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LIVRE IV

La Pensée et l’Action

I

L’ACTION

L’intelligence fait penser. La croyance fait agir.

* * * * *

Si l’homme avait commencé par penser au lieu d’agir, le cycle de son histoire serait clos depuis longtemps.

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Illusoires ou réelles les certitudes sont génératrices d’action. L’homme privé de certitudes serait comme un vaisseau sans gouvernail, une machine sans moteur.

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L’absurde et l’impossible n’ont jamais empêché une croyance suffisamment forte, de faire agir.

* * * * *

L’action seule révèle la nature de notre intelligence et la valeur de notre caractère.

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Réfléchir est utile, mais agir sans trop réfléchir est parfois nécessaire. Les grands héroïsmes sont généralement dus à des hommes ayant peu réfléchi.

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Les pensées, comme tous les phénomènes de la vie, résultent d’équilibres instables, sans cesse en voie de transformation.

* * * * *

Les livres font rarement évoluer les idées générales. Ils se bornent le plus souvent à enregistrer leurs transformations.

* * * * *

Nos actes portent en eux un cortège de conséquences nécessaires. Nous nommons fatalité l’enchaînement logique de ces conséquences.

* * * * *

Savoir ce qu’on doit faire, n’est pas du tout savoir ce qu’on fera.

II

LES ILLUSIONS DÉMOCRATIQUES

La démocratie, qui se croit d’origine rationnelle, tire en réalité sa force d’éléments affectifs et mystiques indépendants de la raison.

* * * * *

Le mot démocratie correspond, dans les classes populaires et chez les lettrés, à des idées fort différentes.

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Dominée par le besoin d’égalité, la démocratie populaire repousse la fraternité entre classes et ne manifeste aucun souci de la liberté. La démocratie des intellectuels est au contraire avide de liberté et très peu d’égalité.

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Le vrai démocrate est un être collectif, n’ayant d’autre individualité que celle de son groupe.

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Contrairement aux idées démocratiques, la psychologie enseigne que l’entité collective, nommée Peuple, est très inférieure à l’homme isolé.

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Les empiètements successifs de la classe ouvrière rappellent ceux de la noblesse et du clergé, contre lesquels les anciens rois eurent tant de peine à lutter.

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La haine du despotisme et l’amour de la liberté, furent toujours proclamés chez des peuples supportant fort bien le despotisme et très mal la liberté.

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Les principes démocratiques font partie de ces idées, volontiers imposées aux autres, mais rarement acceptées pour soi.

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Plus les lois proclament l’égalité, plus se développe le besoin des signes extérieurs d’inégalité.

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Le démocratique besoin de paraître est le plus coûteux et le moins profitable des besoins.

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La soif d’égalité n’est souvent qu’une forme avouable du désir d’avoir des inférieurs et pas de supérieurs.

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La notion artificielle d’égalité a fait naître la haine de toutes les supériorités qui constituent la grandeur d’un pays.

* * * * *

Les démocraties arriveront à remplacer les guerres intermittentes entre peuples, par des luttes continues entre classes.

* * * * *

La nature ne connaît pas l’égalité. Elle n’a réalisé ses progrès que par des inégalités croissantes.

* * * * *

Loin de tendre à l’égalisation des hommes, la civilisation les différencie chaque jour davantage.

* * * * *

En lui attribuant des pouvoirs imaginaires, la démocratie a fini par faire de la science un faux dieu.

III

LES ILLUSIONS SOCIALISTES

Le socialisme, forme ultime du principe d’égalité, est un état mental bien plus qu’une doctrine.

* * * * *

Démocratie et socialisme sont, malgré les apparences, séparés par de profonds abîmes.

* * * * *

Le socialisme qui prêche le nivellement des conditions, est en opposition évidente avec la démocratie des intellectuels, qui prétend faire triompher les plus capables.

* * * * *

L’imprécision des doctrines socialistes est un élément de leur succès. Il importe pour un dogme de ne se préciser qu’après avoir triomphé.

* * * * *

Les progrès du socialisme tiennent surtout à ce qu’il est une forme de l’Étatisme, idéal de tous les partis politiques en France.

* * * * *

La dureté de certains capitalistes et la faiblesse de leur moralité, créent beaucoup d’adeptes au socialisme.

* * * * *

Quand l’État prétend trop protéger les citoyens, ils perdent l’habitude de se protéger eux-mêmes et par conséquent toute initiative.

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Les croyances n’impliquant pas de désillusions, placent leur paradis dans des régions inaccessibles. La faiblesse du socialisme est de situer le sien ici-bas.

* * * * *

Le bonheur mesquin, l’égalité dans la servitude, que promet le socialisme, n’est pas un idéal assez fort pour passionner longtemps les peuples.

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Par le seul fait de leurs progrès, les civilisations modernes créent une masse croissante d’inadaptés toujours prêts à lutter contre elles. Ils forment la majorité des socialistes.

* * * * *

La richesse, édifiée jadis sur l’immobilisation du capital, dépend aujourd’hui de la rapidité de sa circulation, et par conséquent de l’intelligence qui le manie.

* * * * *

Le socialisme serait un asservissement universel. Le syndicalisme serait aussi un asservissement, mais, limité aux intérêts de chaque groupement professionnel, il permettrait à l’individu de se défendre contre le despotisme de l’État.

* * * * *

La plupart des progrès de l’esprit humain sont dus à certains facteurs: initiatives individuelles, risques, concurrence, etc., que le socialisme voudrait détruire.

* * * * *

Substituer l’initiative et la responsabilité collectives, à l’initiative et à la responsabilité individuelles, c’est faire descendre l’homme très bas sur l’échelle des valeurs humaines.

* * * * *

Certains groupements sociaux représentent une absorption de l’âme individuelle dans l’âme collective, et par conséquent un retour à des phases inférieures d’évolution.

* * * * *

C’est en s’évadant de l’égalité des premiers âges, à laquelle le socialisme veut nous ramener, que l’homme put s’élever de la sauvagerie à la civilisation.

IV

LE PACIFISME ET LA GUERRE

Vivre c’est lutter. La lutte est une loi universelle. Des êtres non combatifs n’auraient réalisé aucun progrès.

* * * * *

Si la nature n’avait pas été impitoyable pour les faibles, le monde serait peuplé de monstres, et aucune civilisation n’aurait pu éclore.

* * * * *

Les peuples possédant beaucoup de canons ont seuls le droit et le pouvoir d’être pacifistes.

* * * * *

Une minutieuse préparation, une foi forte, une haine de l’ennemi très vive, seront toujours les grands éléments du succès des batailles.

* * * * *

Reculer devant l’effort qu’on croit inutile, est renoncer d’avance à tout succès.

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Une armée, composée d’individus qui discutent, serait facilement vaincue par une armée de barbares, incapables de raisonnement, mais prêts à obéir sans discussion.

* * * * *

Craindre d’être vaincu augmente les chances de l’être. Persuader une armée de sa supériorité, double son courage et ses chances de victoire.

* * * * *

Le courage individuel est beaucoup plus rare que le courage collectif.

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Les amitiés entre individus peuvent n’avoir que la sympathie pour mobile. Les alliances entre collectivités ont uniquement des intérêts matériels pour bases, et s’évanouissent quand ces intérêts disparaissent.

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Les intérêts économiques des peuples leur font souhaiter la paix, mais les divergences de sentiments et de croyances, les poussent toujours à la guerre.

* * * * *

Un peuple, vraiment pacifiste, disparaîtrait vite de l’histoire.

V

LES RÉVOLUTIONS

Les seules révolutions durables sont celles de la pensée.

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Les révolutions scientifiques dérivent uniquement d’éléments rationnels, les révolutions politiques et religieuses d’éléments affectifs, mystiques et collectifs.

* * * * *

Les révolutions scientifiques transforment beaucoup plus profondément la vie sociale que les révolutions politiques.

* * * * *

Souvent rationnelle à ses débuts, une révolution politique ne se propage que par des influences affectives, collectives et mystiques étrangères à toute raison.

* * * * *

Les révolutions, comme les guerres, représentent l’extériorisation de conflits entre forces psychologiques.

* * * * *

Une révolution ne constitue pas toujours un phénomène qui finit suivi d’un autre qui commence, mais un phénomène continu ayant accéléré son évolution.

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Un peuple trop conservateur est fatalement voué aux révolutions violentes. Incapable d’évoluer, il est obligé de se transformer brusquement.

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L’être vraiment malheureux est celui à qui on persuade que son état est misérable. Ainsi procèdent les meneurs pour faire les révolutions.

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Les meneurs des révolutions se croient toujours guidés par la raison. Ils obéissent en réalité à des forces affectives, mystiques et collectives qu’ils ne soupçonnent pas.

* * * * *

La contagion mentale est le plus puissant facteur de propagation d’un mouvement révolutionnaire.

* * * * *

La multitude est l’aboutissant d’une révolution, mais n’en constitue pas le point de départ.

* * * * *

Idées, meneurs, armée et foule sont les éléments fondamentaux des révolutions.

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Toute révolution populaire qui réussit est un retour momentané à la barbarie. Elle constitue le triomphe de l’instinctif sur le rationnel, le rejet des contraintes sociales qui différencient le civilisé du barbare.

* * * * *

Les révolutions ne sauraient détruire une structure mentale édifiée par un long passé. Elles ne changent guère que des façades.

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Les révolutions n’ont généralement pour résultat immédiat, qu’un déplacement de servitude.

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Les grandes réformes sociales ne sont pas l’œuvre des révolutions. Elles s’opèrent, comme les bouleversements géologiques, par une lente accumulation de petites causes.

* * * * *

La majorité des hommes demande à être dirigée et non à se révolter.

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Rarement un peuple comprend quelque chose aux révolutions accomplies avec son concours.

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Quand un peuple finit par comprendre pourquoi il a subi une révolution, elle est généralement terminée depuis longtemps.

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Un monarque se renverse facilement, mais les principes qu’il représentait survivent à sa chute. La plupart des révolutions sont suivies de restaurations.

* * * * *

Dès que l’armée d’un pays commence à se désagréger, une révolution est proche. La royauté périt en France, le jour où des troupes indisciplinées refusèrent de défendre leur roi.

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Chez certains hommes, l’esprit révolutionnaire est un état mental, indépendant de l’objet sur lequel il s’exerce. Aucune concession ne pourrait donc l’apaiser.

* * * * *

Les révolutions qui commencent, résultent le plus souvent de croyances qui finissent.

VI

LES GOUVERNEMENTS POPULAIRES

Ce qu’on appelle gouvernement populaire est, en réalité, une petite oligarchie de meneurs.

* * * * *

La grande illusion des politiciens est de considérer le peuple comme une sorte de divinité infaillible, n’ayant pas à rendre compte de ses actes.

* * * * *

Se guider d’après des opinions fausses, mais populaires, est une condition d’existence de tous les gouvernements démocratiques.

* * * * *

La surenchère, l’humanitarisme et la peur, furent toujours les grands facteurs de conduite des gouvernements démocratiques.

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Un gouvernement populaire est dominé par trop de passions pour rester équitable et tolérant. Il ne se maintient qu’en devenant de plus en plus despotique.

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Limité par la crainte des responsabilités, le despotisme individuel est moins oppressif qu’un despotisme collectif, toujours irresponsable.

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Une tyrannie individuelle se renverse aisément. Contre une tyrannie collective les opprimés sont sans force.

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Ce qu’on déteste dans une tyrannie, n’est pas toujours la tyrannie elle-même, mais les individus qui l’exercent.

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Les tyrannies les plus dures sont facilement acceptées dès qu’elles deviennent anonymes.

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Pas de gouvernement populaire possible sans prépondérance de la mentalité jacobine.

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Esprit borné, passions fortes, mysticisme intense, incapacité à raisonner juste, sont les principales composantes de l’âme jacobine.

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Le jacobin n’est pas un rationaliste, mais un croyant. Loin d’édifier sa croyance sur la raison, il tâche de mouler la raison sur sa croyance.

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Au point de vue politique, certains peuples se divisent en jacobins, qui ne comprennent rien aux influences du passé, et en conservateurs, qui n’aperçoivent pas les nécessités du présent.

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Une politique de groupe est toujours d’ordre inférieur. Les gouvernements populaires ne peuvent en avoir d’autre.

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Si les nécessités économiques ne réfrénaient pas les volontés passionnelles des gouvernements populaires, ils se détruiraient par leurs propres mains.

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La première phase d’évolution d’une démocratie triomphante est de détruire les anciennes aristocraties, la seconde d’en créer de nouvelles.

* * * * *

Les crimes des rois sont peu de chose auprès des crimes des peuples.

* * * * *

L’État moderne a hérité aux yeux des multitudes de la puissance mystique attribuée aux rois, lorsqu’ils incarnaient la volonté divine.

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Dans les gouvernements populaires, le fantôme de la peur joue un rôle prépondérant. La peur de l’armée, de l’Église, des ouvriers, des fonctionnaires, a dicté depuis vingt ans, la plupart de nos lois.

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Dans un gouvernement démocratique dont les ministres changent rapidement, le pouvoir réel appartient aux administrations. Chaque ministre croit les gouverner, il est en réalité gouverné par elles.

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Plus un gouvernement s’affaiblit, plus le pouvoir de la caste administrative grandit.

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Un peuple tombe vite dans l’anarchie, lorsque la souveraineté passe de la loi à la multitude.

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L’instabilité des gouvernements populaires limite seule leur tyrannie. Les partis en lutte se succédant rapidement au pouvoir, le despotisme de chacun est forcément éphémère.

* * * * *

Quand les démocraties ne se transforment pas en dictatures militaires, elles finissent par la ploutocratie, forme très oppressive du despotisme.

* * * * *

Le vrai régime politique d’un peuple n’est révélé, ni par sa constitution, ni par ses lois. Il se découvre seulement en recherchant l’étendue respective du rôle de l’État et des citoyens, dans les affaires publiques et privées.

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Les gouvernements démocratiques considèrent la fermeture des églises comme moins nuisible que celle des cabarets. Ils découvriront sûrement un jour, que la fermeture des églises est plus dangereuse.

* * * * *

Un peuple qui réclame sans cesse l’égalité est bien près d’accepter la servitude.

VII

LA PSYCHOLOGIE POLITIQUE

Les problèmes politiques modernes peuvent se comparer à ceux du sphinx de la légende antique. Il faut les résoudre ou être dévoré.

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Sans la connaissance de la psychologie des races, des peuples, des individus et des foules, la politique ne saurait être comprise.

* * * * *

Une société est un agrégat de forces contraires, qu’il faut maintenir en équilibre. Avec la rupture de cet équilibre, l’anarchie commence.

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Toute la politique se ramène à ces deux règles, savoir et prévoir.

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Un gouvernement n’est pas le créateur d’une époque, mais sa création.

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Atomes physiques, cellules vivantes, unités humaines, restent une vaine poussière, tant que des forces directrices ne canalisent pas leurs actions.

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La vraie puissance d’un gouvernement réside moins dans sa force, que dans la soumission volontaire de ceux qui lui obéissent.

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La tyrannie individuelle et la tyrannie collective sont les seules formes de gouvernement découvertes, depuis l’origine de l’histoire. La seconde fut toujours la plus dure.

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Les incidences des mesures politiques ne pouvant se prévoir, la manie des grandes réformes est fort dangereuse pour un peuple.

* * * * *

Un événement politique ne germe pas spontanément. Il est l’épanouissement de toute une série de causes antérieures.

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Juger un événement inévitable, c’est en faire une fatalité.

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En politique comme dans la vie, le succès appartient généralement aux convaincus et rarement aux sceptiques.

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Dès qu’une classe n’est plus sûre de ses droits, noblesse autrefois, bourgeoisie de nos jours, elle les perd bientôt.

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Dans la vie politique, comme dans la vie individuelle, les préoccupations formulées sont beaucoup moins importantes que celles qui ne se formulent pas.

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Déplacer une tyrannie n’est pas créer une liberté.

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Le danger de l’autocratie ne réside pas dans l’autocrate, mais dans les milliers d’individus se partageant son pouvoir et l’exerçant chacun comme un petit despote.

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La confusion des pouvoirs suit toujours la confusion des esprits.

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De même que les croyances religieuses, les idées politiques ne doivent pas être jugées d’après leur valeur rationnelle, mais d’après l’action qu’elles exercent.

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Beaucoup d’erreurs politiques dérivent d’idées théoriquement rationnelles.

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En politique, il est moins dangereux de manquer d’idées directrices que d’en avoir de fausses.

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Les gouvernements périssent beaucoup plus par leurs fautes, que par les attaques de leurs ennemis.

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Le despotisme des vivants serait parfois sans limite, s’il n’était contenu par le despotisme des morts.

VIII

L’ART DE GOUVERNER

Il n’y a pas de société possible sans principe d’autorité, de même qu’il n’y a pas de fleuve sans rives pour l’endiguer.

* * * * *

Le plus sûr moyen de détruire le principe d’autorité est de parler à chacun de ses droits et jamais de ses devoirs. Tous les hommes sont prêts à exercer les premiers, très peu se préoccupent des seconds.

* * * * *

On ne gouverne pas un peuple en tenant compte seulement de ses besoins matériels, mais aussi de ses rêves.

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Les puissances morales ne se combattent ni avec des lois, ni avec des armées.

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Pour manier les hommes, il ne faut pas oublier, que leur moi affectif et leur moi intellectuel, n’ont pas d’évolution parallèle et ne s’influencent guère.

* * * * *

Utiliser les impulsions affectives et mystiques des peuples comme moyen d’action en tâchant de leur donner une orientation rationnelle, est un des secrets de l’art de gouverner.

* * * * *

Une idée nouvelle a besoin d’appuis pour se faire accepter. Devenue forte, elle sert d’appui.

* * * * *

On ne doit jamais partager les passions des hommes qu’on dirige, mais il faut les connaître.

* * * * *

Impossible de gouverner un peuple si l’on oublie que des croyances, jugées absurdes par la raison, sont parfois plus puissantes que des vérités démontrées.

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Il est fort dangereux d’avoir la foi pour ennemie. Un gouvernement qui persécute une croyance religieuse s’expose à périr par cette croyance.

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En ne se plaçant même qu’au point de vue de l’utilité pure, un gouvernement doit éviter les persécutions. Elles sont toujours plus utiles aux doctrines persécutées, qu’à leurs persécuteurs.

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Le rôle du savant est de détruire les chimères, celui de l’homme d’État de s’en servir.

* * * * *

Quand un gouvernement demande à suivre l’opinion au lieu de l’orienter, il cesse d’être le maître.

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Un pouvoir discuté n’est bientôt plus un pouvoir respecté.

* * * * *

Une responsabilité morcelée devient vite de l’irresponsabilité.

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Gouverner exclusivement au profit d’une classe, c’est accroître indéfiniment les exigences de cette classe, et se condamner à l’avoir bientôt pour ennemie.

* * * * *

Un des éléments de l’art de gouverner consiste à conquérir les meneurs des majorités, ou à leur en opposer d’autres.

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Les meneurs ne se combattent qu’avec des meneurs.

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On peut désagréger facilement l’âme transitoire d’une foule, on demeure impuissant contre l’âme permanente d’une race.

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Temporiser pour avoir le temps de se préparer, comme le conseillait Machiavel, est très sage. Temporiser, pour laisser au hasard le soin d’arranger les événements, est fort dangereux.

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Le mécontentement fut toujours générateur d’effort, l’homme trop content de son sort ne poursuit aucun progrès.

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Un gouvernement doit élever des barrières morales avant qu’elle soient indispensables. Au moment où elles le deviennent, il est trop tard pour les construire.

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Dès qu’on entrevoit la nécessité de céder, il ne faut pas attendre le moment où il sera impossible de ne pas céder.

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L’humanitarisme et la peur font partie des facteurs de dissociation des peuples. Ces sentiments sont sans excuse pour qui prétend gouverner.

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Céder toujours aux menaces et aux violences, c’est faire naître dans l’âme populaire l’idée qu’il suffit de menacer, et au besoin de saccager, pour être obéi.

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Les concessions n’empêchent pas les batailles devenues nécessaires. Elles les rendent plus coûteuses et plus dures.

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Une répression énergique momentanée est beaucoup plus efficace qu’une répression faible et continue.

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La terreur n’est un procédé psychologique utile, qu’à la condition de ne pas durer.

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Un gouvernement qui pactise sans cesse avec l’émeute périt par l’émeute.

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Quand on ne peut pas gouverner un peuple avec des idées vraies, il faut se résigner à le gouverner avec des idées tenues pour vraies.

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Les grands courants sociaux ne se remontent pas. La sagesse consiste à les dévier lentement.

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L’homme supérieur sait utiliser la fatalité, comme le marin utilise le vent, quelle que soit sa direction.

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Chaque événement visible a derrière lui des forces invisibles qui le déterminent. Qui ne sait les découvrir ignore l’art de gouverner.

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Une politique, ne tenant compte que de l’heure présente, est toujours d’ordre inférieur.

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Le bon sens et le caractère sont souvent plus utiles que le génie à un homme d’Etat.

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Une société ne dure pas sans pensées fixes, l’individu ne progresse pas sans pensées mobiles.

* * * * *

L’avenir étant toujours chargé de passé, pour prévoir, c’est-à-dire voir en avant, il faut d’abord regarder en arrière.

* * * * *

Prévoir est utile, prévenir l’est davantage. Prévoir, élimine les surprises de l’avenir. Prévenir, empêche leur action.

* * * * *

Un homme d’État sans prévoyance est un créateur de fatalités désastreuses.

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