part d
’infini. Douceur! c’est tout à coup une plainte de flûte Qui dans cette eau de notre âme se répercute; Là meurt une fumée ayant des bleus d’encens... Ici chemine un bruit de cloche qui pénètre Avec un glissement de béguine ou de prêtre, Et mon âme s’emplit des roses que je sens... Au fil de l’âme flotte un chant d’épithalame; Puis je reflète un pont debout sur des bruits d’eaux Et des lampes parmi les neiges des rideaux... Que de reflets divers mirés au fil de l’âme!
Mais n’est-ce pas trop peu? n’est-ce pas anormal Qu’aucun homme ne soit arrivé de la ville Pour ajouter sa part de mirage amical Aux Choses en reflets dans notre âme tranquille? Nulle présence humaine et nul visage au fil De cette âme qui n’a reflété que des cloches. Ah! sentir tout à coup la tiédeur d’un profil, Des yeux posés sur soi, des lèvres vraiment proches... Fraternelle pitié d’un passant dans le soir Par qui l’on n’est plus seul, par qui vit le miroir!
II
On dirait d’une ville en l’âme se mirant Avec des peupliers sur les bords, soupirant Sans qu’on puisse savoir, par un subtil triage, Si, dans l’eau qui gémit, c’est le bruit du feuillage Ou si l’eau se lamente avec sa propre voix. On dirait d’une ville aux innombrables toits... --C’est triste, toutes ces fenêtres éclairées Au bord de l’âme, au bord de l’eau--tristes soirées! Triste ville de songe en l’âme s’encadrant Qui pensivement porte un clocher et l’enfonce Dans cette eau sans refus que son mirage fonce; Et voici qu’à ce fil de l’âme le cadran Fond et se change en un clair de lune liquide... Le cadran, or et noir, a perdu sa clarté; Le temps s’est aboli sur l’orbe déjà vide Et dans l’âme sans heure on vit d’éternité.
III
Mon âme a pris la lune heureuse pour exemple. Elle est là-haut, couleur de ruche, avec les yeux Calmes et dilatés dans sa face très ample. Or mon âme, elle aussi, dans un ciel otieux, Toute aux raffinements que son caprice crée N’aime plus que sa propre atmosphère nacrée. Qu’importe, au loin, la vie et sa vaste rumeur... Mon âme, où tout désir se décolore et meurt, N’a vraiment plus souci que d’elle et ne prolonge Rien d’autre que son songe et son divin mensonge Et ne regarde plus que son propre halo. Ainsi, du haut du ciel, sans remarquer la ville Ni les tours, ni les lis dans le jardin tranquille, La lune se contemple elle-même dans l’eau!
IV
Mon âme est dans l’exil, plaintive et détrônée; Quel goût peut-elle avoir des ivresses d’ici Et de la fausse joie un peu carillonnée Qui descend sur sa peine à travers l’air transi? Mais elle se console avec la vie en songe, La vie emmaillotée aux langes du mensonge.
Mon âme a trop souffert aux chemins du Réel Et s’en trouve à jamais comme en convalescence. C’est fini tout espoir, tout effort manuel Pour tirer de la vie un peu de renaissance Et vendanger soi-même, ainsi qu’on le voulait, Quelques grappes encore de raisin violet... Les vignes sont en proie à d’autres que j’ignore; Déjà le vin fermente en leur pressoir sonore; Et pour moi désormais, terrain hostile et nu, La vie est un jardin d’épines et d’épées.
Mais les Rêves du moins sont le monde ingénu Où se réfugieront nos mains inoccupées; Qu’importe, au loin, la vie, et les appels des cors! Les liesses du cuivre énamouré sont brèves; Et notre âme sait bien qu’il n’y a que les Rêves Qu’on puisse aimer toujours comme on aime les morts.
Les Rêves! Eux, du moins, sont une amitié sûre, Joyaux où dort une lumière qui s’azure Éternelle et multicolore comme l’eau... Et cela met en nous un trésor frais et beau. Ah! Seigneur! augmentez en moi cette richesse Dont je suis à la fois le maître et le gardien; Et, de rêves nouveaux, refaites-moi largesse, O Seigneur, donnez-moi mon Rêve quotidien!...
V
Les rêves: des miroirs où nous nous délayons Comme éternels déjà, dans un recul d’espace; Les rêves: des rouets auxquels, d’une main lasse, Nous envidons de la fumée et des rayons, Du vent, des cheveux morts et des fils de la Vierge; Les rêves: un bouquet qui tout à coup émerge Les nuits d’hiver, en lis gelés, des carreaux noirs; Les rêves: au perron du parc mélancolique, Au perron de notre âme, un cabrement, les soirs, Cabrement, sous le clair de lune métallique, D’une troupe de paons, de grands paons radieux Ouvrant leur queue en or comme un éventail d’yeux.
VI
Les rêves sont les clés pour sortir de nous-mêmes, Pour déjà se créer une autre vie, un ciel Où l’âme n’ait plus rien retenu du réel Que les choses selon sa nuance et qu’elle aime: Des cloches effeuillant leurs lourds pétales noirs Dans l’âme qui s’allonge en canaux de silence, Et des cygnes parés comme des reposoirs. Ah! toute cette vie, en moi, qui recommence, Une vie idéale en des décors élus Où tous les jours pareils ont des airs de dimanches, Une vie extatique où ne cheminent plus Que des rêves, vêtus de mousselines blanches... Or ces rêves triés ont de câlines voix, Voix des cygnes, voix des cloches, voix de la lune, Qui chantonnent ensemble et n’en forment plus qu’une En qui l’âme s’exalte et s’apaise à la fois. De même la Nature a fait comme notre âme Et choisit, elle aussi, des bruits qu’elle amalgame, Se berçant aux frissons des arbres en rideau, Lotionnant sa plaie aux rumeurs des écluses... Voix chorale qui sait, pour ses peines confuses, Unifier des bruits de feuillages et d’eau!
VII
Rien que des rêves doux et vagues, songeries Où l’on se laisse aller comme au fil d’un cours d’eau Quand du brouillard s’allonge en opaque rideau Que les fanaux du soir sèment de pierreries. Les arbres ont un air de fusain ébauché; La brume, sur les bords, ouvre des cassolettes; On devine une ville autour d’un évêché Dans le brouillard brodé de fines gouttelettes Dont la blancheur voyage à l’horizon confus.
Ainsi notre âme rêve et dérive en ses rêves Qui, parmi leur brouillard, ont aussi des refus, Des entrebâillements, des apparitions brèves Les rendant plus encor désirables et chers: Songes dans de la ouate et dans de la fumée, Mystère d’une vie au lointain présumée, Curiosité d’âme--et nulle soif des chairs! Mais songer seulement aux saintes des verrières, Aux femmes des portraits, aux vierges des missels, Aux reines de légende, aux béguines tourières, --Des anges, dirait-on, à peine corporels!-- Et rêver avec l’une une amitié très douce Parce qu’elle a semblé plus pâle et qu’elle tousse... Ah! cette toux, qui fait du mal comme un grand vent Et qui vient me troubler de derrière les portes! Une toux qu’on dirait pleine de feuilles mortes Et qui ventile au loin les dortoirs du couvent!
VIII
Mon âme dans le rêve a trouvé plus de charmes Car tout effort s’achève en perles de sueur Qui nous semblent au front des couronnes de larmes. Les bonheurs temporels, ce n’est pas le bonheur! Et tout cela, sans joie et sans signifiance, Qu’est-ce à côté du rêve auquel je me fiance? D’autres ont l’orgueil vain d’imposer leur vouloir Et d’assembler la foule autour de leur parole; Fallacieux désir! Naïve gloriole Qui vient tenter mon âme en son grand nonchaloir! Lors mon âme répond: «Je ne suis pas des vôtres...» Chimère de vouloir être au rang des Apôtres Que le peuple louange et met sur des pavois, Sans délayer son âme et délayer sa voix.
Mais si totalement qu’en soi-même on abdique Pour se garder du moins une âme véridique, Si débile qu’on semble et si distant qu’on soit, Peut-être qu’on exerce un pouvoir malgré soi, Car la Force souvent est bénigne et se laisse Conduire ou mitiger par la Toute-Faiblesse. Ainsi la lune, à son insu, du haut de l’air, Toute loin qu’elle soit du tumulte des houles, Attire avec ses yeux la douleur de la mer...
Mon âme, sois ce clair de lune sur les foules...
IX
Aux vitres de notre âme apparaissent le soir Des visages anciens demeurés dans le verre; Leur souvenir, malgré le temps, y persévère, Visages du passé qu’on souffre de revoir: Fronts sans cesse pâlis; lèvres déveloutées; Yeux couverts chaque jour d’ombres surajoutées Et qui dans la mémoire achèvent de mourir... Visage d’une mère ou visage de femme Qui jadis ont vécu le plus près de notre âme. Encor si l’on pouvait un peu les refleurir Ces faces, dans le verre, à peine nuancées Et voir distinctement leurs traits dans nos pensées! Faces mortes toujours près de s’évanouir Et sans cesse émergeant,--sitôt qu’on les oublie,-- Au fil de l’âme, en des détresses d’Ophélie Dont les cheveux de lin ont un air de rouir... Ah! comment essayer d’avoir un peu de joie Quand les vitres de l’âme aimante sont de l’eau Où reparaît sans cesse et sans cesse se noie Un doux visage intermittent dans un halo!
X
Combien de souvenirs anciens, combien de choses Se dédorent en nous aux limbes de l’oubli; Le missel ne sait plus la page où fut le pli, Le jardin ne sait plus où sont mortes les roses. Combien de souvenirs qui sont des pastels nus, Portraits évaporés dont se brisa le verre, Nous étant maintenant comme des inconnus Où la mort du couchant seule se réverbère... Combien de souvenirs, mais si vite oubliés! La rivière bientôt dilue en son eau triste Le reflet balancé des heureux peupliers. Ah! comme tout s’en va! comme rien ne persiste! Comme tout cet amas en nous de vieux décors Pâlement restitue au fond de la mémoire Un peu de la féerie en gaze rose et noire; Et comme l’air lui-même est oublieux des cors Qui firent, dans des soirs éloignés, violence A la virginité pensive du silence; Mais l’air en garde à peine un souvenir rosé; L’air est non moins guéri, non moins cicatrisé Que de quelque blessure infime d’ariette... Comme tout se déprend! comme tout s’émiette!
XI
Heures tristes de l’âme: états intermédiaires Où l’âme ne sait plus définir ses ennuis Ni trier l’ancien buis fané du nouveau buis; Heures vagues où monte un chant de lavandières, Mais quels linges leurs mains trempent-elles dans l’eau: Nappes d’autels, rochets des grand-messes pascales Ou batistes de nos armoires conjugales? Heures d’aspect confus: automne ou renouveau? Est-il du soir ou du matin, ce crépuscule? Il neige: mais c’est-il des fleurs ou des flocons? Est-ce un malheur qui vient? un malheur qui recule? Quel est le clair-obscur où nous équivoquons? Heures où l’âme voit, à travers les persiennes, Tandis qu’elle s’éveille en sa chambre sans bruit, Filtrer et se couler des clartés mitoyennes; Entre-t-on dans le jour? Entre-t-on dans la nuit?
XII
Heures troubles de l’âme aux multiples échos Où pour des riens: un peu de cloches dans la brume, La douleur des métaux, au loin, sur quelque enclume, Le bruit mouillé de deux rames à temps égaux Qui fauchent le silence au long d’une rivière, Heures troubles où pour ces riens l’âme s’émeut Et trouve un air étrange à l’ambiance entière: Ainsi le soleil luit; pourtant voilà qu’il pleut! Et ces oiseaux, là-bas, volant devant les portes, Qui font des croix avec l’ombre de leurs vols noirs! Le parfum qu’on croyait latent dans les mouchoirs Hante comme un retour de l’âme des fleurs mortes... Tout devient nostalgique et commémoratif; Le jet d’eau raccourci prend la forme d’un if; La fumée, au-dessus du douteux paysage, Doucement se déroule en langoureux tissu Où menace, dans l’air, un texte entr’aperçu, Et, dans la lune pâle, on a peur d’un visage.
XIII
Mon âme sent parfois dans le soir équivoque Des ombres s’appuyer sur elle; et l’on dirait Qu’à côté du Bon Rêve ordinaire apparaît Un Mauvais Rêve qui par gestes le provoque; L’âme, tout en suspens, les regarde marchant Et, muette, s’allonge autour d’eux comme un champ... Vont-ils atermoyer pour un peu leurs querelles? L’un erre, apprivoiseur de blanches tourterelles, Qui mettent dans un coin de mon âme l’émoi, La fraîcheur de leur queue en éventail de neige. L’autre passant, par on ne sait quel sortilège, Attire des essaims de grands corbeaux en moi De qui le vol s’égrène en douloureux rosaire; Et je sens dans mon âme, où s’amasse le soir, Devant ces deux témoins riant de ma misère, Recommencer sans cesse un combat blanc et noir.
XIV
Le sommeil remédie aux amers nonchaloirs, Le sommeil remédie au mal qui nous arrive Et ceint de nénuphars le front à la dérive; Câlin, il nous entraîne entre ses talus noirs Et, doucement, on sent de l’eau dans sa mémoire En qui s’est délayé tout ancien souvenir, Et c’est noyer son mal que d’ainsi s’endormir! On s’enfonce dans l’eau tranquille qui se moire Pour aller reposer dans le néant du fond Où plus rien, jusqu’à nous, du passé ne pleuvine; Et c’est,--ce bon sommeil où notre âme se fond-- D’une facilité d’oubli presque divine.
XV
Les jours sont arrivés où dans l’âme il a plu En une pluie interminable et monotone; L’âme souffrante a son équinoxe d’automne... C’est fini le soleil où l’ennui s’était plu, Le bon soleil sur les vitres toutes lamées D’or vierge; c’est fini la jeunesse et l’avril! Et revoici la pluie imbibant les fumées Qui sur les toits ont l’air de partir pour l’exil.
On sent que toute joie à présent est enfuie! A quoi peut-il servir qu’on se reprenne encor? A quoi peut-il servir qu’on sonne encor du cor? Le son exténué se traîne dans la pluie Et le son dans la pluie erre comme un radeau. Ah! cette pluie en nous! c’est comme une araignée Qui tisse dans notre âme avec ses longs fils d’eau Inexorablement une toile mouillée! Sans cesse cette pluie à l’âme, ce brouillard Qui se condense et fond en bruines accrues; Comme on a mal à l’âme, et comme il se fait tard! Et l’âme écoute au loin pleuviner dans ses rues...
DU SILENCE
I
Silence: c’est la voix qui se traîne, un peu lasse, De la dame de mon Silence, à très doux pas Effeuillant les lis blancs de son teint dans la glace; Convalescente à peine, et qui voit tout là-bas Les arbres, les passants, des ponts, une rivière Où cheminent de grands nuages de lumière, Mais qui, trop faible encore, est prise tout à coup D’un ennui de la vie et comme d’un dégoût Et,--plus subtile, étant malade,--mi-brisée, Dit: «Le bruit me fait mal; qu’on ferme la croisée...»
II
Douceur du soir! Douceur de la chambre sans lampe! Le crépuscule est doux comme une bonne mort Et l’ombre lentement qui s’insinue et rampe Se déroule en fumée au plafond. Tout s’endort.
Comme une bonne mort sourit le crépuscule Et dans le miroir terne, en un geste d’adieu, Il semble doucement que soi-même on recule, Qu’on s’en aille plus pâle et qu’on y meure un peu.
Sur les tableaux pendus aux murs, dans la mémoire Où sont les souvenirs en leurs cadres déteints, Paysages de l’âme et paysages peints, On croit sentir tomber comme une neige noire.
Douceur du soir! Douceur qui fait qu’on s’habitue A la sourdine, aux sons de viole assoupis; L’amant entend songer l’amante qui s’est tue Et leurs yeux sont ensemble aux dessins du tapis.
Et langoureusement la clarté se retire; Douceur! Ne plus se voir distincts! N’être plus qu’un! Silence! deux senteurs en un même parfum: Penser la même chose et ne pas se le dire.
III
Silence de la chambre assoupie et gagnée Par de l’ombre qui tend ses toiles d’araignée Dans les angles, obscurs les premiers, où l’essor Des rêves va finir son vol de mouches d’or! Silence où toute l’âme assombrie est encline A se sentir de plus en plus comme orpheline, Toute seule parmi le soir endolori A revoir son passé comme un tombeau fleuri.
Et le songeur muet resonge à son enfance Qui s’écoule et qui fond dans cet obscur silence Dont le vague se mêle à son plus vague ennui. D’entre dans du noir et du noir entre en lui Et la sensation lui vient, douce et suprême, De changer peu à peu tout en restant lui-même.
Douceur de ce silence et de ne plus savoir S’analyser et d’être à ce point qu’on croit voir Des fils d’ombre dans la chambre de sa mémoire Descendre et se confondre en une tache noire Comme la toile d’une araignée où l’essor Des songes va finir son vol de mouches d’or. Et tout s’éteint! Plus de rêve qui se dévide! Douceur! penser du vague et regarder du vide!
IV
Seuls les rideaux, tandis que la chambre est obscure, Tout brodés, restent blancs, d’un blanc mat qui figure Un printemps blanc parmi l’hiver de la maison. Sur les vitres, ce sont des fleurs de guérison Pareilles dans le soir à ces palmes de givre Que sur les carreaux froids les nuits d’hiver font vivre.
Et dans ces floraisons de guipure on croit voir Tous les souvenirs blancs parmi le présent noir: Ce sont les rideaux clairs du berceau; c’est la bonne Aïeule aux cheveux blancs en bandeaux de madone; Ce sont les grands jardins d’enfance où les pommiers Étaient poudrés; ce sont les cierges coutumiers Et les nappes d’autel pour les communiantes; C’est l’hostie aux lys purs de leurs lèvres priantes; Puis c’est le clair de lune épars comme du lait Dans la forêt magique où l’Art nous appelait Parmi sa gloire et ses blancheurs éternisées! Puis la guirlande en fleur au front des épousées Dont l’espoir doux se fane irréparablement Parmi cette blancheur vaporeuse qui ment. Car le leurre est rapide en cette ombre équivoque, Et tous les autres blancs du passé qu’on évoque Vont se faner avec les souvenirs d’amour Quand descendra dans les rideaux la mort du jour.
V
Les miroirs, par les jours abrégés des décembres, Songent--telles des eaux captives--dans les chambres, Et leur mélancolie a pour causes lointaines Tant de visages doux fanés dans ces fontaines Qui s’y voyaient naguère, embellis du sourire! Et voilà maintenant, quand soi-même on s’y mire, Qu’on croit y retrouver l’une après l’autre et seules Ces figures de sœurs défuntes et d’aïeules Et qu’on croit, se penchant sur la claire surface, Y baiser leurs fronts morts, demeurés dans la glace!
VI
Il flotte une musique éteinte en de certaines Chambres, une musique aux tristesses lointaines Qui s’apparie à la couleur des meubles vieux... Musique d’ariette en dentelle et fumée, Ariette d’antan qu’on aurait exhumée, Informulée encore, et qu’on cherche des yeux: Rythmes se renouant, musique qui tâtonne, Le vieil air se dégage un peu, se nuançant Grâce au pianotement de la pluie, en automne, Sur les vitres; et l’air, changé comme un absent, Réapparaît soudain en des grâces fluettes; Puis peu à peu précis, on retrouve ses traits Et tout l’air passe encor dans les chambres muettes... Oh! musique rapprise aux lèvres des portraits!
VII
La chambre avait un air mortuaire et fermé Dans cette hôtellerie, en une ville morte, Où nous avons vécu, ce divin soir de mai! Silencieusement se referma la porte, Comme en peine de voir entrer notre bonheur. Et nous allions à pas étouffés, pris de peur, Comme on entre dans la chambre d’une malade... Il flottait quelque chose encor d’une odeur fade D’anciens bouquets mêlés jadis à des baisers Et maintenant défunts en d’invisibles verres. Et les sombres rideaux aux plis éternisés Et les meubles d’un luxe âgé, froids et sévères, Gardaient sur eux de la poussière en flocons noirs Qui parmi l’autrefois des étoffes fanées Mélancoliquement, depuis tant de longs soirs, Avaient neigé du lent sablier des années!
Chambre étrange: on eût dit qu’elle avait un secret D’une chose très triste et dont elle était lasse D’avoir vu le mystère en fuite dans la glace!... Car notre amour faisait du mal à son regret. Et même lorsque avec des mains presque dévotes Tu vins frôler le vieux clavecin endormi, Ce fut un chant si pâle et si dolent parmi La solitude offerte au réveil des gavottes Que tu tremblas comme au contact d’un clavier mort. Et muets, nous sentions, dans cette chambre étrange Avec qui notre joie était en désaccord, L’hostilité d’un grand silence qu’on dérange!
VIII
Dans le silence et dans le soir de la maison A retenti le carillon de la pendule. On ne sait si joyeux ou triste, un air ondule: Tantôt le chapelet de l’heure en oraison; Puis ce semble un oiseau si peu viable et frêle Qui se baigne et qui joue avec des perles d’eau; Puis du verre qui pleut mêlé de fer qui grêle; Étincelles de bruit sous un vague marteau, Musique d’une noce au retour, clopinante Qui monte un escalier tournant, et disparaît; Bruit de verres choqués, cristal qui se lamente, Grelots de la Folie--oh! valses, vin clairet, Carnaval fatigué de danses enragées Qui s’en revient vidé d’argent et de raison Et qui laisse dégringoler dans la maison Ses derniers confettis, des sous et des dragées.
IX
Les dimanches: tant de tristesse et tant de cloches! Volets fermés, outils au repos, piano Grêlement tapoté par des doigts sans anneau, Des doigts de vierges dont les cœurs sont sans reproches.
Solitude où quelques passants; Vêpres qui geint; Couleur de demi-deuil planant sur les dimanches, Avec de la fumée en lentes vapeurs blanches Et du triste dans l’air comme un jour de Toussaint.
Silence des quartiers monotones. L’espace Est indistinct, d’un vague où tout semble éloigné; Et l’on entend, tandis que le soir a saigné, Les lointains cris d’enfants en oubli de la classe.
Soi-même, dans la rue, on regrette les bons Naguères parmi la maison familiale Et son enfance et l’Ame en ce temps liliale Et la tiède chaleur de lampe et de charbons.
* * * * *
Les dimanches: tant de tristesses! tant de cloche Vers le faubourg où la lenteur des pas conduit... Une lanterne en ce commencement de nuit S’éclaire doucement comme un œil qui reproche.
L’horizon noir ressemble à des linceuls cousus... Puis voici qu’un second réverbère s’allume Triste, si triste au loin, clignotant dans la brume, Tous deux,--comme les yeux d’enfants qu’on n’a pas eus.
X
Musiques de la rue: accordéons Qu’une chanson amoureuse commente, Rythme indistinct auquel nous suppléons, Qui du meilleur de nous rit et s’augmente;
Clairons de cuivre au-devant des soldats, Processions, chants des catéchumènes, Marche guerrière ou psaumes presque bas Psalmodiés par des lèvres amènes;
Toute la joie éparse dans le bruit: Accords lointains qui traversent les vitres De notre âme, violons dans la nuit, Tambours mêlés aux boniments des pitres,
Fête des sons! Ivresse des crincrins!... Pourtant rien n’est plus triste, rien ne glace Quand on fléchit pour sa part de chagrins Que d’entendre la musique qui passe.
XI
Ah! vous êtes mes sœurs, les âmes qui vivez Dans ce doux nonchaloir des rêves mi-rêvés Parmi l’isolement léthargique des villes Qui somnolent au long des rivières débiles; Ames dont le silence est une piété, Ames à qui le bruit fait mal; dont l’amour n’aime Que ce qui pouvait être et n’aura pas été; Mystiques réfectés d’hostie et de saint chrême; Solitaires de qui la jeunesse rêva Un départ fabuleux vers quelque ville immense, Dont le songe à présent sur l’eau pâle s’en va, L’eau pâle qui s’allonge en chemins de silence... Et vous êtes mes sœurs, âmes des bons reclus Et novices du ciel chez les Visitandines, Ames comme des fleurs et comme des sourdines Autour de qui vont s’enroulant les angélus Comme autour des rouets la douceur de la laine! Et vous aussi, mes sœurs, vous qui n’êtes en peine Que d’un long chapelet bénit à dépêcher En un doux béguinage à l’ombre d’un clocher, Oh! vous, mes Sœurs,--car c’est ce cher nom que l’Église M’enseigne à vous donner, sœurs pleines de douceurs, Dans ce halo de linge où le front s’angélise, Oh! vous qui m’êtes plus que pour d’autres des sœurs Chastes dans votre robe à plis qui se balance, O vous mes sœurs en Notre Mère, le Silence!
XII
L’hostie est comme un clair de lune dans l’église.
Or les songeurs errants et les extasiés Qui vont par les jardins où dans une ombre grise Des papillons fripés meurent sur les rosiers, Ceux que la nuit pieuse a pour catéchumènes Regardant l’astre à la chevelure d’argent Peu à peu croient y voir un sourire indulgent, Un visage d’aïeule et des lèvres humaines! Or l’hostie est un clair de lune au fond du chœur! Et tandis que l’encens azure le silence Et que l’orgue au jubé déroule sa langueur, Qu’à peine un encensoir mollement se balance, Tous les benoîts chrétiens dans l’hostie ont cru voir, --Comme un visage dans la lune qui se lève,-- La face aux cheveux d’or d’un doux Jésus qui rêve Et qui se rend visible à ses amis du soir!
XIII
Dans l’étang d’un grand cœur quand la douleur s’épanche Comme du soir, et met un tain d’ombre et de nuit Sous la surface en fleur de cette eau longtemps blanche Qui, durant le soleil et le bonheur enfui, N’avait rien reflété que le songe des rives, Alors l’étang du cœur se colore soudain D’un mirage agrandi dans le noir des eaux vives: Arbres longs et mouillés d’un nocturne jardin, Maisons se décalquant, étoiles délayées. Tout se précise et se nuance maintenant Dans ces routes de l’eau que le soir a frayées. Et la douleur qui fait de l’âme un lac stagnant La remplit de lueurs et de nobles pensées Qui sont comme, dans l’eau, les branches balancées; Et la remplit aussi de grands rêves qui sont Comme, dans l’eau, les tours se mirant jusqu’au fond.
Or parmi cette eau morte et pourtant animée Surnage ton visage, ô toi, l’unique Aimée! Et ton visage blanc dans la lune sourit, La lune de profil, la lune émaciée --O la visionnaire, et la suppliciée!-- Qui douloureusement dans l’eau froide périt; Car la douleur accrue éteint tous les mirages Et des cygnes, nageant vers la face au halo, Les cygnes noirs du désespoir, durs et sauvages, Inexorablement la déchirent dans l’eau!
XIV
Chagrin d’être un sans gloire qui chemine Dans le grand parc d’octobre délabré. Chagrin encor de s’être remembré Le printemps vert que le vent dissémine,
Le vent qui pleure, au loin, comme un tambour Battant l’appel des anciennes années... Et l’on se sent, dans l’exil du faubourg, Les yeux aussi pleins de choses fanées.
Et, bien qu’en la jeunesse encore--on croit Que son printemps a presque un air d’automne, Avec l’ennui d’un jet d’eau monotone Dont la chanson, comme un amour, décroît.
Et, triste à voir le vent froid qui balance Des fils de la Vierge fins et frileux, On s’imagine en ce parc de silence Que ces fils blancs entrent dans les cheveux.
XV
O neige, toi la douce endormeuse des bruits Si douce, toi la sœur pensive du silence, O toi l’immaculée en manteau d’indolence Qui gardes ta pâleur même à travers les nuits. Douce! tu les éteins et tu les atténues Les tumultes épars, les contours, les rumeurs; O neige vacillante, on dirait que tu meurs Loin, tout au loin, dans le vague des avenues! Et tu meurs d’une mort comme nous l’invoquons, Une mort blanche et lente et pieuse et sereine, Une mort pardonnée et dont le calme égrène Un chapelet de ouate, un rosaire en flocons. Et c’est la fin: le ciel sous de funèbres toiles Est trépassé; voici qu’il croule en flocons lents, Le ciel croule; mon cœur se remplit d’astres blancs Et mon cœur est un grand cimetière d’étoiles!
XVI
La lune dans le ciel nocturne s’étalait Comme un sein chaste et nu, sein de bonne nourrice Tendu pour les songeurs de qui c’est le caprice De boire sa clarté blanche comme du lait.
Et c’est assez pour me nourrir. De quoi me plains-je? Surtout que je m’endors sur ce grand sein les soirs De tristesses et de recommencements noirs... Et le ciel tout autour a des fraîcheurs de linge.
XVII
A l’heure délicate où comme de l’encens Le jour se décompose en molles vapeurs bleues, Va dans l’abandon noir des quartiers finissants, Va donc, ô toi dont l’âme est la sœur des banlieues, Toi dont l’âme est morose et souffre au moindre bruit, A travers le faubourg, comme au hasard construit, Le faubourg où la ville agonise et s’achève Dans du brouillard, dans de l’eau morte et dans du rêve... Et vois! tout au lointain parmi des fonds aigris S’allumer droitement la ligne des lanternes Mettant leur ganse jaune au long des chemins gris. Oh! lanternes debout sur les horizons ternes! Survivance de la lumière dans le soir, Survivance de la jeunesse dans la vie! Ces lueurs devant toi, sur la route suivie, --Calices d’or s’ouvrant en dépit du vent noir-- Vois! c’est tout ce qui reste, en ce doux crépuscule, Du soleil mort, de ta jeunesse qui recule: Quelques vagues espoirs de gloires et d’amours, Quelques vagues clartés dans la pâleur des verres Que l’avenir, pareil à ces mornes faubourgs, Te garde en ses mélancoliques réverbères!
XVIII
Des cloches, j’en ai su qui cheminaient sans bruit, Des cloches pauvres, qui vivaient dans des tourelles Sordides, et semblaient se lamenter entre elles De n’avoir de repos ni le jour ni la nuit.
Des cloches de faubourg toussotantes, brisées; Des vieilles, eût-on dit, qui dans la fin du jour Allaient se visiter de l’une à l’autre tour, Chancelantes, dans leurs robes de bronze usées.
XIX
Les cygnes blancs, dans les canaux des villes mortes, Parmi l’eau pâle où les vieux murs sont décalqués Avec des noirs usés d’estampes et d’eaux-fortes, Les cygnes vont comme du songe entre les quais.
Et le soir, sur les eaux doucement remuées, Ces cygnes imprévus, venant on ne sait d’où, Dans un chemin lacté d’astres et de nuées Mangent des fleurs de lune en allongeant le cou.
Or ces cygnes, ce sont des âmes de naguères Qui n’ont vécu qu’à peine et renaîtront plus tard, Poètes s’apprenant aux silences de l’Art, Qui s’épurent encore en ces blancs sanctuaires,
Poètes décédés enfants, sans avoir pu Fleurir avec des pleurs une gloire et des nimbes, Ames qui reprendront leur Œuvre interrompu Et demeurent dans ces canaux comme en des Limbes!
* * * * *
Mais les cygnes royaux sentant la mort venir Se mettront à chanter parmi ces eaux plaintives Et leur voix presque humaine ira meurtrir les rives D’un air de commencer plutôt que de finir...
Car dans votre agonie, ô grands oiseaux insignes, Ce qui chante déjà c’est l’âme s’évadant D’enfants-poètes qui vont revivre en gardant Quelque chose de vous, les ancêtres, les cygnes!
XX
Dans l’horizon du soir où le soleil recule La fumée éphémère et pacifique ondule Comme une gaze où des prunelles sont cachées; Et l’on sent, rien qu’à voir ces brumes détachées, Un douloureux regret de ciel et de voyage, Car la blanche fumée est la sœur du nuage Et va vers les lointains où se mêlent en rêve L’odeur fanée et la musique qui s’achève.
Et la fumée entraîne en ses molles spirales L’âme s’exténuant des cloches vespérales Qui s’éteint avec elle en très lente agonie; Et tout le triste doux d’une chose finie Et tout le triste doux d’une chose en allée Subsiste après ce bleu de vapeur exhalée Comme si la fumée, on savait qu’elle porte Un linceul impalpable à quelque étoile morte!
XXI
Très défuntes sont les maisons patriciennes Et très dorénavant closes dans du silence Parmi des quartiers froids, en des villes anciennes, Où les pignons, pris d’une inerte somnolence, Ne voient plus rien de grand, dans le soir diaphane, Qui descende sur eux du soleil qui se fane; Et, pour fleurir le deuil de ces vieilles demeures Qui sont les tombeaux noirs des choses disparues, Seul le carillon lent sème tous les quarts d’heures Ses lourdes fleurs de fer dans le vide des rues!
XXII
Les canaux somnolents entre les quais de pierre Songent, entre les quais rugueux, comme en exil, Sans paysage clair qui se renverse au fil De l’eau qui rêve,--ainsi s’isole une âme fière,-- L’âme de l’eau captive entre les quais dormants Où le ciel se transpose en pensive nuance Dont la douceur à du silence se fiance. Quelques nuages seuls cheminent par moments Dans les canaux muets aux eaux inanimées Qui semblent des miroirs reflétant des fumées. Puis le ciel s’unifie, incolore et profond, Et les pâles canaux entre leurs quais de pierre Sont sans mirage,--ainsi dédaigne une âme fière,-- Et tout passage d’aile en leur cristal se fond; Plus rien n’entre parmi leurs eaux coagulées Dont la blancheur ressemble à des vitres gelées Derrière qui l’on voit, dans le triste du soir, L’âme de l’eau, captive au fond, qui persévère A ne rien regretter du monde en son lit noir Et qui semble dormir dans des chambres de verre!
XXIII
Mon rêve s’en retourne en souvenirs tranquilles Vers votre humilité, vieilles petites villes, Villes de mon passé, villes élégiaques, Si dolentes les soirs de Noël et de Pâques, Villes aux noms si doux: Audenarde, Malines, Pieuses, qui priez comme des Ursulines En rythmant des avé sur les carillons tristes! Oh! villes de couvents, villes de catéchistes, Avec la sainte odeur des encens et des cires, Villes s’assoupissant, si doucement martyres De n’avoir pas été suffisamment aimées, Qui, dégageant le gris mourant de leurs fumées Comme une plainte d’âme exténuée et vierge, Agonisent dans le brouillard qui les submerge.
Ensommeillement doux de mes villes natales Que, le soir, je retrouve en des marches mentales; Mais, le long des vieux quais, ô mon rêve, où tu erres, Hélas! tu reconnais des maisons mortuaires Que dénoncent, jusqu’à l’obit, parmi la brume, Ce cérémonial d’une antique coutume: Un nœud de crêpe noir qui flotte sur les portes; On dirait des oiseaux cloués, des ailes mortes... Puis, sur les volets clos, une grande lanterne Pend, de qui la lueur si grelottante et terne Brûle, en forme de cœur, dans la prison du verre. C’est comme de la vie encor qui persévère Et l’on croirait que l’âme ancienne est là qui pleure Et guette pour rentrer un peu dans sa demeure!
XXIV
En province, dans la langueur matutinale Tinte le carillon, tinte dans la douceur De l’aube qui regarde avec des yeux de sœur, Tinte le carillon,--et sa musique pâle S’effeuille fleur à fleur sur les toits d’alentour, Et sur les escaliers des pignons noirs s’effeuille Comme un bouquet de sons mouillés que le vent cueille; Musique du matin qui tombe de la tour, Qui tombe de très loin en guirlandes fanées, Qui tombe de Naguère en invisibles lis, En pétales si lents, si froids et si pâlis Qu’ils semblent s’effeuiller du front mort des Années.
XXV
La ville est morte, morte, irréparablement! D’une lente anémie et d’un secret tourment, Est morte jour à jour de l’ennui d’être seule... Petite ville éteinte et de l’autre temps qui Conserve on ne sait quoi de vierge et d’alangui Et semble encor dormir tandis qu’on l’enlinceule; Car voici qu’à présent, pour embaumer sa mort, Les canaux, pareils à des étoffes tramées Dont les points d’or du gaz ont faufilé le bord, Et le frêle tissu des flottantes fumées S’enroulent en formant des bandelettes d’eau Et de brouillard, autour de la pâle endormie --Tel le cadavre emmailloté d’une momie-- Et la lune à son front ajoute un clair bandeau!
ÉPILOGUE
C’est l’automne, la pluie et la mort de l’année! La mort de la jeunesse et du seul noble effort Auquel nous songerons à l’heure de la mort: L’effort de se survivre en l’Œuvre terminée.
Mais c’est la fin de cet espoir, du grand espoir, Et c’est la fin d’un rêve aussi vain que les autres: Le nom du dieu s’efface aux lèvres des apôtres Et le plus vigilant trahit avant le soir.
Guirlandes de la gloire, ah! vaines, toujours vaines! Mais c’est triste pourtant quand on avait rêvé De ne pas trop périr et d’être un peu sauvé Et de laisser de soi dans les barques humaines.
Las! le rose de moi je le sens défleurir, Je le sens qui se fane et je sens qu’on le cueille! Mon sang ne coule pas; on dirait qu’il s’effeuille... Et puisque la nuit vient,--j’ai sommeil de mourir!
TABLE
La Vie des Chambres 1 Le Cœur de l’Eau 39 Paysages de Ville 73 Cloches du Dimanche 109 Au Fil de l’Ame 147 Du Silence 181 Épilogue 233
SCEAUX.--IMP. CHARAIRE ET FILS.