Part 2
Depuis que l’énorme accumulation de matériaux imprimés a rendu nécessaire une classification, divers systèmes de classement ont été proposés. Ils se ramènent à trois types principaux. Dans le premier, les titres de livres sont classés alphabétiquement par noms d’auteur. Ce classement est insuffisant au point de vue bibliographique, car il suppose connu d’avance l’ouvrage qu’on désire consulter sur une matière quelconque. Il ne peut servir que de complément au classement idéologique. Celui-ci peut être, soit un dictionnaire de rubriques principales (Stichwörter) sous lesquelles viennent se placer les matières y relatives, soit une table méthodique dont les divisions logiques encadrent ces mêmes matières. Les deux formes avaient jusqu’ici leurs partisans. En faveur du dictionnaire, on alléguait la facilité des recherches. Grâce aux références qu’on peut faire nombreuses et précises, il est possible de s’introduire dans un tel répertoire par des entrées multiples. Cependant, l’inconvénient très réel du système réside dans l’éparpillement infini des matières. Pour ne prendre qu’un exemple, tout ce qui a trait au Travail se trouvera réparti sous les mots, très éloignés les uns des autres: Législation du travail, heures de travail, accidents du travail, contrat de travail, hygiène des ateliers, associations ouvrières. Un autre inconvénient se présente, dès qu’il s’agit de bibliographie internationale: l’ordre alphabétique n’est pas le même dans toutes les langues et il faut posséder à fond la connaissance d’une langue pour manier avec fruit un tel dictionnaire. C’est pour ces raisons que le classement logique des matières a été préféré par un grand nombre d’auteurs. Mais ici toutes difficultés ne sont pas écartées. Si ce classement est avantageux, parce qu’il groupe les matières similaires et connexes, si, dans une certaine mesure, il est plus international parce qu’il s’adresse à la logique qui est plus universelle que la langue, il est cependant condamné par un grand nombre de bibliographes. Il est trop arbitraire et suppose de la part de celui qui doit y recourir, une connaissance approfondie des idées qui ont présidé à sa confection. En outre, les divisions et subdivisions d’un tel classement se traduisent généralement par des expressions bien plus complexes que les rubriques d’un dictionnaire. De là, difficulté et longueur d’annotation sur les notices bibliographiques et sur les livres eux-mêmes et absence de tout langage international.
Une forme récente de classification a combiné les avantages des deux systèmes en écartant la plupart de leurs inconvénients. Les matières ont été réparties suivant un ordre méthodique dont toutes les divisions et subdivisions ont reçu un symbole équivalent de la plus grande concision possible, lettres, chiffres ou combinaisons de lettres et de chiffres. Un index alphabétique complète cette ingénieuse disposition et comprend tous les mots du répertoire, avec, en regard, leur indice de classement. Si la troisième division logique d’un sujet (par exemple, les heures de travail, dans une bibliographie économique) a reçu la lettre _C_, dans l’index alphabétique, on trouvera au mot Heures de travail «Voir _C_».
La possession de ce système, relativement pratique, ne plaçait pas les bibliographes au bout de leurs peines. Dès que les bibliographies étaient un peu subdivisées, condition indispensable pour rendre de réels services, les indices devenaient d’indéchiffrables hiéroglyphes qu’aucun larynx ne parvenait à prononcer, tels, par exemple,—_Djkm_,—_Zwr_, ou bien encore,—_Sy_{3}cd_. La confusion devenait plus grande encore par le fait que chaque auteur imaginait un système particulier de signes conventionnels sans se soucier de ceux employés par ses prédécesseurs, sans tenir compte non plus de ceux usités dans les autres branches de la science. Les auteurs qui recherchaient avant tout la clarté, se servaient de chiffres; à chaque division ils attribuaient un numéro d’une série unique. C’était moins compliqué, mais, l’ordre une fois établi, il était immuable. Dès qu’une erreur ou une omission était signalée, l’harmonie du système était rompue.
Les Américains nous paraissent avoir apporté une solution à peu près définitive du problème. C’est à eux, en effet, que nous devons la _Classification décimale_, imaginée, avons-nous dit, par M. Melvil Dewey, adoptée et vulgarisée par l’Association des Bibliothécaires des Etats-Unis et par le Bureau de l’Education (Ministère de l’instruction publique) de Washington. Le principe de cette classification est d’une simplicité géniale. Toutes les connaissances humaines sont divisées en dix classes, auxquelles correspond l’un des dix chiffres 0, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9. Chaque classe est subdivisée en dix groupes représentés chacun aussi par un chiffre, chaque groupe est à son tour l’objet d’une nouvelle division en dix, exprimée de la même manière et ainsi de suite. Soit les dix classes symbolisées ainsi:
0. Ouvrages généraux. 1. Philosophie. 2. Religion. 3. Sociologie. 4. Philologie. 5. Sciences. 6. Sciences appliquées. 7. Beaux-arts. 8. Littérature. 9. Histoire.
Pour la classe cinquième, par exemple, nous aurons:
=5.= =Sciences.=
=50.= =Sciences en général.= =51.= =Mathématiques.= =52.= =Astronomie.= =53.= =Physique.= 530. Physique en général. 531. Mécanique. 532. Hydraulique. 533. Gaz. 534. Acoustique. 535. Optique. 536. Chaleur. 537. Electricité. 538. Magnétisme. 539. Physique moléculaire.
=54.= =Chimie.= =55.= =Géologie.= =56.= =Paléontologie.= =57.= =Biologie.= =58.= =Botanique.= =59.= =Zoologie.=
Tous les ouvrages concernant l’électricité seront annotés 537. Le chiffre du premier rang, 5, indique qu’il s’agit d’une matière relative à la cinquième classe des connaissances humaines, c’est-à-dire aux Sciences. Le chiffre du second rang détermine de quelle division de ces sciences il est question, soit ici de la troisième division à laquelle a été attribuée conventionnellement le chiffre 3. Tous les ouvrages de Physique sont donc annotés 53. Mais la Physique elle-même se fractionne en diverses sections dont la septième est l’électricité, d’après une classification uniforme établie préalablement une fois pour toutes. Le chiffre 7 venant s’ajouter au nombre 53 le particularise et 537 n’indique plus que les ouvrages qui traitent de l’électricité. C’est là un nombre classificateur (Class number), et c’est en limitant au maximum de dix le nombre des parties de chaque division, et en attribuant conventionnellement un chiffre à chacune d’elles, que Dewey est parvenu à exprimer la localisation dans l’ensemble des sciences de chaque matière, quelque particulière qu’elle fût.
En effet, les chiffres qui représentent les classes et divisions de chaque sujet s’unissent en une seule expression numérique extrêmement simple: 537, en effet, ne signifie pas autre chose que classe cinquième, section troisième, division septième. La filiation, la généalogie même des idées et des objets, leurs rapports de dépendance et de subordination, ce qu’elles ont de commun et de différencié, trouvent une représentation adéquate dans l’indice bibliographique ainsi formé. Cette représentation exclut presque la convention et l’arbitraire. Non seulement chaque chiffre exprime à sa façon une idée essentielle, mais la combinaison des chiffres, c’est-à-dire leur rang dans la série et leur place dans le nombre, se réalise conformément aux lois mêmes de la logique scientifique. En ce sens, ils constituent une véritable langue nouvelle dont les phrases, ici les nombres, sont formées selon des règles syntaxiques constantes au moyen de mots, ici les chiffres. C’est une sorte de langue agglutinante; les chiffres en sont des racines, racines prédicatives et attributives, racines purement verbales en ce sens qu’elles ne sont ni substantif, ni adjectif, ni verbe. Elles sont placées au-dessus et en dehors de toute catégorie grammaticale, en ce qu’elles expriment des abstractions, de pures catégories scientifiques. Par là même, elles traduisent des idées absolument communes à tout le monde scientifique et les expriment en signes universellement connus, les chiffres. A ce double titre, la _Classification décimale_ constitue un véritable langage scientifique international, une symbolique complète de la science susceptible, peut-être, d’apporter un jour aux travailleurs intellectuels un secours analogue à celui qu’ils recevaient du latin au moyen-âge et pendant la période moderne.
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Cet aspect philologique de la _Classification décimale_ n’est pas sans importance. Mais il importe, à notre point de vue bibliographique, de mettre en lumière ses autres avantages.
En premier lieu, nous l’avons déjà dit, toutes les matières connexes sont groupées. Un index alphabétique, comprenant, en une ou plusieurs langues, toutes les rubriques de recherches et tous les synonymes et analogues, complète la table méthodique. La simplicité avec laquelle se forment les nombres classificateurs donne à tout le système une haute valeur mnémotechnique.
Les chiffres, quel que soit leur nombre, étant d’une lecture facile et d’une écriture concise, chaque fiche d’un répertoire, chaque livre d’une bibliothèque peuvent être annotés sans peine et recevoir ainsi une localisation fixe. Toutes les fiches, tous les livres porteurs des mêmes nombres classificateurs se trouvent réunis d’eux-mêmes, sans que la personne chargée de leur mise en ordre ait besoin d’être initiée à la science spéciale dont elle classe les documents. L’indexeur seul doit être un homme instruit. Encore sa tâche est-elle singulièrement facilitée, grâce à l’index alphabétique qu’il lui suffit d’ouvrir à l’un des mots essentiels du titre du livre à bibliographier pour trouver immédiatement le nombre classificateur à y annoter.
La classification est dite _décimale_ en ce que chaque nombre indique une division plus ou moins tenue, d’un ensemble qui est supposé l’unité. En effet, les diverses branches et sous-branches des sciences sont susceptibles de divisions plus ou moins nombreuses. Là où il y a lieu de multiplier les catégories, on se servira de nombres à quatre, cinq, sept chiffres et même plus. Lorsque, au contraire, la matière ne peut être aussi fractionnée, on se contentera de nombres à deux ou trois divisions. Les nombres étant sériés en tenant compte seulement de leur importance décimale, la quantité de chiffres dont ils se composent importe peu et les matières connexes, quelque subdivisées qu’elles soient, demeurent toujours groupées.
Les ouvrages se rapportant à l’électricité, par exemple, portent l’indice 537. Ceux relatifs à la chimie portent l’indice 54. S’il ne plaît pas au classificateur d’établir des catégories parmi les ouvrages de chimie et s’il les annote uniformément sous 54, dans l’ordre à donner soit aux fiches d’un répertoire bibliographique, soit aux livres d’une bibliothèque, 537 prendra place avant 54, puisque dans la série numérique cinq cent trente-sept millièmes vient avant cinquante-quatre centièmes. Ainsi, d’une façon générale, tous les nombres commençant par 5 passent avant les nombres qui commencent par 6; tous les nombres commençant par 53 avant ceux qui commencent par 54; tous les nombres commençant par 537 avant ceux qui commencent par 538; de la même manière que, dans un dictionnaire, tous les mots commençant par _Ab_ précèdent ceux qui commencent par _Ac_ et tous les mots commençant par _Aca_ précèdent ceux qui commencent par _Acb_.
La _Classification décimale_ constitue donc une localisation parfaite des matières. Elle n’est pas sans analogie avec le système d’identification anthropométrique imaginé par M. Bertillon et qui fonctionne dans les grandes capitales d’Europe à la satisfaction générale. Elle répond à ce principe essentiel de l’ordre bibliographique, comme de tout autre ordre: une place pour chaque chose et chaque chose à sa place. C’est, en outre, une localisation raisonnée: cette idée est de l’essence même du système.
Il faut, en effet, distinguer avec soin la classification scientifique de la classification bibliographique. Les exigences de l’une et de l’autre ne sont pas les mêmes. Toute classification scientifique repose sur la définition des objets à classer, et cette définition elle-même n’est complète que lorsque la science est parfaite. En l’état actuel d’avancement des sciences, une classification définitive et _ne varietur_ doit être considérée comme prématurée. Les meilleurs esprits ne sont même pas d’accord sur les points cardinaux, comment supposer l’accord sur les détails d’une classification. Cet accord scientifique n’est heureusement pas nécessaire pour un classement bibliographique. Il suffit d’un relevé complet des divers sujets dont traitent les sciences, d’un certain groupement de ces sujets d’après l’ordre le plus généralement adopté, enfin de l’attribution à chacun d’eux d’une place fixe. Bibliographier, c’est donc avant tout étiqueter et localiser les matériaux scientifiques.
Une classification conforme à ces vues existe très complète, très étudiée, admirablement simple et appliquée depuis 17 ans, en Amérique, au classement des livres dans les bibliothèques. Les cadres de cette classification sont complets et embrassent l’universalité des sciences. Plus de cent spécialistes ont collaboré à l’étendre et à la perfectionner, jusqu’à lui donner environ 10,000 têtes de chapitres dans les tables méthodiques et 22,000 mots dans les tables alphabétiques de référence. Cette classification, en outre, est susceptible d’un développement indéfini. Elle s’est donc imposée aux suffrages de l’Office de Bibliographie qui propose d’en faire la base du Répertoire bibliographique universel. Puisque l’important est une _localisation complète et universellement reconnue_, il importe d’adopter la _Classification décimale_ en bloc et de demander à chacun le sacrifice de ses préférences personnelles en faveur du besoin supérieur d’unité. Le vif et mérité succès qui lui a été fait aux Etats-Unis et l’absence de toute unité bibliographique en Europe doivent mettre fin aux dernières hésitations[1].
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L’Office international de Bibliographie est donc en possession d’un système de classement dont un premier essai a prouvé l’excellence. Ce système, qu’il a mis à la base de son organisation, il l’a complété en décidant que tous les renseignements bibliographiques qu’il recueillerait seraient portés sur fiches mobiles. Le principe des fiches mobiles n’a plus besoin aujourd’hui d’être défendu. Elles seules permettent de maintenir dans le répertoire un ordre permanent et unique. En effet, le répertoire bibliographique universel a ceci de spécial que son élaboration est continue. Il doit enregistrer la production littéraire à mesure qu’elle lui arrive: de là des intercalations répétées. D’autre part, le collationnement des œuvres anciennes nécessitera un travail considérable et d’une très longue durée. Si le répertoire devait paraître sous forme de livres, la crainte des erreurs et des omissions dans une œuvre définitive aussi considérable en ferait retarder indéfiniment la publication. Le système de fiches, au contraire, permet de livrer les documents bibliographiques à la publicité par petites quantités à la fois et dès qu’ils sont élaborés. En indiquant par un nombre classificateur sur chaque fiche sa place exacte dans le Répertoire, tous les inconvénients inhérents à ce genre de publication sont écartés.
Aux objections que les catalogues sur fiches peuvent difficilement être mis à la disposition du public qui en troublerait le bon ordre, et qu’ils présentent l’inconvénient de n’offrir à la lecture qu’un seul renseignement à la fois, M. le D^r Rudolph a répondu victorieusement en façonnant un ingénieux appareil dont voici la description:
M. Rudolph insère les fiches, auxquelles il donne la plus petite dimension possible, entre deux glissoires en métal, placées aux deux côtés de feuilles de fort carton ou de bois très mince, qui constituent ainsi des porte-fiches. Ces porte-fiches sont réunis les uns aux autres au moyen de broches facilement démontables. Ils forment ainsi une sorte de grand livre qui ressemble assez bien aux petits albums dont les photographies sont collées sur une longue bande de toile qui se replie.
Les porte-fiches, tout garnis de leurs notes bibliographiques et réunis bout à bout les uns aux autres en une chaîne sans fin, sont placés dans une armoire en bois, d’un mètre de hauteur environ, et dont la partie supérieure est formée d’une glace. Ils y reposent sur deux tambours hexagonaux qu’une manivelle fait tourner dans les deux sens. Le mouvement imprimé aux tambours entraîne les porte-fiches dont la série se déroule devant la glace. L’armoire est fermée à clef: le public ne peut donc toucher aux fiches qu’elle renferme. Le lecteur qui cherche un renseignement se place devant la glace et tourne la manivelle jusqu’à ce qu’il ait fait apparaître la série des renseignements qu’il cherche. Quatre porte-fiches, pouvant contenir chacun 45 fiches de trois lignes, se présentent à la fois à son inspection et lui donnent ainsi toutes les facilités de lecture d’un livre. D’autre part, les avantages inhérents au système de fiches sont conservés, puisque la mobilité des fiches entre les glissoires des porte-fiches, et la possibilité d’ajouter de nouveaux porte-fiches là où besoin en est, rendent très aisée l’intercalation de renseignements ultérieurs.
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Les fiches sont classées dans le répertoire de l’Office conformément à leur rang dans la _Classification décimale_. Pour faciliter les recherches, les fiches bibliographiques qui sont blanches sont intercalées derrière des fiches de classement coloriées et plus hautes que les autres. Ces fiches de classement portent aussi les nombres classificateurs. Leur couleur et leur format varient avec le degré de la division qu’elles servent à marquer. Les fiches bibliographiques, elles, portent le nom de l’auteur, le titre du livre, son étendue en nombre de pages, son format, le nom de l’éditeur, l’année de l’édition et le prix du volume ou le titre de la revue, l’année et la page. Chaque fiche porte en outre des mentions bibliographiques plus ou moins complètes suivant la nature de l’ouvrage bibliographié. C’est d’abord et pour toutes les fiches l’indice de classement—c’est-à-dire le nombre classificateur de la Classification décimale—et l’indice d’identité ou numéro d’ordre. Le Répertoire bibliographique, c’est l’état civil des œuvres de l’esprit. Il importe donc que concurremment avec un nom de famille, ici l’indice de classement, chaque écrit reçoive un nom individuel qui est l’indice d’identité. C’est, dans le système de l’Office, un numéro de série ne se répétant jamais deux fois. Chaque année constitue une série nouvelle qui se distingue des autres par le quantième même de l’année qui devient son dénominateur. Ainsi, tous les livres et articles parus en 1895, appartiennent à une même série dont les numéros sont attribués aux ouvrages à mesure qu’ils arrivent à la connaissance de l’Office. Cette série a pour dénominateur 1895.
Ex.: 12,525/1895, tandis que le dénominateur de la série des livres de 1848 est 1848. Ex.: 12,525/1848, et ainsi de suite.
Il est possible ainsi d’identifier chaque livre tout en évitant l’écueil de nombres trop élevés. D’autre part, ces séries distinctes serviront de base à la statistique des œuvres intellectuelles d’autant plus facilement qu’elles se combineront avec l’indice de classe. Il est possible de savoir pour chaque année le nombre total d’ouvrages publiés et le nombre particulier de chaque espèce de livres. L’indice d’identité facilite aussi la rectification des erreurs. Lorsqu’un membre quelconque de la vaste Coopérative bibliographique que se propose de créer l’Office aura signalé à l’administration centrale une erreur de classement, lorsqu’aussi le grossissement d’une catégorie ou l’arrivée d’une matière neuve ou omise nécessitera la création de subdivisions nouvelles, il deviendra facile d’indiquer à tous les associés les rectifications et remaniements utiles à faire. L’Office, par exemple, fera savoir par la voie d’un Bulletin périodique destiné à maintenir l’unité de classification entre tous les Répertoires locaux que la fiche 12,525/1895 classée sous =525.3=, doit être rangée sous =523.2=, ou bien encore que la division ultime =525.3= sera subdivisée dorénavant en =525.31= et =525.32=. Qu’en conséquence les fiches classées sous l’ancienne division seront classées comme suit:
Sous =525=.31 12525/1895 12537/1848 etc.
Sous =525=.32 536/1836 2741/1858 etc.
Les fiches du Répertoire sont encore susceptibles d’une autre mention: le lieu de dépôt de chaque ouvrage, ainsi que l’a demandé M. Vander Haegen, le savant bibliothécaire de l’Université de Gand. Cependant, toute précieuse que soit cette indication, il est impossible d’en surcharger toutes les fiches. Une distinction s’impose. Lorsqu’un ouvrage est réellement rare, s’il n’est conservé que dans quelques dépôts, il est d’un intérêt international de connaître quels sont ces dépôts. Mais cela est aussi inutile qu’impossible pour les ouvrages récents, pour ceux qui n’ont pas encore eu le temps de pénétrer jusque dans les grandes bibliothèques ou que l’on peut encore facilement se procurer en librairie. Toutefois, des catalogues des lieux de dépôt peuvent s’organiser aisément sur une base nationale; il y aurait dans chaque capitale, annexé à la bibliothèque principale, un catalogue général inventoriant les richesses de tous les dépôts nationaux. Le Répertoire bibliographique universel peut servir de base à de tels catalogues.
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Après avoir dit comment la classification décimale des matières et le collationnement des notices bibliographiques sur fiches mobiles, donnent des solutions à peu près définitives aux plus importantes questions que soulève la création d’un répertoire bibliographique universel, il nous reste à exposer le plan de travail que nous préconisons.
L’immensité de l’œuvre à entreprendre est telle que l’ordre, la méthode et l’utilisation de tous les travaux existants permettent seuls d’en espérer la réalisation.
Il convient d’abord d’écarter tout délai endéans lequel les travaux devront être terminés; il faut aussi sérier les travaux sans rechercher à être dès le début complets et indemnes d’erreur.
Le besoin d’un Répertoire bibliographique unique est si grand que nul ne peut en retarder plus longtemps l’exécution sous prétexte qu’il faut faire œuvre parfaite du premier coup. Déblayons d’abord le terrain, accumulons rapidement deux ou trois millions de renseignements les plus faciles à nous procurer; résignons-nous à 25 ou 30 p. c. d’erreurs, soit dans le relevé des notices, soit dans le classement qui leur sera donné. Les erreurs et les omissions seront rectifiées plus tard et très aisément, grâce au système de fiches individualisées comme nous l’avons dit. Ces rectifications seront l’œuvre de tous, car reproduit à un grand nombre d’exemplaires, le Répertoire sera mis en même temps à la disposition de tous ceux qui seront à même de les signaler.
La bibliographie des œuvres anciennes doit être élaborée d’après des procédés différents de celle des œuvres modernes. Examinons séparément les deux genres de travaux.
Pour le passé, il existe des bibliographies particulières en nombre considérable. Léon Vallée en a relevé environ onze mille dans sa _Bibliographie des bibliographies_. Beaucoup de ces bibliographies font double emploi les unes avec les autres; d’autre part, toutes ensemble, elles sont loin de comprendre l’inventaire complet de la production intellectuelle jusqu’à nos jours. Un premier travail s’impose donc: le dépouillement de toutes les sources bibliographiques existantes et l’élaboration d’un tableau complet, d’une sorte de carte bibliographique intégrale montrant à côté des régions déjà explorées, celles qu’il reste à faire connaître. Ce vaste travail de coordination ne peut être mené à bonne fin que par une institution spéciale, organe permanent des intérêts bibliographiques, jouissant de la popularité et du bon renom scientifique indispensables pour pouvoir obtenir partout les renseignements nécessaires à ses travaux.
Cette institution, qui sera l’Office international de Bibliographie, publiera donc tout d’abord, avec le concours des auteurs qui se seront plus généralement occupés de ces matières, une vaste bibliographie des bibliographies, publication sur fiches classées d’après la Classification décimale.
Cette première partie du répertoire, comprenant les sources les plus générales de la science, étant mise immédiatement à la disposition de tous, sera aussi la première à bénéficier de la coopération de tous. Viendra immédiatement après la publication du contenu des sources ainsi bibliographiées. Il s’agira là encore d’une réédition de travaux existants, mais en la forme particulière au répertoire. Par les soins de l’Office et de ses collaborateurs, tous les doubles seront éliminés et l’unification sera obtenue, grâce à l’unité de classification. Tandis que se poursuivra cette publication qui, à elle seule, exigera plusieurs années, les bibliographes indépendants continueront sans nul doute leurs recherches comme par le passé et combleront ainsi les lacunes. L’œuvre d’unification conduite par l’Office contribuera d’ailleurs à attirer spécialement l’attention des chercheurs sur les parties trop négligées jusqu’ici, et ainsi disparaîtront peu à peu les blancs de la grande carte bibliographique.
Il est à prévoir d’ailleurs que les bibliographes modifieront peu à peu la forme de leurs travaux et qu’ils chercheront à bénéficier des avantages que pourra leur offrir l’Office. C’est à lui qu’ils apporteront leurs manuscrits comme à un grand éditeur. L’Office acquerra leurs travaux et les fera paraître dans le répertoire, peut-être même sous la signature de chaque auteur. Les bibliographes seront certains de trouver—chose si rare aujourd’hui—une équitable rémunération de leurs travaux et un public spécial pour les apprécier. Quant à l’Office de Bibliographie, il trouvera dans ces bibliographes indépendants de précieux et nombreux collaborateurs.