Chapter 2 of 3 · 3987 words · ~20 min read

Part 2

«Toute chair viendra pour adorer devant ma face, dit le Seigneur.

«Et ils sortiront, et ils verront les cadavres de ceux qui ont attenté contre moi. Et leur ver ne mourra pas, et leur feu ne s’éteindra pas, et ils seront offerts à toute créature pour rassasier ses yeux[8].»

[8] Is., LXVI, 23, 24.

* * * * *

Et Jérémie:

«Voici ce que dit le Seigneur: «Gardez vos âmes, et ne portez pas de fardeaux le jour du sabbat.»

«Si vous ne m’écoutez pas, si vous ne sanctifiez pas le sabbat, si vous portez ce jour vos fardeaux......... Je mettrai le feu dans vos murs, et il dévorera les maisons de Jérusalem, et vous ne pourrez pas l’éteindre[9].»

[9] Jér., XVII.

Les recherches de l’érudition moderne, faites autour de la mer Morte, ont constaté une intéressante analogie entre le bitume et le soufre, par qui périrent Sodome et Gomorrhe, et le pétrole que nous connaissons; les procédés semblent les mêmes.

* * * * *

Et Ézéchiel:

«Je leur ai donné le sabbat pour être entre eux et moi le signe d’alliance......... et ils ont violé le sabbat......... car leur cœur courait après les idoles[10].»

[10] Éz., XX, 12, 16.

Voici encore un mystère qui s’entr’ouvre, et que j’ai indiqué:

La violation du sabbat est assimilée à l’idolâtrie.

Dérober pour la créature ce qui appartient au Seigneur, c’est attribuer à cette créature ce qui est divin, c’est la proclamer divine, c’est l’idolâtrer.

Porter la main sur la réserve du Seigneur c’est le premier pas vers la magie.

Qui sait par quelle série de crimes surhumains, l’homme ayant déserté le sabbat du Seigneur a pu descendre jusqu’à la fréquentation de cet autre sabbat qui est le lieu même de la magie, et dont le nom ressemble à une épouvantable et infernale parodie de la chose trois fois sainte.

* * * * *

Écoutez la prière d’Esdras:

«J’ai dit aux lévites de se purifier, de venir garder les portes et de sanctifier le jour du sabbat. _A cause de cela_, souvenez-vous de moi, mon Dieu, et épargnez-moi selon la multitude de vos miséricordes!»

* * * * *

Antiochus interdit la solennité du sabbat et sentit en mourant qu’il mourait puni.

La mort et la violation du sabbat sont deux compagnes qui ne se quittent pas dans l’Écriture. Elles cheminent inséparables à travers les siècles historiques.

* * * * *

Et un peu plus loin;

Quand Nicanor apprit que Judas Macchabée était aux environs de Samarie, il songea à l’attaquer avec toutes ses forces le Jour du Sabbat.

Or, les juifs qui étaient contraints de le suivre, lui disaient:

Ne soyez pas si barbare, honorez le Jour du Seigneur, rendez gloire à celui qui voit tout.

Ce malheureux demanda si celui qui a ordonné la sanctification du Sabbat était puissant au ciel.

C’est le Dieu vivant, puissant au ciel, répondirent-ils, qui a ordonné le repos du septième Jour.

* * * * *

Et moi, dit Nicanor, je suis puissant sur la terre. Et Jérémie le prophète du Seigneur apparut en songe, au prêtre Onias et, dans le songe, il donnait à Judas Macchabée un glaive de feu.

Judas Macchabée supplia le Seigneur d’envoyer à ses ennemis, la Peur qui est à ses ordres, et lui et les siens en exterminèrent trente et un mille, et dans une joie magnifique, ils sentirent la présence de Dieu.

La tête de Nicanor fut coupée, sa langue qui avait insulté le Jour du repos fut donnée à manger aux oiseaux de proie.

Sa main fut suspendue au mur du temple.

IX

Les pharisiens, dans leur stupidité aveugle, opposèrent le Sabbat à Jésus-Christ. Ils ne comprenaient pas ou ne voulaient pas comprendre que le miracle en général et la guérison en particulier sont par excellence l’acte du repos.

Jésus-Christ qui venait consommer et non détruire substitua l’esprit à la lettre.

Sa résurrection transporta le repos du samedi au Dimanche.

Jésus-Christ a éclairé et exalté le jour du Seigneur. Il ne l’a pas supprimé: La liberté de l’esprit l’a vengé de l’imbécillité pharisaïque et restitué à l’espace de l’amour qui est le domaine des enfants de Dieu.

La Messe, qui est l’Acte par excellence, est le précepte du Jour du repos.

Le Dimanche est la figure de l’éternité sans crépuscule.

* * * * *

Celui qui est entré dans son repos se repose de ses œuvres, à l’imitation de Dieu.

X

Le fait de la Salette est trop connu désormais pour être raconté ici. Mais il faut remarquer que là comme partout, l’attentat contre le Nom du Seigneur et l’attentat contre le Jour du Seigneur sont reprochés et présentés tous deux comme deux sources de mort, prêtes à couler sur la terre si...

Le terrible SI accompagne l’homme avec une fidélité redoutable. C’est l’ombre qui suit le corps.

Le mystère de notre liberté se croise avec le mystère des volontés divines.

L’histoire de Jonas est toujours suspendue sur nous comme un glaive à deux tranchants.

* * * * *

Si la violation du Dimanche semble exciter la colère de Dieu contre une nation, contre une société, contre un monde plus directement que les autres crimes, c’est que cet attentat constitue de la part des hommes une profession de foi publique d’athéisme. Tous les jours l’homme individuel peut établir entre Dieu et lui les communications qui constituent ce qu’on appelle en ce monde: la Religion. Mais le Dimanche a été choisi et consacré par la main de Dieu pour être le temple universel, l’autel social. Le Dimanche est le témoin officiel et prédestiné, choisi, voulu, consacré, le témoin de la religion solennelle par laquelle le ciel et la terre ont juré d’être unies.

Celui qui viole le Dimanche brise autant qu’il est en lui, les rapports de Dieu et du genre humain. L’Apostasie publique est le grand attentat qui renverse les peuples, et précipite dans l’abîme les nations autrefois choisies. Jérémie parle à travers les siècles, et l’écho de sa voix ne s’est pas perdu dans les vallées de la Palestine. Elle retentit de montagnes en montagnes, criant toute génération.

_Quis enim miserebitur tui, Jerusalem?..._

D’autres crimes se cachent. La profanation du Jour sacré s’étale au soleil. Elle fait orgie d’elle-même. Elle insulte Dieu à la face du ciel et de la terre. Elle récolte comme elle a semé. Le crime a été public. Le châtiment est public. Écoutez cette parole terrible et oubliée:

«Je vous disperserai dans les nations, je tirerai le glaive contre vous, et votre terre sera déserte et vos cités détruites.

«Et la terre célébrera joyeusement son Sabbat, pendant tous les jours de cette solitude.

«Pendant que vous serez sur la terre étrangère, la terre fera un long Sabbat, et se reposera dans son désert, parce que vous ne lui avez pas accordé le repos, au Jour du Sabbat, pendant que vous l’habitiez. (Lévit. XXVI, 33, 34, 35).»

Quel châtiment profond et comme il sort des entrailles du crime! Avec quelle intelligence la terre se venge et comme elle reprend avec usure ce qu’on lui a refusé! Ses habitants lui ont refusé un jour de repos. Elle les rejettera loin d’elle, et se reposera tous les jours, et elle fera dans le désert la fête de son Sabbat, pendant qu’ils gémiront loin d’elle, épouvantés, et celui qui servira tremblera en pays inconnus.

XI

Les six jours et le septième Jour ne ressemblent-ils pas aux deux femmes qui reçurent chez elles Jésus-Christ?

Ce monde est plein de Dieu, et celui qui parle dans l’Apocalypse se tient à la porte et frappe, cherchant qui veut ouvrir.

Les six journées font leur œuvre, qui doit être divine. Elles s’agitent dans le domaine des choses multiples. Elles inventent, elles fabriquent, elles placent, elles déplacent, elles remuent, elles forment, elles déforment, elles agissent sur la matière, armées de l’intelligence, de la force, de la science, du travail. Le nombre, le poids et la mesure président à leurs opérations. Elles ont en main le compas, le ciseau et l’équerre. Elles ont la pioche, elles ont la bêche, elles ont la truelle, elles ont le marteau.

Elles fouillent la terre, elles déposent en elle le germe précieux que plus tard elles récolteront, supérieurement grandi et multiplié par la vertu de la chaleur et par la vertu de l’humidité, par la vertu de l’_humus_ d’où l’homme tire son nom, par la vertu du soleil, d’où l’homme tire sa lumière.

Elles creusent les bassins, elles élèvent les maisons, les palais, les cités, les ponts et les chemins de fer. Elles percent la terre, elles fendent les montagnes, elles préparent à l’Océan le navire qui sera son maître, si Dieu le veut. Elles préparent à toutes créatures les surprises, les secours, les inventions, les rapidités, les splendeurs, et aussi les illusions, les défaillances et les déceptions de l’industrie.

Elles soutiennent le poids énorme de la science, de la société, de l’industrie. Elles font le jeu de tous les intérêts, et le conflit de toutes les forces.

Et voyant leur sœur, la septième Journée, assise aux pieds du Seigneur, et écoutant dans le repos sublime la parole qui contient la vie et qui pénètre plus subtile que le glaive, dans le sanctuaire réservé, elles disent:

Notre sœur ne fait rien, notre sœur la septième journée, notre sœur ne nous aide pas.

Marthe, Marthe, répond la voix profonde qui sait, qui voit, et qui juge, tu es occupée de beaucoup d’affaires. Cependant une seule chose est nécessaire. Marie a pris la meilleure part, qui ne lui sera point ôtée.

Les six journées préparent au Seigneur ses aliments; car tout ce qui existe est fait pour nourrir sa justice ou sa miséricorde, sa colère ou son amour.

Mais sa parole immuable a dit, dit et dira aux siècles qui passent et aux siècles éternels, à ceux qu’on appelle les siècles des siècles:

Une seule chose est nécessaire, Marie a pris la meilleure part qui ne lui sera point ôtée.

Elle ne lui sera point ôtée; car les six journées figurent le Temps, et la septième Journée l’Éternité.

La meilleure part est celle qui ne finit pas, et le Jour du Seigneur, qui l’a prise au vol par une sublime anticipation, pendant que les horloges comptent encore les heures que doit durer ce monde, le septième Jour la gardera dans la Jérusalem éternelle et triomphante, dans la Jérusalem aux douze portes dont parle l’Aigle de Pathmos.

* * * * *

Si les six journées étaient plus clairvoyantes, au lieu de jeter sur le Dimanche un regard malveillant, elles lui rendraient gloire. Elles sauraient que le repos est la garantie, la consécration, la lumière et la vie du travail.

Mais les affaires sont naturellement aveugles. Leur unique ressource, pour se sauver, c’est de s’interrompre. Elles n’échappent à la cécité, qui vient de leur multitude, que par le repos qui garantit et consacre au milieu d’elles le droit inaliénable et sauveur de l’unité.

Mais pour apercevoir l’importance pratique du Dimanche, il faut avoir conservé la vue.

Les importances accidentelles se révèlent à tout le monde.

L’importance essentielle ne se révèle qu’à ceux qui voient.

Mais les premiers, pour ne pas voir la sagesse n’en subissent pas moins la mort; car la sagesse donne la mort toutes les fois qu’elle ne donne pas la vie.

Le mépris qu’ils font de ses menaces ne les sauve pas de la ruine dont elle les a menacés.

Mais, comme ils n’ont pas entendu la menace, ils ne comprennent pas la catastrophe.

Le septième Jour, violé dans son repos, a brisé le travail des six autres, et les six autres sont devenus inféconds, parce qu’on a demandé leur fécondité au septième.

Le travail refuse à l’homme ses dons, parce que le repos a été méprisé par l’homme. Parce que la réserve du ciel a été violée, l’homme entend la parole qu’a entendu Caïn:

«La terre ne te donnera plus ses fruits.»

Le travail du dimanche a pour filles la misère et la mort, et quand la terre a refusé ses fruits, le malheur de l’homme redouble son aveuglement, son aveuglement redouble son malheur; l’abîme appelle l’abîme; le sacrilége appelle le blasphème.

O glaive du Seigneur, disait Jérémie, quand te reposeras-tu? Rentre dans le fourreau.

Rafraîchis-toi; tais-toi.

* * * * *

Le Dimanche est l’Alleluia de la création. C’est ce jour-là que la respiration des mondes, chantant la gloire du Seigneur, pourrait, ce semble, être devinée dans le silence.--Mais où faut-il aller pour entendre ce que ce silence dit?

Il faut aller plus loin que le lion qui traverse le désert, plus loin que l’aigle qui traverse les cieux, plus loin que l’harmonie, plus loin que la lumière qui traverse l’espace; il faut traverser les îles étrangères et les plaines inconnues.

Je suis allé plus loin que le lion, plus loin que l’aigle qui traverse les airs, j’ai laissé derrière moi le son et la lumière qui ne fait que soixante-quinze mille lieues par seconde, et je n’entends pas encore la respiration des mondes.

Va plus loin, plus loin...

Je vais plus loin, plus loin, plus loin, et je n’entends pas encore la respiration des mondes.

Pour entendre la respiration des mondes, il faut aller si loin que tu n’entendes plus aucun de leurs bruits.

Je suis allé si loin que je n’entends plus aucun de leurs bruits, et cependant je n’entends pas la respiration des mondes.

Va plus loin... pour entendre la respiration des mondes, il faut aller si loin, que tu ne te souviennes plus d’aucun de leurs bruits.

Je suis allé si loin... si loin, que je ne me souviens plus d’aucun de leurs bruits, et pourtant je n’entends pas la respiration des mondes.

Va plus loin... plus loin... Pour entendre la respiration des mondes, il faut aller si loin... si loin... que tu n’entendes plus le bruit de tes pas.

Je suis allé si loin que je n’entends plus le bruit de mes pas, et pourtant je n’entends pas la respiration des mondes.

Va plus loin... Il faut aller si loin que tu n’entendes plus le bruit de ton vol.

Je suis allé si loin que je n’entends plus le bruit de mon vol, et pourtant je n’entends pas la respiration des mondes.

Va plus loin... plus loin... il faut que tu aies oublié ce que c’est que le bruit.

J’ai oublié ce que c’est que le bruit, et pourtant je n’entends pas la respiration des mondes.

Écoute bien.........!

* * * * *

Dans le silence incompréhensible de la nuit qui a oublié... le Seigneur est là, qui fait battre ton cœur...

* * * * *

Voici que j’entends la respiration des mondes.

ALLELUIA! ALLELUIA!

DEUXIÈME PARTIE

Nous avons regardé le dimanche du côté de Dieu.

Regardons-le du côté de l’homme.

Le travail et le repos constituent la vie. C’est la loi, et nul ne la viole sans mourir. La mort est la sanction naturelle de la loi du repos. La parole de Dieu à Moïse ne nous permettra, à aucun point de vue, de l’oublier un moment.

* * * * *

Il faut donner et recevoir, travailler et se reposer, ou bien il faut mourir. Le repos n’est pas seulement compatible avec le travail. Il lui est absolument et rigoureusement nécessaire. Quand vous concevrez la mer avec un flux sans reflux, vous concevrez l’homme avec un travail sans repos, et quand l’arc-en-ciel sera le symbole du désespoir, le repos sera l’ennemi et le rival du travail.

De quelque façon qu’on prenne le mot travail, la loi du repos rencontrera son accomplissement nécessaire.

Mais parlons du travail le plus dur en apparence. Parlons de l’ouvrier qui se refuse le septième Jour, parlons du pauvre.

Parmi les noms les plus ordinairement rapprochés dans l’Écriture, dans le langage de l’Église et dans la vie des Saints, il faut citer deux noms qui se suivent à peu près toujours, qui ne peuvent pas se quitter, qui s’appellent et se répondent; ces deux noms, les voici:

DIEU ET LE PAUVRE.

La connexité est telle, qu’on est certain, quand on vient d’entendre l’un, d’entendre l’autre au bout d’un instant. C’est un peu l’effet que produit la rime quand on entend lire des vers. On dirait que ces deux mots: Dieu et le pauvre riment ensemble dans quelque langue inconnue, dont les vestiges surhumains, égarés parmi nous, nous donnent l’impression d’une poésie gigantesque et oubliée.

Or, le pauvre a besoin du septième Jour. Celui qui viole le Dimanche se révolte à la fois contre la gloire de Dieu et contre sa miséricorde. Les intérêts de Dieu, si l’on peut parler ainsi, et les intérêts du pauvre sont toujours identiques. Les paroles du jugement dernier sont là pour nous l’apprendre. La misère et la gloire réclament toutes deux le repos du septième Jour. Dieu et le pauvre poussent le même cri. Le bœuf n’est pas étranger au besoin de son maître. Les animaux balbutient à leur manière comme des échos faibles et courts, la loi du monde qu’ils ne connaissent pas, mais qu’ils sentent peser sur leurs membres après le travail des six jours. Entre Dieu et Moïse, le bœuf n’a pas été oublié.

Tout trouve place parmi de telles grandeurs, et il n’y a pas de petit détail pour celui qui voit l’importance des brins d’herbe. Celui qui communique la majesté, quand il regarde, ne trouve aucune créature indigne de son regard.

Voulez-vous savoir où en est une civilisation? Regardez-la vis-à-vis de Dieu et vis-à-vis du pauvre. Toujours ces deux regards porteront le même jugement.

Le repos étant une nécessité absolue, l’ouvrier qui ne se repose pas le Dimanche se reposera le lundi; car il faut bien qu’il se repose.

Satan, qui est le singe de Dieu, s’exerce ici, comme toujours, dans la parodie.

Le Seigneur ayant choisi son Jour, Satan a voulu le sien.

Le repos du lundi est celui que Satan prépare à l’ouvrier.

Le Dimanche est le repos du sanctuaire.

Le lundi est le repos du cabaret.

Il y a deux coupes, celle du Dimanche et celle du lundi. Et au fond de chacune des deux coupes, il y a une ivresse.

Le Dimanche rapprocherait l’homme de l’Ange.

L’ivresse du lundi le met au-dessous de l’animal.

L’ivresse est une révélation. J’y vois la preuve de cet immense besoin qui pousse l’homme à sortir de lui-même et qui devrait le plonger dans l’ivresse du Saint-Esprit.

Le repos du Dimanche est, pour l’ouvrier, la condition même du travail des six jours.

Le repos du lundi produit la paresse des six jours.

Le repos du Dimanche pousse à l’action.

Le repos du lundi pousse à l’inaction.

Le repos du Dimanche constitue et prépare l’ordre.

Le repos du lundi constitue et prépare le désordre.

Le repos du Dimanche est et prépare l’économie.

Le repos du lundi est et prépare la ruine.

Le repos du Dimanche est et prépare la paix de la famille.

Le repos du lundi est et prépare la discorde dans la famille. La querelle et la fureur l’accompagnent et le suivent.

Or, la famille, c’est la société.

Le repos du lundi, c’est la dispute dans la maison, et la bataille dans la rue.

Le repos du Dimanche laisse une traînée lumineuse qui éclaire le travail des six jours.

Le repos du lundi laisse derrière lui une fumée qui assombrit la semaine.

Le repos du Dimanche est fécond.

Le repos du lundi est stérile.

Le repos du Dimanche établit entre l’ouvrier, le savant et l’artiste, une relation de paix qui fait l’harmonie entre leurs âmes et leurs travaux.

Le repos du lundi produit la haine et alimente la paresse.

Le repos du Dimanche est le ciment de la cité.

Le repos du lundi en est le dissolvant.

Le repos du Dimanche est à la base de tous les grands monuments.

Le repos du lundi est le laboratoire où se fait l’amalgame d’où sortent les grandes catastrophes.

Car la parole méprisée se change en fait, et quiconque n’a pas voulu entendre finit par voir.

Nous avons vu.

Et plus la parole est haute, plus elle a paru vaporeuse, nuageuse, vaine, ridicule, plus l’accomplissement est palpable, éclatant, visible, tangible, matériel.

Ce qui produit la ruine, les coups de couteau, les coups de fusil, les coups de canon, le meurtre, l’affolement, l’incendie, c’est le sourire moqueur d’un petit homme qui dit que les Saints sont des rêveurs et que les Prophètes sont des fous.

* * * * *

Me direz-vous qu’à la rigueur, l’ouvrier qui a travaillé le Dimanche, peut aussi travailler le lundi, et que par là, le cabaret est écarté avec ses conséquences.

Examinons, sans la discuter, cette hypothèse invraisemblable.

Si l’ouvrier qui a travaillé le Dimanche se repose le lundi, la société est sauvage.

Si l’ouvrier qui a travaillé le Dimanche travaille le lundi, la société est barbare.

XII

L’état sauvage consiste dans le développement arbitraire et injuste des fantaisies de l’individu. Dans l’état sauvage, la société ne protége personne contre personne, puisqu’elle n’existe pas. Elle est remplacée par la juxtaposition. Le plus fort opprime ou tue le plus faible. La sauvagerie est l’assassinat de tous par chacun.

L’état barbare consiste dans le développement arbitraire et injuste des fantaisies de la communauté. Dans la barbarie, la société ne protége personne contre elle-même, car elle n’existe pas; elle est remplacée par la communauté. Le monstre, qui est le plus fort, et qui s’appelle _tous_, opprime et tue chacun. La barbarie est plus contraire au sentiment humain que la sauvagerie, parce que la collection, devenue oppressive, est plus stupide et plus féroce que l’individu. Le monstre _tous_, devenu furieux, affamé, dévorant, est plus impossible à instruire ou à attendrir qu’un individu ou qu’un animal. L’état barbare est plus contraire à la nature que la vie animale, ou végétative, ou simplement moléculaire.

La sauvagerie est l’assassinat de tous par chacun. La barbarie est l’assassinat de chacun par tous.

Or, la barbarie produit, comme accident, la sauvagerie, parce que la collection féroce, occupée à tuer, à brûler, et à mordre, livre chaque individu aux fureurs de l’autre.

La civilisation est l’exercice légitime des facultés de l’individu, protégé, sanctionné, consacré par la société intelligente.

Dans l’état de civilisation, chaque homme marche dans sa voie, suivant ses aptitudes et sa vocation particulière, sous la protection d’une société organisée. Dans l’état civilisé, le pouvoir est la consécration sublime, humaine et divine de la société. L’autorité doit être la main de la force suspendue sur l’intelligence et sur l’amour pour les protéger contre leurs ennemis et leur ouvrir les portes de la carrière où ils doivent courir légitimement.

La sauvagerie a pour caractère la guerre privée. La barbarie a pour caractère la guerre publique. La civilisation a pour caractère la paix sublime, qui est la lutte magnifique des forces convergeant vers la gloire.

XIII

Si l’homme qui travaille des mains a, sous peine de mort, besoin du Repos Sacré, les autres travailleurs subissent précisément la même nécessité, et cette solidarité établirait entre eux, si elle était vue et sentie, une amitié qui les étonnerait.

L’homme d’affaires, le savant, quiconque se répand au dehors par un travail extérieur, toujours fatiguant, même s’il n’en a pas l’air, a besoin d’un repos vrai.

Ceux qui ne connaissent pas la nature du repos pourront le confondre avec l’ennui.

Ceux qui le connaissent savent que le repos est directement le contraire de l’ennui, son antidote, son remède.

L’ennui, c’est le repos du lundi.

Beaucoup de gens regardent comme ennuyeux le Repos du Seigneur. Quelques-uns parmi ceux-là se déclarent chrétiens et se rangent parmi _les bons_. Mais ils craignent que le Seigneur ne devienne, pendant l’éternité, monotone aux élus.

Ils oublient que Dieu est _Acte pur_, et que Jésus-Christ est venu allumer le feu sur la terre.

Et parce que les hommes ont refusé son feu, Satan a allumé le sien.

Le repos du Dimanche est un recueillement. Mais il doit être organique et non pas mécanique.

Le Dimanche est un adorateur en _Esprit_ et en _Vérité_.