Chapter 18 of 23 · 560 words · ~3 min read

X.

_Comment le Feu agit dans le Vuide._

L'air paroît aussi nécessaire au Feu pour brûler, qu'aux Animaux pour vivre; cependant la Machine Pneumatique nous a fait voir que cette regle si générale, a aussi ses exceptions.

[Note: Quelques corps s'enflamment dans le vuide.]

1º. Du Souffre versé dans le vuide sur un Fer chaud, donne une lumiere très-foible à la verité, & qui s'éteint très-vîte, mais enfin il s'enflamme.

2º. Quelques grains de Poudre à Canon jettés sur ce Fer, s'enflamment sans explosion. M. Hauksbée assure que lorsqu'on y en jette une plus grande quantité, elle fait explosion & casse même le récipient: Boyle rapporte avoir fait à peu près la même expérience avec le même succès.

3º. L'Huile de Gérofle s'enflamme dans le vuide, & c'est la seule de toutes les Huiles qui ait cette vertu.

4º. Les Pierres & les Métaux se vitrifient dans le vuide par la percussion, mais ils n'y jettent point d'étincelles.

5º. Du Phosphore d'urine enfermé hermétiquement dans une boule de verre, à laquelle on donne un feu de 120 degrés, jette une flamme très-légere.

Je ne parle point des effets du Verre ardent dans le vuide, n'ayant pas eu la commodité de m'en instruire, & de faire les expériences nécessaires.

[Note: Conjecture sur la cause de ce phénomene.]

Il est assez difficile de concevoir comment l'air peut être si nécessaire au Feu pour brûler, & comment en même tems il peut y avoir des corps qui brûlent dans le vuide; car quels seront les corps qui brûleront sans air? Quelle sera enfin la cause de cette différence? Seroit-ce que les corps plus inflammables, plus pleins de la matiere qui est l'aliment du Feu, comme le Souffre & la Poudre à Canon, s'enflammeroient plus aisément, & que le Feu pour les embraser n'auroit pas besoin d'être excité par les secousses & le poids de l'atmosphere? La foiblesse & le peu de durée de la flamme, que ces corps donnent dans le vuide, rendent cette conjecture assez vraisemblable.

[Note: Les corps se refroidissent également vîte dans le vuide & dans l'air.]

Cependant malgré ces exceptions, les corps en général ne s'allument point dans le vuide, & ils s'y éteignent très-promptement, mais ils s'y réfroidissent précisément dans le même espace de tems que dans l'air; c'est de quoi M. de Musschenbroek s'est convaincu en mettant deux Pyrometres sous deux récipiens, l'un plein d'air, & l'autre entierement vuide.

Ce réfroidissement des corps dans le vuide, est une des plus fortes preuves de l'équilibre du Feu; car ils ne se réfroidissent pas dans le vuide, parce que l'air prend à tout moment de leur chaleur: Donc ils se réfroidissent alors par la seule tendance du Feu à l'équilibre; ainsi le contact des corps froids accelere le réfroidissement des corps échauffés, mais il ne le cause pas.

L'eau bout d'autant plus promptement dans le récipient, que l'on en a tiré plus d'air, & les urines de différens Animaux, de même que plusieurs mêlanges, y bouillent plus ou moins vîte, selon que le vuide est plus ou moins parfait.

Enfin la plûpart des effervescences, tant chaudes que froides, s'operent dans le vuide comme dans l'air; il y a même des liqueurs dont le mêlange ne fait point d'effervescence dans l'air, & qui fermentent sous le récipient; mais les bornes de ce mémoire ne me permettent pas d'entrer dans ces détails.