Chapter 2 of 4 · 3152 words · ~16 min read

Part 2

Les gassendistes, qui se réclamaient d’Épicure, prisaient fort, avec les épicuriens, la qualité irréductible des sensations, la saveur de ce qui est individuel, la physionomie pittoresque de la chose vue, le charme, saisi sur le vif, d’une rencontre inopinée. Tandis que les cartésiens, tournés vers l’étude abstraite des phénomènes moraux, estimaient trop bas les objets sensibles et repoussaient comme indignes du penseur et du styliste les vils accidents de la substance-matière, les gassendistes professaient une curiosité naturaliste toujours en éveil, et quêtaient perpétuellement la sensation neuve.

Chez un gassendiste savant, le devoir de curiosité, enseigné par le maître, s’aiguillera vers la découverte des lois mécaniques de l’univers. Chez un imaginatif, comme Cyrano, cette curiosité se traduira par la recherche inconsciente ou réfléchie de l’inédit littéraire, par la haine du plagiat, par le mépris du _déjà lu_; Cyrano sera le _chasseur d’images_ si bien crayonné depuis par M. Jules Renard: «Ses yeux servent de filets où les images s’emprisonnent d’elles-mêmes...» Et notre auteur burlesque trouvera dans ce mariage du concret et de l’abstrait, de l’image réaliste et de l’équivoque morale, les meilleures bouffonneries de son style pointu.

Lorsque Cyrano écrit à une dame: «Encore si vous n’aviez mon cœur, j’aurois le cœur de me défendre; mais j’ai fait, par ce présent, que je n’oserois pas même me fier à vous, à cause que vous avez le cœur double...», c’est comme s’il écrivait: «Je vous ai donné mon cœur; je n’en ai plus et vous en avez deux; on ne peut se fier à un cœur double». Il équivoque, c’est convenu, sur le sens de duplicité inclus dans le mot double. Mais il n’arrive à cette équivoque qu’en posant comme prémisse une absurdité physique: vous avez deux cœurs. Et cette recherche, intentionnelle quoique irrationnelle, de l’aspect physique d’une situation morale, fait l’originalité de sa pointe.

Lorsqu’il dit à une autre: «Dois-je pleurer, dois-je écrire, dois-je mourir? Il vaut mieux que j’écrive; mon cornet me prêtera plus d’encre que mes yeux ne me fourniront de larmes...», c’est encore par une contingence physique, hors du champ de l’attention de son lecteur, qu’il provoque ce dernier à sourire. Pointe burlesque par réalisme, phrase relevée par l’épice imprévue d’une trivialité préméditée.

Le burlesque de Cyrano ne serait ni meilleur ni pire que celui de Sorel, de Dassoucy ou de Scarron, si l’on n’y retrouvait ce constant scrupule d’observation qui rend parfois ses comparaisons ingénieuses et jolies. C’est ainsi qu’avant le «chemin qui marche» de Pascal, il voit un aqueduc comme «un os dont la moelle chemine»; avant l’«obélisque vert» de Flaubert, il voit le cyprès comme «une pique allumée à la flamme verte»; le lys, sur quoi furent débitées tant de fadeurs, lui apparaît tel un «géant de lait caillé», et les nuages lui semblent de «grands arrosoirs» qui se promènent au ciel.

Qu’on n’aille pas conclure que Cyrano fut un descriptif à outrance. Tout au contraire, il est sobre, presque sec, dans ses descriptions. Et s’il s’efforce de peindre d’après nature, quand ses contemporains ne peignent que «de chic» ou d’après l’antique, c’est toujours par petites touches qu’il procède, fichant çà et là ses impressions, comme on pique des fleurs sur un tapis de mousse.

Au résumé, Bergerac ouvrit le premier la veine que devaient exploiter longtemps après lui tant de nos écrivains modernes. Mort jeune, il ne pouvait qu’être incompris des classiques de son temps qui le regardaient un peu comme un fou, à cause de ses allures extérieures de bravo littéraire. Ce n’était qu’un amant de la douce nature, né dans la peau rude d’un «réfractaire».

* * * * *

Les _Lettres d’Amour_ que nous publions ci-après ne peuvent être absolument qualifiées: inédites. Elles n’ont pourtant jamais été éditées fidèlement. Les éditions imprimées présentent avec le manuscrit que nous avons eu sous les yeux des différences importantes.

Ce manuscrit, d’une grosse écriture du XVIIe siècle appartint au regretté savant Monmerqué qui l’avait acheté en 1837 près de Saint-Sulpice.

Il écrivait à ce propos en 1856 au bibliophile Paul Lacroix: «Mon manuscrit est du temps de Bergerac et je ne serais pas éloigné de croire qu’il est de sa main; mais je n’ai jamais vu une lettre écrite et signée par lui...»

Ce précieux recueil fut vendu en 1861 et il faisait partie, en 1890, de la bibliothèque de M. Deullin, d’Épernay, lorsque ce dernier l’offrit à la Bibliothèque nationale.

Nous avons extrait onze lettres des quarante et une qu’il renferme; quelques-unes sont étiquetées formellement: _d’amour_. D’autres, qui entrent par leur sujet dans la même catégorie, portent des titres spéciaux que nous avons reproduits. Nous avons aussi scrupuleusement respecté l’orthographe et nous n’avons modifié la ponctuation, souvent défectueuse, que pour rendre le texte intelligible.

Ces lettres furent-elles adressées à des correspondantes de chair et d’os? Ou bien faut-il ne voir dans ces galanteries caricaturales que des exercices de rhétorique pure? C’est un problème que nous ne nous chargerons point de résoudre, la vie privée de Cyrano étant trop inconnue pour rien hasarder sur ses liaisons amoureuses. Il faut laisser aux poètes et aux dramaturges le soin d’arranger ou de déranger l’Histoire.

G. Capon,

R. Yve-Plessis.

LETTRES

A Mademoiselle de St Denis

MONSIEUR,

Ie ne me plains pas tant du mal que vous auez pris la peine de me faire, que de celui qu’on ma fait de vôtre part. En me quitant, vous laissâtes chez moy une insolente qui, sous ombre qu’elle se dit vôtre idée, se vante d’auoir sur moy puissance de vie et de mort. Encore, elle encherit tiranniquement sur vôtre empire. Car, au lieu que vous ne me blessiez iamais, si ce n’étoit par mégarde, et que j’obtenois de vôtre pitié l’apareil aussi-tôt que la plaie étoit faite, l’inhumaine prend plaisir à déchirer les blessures que vous m’auiez fermées, et à m’en creuser de nouuelles, qu’elle sçait bien ne pouuoir guérir: peut estre vous absentez-vous de moy pendant mon suplice, comme le Roy s’éloigne des lieux où l’on exécute des criminels, à fin de n’estre point importuné de leur grace. Hélas! à quoy tant de précautions; vous connoissez trop bien la force de vos coups, pour apréhender que ie r’echape. La médecine qui parle de toutes les maladies, n’a rien écrit de la mienne, à cause qu’elle entrait [_en traite_] comme les pouuant guerir, et l’amour est un mal incurable. Quelqu’un moins proche de la mort, apuiroit son discours d’hiperboles. Il vous diroit que vous auez pris son cœur, et que le cœur étant la cause de la vie, il ne peut viure; à tort et sans cause, un autre protesteroit qu’il se seroit desia sacrifié pour vous, mais qu’il pensa que ç’eût esté rendre l’augure de vos victoires trop funeste, s’il vous eût immolé une victime, où l’on n’eût point trouué de cœur; un autre encore auroit exagêre sa passion d’autre sorte. Mais moy qui suis prêt de partir pour l’examen, ie dois penser à rendre plutôt qu’à faire des comptes. Receuez donc cet acte de foy que ie fais à l’agonie. Premièrement, ie ne suis point atée puisque ie vous adore; ie crûs fermement que Dieu s’étoit incarné aussitôt qu’on me dit que vous étiez née d’une femme; les prières, les vœux et les respects que ie rens à saint Denis témoignent assez la vénéracion que ie porte aux saints; l’espérance de vôtre possession n’a jamais enflé ma nature, que ie ne me soit trouué conuaincu de la resurection de la chair. Enfin pour m’assurer de la vie éternelle, j’ordonne à mes heritiers de placer mes os dans l’église de ma paroisse, non pas au cimetière, parce que hors l’Eglise il ni à point de salut. Mourant ainsi, ie ne puis faire une mauuaise fin, quand mesme ie ferois tomber ici mal à propos que ie suis,

MONSIEUR,

Vôtre seruiteur.

MADAME,

Vous sçauez que ie n’auois encore aucune connoissance des fers ou le Ciel m’auoit condamné, lors qu’à la pesche ie vous vis la première fois. Certes le hazard eût esté bien grand, que, si proche de filets, ie n’usse pas esté pris: et quand i’usse mesme échapé les filets, vôtre charmante lettre m’a fait assez connoître que ie ne me fusse pas sauué de vos lignes: elles me présentoient autant d’ameçons que de paroles et chaque parole n’étoit composée de plusieurs caracteres que pour m’ensorceler. Ie receus cette belle missiue auec des respects dont ie serois l’expression en disant que ie l’adore, si i’étois capable d’adorer quelque autre chose que vous. Ie la baisé au moins, et ie m’imaginois en la baisant, baiser vôtre esprit mesme, duquel elle étoit l’ouurage. Mes yeux prenoient plaisir de refaire inuisiblement les mesmes lettres que vôtre plume auoit marquées; insolens de leur fortune, ils atiroient chez ceux toute mon ame et par de lons regars s’atachoient à ce beau craion de la vôtre, pour s’unir à leur Idole: mais se sentans emprisonnez, ils pleuroient, à fin que ces larmes (comme d’autres petits yeux qu’ils enuoioient à leur place) s’esquiuassent à la file, puisqu’ils ne pouuoient sortir en corps. Vous fussiez-vous imaginé qu’une feuille de papier eût fait un si grand feu. Il n’étindra iamais pourtant, que le iour ne soit éteint pour moy. Si mon esprit et ma passion se partagent en deux soupirs, quand ie mourray, celui de mon amour partira le dernier. Ie conuieray à l’agonie le plus fidelle de mes amis de me réciter cette chère lettre: et lorsqu’en lisant il sera paruenu à l’endroit ou vous protestez d’estre...... ie criray iusqu’à la mort: cela n’est pas possible, MADAME, car moy mesme i’ay tousiours esté

Vôtre esclave.

MADAME,

Donc vous me voulez du bien. Ha! dés la première ligne je suis vôtre très humble, très obeissant, et très passionné seruiteur, car ie sens mon ame se dissoudre en extases si prochains de la priuacion, que ie mouray de ioie auparauant que i’aie le temps de finir ainsi ma lettre; toutefois, la voila concluë et ie puis si ie veux la fermer. Aussi-bien, étant assuré de vôtre afeccion, tant de lignes ne sont pas nécessaires contre une place prise. Mais parce qu’un Empereur doit expirer debout, et un amoureux en se plaignant, ie veux profiter en sorte du reste de ma vie que mon dernier soupir soit tout emploié à propher [_proférer?_] MADAME, je meurs d’amour. Mais vous croiez peut estre que le mourir des amans n’est autre chose qu’une façon de parler, et qu’à cause de la conformité des noms de l’amour et de la mort, nous prenons souuent l’un pour l’autre. Mais vous ne douterez pas de la possibilité du mien quand vous aurez suputé la longueur de ma maladie: et moins encore, quand après auoir lû ce discours, vous trouuerez à l’extrémité

Votre Seruiteur. Le pauure D. C.

MADAME,

Bien loin d’auoir perdu le cœur en vous voiant, comme préchent les passionnez du siècle, ie me trouue depuis ce jour la beaucoup plus honneste homme. Mais comment aussi l’aurois-ie perdu, que, comme s’il eut aprehendé de n’estre pas assez d’un pour tous vos coups, ie le sentis palpiter à cét abord en tous mes artères: et c’étoit ce petit ialoux qui se reproduisoit indiuisiblement en chàque atome de ma chair, à fin qu’ocupant tout seul mon corps tout entier, rien que lui ne participât à l’honneur d’estre blessé de vous. Ie ne diray point non plus comme le vulgaire, de mesme que si vous étiez un basilic, que ce furent vos yeux qui me firent mourir: comme toutes vos armes ne sortirent pas de notre veuë, toutes vos armes n’entrerent pas par la mienne. Quand votre bouche me charmoit, c’étoit mon oreille qui m’en aportoit le poison. Quand i’étois excité par l’aimable douceur de votre peau bien unie, c’étoit sur la déposicion de mes mains que ie me condamnois au feu. Votre beauté mesme ne faisoit pas grand effort contre moy, parce que votre visage qui fut iadis son trône, étoit alors son cimetiere; et tant de petits trous, qu’on y discerne, me sembloient estre les fosses, où la vérole auoit mis vos atrais en sepulture. Cependant la franchise pour qui Rome autrefois a risqué l’Empire du monde, cette diuine liberté, vous me l’auez rauie, et rien de ce qui chez l’ame se glisse par le sens, n’en à fait la conqueste: votre esprit seul méritoit cette gloire; sa viuacité, sa douceur, son courage, valoient bien que ie me donnasse à de si beaux fers. Ie ne croy pas pourtant que vous soiez un ange, car vous estes palpable; ie n’ay garde aussi de penser que vous soiez comme moy puisque vous estes insensible; cela me fait imaginer que vous estes quelque chose au milieu du raisonnable et de l’inteligible. I’aurois dit mesme que vous tenez de la nature humaine et diuine, si de tous les atribus qui sont necessaires à la perfeccion du premier estre, et qui vous sont essenciels, celui de misericordieuse ne vous manquoit. Oui! Si l’on peut imaginer en une diuinité quelque défaut, ie vous acuse de celui là: ce iour mesme que vous me blessâtes, vous me promîtes l’apareil dans trois autres; outre que c’eut esté donner remede trop tard à un mal qui gaigne le cœur, encore n’y vîntes vous pas. Mais vous fîtes bien! car on doit se tenir caché quand on a tué un homme. Sortez toutefois sans rien craindre; sortez, c’est une loy pour le vulgaire qui ne vous regarde point. Il serait fort nouueau qu’on recherchât un tiran de la mort de son esclaue. Vous vous étonnez possible que moy mesme i’escrime. Ie le fais pourtant sans miracle; mais aussi l’homme à deux trépas à souffrir sur la terre, celui d’amour, et celui de nature. Ie puis donc croire que quand ie commancé de vous aimer, ie commancé de mourir; puisque la mort est definiée la separacion de l’esprit et du corps; et que ie perdis l’esprit au moment que ie vous aimé. Mais quand auec la peine d’amour i’auray encore subi celle ou la condicion d’animal nous astrint (quoy que ie ne sens plus les douleurs de la première), ie ne laisseray pas de m’en souuenir éternellement la bas, et si on diffère de qualitez en l’autre monde, comm’en celui ci, vous serez touiours ma souueraine, et moy (fusse entre les flammes qui deuoreront ma substance), ie seray toujours

Votre Seruiteur très ardant.

Regret d’un éloignement

MADAME,

Dois-ie pleurer, dois-ie écrire, dois-ie mourir? Il vaut mieux que i’écriue; mon cornet me prétera plus d’ancre que mes yeux ne me fourniront de larmes; et quand ie penserois guerir de la tristesse de votre absence par ma mort, ce ne seroit pas me r’aprocher de vous puis que Paris est plus près de Saumur, que Saumur des Champs Elisées. Mais que vous ecriray-ie, bons dieux? Rien, sinon que i’espère bien tôt faire voiage pour le Poitou ou pour l’Enfer; que ie vous prie de consoler mes amis de la perte qu’ils font, a cause de vous, et que si vous souhaitez me mander quelque chose, vous adressiez vos lettres au Cimetière de Saint Iaques. C’est là que votre messager aura de mes nouuelles; le fossoieur ou mon épitaphe lui aprendront mon logis, et lui feront lire que, ne sachant ou vous rencontrer en ce monde, ie suis parti pour l’autre, étant bien assuré que vous y viendriez: ce ne vous sera pas peu de consolacion quand vous trouuerez pour vous garantir des insolences du Diable, ce Diable,

MADAME,

Votre Seruiteur De Bergerac.

Contre une femme interessée

MADAME,

Si chacun étoit obligé comme moy, pour faciliter la lecture de ses œuvres, de donner de l’argent, les Balsacs n’auroient jamais écrit, et les aueugles sçauroient lire. Mais quoy. Si mes lettres ne sont éclairées de la reuerbéracion de quelque écu d’or, quand ie les aurois prises dans Polexandre, ie suis assuré d’auoir écrit en hébreu. Chez vous, ouurir simplement la bouche ne sert qu’a la prononciacion de l’Arabe et du Margajat; pour vous parler François, il faut ouvrir la main; ainsi i’ay dans mon coffre le secret de vous éclairer la Bible, et de vous rendre les Centuries de Nostradamus plus intelligibles que le pater. C’est de vous qu’on peut dire, point d’argent point de suisse. Mais, d’un autre côté, ie me console en ce que, quand vous auriez combatu dix ans mes seruices, mes larmes et mon désespoir, ie suis assuré auec la croix d’un Louis, de chasser de votre corps ces diables de refus; iamais les malfaicteurs de Iudée, n’ont tant tombé sous la croix que vous; vous croiez qu’un iuste ne vous sçauroit rien demander iniustement, et que des intencions qui sont accompagnées d’un métal pur comme l’or, ne sçauroient estre que très pures. I’aurois grand tort apres cela de dire que votre auarice est égale a celle de Iudas, lui qui vendit un Iuste; et vous vous vendez pour un Iuste. Le palais Roial vous à accoutumée a porter tant de respect aux princes que vous vous abaissez sous tous ceux qui portent leurs images; et quelqu’un aioûte que vous étes tellement circonspecte à la distribucion de vos faueurs, que vous pesez dauantage sur les baisers d’un quart d’écu que sur ceux d’un teston. Cette façon d’œconomie ne me déplait pas tout à fait, car quand ie viendray vint sols dans une main, ie suis certain que ie tiendray votre cœur dans l’autre. Tout ce qui me fàche, c’est que vous métrez mon image hors de chez vous par les épaules, dès qu’elle y a demeuré trois iours sans paier son gîte; qu’il me semble que la définicion de mon estre soit de donner, et qu’aussi-tôt que ie cesse de fouiller à ma pochette, ie cesse d’estre animal raisonnable. Corrigez cette humeur auare, car il vous est honteux d’estre a mes gages, moy qui suis

Votre Seruiteur.

Effets amoureux d’une absence

MADAME,

Suis-ie condamné à pleurer encore long temps pour votre absence; mes yeux ne sont plus que deux alambics, par ou distilent mon humide et ma vie; en vérité ie soupçonnerois (si ma mort vous étoit utile) que vous tâchez d’ôter toute l’eau de chez moy, de peur que ie n’echape au feu. Cependant votre entreprise n’auroit pas de succès; plus ie mouille mon sein plus il brûle, et sans doute que ce Dieu qui composa d’argile le corps du premier homme, a taillé le mien d’une pierre de chaux, puisque ie m’alume dans l’eau. Ie n’oserois plus marcher dans les rues embrasé comme ie suis, que les enfans ne m’enuironnent de fusées, pour que ie leur semble une figure d’artifice echapé de la grèue; n’y a la campagne, qu’on me prenne pour un de ces ardans qui traînent a la riuière. Et si vous ne reuenez bien tôt, on vous répondra quelque iour quand vous demanderez a me voir, que ie suis la beste à feu, qu’on montre aux Thuilleries; alors vous aurez la honte d’auoir un amant Salemandre, et le regret de voir brûler des ce monde

Votre Seruiteur De B.

Éloge d’une rousse

MADAME,