part il
fait .ii. choses/ premierement il impreuve les oppinions de ceulx qui mirent une cause materielle & .ii.ement de ceulx qui en mirent plusieurs/ ancore au premier il fait .ii. choses premierement il impreuve les oppinions ja dictes en general & .ii.ement en especial/ Il les impreuve en general par .iii. raisons dont la premiere est telle Car comme les choses non seulement aucunes soient corps/ mais aussi qu’aucunes soient non corps comme il est apparu en son livre de l’ame que yceulx anciens n’ayent mis fors seulement principes corporeulx/ La quelle chose appert/ Car ilz mettoient un/ c’est assavoir le monde estre une seule substance et une seule nature/ Sicomme la matere la quelle corporee ilz metoient recevant mesure c’est a dire division/ Et toute foiz corps ne puisse estre cause de chose incorporee/ il appert que en ce ilz ont failli qu’insouffisamment ilz ont assignez les principes des choses/ Et non pas seulement en ce ilz ont failli/ mais en autres choses plusieurs comme plus a plain apres il declare. La .ii.e raison est tele/ que quiconques a neccessairement a determiner de mouvement/ Il fault que il mette aucune cause de mouvement dont comme les diz philosophes ayent neccessairement a traictier de mouvement La quelle chose si appert doublement c’est assavoir/ car ilz s’efforçoient a deviser la cause de generacion et de corrupcion/ les quelles ne sont sanz mouvement Tant aussi Car de toutes choses naturellement ilz vouloient traicter/ Et toutefoiz toute naturelle consideracion enquiert de mouvement pour ce que nature est principe de mouvement et de repos comme il appert ou .ii.e de phisiques/ il s’ensuit que ilz devroient traictier de la cause qui est le principe de mouvement/ Et ainsi comme ilz ostassent ou oubliassent ycelle appert que ilz failloient La .iii.e raison Car comme une chacune chose naturelle ait substance et essence/ C’est a dire fourme/ Car fourme est princippe de l’estre et ce que c’est/ Donques comme ce par qui toute chose a son estre soit le principe d’elle & de sa cognoiscence/ Comme les philosophes dis/ ne meissent l’estre des choses cause et laissassent la fourme il appert que ilz failloient ycy repreuve il leur oppinion plus en especial/ & se fait doublement/ premierement quant a ceulx qui le feu estre mettoient principe/ l’une/ bien que le feu fust souffisant .ii.ement quant a ce que ilz laissoient la terre comme aucunement elle appere premiere. premierement il resume la posicion d’eulx/ Car comme ilz missent chacun des simples corps transmuer l’un en l’autre si que les uns sont engendrez des autres selon constricion ou inspissacion c’est assavoir selon tenueté ou engrossissement/ sicomme les groz des soubtilz/ Et pour ce ilz missent l’un de ces .iii. estre premier principe Car les autres sont engendrez de lui/ ou par congregacion ou disgregacion/ lesquelles guises toute foiz se different quant a priorité ou posteriorité c’est assavoir car selon une maniere ce semble premier estre de quoy autre est engendré/ par soubtiliacion/ et ceste guise il met .ii.ement Mais dit il que ce soit premier de qui autre est engendré par condempsacion ou inspissacion/ il appert dit il par ceulx qui mettoient principes les corps plus simples/ c’est a savoir les corps ayans tres menues parties/ desquieulx par condempsacion ilz disoient les choses estre faictes/ sicomme aucuns qui mettoient le feu pource que il est tres soubtil/ aussi un chacun des autres eslemens eut un philosophe qui le jugia premier/ mais pour quoy dist il ne mirent la terre estre principe/ Il ne peut estre dit que ce eust esté contre l’oppinion commune/ Car oppinion divulguee fu la terre substance de toutes choses estre/ Et mesmement exeodus qui fu l’un des poetes theologisans l’affermoit disant la terre estre premiere faite par quoy comme il appere que la terre estre principe fu l’oppinion des theologisans poetes qui precederent les naturiens philosophes/ seulement les naturiens escheverent a la mettre principe pour la groissesse de ses parties Et pour ce comme ilz veissent que l’air eust plus grosses parties que le feu et l’eaue que l’air/ et ilz ne veissent rien si soubtil que feu/ Il s’ensuit dit il que en ensuivant ce principe de condempsacion nulz ne dirent si bien que ceulx qui mirent feu principe/ Car comme pour cause de soubtilleté aucune chose puit estre appellé premiere/ il est neccessité que celle soit principe qui est tres soubtille sur toutes/ Toute foiz s’il estoit vray qu’ilz dient s’ensuivroit il grant inconvenient/ C’est assavoir s’il n’estoit riens que feu il s’ensuivroit s’aucun disoit que air fust plus groz que feu/ ou plus soubtil que eaue que ilz mesprendroient.
Ancore des oppinions des philosophes.
Mais certes ycy met il l’autre raison par la quelle au rebours il appert que la terre soit tres proprement principe/ car comme ce soit chose evident que ce qui est derrenier en generacion est premier en nature/ pource que nature a la fin de generacion tent a ce qui est premier en son entencion/ mais tant que une chose est plus deprise plus espesse et aussi plus composte/ Tant est elle plus derreniere en generacion/ pour ce que en voye de generacion on precede de plus simples choses aux composees sicomme des elemens on va aux miscions/ et les mixtions aux humeurs et des humeurs aux membres/ tant que finablement on vient a homme qui est le plus compost Semblablement doncques comme ce qui est le plus espeus appert estre en generacion derrenier/ et par consequant principe de nature/ il appert que ceste conclusion soit contraire a celle de devant/ Car ainsi la terre qui est plus espesse et plus disperse sera premiere d’eaue et l’eaue que l’air/ et l’air que le feu/ Si est pour ce a savoir que il y a difference entre querir ce qui est premier & a parler simplement/ Car s’on enquiert de premier simplement n’est pas doubte que premier est parfaict/ de imparfaict et faict que n’est poissance/ Car nulle chose n’est ramenee d’imparfaict a parfaict/ ou de poissance en fait/ se non par aucun ens parfaict/ c’est a dire par aucune chose estant de fait parfaicte Et c’est cy a savoir que je appelle poissance en tant que je la distingue contre fait/ La poissance de quelconques effait le quel n’est c’est a dire de quelconque chose produisible et menable en aucune nature soit bonne ou mauvaise/ ycelle nature non estre ore/ mais povoir estre/ Et pource la nomme l’en poissance de povoir estre ou non/ mais quant elle est/ elle est nommee fait a difference de povoir estre/ Et parce il appert que fait est le plus noble/ Dont pource se nous parlons de la perfeccion de dieu/ dieu si est tres parfaict/ et donques tres premier/ Car en son essence nulle possibilité ne fu ainçois que fait/ mais ces particulieres choses qui precedent en leur estre de poissance en effait/ la poissance en ycelles quant temps si precede le fait et ainsi l’imparfaict le parfait combien toutefois que a nature le fait soit le premier c’est asavoir quant en son entencion et maniere d’elles savoir produire/ Tout ainsi que il appert d’un messagier qui va en aucun lieu Combien que le lieu ou il va quant au labour et a son entencion il atteigne de y venir/ Toutefoiz estoit il le premier quant a son entencion/ car autrement ne se fust il pas meu/ Et sicomme au lieu quant il ataint on pourroit dire qu’il y estoit deffaict. aussi ainçois qu’il atteignist s’entencion povoit estre appellé poissance/ Et ainsi il appert que fait se non en temps/ toute foiz quant a nature ou a entencion est premier que poissance/ il est du tout manifeste que ainsi le premier principe de toutes choses il fault estre tres simple pour ce que toutes choses sont composees des simples & non e converso donques il estoit neccessaire aux anciens naturiens que l’un et l’autre ilz attribuassent au principe premier/ c’est a savoir au principe du monde qu’ilz attribuassent avec souveraine simplicité souveraine perfeccion Mais comme ces .ii. ne puissent estre atribuez a aucun principe corporel Car es generacions & es corrupcions les tres simples choses sont les plus imparfaictes pour ce leur sembloit estoient ilz contraires mettre division es principes.
Cesse a parler des oppinions.
Plus te diroie assez quelle je fus es anciens philosophes en divers cas/ et mesmement en cestui dessus dit plus largement/ & aussi des solucions du vray distingueur et sage determineur Aristote Et qui plus de ce vouldra savoir quiere le philosophe en sa methaphisique Mais comme la matiere soit obscure de ce/ a tant souffise/ Et ainsi comme en une riche mercerie ou tresor/ sont avec perles diverses pierres precieuses de plusieurs vertus couleurs et pris/ les quelles au goust et plaisances de divers barguigneurs sont requises/ Soient ycestes choses ou tresor de ton volume reservees aux hommes scienceux de soubtil entendement/ Et passent oultre les moins expers aux choses plus legieres et communes Et tres ore soit changié l’ordre de nostre rethorique en plus vulgare et elegant parleure en retournant a nostre premiere arrenge te soient assés souffisantes les preuves des choses devant dictes/ me tenant quitte de promesse a toy par moy faite/ C’est a savoir de te clairer les termes de ma poissance manifestes mesmement es hommes plus sages & de plus soubtilz engins.
De l’ombre la poissance que elle a.
Or t’ay je assez prouvé par ce que devant est dit comment je suis cause premiere des oeuvres humaines & que se precedent ne fusse aucune oeuvre n’aroit effect es humains/ pource te vueil reprendre en aucune partie de tes dis/ en ton livre intitulé de la mutacion de fortune le quel compilas par grant labour & estude/ Car combien que par moy t’en venist l’invencion trop faillis sauve ta grace/ Lors que tu tant octorisas la poissance de dame fortune que tu la dis estre toute ordenaresse des fais qui cueurent entre les hommes/ Et ma poissance souveraine sur toutes influences refleccibles es oeuvres communes qui precelle toutes autres/ tu oublias/ Si ne te soit honte offrir l’amende a moy suppellative de toy en ceste partie injuriee te rendant repentie coulpable comme mal avertie me recongnoissant suppellative sur toutes poissances relatives ça bas de dieu ordenees/ Et que ceste chose te soit magnifeste vueil que me desnoues cest argument/ Je te demande le quel est plus noble ou l’acteur qui est principe de la chose premierement mise en fourme/ ou l’euvre qui despent et vient de la poissance de l’acteur premier princippe/ Et moy a elle/ certes dame je tiens que comme dieu soit principe de toutes choses/ Et aussi comme dit aristote l’entendement est le souverain des biens/ Car a lui tous les autres obeissent le premier principe des choses je confesse le plus parfaict en accion de oeuvre comme ci devant est assez prouvé/ Et elle a moy/ bien respondis/ or t’ay vaincue par ton meismes jugement/ Car non obstant qu’entendement soit devant moy quant en concept Toute foiz suis je premiere cause de toutes choses bonnes ou mauvaises faictes ou pourchacees par pensees ou oeuvres humaines/ Et donques comme devant est dit s’il est ainsi/ ce que si/ que principe soie des speculacions et toutes choses ouvrables/ comme il appert Je conclus vraye ma preposicion que je precelle les choses ouvrees/ Et que fortune a qui tant de poissance atribuez/ n’est fors ma chamberiere mercenere comme conduisarresse des oeuvres ja par moy disposees a mettre a effaict.
¶ Mais affin que il ne semble que par mouvement de envie lui vueille soubtraire la fame de son auctorité/ te cognois estre vray qu’en disposicion de oeuvre/ fortune a poissance de conduire les fais particuliers bien ou mal selon le soufflement de son influence/ mais te souviegne que differens sont noz mouvemens/ car de rechief te dis que je euvre en esperit et fortune ne peut ouvrer fors es choses ja par moy deliberees aptes a recevoir ses influences es choses dehors et foraines mais es repostailles de la pensee es quelles je sui muciee n’a nulle poissance/ doncques tu peus cognoistre que elle est serville et villaine vers mon auctorité comme elle soit au monde sicomme superflue comme le las de l’adversaire/ Et je soie celle sans qui nulle chose n’est faite et sans qui nul fruit d’oeuvre ne pourroit l’omme conduire a perpetuelle gloire.
Encore dit de sa poissance.
Que te diroie de mes poissances n’en doubtes point que elles passent & precedent toutes les choses mondaines Et t’acertaine que par moy singulierement depuis le commencement du monde a esté est et sera gouverné tout l’univers et fondé sur moy es choses ouvrees par les hommes/ Et non obstant que grans sciences lois escriptes/ rigles de princes coustumes de terres soient en commun usage/ si te di je que precede toutes leurs poissances/ et plus puis que toutes ensemble/ et qu’il soit voir il appert par ce que non obstant ycestes coustumes ou establissemens souventes foiz/ fais errer meismes ceulx qui y sont les plus savans et les plus expers et entrer en tieulx argumens dont les conclusions sont faulces et dampnables sicomme ja est prouvé par ce qui est dit des anciens philosophes.
¶ Et pource que tu attribues en ton dit livre de la mutacion de fortune/ elle estre menarresse des antregiez des seignouries/ je te dis que de tous yces mouvemens suis le premier motif/ ne fu je celle qui tres le .ii.e aage fis a nambroth le jayant par presompcion ediffier la fort cité et tour de babiloine qui onques n’ot pareille comme ci apres sera dit/ si le fis errer tant qu’il dechut de l’atainte de sa pensee/ apres ce temps comme je fusse fort fichee ou cuer du roy de ninive par moy mettre a effaict/ ne vint il a chief de prendre la dicte fort cité de babiloine/ la quelle sa femme semiramis par moy et mon industrie moyennant son chevalereux courage fist ancores enforcir et brayer de bons fossez et bastides.
¶ Item apres ce lonc temps ne donnay je cuer a cirus de guerroyer astiagies son ayol qui a occire l’avoit commandé si me poursuivi tant que il avint a son entente de ce et de tout oryant qu’il conquesta/ et pour ce que la matiere en est belle ancore diray de sa conqueste/ Comme je donnasse cuer et hardement a Cirus de emprendre fortes choses ce meismes recite abacut en sa prophecie Il prist la dicte cité de babiloine la quelle prise fust tant merveillable que ainsi comme dit Orose & saint augustin a peine pout il lors estre creu que par vertu humaine fust conquestee ne qu’en ceste mortelle vie ediffiee et puis prise peut estre. Car si qu’il dit elle estoit en bel espace assise de toutes pars tres fort en sa disposicion façonnee en quarrure/ la haultece de ses murs estoit .l. coubdes/ et l’espesseur autant par .iiii. fois/ tous les murs estoient de pierre cuite enlaciez par cyment/ et avoit cent portes d’arain/ et environnoit .CCCC.lxxx. estades qui valent .li. milles C’est assavoir .xxv. lieues et demie françoises/ Car sicomme raconte orose Comme Cirus eust conquis auques tout orient & voulsist subjuguer babiloine la quelle lui restoit Comme a un des assaulx que il fist il perdist ou fleuve de euffrates qui cignoit la cité de ses chevaliers/ cellui que il amoit le plus/ le quel aussi surmontoit tous les autres en valeur et proece/ Il jura que cellui fleuve le quel avoit noyé si vaillant chevalier deviseroit en tant de parties que nulle part de lui ne seroit si grant que a une petite femme venist aux genoulx/ et ainsi fu car en .CCCC. & .lx. ruisseaulx par force d’ommes en l’espace des champs il devisa le fleuve/ si que le tres noble fleuve qui passoit par dedens la cité osté et subtrait de elle/ fu subjuguee/ et prise.
Encore de ce mesmes & des seignouries.
Pour briefté je laisse infinies autres choses lesquelles ay faites faire pendant ce temps & meismes celles que tu imputes a fortune/ ne vindrent de moy/ Les premieres invencions des fais que ains leur achevement vy en pensees/ non obstant que souvent les veoye autrement qu’ilz n’avenoient de tous les fais des conquereurs passez.
¶ Ne fis je apres autres aventures passees/ a croire au roy xerses qu’il conquerroit toute grece en lui ramentevant sa grant poissance/ Dont pour ce faire assembla tant de gent que mons et vaulx en estoient couvers/ Si avoye couleur de jugier pour lui la victoire/ mais comme fortune me soit souvent contraire/ par especial en fais de guerres et es choses avenir/ je confesse que elle voluntairement donna la victoire aux grieux tresbuchant cellui poissant es las de maleurté sicomme toy meismes as autres foiz apres autres aucteurs recordé en tes volumes Toute foiz non obstant que a lui fusse mençongiere et decevable fis je la premiere naiscence de celle emprise.
¶ Apres ce temps par moy et par mon amonnestement furent commenciees et continuees les grans guerres troyennes/ Ne fis je a croire a leomedon roy de la premiere troye que les gregois dessendus a son port/ quant aloient pour querir la toison d’or estoient venus pour espier sa terre et lui pourchacier dommage/ et par moy sans cause envoya congeer de sa terre jason hercules et les autres barons villainement/ pour le quel despit je me mis ferme ou cuer des dis barons et leur promis que bien s’en vengeroient comme ilz si firent apres/ car je fus simple et nice ou dit roy leomedon qui follement me crut et mal se gaita de yceulx gregois en qui je fus sage et vraye/ si que sagement menerent leur fait par l’ayde et disposicion de fortune conduisaresse de leur bon eur/ si que toute destruirent et ardirent la cité/ le roy occirent et toute la gent.
¶ Apres ne fis je a priant filz leomedon rediffier la seconde troye qui tant fu belle fort et poissant que merveilles estoit a comprendre/ par moy apres entreprist la vengence sur les grieux Si fis aler paaris en grece et ravir helayne et tout faire ce qui en fu fait/ Et par mes amonnestemens avec l’ayde ou nuisance de fortune perdoient troyens et gaignoient Je fus cause de la mort hector/ car je lui faisoie a croire que il n’avoit garde d’achiles qui sans cesser le gaittoit/ si que au derrain l’occist/ Semblablement depuis deceu je achilles tant que il cheut es las de la royne Ecuba qui a bonne cause le hayoit/ tout pour moy et par mon pourchas fu au derrain troye prise et destruite/ De la quelle fis apres partir plusieurs barons du sanc real a tout grant foison de gent qui par mer s’espandirent en diverses contrees dont eneas et sa compagnie arriva en ytale si lui fis couvoiter la fille du roy latin/ et pour celle cause emprendre guerre a turnus qui lui chalengioit Dont d’icellui eneas venu a son entente deffendirent puis les fondeurs de romme.
Dit ancore l’ombre des choses que elle a faites faire.
Depuis ensuivant n’ay je esté celle qui les successeurs de yceulx ay amonnestez d’emprendre les grandes et merveilleuses choses/ lesquelles par l’ayde de fortune a eulx propice/ tant esploitierent et par leur travail ayde et sens en lonc espace de temps que ilz conquesterent le monde Sicomme les histoires de leurs gestes/ et toy meismes apres autres en ton dit livre de mutacion de fortune le recordes/ le recitent/ si n’est besoing de plus en faire longue narracion.
¶ Aussi ne fus je celle qui au grant Alixandre tres sa jonesce donnay l’invension d’emprendre les fortes et fieres batailles en lui promettant fortune en son ayde qu’il seigneuriroit sicomme il vint puis a chief de tout le monde/ Semblablement devant et apres ensuivant de toutes conquestes et seigneuries/ et toutes estranges choses mettre a effaict des choses a l’aventure par propos deliberé/ ay esté moyen et principe/ ce ne me peus tu nyer/ se tu ancores par grosseur d’entendement ne m’ignores/ qu’en dis tu me suis je assez magnifestee/ me cognois tu/ et moy a elle/ dame dites ancore. A quoy veulx tu que plus je dye. Ne vois tu l’experience de moy manifeste meismes chacun jour ou pays ou tu demeures par les debas que je fais par mi la ville et en toutes places/ Regardes et avises quieulx descors/ mais meismement entre les princes qui sont d’un sanc et amis naturellement par les diversitez de moy qui suis contraire en eulx le fois devenir comme ennemis maintefoiz et en chacun suis si afferme contrairement en ce qui lui semble bon que l’en ne me peut desmouvoir Car chacun dit que il a droit et ainsi le veult soustenir et a discuter leurs raisons ne vois tu les assemblees qui en sont faites de plusieurs que on dit sages et a chacun pour soy de ses aderés qui different les uns des autres/ Lesquelles choses sont causes de grant inconvenient/ car en pays royaume/ empire ou cité ou je soie ou aye esté communement de plusieurs guises contraires & mal accordables/ ne fu que rebellion et grant debat commocion et bataille ne fust/ ne autrement ne peut estre Car certes la ou je ne suis d’un commun accord/ n’ara ja paix/ mais du tort ou droit d’entre lesdiz princes supperieurs je me tais/ Car de ce determiner n’est mie mon office qui tous jours suis en doubte et non certaine/ mais de ce demander couvendroit a la tres clere resplandissant poissant deesse que tu veis enclose en chartre et emprisonnee & de qui fraude s’estudie a estoupper et clorre les voyes de sa lumiere sicomme a toy meismes fu apparant et de qui les menistres quoy que leur desplaise n’osent soubz peine d’estre batus tinter ne lever l’ueil/ mais de leurs descors fois je sourdre par toutes places nouveaulx debas entre leurs ministres et aderez et par toute la ville en deviser negativement l’un contre l’autre/ et meismes a de ceulx qui ne les cognoiscent en estranges terres en qui je me fiche diversement/ Si les fais entre batre souventes foiz/ et questionner mesmes de chose qui riens ne leur touche/ Disant l’un contre l’autre Tel seigneur a droit pour tel cause et pour tele/ L’autre replique que non/ et ainsi par non a/ si a/ si fu/ non fu/ je fais gent entre occire souventes foix meismes es tavernes souvent avient adont suis je forte quant il y a vin & plus je y abonde & fais mesler gens de la chappe a l’evesque/ ou des guerres de anthioche le quel a ou droit ou tort et ou le quel est plus sage/ ou le quel ne l’est mie/ Et ainsi je demonstre es humains leur ignorence de eulz debatre de ce de quoy riens ne scevent et ne leur appartient/ O quel folie en homme de qui le sens doit gouverner raison/ se fonder sans elle sur moy & jugier par moy certainement de chose non certaine et que ilz ignorent Que t’en diroie je fois vivre les gens par moy/ c’est a entendre disposer leurs fais selon ce que je leur conseille/ Et quant ilz pevent avenir a l’ordre de vivre que je leur fois desirer/ adont sont ilz contens de la chose que ilz vouloient/ mais je suis different en eulx/ Car je fais penser et cuider a l’un que bon lui soit/ une maniere de vivre/ et certaines choses que il appete lui sont bonnes/ que a un autre ycelles meismes ne plairoient point/ mais lui plairoient toutes contraires/ Et cestes differences viennent selon les condicions et aages des gens sicomme je suis autre es jones que je ne suis es vieulx/ et meismes es .ii. aages entre eulx suis je different/ Et pour ce que ainsi je differe suis je cause des debas du monde/ et chacun me cuide avoir en soy meilleur/ je fais sembler a un homme que avoir des flourins il n’est plus de joye Je fais sembler a un autre que avoir belles dames il n’est plus de bien/ aux uns juger que science est souveraine chose/ aux autres que chevalerie est meilleur et plus noble & ainsi des autres choses/ Et pour ce ne fu onq si parfaict pas jhesuscrist comme homme qui peut bien vivre ne estre agreable a l’oppinion de tous Toute foiz te dis je bien que vivre vertueusement & bien faire si emporte le plus des voix des gens.
Ce que l’ombre disoit des arquemistes.
Comment cuides tu que je soie comme j’ay dit fort atachee es speculatis clercs & entre les autres es arquemistes qui la science cuident trouver par les termes entendre de aucuns livres obscurs de faire l’or/ merveilles est car s’il est voir que aucuns philosophes par investiguer les secrés de nature telle art trouvassent/ la quelle chose fort semble a croire/ toutevoie tant sont couvers estrangement les textes de leurs aucteurs que bonnement le sens humain ne les scet ne mais a l’aventure concevoir/ ne sentir fors telement quellement/ mais voy ci qui deçoit les ouvrans en ycelle art que ilz dient et touchent que comme il n’apartiengne que aux ignorans ruraulx soit descouvert si noble secret/ pour le bien des soubtilz l’ont voulu si mucier que des rustiques ne leur soit tolu ne fortraict/ Et ycy est la decevance/ Car chacun qui s’i fiche cuide estre du nombre des plus soubtilz & abuse en son entendement en estudiant yceulx livres lesquieulx baillent le sens de leurs termes/ a si doubles ententes que le plus cler voyant n’i voit nulle goute mais adont je me fiche en eulx et leur fais a croire que l’asemblement des metaulx sublimez diversement comment et de quoy doivent estre mistionnez de diverses matieres et nourris en feu attaindront l’art de nature et par espace de temps sera converty en or ou argent et toute voye l’un entant la maniere du composer en une guise l’autre en un autre/ et le tiennent secret les ouvreurs sans conferir ensemble de paour que ce que ilz en croyent et la maniere de leur ouvrer peust aviser un autre de trouver la voye d’i attaindre ne jamais nul ou pou n’euvre de la guise de l’autre/ et ainsi gastent le temps et perdent et font grant mise follement par vaine esperance qui par aventure en leur erreur les reconforte pour un pou de apparance ou conjecture de aucune congelacion estrange faite par diverses mistions & feu quelque matiere dure remettre ou pouldre en eaue ou autrement cuident par ce avenir au degré ou ilz tendent lesquelles choses sont toutes frivolles/ et tournent a folies et a chetivoison et toute jour et nuit font feu contemplant un fournel/ mau peus & mau vestus se paissent de vent/ & la font chasteaulx en espaigne pensant comment il seront aise quant l’or saront faire/ et quieulx despens ilz menront/ Et que cuides tu que de tieulx arquemistes sourdent aucune fois de grans trompeurs qui cabusent les seigneurs & leur font a croire que se ilz eussent quelque mise n’est mie doubte que ilz ont ja ataint un grant secret si en tireront grant prouffit/ et ainsi par quelque apparance de verité soubtille en ycelle art monstrent signe de aucune chose voir semblable/ et au derrain tout tourne a neant comme tu as veu meismes en ton aage avenir de plusieurs de quoy il estoit grant renom/ et maintes gens foy y adjoustoient Sicomme d’un en alemaigne que on nommoit maistre bernard qui tant se faisoit renommer par l’estat que il tenoit/ et meismes a ton pere envoya il lettres/ et tant fist que trop de gens foy y adjoustoient/ et aloient de toutes pars clercs devers lui/ et toutevoye au derrain fu trouvé que tout estoit neant et tromperie/ et de autres plusieurs que tu as veus que au derrain on faisoit mourir par leurs dessertes par cabusemens faire a seigneurs/ Et avient aucune foiz que je me fiche si en eulx par la speculacion que ilz y ont trop ententive/ je les fois devenir tous fantastiques & si astras que ilz sont comme inconversables.
¶ La bonne galle est quant de aucuns folz non lettrez s’i boutent qui mieulx cuident entendre et exposer les textes des aucteurs que les plus savans & les lisent et ymaginent dessus/ et dieux scet les bonnes fantasies/ que ilz y ont sicomme un orfevre qui volt devenir arquemiste/ mais il le fu au contraire de la ou il tendoit Car or cuidoit faire et le deffist/ comme il fust riches homs et povre devint/ cellui estudiant un chapitre entendi que mercure c’est a savoir un metal que ainsi ilz nomment estoit la matiere ouvrable de la science Et comme il passast oultre tousjours lisant de rechief entendi que la cause de la perfeccion de l’oeuvre estoit matere reputee ville/ Et que on trouvoit sur le fiens gittee sicomme chose desprisee Adont comme cestui fust fort ententif a bien speculer ceste chose que ce povoit estre Au derrain determina en soy que vrayement par ce que dit estoit/ c’est a savoir mercure que comme les aucteurs eussent baillez leurs termes obscurs/ on devoit retourner le mot/ c’est a savoir cure ton marc que il entendi par la fiente de l’omme que l’en devoit curer/ et ancore plus de ce/ le certiffia que il trouvoit que sus les fiens comme chose ville estoit trouvee/ si s’arresta sus ces poins/ et commença a ouvrer en sa fiente en la faisant secher au feu et faire pouldre et la fin en fu que il puoit comme charongne/ & chacun le fuioit et se moquoit on de lui qui cuidoit faire de fiante or/ et aloit sus les fiens a grant diligence les querir/ un autre estoit qui cuidoit de savates faire or/ et aloit sus les fiens a grant diligence les querir puis les bruloit/ et tant ouvra que les voisins qui empulantis en furent le chacierent.
¶ De tieulx folz est il assez ouvrans en celle science a qui n’en remaint ne mais parte de temps & povreté/ Et qu’il ne soit mie dit selon le proverbe commun que les sciences n’ont plus fors ennemis que ceulx qui les ignorent/ que elle soit vraye ou non je ne te acertaine mie/ Toutevoie je te dis sans prejudice que la difficulté d’elle par vehementes raisons que comme les oeuvres de nature soient impossibles a ataindre sophistiquement donroit cause a plusieurs des plus avisez de non y perdre temps et mise par folle occupacion/ en esperance vaine y adjoustant grant foy.
Des nobles que l’ombre dit que elle deçoit.
Des nobles qui suivent les armes sont ilz point que tu cuides par moy deceus/ certes si sont souvente foiz plusieurs y a Car je les fais abuser du fait des armes par ce que ilz n’en scevent ou ne veulent savoir les propres termes lesquieulx sont tieulx. Il ne loit point a nul s’armer pour aler en bataille ne se combatre fors pour certaines causes C’est a savoir pour la loy de dieu contre les mescreans ou herites contraires a la foy/ Item pour deffendre l’eglise/ son prince/ son pays/ sa terre/ le bien publique/ le droit des ignocens/ & ses propres choses/ & autrement n’est loy qui le permette ne n’est bataille juste & sans dampnacion. Or y prens garde se de tous ceulx qui s’arment sont droiturierement ses poins gardez/ et se nulz y vont sus mauvaises querelles.
¶ Bataille que tu le saches justement faite est premise de droit divin & du droit des gens qui n’est autre chose meismes ce dit la loy/ que entencion de remettre a droit par force d’armes chose par autruy deraisonnablement contendue/ Si ne regarde de sa nature ne mes retourner droit a droit & faire convertir guerre a paix/ ne les maulx que fais y sont/ de la nature de bataille ne sont mie ains par mauvais usage acoustumé en guerre sont fais/ & que batailles en justes causes soient de dieu premises appert en plusieurs lieux de l’escripture/ sicomme il ordena a un homme nommé jhesus comment sa bataille establiroit/ et que une embuche feist pour surprendre ses ennemis/ Et de ce dient voz docteurs que dieux est vainqueur et ordeneur des batailles comme par plusieurs fois est apparu.
¶ Mais ceulx a qui je fais faire armes perilleuses & sanz raison/ et leur donne a croire que grant honneur leur sera pour l’amour de leurs dames sans visiere ou un bras nu/ ou descouvert d’aucun de leur harnois/ ou en aucun autre peril emprendre fait contre un autre a qui n’ont nul contens je les deçois/ et pareillement ceulx qui tieulx armes leur aceptent/ et a eulx se coupplent.
Ce que l’ombre disoit des gens d’armes.
Et ceulx qui donnent gage pour a oultrance en champ de bataille combatre sus aucune querelle soit droit ou tort/ je te promet en ce cas sont par moi deceus/ car vers dieu mesprennent & pechent grandement/ et te diray comment/ combatre en champ est contre droit divin qui est de dieu et de sainte escripture contre le droit des gens Le civil/ le decret/ et contre droit canon et cellui qui l’acepte/ pareillement peche La cause est que a dieu miracle ne chose contre nature on ne doit demander/ comme telle chose faire soit une maniere de tempter dieu esperant il aydera au droit/ Si ne doit/ Si ne doit estre quise de la voulenté de dieu experience/ Et que ceste espreuve soit faulse/ on a veu maintefoiz que cellui qui droit avoit estoit vaincus/ sicomme une decretale raconte de .ii. freres qui furent restez d’un crime & comme ilz fussent de celle cause vaincus en champ tout ne fussent ilz mie coulpables & apres la verité fu sceue par la confession meismes de ceulx qui le delit commis avoyent/ et pareillement de plusieurs a esté prouvé la loy deffendi que teles preuves non droitturieres plus ne fussent en usage/ Item juges sont establis pour cognoistre des causes et faire droit/ Et est loy ordenee que nul de sa propre cause ne soit juge/ Et cellui le veult estre qui prouver veult son fait par soy meismes et par sa victoire qui est soubz la distribucion de fortune/ et a l’aventure Item le droit canon commande que au pape l’en obeisse/ le quel soubz peine d’escommenie deffent comme chose reprouvee contre droit de justice/ que tele espreuve ne soit faicte Et tu me diras donques comment seront punis les mau faicteurs secrés Je te respons que dieu pour lui s’est reservee la punicion/ et dit un decret que se en ce monde tous maulx pugnis estoient/ le jugement de dieu dont point de lieu n’aroit/ et cellui presomptueusement le se veult attribuer qui la victoire de la vengence s’en veult donner.
¶ Et comment est uns homs si folz qui plain de vices et de pechiez se sent/ poson que il ait bonne querelle en aucun cas/ que il cuide que a lui pecheur dieu face miracle de la chose muciee que il quiert/ mais se il estoit sage paour devroit avoir de la pugnicion de dieu en sa juste cause/ Comme souvent aviengne & soit avenu que dieu a dissimulee vengence du pecheur ou cas ou desservi l’avoit/ et puis le pugni en chose dont estoit ignocent.
La fin de l’oroison de l’ombre.
Que dis tu souffist il t’ay je assez compté du fait de mes poissances desquelles ne pourroyes en ta vie comme autre foiz t’ay dit tous les exemples ouyr tant en y a et si divers sont/ Scez tu ancore qui je suis/ Et moy a elle dame congnoistre vous cuidasse/ mais les raisons contradictoires que me narrez/ vaciler me font en vostre cognoissance/ car se bien l’ay entendu/ tres au premier me dites que la ou verité est attainte/ ne povez arrester/ et toutevoye bien sçay et suis certaine que en maint cas m’avez pure verité ycy endroit clariffiee. Si ne sçay entendre comment ce peut estre que chose doubteuse tesmoing puisse estre de verité pure Et elle a moy fille envers le sens de ton entendement & escoutez et nottez/ Car je te promet que quoy que autrefoiz en divers cas te fusse menterresse en cestui cy t’ay je dit voir/ se bien l’entens & ne m’i contredis/ S’il te recorde de ce qu’ay dit/ c’est assavoir que cause suis moyennant estude & entendement de faire attaindre les choses vrayes/ mais bien est vray que aussitost que attaintes sont je me depars en cellui cas ne plus n’y arreste Et qu’il soit voir ainsi l’as esprouvé/ car non obstant que ces choses t’aye dictes non pas moy les t’ay certefiees mes les ses par le moyen d’estude qui raporté l’a a ton entendement/ le quel par raison est certain que ainsi soit/ pource en ces cas de toy me partiray et en lieu te remaindra certaineté/ Et par plus groz exemple ne te souvient il de moy et de ma cognoissance par les divers cas que je t’ay fait mettre en termes & faire plusieurs lectures.
¶ Ne fus je celle qui mist le debat entre les clercs disciples de maistre jehan de meun comme il s’i appellent/ Et toy sur la compillacion du rommant de la rose du quel entre vous contradictoirement escripsistes l’un a l’autre chacune partie soustenant ses raisons/ sicomme il appert par le livret qui en fu fait.
Responce de christine a l’ombre.
Adont comme mon entendement se apperceust par clere cognoissance qui estoit celle qui tant araisonnee m’avoit je dis ainsi.
¶ Ha dame oppinion poissant et forte voirement vous doy je mon bien cognoistre/ car tres m’enfance oz je vostre accointance/ Et certainement je cognois et confesse vostre auctorité estre de grant vigueur et poissance/ et quoy que vous soiez blasmee souventes foiz/ qui bien de vous use ne peut errer/ et mal/ pour cellui en qui vous n’estes saine/ mais puis que il vous a pleu de vostre grace tant m’onorer que a moy si clere evidemment vous estes magnifestee me racontant voz grans proprietez/ encore vous requier que ennuy ne vous soit de me declairier aucunes demandes Et elle a moy/ fille dis ce qu’il te plaist.
¶ Dame puis que il est ainsi que de vous vient la premiere invencion des oeuvres humaines bonnes ou malles/ rudes ou soubtilles selon la disposicion des entendemens comme dit avez/ plaise vous me certiffier se es choses par vous engendrees en moy lesquelles a mon povoir par le moyen d’estude & de tel science et entendement comme j’ay qui en mes compilacions et volumes sont declairees se en aucune chose y ay erré/ comme si sage ne soit qui aucune foiz ne erre/ Et elle a moy amie chiere soyes en paix car se ainsi estoit mieulx vouldroie tart que jamais les amender Car je te dis que non/ Tout t’ay je blasmee de ce que prerogative de honneur vols comme je ay dit devant donner a fortune et moy comme je soie princippe y oublias mais non pour tant faulte n’y a.
¶ Non obstant que par moy maint s’en debatent diversement Car les aucuns dient que clercs ou religieux les te forgent Et que de sentement de femme venir ne pourroient mais ce sont les ignorens qui ce dient/ Car ilz n’ont pas la cognoiscence des escriptures qui de tant de vaillans femmes sages et lettrees et mesmement prophetes qui ou temps passé ont esté font mencion/ Et comme nature ne soit amendrie de sa poissance/ ancore en peut estre/ les autres dient que ton stile est trop obscur/ et que on ne l’entent/ si n’est si delitable et ainsi diversement le fais aux uns louer & aux autres reprimer de loz/ comme chose quelconques estre a tous agreable soit impossible/ mais tant te dis que verité par le tesmoing de l’experience ne seuffre le blasme avoir effait sur le loz/ si te conseil que ton oeuvre tu continues comme elle soit juste Et ne te doubtes d’errer en moy/ Car tant que je seray en toy fondee sur loy/ raison & vray sentement tu ne mesprendras es fondacions de tes oeuvres/ es choses plus voir semblables non obstant de plusieurs les divers jugemens/ les uns par moy simplement/ les autres par envie/ Car je t’acertaine que quant elle et moy sommes ensemble adont se font les tres faulx jugemens ne il n’est si bon qui y soit espargné/ et adont suis je perilleuse quant envie me gouverne/ si faisons la personne avuglee es autruy choses et en son meismes fait qui en soy nous a si lui rongnons le cuer/ ne reposer ne la laissons/ et vouloir lui donnons de faire maint maulx qui accomplis sont aucune foiz/ & mal est gouverné cil qui chiet entre noz mains ja si bon ne sera ne si poissant.
¶ Ne veames nous jadis les portes de romme au preus julius cesar qui tant victorieux s’en retournoit/ & au dernier tant pourchaçames que il fu occis/ Assez de teles en avons faites/ ne il n’est si sage qui garder s’en sache/ Si t’ay assez narré de mes aventures et a tant souffise/ Car parce que je donne a croire a l’un que une chose est bonne et bien faite ou que elle est vraye/ & a l’autre tout le contraire/ dont sourdent bataille et maint debas/ la prolicité de mes narracions si racontees pourroit aux lisans a ennuy tourner/ Et si te prophetise que yceste lecture sera de plusieurs tesmoignee diversement les uns sur le lengage donront leur sentence en plusieurs manieres/ diront que il n’est pas bien elegant Les autres que la composicion des materes est estrange/ et ceulx qui l’entendront en diront bien/ et le temps avenir plus en sera parlé que a ton vivant/ Car tant te dis je ancore que tu es venue en mauvais temps Car les sciences ne sont pas a present en leur reputacion ains sont comme choses hors saison/ et que il soit vray/ tu en vois peu qui a celle cause soient en la maison de fortune sus haulciez.
¶ Mais apres ta mort vendra le prince plain de valour et sagece qui par la relacion de tes volumes desirera tes jours avoir esté de son temps et par grant desir souhaidera t’avoir veue Si me suis a toy descripte/ Or diffinis de moy ce que il t’en semble.
¶ Et moy a elle dame comme la descripcion de vous meismes/ m’en appreigne la diffinitive. Je dis que comme parfaictement/ ore vous cognoisce/ que vous voirement estes de ignorence fille adhesion a une partie en doubtant tous jours de l’autre/ Et de ce je m’avise ce que de vous dit aristote ou premier livre de posteres que cellui qui vous a doubté tous jours que autrement puist estre que ce que il pense/ comme vous soiés non certaine/ Et saint bernard dit aussi ou .v.e chapitre de consideracion que vous estes ambiguë et povez estre deceue/ Si dis et conclus que vous estes adhesion a une partie/ la quelle adhesion est causee de l’aparance de aucune raison prouvable soit que l’oppinant ait doubte de l’autre partie soit que non/ de vostre poissance je dis que pour l’ignorence qui est es hommes que par vous est plus le monde gouverné que par grant savoir.
Explicit la .ii.e partie du livre de l’avision christine.
Ci commence la tierce partie du livre de christine/ le quel parle/ de confort de philosophie.
Es escolles dessus dictes apres ces choses comme je traçasse de lieu en lieu/ cerchiant divers estudes fus convoyee par maintes chambres et haulteces de pluseurs degrez/ Et comme les passages et destrois des diz degrez fussent penibles et difficiles a ceulx qui acquerir et posseder les vouloient a qui ne fust souffert se trouvé souffisant ne fussent a moy qui transitoirement estoie errant par yceulx assez legiere fu la voye/ Et tout ainsi comme a un estrangier voyageur lyement souventes foiz sont monstrez et ouvers les tresors des princes par ou ilz passent affin que ilz voyent la magnificence et richece de yceulx si que recorder le puissent en leur pays/ fus paisiblement & sans grant dangier menee par toutes les places des dictes estudes/ Et de raconter la beauté et tresors que je y vi/ me passe pour briefté/ mais tant en di que avec la beauté inextimable qui m’y apparu/ la soubtilleté des divers ouvrages comment furent fais ouvrez et tissus et de quieulx matieres mon entendement n’estoit digne de concevoir ne comprendre ne partir ne m’en povoie de plus hault monter pour veoir diverses beautez fu souffisant seulement mon bon desir et amour a m’empetrer lieu et licence de plus savoir ainsi convoyee par la segretaine de philosophie abbesse et superieure de ycellui couvent/ fus pourmenee par tous les estages de toutes beautez et bonnes choses remplis et combles/ Et comme ancore plus de grace receusse de ycelle noble conduisaresse de sa liberalité & plaine largece me donna congié de hardiement mettre la main/ et prendre tant comme porter pourroie des tresors de ces coffres Et je de ce non reffusant comme couvoiteuse de en enrichir en la merciant me baissé pour mon giron en emplir/ mais comme trop pesant fussent a mon corps femenin et foible selon mon grant desir/ petit en emportay/ et non si peu que je le donnasse pour quelconques autre tresor ou richece.
¶ Ainsi convoyee fus menee tout au plus hault sommeton ou quel avoit situee une tres belle sale clere luisant et de fines couleurs/ tres richement painte ou furent pourtraictes toutes sciences et leur deppendances au tour des parois et tout par mi la dicte sale avoit fourmes arrengees pour seoir les escoliers escoutans les leçons des maistres/ la en droit lisans en chayere qui la estoit haulte et moult bien ouvree/ moy joyeuse de estre parvenue a si bel estre m’amusoie aux riches pourtraitures vivement faites et de soubtilz ouvriers.
¶ Adont comme je voulsisse encercher de toutes choses avisay un huissellet de yvoire moult bien ouvré le quel estoit fort cloz et barré/ ainsi comme ma veue moult ententive estoit celle part comme assez pres j’en fusse/ presumant par les congectures que je veoie/ que grant tresor encloz la devoit avoir reputant eureux l’entendement a qui la cognoiscence en seroit donnee desiroie que tel digneté fust a moy descouverte/ Lors si que je estoie en ce penser ouy la dedens moult grant remuement & diverses voix femenines de doulce et soueve parolle/ tost apres ouy barres tyrer clefs tourner et le dit huissellet desverrouller/ adont comme je fouisse celle part pour tost estre preste sans ressongner presompcion ou mesprenture a me ficher ens/ oz le visage tout au plus pres/ mais aussi comme je avoie esté joyeuse esperant celle ouverture fus a l’ouvrir autant esmerveillee et remplie d’espoventement Car si tost que ouvert fu une si tres grant lumiere me feri en la face et es yeulx que cuiday de tous poins estre avuglee par quoy de paour et de la merveille cheus sur le sueil de l’uis pasmee me repentant d’estre si hault montee/ adont comme ancore a terre fusse gisant/ ycy une voix femenine de ce pourpris haulte sonnant mais non espoventable ne orrible/ ainçois doulce belle et tres gracieuse/ mais ainsi que se auques loings de moy fust je la ouoye/ la quelle m’appella par mon nom disant mon ancelle tres loyalle lieves sus et ne te espoventes Car l’amour que as a moy et le desir qui te maine en suppleant ton ignorence te sera valable/ adont moy resjouye doublement/ c’est a savoir de ce que voix de dame tres venerable me sembloit m’appelloit Et secondement que saroye partie de ce que desiroye me ravigora et tres fort esjouy/ Lors de rechief comme desireuse de choisir a l’ueil la beauté merveilleuse qui m’aparoit estre ou lieu dont sailloit telle clarté/ adreçay ma veue de plain visage/ tout par mi le dit huissellet/ mais tout ainsi comme quant par mi le ray du souleil on regarde contremont ou ciel il semble veoir en l’espere luisant un visage si cler que l’ueil humain ne le peut souffrir/ semblablement la vi une tele tresluisent espere que toute la chambre emplissoit de tres grant resplandeur/ Et environ celle espere avoit .ix. dames luisantes comme estoilles desquelles je avoie cognoiscence que establies estoient pour elle servir et moult me sembloient de grant reverence si baissay incontinent ma veue ja toute esblouye metant ma main au devant dis ainsi/ Tres haulte et tres noble creature de la quelle la cognoissance m’est occulte/ puis que il vous plaist tant m’onorer que vostre servante & ancelle me daignez appeller/ plaise vous me certiffier donques la proprieté de vous ma venerable maistresse/ Et elle a moy ma mechinete saches que non obstant que tes yeulx foibles ne me puissent clerement veoir pour leur grosseur/ que je suis celle qui nuement et visiblement s’aparu ou temps de l’exil/ et de sa tribulacion/ a mon chier ame filz boece le tres sollempnel philosophe/ le quel par mes confors je garday de mort et de langueur desesperee.
Ce que christine dit a philosophie.
Quant j’oz ainsi ouy parler la tres venerable deesse par les quelles paroles et enseignes elle me fu manifeste/ adont a .ii. genoulz je me gitay ainsi disant/ o tres glorieuse sapience de la quelle toutes cognoissances despendent tant de bon cuer remercy dieu et toy qui tant benignement m’as fait digne de ton accointance/ et n’as eu orreur de moy femme ignorent non digne de descoudre les lassemens de ta chaussemente/ ains comme maistrece tres amiable/ m’as a toy appellee/ la quelle humilité me certefie que tu ne refuseras a moy ta chamberiere des petites mietes de ton relief souffisans pour sa nourriture Car comme tu eusses nourry du laict de tes mamelles et de tes precieux mets ton tres amé filz dessusdit qui tant t’onora et ama ne l’oublias pas ou temps de sa grant neccessité/ et pareillement plusieurs autres de tes enfans/ semblablement je suppose que moy ta serville mercenaire que tu as nourrie des demourans des grosses viandes de tes tables tu n’oublieras ains donras remede reconfortant les navreures de ses infortunees adversitez/ car pour celle cause croy que dieu saint esperit pere des povres & leur vray administrateur m’a conduite au terme de ta cognoissance Sicomme il scet les pesanteurs de mes perplexitez/ aux quelles reconfort ne m’est presenté par les humains de nulle part/ Et comme assez soyent de moy celees et couvertes mes dictes aversitez et non revellees aux mondains ainçois tres muciees pour cause que par aventure eulx non charitables tourneroient les complaintes de mes neccessitez a derrision & despris/ sans que aucun fruit donnant alegence m’en ensuivist/ Et pource a toy celestielle cognoissance sepparee des viltez de ça jus/ et vraye phisicienne essoreray et esventeray les complaintes de mes pensees/ confiant que ta clemence n’ara a despris l’umble voix de sa servante/ et amenistreras reparacion a la ruyne de mon espoir/ rué jus par les soufflemens de fortune en la quelle hayne ay esté tres mon enfance diversement non obstant que souvent m’ait monstré son cler visage/ mais quant resjouir m’i cuidoye moult tost le couvroit de s’obscure nue.
La complainte de christine a philosophie.
Reverend dame/ obeissance en facondede predite a ta serinité ne te tourt a ennuy la narracion de mes aventures pour le procés de leur prolixité/ et te plaise daigner estendre l’ayde de ton conseil au secours de la chetivoison de mes pensees O dame chiere maistrece vueilles notter comment fortune la variable/ m’a tous jours esté comme dit est tres amere marrastre Considerant tres l’estre de mon enfance/ Car comme je fusse nee de nobles parens ou pays d’ytalye en la cité de venise en la quelle mon pere nez de boulongne la grace ou je fus puis nourrie/ ala espouser ma mere qui nee en estoit par l’acointance que mon dit pere avoit de lonc temps devant a mon ayol/ clerc licencié et docteur né/ de la ville de fourly/ et gradué a l’estude de boulongne la grace qui salarié conseiller de la dicte cité ou je nasqui estoit a cause du quel parenté mon dit pere ot la cognoissance des veneciens/ et fu pour la souffisance et auctorité de sa science retenu semblablement conseiller salarié de la dicte cité de venise en la quelle fu un temps resident a grant honneur richeces et gaings.
¶ Or me dis ne fu ce pas fortune qui en ce temps assez tost apres ma nativité fist mon dit pere pour certaines besongnes et ses possessions viseter se transporter en la dicte cité de boulongne la grace/ En la quelle lui vint tantost nouvelles & certains messages tout en un temps de .ii. tres excellens roys lesquieulx pour la grant fame de l’auctorité de sa science le mandoient priant et prommettant grans salaires et emolumens chacun endroit soy que vers lui voulsist aler/ dont l’un estoit le souverain des roys chrestiens le roy de france Charles le sage quint de cellui nom/ Et l’autre fu le roy de honguerie/ cellui au quel pour sa desserte et merite est demouré apres lui tel nom que on le dit le bon roy de honguerye.
¶ Adont comme la souffisance de ces ambassaderies pour la reverence de la digneté des diz princes ne fust a mettre arriere/ delibera mon dit pere a obeir a l’une des parties/ c’est assavoir comme au plus digne/ et aussi le desir de veoir les estudes de paris et la haultece de la court françoise/ venir vers le dit roy de france esperant transitoirement veoir le roy/ obeir a ses commandemens/ et viseter les dis estudes l’espace d’un an puis s’en tourner vers sa femme & famille/ la quelle il ordena demourer sus ces possessions et heritages a boulongne la grace/ Et toutes ces dites choses faites & ordenees avec la licence de la dicte seignourie de venise se party & vint en france/ ou quel lieu fu du dit sage roy Charles tres grandement receus et honorez/ et tost apres l’experience veue de son savoir & science l’establi son conseiller tres especial privé et chier tenu/ le quel lui fu tant agreable que du partir au chief de l’an ne pot avoir licence ains volt a toutes fins le dit roy que grandement a ses cousts et frais envoyast querir sa femme enfans & famille pour user a tous jours leur vie en france pres de soy/ en promettant possessions rentes/ et pensions pour tenir honorablement leur estat/ neant moins comme mon dit pere en esperant tous jours le retour retardast ceste chose pres de l’espace de .iii. ans/ en la fin couvint que fait fust/ Et ainsi comme dit est fu fait le transport de nous de ytalie en france/ grandement fu receue la femme et enfans de ton amé philosophe maistre thomas mon dit pere arrivé a paris lesquieulx le tresbenigne bon sage roy volt veoir et recevoir joyeusement/ la quelle chose fu faite tost apres leur venue a tout leurs abis lombars riches d’aournemens et d’atour selon l’usage des femmes et enfans d’estat/ ou chastel du louvre a paris ou mois de dessembre/ estoit le dit roy lors que la presentacion du dit mesnage a belle et honorable compaignie de parens fu a ses yeulx magnifesté/ la quelle femme et famille a tres grant joye et offre il receut.
Dit christine de ses bonnes fortunes.
Moult nous fu fortune favorable le temps durant de la vie du sus dit bon sage roy charles/ Et avec les autres gloires des prosperitez receues/ en joyeuse plantureuse et paisible vie/ en mariage/ comme ce soit naturel joye/ a tout loyal serviteur veoir la prosperité de son bon maistre la dieu merci puis le temps de la venue de mon dit pere au service du roy gouverné en partie mesmement en ses guerres par l’administracion de son sage conseil selon la science de astrologie crut & augmenta de mieulx en mieulx la valeur de ses prosperitez recevant plusieurs victoires et conquestes sus ses ennemis/ et que ces choses soient vrayes je m’en rapporte aux vivans princes & autres ancore de ce temps qui ce scevent/ le quel dit bien du prince estoit le comble de la joye de son sus dit feal serviteur/ non obstant que a l’usage des philosophes fust nulle l’espargne de la peccune/ et avoir de mon dit pere/ la quelle chose sauve sa reverence je ne repute mie louable en l’estat des mariez soubz la quelle main doit estre la cure de leur maisnage souffreteux apres eulx peut estre a cause de leur prodigalité/ toute voye non obstant la liberalité de ses coustumes la pourveance du bon roy ne laissoit a l’ostel de son amé deffaillir nulles choses neccessaires.
¶ A venir au point de mes fortunes le temps vint que ja approchoie l’aage ou quel on seult les filles assener de mari tout fusse je ancores assez jeunette non obstant que par chevaliers autres nobles & riches clercs fusse de plusieurs demandee et ceste verité ne soit de nul reputee ventence/ Car l’auctorité de l’onneur et grant amour que le roy a mon pere demonstroit estoit de ce cause non mie ma valeur/ comme mon dit pere reputast cellui plus valable qui le plus science avec bonnes meurs avoit/ ainsi un jone escolier gradué bien né et de nobles parens de picardie de qui les vertus passoient la richece/ a cellui que il reputa comme propre filz je fus donnee/ En ce cas ne me plains je de fortune/ car a droit eslire en toutes couvenables graces sicomme autre foiz ay dit a mon gré mieulx ne voulsisse cellui pour sa souffisance tost apres nostre sus dit bon prince qui l’ot agreable lui donna l’office comme il fust vaquant de notaire et son secretaire a bourses & a gages et retint de sa court tres amé serviteur.
Entre a parler christine de ses males fortunes.
Ainsi dura celle prosperité par plusieurs annees/ mais comme la dicte fortune se montrast envieuse de noz gloires volt restraindre la source dont ilz venoient/ Et ne fu ce pas par elle voirement chiere maistresse qu’a cestui royaume fu procuré le grief dommage du quel malement se senti le mesnage de maistre thomas ce fu lors que le tresbon sage prince non pas envielli par cours de nature mais en assez jeune aage comme de .xliiii. ans chut en maladie assez brieve dont il trespassa. helas voirement souvent avient que choses bonnes petit durent/ Car ancore au jour d’uy se a dieu plust avoir laissié durer sa vie neccessaire a cestui royaume du quel le gouvernement & estat malement est ores de cellui de lors different/ ne fust trop enviellis/ Or fu la porte ouverte de noz infortunes/ et moy estant ancore assez jeunette y fus entree Et comme ce soit de commune coustume des poissans hommes close la bouche grant est le remuement et changement de l’estre de leurs cours et de leurs lieux/ de la quelle chose sont causes plusieurs voulentez contraires/ et a peine autrement peut estre se moult grant discrecion n’y remedie. Comme il appert du grant alixandre/ sicomme il est escript les divers descors lesquieulx non obstant les partages des regions que il leur avoit limitees/ tantost apres sa mort entre ses barons sourdirent.
¶ Adont faillirent a mon dit pere ses grans penssions plus n’ot .C. frans le mois bien payez/ avec ses livrees et dons qui gueres moins ne montoient comme appris avoit/ et l’esperance que le dit bon Roy lui avoit donnee de asseoir pour lui et ses hoirs .v.c livres de terre et assez d’autres biens dont la deffaulte du ramentevoir au bon Roy & la mort qui trop tost vint ne souffri la dicte promesse sortir son effait non obstant que des princes gouverneurs fu retenu a gages malement amendris et mal payez/ Si fu ja venu le temps de sa viellece qui en assez brief temps apres chut en longue impotence et maladie ou maintes souffrettes sourdirent aux quelles eust eu besoing l’espargne des choses despendues/ Et pource au mien cuidier est juste prudent espargne en jeunece qui secourt l’omme en sa viellece/ durant son sain entendement jusques a la fin recognoissant son createur comme vray catholique Trespassa mon dit pere droit a l’eure que devant ot prenostiqué/ du quel entre les clercs demoura renommee que en son temps durant ne plus de Cent ans devant n’avoit vescu homme de si hault entendement es sciences mathematiques en jugemens d’astrologie avec ce entre les princes & ceulx qui le frequentoient la vraye reputacion de sa prodomie/ ses biens fais/ loyauté verité & autres vertus & nul reprouche faisoit plaindre sa mort et regraiter sa vie/ en la quelle nulle reprehencion n’affiert se trop grant liberalité de non refuser riens que il eust aux povres en tant que il avoit femme et enfans ne lui donne/ Et que je ne le dye par faveur/ de ceste verité sont ancores au jour d’uy maint de ses cognoiscens/ princes et autres certains comme de experience/ si fu un tel homme a bon droit des siens plaint et plourez.
Encor de ce mesmes.
Or fu demouré chief du mesnage mon mari jeune et preudomme sage et prudent et tres amé des princes et toute gent frequentant son dit office par le quel moyennant sa sage prudence estoit soustenu l’estat de la dicte famille/ mais comme ja fortune m’eust mise ou declin de sa roe disposee au mal que donner me vouloit pour du tout au plus bas me flatir souffrir ne volt que gaires me durast ycellui tresbon par la quelle dicte fortune mort lors que il estoit en sa fleur apte & appreste et sus le point tant en science comme en sage et prudent conqueste & gouvernement de monter en hault degré le me toli en fleur de jeunece comme en l’aage de .xxxiiii. ans et moy de .xxv. demouray chargee de .iii. enfans petis et de grant mesnage Si fus a bon droit plaine d’amertume regraitant sa doulce compaignie et la joye passee qui ne mes .x. ans m’avoit duré/ voyant venir le flo de tribulacion qui sur moy accouroit fus plus desirant mourir que vivre et n’oubliant ma foy et bonne amour promise a lui deliberay en sain propos de jamais autre n’avoir or fus je choite en la valee de tribulacion/ Car comme la dicte fortune quant du tout veult decliner quelque chose soit regne/ cité empire ou singuliere personne/ elle de loings va querir ses apprestes toutes contraires pour la chose que elle a acqueilli en yre conduire ou point de maleurté/ ainsi m’avint Car comme je ne fusse au trespassement de mon dit mari le quel fu surpris de hastive epidimie Toute foiz la dieu grace fu sa fin comme bon catholique en la ville de beauvais ou avec le Roy estoit alez & n’estoit accompaignié fors de ses serviteurs et maignee estrange/ Si ne poz savoir precisement l’estat de sa chevance/ Car comme ce soit la coustume commune des hommes mariez de non dire et declarier leurs affaires entierement a leurs femmes de la quelle chose vient souvent mal comme il m’apert par experience/ et n’est mie sens quant femmes ont non nices mais prudentes et de sage gouvernance/ Si sçay bien que a clarté ne me vint tout ce que il avoit/ Or me couvint mettre mains a oeuvre/ ce que moy nourrie en delices et mignotement n’avoie appris & estre conduisarresse de la nef demouree en la mer ourage & sanz patron/ c’est a savoir le desolé mainage hors de son lieu et pays/ adont me sourdirent angoisses de toutes pars/ Et comme ce soient les mes des vesves plais et procés m’avironnerent de tous lez/ Et ceulx qui me devoient m’assaillirent affin que ne m’avançasse de leur riens demander Et dieux scet que il est vray que tel me demandoit que le tesmoignage du papier des mises de mon mary Comme de un preudomme nya la debte du fraudeleux comme payé et menteur de sa demande par le quel fut confus et plus ne osa parler ne soustenir sa mençonge Tost me fu mis empeschement en l’eritage que mon mari avoit acheté/ et comme il fust mis en la main du Roy m’en couvenoit payer la rente et si n’en jouissoie Et moy en la chambre des comptes demenee par lonc plait contre cellui sanz pitié qui en estoit & ancore est des maistres et seigneurs de qui avoir droit ne povoie receu par lui a tort tres grief dommage comme le voir en soit magnifeste Ce scevent maint/ ne ancore lui en ses pechez enviellis ne le considere ne fait conscience.
¶ Ne fu pas seule celle pestillence/ car comme les deniers de mes petis orfelins fussent par leurs tuteurs de mon consentement baillez en mains de marchant reputé preudomme pour accroistre et multiplier leur povre avoir/ comme il en eust l’espace de un an rendu couvenable conte et gaing par la moitié raisonnablement lui tempté de l’ennemi fist a croire qu’il avoit esté robé/ et s’asempta/ encore cousta a poursuivre/ et fu ce la perdus Autres plais me sourdirent a cause de heritages/ sur lesquieulx on demandoit ancienne rente & grans arrerages de la quelle chose ou decret de notre achat n’avoit aucune mencion conseillee par des plus sages avocas que hardiement sur ce me deffendisse & que ne doubtasse que comme je eusse bonne cause la diffinitive en seroit pour moy de sommer les garens de la vendicion lesquieulx estoient mors povres et hors du pays/ n’y avoit remede affin que je parvenisse ou point ou fortune me conduisoit/ En ce temps en comble de mes adverses fortunes me sourdy comme a job longue maladie/ par ceste chose dont s’ensuivi faulte de poursuite sicomme je tiens et par non avoir mise souffisant/ encheus de mes causes par lesquelles condampnacions satisfiant les frais fus de tous poins au chief de ma povre chevance Et merveilles est comment fortune povoit estre tant sur moy achenye/ Car en toutes les manieres que partes se pevent faire a personne disposant ses faiz par bon conseil et ordennance sicomme a mon povoir dieux scet que je faisoie me venoient au contraire de ce que par raison venir deussent toutes mes besongnes et generaument en toutes choses/ O vertu de pacience tous jours ne te avoie mie en la bourse ains te suppeditoit souvent en moy grant amertume Je vy le temps que a .iiii. cours de paris estoie en plait et procés deffenderresse et sur mon ame je te jure que a tort estoie grevee de mauvaises parties par quoy couvenoit en fin se paix vouloie avoir comme je apperceusse leur cavillacions desirant me tirer de plait comme celle qui le hayoit parfaictement comme chose contre ma nature qui paix desire que je chevisse a eulx moyennant le mien a tres grans frais et coust/ Et ne cuidez mie que ce m’ait duré un an ou .ii. mais l’espace de plus de .xiiii. ans que quant un meschief m’estoit faillis l’autre survenoit en tant de manieres diversement que longue seroit et anuyeuse la narracion de la moitié/ Et ainsi ne fina la sancsue de fortune de sucer mon povre avoir jusques a tant que tout l’ot desfiné & que plus a perdre n’avoie/ & adont faillirent mes plais mais non mie mes adversitez O doulce maistrece quantes larmes souspirs plains lamentacions et griefs pointures cuides tu que quant je estoie seulete a mon retrait que je eusse et gitasse en ce tandis/ ou quant a mon foyer veoie environ moy mes petis enfans et povres parens/ et consideroie le temps passé et les infortunes presentes dont les floz si bas me affondoient et remedier n’y povoie/ Desquieulx meschiefs plus plaignoye mes prochains que ma personne Sicomme une foiz je respondis a un qui me disoit que je n’avoie que plaindre car je estoie sans charge comme celle qui estoit seule/ & sangle je dis qu’il ne m’avoit pas bien regardee/ car je estoie .iii. foiz double/ et comme il ne m’entendist ce disoit lui exposay disant que je estoie .vi. foiz moy mesmes Et avec ce cuidez tu point chiere maistrece que grevast a mon cuer la charge de la paour que on s’apperceust de mes affaires/ Et le soucy que a l’estat ne apparust a ceulx dehors ne aux voisins le decheement de ce maleureux estat venu de mes predecesseurs non pas de moy Le quel mon ignorence tant amer me faisoit que mieulx eusse choisi mourir que en decheoir/ ha quel fardel et quel pointure a cuer que trop aime le vouloir soustenir et fortune ne vueille/ il n’est doulour a celle pareille/ et nul ne le croit s’il ne l’essaye et dieux scet quans inconveniens a celle cause viennent & sont venus a mainte gent Si te promés que a mes semblans et abis peu apparoit entre gens le faissel de mes ennuys/ ains soubs mantel fourré de gris et soubz seurcot d’escarlate non pas souvent renouvellé/ mais bien gardé avoie espesses foiz de grans friçons/ et en beau lit et bien ordené de males nuis mais le repast estoit sobre comme il affiere a femme vesve et toute foiz vivre couvient Et dieux scet comment mon cuer tourmenté estoit quant excecucions sur moy estoient faites et que mes chosettes m’estoient levees par sergens/ le dommage grant m’estoit/ mais plus craignoie la honte/ mais quant il couvenoit que je feisse aucun emprunt ou que soit pour eschever plus grant inconvenient beau sire dieux comment honteusement a face rougie tant fust la personne de mon amistié le requeroye/ & ancore au jour d’uy ne suis garie de celle maladie dont tant ne me greveroit comme il me semble quant faire le m’esteut un acés de fievre Ha dieux quant il me souvient comment tant de foiz ay musé la matinee a ce palais en yver mourant de froit espiant ceulx de mon conseil pour ramentevoir et soliciter ma besongne ou maintes foiz y ouoye a mes journees de diverses conclusions qui suer des yeulx me faisoient et maintes estranges responces mais en sur que tout me grevoit la mise de la quelle mal aisiee estoie.
¶ A l’exemple de jhesuscrist qui volt estre tourmenté en toutes les parties de son corps pour nous instruire a pacience/ volt fortune que mon povre cuer fust tourmenté de toutes les manieres de dures et diverses pensees. Quel plus grant mal et desplaisir peut sourdre a l’innocent ne plus grant cause de inpacience que de soy oyr diffamer sanz cause comme il appert par les recors de boece en son livre de consolacion/ ne fu il pas dit de moy par toute la ville que je amoie par amours Mais ycy trop fait a notter que il soit voir/ que tout ce feist fortune par ses batemens divers/ car comme telz renommeus communement viennent et souvent a tort par grant acointance & frequentacion les personnes ensemble et par conjectures et couleurs voir semblables/ mais je te jure m’ame que ycellui ne me cognoiscoit ne ne savoit qui je estoie ne ne fu onques homme ne creature nee qui me veist en publique ne en privé en lieu ou il fust/ Car mon chemin ne s’i adonnoit ne n’i n’avoie que faire et de ce me soit dieu tesmoing que je dis voir. Et comme selon l’estre de sa personne et de la moye ne se peust bonnement tel chose faire ne n’estoit voir semblable/ ne nul n’avoit couleur de le penser me suis mainte fois esmerveillee dont teles paroles povoient sourdre/ lesquelles estoient portees de bouche en bouche disant je l’ay ouy dire dont comme celle qui ignocent me sentoie aucune foiz quant on le me disoit m’en troubloie/ et aucune foiz m’en sousrioye/ disant dieux et ycellui et moy savons bien que il n’en est riens.
¶ Ne se passa mie a tant ma peine/ Car comme a mon povoir tous jours estrivasse contre la bataille et luite de fortune me voyant moult dechoite de ma chevance comme je eusse cedules veriffiees et passees par la chambre des comptes d’une somme d’argent qui ancore deue estoit a mon feu mari a cause des gages de son dit office empetray mandement du roy aux generaulx que de ce je fusse payee/ or vint la poursuite anuyeuse que par neccessité contrainte faire me couvenoit/ a grant travail pourmenee par maintes responces pro et contra plusieurs journees et que ce soit lonc travail et ennuyeux je m’en rapporte a ceulx qui essayé l’ont/ plus desplaisant que onques mais en ce temps ci comme dient les anciens/ Or peus savoir se a moy femme foible de corps et naturellement cremeteuse faire de neccessité vertu m’estoit labour qui a danger et coust de compaignie selon l’estat appris me couvenoit trotter apres eulx selon le stile puis en leurs cours ou sales en commun muser a toute ma boite et mandement le plus des jours sanz y riens faire/ ou par lonc train avoir responces doubles en esperance mais longue estoit l’attente/ O dieux quantes parolles anuyeuses/ quans regars nices/ que de rigolages de aucuns remplis de vins et graisse d’aise souvent y ouoye/ lesquieulx choses de paour de empirer mon fait comme celle qui besoing avoit je dissimuloie sanz riens respondre me retournant de autre part/ ou faisant semblant que ne l’entendisse le getoie a truffe Et dieux amender vueille toutes villes consciences Car de mauvaises en trouvoie.
¶ A cause de ceste poursuite comme je ne trouvasse nulle part grant ne petit charitable/ non obstant que a plusieurs nobles et grans requeisse l’aide de leur parolle esperant que comme loy de droit les oblige au secours des vesves et orphelins Et je n’y trouvasse en effaict riens bon pour moy un jour desconfortee sur ces choses fis ceste balade.
Balade.
Helas ou donc trouveront reconfort povres vesves de leurs biens despoullees puis qu’en france qui seult estre le port de leur salu et ou les exillees Seulent fuir et les desconseillees Mais or n’y ont mais amistié Les nobles gens n’en ont nulle pitié Aussi n’ont clercs li greigneur ne li mendre ne les princes ne les daignent entendre
¶ Des chevaliers n’ont elles nesun port par les prelas ne sont bien conseillees Ne les juges ne les gardent de tort des officiers n’aroient .ii. maillees de bons respons des poissans travaillees Sont en maint cas n’a la moitié devers les grans n’aroient exploitié Jamais nul jour ailleurs ont a entendre ne les princes ne les daignent entendre
¶ Ou pourront mais fuir puis que ressort n’ont en france la ou leur sont baillees Esperances vaines conseil de mort voyes d’enfer leur sont appareillees S’elles veulent croire voyes broullees Et faulx consaulx ou appointié n’est de leur fait nul n’ont si acointié qui les ayde sanz a aucun mal tendre ne les princes ne les daignent entendre
¶ Bons et vaillans or soient esveillees voz grans bontez ou vesves sont taillees d’avoir maint maulx de cuer haitié secourez les & croyez mon dictié Car nul ne voy qui vers elle soit tendre ne les princes &c.
¶ La cause qui me mouvoit a en personne oultre mon gré faire telle poursuite estoit que quant mon message y envoyoie n’avoit en leur presence nulle audience mais a tout le moins quant je y venoie ramentevoir l’estat de moy vesve requerant encline devant eulx par pitié leur secours/ aucune apparence de pitié plus en eulx trouvoie/ cest ennui avec des autres ne me dura pas petit/ ains y fus constant plus de l’espace de .vi. ans sur le pourchas non mie de moult grant somme qui par parties en tieulx travaulx et requestes de seigneurs resservé le reste qui ancore m’est deu je fus payee.
Encore continue christine sa complainte.
Entens tu doulce maistrece en quieulx doulz deduis ay passé la jonesce de ma vesveté Avoie je cause que trop druerie me feist entendre aux foles amours/ mais non obstant ce que assez souffire deust par si lonc temps a celle par qui tout ce me venoit ne fu pas appaisiee envers moy la desloyale de qui autre foiz me suis plainte comme je en eusse cause/ car la douleur du dent y trait la langue/ ains te diray en poursuivant ceste matiere jusques au jour d’uy comment ses floz m’ont gouvernee et ancore ne cessent.
¶ Voir est que ou temps de mes perplexités dessus dit pour ce que descouvrir a autrui si qu’ay touché ses adversitez et affaires/ La cause pour quoy/ Car charité est pou trouvee ne peut tourner se a servitude non et pou de preu/ Comme ce soit moult grief faissel de douleur tenir enclose sans regehir ne m’avoit ancore tant grevee fortune comme elle ne peust que je ne fusse accompaignee des musettes des poetes non obstant que les reboutas arriere et chaças de la compaignie de boece ou temps de sa tribulacion pour le repaistre de plus haultes viandes/ ycelles me faisoient rimer complaintes plourables regraitant mon ami mort et le bon temps passé/ sicomme il appert au commencement de mes premiers dictiez ou principe de mes cent balades et mesmement pour passer temps/ et pour aucune gayeté attraire a mon cuer doulereux faire diz amoureux et gays d’autrui sentement comme je dis en un mien virelay.
Dit christine comment elle mua sa maniere de vivre.
Apres ces choses comme ja fussent passees mes plus jeunes jours et aussi la plus grant part de mes occupacions foreines revins a la vie qui plus naturellement me plaisoit c’est a savoir solitaire et quoye/ adont par solitude me vindrent au devant les rumignacions du latin & des parleures des belles sciences & diverses sentences et polie rethorique/ que oÿ le temps passé au vivant de mes amis trespassez pere et mari/ je avoie de eulx/ non obstant que par ma folour petit en retenisse/ Car non obstant que naturellement et de ma nativité y fusse encline me toloit y vaquer l’occupacion des affaires que ont communement les mariees/ et aussi la charge de souvent porter enfans Avec ce la trop grant jonesce la trop mignote ennemie de sens qui ne laisse souventes foiz aux enfans quelque bon engin que ilz ayent pour le desir de jouer/ hanter l’estude se crainte de bateures ne les y tient/ & pource que celle crainte n’avoie la voulenté de jouer si maistrisoit l’engin & sentement si que constant ne povoit estre ou labeur de apprendre.
Se plaint christine de jeunece.
Ha folle jonece avuglee et variable non cognoissant les prouffitables & bonnes choses qui ne te delites fors en choses vaines/ oyseuses et de nulle vertu/ ne ailleurs appliquer ne te querroies Et certes voirement qui par toy se gouverne suit la voye de perdicion et se avugle en sa meismes cognoissance/ Tant haÿr te dois quant ou temps que je estoie a meimes les .ii. beaulz conduis de philosophie/ costé si haultes fontaines tant cleres et saines Et moy comme fole jone trop mignote/ non obstant que les beaulx ruisseaulx me pleussent ne m’en emplissoie/ mais tout ainsi comme le fol qui voit luire le cler souleil ne s’avise de la pluye ains cuide que tous jours lui dure/ n’en faisoie compte et a temps cuidoie recouvrer a ce que je perdoie Ha fortune quel tresor tu me tolis/ Tant fis grant dommage a mon entendement qui ne les me laissas durer jusques en l’aage de plus grant cognoissance/ bien t’a herdis a nuire meismes a la proprieté de mon ame/ car se ores avoie costé moy tel clarté au desir que j’ay/ sustraite de toutes autres occupacions et delis comme de choses vaines donnee entierement a l’estude/ telement et si largement me empliroie que femme nee puis lonc temps ne m’en passa/ helas quant je avoie costé moy les maistres de science/ conte d’apprendre ne faisoie/ Et ores est le temps venu que mon engin et sentement m’en die en desirant ce que par faulte de apprendre ne peut avoir/ c’est a savoir l’art de toy philosophie m’amie science. Ha doulce savoureuse chose et emmellee qui tous autres tresors en valeur precedes comme souveraine/ tant sont eureux ceulx qui a plain t’a saveurent/ Et toutevoie comme de ce je ne puisse juger fors a l’aventure sicomme de chose que a plain je ne cognoisce/ neant moins m’en donne la cognoissance le tres delitable goust & saveur que je treuve seulement es petites deppendances et parties de sciences comme plus hault je ne puisse attaindre me fait presumer ou bien de elle a ceulx qui l’aiment/ & la saveurent et sentent souverain delit/ Ha enfans et jones se vous saviés le bien qui est ou goust de savoir et le mal et laidure qui gist en ignorence comment se bien avisié estiez petit plaindriés la peine et labour de apprendre/ ne dit aristote que naturellement l’omme savant seignourist l’ignorent sicomme nous veons l’ame seignourir le corps Et quel chose est plus belle que savoir/ & quel chose est plus laide que ignorence messeant a homme sicomme une foiz respondis a un homme qui remprouvoit mon desir de savoir disant que il n’appartient a femme avoir science comme il en soit pou Lui dis que moins appartient a homme avoir ignorence comme il en soit beau coup.
Dit christine comment elle se mist a l’estude.
Ainsi en cellui temps que naturellement estoit parvenu mon aage au degré de cognoissance regardant derriere moy les aventures passees & devant moy la fin de toutes choses Tout ainsi comme un homme qui a passé perilleuse voye se retourne arriere regardant le pas par merveille et dit que plus n’y entrera/ et que a meilleur se tendra/ ainsi considerant le monde tout plain de las perilleux/ & que il n’est fors pour toute fin un seul bien qui est la voye de verité me tiray au chemin ou propre nature et constellacion m’encline/ c’est a savoir amour d’estude/ adonc clouy mes portes/ c’est a savoir mes sens que plus ne fussent tant vagues aux choses foraines/ et vous happay ces beaulx livres et volumes/ et dis que aucune chose recouvreroye de mes pertes passees/ ne me pris pas comme presomptueuse aux parfondesses des sciences obscures es termes que ne sceusse comprendre/ Sicomme dit Caton/ lire et non entendre/ n’est mie lire ains comme l’enfant que au premier on met a l’a.b.c.d. me pris aux histoires anciennes des commencement du monde/ les histoires des ebrieux/ des assiriens et des principes des seignouries procedant de l’une en l’autre dessendant aux rommains des françois des bretons & autres plusieurs historiographes/ apres aux deducions des sciences selon ce que en l’espace du temps que y estudiay j’en pos comprendre.
¶ Puis me pris aux livres des poetes Et comme de plus en plus alast croiscent le bien de ma cognoissance/ adont fus je aise quant j’oz trouvé le stile a moy naturel me delittant en leurs soubtilles couvertures et belles matieres muciees soubz fictions delitables et morales/ et le bel stile de leur metres et proses deduites par belle et pollie rethorique aournee de soubtil lengage et proverbes estranges/ pour la quelle science de poaisie nature en moy resjouye/ me dist fille soulasse toy quant tu as attaint en effait le desir que je te donne & ainsi continuant et vaquant tous jours a l’estude comprenant les sentences de mieulx en mieulx.
¶ Ne souffist pas a tant a mon sentement & engin/ ains volt que par l’engendrement d’estude et des choses veues nasquissent de moy nouvelles lectures/ adont me dist prens les outilz et fiers sur l’enclume/ La matere que je te bailleray si durable que fer ne feu ne autre chose ne la pourra despecer si forges choses delitables/ & ou temps que tu portoies les enfans en ton ventre grant douleur a l’enfanter sentoies/ Or vueil que de toy naiscent nouveaulx volumes/ lesquieulx les temps avenir perpetuellement au monde presenteront ta memoire devant les princes et par l’univers en toutes places lesquieulx en joye et delit tu enfanteras de ta memoire/ non obstant le labour et traveil le quel tout ainsi comme la femme qui a enfanté si tost que ot le cry de l’enfant oublie son mal/ oublieras le traveil du labour oyant la voix de tes volumes.
¶ Adont me pris a forger choses jolies a mon commencement plus legieres/ & tout ainsi comme l’ouvrier qui de plus en plus en son oeuvre s’asoubtille comme plus il la frequente/ ainsi tous jours estudiant diverses matieres mon sens de plus en plus s’imbuoit de choses estranges amendant mon stile en plus grant soubtilleté et plus haulte matiere depuis l’an .M.CCC.iiii.xx & .xix. que je commençay jusques a cestui .CCCC. & cinq/ ou quel ancore je ne cesse/ compilles en ce tandis quinze volumes principaulx sanz les autres particuliers petis dictiez lesquieulx tous ensemble contiennent environ .lxx. quayers de grant volume comme l’experience en est magnifeste Et comme grant louange pour ce n’y affiere/ Car pou y a soubtilleté/ par ventance dieux scet que ne le dis mais pour continuer l’ordre de mes bonnes et mauvaises aventures.
Le plaisir que christine prenoit a l’estude.
Or fu l’estat de mon vivre tresmué en autre disposicion/ mais non pas pour tant changié en mieulx ma malle fortune ains comme dolente du bien et solas de ma vie speculative et solitaire persevera sa malivolence non a ma personne seulement mais en despit de moy a de mes plus prochains la quelle chose je attribue au procés de mes adversitez. Et te diray comment par me tolir mes bons amis comme tous jours elle soit repunante a ma prosperité ne les a souffers longuement vivre. Il est voir que comme la voix courust ja et meismes entre les princes/ de l’ordre et maniere de mon vivre c’est a savoir a l’estude/ pour ce que revellé leur estoit non obstant celer le voulsisse leur fis present comme de nouvelle chose quelque petis et foibles que ilz soient de mes volumes de plusieurs matieres lesquieulx de leur grace comme princes benignes et tres humains les virent voulentiers & receurent a joye/ et plus comme je tiens pour la chose non usagee que femme escripse comme pieça ne avenist/ que pour digneté qui y soit/ et ainsi furent en peu de heure ventillez et portez mes dis livres en plusieurs pars et pays divers.
¶ Environ ce temps comme la fille du roy de france fust mariee au roy richart d’angleterre vint par de ça a celle cause/ un noble conte dit de salsbery/ et comme ycellui gracieux chevalier amast dictiez & lui meismes fust gracieux dicteur/ apres ce qu’il ot veu des miens dictiez tant me fist prier par plusieurs grans que je consenti tout le feisse je envis que l’ainsné de mes filz assez abille et bien chantant enfans de l’aage de .xiii. ans alast avec lui ou pays d’engleterre pour estre avec un sien filz auques de l’aage/ du quel dit conte comme il se portast tant bien & grandement de mon dit enfant et plus promettoit pour le temps avenir aux quelles choses croy que il n’eust failli/ comme il en eust la poissance/ vrayement les promesses que faites m’en avoit ne furent trouvees mençongieres/ mais ce bien ne volt pas celle souffrir longuement qui mains autres maulx m’a fais c’est a savoir male fortune qui non pas lonc temps apres procura la dure pestillence ou dit pays de angleterre contre le dit Roy Richart comme chacun scet/ pour la quelle cause apres pour sa grant loyauté vers son dit droit seigneur fu decollez a grant tort le dessus dit tresbon conte/ or fu failli le eur mondain du commencement de mon dit filz assez enfant en temps de grant pestilence hors de son pays/ par raison dot estre esbahi/ mais que avint il le roy henry qui ancore est qui s’atribua la couronne/ vit des dictiez et livres que je avoie ja plusieurs envoyez comme desireuse de lui faire plaisir au dit conte/ si lui vint a cognoiscence tout ce que il en estoit/ adont tres joyeusement prist mon enfant vers lui/ et tint chierement & en tres bon estat/ & de fait par .ii. de ses hayraulx notables hommes venus par de ça lencastre et faucon roys d’armes me manda moult a certes priant et promettant du bien largement que par de la je alasse/ et comme de ce je ne fusse en riens temptee considerant les choses comme elles estoient/ dissimulay tant que mon filz peusse avoir disant grant mercis/ & que bien a son command estoie/ et a brief parler tant fis a grant peine/ et de mes livres me cousta que congié ot mon dit filz de me venir querir par de ça pour mener la qui ancore n’i vois/ & ainsi reffusay l’eschoite de ycelle fortune pour moy et pour lui pour ce que je ne puis croire que fin de desloyal viengne a bon terme/ Or fus joyeuse de veoir cil que je amoie comme mort le m’eust seul filz laissié & .iii. ans sans lui oz esté/ mais crue fu la charge de ma deppense non a moy aysiee/ Car je doubtay que le grant estat ou quel estoit par de la lui donnast vouloir de retourner comme enfant es quieulx consideracion n’est grande voulentiers se tiennent a ce que aux yeulx et a leur aise meilleur leur semble/ Si lui quis maistre grant et poissant qui de sa grace le retint/ mais comme la petite faculté du jeune enfant pou apparant en la multitude des grans de sa court tous jours a ma charge couvint que son estat fust soustenu sanz de son service tyrer aucun fruit/ & ainsi me desherita fortune d’un de mes bons amis et d’une de mes esperances/ mais ancore de puis pis me fit.
Se plaint christine de fortune qui lui osta ses bons amis.
Sicomme devant est dit comme ja m’eussent donné nom mes dis volumes par les presens qui a maint prince de estranges terres fais en furent nompas de par moy envoyez mais par autres comme de chose nouvelle venue de sentement de femme sicomme dit le proverbe choses nouvelles plaisent ne le dis pour nulle ventance comme elle n’y affiere.
¶ Le premier duc de milan en lombardie qui de ceste chose fu informez & peut estre/ plus grandement que la cause n’y estoit/ desirant me traire en son pays/ tres grandement avoit ordené de mon estat par rentes a tous jours se aler y vouloye/ & ce scevent plusieurs gentilz hommes du pays meismes commis a celle ambassaderie Mais fortune selon ses usages & coustumes ne volt mie que la ruine de mon estat fust reparé/ si me tolli tantost par mort cil qui bien me vouloit/ non pas que de legier eusse deliberé laissier france pour certaines causes/ tout soit de la mon naturel pays/ Toute foiz me greva elle quant me toli un bon ami qui n’est petite perte/ Et tel que comme la relacion de gens notables m’a dit/ sanz partir de ça meismes m’ust il valu par les dessertes de mes livres.
Encore de ce mesmes.
Ancore reste a parler de ma plus grant perte a cause de grant prince mort puis le temps du susdit sage roy Charles/ ne fusse pas voirement evident signe de hayneuse envie de la perverse contre moy/ quant tost apres que le tres venerable hault et poissant noble prince philippe duc de bourgongne/ qui frere fu au dit sage roy m’ot par l’acointance de mes dis livres & volumes prise a amour/ lesquieulx ne lui avoie ancore pou de temps a presentez comme je ne les reputasse dignes de estre ouvers en la presence de sa sagece/ mais comme sa benigne clemence plus considerant je croy la constance de mon labour que grant soubtilleté estre en mon oeuvre comme elle n’i soit moult les ot agreables/ sicomme me apparu par la louange de sa parolle/ et plus par le effait de son bon et grant secours a l’estat non de moy seulement/ mais de mon dit filz/ de lui retenu a gages et bien amé serviteur Et moy semblablement a qui avec les autres biens faiz tant daigna reputer mon savoir/ que il de sa bouche me chargia que je tins a grant grace/ comme il desirast que la belle vie et notables fais du sage roy susdit fust en propre volume mise en registre affin que perpetuele memoire demourast au monde par bon exemple de son noble nom que je compillasse des dictes choses certain volume.
¶ Helas et tost apres lors que sa grace vers moy de plus en plus croisçoit le me toli par mort la desloyale/ la quelle mort fu renouvellement des navreures de mes adversitez/ & semblablement grief parte a cestui royaume sicomme ou dit livre que il me commanda/ non ancore lors achevé je recorde en piteux regrais.
Conclut christine sa complainte a philosophie.
Or t’ay je dit tres reverend maistresse les motifs et causes de mes ennuys passez/ et non pas tous/ car dieux scet que en grant quantité de autres maulx & ennuys ay passé le temps que anuyeuses et longues seroient a dire/ et la perseverence de yceulx qui dure encore/ ne de la fin je ne voy signe.
¶ Du temps present comment il m’est te dis que non obstant supplicacions & requestes que par force de divers survenus affaires & partes en la maniere dessus dicte par les floz infortunez souvent courans sur moy que j’ay aux princes françois qui ancor vivent baillees/ mainte foiz requerant leur secours/ non pas les adjurant par mes merites/ mais suppliant par l’ancienne amour qui tira mon dit pere par de ça leur serviteur et par ses bien fais a moy delaissiee et hors de son lieu a son petit maisnage voulsissent secourir/ mais que je ne mente ne soie ingrate/ le secours de aucun d’eulx comme il m’ait assez esté tardif presenté par assignacion non de grans choses/ ancore la longueur de la paye/ & ennuyeuse poursuite de leurs tresoriers auques estaint la value de la grace et merite du bien fait/ O chere dame que cuides tu quel peine/ c’est a femme de ma faculté abstrate assez/ et pou chalant des aluchemens de couvoitise convenir contre ma naturel condicion non moult curable ne ardant sur les desirs de peccune/ mais par neccessité contrainte de grans charges poursuivre a grant train ces gens de finance pourmenee de jour en jour de leurs belles parolles/ Et ainsi va au jour de huy a l’estat de mon vesve colliege/ dame honoree a qui riens n’est occult Et tu meismes qui scez que petit me chault des amas & assemblees de tresors ne de croiscence d’estat fors soustenir cellui venu de mes devanciers comme folle ancore de en curer/ recognoissant que tout est vent chose mondaine/ ne que mes pensees ne sont es desirs de superflus paremens ne delicatifs vivres me soies tesmoing que seulement l’amour & charge agreable que je ay de ma bonne mere en viellece sur les bras de sa seule fille qui n’est oublieuse des grans materneulx benefices d’elle receus/ voluntaire du meriter comme droit est me rent perplexe et adoulee quant fortune ne seuffre a ma voulenté sortir son bon effaict & que femme de si parfaict honnour et si noble vie et bel estat comme est et a tous jours esté/ celle ne soit tenue et ordenee selon son droit/ avec les autres charges de povres parentes a marier & autres amis & ne voie de nulle part fortune propice pour mon secours.
¶ Encore au propos des pointures de mes dolentes pensees avec mes autres anuys/ cuides tu que devant la face de fortune ne me repute peu eureuse/ quant si voy ses autres accompaignez de leurs lignages freres et parens d’estat & aisiez/ eulx resjouyr ensemble/ et je pense que je suis hors des miens en estrange lieu/ & mesmement .ii. freres germains que j’ay sages preudes hommes & de belle vie/ que il a couvenu que par ce que de ça n’estoient pourveus que ilz soient alez vivre ou pays de la sus les heritages venus du pere/ et moy qui suis tendre & a mes amis naturelle/ me plains a dieu quant je voy la mere sans ses fieulx que elle desire/ & moy sanz mes freres/ Et ainsi peus tu veoir chere maistrece que tout au contraire de mes desirs m’a fortune servie qui ancores persevere en ses malefices.
¶ Et que de ces choses dis voir dieu qui proprement est toy & toy qui proprement est lui le savez. Si reviens a ce que devant est dit que comme fortune m’a contraire ades continue par tieulx molestes qui ne sont a cuer femenin & foible pas petites plus me grieve l’empeschement que a l’estude par ses occupacions me fait qui mainte foiz troublent si ma fantasie que ne peut vaquer l’entendement au bien qui lui delite/ tant est ofusqué par ses dures pointures/ que ne fait le fait du mal que j’en seuffre.
Respont philosophie a cristine.
Quant ainsi je oz toutes mes raisons finees je me teus quoye/ adont la excellent deesse parla ainsi que se semblant feist de sousrire/ tout ainsi que fait un sage quant les raisons du simple lui sont presentes/ mais non pourtant mon ignorence ne me toli l’aisance de sa digne parolle/ qui ainsi me dist Certes amie a tes parolles cognoiz comment folle faveur te deçoit es jugemens de ton meismes estat/ O creature avuglee qui attribues a male fortune les dons de dieu et son propre galice dont il t’abeuvre/ Et pour quoy te plains tu par ingratitude des biens que as receus/ et certes moult est perverti l’estommac qui propice viande reçoit/ & la convertist dalmagiablement a sa nourriture/ Et ou est doncques le sens de ton entendement qui ne cognoist ce qui lui est prouffitable/ et que tu es deceue te prouveray par pratique de groz exemple tout ainsi comme l’expert medecin qui considere la faculté de la nature & compleccion de son pacient & selon sa force ou foiblece lui donne purgatoire et medicine/ ainsi useray en toy de regime tenue et legier pour la foiblece de l’estomac de ton entendement a qui choses pesantes et ponderans teles ou semblables que jadis donnay a mon amé boece sicomme en son livre as trouvé seroyent fortes a digerer et convertir a la sustentacion de ta neccessité/ Et pource comme exemples ruraulx soient aux simples cause de plus legierement comprendre les fourmes des choses par celle voye sus fondement de sainte escripture la plus seure/ te ramenray se je puis a vraye cognoiscence de ton tort. Belle amie par ce que comprendre puis en ton fait moult te plains et tiens mal contempt de fortune que tu dis estre et avoir esté ja lonc temps ennemie de ta prosperité/ & que tres lors que en france conduisi tes parens & toy avec eulx ourdi le las de tribulacion ou conduire te vouloit/ Et puis les autres aventures tu dis estre venues a ton grant grief aux quelles choses non a toutes particulierement/ Car n’en est besoing/ mais assez servira pour chacune ma general responce te monstreray ta vehemente folie & la descongnoissance qui te deçoit en ceste partie/ et te destourne d’aviser le vray de ton fait/ avises un pou en toy meismes les grans persecucions & mortieulx inconveniens qui ont puis esté & ancore sont comme il ne puisse estre en paix/ ou pays dont tu es nee/ et penses a certes se dieu te fist point grant grace non obstant que t’en plaignes de oster toy et les tiens de entre les flames de ceulx qui se bruslent/ cuides tu par ta foy que eschappee en fusses jusques au jour d’uy sans ta part avoir du mal/ ou sur toy/ ou le veant avoir a de tes amis Car meismes par de ça as tu plouré de tes charnelz qui s’en sont sentus/ mais apres je me ry de ta niceté qui attribues a la poissance de fortune la mort et trespas de creature humaine/ sicomme tu dis du roy Charles & de tes autres amis/ et ce qui est ou secret de dieu escript qui toutes choses dispose & gouverne a son bon plaisir/ C’est a savoir la fin et terme de vie humaine/ Il semble que vueilles appliquer a aventure/ quant tu dis que fortune t’en despoullia Tout ainsi comme se autre chose ne eust afaire fors soy occuper pour tes nuisances/ Et scez tu la cause qui te meut a tieulx ymaginacions/ c’est la trop grant faveur et tendreur que as a toy meismes & a l’aise de tes plaisirs qui te fait tout ce qui avient contre ce que vouldroyes attribuer au propos de ce que tu ymagines/ Car quant est de la mort du roy et aussi des autres dieu les avoit ordenez a ce terme pour le meilleur comme toutes choses ainsi le face/ & se le mieulx fust les laisser fait le eust Et des jugemens de dieu quoy que ilz vous semblent merveilleux n’est pas en vous deu discuter en hardies parolles/ car comme il soit tout sapient/ scet bien que il fait.
¶ Et des autres adversitez dont tu te plains resembles l’enfant trop mignot qui se deult du petit coup de la verge que son pere lui donne/ et ne scet cognoistre le bien que il lui fait/ ainsi certes te plains sanz cause Car ne scez adroit que sont tribulacions/ & en ce monstres que tu es femme tendre fresle et pou souffrant qui de pou se scent/ Et ce te prouveray je par raison cy apres.
Le reconfort de philosophie.
Toy qui te plains pour un pou de tribulacions se elles te sont survenues tout ainsi comme se dieu fust plus tenus a toy que a un autre/ Avises en toy meismes que pevent dire plusieurs bonnes personnes et christiens comme toy qui par estranges fortunes n’ont pas seulement perdu tous leurs biens temporelz mais leur membres dont sont mahaignez par longue maladie/ et par survenue aventure/ et en autres cas divers tourmentez en esperit ou en leurs corps/ Et ancore avec ce en tel povreté que ilz n’ont lieu propre ne chose pour eulx couvrir ne leur lasse vie repaistre se ilz ne se vont traisnant par entre vous a grant peine/ cerchant voz aumosnes ou souvent treuvent pou de pitié que dirons nous de ceulx la/ ou des autres qui ont diverses grandes tribulacions en maintes guises que ilz sont mal eureux infortunez et de dieu haÿs/ nennil nennil/ Ce n’est mie selon les sentences de noz loys qui sont l’euvangile/ ains dirons que beneurez sont tout ainsi comme dieu le dit lui meismes d’yceulz et des paciens.
¶ _Beati pauperes quoniam ipsorum est regnum celorum/ beati pacifici quoniam filii dei vocabuntur._
¶ Si dis que tu juges follement Car ne sont pas infortunez au regart des distribucions justes de dieu les plus persecutez ains sont les plus beneurez en tant comme plus s’approchent de la vie jhesucrist en ce monde en toute tribulacion. Pour vostre exemple. Si te dis que de tant es tu eureuse et je le te monstre se nyer ne veulx la sainte escripture/ comme tu approches aucunement a ceulx qui passent par tribulacion/ et plus eureuse fusses mais que pacience avec fust/ se plus en eusses/ car de tant seroit plus grant ton merite/ et se tu es ferme en la foy/ de la quelle chose mal fus nee se il n’est ainsi/ point ne mescroiras ce que je dis.
¶ Et a ce propos ne dit saint augustin sur le .xxi.e pseaulme Sache dist il tout homme que dieu est un medecin qui au malade pecheur baille tribulacion pour medicine a son salut non pas pour peine de sa dampnacion/ O malade pecheur quant tu reçois la medicine de dieu en tribulacion tu te deuls/ tu te plains et cryes a ton medecin il ne te escoute pas a ta voulenté mais il te escoute a ta santé.
Encore de mesmes.
Mais alons oultre pour dieu mercis savoir mon de quoy tu te peus clamer de dieu ne plaindre de fortune/ et certes par ce que il me semble en toy apperçois grant ingratitude & descognoissance quant de foison biens graces que par tant de fois t’a faites & fait chacun jour/ non pas seulement ne le remercies ains te reputes recevoir tres grant tort comme se digne fusses non pas senz plus de mieulx avoir mais toutes choses a ton souhaid/ & que il soit vray avise toy avise quans grans benefices et dons de dieu si notables toy indigne as receus/ & chacun jour fais aux quelles choses se bien penser y veulx & sagement en toy discuter tu trouveras que les adventures qui avenues au monde te sont que tu imputes a male fortune te sont propices & couvenables meismement a l’utilité de ton vivre au monde et pour ton mieulx sicomme cy apres te monstreray Mais ta sensualité te tolt vraye cognoiscence.
¶ Je avise que entre les autres prosperitez .iii. choses entre vous mondains sont que vous reputez comme les principales de voz joyes & gloires & sanz partie de ycelles .iii. ou toutes je suppose que il n’est quelconques richece qui content feist cuer d’omme/ Et qu’il n’est si grant tresor des biens de fortune que cellui a qui elles faillent ne voulsist avoir donné se il l’avoit pour posseder ycelles/ les .ii. sont hors soy & l’autre en soy meismes La premiere est estre nez de nobles parens la quelle noblece je entens des vertus/ La seconde avoir corps sanz nulle defformité et assez plaisant saintif et non maladis/ mais bien complexionné et de competant discrecion & entendement/ La tierce joye qui n’est mie petite avoir enfans beaulx et gracieux au monde de bonne discrecion et de bonnes meurs et craignans dieu/ O femme avises ton ingratitude/ Es tu donques exaussie de celles belles graces avec maintes autres que dieu t’a donnees/ il semble que oublié ayes comment il t’est quant si meseureuse te reputes Est il femme au jour de huy que tu cognoisces plus glorieuse de parens que tu es/ ne te souvient il de la digneté de nostre noble philosophe ton pere qui de noz estudes tant estoit familier que nous seyons en la chayere avecques lui devisant de noz secrés et pour l’acointance de nostre industrie fu en son temps repputé le suppellatif en noz sciences speculatives/ & avec ce vray catholique comme tous jours & a sa fin paru/ et vertueux que je m’en rapporte a toy que plus prises seulement & plus te prouffite la rumignacion de son savoir qui demouree t’est que quelconques avoir non obstant que t’en plaignes que il te peust avoir laissié/ penses se contente de ce bien te dois tenir/ Que diray je de ta tres noble mere scez tu point de femme plus vertueuse/ remembre toy depuis sa jonece jusques au jour d’ui se vie contemplative constamment ou service de dieu quelque occupacion que elle onques eust l’a nul jour laissiee je croy que non/ O quel noble femme comme sa vie est glorieuse comme de celle que nulle tribulacion onques ne suppedita ne brisa par impacience son tres bon courage/ & quel exemple de vivre en toute vertu pour toy/ se tu bien t’i mires/ avises combien grant grace dieu te fait ancore avec tout de si noble mere laisser vivre en ta compaignie en sa viellece plaine de tant de vertu/ & quantes foix elle t’a reconfortee & menee de tes impaciences a cognoistre ton dieu/ Et se tu te plains que peine seuffre ton cuer pour ce que vers elle te semble ne peus faire comme il appartient je te dis/ ce vouloir avec la pacience est meritoire a toy et a elle/ et de elle sanz faille la digne conversacion & vie esleue l’a fait estre clere entre les femmes c’est chose nottoire et tres beneuree Item quant au .ii.e/ en tes biens ne t’a par ta foy dieu donné corps fort assez & bien compleccionné selon ta qualité lui en peus tu rien demander/ se tu ne varies/ si gardes que de tel entendement que il y a mis/ bien en uses/ ou se non/ mieulx te vaulsist moins avoir sceu/ Ce qui touche a la .iii.e joye/ n’as tu enfans beaulx gracieux & de bon sens/ ton premier fruit qui est une fille donnee a dieu et a son service/ rendue par inspiracion divine de sa pure voulenté & oultre ton gré en l’eglise et noble religion de dames a poissi/ ou elle en fleur de jonece et tres grant beauté se porte tant notablement en vie contemplative et devocion/ que la joye de la relacion de sa belle vie souventes foiz te rent grant reconfort/ et quant de elle meismes tu reçois les tres doulces et devotes lettres/ discretes et sages que elle t’envoye pour ta consolacion es quelles elle jeunette et ignocente te induit et amonneste a haÿr le monde et despriser prosperité.
¶ N’as tu un filz aussi bel et gracieux et bien moriginez/ et tel/ que de sa jonece qui ne passe .xx. ans du temps que il a estudié en noz premieres sciences en gramaire on ne trouveroit ne rethorique et poetique lengage naturellement a lui propice gaires plus apte et plus soubtil que il est avec le bel entendement & autre bonne intiquative que il a/ et que je ne mente es choses dictes assez sont magnifestes si que chacun le peut veoir/ non pas le te dis pour toy induire a vaine gloire/ mais affin que graces rendes a cil dont tout bien vient qui t’a donné les diz biens & mains autres/ & lesquieulx fortune ne donne mie/ mais lui de sa pure grace especiale a qui il lui plaist.
¶ Des autres complaintes que tu fais de tes amis germains que tu ne vois et qui de toy sont loings/ je ne fais compte Car comme ce monde ci ne soit que un trespas dois esperer que par les prieres de la bonne mere et la preudommie de eulx serés par la misericorde de dieu conduis en la cité de joye c’est la sus ou ciel ou se dieu plait vous entre verrés perpetuellement.
Blasme philosophie christine de ce que elle se plaint.
De ce que ton mari en jone aage mort te toli dont tu te plains je te dy que dieu ne te fist nul tort quant son serf pour mettre en plus hault degré volt ravoir/ et lui plut que tu demourasses en la vallee de tribulacion pour esprouver ta pacience et pour toy affiner en vertu/ Sicomme dit saint augustin sur le .lx.e pseaulme que en une meisme fournase la paelle art & l’or se purge/ la paelle tourne toute en cendre/ & l’or de toute escume et ordure se nettoye/ Et que est a entendre la fournase doulce amie scez tu/ c’est le monde ou tu es/ la paelle/ Ce sont les mau prouffitans/ l’or/ ce sont les justes/ le feu/ c’est tribulacion/ l’orfevre/ c’est dieu/ Ce que l’orfevre a voulu faire de toy/ il te doit plaire/ ou il te veult mettre tu le dois vouloir/ tu as commandement de endurer il a l’office de purger/ et combien que la paele arde en ce feu/ c’est la douleur que tu sens/ toutevoye se tu es sage tu t’y purges comme l’or.
¶ Et ancore avec tout ce que le mieulx ait esté pour toy/ et au prouffit de ton sens le te monstreray Il n’est ou monde plus grant bien et toy meismes pas ne le me nyeras/ que cellui qui vient de l’entendement/ & qui le parfait en savoir/ la quelle chose fait estude qui apprent science/ et experience de moult de choses/ Ces .ii. causes font la personne estre sage se faute de l’entendement ne lui tolt a ton propos il n’est mie doubte que se ton mary te eust duré jusques a ore/ l’estude tant comme tu as ne eusses frequenté Car occupacion de maisnage ne le t’eust souffert au quel bien d’estude tu te mis comme a la chose plus esleue selon ton jugement apres la vie qui est de tous poins pour les parfais c’est la contemplative/ la quelle est vraye sapience/ le quel bien d’estude je sçay que confesseras que pour tous les biens de fortune ne vouldroies quelque pou que y ayes fait ne t’i estre occuppee & que la delectacion qui tant t’en agree ne eusses Dont ne te dois tu pas tenir pour meseuree/ quant tu as entre les autres biens une des choses du monde qui plus te delite et te plaist a avoir/ C’est a savoir le doulx goust de science. Item se riche et garnie & sans tribulacion fusses demouree/ en delices te fusses nourrie/ lesquelles choses conduisent creature a plusieurs inconveniens/ Si n’eusses mie l’experience de congnoistre le monde/ et cause de tant le haÿr/ la quelle chose dieu veult/ Et par consequant ne fusses si savant/ car saches de vray que les riches que chascun agree non mie pour eulx/ mais pour le leur/ n’ont si grant cause de congnoistre les fallaces du monde ne lesquieulx sont leurs vrays amis comme ont ceulx qui les espreuvent et qui passent par adversitez Car il leur semble pour ce que le monde leur rit que il ne soit autre paradis et que il soit vray/ toy meismes as ouy mainte foiz dire a de yceulx riches/ qu’ilz vouldroient que dieu gardast son paradis et a tous jours les laissast en ce monde/ Or regarde a quel prejudice tournent les delices quant ilz ramainent la voulenté qui doit suivre raison a tele bestialité que elle ne use ne que une beste mue ne mais aux pastures basses/ & ne se lieve ne regarde a son propre lieu naturel qui est le ciel dont l’ame fourmee a l’image de dieu est venue et doit tendre a aler Et que il soit vray que les espreuves de tribulacion te soient prouffitables je me rapporte a toy que se dieu te ramenoit a un pou plus d’aise de prosperité que pour riens ne vouldroyes que tribulacion ne eusses essayee/ Or conclus en toy meismes et prens garde/ puis que ainsi est que a l’entendement & au bien de ton corps sont valables/ se a l’ame/ se bien en as usé plus sont proufitables/ Car dit saint augustin sur l’euvangile saint jehan/ Les tribulacions que dieu veult que tu ayes a souffrir en ce monde/ ce n’est pas peine de dampnacion/ ains est le flayel de correccion Et vous enfans de dieu estes appellez a l’eritage pardurable/ Et si ne daignez estre flayelez.
Encore de ce mesmes.
Apres il me semble que tu te plains Et dis que comme tu fusses choite es las de dure fortune tantost que tu fus vesve te assaillirent les mauvais par divers travaulx de plais & de plusieurs inconveniens que ilz te bastirent O ma chiere amie/ ce n’est pas de nouvel que les mauvais persecutent les ingnocens qui deffendre ne se scevent ou pevent/ mais non pourtant que ce soit a leur dampnacion/ yceulx persecuteurs/ se bien a ton utilité sceusses user des trais de leurs dars seroient les orfevres de ta couronne// Car dit saint jerome en l’epistre a ciprian que de tant comme creature humaine plus est afflicte par poissance d’ennemis & de cruauté/ et de tant plus croist la couronne de son loyer/ O folle qui plouroies par desconfort a ton foyer comme dit as ou temps de tes tribulacions/ helas & ainsi faisoies de ton prouffit ton dommage/ se par impacience estoit Car dit saint augustin/ beau filz se tu pleures gardes que ce soit soubz la correccion de dieu ton pere et non mie par impacience/ car la verge dont il te bat n’est mie punicion/ ains est signe que tu as part en son testament Car dieu t’envoioit ton mieulx et user n’en savoies Or regarde les beaulx enseignemens des sains docteurs/ car de tel viande te vueil je repaistre comme elle soit plus penetrant par aventure en ton entendement que force d’argumens ne seroit/ de quoy autre foiz usay en confort de creature humaine.
¶ Helas ne t’enseigna en ce pas ci saint gregoire ou .x.e livre de morales que tu devoies faire lors que il dit tieulx parolles/ de tant dist il/ que nous endurons pour l’amour de nostre dieu plus paciemment tribulacion de tant plus croist nostre esperance en lui/ Car la joye de retribucion pardurable ne peut estre cueillie se premierement n’est semee en affliccion/ Et escoute un beau vers de ses parolles.
¶ Les maulx qui ycy nous estraignent a aler a dieu nous contraignent.
¶ Et combien que ci devant t’aye dit/ et il est vray que cause n’eusses de si grant affliccion avoir selon le effait des choses comme tu dis que avoyes/ Toutevoyes puis que te reputoies mal eureuse tu l’estoies/ et c’estoit ce qui le te faisoit estre/ Car se toy meismes ne t’i reputasses ne le fusses mie/ Dont puis que maladie ta meismes reputacion te donnoit medicine/ Il couvient a quelque cause que le mal soit venus mais a celle fin que a de tes amies ou amis semblablement enformez/ ou a d’autres simples ou ignorens du coliege chrestien a qui ce vendra a congnoissance puisse mon remede estre valable/ le regime a garison prouffitable de tel maladie ne te sera par moy vee/ Et ancor voy que maistier en as/ et a propos que de pou te plaignisses.
¶ Escoute que dit Cassiodore sur le psaultier/ nous endurons dist il petites choses mais s’il nous souvenoit bien quel buvrage pour nous but en la croix de nostre seigneur qui a lui nous appelle/ nous avons matiere de pacience O creature se il est ainsi que tribulacion tu ayes receue ou reçoives/ Comment dieu t’a donné belle maniere de vivre se bien en scez user/ car tribulacion euvre l’oreille du cuer mainte foiz la ou mondainne prosperité la clot.
Encore de ce.
De ce que tu m’as dit/ que cheus en paroles de ce de quoy tu estoies ignocent dont tu te troubloies O chiere amie quelle gracieuse punicion dieu qui t’aime & n’est mie doubte que mainte fois l’as courroucié par divers pechiez Il te volt donner par te corriger en ce que tu n’estoies mie coulpable pour les pechiez muciez par aventure en conscience ou par effait en quelque maniere que commis avoies/ et ainsi mainte foiz le fait a creature Car en la chose dont n’est mie en coulpe la pugnist d’autres divers pechiez mais c’est grant purgacion pour cellui qui est persecutez de son innocence/ et les flaiolz des mauvais sont les instrumens de sa gloire/ Et de cessi dit saint gerome es morales ou .xx.e livre le tout poissant dist il seuffre en ce monde que les mauvais griefvent les bons/ a ce que par la forsennerie des reprouvez soit purgee de la vie des esleus/ Et n’est point a cuider que jamais dieu souffrist que les mauvais ainsi cruellement tourmentassent les non coulpables ou les bons se il ne veoit combien il leur prouffite/ Car quant les mauvais forcennent sur les non courpables Adont sont luisans les ignocens & purgiez & la perversité des mauvais plus redonde sur la perdicion de eulx O dieux et de entre vous qui passer voulez de delices en delices c’est a savoir des ayses de ce monde que vous desirez aux biens celestiaulx la quelle chose ne se peut faire.
¶ Escoutez que dit saint gregoire en une omelie quant je considere dist il job couché sus un fumier comme mesel/ Saint jehan baptiste mourant de fain en un desert/ saint pierre estendu en crois/ saint jaques decolé de herode/ Je pense comment dieu tourmentera a son jugement durement ceulx que il repreuve/ quant ycy presentement il afflict si durement ceulx que il aime et appreuve.
¶ Et entre vous mondains qui pensez en voz petites tribulacions que dieu vous ait oubliez Et que fortune vous persecute/ Pensez vous que il soit plus tenus a vous que a ses autres bons amis a qui tant laissa souffrir.
¶ Mais de ycelle souffrance escoutez que dit saint bernard en un sermon/ mes freres dist il nous sommes en ce monde ainsi comme en un champ de bataille/ Et pour ce qui ycy playez de tribulacion n’apperra ne recevra en l’autre la victoire de la couronne glorieuse/ O belle amie que cellui est sage & vray/ Bon mainnager ou celle/ qui toutes choses scet bien traire a son prouffit & bien en user soit de prosperité ou d’aversité/ mais comme les delices mondains soient plus fors a en user au prouffit de l’ame que les tribulacions nostresire pour bien de creature communement les envoie a ses mieulx amez/ Car nient plus ne lui cousteroit a envoyer prosperité que aversité/ mais soyez certaine que lui qui scet vostre fragilité le fait pour le meilleur de cil a qui l’envoye/ Car non obstant que vous en murmuriez par impacience souventes fois si estes vous plus actes en la voye de tribulacion a aler ou ciel que ceulx qui sont nourris es grans delices/ et que il soit vray se mescroire ne voulez comme heretiques les saintes escriptures & les sains docteurs moult en avez de preuves/ Car se tu me dis que fortes sont a passer les tribulacions de ce monde & que elles dueillent griement.
¶ Helas escoute a ce propos que dit crisostome sus l’euvangile saint mathieu/ se aucun dist il repute la voye de ceste vie laborieuse pour les afflictions qui y sont il accuse sa parece/ Car se aux maronniers les floz de la mer & les tempestes et les gelees de l’iver aux laboureurs/ et les playes orribles navreures aux chevaliers/ Semblent estre legeres a porter pour l’esperance du gaing/ ou de l’onneur temporelle que ilz en attendent par plus forte raison nous doivent sembler aysiees les tribulacions de ce monde pour les quelles nous est promis paradis en loyer.
¶ Ha dieux & avec tout ce pensez vous point entre vous pecheurs que ayés desservi par maintes diffames ancore trop plus grant punicion que souffisant n’est de pugnir l’aversité que vous avez/ Et quant dieu selon sa misericorde amodere et adoulcist vers vous sa justice pour un pou au regart de voz maulx vous donner a souffrir/ n’estes vous bien tenus a lui/ Et a ce propos dit pierre de ravenne en une epistre/ dieu dist il te pugnist en ce monde a ce que la peine temporelle rachate tes ardeures de la mort pardurable/ Car ainsi que les pierres ne sont mises en edefice se premierement ne sont taillees & au martel acquerries ne le grain n’est point mis ou grenier tant que au fleau soit batu/ aussi ne peus tu estre logié en l’edefice de paradis ne mis ou guernier des esleus se tu n’es esprouvé par tribulacion.
Encore de reconfort.
Amie chere par ce que dit t’ay/ me semble que assez doit souffire au propos que au premier je promis te monstrer ton tort des grans reclaims que m’as fais de tribulacions que tu dis avoir passees n’estre si grandes que tu les poises/ & aussi que pour ton prouffit te sont premises se en toy ne tient. Assez me semble t’ay prouvé souffisamment/ mais sur le temps present ou quel tu dis ancores durer tes infortunes ou tu ne vois ne cognoiz voye de relachement/ Te respondray confondant pareillement tes oppinions en ce que tu ymagines.
¶ Et apres pour le temps avenir se croire me veulx tout ainsi comme le bon medecin quant il a curé son malade/ lui baille regime pour preserver sa santé & affin que il ne renchee/ te bailleray ordre et voie de estre conduite a la vraye felicité ou tout cuer humain doit tendre comme il n’en soit point d’autre/ Et premierement pour ce que tu ne congnoiz ton estat le te fere congnoistre/ te feray une demande Car par ce que de toy entens tu ne te tiens mie content de telle porcion que tu as de biens Et t’est avis que assez de autres abondent en superfluitez de choses dont escharceté as et souffreté/ Si te demande se tu congnoiz homme ou femme soit prince princesse ou autre des plus remplis des biens de fortune/ soit en seignourie/ estas honneurs et autres dignitez/ je te parle de la vie des mondains/ & en resserve les speculans nobles de entendement/ que tu voulsisses avoir changié ton simple estat & maniere de vivre/ la voulenté que tu as et l’amour et delit de estude que tu prens a ta vie solitaire pour avoir la cure & charge de tant de divers faisselz/ Et dame de conscience et l’ardeur de couvoitise & tout tel courage comme a le plus eureux & fust meismes converti ton corps foible & femenin en homme pour estre transmuee de condicions et de tout en cellui ou celle a qui tu reputes es biens mondains fortune plus propice/ adont respondis a la dame honoree/ dame a quoy me fais tu ceste demande/ ne scez tu que couvoitise tant ne me suppedite que pour tous les biens de fortune voulsisse avoir changié mon estre a cellui d’un autre pour toutes ses richesces/ O folle et comment peut estre que apres tele sentence tu te reputes mal eureuse et puis que mieulx te souffist ton estat que cellui de un tres poissant riche ne feroit/ pour le laissier donc te reputes tu plus riche c’est a savoir plus eureuse que le plus riche qui soit tant que touchent ses richesces/ Car comme toute chose tende tous jours a sa perfeccion/ se tu reputoies le plus riche plus parfaict que toy/ tu vouldroies doncques ton estre avoir au sien changié/ Et ainsi peus tu veoir que le mal ou le bien que les gens ont leur vient par cuider et par oppinion & non mie des choses/ Car cellui est riche qui plus ne couvoite/ et cellui est povre qui art en desir/ amie chiere ci n’as pas mauvaise cause/ or te souffise doncques l’estat ou dieu t’a appellee/ Et de ce que tu te complains de la charge de plusieurs parens que il te faut avoir/ prens la en pacience et fais ton devoir/ Car tout est pour ton merite/ & te resjouis en ce que ilz sont bons/ & espere en dieu comme dit le psalmiste et fais bien/ Car il ne te fauldra ja/ nature est de pou soustenue qui vit a la neccessité de nature il se sauve. Mais qui vit selon les supperfluitez de delices il se pert et dampne & accourse ses jours.
Le reconfort de philosophie aleguant la sainte escripture.
Mais pource que tu n’as pas ancore la mer de ton pelerinage toute passee te tendray de promesse verité sus l’enseignement de ton vivre.
¶ Tu qui felicité desires se parvenir y veulx viens a moy je te ouvreray la voye/ la quelle non obstant que toute soit plaine de tribulacions/ aler n’y peus par autre chemin et pour ce que entre les autres peines dures a souffrir semble entre vous mondains que injure et persecucion sanz cause receue de voz prochains soit a porter paciemment la plus fort chose fonderay l’entree de nostre oroison sur ce que dit a ce propos saint gregoire sur ezechiel/ tous les biens dist il que nous faisons sont nulz se paciemment nous ne endurons les maulx que recevons de noz prochains Et de ce nous donna exemple Jhesucrist qui plus souffry de son meismes peuple que autre homme ne pourroit souffrir.
¶ Mais bien dit voir grisostome/ quant sur l’epistre saint paul aux ebrieux il dist/ il n’est riens qui si grant confusion au persecuteur qui autrui persecute face que de endurer paciemment & forment ses injures/ et ne lui en rendre vengence en fait ne en parolle.
¶ De ce parla hue de saint victor ou .iii.e livre de l’ame/ grant vertu dist il est a cellui qui est blecié se il espargne cellui a qui il pourroit nuire Car c’est la plus noble victoire que homme puist avoir que de espargner par vertu cellui a qui grever pourroit.
¶ Et que les mauvais soient communement persecuteurs des bons/ ne fus pas repunante a ce que devant est dit/ quant je dis a mon amé boece que ceulx de nostre prophession desirent a estre haÿs des mauvais/ Car comme toute chose hee son contraire ne seront pas leurs hayneulx participans de leurs mauvaistiez.
¶ O gens mortieulx ce dit boece pour quoy la hors querez la beneurté qui assise dedens vous est ignorence vous deçoit/ car la pure vraye beneurté est avoir de soy meismes la seigneurie Car homme n’a si chere chose comme soy meismes Et ce ne lui peut fortune tolir/ Et affin que tu saches que es choses de fortune ne peut avoir felicité je te dy que felicité et beneurté sont les souverains biens de nature Et ce est raison et entendement & bien souverain ne peut estre perdus/ Et ces meismes paroles que je te dis pareillement dis a mon amé boece// Donques entre vous usez des dons de dieu et laissez aler ceulx de fortune/ et apprenez a seignourir vous meismes & adont ne vous seront tant grevez a porter les tribulacions pour l’amour de cellui pour qui le ferés.
¶ Car dit a ce propos saint gregoire ou .v.e de morales se la pensee de l’omme est adreciee en dieu par forte entencion/ quanqu’i est amer en ceste vie lui semble doulx/ & tout quanque afflict il repute repos.
¶ Ancore dit le benoit gregoire sur ezechiel dieu avec ses dons nous mesle ses fleaulx/ a ce que tout quanque mondainnement nous delictoit nous semble amer/ et affin que en noz courages un feu se alume de charitable pacience qui nous excite tous jours au desir du ciel. Et ainsi nous morde delitablement/ nous tourmente souefvement/ et qui nous contriste joyeusement Ha dist il ou premier de morales/ le benoit job quant dieu souffroit que il fust de l’ennemi frappez/ autant de voix de pacience comme il rendoit en ses tourmens autant de dars il regitoit contre son adversaire/ Et assez plus grans coups lui donnoit que il ne soustenoit.
¶ Et en ce dist il lui meismes est discernee la pensee juste de la pensee injuste Car la juste en tous estas et en toutes adversitez confesse la louange du tout poissant/ & l’injuste ne fait que murmurer.
¶ Et de ce dit saint ambroise sus le pseaume de _Beati inmaculati_/ En ce as tu le grant merite de pacience se toy existant subget aux tribulacions tu loes les jugemens de dieu/ se tu grevé de maladie tu rens graces/ et en quelque estat que tu soies plus afflict & tant plus prouffites.
¶ Que te diroye de la noble vertu de pacience se toy existant subget aux tribulacions/ tu loes les jugemens de dieu/ se tu grevez de maladie/ tu rens graces & en quelque estat que tu soyes plus afflict et tant plus prouffites.
¶ Que te diroye de la noble vertu de pacience/ c’est celle en toute somme qui est la maistre portiere de paradis/ et sanz qui les autres vertus ne tiennent lieu Et ce conferme Cassiodore sur le psaultier/ pacience dist il est la vertu qui vaint toutes choses non mie en combatant mais en souffrant non pas en murmurant mais en rendant graces C’est la vertu qui nettoie toute l’ordure de volupté & qui a dieu rent les ames cleres.
Instruit philosophie a despriser les biens mondains.
Et de ce que entre vous tant amez les assemblemens des richeces/ & tant vous traveillez pour ycelles m’en tairay je dont non feray Car combien que par aventure petit penetreront mes parolles es courages obstinez/ non pourtant viennent avant les notables au propos de leur vitupere/ lesquieulx le dit boece nostre amé recite en son livre de reconfort/ et les approuvons par l’escripture sainte en la maniere encommenciee/ et avisez quelle introite d’ycelles/ veulx tu dist il assembler peccune il couvient que tu la soubtrayes a qui que soit veulx tu avoir dignetez tu seras ou desdaing des envieux/ veulx tu surmonter les autres/ tu seras en peril de hayneux/ se tu montes en poissance/ la paour de decheoir ne te laira point/ veulx tu renommee avoir il te couvendra moult souffrir veulx tu delices/ tous ceulx te despriseront qui serf te verront a tes aises/ Et pour ce peus notter que ces voies ne font pas l’omme riche C’est a savoir assouvy.
¶ Escoute ancore ces propres parolles/ certes dist il les richeces n’estaignent pas l’avarice que l’en ne peut saouler/ ne la poissance ne fait estre seur cellui qui de lians est enchaennez/ Et quant povoir vient aux mauvais il ne les fait pas bons mais descueuvre et monstre leur mauvaistie dont veu ce que vous avez joye de mettre voz cures a choses qui autre sont que vous ne les nommez & que l’en peut assez reprendre pour ce que elles ne sont ne vrayes poissances ne vrayes dignitez/ Je puis conclurre de toute fortune que il n’y a chose qui a desirer face ne qui naturellement soit bonne quant tous jours elle ne se joint pas aux bons & que a ceulx a qui elle se joint elle n’est pas bonne.
¶ Et assez s’acorde a ceste sentence aristote quant ou livre de bonne et de male fortune dit que la ou est le plus grant engin et entendement n’est mie tous jours la meilleur fortune/ Et souvent avient que la ou fortune est plus propice n’est mie le plus grant entendement.
¶ Et ce est contre les arrogans qui presument d’eulx/ Et cuident que quant fortune leur est propice que ce soit pour leur grant savoir ou value/ mais comme l’experience du contraire nous soit magnifeste veons le plus des bons et de cler engin mal fortunez es biens mondains/ Et pource est voir le proverbe des lombars qui dit/ a fol aventureux n’a lieu sens/ mais dit boece que plus prouffite la male fortune que la bonne Car la bonne fait semblant de beneurté/ Et ainsi elle ment comme en ses biens n’ait beneurté/ Et la mauvaise est vraye en ce que elle monstre par soy changier que elle n’a point d’estat seur/ La bonne donques deçoipt & la mauvaise fait sage par l’usage de tribulacion/ Et certes Comme il dit les richesces ont donné nom a maint mauvais & sanz vertu/ Et pour ce cuident yceulx que il ne soit autre bien ne plus digne chose que avoir tresors pierres precieuses et grans seignouries/ O viles dignetez et poissances du monde que entre vous exaussiez jusques au ciel et ne savez qu’est povoir & vraye digneté/ & se mauvais vous a/ onques grant elevacion d’eaues ou de flames plus ne dalmagierent.
¶ Helas homme/ et se tu regardes ton corps/ tu ne trouveras pas plus foible chose/ Car le mors de un chien ou une mouche/ se elle entre dedens toy t’occist aucune foiz/ et de quoy peus tu qui tant te orgueillis avoir povoir sus autre/ ce n’est ou corps & es choses de fortune/ mais a force le cuer qui est franc & fort par le conduit de raison n’est mie en toy de mouvoir.
Ci dit comment selon les diz de sainte escripture prosperité mondaine ne fait a priser.
Et au propos ancore que dieux ait en reprobacion les mauvais riches & que les simples ne se doient esmerveiller se il leur seuffre avoir des biens temporeulz/ et consent que les bons soient persecutez Retournons aux saintes escriptures/ Car de ce dit Bede sur l’epistre saint jaques Ne soyez dist il point indignés se les mauvais flourissent en ce monde/ Et vous serfs de dieu avez a souffrir/ Car ce n’est pas de chrestiane religion estre exaussez en ce monde/ mais estre abaissiez/ & deprimez Les mauvais n’ont riens ou ciel ne vous riens en ce monde/ Et pour ce en esperance du bien ou vous tendez quelque chose que il vous aviengne en la voye de ceste vie vous en devez esjouir.
¶ Et ce tesmoigne saint gregoire en la .xl.e omelie sur les euvangiles/ qui dit ainsi/ cellui que dieu het il lui seuffre avoir prosperité en ce monde/ Et aussi retient il cellui que il aime soubz le frain de tribulacion Et de ce monstra bien exemple mon seigneur saint ambroise quant une foiz aloit par le pays & se volt logier pour la nuit en un hostel/ si appella l’oste/ Et ainsi comme il avoit de coustume lui demanda de sa fortune/ Le quel lui respondi que toute sa vie avoit flouri en honneurs & habondé en richeces ne onques ne estoit decheu ne en adversité maladie ne autre desplaisir/ mais tous jours lui estoient venus ses choses a souhaid/ Adont ces choses ouyes saint ambroise s’en parti/ et logier ne s’i volt combien que il fust nuit/ Et dit que continuee succession de temporelle prosperité n’est mie signe de estre amé ne esleu de dieu/ ains est signe de pardurable dampnacion.
¶ Viengne avant Seneque & die a nostre propos son dit. voy le ci en la .lxxxvii.e de ses epistres/ Se tu veulx avoir dist il la vraye extimacion de l’omme/ et savoir quel ou quen grant il est/ regardes le tout nu/ ostes son patrimoine oste ses honneurs & les autres mençonges de fortune et le regardes se tu peus non pas ou corps mais ou courage/ et la verras tu quel et com grant il est la saras tu se il est grant du sien ou de l’autruy.
Conclusion des choses susdites & ancore de ce.
N’avons nous mie assez prouvé qu’en richeces et honneurs mondains n’est pas felicité/ donques nous couvient tendre a la trouver/ mais comme en ce monde ne peut estre trouvee/ ancore treant a nostre propos dire nous en couvient/ si appert assez estre vray ce que dit boece/ Les choses n’ont pas honneur selons elles/ mais selons l’extimacion & opinion des gens qui le donnent et rostent comme il leur plaist/ Et donques puis que injustement se pevent tieulz honneurs donner je conclus que elles sont villes O donques vaine gloire/ ce dist il respandue en multitude de gens/ tu n’es autre chose fors enfleure d’oreilles/ Car on voit souvent louer par faulse oppinion de peuple ceulx qui n’ont mie en eulx le bien que on y dit/ Et ce ne peut estre sanz leur grant honte quant ilz sentent que ce leur fault dont ilz sont louez/ Et se il est ainsi que preudomme doye estre loué pour sa vertu/ que lui chaut quant il ne quiert pas la faveur du peuple/ mais la bonté de sa conscience/ Et se on tient belle chose avoir renommee/ aussi doit on tenir a laide qui ne l’a.
¶ Que diray je dist il des delices du corps quant on les quiert il donnent grant traveil/ quant on les a ilz tournent a ennuy/ quant on les a eues ilz engendrent enfermetez & tele est la paye de ceulx qui leur fin y mettent// Or est donques ainsi/ ce dist il que richeces honneurs/ royaumes/ seigneuries forces beautez et poissances ne donnent pas de felicité/ Car riens digne n’est de estre appellé felix comme dit est devant se il n’est perpetuel/ et comme teles choses ne le soient n’est pas cellui felix qui les a/ mais voy cy que il dit apres/ veulz tu savoir dist il la vraye felicité qui repaist l’ame et donne souffisance/ Or tourne ta force d’autre part/ si verras celle qui donne poissance gloire renommee & delit tout ensemble/ & ce est dieu autre chose ne l’est Sicomme ou dit livre de boece je prouvay par sa bouche/ et les fleurs de ycellui je ay cueillies et appliquees ycy a ton propos pour faire d’une sorte un gracieux chappel avec les dis des sains docteurs pour ton livre/ a la fin comme victorieux couronner/ Or viengnent les roses de la sainte escripture avec noz violettes et frappons ancore contre les arrogans du monde.
¶ Tu ce dit saint augustin qui tant aimes le monde pour quel loyer guerriez vous/ n’est ce pas vostre plus grant esperance que vous puissiés estre amis du monde. helas et quel bien est cestui au quel on ne peut venir fors par grans inconveniens. homme homme laissez perir toutes ces vanitez/ et te convertis a la seule inquisicion qui a gloire et n’a fin/ & qui est ce/ ce est seul dieu.
¶ Helas ce dist il ancore en une epistre/ ce monde ci plus est perilleux quant il se monstre souef/ que quant il se monstre moleste/ & plus a eschever quant plus attrait a soy amer.
¶ De ce meismes ancore dit sur l’epistre saint jehan le monde dist il est plain de tribulacions et voy cy comment chacun l’aime/ que seroit ce se il estoit paisible/ s’il estoit bel comment t’y appuyeras tu quant si lait & tant conturbez si fort l’embraces/ Et quant des espines ne peus retraire ta main/ bien cueilleroies des fleurs se elles y estoient.
¶ A ce propos dit saint gregoire en une omelie/ veez cy dist il le monde qui est en soy tout seq/ Et toutevoyes ancore flourist il en noz cuers par tout mort/ par tout plain de plour/ et par tout en desolacion/ nous sommes de tous costez ferus/ nous sommes de tous lez remplis de amertume/ Et toutevoyes de nostre avugle charnelle pensee et concupiscence nous aimons ces amertumes nous les suivons fuyant nous nous espinons a lui trebuchant/ et pourtant que il trebuche nous ne nous povons tenir avec lui sanz tresbucher.
¶ Mais dit saint bernard en un sermon/ A qui jhesucrist prent a sembler doulx/ c’est neccessité que lui semble le monde amer.
¶ Encore dist il sur quantiques/ ce monde est tout plain d’espines ilz sont en terre ilz sont en ta char/ & converser entre ces espines & n’y estre point blecié c’est de vertu divine et non pas de nostre fragilité.
¶ Mais de ce dit saint gregoire es morales ou .xxiii.e a ses esleuez qui vont a lui/ nostre seigneur a fait le chemin aspre a celle fin que tant ne leur plaise le repos de ceste vie en fourme de la doulceur du chemin que ilz ne se delitent plus a cheminer longuement que a tost venir au terme de leur repos/ & que tant ne leur plaise la voye que ilz en oublient leur propre pays/ C’est le ciel. Mais voy cy que il dit apres les cuers de esleus dist il qui attendent les joyes de paradis prennent cuer et force es adversitez Car de tant que croist plus la bataille de tant attendent ilz plus glorieuse victoire/ les desirs des esleus si prouffitent tant que ilz sont ainsi affermez es tribulacions comme le feu ardant que le vent rabat la flame/ et toutevoye le fait plus croistre et combien que il semble que estaindre le doye il le enforcist.
Encore de ce mesmes.
Or trayons au terme de nostre oeuvre au quel te desir a l’utilité de ton sens conduire c’est a savoir a la conclusion de la vraye felicité/ ou tu dois tendre comme nous ayons assez monstré par maint dignes preuves que sont faulces felicitez combien que la cure des choses morteles s’i traye/ n’est mie celle/ ains est celle qui a en soy bien parfaict & qui la plus ne peut desirer/ c’est dieu comme dit est/ car on ne peut penser riens meilleur de lui/ il couvient dont que son bien soit parfaict/ Car autrement ce dit boece/ et il est vray ne seroit il pas prince des autres biens/ Si avons dit ce dit boece & aussi nous l’acordons que felicité est souverain bien/ et tu vois que homme est beneureux quant il a felicité/ & felicité si est dieu/ dont est homme dieu quant il a felicité ainsi comme ceulx qui ont droiture sont droituriers/ & ceulx qui ont sapience sont sages Et ainsi ceulx qui ont divinité sont dieux/ & cil qui a felicité est dieu dont tous beneurez sont dieux/ mais par nature il n’est que un dieu et par participacion il en est moult/ Et ces parolles sont le propre texte du dit livre de boece en consolacion/ Or avons trouvee celle benoite felicité que desirer devons/ mais que ferons nous de celle felicité nous promet elle riens.
¶ Viengne saint gregoire en son omelie et le nous die/ veez le cy/ se nous considerions bien quelles et comment grans choses nous sont promises es cieulx/ nous reputeriens villes toutes les choses que nous pourriens avoir en terre/ Car toute la substance terrienne comparee a la souveraine felicité nous est plus a charge que a ayde/ la vie temporelle comparee a la vie eternelle est plus mort que vie/ Car le deffault de nostre cotidiane corrupcion n’est mais que une prolixité de mort Mais qui est ce qui peut raconter ne entendement comprendre com grandes sont les joyes de celle souveraine cité/ estre tous jours present es compaignies des anges avec les benois esperis/ estre assistant a la gloire de nostre conditeur/ veoir le visage de dieu & la benoite trinité face a face/ regarder sa lumiere incomprehensible/ n’avoir jamais paour de la mort/ & soy esjouir du don de perpetuité.
¶ De celle benoite trinité un petit parlons pour plus grant efficace selon les diz des sains docteurs/ et en elle vueil que soit terminee ton oeuvre qui te doint grace que ainsi soit a la fin ta vie/ Mais comment oseras tu entrer a la mediter toy povre miserable creature.
¶ Car dit saint augustin ou livre de la trinité que tout l’ost de pensee humaine n’est pas assez fort pour soy ficher en celle excellente lumiere pardurable se elle n’est bien purgee par justice de foy. Mais que plus soubtilment je t’en declarasse n’est neccessité.
¶ Car dit saint augustin ou sus dit livre que l’en ne peut plus perilleusement ailleurs errer ne l’en ne peut riens plus laborieusement querir/ ne l’en ne peut riens plus prouffitablement trouver que la benoite trinité du pere du filz et du saint esperit en unité de essence divine.
¶ Mais de ce dit il lui mesmes ou livre des paraboles de nostre seigneur parlant contre arrian/ nous veons dist il le souleil ou ciel courant luisant et chault/ aussi/ ces .iii. choses a le feu mouvement lueur et chaleur/ Se tu peus donques dist il faulx arrian devise l’une qualité de l’autre ou souleil/ ou ou feu/ Et puis si devise la trinité/ Et pour ce comme dit saint bernard en un sermon Trop enquerir de la benoite trinité c’est perverse curiosité/ fermement croire et tenir de la trinité ainsi que tient l’eglise et la foy catholique/ c’est seureté.
¶ Il est ce dit ancore saint augustin en un sermon plusieurs trinité/ c’est a savoir la trinité qui nous a fait/ la trinité qui nous deffait/ la trinité qui nous refait/ la trinité qui nous a fait/ c’est la trinité pardurable/ le pere/ le filz et le saint esperit. La trinité qui nous deffait c’est une trinité miserable Quelle est elle/ c’est non puissance/ ignorence/ et concupiscence/ et par ceste trinité miserable est deffaite nostre trinité raisonnable C’est a savoir memoire entendement et voulenté Car quant nostre ame se dechiet de la trinité pardurable/ la memoire chiet en non puissance l’entendement en ignorence la voulenté en concupiscence/ la trinité qui nous reffait/ c’est une trinité prouffitable/ foy/ esperance/ charité/ foy des articles des commandemens & des sacremens/ esperance de pardon de grace et de gloire/ Charité de pur cuer de bonne conscience & de foy non pas fainte.
¶ Mais veoir la benoite trinité ainsi que elle est c’est la vraye felicité seule & souveraine/ et non autre ou doit estre le terme et fin du desir de toute humaine creature/ a la quelle felicité te vueille conduire celle benoite trinité un seul dieu regnant ou siecle des siecles amen.
Respont christine a philosophie & la remercie en la personne de theologie.
Adont se tut la dame honoree/ et je commençay a ainsi dire/ O tres souveraine aministrarece de la pasture/ et du restorant medicinable qui ne garist pas tant seulement le malade par tribulacion navré/ mais lui rent vie force & vigueur par le doulx ongnement et liqueur de ton reconfort/ Toy philosophie l’armoire et corps de toute sciences/ lesquelles sont tes membres/ Je apperçois que il est vray ce qui est dit de toy sicomme saint augustin recite Car tu es toutes sciences et a tes amez te demonstres tele qu’il te plaist selon la voye que on te veulent enquerre & a moy simple de ta digne grace t’es monstré en fourme de sainte theologie pour repaistre mon ignorent courage le plus sainement a mon salu/ ne m’as pas fait comme a ta chamberiere/ mais mielx que tu ne promis/ C’est a savoir moy servie de tes plus prouffitables et dignes mes qui viennent de la table de dieu le pere/ dont te mercy C’est assavoir dieu qui est toy plus que ne saroie dire Et vrayement es tu toutes les sciences/ Car tu es vraye phisique/ c’est a savoir theologie en tant que tu es de dieu/ Car toutes les causes de toute nature sont en dieu createur/ Tu es ethiques/ car bonne vie et honneste que tu formes & apprens/ c’est a savoir a amer/ ce qui est a amer c’est dieu et le prochain/ & ce la toy theologie monstres tu en la science de phisique & de ethiques/ Tu es logique car la lumiere et la verité de l’ame raisonnable tu demonstres/ tu es politique Car tu apprens a bien vivre/ Car nulle cité n’est mieulx gardee que par le fondement et l’eaue de foy et de ferme concorde a amer le bien commun qui est tres vray et tressouverain/ c’est dieu de qui tu parles en la science en quoy a moy t’es demonstree/ c’est a savoir theologie. O theologie que je vueil louer dame en toy souveraine philosophie. Je congnois que quant homme apprent hors de toy/ se il lui est nuisible par toy il en scet la verité/ Se il lui est prouffitable aussi tu lui demonstres/ et quanque il ara peu apprendre ailleurs se en toy ne refiert/ tout sera parte de temps et ignorence/ Car tu es la sapience vraye/ ne autre chose n’est que toy en qui est trouvé ce que ailleurs ne peut estre c’est vraye felicité.
¶ Et ce tesmongne de toy saint gregoire ou prologue du livre des morales que tu as en publique ce de quoy tu peus nourrir les petis/ et de ce l’experience en ma personne le me tesmongne/ Et gardes en ton secret ce dont tu peus prendre les haulx entendemens en grant admiracion/ Car tu es ainsi comme un fleuve qui semble estre si pou parfont que un aygnel y prent pié/ Et si est si parfont que un elephant y peut nagier/ Merveilleux est ton fleuve sainte theologie qui si pou semble estre parfont a un aignel/ c’est a entendre a un bon simple qui y prent pié/ Et si est si parfont a un elephant orgueilleux/ c’est aux plus haulx entendemens qui a peine te scevent et non toute comprendre.
¶ Et pour ce dit bien le benoit saint jerome en l’epistre a sa bonne devote la vierge de mecriade/ use dist il de la leçon de theologie en lieu de miroir pour corriger ce que tu as en toy lait/ et pour garder ce que tu as en toy bel/ et te faire plus belle/ Car toy sainte theologie as un miroir qui monstre les ordures et les apprent a nettoyer.
¶ De toy et a ta louange de rechief dit le benoit docteur saint jerome qui tant cherement t’ama que ainsi comme les tenebres de la nuit point n’obscurcissent la clarté des estoilles du ciel Ainsi nulle mondaine iniquité ne peut obscurcir les ames qui sont appuyees au firmament de sainte theologie/ O dame sainte theologie/ tu m’as donné certaineté de ce que dit de toy le benoit saint gregoire ton docteur ou premier livre de morales que ta doctrine & sainte escripture aucune fois nous est viande aucune foiz nous est beuvrage en lieu plus obscurs/ lors est ce que elle nous est viande Car quant nous l’exposons c’est la viande que nous machons/ et quant nous l’entendons c’est ainsi comme la viande que nous avalons mais es lieux ou elle est plus clere elle nous est buvrage Car quant elle n’a besoing de exposicion/ nous la humons ainsi comme nous la trouvons// Dame que puis je dire de toy et du bien que tu m’as fait/ de la sainte viande de ton repast qui m’a rassadiee & fait congnoistre la ignorence de ma descongnoissance par quoy je congnoiz mon tort par ce que tu m’as conclus/ Si di que toy sainte theologie et divinité es une tres grasse viande qui contiens en toy toute delices ainsi comme la manne qui aux juifs plouvoit du ciel qui assavouroit en la bouche de chacun selon sa voulenté// Ainsi me depars de mon avision la quelle je ay partie sicomme en .iii. differences de .iii. pierres precieuses en leur proprietez/ la premiere est en fourme de dyamant/ le quel est dur et poignant/ et tout soit il cler hors oeuvre quant il est relié et mis en l’or il semble estre obscur et brun/ et toutefoiz ne se meut sa vertu qui est moult grande/ La seconde est le kamayeu en qui plusieurs visages et figures diverses sont empraintes/ et est son siege brun et l’emprainte blanche/ La tierce au rubis precieux cler et resplandissant et sanz nue obscure qui a proprieté de tant plus plaire comme plus on le regarde.
Explicit le livre de l’avision de christine.
Table des chapitres
[Note: Cette table des chapitres ne figure pas dans l’original.]
feuillet La premiere partie parle de l’image du monde et les merveilles que elle y vid. 1 1. Premierement dit christine comment son esperit fu transporté. 1 2. Ci dit l’ordre comment le dit ymage estoit repeus. 1 3. Comment christine fu transgloutie ou corps du dit ymage. 2 4. Comment elle se transporta de lieu en autre. 2 5. L’acointance que elle desiroit a avoir a une dame portant couronne. 3 6. La complainte de la dame couronnee a christine. 3 7. Ci devise la dame couronnee de son commencement. 4 8. Dit la dame couronnee de ses gestes. 4 9. Encore de ce mesmes. 5 10. Des bons et des mauvais gouverneurs de la dame couronnee. 5 11. Ci parle la dame couronnee du bon gouverneur que elle ot. 6 12. De .ii. nobles oyseaulx de proye. 8 13. Ci dit la dame couronnee des contens qui furent pour elle gouverner. 8 14. Ci se plaint la dame de ses Enfans. 9 15. Ci dit comment les vertus au monde sont emprisonnees. 10 16. Ci dit des vices qui queurent en general. 11 17. Du vent de perdicion qui cuert par la terre. 13 18. De la punicion des vices. 13 19. Encore de ce mesmes & complainte de la dame. 14 20. De ce mesmes. 15 21. Encore du vitupere des vices en general. 16 22. Piteuses paroles de la dame couronnee & recors de la sainte escripture. 17 23. Encore de sa complainte. 18 24. Des punicions des vices. 18 25. Encore de ce mesmes. 19 26. Encore de ce. 20 27. Encore de ce. 21 28. Encore de ce. 22 29. La fin de la complainte de la dame couronnee. 23
La seconde partie parle de dame oppinion et de ses ombres. 25 1. Ci dit de quoy ces ombres servoient. 25 2. Comment l’ombre araisonna christine. 26 3. Les choses que l’ombre disoit a christine. 27 4. Encore de ce mesmes. 29 5. Ci dit l’ombre les oppinions de philosophie sus le principe du monde. 29 6. Ancore de ce mesmes. 31 7. Les contre dis d’aristote aux autres philosophes. 33 8. Encore des oppinions. 34 9. De ce mesmes. 36 10. Encore de ce. 37 11. Ancore des oppinions des philosophes. 38 12. Cesse a parler des oppinions. 39 13. De l’ombre la poissance que elle a. 40 14. Encore dit de sa poissance. 41 15. Encore de ce mesmes & des seignouries. 42 16. Dit ancore l’ombre des choses que elle a faites faire. 43 17. Ce que l’ombre disoit des arquemistes. 44 18. Des nobles que l’ombre dit que elle deçoit. 46 19. Ce que l’ombre disoit des gens d’armes. 46 20. La fin de l’oroison de l’ombre. 47 21. Responce de christine a l’ombre. 48
La tierce partie parle de confort de philosophie. 50 1. Ce que christine dit a philosophie. 51 2. La complainte de christine a philosophie. 52 3. Dit christine de ses bonnes fortunes. 53 4. Entre a parler christine de ses males fortunes. 54 5. Encor de ce mesmes. 55 6. Balade. 58 7. Encore continue christine sa complainte. 59 8. Dit christine comment elle mua sa maniere de vivre. 59 9. Se plaint christine de jeunece. 60 10. Dit christine comment elle se mist a l’estude. 61 11. Le plaisir que christine prenoit a l’estude. 62 12. Se plaint christine de fortune qui lui osta ses bons amis. 63 13. Encore de ce mesmes. 63 14. Conclut christine sa complainte a philosophie. 64 15. Respont philosophie a cristine. 65 16. Le reconfort de philosophie. 66 17. Encore de mesmes. 67 18. Blasme philosophie christine de ce que elle se plaint. 69 19. Encore de ce mesmes. 70 20. Encore de ce. 71 21. Encore de reconfort. 72 22. Le reconfort de philosophie aleguant la sainte escripture. 73 23. Instruit philosophie a despriser les biens mondains. 75 24. Ci dit comment selon les diz de sainte escripture prosperité mondaine ne fait a priser. 76 25. Conclusion des choses susdites & ancore de ce. 76 26. Encore de ce mesmes. 78 27. Respont christine a philosophie & la remercie en la personne de theologie. 79
NOTES DU TRANSCRIPTEUR
On transcrit le manuscrit «Français 1176» de la bibliothèque nationale de France, daté 1405-1406.
L’orthographe, la ponctuation et l’usage des majuscules sont conformes à l’original. On a résolu les abréviations par signes conventionnels (de type Cõe pour Comme), ajouté accents, cédilles et apostrophes, et distingué entre i/j, u/v. On a introduit un nouveau paragraphe à chaque pied de mouche (¶), et mis systématiquement une majuscule en début et un point en fin de paragraphe.
Les corrections figurant sur le manuscrit, réputées de la main de Christine de Pizan, ont été appliquées. On s’est permis également de corriger certaines erreurs manifestement dues au copiste.
On a conservé la phrase en double «se toy existant subget aux tribulacions...» qui figure également en double dans le manuscrit 10309 de la bibliothèque royale de Belgique.