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LIVRE PREMIER

La Vie Affective

I

LE CARACTÈRE ET LA PERSONNALITÉ

On ne se conduit pas avec son intelligence mais avec son caractère.

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Le moi se compose d’un agrégat d’éléments ancestraux souvent hétérogènes. Son unité est aussi fictive que celle d’une armée.

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La psychologie de chaque individu est formée de psychologies superposées: psychologie de sa race, de sa famille, de son groupe. Un homme peut rarement se soustraire à cette addition de forces accablantes.

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Les transformations brusques du caractère tiennent à ce que certains événements, font surgir une des nombreuses personnalités qui sommeillent en nous.

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Il est impossible de juger les sentiments d’un être par sa conduite dans un cas déterminé. L’homme d’une circonstance n’est pas celui de toutes les circonstances.

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Pour connaître un homme il faut l’étudier en temps de grandes crises, notamment de révolutions. Alors seulement se révèlent ses diverses possibilités de caractère.

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La constance du caractère représente surtout la constance du milieu.

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Les raisons attribuées par nous à nos actes constituent rarement leurs vrais mobiles. Elles servent surtout à justifier les impulsions sentimentales et mystiques qui nous ont fait agir.

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Les contradictions de la conduite tiennent souvent aux dissemblances de la volonté consciente et de la volonté inconsciente.

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L’intelligence et la volonté inconscientes, étant quelquefois supérieures à l’intelligence et à la volonté conscientes, des hommes raisonnant fort mal peuvent agir très bien.

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Supposer chez les autres des sentiments identiques à ceux qui nous mènent, est se condamner à ne jamais les comprendre.

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Grâce aux suggestions de l’habitude, les hommes savent chaque jour ce qu’il faut dire, faire et penser.

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L’être irrésolu n’est pas guidé par ses véritables désirs, mais par ceux qu’il se suppose au moment où il est forcé d’agir.

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Quand on ne gêne pas par sa volonté, on nuit souvent par son inertie.

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Les héros populaires n’ont pas toujours le caractère qu’on leur attribue, mais ils finissent souvent par le prendre.

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Les œuvres importantes résultent plus rarement d’un grand effort, que d’une accumulation de petits efforts.

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Le proverbe: _Qui peut le plus peut le moins_, n’est pas toujours exact. Les esprits supérieurs réussissent parfois mieux les choses difficiles que les choses faciles.

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La vanité est pour les imbéciles une puissante source de satisfaction. Elle leur permet de substituer aux qualités qu’ils n’acquerront jamais, la conviction de les avoir toujours possédées.

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Nul besoin d’être loué quand on est sûr de soi. Qui recherche la louange doute de sa propre valeur.

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Appartenir à une école, c’est perdre sa personnalité; ne pas appartenir à une école, c’est abdiquer toute possibilité de prestige.

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Les grandes pensées viennent de l’esprit et non du cœur comme on l’a soutenu, mais c’est du cœur qu’elles tirent leur force.

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Le caractère et l’intelligence étant rarement réunis, il faut se résigner à choisir ses amis pour leur caractère et ses relations pour leur intelligence.

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Chez les natures sensibles, l’âme est une mer changeante, sur laquelle la lumière des choses se reflète chaque jour avec des nuances différentes.

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Les grandes supériorités mentales sont un peu comparables aux monstruosités botaniques artificiellement créées. Leur descendance retourne toujours au type moyen de l’espèce.

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On n’est pas maître de ses désirs, on l’est souvent de sa volonté.

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Rien ne résiste à une volonté forte et continue: ni la nature, ni les hommes, ni la fatalité même.

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Une volonté forte a le plus souvent un désir fort pour soutien. Le désir est l’âme de la volonté.

II

L’AFFECTIF ET LE RATIONNEL

Les sentiments sont la base de l’existence. Le jour où le dévouement, la pitié, l’amour, et les illusions qui nous mènent, seraient remplacés par la froide raison, tous les ressorts de l’activité se trouveraient brisés.

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Le rôle de la raison apparut très tard dans l’histoire de notre planète. Pendant des entassements d’âges, les êtres ont vécu et se sont transformés sans elle.

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L’évolution des sentiments est indépendante de la volonté. Nul ne peut aimer ou haïr à son gré. L’homme le plus fort reste sans pouvoir sur la vie de ses éléments affectifs et ne peut qu’en réfréner l’expression.

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Les sentiments, quoique peu variables, changent souvent d’objet. C’est ce qui fait croire à leurs transformations.

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En matière de sentiment, l’illusion crée vite la certitude.

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Les sentiments simulés finissent quelquefois par devenir des sentiments éprouvés.

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La force des évidences sentimentales, est de ne pas tenir compte des évidences rationnelles.

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Les diverses formes de logiques: mystique, sentimentale et rationnelle, n’ayant pas de commune mesure, peuvent se superposer mais non se concilier.

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Les sentiments se combattent avec des sentiments, ou des représentations mentales de sentiments, jamais avec des raisons.

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Ce qu’on fait par orgueil est supérieur à ce qu’on accomplit par devoir.

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Les impulsions sentimentales et mystiques agissent beaucoup plus sur la conduite des hommes, que toutes les démonstrations rationnelles.

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Une idée, dénuée de soutien affectif ou mystique, n’exerce aucune action. Elle est un fantôme sans prestige, sans durée et sans force.

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Les influences affectives, mystiques et collectives sont les grandes régulatrices de l’histoire.

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Démontrer qu’une chose est rationnelle ne prouve pas toujours qu’elle soit raisonnable.

III

LE PLAISIR ET LA DOULEUR

L’homme ne possède que deux certitudes absolues: le plaisir et la douleur. Elles orientent toute sa vie individuelle et sociale.

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Les codes religieux et sociaux n’ont jamais pu trouver d’autres soutiens à leurs prescriptions, que l’attrait du plaisir et la crainte de la douleur: châtiments ou récompenses, paradis ou enfer.

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Les variations possibles de la sensibilité n’étant pas très étendues, les bornes du plaisir et de la douleur sont bientôt atteintes.

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La répétition fréquente des mêmes sensations, engendre un effet physiologique qu’on pourrait qualifier loi de lassitude. Elle oblige les êtres sensibles à varier souvent leurs désirs.

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Les croyants reconnaissent que l’attrait du paradis serait moins vif sans la crainte de l’enfer.

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Le plaisir étant éphémère, et le désir durable, les hommes sont plus facilement menés par le désir que par le plaisir.

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Le bonheur est surtout de l’espérance réalisable, mais non réalisée encore.

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L’homme qui, suivant le conseil du bouddhisme, tuerait en lui le désir perdrait toute raison d’agir.

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Le désir établit l’échelle de nos valeurs. L’idéal de chaque peuple est la synthèse de ses désirs.

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Les grands manieurs d’hommes furent toujours des créateurs de désirs. Les réformateurs ne font que substituer un désir à un autre désir.

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La vie paraîtrait trop longue si elle n’était consacrée à poursuivre des bonheurs chimériques, et à regretter ceux qu’on ne peut atteindre.

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L’homme vraiment sage saurait maîtriser toutes les impulsions de son cœur, mais être sage n’est pas toujours être heureux.

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La vue du malheur est antipathique au bonheur. L’amitié ne dure guère entre l’homme heureux et l’homme malheureux.

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L’attraction et la répulsion dirigent l’évolution des mondes. L’amour et la haine, qui en sont des formes, dirigent l’évolution des êtres.

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La véritable durée de la vie ne dépend pas du nombre des jours, mais de la diversité des sensations accumulées pendant ces jours.

IV

LA PSYCHOLOGIE FÉMININE

La femme est trop confinée dans le domaine de l’affectif et du mystique, pour être beaucoup influencée par un raisonnement.

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L’intuition est souvent supérieure à la raison. Elle fait deviner à des femmes, raisonnant mal, des choses incomprises d’hommes raisonnant très bien.

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La femme demeurant plus apte à sentir qu’à raisonner, on n’améliore pas sa destinée en l’obligeant à trop penser.

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Selon les divers ordres d’activité, la femme est inférieure ou supérieure à l’homme. Elle est rarement son égale.

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En matière d’art et de toilette, les femmes n’ont que des goûts suggérés.

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La femme ne pardonne pas à l’homme de deviner ce qu’elle pense, à travers ce qu’elle dit.

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Dominer ou être dominée, il n’y a pas pour l’âme féminine, d’autre alternative.

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L’affectif étant mal exprimable en termes intellectuels, vouloir raisonner sur l’amour c’est forcément déraisonner.

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Les femmes perdraient vite leur empire sur l’homme, si elles pouvaient acquérir la faculté d’être sincères.

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L’homme ne croit guère la femme que quand elle ment. Il la condamne ainsi à souvent mentir.

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L’obstination habituelle des femmes et des diplomates à nier l’évidence, est la principale cause du scepticisme que leurs propos inspirent.

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Les femmes reprochent aux hommes de ne pas les comprendre, mais quels êtres de mentalités différentes se sont jamais compris?

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En amour, quand on demande des paroles, c’est qu’on a peur d’entendre les pensées.

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L’amour élève ou abaisse, il ne nous permet donc pas de rester nous-même.

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La femme est trop peu sortie encore du domaine de l’Instinctif pour ne pas préférer, à la gloire la plus haute, l’amour le plus médiocre.

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L’amour craint le doute, cependant il grandit par le doute et périt souvent par la certitude.

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Les passions modérées sont les plus durables. On arrive vite à ne plus se supporter quand on commence par trop s’aimer.

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L’amour devenu clairvoyant, est bien près de finir.

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Vouloir retenir un amour qui meurt, c’est prétendre ralentir l’écoulement des jours.

V

LES OPINIONS

Nos opinions représentent souvent de petites croyances en voie de formation, et par conséquent non stabilisées encore.

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Une opinion peut avoir des origines affectives, mystiques ou rationnelles. L’origine rationnelle est la plus rare.

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Les opinions de la majorité des hommes ne se fondent pas sur des arguments, mais sur des haines, des sympathies ou des espérances.

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Le milieu crée nos opinions. Les passions et l’intérêt les transforment.

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La plupart des hommes sont incapables de se former une opinion personnelle, mais le groupe social auquel ils appartiennent leur en fournit de toutes faites.

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Peu d’êtres savent voir les choses comme elles sont. Les uns aperçoivent seulement ce qu’ils veulent voir, les autres ce qu’on leur fait voir.

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Il faut un esprit très indépendant, pour se créer cinq ou six opinions personnelles dans le cours de l’existence.

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Si les opinions les moins fondées sont généralement très tenaces, c’est qu’elles ont pour soutien des éléments affectifs et mystiques sur lesquels la raison reste sans prise.

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Un livre peut modifier pendant quelques instants les opinions du lecteur, mais ses idées inconscientes reprennent bientôt leur force.

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L’intolérance des opinions l’emporte sur la tolérance, parce que la première est d’origine affective ou mystique, et la seconde d’origine rationnelle.

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Contester la valeur d’une opinion d’origine affective ou mystique, c’est la fortifier.

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Les foules ne créent pas l’opinion, mais lui donnent sa force. Une opinion populaire devient vite contagieuse.

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Il n’y a guère aujourd’hui de journaux assez indépendants, pour permettre à leurs rédacteurs des opinions personnelles.

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L’absence d’esprit critique favorise beaucoup l’adoption des opinions générales, nécessaires à l’existence d’une société. Un peuple, dont toutes les unités seraient douées d’esprit critique, ne subsisterait pas longtemps.

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La force d’une opinion générale est irrésistible. En la créant on la domine; si on ne sait pas la créer il faut la subir.

VI

LES MOTS ET LES FORMULES

L’affectif, n’ayant pas d’équivalent rationnel, n’est pas exprimable en termes intellectuels. Les mots ne peuvent donc traduire les sentiments avec exactitude.

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Derrière certains mots, se trouve un monde d’idées que ces mots ne sauraient atteindre.

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Plus un mot est d’usage général, plus il revêt de sens différents suivant la mentalité des hommes qui l’emploient.

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L’incompréhension qui domine les relations entre les êtres de races, de situations sociales et de sexes différents, est irréductible, parce que les mêmes mots éveillent chez eux des idées dissemblables. On peut donc dire qu’en réalité, ils ne parlent pas la même langue.

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Les mots qui représentent des idées abstraites, ne sont pas traduisibles avec exactitude dans une langue étrangère. D’un peuple à l’autre, les mêmes mots correspondent à des images mentales différentes.

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L’interprétation diverse de mêmes mots, par des êtres de mentalité dissemblable, a été une cause fréquente des luttes historiques.

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Dans l’art de gouverner figure la nécessité d’utiliser les mots possédant du prestige. Leur action est généralement plus efficace que celle des arguments rationnels.

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Le contenu mystique de certaines formules, leur donne un pouvoir magique redoutable. Des milliers d’hommes se firent tuer pour des paroles qu’ils ne pouvaient comprendre, et d’ailleurs dépourvues de sens rationnel.

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En politique, les choses ont moins d’importance que leurs noms. Déguiser sous des mots bien choisis, les théories les plus absurdes, suffit souvent à les faire accepter.

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Certains mots, certaines formules, sont de puissants évocateurs d’images, mais leur vie est éphémère. Ils s’usent et perdent alors la faculté d’émouvoir.

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Les mots fixés par l’écriture ne peuvent changer que lentement. Leur sens et les images qu’ils évoquent évoluent au contraire rapidement. Un langage ancien ne peut donc représenter que les idées d’autrefois.

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Chez beaucoup d’hommes, la parole précède la pensée. Ils savent seulement ce qu’ils pensent, après avoir entendu ce qu’ils disent.

VII

LA PERSUASION

§ 1. La suggestion, la répétition et la contagion.

Un traité complet de l’art de persuader pourrait ne contenir que cinq chapitres: Affirmation, Répétition, Prestige, Suggestion, Contagion.

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Persuader n’est pas simplement convaincre, mais faire agir.

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Les raisonnements peuvent convaincre, mais ils ne font pas toujours agir. La suggestion, la répétition et la contagion pénétrant dans l’inconscient, tendent au contraire à se transformer en actes.

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La contagion mentale est le plus sûr agent de propagation des opinions et des croyances. Les convictions politiques ne se fondent guère autrement, on tâche ensuite de leur donner un aspect rationnel pour les justifier.

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Si les observations collectives sont presque toujours erronées, c’est qu’elles représentent souvent l’illusion d’un individu, transmise par voie de contagion.

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Dès que, par suggestion ou contagion, une opinion est fixée dans l’esprit, son absurdité n’apparaît plus, la raison ne peut l’atteindre, elle domine la volonté et la conduite.

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Suffisamment répétées, les théories les plus funestes finissent par s’incorporer dans l’inconscient et devenir mobiles d’action.

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Obtenir par suggestion, vaut toujours mieux qu’obtenir par contrainte.

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L’art des grands meneurs, est de créer chez ceux qu’ils entraînent, des personnalités nouvelles.

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Pour acquérir une autorité momentanée, il suffit généralement de persuader qu’on la possède.

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On domine plus facilement les peuples en excitant leurs passions, qu’en s’occupant de leurs intérêts.

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Pour agir profondément sur les hommes, ce n’est pas leur âme consciente qu’il importe d’influencer, mais leur âme inconsciente.

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Qui sait dompter ou séduire, n’a pas besoin de discourir pour persuader.

§ 2. Le Prestige.

A qui possède le prestige, la force est inutile.

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Le prestige peut remplacer la force, mais la force ne remplace pas le prestige.

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La force contraint à obéir, le prestige enlève jusqu’à l’idée de désobéir.

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Pas d’obéissance volontaire sans respect, pas de respect sans prestige.

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En remplissant l’âme d’étonnement et de respect, le prestige paralyse les facultés critiques et rend la suggestion facile.

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Une erreur, auréolée de prestige, exercera toujours plus d’action qu’une vérité sans prestige.

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Les gouvernements et les peuples qui perdent leur prestige, ont bientôt tout perdu.