-bouche», il y avoit, rien que pour le cuisinier-commun ou du grand commun: douze écuyers, plus huit maîtres queux, et douze enfants de cuisine ou _galopins_.
Le Sieur Olivet près la porte de Richelieu, fait un commerce particulier de Boudin blanc et de pieds à la sainte Menehoult.
Le Sieur Boursin Traiteur près la place des Victoires, est renommé pour le Boudin blanc[22].
[22] Au chapitre XXXIX, p. 59, de l’édition de 1691, il est aussi mentionné. On y trouve, de plus, l’indication de son enseigne: «Au Mont Sainte-Catherine», ce qui prouveroit qu’il étoit de Rouen.--Les boudins blancs commençoient d’être une friandise à la mode, quoique ce ne fût guère que l’ancien «blanc manger» du moyen-âge, qui, suivant Didier Christol, dans sa traduction du _De obsoniis_ de Platine, au chapitre _Jusculum album_, se composoit d’amandes et de blancs de chapons pilés avec de la mie de pain mollet, du sucre et du gingembre, etc.
On peut par le Messager de Blois recouvrer en hiver de très bonnes Andouilles et Langues de porc fourrées, et par celuy de Troyes des Langues de porc et de mouton fumées.
On trouve des Mortadelles d’Italie et des Saucissons de Boulogne[23], chez le Sieur Pilet Epicier grossier[24] rue de l’Arbre sec devant saint Germain l’Auxerrois.
[23] C’est ainsi qu’on prononçoit Bologne.
[24] Epicier en gros.
On en trouve aussi quelque fois tout proche chez les Provençaux[25].
[25] _V._ plus haut ce que nous avons dit sur eux et sur le cul-de-sac auquel ils ont laissé leur nom.
Le marché du Poisson d’eau douce pour la vente en gros, se tient au quartier des Halles à l’entrée de la rue de la Cossonnerie.
La vente en gros du poisson de mer se fait à la Halle au Poisson[26] par les Officiers vendeurs de marée[27].
[26] Il arrivoit par la voie du Nord, en traversant _le Val-Larroneux_, qui en prit le nom de faubourg et de rue Poissonnière. Il étoit apporté, comme on le voit dans les lettres-patentes enregistrées le 12 mars 1519, «tout de fresche pondeure, par les voituriers et chasseurs de marée, à chevaux, sommes et paniers.»
[27] Comme aujourd’hui, ils vendoient à la criée. L’exposition du poisson se faisoit de trois heures du matin à sept heures. Le revers du jeton des marchands et jurés faisoit allusion à ces heures matinales. On y voyoit un coq, avec cette devise: «_Vigilantibus omnia fausta_.»
Passé huit heures du matin on ne trouve plus de Poisson de mer ni d’eau douce aux Halles, si ce n’est de la seconde main comme dans les autres marchez.
Les Marchands qui font commerce en gros de Morues et Harangs, sont M. Corrüe et la veuve de Coste rue des Prescheurs, et Mesdames Thibault, Levier, Estancelin et Ferrand sous les Pilliers des Halles[28].
[28] Voici les noms tout autres qu’on trouve dans l’édit. précédente, p. 61: «Messieurs Gelée, rue Chanverrerie; De La Marche, rue des Prêcheurs; Iacinthe, rue Saint-Denis; et Regnauld, sous les piliers des Halles.» Levier, nommé tout-à-l’heure, et Gelée étoient de la famille de Regnard, enfant des Halles, comme on sait, et de parents qui étoient dans ce commerce. _V._ notre _Notice_ sur lui.
Il y a des bateaux et boutiques de poisson sur la riviere entre le Pont neuf et le Pont au change, où l’on vend des carpes et brochets en gros.
Le Ton mariné se vend chez les Epiciers de la rue des Lombars et de la ruë de la Cossonnerie.
La Gelée pour les malades se vend en tous les quartiers de Paris chez presque tous les Traiteurs, et chez quelques Apoticaires, et encore aux Enfans trouvez parvis Notre Dame.
Les Hameçons qui servent pour la pêche à la ligne, se vendent chez les Chaisnetiers[29] du quay de Gesvre[30] et chez ceux de la rue saint Denis.
[29] Richelet dit à ce mot dans son Dictionnaire: «Ouvrier, qui fait des agrafes, et de toutes sortes de petites chaînes, pour pendre des clefs et des trousseaux, et pour attacher des chiens, etc.»
[30] «Sous la galerie de Gesvres.» Edit. 1691, p. 112. On appeloit ainsi les boutiques en galerie couverte que le marquis de Gesvres, gouverneur de Paris, avoit fait construire sur le quai, qui porte son nom, vers 1642.
MARCHANDISES DE BEURRE ŒUFS, FROMAGES ET LEGUMES.
Le Bureau des Marchands Fruitiers, Orangers, Fromagers, Beurriers, etc., est à présent au Cloître saint Jacques de l’Hôpital[1].
[1] Rue Saint-Denis, au coin de la rue Mauconseil.
Les Jurez en Charge de cette Communauté[2], sont les Sieurs Ravenel l’ainé[3], ruë des Precheurs; Marié, place Maubert; Cheron et Ravenel le jeune, sous les piliers des Potiers d’étain.
[2] Ils n’étoient institués que depuis quelques mois. La déclaration royale qui les constituoit, en les réunissant à la communauté des fruitiers, orangers, beurriers, fromagers-coquettiers, est du 19 juin 1691.
[3] Il est appelé Pierre Ravenel dans un arrêt du 9 juin 1694, confirmant la sentence du lieutenant de police, en faveur des marchands fruitiers, etc. «A l’encontre des nommez Val, sa femme, et autres soy-disant facteurs des marchands forains de beurre, œufs et fromages.»
Ceux d’entre les Maîtres de cette Communauté qui font commerce en gros, de Beurre frais et salé, Œufs et Fromage, sont lesdits Sieurs Chéron et Ravenel[4]; et encore les Sieurs Baron, rue de la Poissonnerie; le Clerc l’ainé[5], rue de la Cossonnerie; Maloüvrier, Roger[6], le Clere le jeune[7], Hüe, Guilbert, Samson ainé et Samson cadet sous les mêmes piliers, Bacquet ainé, Bacquet cadet, et Guilloü[8], rue des Precheurs.
[4] Sébastien Ravenel, d’après le même arrêt.
[5] Jean Leclerc.
[6] Nicolas Roger.
[7] Julien Leclerc.
[8] Jean-Baptiste Guillou.
Autant en font Mesdames Prignet, Bonvallet Alexandre et Prevost, rue des Precheurs.
Les Sieurs Bazin frères, rue Mondetour, qui font aussi commerce d’œufs[9], tiennent d’ailleurs grand magasin de Fromage de Brie, de Beauvais, de Marolle, de Pont l’Evêque et autres.
[9] Ils se vendoient surtout au détail, ainsi que les fromages et le beurre, «aux environs du Pilori.» Edit. 1691, p. 27.
Autant en font les Sieurs du Tarre sous les mêmes Piliers, et Godeau[10] rue des Precheurs.
[10] Jacques Godeau.
Sous les mêmes piliers jusqu’à neuf heures du matin, on trouve des païsans qui vendent en petits pains le beurre de Vanvre[11].
[11] Il étoit déjà très-célèbre, et le Roi en avoit son fournisseur particulier, Blaise Giu, «le seul, disoient les lettres du 16 mars 1668, par lesquelles lui étoit constituée sa charge de beurrier royal de Vanvres, le seul qui ait trouvé la perfection de faire du beurre de Vanvres, dans la bonté et excellence qu’il peut être.» Jal, _Dictionn. critique_, p. 214.
Le Beurre en pots et en tinettes d’Isigny et autres lieux, est encore commercé par les Epiciers de la rue de la Cossonnerie.
On peut recouvrer du Beurre de Bretagne de la Prevalaye[12] par l’entremise du Messager ordinaire.
[12] Les beurres d’Isigny et de la Prévalaye sont, on le sait, toujours célèbres.
Il en vient d’Isigny aussi de très excellent en petits pots, en hiver seulement, qui est commercé principalement par lesdits Sieurs Ravenel, Baron, Güilloü et la veuve Prunier.
Les Facteurs des marchandises cy-dessus qui vendent pour les Marchands forains[13], sont les Sieurs Val, Barthelemy, Ravenel et la Ramée, quay des Augustins, et encore lesdits Sieurs Baron, Ravenel le jeune, et Samson l’ainé cy devant nommez.
[13] Ce sont ces facteurs qui eurent, en 1694, un procès qu’ils perdirent, ainsi qu’on l’a vu plus haut, avec la communauté des fruitiers. Val et Baron, dont les noms suivent, y avoient surtout été engagés.
Les Facteurs pour la vente du Beurre de Normandie[14], sont les Sieurs Aüfroy, Hüe et Clicot, rue Betizy; Levé, rue Tirechappe, et Prévost, rue de la Monnoye.
[14] Dans l’arrêt rendu pour le procès, dont nous venons de parler, sont nommés plusieurs «marchands de volaille, beurre et autres marchandises de la province de Normandie», qui avoient pris partie pour les facteurs. Ce sont: Nicolas Duchemin, de Thorigny; François Laurent, de Saint-Lô; Michel Danton, marchand à Caen; Jacques Manninot, Jacques Savart, Michel Laurent, de Falaise; Nicolas Lemoine, Elie Poret, Antoine Guérin, Thomas Mane, Pierre Ponnier, Jean Benoist, Jean Martin, Henry Chertier, Geoffroy Germain, Pierre Du Moutier, Christophle Roussel, Marie Le Doux, etc.
Les Legumes se vendent en gros les matins jusqu’à huit heures dans la rue de la Lingerie, et en détail dans tous les marchez[15].
[15] «Les marchandises de bouche se trouvent en gros et de première main, de grand matin, aux Halles, où chaque genre de denrées a son département.--Passé huit heures dans les marchez et aux Halles mesmes, on n’a presque plus rien que de la seconde main.--Les herbages se vendent rue de la Lingerie et au coin Saint-Paul, où quelques jardiniers du faubourg Saint-Antoine s’arrêtent le matin, ainsi qu’au cimetière Saint-Jean, pour ne pas aller jusqu’aux Halles.» Edit. 1691, p. 27.
A la decente du Pont Marie qui va au port saint Paul, il arrive bien souvent des Fromages de Brie qu’on vend en gros[16].
[16] Il n’y a pas, surtout dans cette seconde édition, assez de détails sur les petits marchés de Paris. Liger, dans _le Voyageur fidèle_, p. 343-354, est plus complet. Il mentionne la place ou _petit marché au marais du Temple_--aujourd’hui marché des Enfants-Rouges,--«où l’on vend, dit-il, du beurre, des œufs, etc.»; le _petit marché Saint-Jacques_, près de la porte du même nom, où se fait le même débit, mais le mercredi et le samedi seulement; le _petit marché de la Croix-Rouge_, pour le lait, le fromage, le beurre, les légumes, et enfin--ce qui nous fournit une étymologie parisienne longtemps cherchée,--«la place appelée _la Pierre au Lait_, proche, dit-il, de l’église de Saint-Jacques-la-Boucherie. C’est un petit marché fort étroit, ajoute-t-il, où il va beaucoup de laitières. On y trouve aussi des œufs frais, du beurre et autres denrées de cette sorte.»
Pour les Fromages de Rocfort, voyez l’article suivant.
Les Fromages de Lorraine arrivent au Chariot d’or devant l’Abbaye saint Antoine, et en quelques autres hotelleries du même quartier.
OFFICES DE FRUITERIES.
Il y a un grand nombre de Confiseurs rue des Lombards[1], et quelques uns ruë saint André, et rue saint Honoré près le Palais Royal, qui vendent en gros et en détail toutes sortes de confitures seches et liquides de Dragées, de Massepains, de Biscuits amers[2], etc.
[1] Il en reste encore quelques-uns. La maison la plus célèbre par exemple, celle du _fidèle Berger_, y exista jusque dans ces derniers temps. Elle est déjà mentionnée par Roze de Chantoiseau dans son _Almanach général d’indication_ pour 1773: «Ravoisé, y est-il dit, rue des Lombards, au _Fidèle Berger_, confiseur très-renommé, etc.»
[2] C’est-à-dire aux amandes amères, comme on le verra plus bas.
On peut par le Messager de Dijon recouvrer deux sortes de Confitures exquises et inimitables; à sçavoir, des Prunes de Moyeux[3] et de l’Epine vinette[4].
[3] C’étoit une sorte de prune confite. Il en venoit encore beaucoup de Dijon, lorsqu’en 1741, Savary fit son _Dictionnaire du Commerce_. Le petit marquis, Louis-Provence de Grignan, se faisoit un grand régal de cette confiture; aussi Mme de Sévigné écrit-elle à Mme de Grignan: «Songez à vos moyeux pour Provence.» Lettre du 22 sept. 1675.
[4] Il venoit de Dijon de l’épine-vinette en grappes confites et en pastilles: «J’ai cru me ressouvenir, écrit Voltaire à D’Argental, le 4 août 1777, qu’on faisoit autrefois des pastilles d’épine-vinette à Dijon, et j’en ai fait tenir une petite boîte à votre voisin (Thibouville).»
Il y a un Patissier, rue Bailleul près la Croix du Tiroir, et un autre rue saint Nicolas au Fauxbourg saint Antoine, qui vendent en gros et à juste prix aux Officiers, Aubergistes et Limonadiers, des biscuits, des macarons, des craquelins[5], etc.
[5] Le craquelin étoit un gâteau rond à rebord, fait seulement à la farine et au sel, et _croquant_ sous la dent. Il se faisoit surtout, comme on le voit ici, chez les pâtissiers des faubourgs, où de pauvres femmes s’en fournissoient pour les venir revendre en ville.
On trouve des Biscuits, des Macarons, des Massepains, des Cornets, etc., chez tous les Patissiers de Paris, entre lesquels le Sieur de l’Etoile rue saint Antoine près les Filles sainte Marie, fait de très bons Biscuits d’amendes ameres.
Le Sieur Billard, rue Montorgueil, est renommé pour les Biscuits façon de Blois[6].
[6] Savary, dans son _Dictionn. du Commerce_, 1741, in-fol., t. I, col. 965, dit encore: «le commerce des biscuits de Blois est très-considérable; il s’en fait une assez grande consommation à Paris.»
Les fruits en gros se vendent le matin à la Halle aux bleds depuis trois ou quatre heures jusqu’à huit.
Sur la Greve de l’Arsenal, vis à vis l’Isle Louvier, il arrive tout l’Eté et tous les jours aux mêmes heures, des batteaux de Fruits nouveaux venant de saint Seine et Route[7], qui sont vendus en gros par paniers aux Fruitieres qui font le détail.
[7] C’est-à-dire de tous les pays riverains du fleuve, depuis Saint-Seine où en est la source.
Il arrive aussi frequemment des batteaux de pommes et poires venant de Normandie sur le quay de l’Ecole.
Les Vins Muscats et de Canaries se vendent en detail aux environs de la Croix du Tiroir[8].
[8] Il y avoit là, depuis le règne de Louis XIII, des sortes de cabarets en sous-sol, où l’on ne buvoit pas d’autres vins. «Un jour, dit Tallemant, que notre Orphée--c’est le musicien Lambert--s’estoit laissé entraîner dans une de ces caves de vin muscat à la Croix du Trahoir, il en sortit la tête en compotes, etc.» (_Historiettes_, édit. P. Paris, t. VI, p. 199.)--Elles se trouvoient, rue Saint-Honoré, un peu plus haut que la rue de l’Arbre-Sec, au coin de laquelle se voyoit, comme on sait, la Croix du Trahoir.
Les Provençaux qui logent au cul de sac saint Germain l’Auxerrois, vendent en gros des Fromages de Rocfort, des Olives, des Anchois, du Vin de saint Laurent, des Figues, des Raisins, des Brugnons, des Amandes et autres fruits secs de Provence.
Autant en font les Epiciers de la rue de la Cossonnerie, qui vendent d’ailleurs des Capres fines, des Oranges et des Citrons de Provence, de la Chine[9] et de Portugal.
[9] Ces petites oranges, que nous appelons aujourd’hui des mandarines, étoient alors fort recherchées. Il n’y avoit qu’un demi-siècle que la culture en avoit commencé en Portugal, d’où elles nous venoient. C’est à cause de leur prix que, dans _l’Avare_, voulant mettre hors de lui son père Harpagon, Cléante lui propose pour sa collation des plateaux entiers d’oranges de la Chine. Tout ce genre de fruits étoit, du reste, à la mode, parce qu’il n’étoit pas à la portée de tout le monde: «les oranges et les citrons, dit _la lettre italienne_ déjà citée, tiennent le premier rang entre les choses qui se vendent cher, parce qu’elles viennent d’Italie et de Portugal, et ils sont plus estimez que les autres fruits: telle est l’inclination de l’homme, qui ne trouve bon que ce qui coûte beaucoup.»
Messieurs Lion, rue de Truanderie[10], et Jourdan, ruë S. Denis, au cheval blanc[11], tiennent aussi magasin de fruits de Provence[12].
[10] Son adresse, dans l’édit. précéd., est «rue Jean de l’Epine, à l’enseigne de la ville de Tours.» Cette rue étoit près de celle de la Truanderie.
[11] _V._ son art. plus bas, au chap. Epiceries.
[12] «On vend des Truffles, rue Serpente, au Messager de Toulouse.» Edit. 1691, p. 111.
Le Sieur Chaillou, rue de l’Arbre sec; de Rere, rue Dauphine, et Regnault au Jeu de Metz, sont renommez pour le bon Chocolat et pour le Caffé en graine et en poudre.
On vend un Traité curieux du Thé, du Caffé et du Chocolat, chez la veuve Nion, quay de Nesle[13].
[13] C’est le traité cité plus haut à l’art. Librairie. Il est de Blégny, lui-même, qui ne manque jamais l’occasion de rappeler ce qu’il a fait.
Les Sieurs Huré, place Dauphine[14], et Letgüyüe, rue Dauphine, sont renommez pour les bons melons.
[14] Son article est plus curieux dans l’édit. précéd., p. 29: «le sieur Huré, marchand de melons, à qui l’on peut avoir toute confiance en payant un bon melon ce qu’il vaut, a tous les ans sa boutique à l’entrée de la place Dauphine.»
Le Sieur Luquet, rue saint Denis, devant la rue du petit Lion, fait et vend des carafons de liege fort legers et fort propres pour rafraichir les liqueurs à la glace[15].
[15] On appeloit alors carafons les seaux qu’on remplissoit de glace pour y faire rafraîchir le vin en bouteilles. Il avoit été fort ingénieux d’y appliquer le liége à cause de sa porosité. C’étoit, avec une tout autre matière, le système des alcarazas espagnols, où cette porosité entretient la fraîcheur par l’évaporation. La glace, dans ces seaux de liége, qui, d’ailleurs, sont encore d’usage, se conserve plus longtemps que dans les autres.
Le Sieur Joubert, qui demeure au quartier de la Croix du Tiroir, rue des vieilles Etuves, à l’enseigne du Soulier d’or, vend des Olives et des Anchois[16] à juste prix pour les Cabaretiers et Aubergistes.
[16] On s’en fournissoit depuis longtemps à Nice, Cannes, Antibes, etc. Olivier de Serres, _Théât. d’agricult._, 1605, in-4º, p. 660, parle de «barrils d’anchoies (_sic_)» qui en venoient.
Il y a un magasin de Pistaches[17], rue Bourlabé, chez Madame Nave.
[17] Les pistaches du Levant étaient en vogue depuis le XVIe siècle. _V._ A. Paré, Liv. XVIII, ch. 43. On en faisait d’excellentes dragées.
Pour le sucre et autres denrées domestique, voyez ci-après l’article d’Epiceries et denrées domestiques.
PANNETERIE ET PATISSERIE.
Entre les Patissiers renommez pour la patisserie, sont les Sieurs le Coq, rue de l’Université, quartier saint Germain[1]; le Hongre, rue saint Antoine, près les Jesuites; Mignot, rue de la Harpe[2]; Berthelot, rue saint Louis du Palais; Luce, près les Basions Royaux[3]; Sonnet, près saint Roch; Bouliet, rue des Déchargeurs; Gravier, à l’entrée de la rue saint Antoine; la veuve Langlois, à la Bazoche, rue saint André[4], et pour ce qui regarde les Biscuits, Macarons, Craquelins, Massepains, Cornets, voyez l’article precedent.
[1] Dans la 1re édit., il est donné, p. 27, comme ayant «une grande réputation pour toutes sortes de patisseries.» Puis on lit à la suite: «Ainsi en est-il du sieur Flechmer, rue Saint-Antoine, au coin Saint-Paul, celuy-ci fait un grand débit de fines brioches que les dames prennent chez luy en allant au Cours de Vincennes.»--Les marguilliers de Saint-Paul, avec lesquels, en bon voisin, il s’entendoit, lui faisoient commander tous les pains bénits de la paroisse. Ils en avoient une part du profit, ou tout au moins une _paraguante_, comme on appeloit alors le pourboire. Marigny, après leur avoir dit, dans son poëme du _Pain Bénit_, qui parut en 1673, tout ce qu’il y avoit de scandaleux dans leurs exigences pour que le gâteau fût bien large, bien épais, «bien étoffé», ajoute:
Encor ne pouvez-vous souffrir Que le pain que l’on doit offrir S’achète ailleurs qu’en la boutique De Fléchemer, qui pour l’argent, Afin d’avoir votre pratique, Se qualifie effrontément De patissier de la fabrique. Que son pain soit grand ou petit, Il est selon votre appétit. S’il vous donne une _paraguante_, Et s’il fait bien boire Regnault, Votre fabrique est fort contente: L’offrande est faite comme il faut.
[2] «Le sieur Mignot, rue de la Harpe, n’a pas seulement beaucoup de réputation pour la patisserie, mais encore pour toutes espèces de ragoûts, étant patissier traiteur.» Edit. de 1691, p. 28.--Voilà qui le venge de Boileau. C’est, en effet, le Mignot de la _Satire du Repas_, où il est donné, il vous en souvient, pour «l’empoisonneur» qui sait le mieux son métier. De notre temps, il eût fait au satirique un procès en diffamation. Il s’y prit, pour sa revanche, comme on s’y prenoit du sien. Il rendit satire pour satire. Cotin venoit d’en faire une contre Boileau, dont il vouloit aussi se venger. Ils s’entendirent ensemble, et, pendant plusieurs semaines, il ne sortit pas un gâteau de chez Mignot qui ne fût enveloppé du papier satirique de Cotin. Sa boutique, du reste, ne prospéra que mieux du mal qu’on en avoit dit: «Ce matin, dit Brossette, à la date du 22 oct. 1702, dans ses _Mémoires_ sur Boileau, en passant dans la rue de la Harpe, l’on m’a montré la maison où Mignot, patissier et traiteur, tenoit autrefois sa boutique. C’est vis à vis la rue Percée. Un nommé Couterot tient la même boutique de patissier. Mignot a quitté sa profession en 1700, et il vit de son bien.» Il avoit eu surtout une grande réputation pour les biscuits (Vigneul-Marville, _Mélanges_, t. III, p. 291).
[3] Cabaret de la rue Saint-Honoré, dont il sera dit un mot plus loin.
[4] On y mettoit fort bien les levrauts en pâtés, si l’on en croit le procureur de la 3e _Satire_ de Furetière. On m’a fait, dit-il,
On m’a fait un présent d’un levreau d’importance, Que j’aurois plus gardé, n’étoit cette occurence; Si je le mangeois seul j’aurois quelque remords; J’ai dit qu’on luy fît faire un brillant juste au corps Et l’ai fait envoyer exprès _à la Bazoche_. Il fait plus de profit en pâte qu’à la broche.
M. Prevost, Boulanger de Monsieur et de Madame[5], demeure près le Palais Royal.
[5] Dans l’_Etat de France_ pour 1692, p. 774, c’est Jacques Converset qui est indiqué comme boulanger de la maison de Madame. Pour celle de Monsieur, p. 736, l’indication manque.
Le Sieur Verité, Boulanger, près la Magdelaine[6], fournit Nosseigneurs du Parlement, et est fort renommé pour le Pain de Seigle et pour le Pain au lait[7].
[6] En la Cité.
[7] Ces «pains au lait» étoient spéciaux aux boulangeries dites «de petits pains», et ils y avoient des noms particuliers suivant leurs formes. On les appeloit _pains à la mode_, _pains de Ségovie_, et encore _pains à la Montauron_, mais ce nom avoit à peu près passé pour faire place à un autre, comme on le verra plus loin. Fagon avoit défendu au Roi l’usage de ces pains au lait. (_Journal de la Santé_, p. 211, 223.)
Il y a plusieurs autres Boulangers renommez pour diverses sortes de Pains, par exemple, les Sieurs Dantan, près les Jacobins, pour le petit pain; de Lorme, rue aux Ours; et le Comte, au cimetiere saint Jean, pour le pain molet[8]; des Monceaux, rue de Tournon, et le Comte, rue Galande, près la place Maubert, pour différentes sortes de Pains[9].
[8] On l’avoit aussi appelé _pain à la Reine_. Comme il y falloit plus de levure qu’aux autres et qu’il n’étoit pas ainsi réglé selon les lois de la médecine, la Police ne l’avoit d’abord que toléré (O. de Serres, p. 822). En 1688, il faillit être tout à fait défendu à la suite d’un procès entre les Boulangers et les Cabaretiers, dont nous avons ailleurs donné longuement le détail. _V. Le Roman de Molière_, p. 191-227.
[9] Presque tous étoient fort grands, comme notre _pain Jocko_, dont le nom est une altération de celui du _pain Coco_ du Languedoc. Le Sicilien, dont nous avons déjà cité la lettre, s’étonne de ces pains énormes, et il en parle avec une exagération amusante: «le pain est bon, il est blanc, bien fait, dit-il, et un seul pain est quelque fois si grand qu’il suffit pour rassasier une semaine entière pendant plusieurs jours; ce qui a fait dire à un plaisant que si cette manière de faire de grands pains eût été dans la Judée au temps du Messie, les cinq mille Juifs qui furent rassasiés se seroient plutôt étonnés du four que du miracle.»--Le plus grand étoit le _grand pain bourgeois_, dont Jean Alassin avoit obtenu le privilège en juin 1649, et qui avoit fini par être accepté, malgré l’opposition des boulangers et surtout des meuniers. C’étoit un pain bis-blanc, qui se distribuoit au poids en échange du blé (_Bibliog. des Mazarinades_, t. I, p. 411-412). Une brochure in-4º de 7 pages et rarissime contient sur cette spéculation de boulangerie populaire des données curieuses: _Tarif des droits que l’entrepreneur du Magasin de grand pain Bourgeois, estably dans la rue des Rosiers au petit hôtel d’O, a costé de la vieille rue du Temple, prend tant pour le déchet ordinaire de la farine au moulin ou ailleurs que pour les frais dudit moulin et de la fabrique ou du cuisson (_sic_) du pain._
La veuve Ronay, rue saint Victor, fait un pain de table excellent de toutes farines, qu’on nomme Pains à la Joyeuse[10].
[10] C’est un souvenir du règne de Henri III, où, après les noces du duc de Joyeuse avec la sœur de la Reine, tout fut «à la Joyeuse» dans Paris, même le pain.
Il y a dans la Cour des Quinze-Vingts plusieurs Boulangers qui font un Pain de menage[11] de toutes farines qui est trouvé d’un bon goût.
[11] Cette expression «pain de ménage» est déjà dans le _Théatre d’agricult._ d’O. de Serres, 1605, in-4º, p. 824.
Le Boulanger qui fabrique le petit pain de mouton pour les enfans[12], demeure rue de Seine, quartier saint Germain[13].
[12] Le _pain-mouton_ étoit une sorte de petit pain saupoudré de grains de blés que les valets étoient chargés de donner aux enfants pauvres, quand venoient les étrennes. Il différoit beaucoup--sauf par le nom--du _pain de mouton_, qui se faisoit avec du beurre, du fromage, et de la pâte, et n’étoit guère plus grand, dit Richelet, qu’un écu d’argent. On le donnoit aussi aux enfants «un peu devant et un peu après le jour de l’an.» L’abbé de Marolles a parlé dans les notes de sa traduction d’_Athénée_, 1680, in-4º p. XXXIX, où certes l’on ne l’attendoit guère, d’une femme qui fut célèbre en son temps, par le débit qu’elle faisoit de ces petits pains, en criant par les rues: «à mes petits pains de mouton, Mesdames!»
[13] Dans l’édit. précéd., p. 62, son adresse est «rue des Mauvais Garçons», celle du faubourg Saint-Germain, sans doute, près de la rue de Seine.
Le Sieur Ozanne, rue de Guenegaud, est renommé pour le pain Paget[14] et pour une sorte de pain façon de Gonesse[15].
[14] C’étoit, croyons-nous, le pain à la Moutauron, avec un nom plus nouveau, mais déjà ancien lui-même. Jacques Paget Du Plessis, d’abord maître des requêtes, puis intendant des finances, avoit fait fortune en s’arrangeant avec les partisans, lorsque Moutauron, un de ceux-ci, avoit sombré après quelques années de la plus grande magnificence, qui lui valut, comme on sait, la dédicace de _Cinna_. Tout étant de mode, le pain à la Moutauron fut remplacé par le pain Paget, comme la fortune de Paget avoit succédé à celle de Moutauron.
[15] On sait que le pain de Gonesse, qui devoit, dit-on, ses qualités à l’eau du pays, étoit celui qu’on préféroit à Paris, dont il formoit en grande partie l’approvisionnement. L’arrivage s’en faisoit deux fois par semaine, et il avoit sa halle particulière: «On ne prendra pas Paris, disoit Condé, suivant le cardinal de Retz, par des mines, comme Dunkerque, et par des attaques, mais si le pain de Gonesse lui manquoit huit jours.» Lister le trouva excellent et bien supérieur à celui de Paris. «Il est extrêmement blanc, dit-il (chap. VI), ferme, léger et fait avec du levain. Il est ordinairement en pain de trois livres.» Le prix de trois deniers anglois la livre, qu’il donne ensuite, équivaut à trente-et-un centimes d’à présent.
Le Sieur Jacques, rue saint Honoré, est renommé pour le pain biscuit qu’on mange avec les liqueurs.
Les Sieurs l’Esteuve, près saint Medard, et Adam, rue saint Denis, au Roy François[16], fabriquent des Fours pour le public.
[16] C’est-à-dire Cour du Roy François, ancienne Cour des Miracles, qui n’a disparu que dans ces derniers temps, et qui devoit son nom à cette enseigne.
Il y a plusieurs Paindepiciers rue Marivaux[17] et porte S. Denis.
[17] On les appeloit aussi «patissiers de pain d’épice.» Ils étoient peu nombreux à Paris, à cause de la concurrence de ceux de Reims.
MARCHANDISE DE VINS ET D’APRESTS.
La Halle aux Vins[1] est à la porte saint Bernard, où il y a des Bureaux pour les droits du Roy[2]. On y trouve de bon et franc vin de Bourgogne chez le Sieur Compagnot.
[1] Elle avoit été établie en 1662.
[2] La porte Saint-Bernard, qui avoit la forme d’un arc de triomphe, datoit de 1674. Elle se trouvoit sur le quai de la Tournelle, un peu au-dessus du pont. On la démolit au commencement de la Révolution. Sous l’Empire, la Halle aux vins, sa voisine, fut reportée plus haut, sur la plus grande partie de l’enclos de l’abbaye Saint-Victor, qu’elle occupe toujours. Les travaux d’installation commencèrent en 1811.
Le Bureau des Maîtres et Gardes de la marchandise de vin[3], est rue Grenier, sur l’eau, derriere saint Gervais.
[3] Ils jouissoient des mêmes priviléges que ceux des six corps marchands, et ils pouvoient, comme eux, devenir échevins ou consuls. Ils avoient pour armoiries, depuis 1629, un navire d’argent à bannière de France, flottant avec six nefs autour, et une grappe de raisin en chef sur champ d’azur.
Tout proche rue des Barres, M. Milon fait commerce en gros de Vins de Champagne[4].
[4] La mode n’en faisoit que commencer, et le plus souvent on ne l’appeloit que _Vin de Sillery_ ou _Vin de la Maréchale_, à cause de la maréchale d’Estrées, à qui appartenoit le vignoble de Sillery, par lequel avoit préludé cette première vogue. Le Roi y contribua. Le vin de Champagne fut longtemps sa seule boisson. (_Journal de la Santé_, p. 211 et 350.)
Du nombre des douze Marchands de Vins du Roy[5], qui font les grandes fournitures en pieces et en bouteilles, pour la Cour, pour l’armée et pour le public, sont Messieurs Cresnay rue Notre Dame[6], de Bray rue de la Huaumerie, Bourdois au bout du Pont saint Michel, Petit rue des Petits Champs, Bourdois près l’aport de Paris, Morisson[7] rue de la Huchette, Darboullin rue Coquilliere[8], Tardiveau Fauxbourg saint Marcel, Hardon[9] rue Beaubourg, Triboulleau rue de la Mortellerie[10], Alexandre rue des Assis, etc.
[5] Ils étoient, suivant l’_Etat de France_, p. 628, les premiers privilégiés suivant la Cour. On les appeloit «la Cave des Douze.»
[6] Son enseigne étoit «à la Pomme de pin», et c’est par conséquent son cabaret que doit désigner ainsi l’édit. précédente, p. 28: «la Pomme de pin, derrière la Magdelaine.» Un autre, portant la même enseigne, indiqué aussi dans cette première édition, se trouvoit rue d’Orléans.--On sait que Crenet est, comme Mignot, assez maltraité dans _la Satire du Repas_, pour les mélanges «d’auvernat et de lignage» qu’il vendoit, dit Boileau, «pour vin de l’Ermitage.» Le reproche étoit, paroît-il, assez juste, d’après une anecdote que raconte Brossette; aussi Crenet ne réclama-t-il pas. Dancourt l’a mieux traité dans l’_Eté des Coquettes_, joué en 1690. On y chante à la fin:
Sans cadeaux et sans promenades L’Amour les tient peu sous ses lois, Et sans Crenet et la Guerbois L’Amour n’a que des plaisirs fades.
[7] Edme Maurisson, d’après l’_Etat de France_, p. 628.
[8] Dancourt, à la scène IV des _Agioteurs_, joués en 1710, parle de sa veuve, qui lui avoit alors succédé: «SUZON... Vous irez de là chez Madame Darboulin, rue Coquillière, dire qu’on porte au même endroit, dès ce matin, les douze douzaines de bouteilles de vin de Bourgogne, et la douzaine de Champagne que je payai hier.»
[9] Hugues Hardoin, et non Hardon.
[10] Il étoit le plus en vogue à la fin du siècle. Suivant le _Théophraste moderne_, p. 422, on ne trouvoit bons que les vins qu’il vendoit.
Et du Nombre des vingt cinq[11] sont Mrs Groü Doyen, Avrillon près le Puits Certain, Coquart rue du Temple, Charles rue de la Huchette, Baron rue du Paon, Rousseau rue d’Avignon[12], Sellier montagne sainte Genevieve, Paris près la Grève, Moricault l’ainé place Maubert, Roussillard près le Pont Marie, Riberolle Isle Notre Dame, Moricault le jeune rue des Boucheries saint Germain, Forel joignant la Comedie Françoise[13], Baron et Guibault au cimetiere saint Jean[14], Gaudin près le Pont Notre Dame, True rue Galande, la Nopce près le Palais, Courtois, rue saint Honoré, le Gendre rue des Noyers, Migret Fauxbourg de Richelieu, etc.
[11] Les vingt-cinq «cabaretiers», suivant la Cour, qu’il ne falloit pas confondre avec les douze «marchands de vin», quoiqu’ils en portassent le titre et eussent les mêmes privilèges. On pouvoit chez eux non-seulement vendre «le vin à pot, mais donner des repas complets. _V. Le Traité de la Police_, t. III, p. 719, et la _Correspondance_ de Colbert, t. II, 1re partie, p. 169. Les cabaretiers ordinaires, qui n’étoient pas en même temps marchands de vin comme les vingt-cinq, ne pouvoient au contraire fournir pour les noces et repas que leur salle, le pain, le vin, les couverts, linges et salades. Il falloit apporter le reste. _V._ à ce sujet un arrêt du 1er août 1705, rendu contre le cabaretier Joseph Filastreau.--Il sera parlé plus loin des marchands de vin qui vendoient surtout au pot.
[12] C’est son cabaret qui est indiqué ainsi dans l’édit. précéd., p. 28: «à la Galère, derrière Saint-Jacques la Boucherie.» Il avoit, en effet, cette enseigne, déjà ancienne dans la rue d’Avignon, qui en prenoit parfois le nom de «rue de la Galère.» Sauval, t. I, p. 111.--_V._ sur la maison qu’y occupoit Rousseau, de curieux renseignements dans l’édition que M. Cocheris a donnée de l’_Histoire du Diocèse de Paris_, par l’abbé Le Beuf, t. III, p. 506.--Il est continuellement parlé de ce fameux cabaretier dans les pièces du temps: _le Chevalier à la mode_, de Dancourt, _les Chinois_ et _la Fille de bon sens_ de la Comédie italienne, etc. Coulange ne l’a pas oublié dans ses couplets. Il y chante:
Chez Rousseau portons nos écus.
[13] Il tenoit le cabaret de _l’Alliance_, qui étoit, en effet, près de la Comédie françoise établie, depuis 1688, rue des Fossés-Saint-Germain. (_Hist. amour. des Gaules_, t. III, 435.) C’est à sa porte que mourut subitement, en 1701, le gros comédien-auteur Champmeslé. _L’Alliance_ est citée, pour les débauches qui s’y faisoient, dans plusieurs pièces du théâtre italien: _la Cause des femmes_, _Pasquin et Marforio_, _les Aventures des Champs-Elysées_, où Forel est nommé.
[14] Les cabarets y étoient déjà nombreux sous Louis XIII. Saint-Amand l’appelle «un cimetière»
Fait pour enterrer les ennuis.
Il y a plusieurs autres Marchands renommez pour les fins Vins et pour la belle Viande, par exemple, Messieurs Lamy aux trois Cuilleres rue aux Ours[15], Loisel aux bons Enfans[16] près le Palais Royal, Fitte au grand Loüis rue Bailleul[17], Berthelot à la Conférence rue Gémis Laurent, du Monchel au Soleil d’or rue saint André, du Test à la Corne rue Galande, de Sercy à la petite Galere rue de Seine[18], etc.
[15] Celui-ci étoit en telle vogue, qu’il avoit fini par dédaigner le nom de cabaretier, pour prendre celui de traiteur, que tous les autres, cela va de soi, prirent aussitôt comme lui, même ceux des guinguettes. «COLOMBINE, _déguisée en chevalier_. Quand vous donnerai-je à souper chez Lamy?--ISABELLE. Vous perdez le respect, chevalier, une fille de ma qualité au cabaret!--COLOMBINE. Oh! s’il vous plaît, Lamy n’est pas un cabaret, c’est un traiteur de conséquence...» _Le Banqueroutier_ (1687), théâtre de Ghérardi, t. I, p. 390. Il est nommé dans le prologue du _Grondeur_ (1691).
[16] Il avoit pris pour enseigne le nom même de sa rue, qui alloit, du reste, fort bien à un cabaret.
[17] Fitte, qui est aussi nommé deux fois dans _Turcaret_, comme l’homme des meilleurs repas, a eu l’honneur d’être cité par Chaulieu, en 1704, dans son épître au chevalier de Bouillon:
Chevalier, reçois ces vers D’une muse libertine. Qu’ils aillent sous ton nom de _popine_ en _popine_ Apprendre à tout l’univers Que _Fite_ et La Morilliére, Pour n’avoir point de Césars, Ont pourtant sous leur bannière Leur héros, ainsi que Mars.
[18] C’est chez lui que Saint-Amand étoit mort le 29 décembre 1661, après une maladie de deux jours: «Son ami, l’illustre abbé de Villeloin, si connu dans la République des Lettres, dit Fr. Colletet dans _l’Abrégé des Annales de Paris_, 1664, in-12, p. 439, l’assista en ce dernier moment et luy rendit ce dernier devoir de son amitié qu’il luy avoit juré depuis tant d’années.»
Il y a d’ailleurs en différens quartiers de la Ville et du Fauxbourg des Traiteurs et Marchands de Vins qui font nopces ou qui tiennent de grands Cabarets, et où il se fait de gros Ecots, par exemple, Mrs Clossier à la Gerbe d’or rue Gervais Laurent, Blanne à la Galere rue de la Savaterie, Bedoré au petit Panier rue Tirechape[19], Robert près les Consuls[20], Aubrin à la Croix Blanche rue de Bercy[21], Martin aux Torches cimetiere saint Jean[22], Guérin à la Folie rue de la Poterie, Payen au petit Panier rue des Noyers, Cheret à la Cornemeuse rue des Prouvaires[23].
[19] L’édit. de 1691, p. 28, le loge «rue Troussevache.»
[20] «Au cloître Saint-Méderic, chez Robert.» _Id._
[21] Un autre cabaret de «la Croix blanche», étoit rue aux Ours. Edit. de 1691, p. 28.--Chapelle fréquentoit celui de la rue de Bercy, au Marais. Il avoit deux entrées, l’une sur cette rue, l’autre sur une rue parallèle, qui en avoit pris le nom de rue de la Croix-Blanche. Elles étoient toutes deux fort étroites, et il a suffi, en 1850, d’enlever l’îlot de maisons qui les séparoient, pour n’avoir qu’une seule rue de largeur réglementaire.
[22] Ce cabaret est déjà nommé comme un des fameux dans les _Visions admirables du Pelerin du Parnasse_. 1635, in-12.
[23] Il est cité dans la pièce _Les Souffleurs_, acte I, sc. XI. Les auteurs y alloient beaucoup. (_V._ notre Notice sur Regnard.)--Dancourt qui, on le sait, par une anecdote connue, se consoloit chez Chéret de la chute de ses pièces, l’a nommé, dans sa comédie, _Madame Artus_. Acte I, sc. XI.--Chéret fit fortune. Son fils devint procureur au Parlement, et ce sont ses petites-filles, Mlles Chéret, très-ardentes jansénistes, qui, en 1758, pour tenir tête au curé de Saint-Séverin, créèrent une sorte de petite église qu’elles opposèrent à la sienne. (_Journal_ de Barbier, édit. in-18, t. VII, p. 81 et 377.)
On peut aussi boire et manger proprement et agréablement au Loüis près le Jeu de Metz[24], à la porte S. Germain rue des Cordeliers, à la Reine de Suède rue de Seine, aux Carneaux rue des Déchargeurs, à la petite Bastile rue Betizy[25], au petit Pere noir rue de la Bucherie[26], aux trois Chapelets rue saint André, à la Galère rue saint Thomas du Louvre[27], au Soleil des Perdreaux[28] rue des Petits Champs, au Panier fleuri rue du Crucifix saint Jacques de la Boucherie[29], à la Porte saint Denis chez Hory, à la Boule blanche, et au Jardinier[30] Fauxbourg saint Antoine.
[24] Deux autres cabarets avoient cette enseigne du «Louis»; l’un, qui étoit peut-être celui de Le Gendre, nommé tout-à-l’heure, se trouvoit rue des Noyers; l’autre, rue Bourg-l’Abbé.
[25] Il y avoit au port Saint-Paul un autre cabaret de «la petite Bastille.» Edit. de 1691, p. 28.
[26] On y venoit de tout Paris, pour la beauté de la cabaretière et l’excellence des vins. C’est pour l’hôtesse que Coulange fit son couplet:
Si tu veux sans suite et sans bruit, etc.
Dans la farce italienne des _Deux Arlequins_, le vin du cabaret du _Père Noir_ est chanté, acte I, sc. III:
ARLEQUIN. Qu’un bon levraut suivi d’un dindon tendre Soit tantôt sur le soir pour nous deux apprêté Et prends au _Père Noir_ d’un bon vin velouté Deux flacons dignes de m’attendre.
[27] C’est le même cabaret de _la Galère_, qui, dans l’édit. précédente, est indiqué «près le Palais-Royal.»
[28] «Des six perdreaux.» _Id._
[29] Un autre «Panier fleury» est indiqué rue Tirechappe, dans l’édit. précédente. Il donna son nom à un passage, qui alloit de cette rue à celle des Bourdonnois. Rousseau et Diderot dînoient souvent en pick-nik, au cabaret du _Panier fleury_, dans les premiers temps de leur séjour à Paris. (V. _les Confessions_, 2e part., liv. VII.)
[30] «Au Jardinet.» _Id._
Les Marchands de Vins qui vendent quelquefois en gros et qui debitent beaucoup au pot[31] et en bouteilles, sont entr’autres, Messieurs Mariette, au carrefour saint Benoist, de la Cour rue du Crucifix saint Jacques de la Boucherie, Bernard devant le Pont Neuf, Saulsay rue des Poulies, Rougeault près l’aport de Paris, Bricet Butte saint Roch, Haumont et Berthelot rue des Boucheries saint Germain, des Hottes rue de la Fromagerie, Darlu, Hardouin et Joly près le Palais Royal.
[31] Les bourgeois faisoient vendre la plupart «à pot» ou «au pot», chez ces marchands de vin, le produit de leurs vendanges: «M. BERNARD. Ne vaut-il pas autant vendre mon vin à la campagne que de le faire vendre à _pot_ dans Paris, comme la plupart de mes confrères.» Dancourt, _la Maison de campagne_, scène XXXII.
Le même M. Joly donne fort bien à manger à trente sols par tête[32].
[32] L’édition de 1691, p. 28, cite encore quelques autres cabarets: «_Au petit Paris_, rue de la Verrerie; _à la petite Epousée_, rue Saint-Jean en Grêve; chez Tessier, au coin Saint-Paul; _au Cormier_, rue des Fossez-Saint-Germain; _à la Vallée Tissart_, rue Vaugirard; _au Milieu du Monde_, à la Grenouillère, où demeure Lognon, renommé pour les matelottes; _à la Chasse Royale_, près la porte Saint-Louis; _aux Bâtons royaux_, rue Saint-Honoré.» Les _Bâtons royaux_ se trouvoient près de Saint-Roch, dont les marguilliers y alloient faire bombance. (_V._ notre _Histoire de la Butte_, p. 52.)
HOSTELS GARNIS ET TABLES D’AUBERGES.
Il y a des Appartemens magnifiquement garnis pour les grands Seigneurs à l’Hotel de la Reine Marguerite rue de Seine[1], et à l’Hotel de Bouillon quay des Théatins.
[1] Liger, dans son _Voyageur fidèle_, p. 325, le met aussi au nombre des hôtels garnis renommés. Il existe encore au nº 6 de la rue de Seine. C’est un pavillon détaché du magnifique hôtel que la première femme d’Henri IV s’étoit fait construire, et dont les jardins, qui s’étendoient jusqu’à la rue des Saints-Pères, ne survivent plus que par un jardinet planté de quelques arbres, où l’on descend, comme sous Henri IV, par un double perron. La façade du pavillon est restée ce qu’elle étoit. On s’est contenté de l’exhausser d’un étage, mais du même style, au-dessus duquel on a reconstruit les anciennes mansardes. Le conseiller d’Etat Gilbert des Voisins l’habitoit au XVIIIe siècle, et les Mirabeau, dont les boiseries intérieures conservent encore le chiffre, y étoient venus après lui.
Il y a encore plusieurs autres Hotels meublez en differens quartiers, par exemple, le grand Duc de Bourgogne rue des petits Augustins, l’Hotel d’Escosse rue des saints Pères, l’Hotel de Taranne, l’Hotel de Savoye, et l’Hotel d’Alby rue de Charonne, l’Hotel de l’Isle, l’Hotel de Baviere, l’Hotel de France, et la Ville de Montpellier rue de Seine, l’Hotel de Venise, et l’Hotel de Marseille rue saint Benoist, l’Hotel de Vitry, l’Hotel de Bourbon, l’Hotel de France, et l’Hotel de Navarre rue des grands Augustins[2], la Ville de Rome rue des Marmouzets, l’Hotel de Perpignan rue du Haut Moulin, l’Hotel de Tours rue du Jardinier[3], l’Hotel de Beauvais rue Dauphine, l’Hotel d’Orléans rue Mazarine, l’Hotel du saint Esprit rue de Guenegaud, l’Hotel de saint Agnan rue saint André, l’Hotel d’Hollande[4], l’Hotel de Beziers, l’Hotel de Brandebourg, l’Hotel de saint Paul et le grand Hotel de Luyne rue du Colombier.
[2] On peut remarquer que beaucoup de ces hôtels étoient dans le faubourg Saint-Germain. Les étrangers le préféroient, et les hôtels garnis s’y étoient multipliés en conséquence: «depuis que la paix étoit faite, lit-on dans les _Annales de la Cour et de la Ville_, pour les années 1697-1698, t. II, p. 135, il y avoit eu dans Paris un si grand abord d’étrangers, que l’on en comptoit quinze à seize mille dans le faubourg Saint-Germain seulement... Le nombre s’accrut encore bientôt de plus de la moitié, en sorte que, au commencement de l’année suivante, on trouva qu’il y en avoit trente-six mille dans ce seul faubourg.»
[3] Lisez rue du Jardinet. Cet hôtel, que Liger place avec plus de raison rue du Paon, où il en subsista des restes jusqu’aux dernières démolitions, devoit son nom aux archevêques de Tours, dont il avoit été longtemps la propriété. Vauvenargues y descendoit pendant ses congés de semestre. Les lettres que lui écrivit Voltaire portent cette adresse.
[4] C’est un des hôtels que, dans _la Comtesse d’Escarbagnas_, scène XI, Julie, voulant se moquer de la ridicule provinciale, lui nomme comme autant d’hôtels de grands seigneurs: «On sait bien mieux, dit-elle, vivre à Paris dans ces hôtels, dont la mémoire doit être si chère: cet hôtel de Mouhy, Madame, cet hôtel de Lyon, cet hôtel d’Hollande. Les agréables demeures que voilà!»
On mange à table d’Auberge[5] dans presque toutes les maisons garnies cy-devant designées à vingt, à trente ou à quarante sols par repas[6]: mais l’Auteur ignore encore sur quel pied elles sont reglées chacune en particulier[7], en attendant sur cela un plus grand eclaircissement, les Provinciaux peuvent s’assurer qu’on loge et qu’on mange d’ailleurs dans les Hotels et Auberges ci-après aux differens prix qui seront marquez, par exemple:
[5] C’étoit encore le mot le plus en usage. Gourville dans ses _Mémoires_, 1re édit., t. I, p. 306, dit toutefois déjà «Table d’hôte», de même que les deux Hollandois qui vinrent à Paris en 1657, et dont M. Faugère a publié le curieux _Journal de Voyage_. V. p. 191. Nous lisons aussi dans une pièce de Dancourt: «M. BERNARD. A _table d’hôte_, je vous entends, tant par tête.» _La maison de campagne_, 1688, scène XXX. En somme, c’est, je crois, suivant l’importance des hôtels et des prix qu’on disoit _table d’hôte_ ou _table d’auberge_.
[6] Même les plus chères de ces tables d’hôte ou d’auberge n’étoient pas pour les délicats, qui ne vouloient que des cabarets «à gros écots», sans prix fixe. Dans _les Côteaux_ ou _les Marquis friands_, qui furent joués à l’hôtel de Bourgogne, en 1665, Clidamant et Oronte, deux de ces gourmets, s’en expliquent nettement scène XI:
ORONTE. Les repas de grand prix sont bien plus agréables Et la cherté des mets les rend plus délectables. VALÈRE. A ce plaisant discours, que réponds-tu, Marquis? CLIDAMANT. Que je ne veux jamais disner à juste prix. LÉANDRE. Voilà d’un vrai Marquis le parfait caractère.
[7] Selon Liger, p. 326, «ces prix fixes» ne l’étoient pas toujours. Ils varioient selon que la cherté des vivres étoit plus ou moins grande.
A quarante sols par repas à l’Hotel de Mantouë rue Mouton[8], à l’Hotel de l’Isle de France rue de Guénégaud, etc.
[8] Dans l’édit. précédente, p. 28, se trouve une autre adresse, qui est la vraie, et un plus long détail: «le sieur de La Motte, à l’hôtel de Mantouë, rue Montmartre, tient une fort bonne table à quarante sols par repas, et fournit même une seconde table aux intervenants.»
A trente[9] au petit Hotel de Luyne rue Gît le Cœur, à la Galere rue Zacharie, aux Bœufs et aux trois Chandeliers rue de la Huchette, etc.
[9] «Rue Saint-André, à l’hôtel de Chateau-Vieux.» Edit. 1691, p. 29.
A vingt à l’Hotel d’Anjou rue Dauphine, au petit S. Jean[10] rue Gît le Cœur, au Coq hardi rue saint André[11], à la Croix de fer rue saint Denis[12], au Pressoir d’or et à l’Hotel de Bruxelle rue saint Martin[13], à la Croix d’or rue du Poirier, à la Toison rue Beaubourg, etc.
[10] «Et au grand hôtel de Luynes.» _Id._
[11] «Le sieur Vilain, rue des Lavandières, près la place Maubert, à la Galère.» _Id._--Il a, p. 63, un petit article supplémentaire: «le sieur Vilain, marchand de vin, aussi renommé pour ses bons apprêts, demeure rue des Lavandières, à l’entrée de la place Maubert, à la Galère.»
[12] Ajoutons près de Saint-Leu. Il y a, sur un dîner à ce cabaret, un curieux sonnet de François Colletet, qui se termine par ce vers, bien digne d’un pauvre poëte, depuis longtemps à jeun:
Moi, je mange aux repas, et bois sans dire mot.
Un autre hôtel de _la Croix de fer_ se trouvoit rue de la Harpe, adossé aux ruines des Thermes. Marmontel y logea en arrivant d’Auvergne à Paris.
[13] Conrart, chez qui se réunit d’abord la Société littéraire, où se recrutèrent les premiers membres de l’Académie françoise, logeoit près de cette auberge de la rue Saint-Martin. (Marcou, _Pellisson_, p. 80.) Plus d’une séance de la nouvelle Académie dut s’y terminer. Suivant Vigneul-Marville, en effet, on ne se séparoit pas sans avoir fait légèrement ripaille.
A quinze à la Ville de Bourdeaux et à l’Hotel de Mouy rue Dauphine, à l’Hotel couronné rue de Savoye, au petit Trianon rue Tictonne, à la ville de Stokolm rue de Bussy, à la belle Image rue du petit Bourbon[14], au Dauphin rue Maubuée, etc.
[14] «Rue de la Rose, à la Samaritaine.» Edit. 1691, p. 29.
A dix sols[15] au Heaume rue du Foin, au Paon rue Bourlabé, au Gaillard bois rue de l’Echelle, au gros Chapelet rue des Cordiers[16].
[15] Boileau, _satire X_, vers 673-676, nous dit à peu près ce qu’étoient ces auberges:
T’ai-je encore décrit la dame brelandière Qui de joueurs chez soi se fait cabaretière, Et souffre des affronts que ne souffriroit pas L’Hôtesse d’une auberge à dix sous par repas.
[16] «Et à l’hôtel Notre-Dame, rue du Colombier.» Edit. de 1691, p. 29.
Il y a d’ailleurs quelques Auberges où il y a trois tables différentes, à quinze, à vingt et à trente sols par repas, par exemple, à la Couronne d’or rue saint Antoine[17], au petit Bourbon sur le quay des Ormes, et à l’Hôtel de Picardie rue saint Honoré[18].
[17] Cette auberge, très-agrandie, subsista jusqu’aux démolitions pour la prolongation de la rue de Rivoli. C’est de là que partoient les gondoles de Versailles.
[18] Un autre hôtel plus célèbre de cette rue étoit «l’hôtel Saint-Quentin», où descendit Leibnitz, lorsqu’il vint à Paris, et où logea Jean-Jacques Rousseau, dont il prit et a gardé le nom. (_V._ nos _Enigmes des rues de Paris_.) L’abbé de Marolles, dans ses _Mémoires_, 1755, in-12, t. I, p. 75, a parlé de ces intéressants et sérieux hôtels du quartier des Grès--la rue des Cordiers en fait partie--où se rencontroient théologiens et poëtes.
Les gens qui ne peuvent faire qu’une très mediocre dépense, trouvent d’ailleurs dans tous les quartiers de Paris de petites Auberges où on a de la soupe, de la viande, du pain et de la biere à suffisance pour cinq sols[19].
[19] Liger, p. 327, employant un mot que Saint-Simon emploie aussi d’ailleurs, appelle franchement ces «petites auberges» _gargotes_, «où l’on vit, dit-il, à la portion, à si petit prix que l’on veut.» On avoit eu aussi déjà l’idée d’une sorte de grande marmite économique, pour des soupes, au meilleur marché possible. _V._ Helvétius, _Traité des Maladies_, chap. _Bouillon pour les pauvres_.--Dans les auberges à cinq sous le dîner, on logeoit, suivant d’Argenson, à un sou la nuit. Marivaux ne donne pas d’autre gîte à son _Paysan parvenu_ arrivant à Paris: «Je me mis, lui fait-il dire avec sa préciosité ordinaire, dans une de ces petites auberges à qui le mépris de la pauvreté a fait donner le nom de gargote.»
FIN DU TOME Ier.
TABLE DES ARTICLES DU LIVRE DES ADRESSES DE PARIS.[1]
[1] Nous donnerons à la fin du volume la table alphabétique de l’édition de 1691.
Tome I.
Affaires Ecclésiastiques 15 Exercices de piété 21 Finances Royales 26 Trésoriers Payeurs des Gages et Rentes 40 Conseils du Roy et Chancellerie 46 Secretaires du Roy 54 Scéances des Tribunaux 78 Vacations des Tribunaux 86 Docteurs et Licentiez en Droit 87 Secretaires et Greffiers du Conseil, des Cours Souveraines et des Juridictions Subalternes 93 Contraintes Judiciaires 100 Bureaux Publics 106 Administration des Hospitaux 112 Banquiers 117 Academies et Conferences publiques 120 Biblioteques particulières et publiques 129 Collèges et Leçons publiques 138 Mathematiques 146 Medecine ordinaire 150 Medecine empirique 156 Opérations chirurgicales 157 Matières Médecinales simples et composées 164 Pension pour les Malades 178 Bains et Etuves 182 Impressions et Commerce de Librairie 185 Musique 204 Fameux Curieux des Ouvrages magnifiques 216 Dames Curieuses 231 Commerce de Curiositez et de Bijouteries 236 Commerce des Ouvrages d’Or, d’Argent, de Pierreries, etc. 244 Premieres Instructions de la Jeunesse 248 Nobles Exercices pour la belle education 253 Armes et Bagages de Guerre et de Chasse 261 Chevaux et Equipages 264 Passetemps et Menus Plaisirs 269 Jardinages 275 Tapisseries et Meubles ordinaires 283 Chair et Poisson 289 Marchandises de Beurre, Œufs, Fromages et Legumes 296 Offices de fruiteries 300 Panneterie et Patisserie 304 Marchandises de Vins et d’Aprests 309 Hostels garnis et Tables d’Auberges 316
TABLE ALPHABÉTIQUE DES PRINCIPALES MATIÈRES CONTENUES EN CET OUVRAGE[1]
[1] Afin de continuer à reproduire aussi exactement que possible le livre de Blegny, nous nous sommes conformé pour cette table, comme disposition, texte et orthographe, à celle qu’il a donnée dans sa première édition et qui--nous ignorons pourquoi--ne se retrouve pas dans la seconde. Nous nous sommes contenté d’y faire les additions nécessaires.
A.
Abrégé de la science des temps, II, 205. Académies, I, 120. Académie de découvertes, I, xlv, xlix, 9. Académie Françoise (Listes de 1676 et 1705), II, 275, 289. Accouchements, I, 159 et II, 69. Adresses casuelles de la ville de Paris, I, xlij. Affaires ecclésiastiques, I, 15. Adresses recouvertes après l’impression, II, 68. Adresses diverses, II, 73. Adresses (autres) nouvellement recouvertes, II, 177. Affiches, I, vj, xxxij, xxxiv; II, 345, 357. Affiches (petites), I, 10. Afficheurs, II, 75. Agneaux, I, 292. Aiguilles, II, 24. Alimens, I, 289. Almanachs, I, 193; II, 190. Almanach spirituel, I, 26. Amirauté, I, 70. Andouilles, I, 293-294. Anchois, I, 302-303. Animaux, I, 289. (Chair et poisson.) Apoticaires, II, 69. Architecture et Maçonnerie, II, 102. Arcs de carosses, I, 47, 267. Ardoises, II, 118. Argenteurs, I, 287. Armes et Bagages de guerre et de chasse, I, 261. Armoires, II, 344. Asnes, I, 264. Auberges (tables d’Auberges) et Hostels garnis, I, 316. Avis du Bureau d’adresse (Liste des), II, 302. Avis généraux, II, 341. Avis du journal général de France (Liste des), II, 373.
B.
Bailliage du Palais, I, 77. -- du Temple, I, 86. -- de Saint-Jean de Latran, I, 86. Bains et Etuves, I, 182. Balliveaux, II, 122. Bandages, I, 13. Banquiers, I, 117. Banquiers expéditionnaires en cour de Rome, I, 18 et II, 68. Baromètres, I, 242. Bas, II, 30. Bateaux (gardes), I, 111. Bateurs d’or, II, 46. Bâtimens du Roy, II, 87. Bénéfices et Bénéficiers, I, 19. Bêtes azines, I, 264. Beurre (Marchandises de), œufs, fromages et légumes, I, 296. Bible polyglotte, II, 319. Bibliothèques, I, 129. Bijouteries, I, 237. Bijouterie de cire, II, 68. Billards, I, 274. Biscuits, I, 301. Boëtes d’Allemagne, II, 23. Bœufs, I, 291. Bois de taillis à vendre, II, 338. Bonneterie (Ouvrage et Commerce de), II, 28. Bonnets carrés, II, 75. Bottes, II, 65. Bouchons de liège, II, 7. Boucles d’oreilles, II, 317. Boulangers, I, 306. Boules à jouer, I, 274. Bois à brûler, II, 8. -- à bâtir. Boudin blanc, I, 294. Bouquetières, I, 165. Bouteilles de poche, II, 42. Brefs et Bréviaires, I, 192. Bureau d’Adresses (Listes générales du), II, 332-346, 356, 364. Bureau des Indes Orientales et Occidentales, I, 108-109. Bureau d’adresses ou de rencontre, I, xx, xxiv et II, 302. Bureau des Merciers, II, 18. Bureaux publics, I, 106. Buscs et bois d’Evantails, II, 24.