Chapter 12 of 19 · 996 words · ~5 min read

II.

Le veau d'or est vainqueur des dieux; Dans son gloire Dérisoire Le monstre abjecte insulte aux cieux! Il contemple, ô rage étrange! A ses pieds le genre humain Se ruant, le fer en main, Dans le sang et dans la fange Où brille l'ardent métal!... Et Satan conduit le bal!

_Tous._ Et Satan conduit le bal!

_Cho._ Merci de ta chanson!

_Val._ (à part). Singulier personnage!

_Wag._ (tendant un verre à MEPHISTOPHELES). Nous ferez vous l'honneur de trinquer avec nous?

_Mep._ Volontiers!... (Saisissant la main de WAGNER et l'examinant.) Ah! voici qui m'attriste pour vous! Vous voyez cette ligne?

_Wag._ Eh bien?

_Mep._ Fâcheux presage! Vous vous ferez tuer en montant à l'assaut!

_Sie._ Vous êtes donc sorcier?

_Mep._ Tout juste autant qu'il faut Pour lire dans ta main que le ciel te condamne A ne plus toucher une fleur Sans qu'elle se fane!

_Sie._ Moi!

_Mep._ Plus de bouquets à Marguerite!...

_Val._ Ma soeur!... Qui vous a dit son nom?

_Mep._ Prenez garde, mon brave! Vous vous ferez tuer par quelqu'un que je sais! (Prenant le verre des mains de Wagner.) A votre santé!... (Jetant le contenu du verre, après y avoir trempé ses lèvres.) Peuh! que ton vin est mauvais!... Permettez-moi de vous en offrir de ma cave!

(Frappant sur le tonneau, surmonté d'un Bacchus, qui sert d'enseigne au cabaret.) Holà! seigneur Bacchus! à boire!...

(Le vin jaillit du tonneau. Aux étudiants.) Approchez-vous! Chacun sera servi selon ses goûts! A la santé que tout à l'heure Vous portiez, mes amis, à Marguerite!

_Val._ (lui arrachant le verre des mains). Assez!... Si je ne te fais taire à l'instant, que je meure!

(Le vin s'enflamme dans la vasque placée audessous du tonneau.)

_Wag. et les Etuds._ Holà!... (Ils tirent leurs épées.) _Mep._ Pourquoi trembler, vous qui me menacez?

(Il tire un cercle autour de lui avec son épée.--VALENTIN s'avance pour l'attaquer.--Son épée se brise.)

_Val._ Mon fer, ô surprise! Dans les airs se brise!...

_Val., Wag., Sie. et les Etuds._ (forçant MEPHISTOPHELES à reculer et lui présentant la garde de leurs épées).

De l'enfer qui vient émousser Nos armes! Nous ne pouvons pas repousser Les charmes! Mais puisque tu brises le fer, Regarde!... C'est une croix qui, de l'enfer, Nous garde! (Ils sortent.)

* * * * *

SCÈNE IV.

MEPHISTOPHELES, puis FAUST.

_Mep._ (remettant son épée au fourreau). Nous nous retrouverons, mes amis!--Serviteur!

_Faust_ (entrant en scène). Qu'as-tu donc?

_Mep._ Rien!--A nous deux, cher docteur! Qu'attendez-vous de moi? par où commencerai-je?

_Faust._ Où se cache la belle enfant Que ton art m'a fait voir?--Est-ce un vain sortilège?

_Mep._ Non pas! mais contre nous sa vertu la protège; Et le ciel même la défend!

_Faust._ Qu'importe? je le veux! viens! conduis-mois vers elle! Ou je me sépare de toi!

_Mep._ Il suffit!... je tiens trop à mon nouvel emploi Pour vous laisser douter un instant de mon zèle! Attendons!... Ici même, à ce signal joyeux, La belle et chaste enfant va paraître à vos yeux!

* * * * *

SCÈNE V.

(Les étudiants et les jeunes filles, bras dessus, bras dessous, et précédés par des joueurs de violon, envahissent la scène. Ils sont suivie par les bourgeois qui ont paru au commencement de l'acte.)

Les Mêmes, Étudiants, Jeunes Filles, Bourgeois, puis SIEBEL et MARGUERITE.

_Cho._ (marquant la mesure en marchant). Ainsi que la brise légère Soulève en épais tourbillons La poussière Des sillons, Que la valse nous entraîne! Faites retentir la plaine De l'éclat de nos chansons!

(Les Musiciens montent sur les bancs; la valse commence.)

_Mep._ (à FAUST). Vois ces filles Gentilles! Ne veux-tu pas Aux plus belles D'entre elles Offrir ton bras?

_Faust._ Non! fais trêve A ce ton moqueur! Et laisse mon coeur A son rêve!...

_Sie._ (rentrant en scène). C'est par ici que doit passer Marguerite!

_Quelques Jeunes Filles._ (s'approchant de SIEBEL). Faut-il qu'une fille á danser Vous invite?

_Sie._ Non!... non! je ne veux pas valser!...

_Cho._ Ainsi que la brise légère Soulève en épais tourbillons La poussière Des sillons, Que la valse nous entraîne! Faites retentir la plaine De l'éclat de nos chansons!... (MARGUERITE paraît.) _Faust._ Ah!... la voici ... c'est elle!...

_Mep._ Eh bien, aborde-la!

_Sie._ (apercevant MARGUERITE et faisant un pas vers elle). Marguerite!...

_Mep._ (se retournant et se trouvant face à face avec SIEBEL). Plaît-il!...

_Sie._ (à part). Maudit homme! encor là!...

_Mep._ (d'un ton mielleux). Eh quoi! mon ami! vous voilà!... (en riant). Ah, vraiment, mon ami!

(SIEBEL recule devant MEPHISTOPHELES, qui lui fait faire ainsi la tour du théâtre en passant derrière le groupe des danseurs.)

_Faust_ (abordant MARGUERITE qui traverse la scène). Ne permettrez-vous pas, ma belle demoiselle, Qu'on vous offre le bras pour faire le chemin?

_Mar._ Non, monsieur! je ne suis demoiselle, ni belle, Et je n'ai pas besoin qu'on me donne la main. (Elle passe devant FAUST et s'éloigne.)

_Faust_ (la suivant des yeux). Pas le ciel! que de grâce ... et quelle modestie!... O belle enfant, je t'aime!...

_Sie._ (redescendant en scene sans avoir vu ce qui vient de se passer). Elle est partie!

(Il va pour s'élancer sur la trace de MARGUERITE; mais, se trouvant de nouveau face à face avec MEPHISTOPHELES, il lui tourne le dos et s'éloigne par le fond du théâtre.)

_Mep._ (à FAUST). Eh bien?

_Faust._ On me repousse!...

_Mep._ (en riant). Allons! à tes amours Je vois qu'il faut prêter secours!... (Il s'éloigne avec FAUST du même côté que MARGUERITE.)

_Quelques Jeunes Filles_ (s'adressant à trois ou quatre d'entre elles qui ont observé le rencontre de FAUST et de MARGUERITE). Qu'est-ce donc!...

_Deuxième Groupe de Jeunes Filles._ Marguerite, Qui de ce beau seigneur refuse la conduite!...

_Etuds._ (se rapprochant). Valsons encor!

_Jeunes Filles._ Valsons toujours!

ACTE TROISIÈME.

SCÈNE PREMIÈRE.

Le Jardin de MARGUERITE.

(Au fond, un mur percé d'une petite porte. A gauche, un bosquet. A droite, un pavillon dont la fenêtre fait face au public. Arbres et massifs.)

_Sie._ (seul). (Il est arrêté près d'un massif de roses et de lilas.)