X.
Xainte, _Mercredi et Samedi à 8 h. du soir_.
Y.
Ypre, _Tous les jours à midi_.
Yzeures, _Lundi, Mercredi et Samedi au soir_.
Yelme.
Ysigny, _Mercredi et Samedi à midi_.
Z.
Zélande, _Lundi et Vendredi à midi_[98].
[98] «Le Bureau d’Angleterre est présentement à la grande Poste.» Édit. 1691.
Les Couriers pour la Cour partiront tous les jours à 8 h. du soir, lorsqu’elle sera à Versailles, Saint-Germain ou Fontainebleau. Le Bureau est rue de la Limace et rue des Déchargeurs[99].
[99] «Le Bureau général, où se distribuent les lettres qui sont envoyées à Paris des Provinces et païs étrangers, est dans la rue des Bourdonnois, où étoit autrefois l’hôtel de Villeroy. Et pour envoyer les lettres dans les mêmes lieux le Bureau général est dans la rue de la Limace, près la même rue des Bourdonnois.» _Id._--C’est Pagot, fermier des Postes, qui les avoit établies dans l’hôtel de Villeroy, dont il étoit propriétaire, depuis 1652. L’hôtel avoit une porte rue des Bourdonnois et une autre rue de la Limace.
Le Public sera averti de bien faire écrire le dessus des Lettres et Paquets, s’en trouvant souvent pour des lieux hors de la route des postes qui ne sont pas connus, ce qui est cause de la perte d’iceux; et pour y remédier, ceux qui écriront ci-après, soit dans les bourgs, villages ou chasteaux, écriront sur leurs lettres la Ville de la route des Postes qui en peut être la plus proche, avec le nom de la Province.
Et pour plus de commodité, il y a présentement six boëtes où l’on va tous les jours lever les lettres précisément à midi et à 8 h. du soir en hiver et en esté à 9 si exactement que lesdites heures du soir passées, les Lettres survenues demeureront pour les Ordinaires suivans: sçavoir une en la rue St Jacques au coin de la rue du Plâtre vis-à-vis la vieille Poste[100]. Une au milieu de la place Maubert vis à vis la Fontaine, à l’image St François. Une au fauxbourg St Germain au coin du Jeu de Paulme de Metz[101]. Une ruë St Martin, au coin de la ruë aux Ours. Et une rue St Antoine vis-à-vis l’Ours, devant la rue Geoffroy Lasnier au petit Louvre couronné.
[100] Sur le plan Gomboust, feuille V, la poste est indiquée rue St-Jacques, à l’endroit marqué ici. Il étoit naturel qu’elle eût été d’abord située au quartier de l’Université, puisqu’elle en avoit dépendu dans l’origine, lorsque le service des Messagers, qui mettoient les écoliers de Paris en communication avec leurs parents de province ou de l’étranger, étoit le seul établissement de ce genre qui existât.
[101] Ce «jeu de Metz», comme on l’appeloit le plus ordinairement et dont nous avons déjà plus d’une fois rencontré le nom, devoit se trouver rue Mazarine, où les principaux jeux de paume s’étoient groupés. C’est l’un d’eux qui servit, comme on sait, de premier théâtre à Molière. Quelques-uns existoient encore sous la Restauration.--Auprès du «Jeu de Metz» étoit un hôtel garni du même nom, où mourut la femme de La Calprenède, le 14 mars 1668.
On avertit aussi le public de payer le port des Lettres que l’on écrit des Provinces par de là Paris, faute de quoy les Lettres ne seront pas tenues.
ÉTAT
DES PLUS CONSIDÉRABLES FOIRES DU ROYAUME.
_En Janvier._
Il y a Foire à Lyon le lendemain des Rois qui dure jusqu’au 26[102].
[102] Cette foire n’existe plus. Elle est remplacée par la foire d’hiver qui dure du 1er au 10 décembre.
A Laon le premier Lundi d’après le jour de l’an[103].
[103] Cette foire n’a pas été supprimée.
A Saint Nicolas en Lorraine le septième[104].
[104] Il n’y a plus à Saint-Nicolas-du-Port que deux foires, celles des derniers vendredis de mars et de septembre.
A Joigny le douzième[105].
[105] C’est le 2 janvier que cette foire se tient à présent.
A Provins, il y a marché franc tous les samedis.
_En Février._
A Paris, la Foire St Germain le troisième[106].
[106] «Elle commence le 3 février, dit Piganiol, t. I, p. 158, et ne doit durer que quinze jours; mais elle se continue par permission du Roi jusqu’au dimanche de la Passion. Cette prorogation est accordée en faveur des valets de pied du Roi, auxquels les marchands donnent une gratification pour cela.» La foire St-Germain fut supprimée à la Révolution. Le marché du même nom est bâti sur une partie de son emplacement.
A Roüen le même jour.
Le Pardon St Denis le jour St Mathias.
A Montargis, le Lundi de devant les jours gras[107].
[107] Cette foire se tient maintenant le jeudi qui précède le jeudi gras.
A Ste Menehould, le jour de la Chaire St-Pierre[108].
[108] Elle se tient encore le même jour.
A Montferrant, le Lundi de devant le Carême[109].
[109] On sait que la ville de Montferrand fut annexée en 1731 à celle de Clermont qui en prit le nom de Clermont-Ferrand. La foire n’en subsista pas moins. Elle se tient aujourd’hui le vendredi avant le carême; elle dure trois jours.
A Langres, le quinzième et dure huit jours[110].
[110] Cette foire se tient encore à la même époque.
_En Mars._
A Senlis, le 1er lundi de Carême.
A Gien sur Loire, le second Lundi de Carême[111].
[111] Elle existe toujours.
A Rheims, le premier Jeudi d’après Pâques[112].
[112] C’est maintenant le premier mardi après Pâques qu’elle se tient. Elle dure huit jours.
A Francfort le même jour.
_En Avril._
A Lyon le lendemain de la Quasimodo.
A Clermont en Auvergne, le Jeudi Saint[113].
[113] Elle se tient à présent le mardi saint.
A Chaumont en Bassigny, le lendemain des Fêtes de Pâques[114].
[114] C’est avant et non après Pâques qu’elle se tient maintenant. Son jour est l’avant-dernier samedi qui précède le samedi saint.
A Troyes en Champagne, le dernier Avril.
_En May._
A Creusi le Chastel proche Tonnerre, le premier et dure 8 jours[115].
[115] La foire de Cruzy-le-Châtel commence toujours le 1er mai.
A Senlis, le deuxième[116].
[116] Elle commence maintenant le 25 avril. Sa durée est de 9 jours.
A Fontenay en Brie, le premier jour.
A Clermont en Auvergne, le neuvième[117].
[117] Elle se tient à la même date et dure 9 jours.
A Chartre, Foire franche le onzième[118].
[118] C’est une foire de 10 jours, qui commence encore à la même époque.
A Niort le sixième[119].
[119] Elle se tient aujourd’hui le 7.
A Meaux à la My-May[120].
[120] Elle existe encore et dure trois jours, les 15, 16 et 17 mai.
A Fontainebleau le lendemain de la Trinité[121].
[121] Foire de trois jours, dont l’époque est restée la même.
_En Juin._
A Abbeville le deuxième.
A St Denis le Lundi d’après la St Barnabé[122].
[122] Cette foire se tient à présent le jour même de la Saint-Barnabé qui est le 11 juin.
A Rouen le lendemain de la Pentecôte[123].
[123] On a maintenant avancé cette foire qui dure quinze jours. Elle commence la veille de l’Ascension.
A Fontenay en Poitou, le jour de la St Jean Baptiste[124].
[124] C’est le lendemain de la Saint-Jean qu’elle commence maintenant. Sa durée est de deux jours, le 25 et le 26 juin.
A Senlis, Foire franche le premier Lundi d’après la St Jean.
A Bourges le dix neuvième et dure 8 jours[125].
[125] Cette foire n’a plus que deux jours: les 20 et 21 juin.
_En Juillet._
A Fontenay en Brie, Foire franche le deuxième[126].
[126] Elle se tient encore le même jour.
A Lion, le quatrième, et finit le dix-neuvième[127].
[127] C’est à présent la foire de la Pentecôte. Elle ne dure plus que trois jours.
A la Royale en Bretagne, le cinq et dure 8 jours.
A Rheims le Lundi d’avant la Magdeleine.
A Montargis[128] et à Espernay le même jour[129].
[128] C’est la foire du 20 juillet, veille de la Madeleine, qui existe encore.
[129] L’époque de cette foire n’a pas été changée.
_En Aoust._
A Fontenoy en Poitou, le premier jour du mois, Foire franche à l’abbaye de Jarcy[130].
[130] Cette foire de deux jours commence maintenant le 2 août.
A Lion le quatrième et finit le vingt troisième.
A Clermont en Auvergne, le sixième[131].
[131] Cette foire a été reportée au 15 août.
A Paris, la Foire St Laurent, le sixième et dure le reste du mois[132].
[132] C’est le 10, jour de la fête du Saint, et non le 6 août, que la foire Saint-Laurent commençait, pour durer jusqu’au 7 septembre. Les prêtres et missionnaires de Saint-Lazarre, dont le couvent étoit voisin du préau où elle se tenoit, l’avoient fait établir pour bénéficier des droits à percevoir. En 1705, ces droits devinrent plus considérables, lorsqu’ils eurent obtenu que la foire ne commenceroit plus le 10 août, mais le 24 juillet, et dureroit jusqu’à la Saint-Michel, c’est-à-dire jusqu’au 29 septembre: «Elle est, dit Piganiol, t. I, p. 158, de même que celle de Saint-Germain, franche pour toutes sortes de marchands et de marchandises.»
A Chartre, Foire franche le 14[133].
[133] Elle a été reportée au 24 du même mois et dure trois jours.
A Guibray, le Lundi de la My-Aoust, et dure huit jours[134].
[134] C’est la fameuse foire qui se tient encore à Falaise, dans le faubourg de Guibray. Elle dure maintenant quinze jours. Comme on y achète beaucoup de cadeaux, le mot guibrée, dans le patois d’Alençon, signifie présent.
A Creusi le Chastel proche Tonnerre le dix-septième[135].
[135] Elle se tient à présent le 7 septembre.
_En Septembre._
A Vitry le François, le premier jour[136].
[136] Elle existe encore.
A Toul en Lorraine le sixième[137].
[137] On l’a avancée de trois jours maintenant.
A Seez le Jeudi d’après la Nativité Notre Dame.
A Provins, à l’exaltation Ste Croix jusqu’à la fin du mois.
A Espernay, le même jour[138].
[138] Ce jour est le 15 septembre. C’est encore celui de la foire d’Épernay.
A Blangy[139] en Brie, le jour de St Mathieu apôtre.
[139] Lisez «Blandy». La foire s’y tient encore le même jour 21 septembre.
_En Octobre._
A Rheims, le premier jour.
A St Denis en France le dixième jour.
A Sens le dix septième.
A Rouen, le vingt troisième[140].
[140] Elle commence encore le même jour et en dure quinze.
A Senlis, Foire franche, le Jeudi d’après St Luc.
A Châlons en Champagne, le Vendredi d’après St Denis[141].
[141] Cette foire de huit jours existe encore, mais a été reportée du vendredi au samedi d’après la Saint-Denis, c’est-à-dire au 18 octobre.
A Fontenay en Brie, Foire franche le Samedi de devant la Toussaint[142].
[142] Elle se tient à présent le 12 octobre.
_En Novembre._
A Troye le deuxième.
A Lion le quatrième.
A Meaux le jour de la St Martin[143].
[143] C’est une foire de trois jours qui existe encore.
A Châlons en Champagne, le Vendredi d’après St Martin[144].
[144] Elle a été reportée au samedi; elle dure trois jours.
A Clermont en Auvergne le onzième.
A Fontainebleau, le lendemain de la Ste Catherine[145].
[145] Cette foire de trois jours se tient encore à la même date: les 26, 27 et 28 novembre.
A Creusi le Chastel, le jour de St André[146] et dure 8 jours.
[146] C’est-à-dire le 30 novembre. Elle se tient à présent le jour suivant.
_En Décembre._
A Vitry le François le premier[147].
[147] Elle se tient encore le même jour.
A Niort, le lendemain de la St André[148].
[148] C’est le jour même de la Saint-André, 30 novembre, qu’elle se tient aujourd’hui.
A Vinacour près Amiens, le même jour.
A St Nicolas en Lorraine le sixième.
A Poitiers le même jour.
A Bourges le vingt septième[149].
[149] Elle commence à présent le 24 et dure vingt jours.
A Chablis, le dernier jour[150].
[150] La date n’en a pas été changée.
APPENDICE
LISTE
DE MESSIEURS DE L’ACADÉMIE FRANÇOISE[151]
_en Ianvier 1676_[152].
[151] Ces Listes se publièrent d’abord en une brochure in-4º, comme la première qui va suivre; puis sous forme de placard in-folio, dont un exemplaire étoit affiché dans la salle du Louvre, où Colbert avoit permis, en 1673, que l’Académie s’installât, lorsqu’après la mort du chancelier Séguier elle eut quitté son hôtel, avec le roi pour nouveau protecteur.
[152] Ce n’est qu’à partir de 1711 que l’_Almanach Royal_ publia les noms et les adresses des Académiciens du moment d’après ces Listes, qui sont devenues très rares. Les deux que nous donnons, à la suite l’une de l’autre, sont les seules que nous connaissions.
LE ROY, Protecteur.
Messieurs
1635. Henry-Louis Habert, sieur de MONTMOR, doyen des Maistres des Requestes, rue _S. Avoye_[153].
[153] Il étoit de l’Académie depuis sa fondation, comme l’indique la date de 1635, qui précède ici son nom. Il se tenoit chez lui des conférences, mais de philosophie et de physique. Gassendi fut quelques années son hôte, à l’époque où Chapelle, Molière et Bernier suivoient ses leçons. Son hôtel, autrefois magnifique, «ædes renidentes», comme dit Sorbière, existe encore dans la partie de la rue du Temple qui s’est substituée à la rue Sainte-Avoie. Il mourut le 21 janvier 1679. L’abbé de Lavau fut son successeur à l’Académie. Quelques-unes des premières séances, avant qu’elle eût un établissement fixe, s’étoient tenues chez Montmor.--Son fauteuil, le 40e, est occupé par M. Cuvillier-Fleury, selon le _Dictionn. histor. de la France_, par M. Lud. Lalanne, que nous prenons pour guide.
Iean DES-MARESTS, cy-devant Controlleur General de l’Extraordinaire des Guerres, _à la Place Royale_[154].
[154] Desmarests Saint-Sorlin, factotum poétique de Richelieu, pour lequel il fit _Mirame_, et qui l’avoit mis, des premiers, de son Académie. Il mourut cette année 1676, le 28 octobre, et eut J. J. de Mesmes pour successeur. On lui devoit l’inscription de la statue de Louis XIII élevée dans la place Royale, où il logeoit. Il avoit auparavant habité l’hôtel Pelvé, qu’il avoit fait rebâtir, car il se mêloit d’architecture, au coin des rues de Thiron et du Roi de Sicile. Il y avoit été, dans les premiers temps, un des hôtes de l’Académie encore sans asile.--Son fauteuil, le 39e, est occupé par M. de Champagny.
1639. François ESPRIT, advocat en Parlement[155].
[155] Son prénom étoit Jacques, et non François; Pellisson (_Hist. de l’Acad. françoise_, édit. Ch. Livet, I, p. 288) le fait non pas avocat, mais conseiller du roi. On a de lui: _Paraphrase de quelques psaumes_, dont l’édition, imprimée toute en italiques, est rare. Il fut très goûté chez La Rochefoucauld, chez Mme de Sablé et chez le chancelier Séguier, qui contribua beaucoup à le faire recevoir de l’Académie à la place de Philippe Habert (V. _Regist._ du 14 fév. 1639). Si son adresse n’est pas donnée ici, c’est qu’à la suite du prince de Conti il s’étoit retiré à Béziers, où il mourut le 6 juillet 1678. L’archevêque de Rouen, Colbert, lui succéda.--Son fauteuil, le 3e, est échu à M. Jules Sandeau.
1640. Olivier PATRV, advocat en Parlement[156], _proche le Puy-l’Hermite[157], faubourg S. Marcel_.
[156] On sait trop la réputation qu’il se fit au barreau de Paris pour que nous devions y insister. Il avoit succédé, comme académicien, à Porchères d’Arbaud. Il mourut le 16 janvier 1681 et fut remplacé par le président Potier de Novion.--Son fauteuil, le 6e, est aujourd’hui celui de M. le duc de Noailles.
[157] Ce puits, qui se trouvoit au carrefour formé par les rues de l’Épée de bois, Gracieuse et Françoise, finit par donner son nom à cette dernière. Patru logeoit encore auprès lorsqu’il mourut. (Jal, _Dict. critique_, p. 945.) Richelet parle ainsi de sa maison: «Patru se retira dans le plus beau quartier du faubourg Saint-Marcel, en une petite maison assez agréable, qui avoit un jardin, une basse-cour et toutes les commoditez des charmants réduits de la campagne.» _Les plus belles Lettres françoises_, édit. de 1708, in-12, 1re part., p. 57.
1643. Claude Bazin, sieur de BEZONS, conseiller d’Estat[158], _près les Capucins du Marais_[159].
[158] Il avoit été avocat général au grand Conseil, et s’y étoit fait, «parlant éloquemment et fortement en toutes rencontres», comme dit Chapelain, les seuls titres qu’il eût à être de l’Académie. Il y remplaça Séguier en 1643, et, lorsqu’il mourut, le 20 mars 1684, à 67 ans, il eut Boileau pour successeur.--Son fauteuil, le 7e, est occupé par M. Émile Augier.
[159] Leur couvent, construit en 1622 et supprimé en 1790, se trouvoit à l’angle des rues d’Orléans et du Perche, où l’église, bâtie sur l’emplacement d’un jeu de paume, existe encore sous l’invocation de saint François d’Assise.
1647. Pierre CORNEILLE, cy-devant Advocat General à la Table de Marbre de Normandie, _rue de Clery_[160].
[160] Nous nous contenterons de dire que P. Corneille ne fut pas de l’Académie tant que vécut Richelieu, qui lui gardoit rancune du _Cid_. Six places s’étoient successivement trouvées vacantes: il ne lui en laissa prendre aucune, sous prétexte qu’il habitoit Rouen. A ce compte, Esprit, qui habitoit beaucoup plus loin, à Béziers, aurait dû encore en être moins, et il en fut pourtant. En 1647 seulement, sous Mazarin, Corneille fut élu à la place de Maynard.--Nous ne dirons rien sur l’adresse qui lui est donnée ici: _rue de Cléry_. Nous en avons parlé longuement, à propos de son dernier logis rue d’Argenteuil, dans notre _Histoire de la Butte des Moulins_, p. 263.--Par le plus ingénieux et le plus sensé des hasards, il se trouve qu’aujourd’hui le fauteuil de P. Corneille, le 9e de l’Académie, est celui de M. Victor Hugo.
1649. François de MEZERAY, conseiller du Roy, Historiographe de France[161], _rue Mont-Orgueil, vis-à-vis la rüe Beaurepaire_[162].
[161] On aurait dû ajouter--mais ce n’étoit pas l’usage--_secrétaire perpétuel_. Il l’étoit alors depuis un an, à la place de Conrart. Comme académicien, il avoit succédé à Voiture en 1649, et il fut remplacé lui-même, en 1685, par l’avocat Barbier d’Aucourt.--Son fauteuil, le 12e, est occupé par M. Jules Favre.
[162] Son testament, signé le 11 juillet 1683, est daté de cette adresse, mais avec la simple indication: «rue Montorgueil».
1650. Jean DOVJAT, Docteur Regent, et premier Professeur du Roy en Droit Canon, Conseiller et Historiographe de Sa Majesté[163], _rue St Iean de Beauvais_[164].
[163] Il avoit succédé au continuateur de l’_Astrée_, Baro, dont, par la date donnée ici pour l’entrée de Doujat à l’Académie, on connoît approximativement l’époque de la mort, restée autrement assez problématique. (Pellisson, _Hist. de l’Acad. franç._, édit. Livet, t. I, p. 238.) Doujat eut pour successeur l’abbé Renaudot, en 1689.--Son fauteuil, le 15e, vient d’échoir à M. Henri Martin, par suite de la mort de M. Thiers.
[164] Son titre de professeur en droit canon lui permettoit d’y habiter les _Écoles de droit_, dont la principale entrée étoit dans cette rue. V. plus haut, t. I, p. 33.
1651. François CHARPENTIER[165], _rue de la Verrerie_[166].
[165] C’est surtout comme traducteur qu’on le reçut, en 1651, de l’Académie; il travailla aussi à la rédaction des _Voyages_ de Chardin.--Il occupoit le 16e fauteuil, où il avoit remplacé J. Baudoin, et que l’évêque de Senlis, Chamillard, eut après lui, en 1702. C’est aujourd’hui celui de M. le duc de Broglie.
[166] Il avoit d’abord habité près du Louvre une maison, dont il étoit le propriétaire, mais qu’il avoit dû quitter. Le roi se l’étant réservé «pour le grand dessein du Louvre», Charpentier n’avoit pas eu le droit d’y faire les réparations nécessaires, et c’est pour n’y pas être écrasé sous les ruines que force lui avoit été d’en partir avec tous ses locataires.
François TALLEMANT, conseiller du Roy, et Premier Aumosnier de Madame, abbé de Val-Chrestien, et prieur de S. Irenée, _rue Sainte-Anne, proche celle de la Sourdière_[167].
[167] Frère cadet de Tallemant des Réaux. Il est fameux par le vers que sa traduction de Plutarque lui valut de la part de Boileau, et auquel un académicien du même nom et de la même famille, l’abbé Paul Tallemant, qu’on trouvera plus loin, riposta par une lettre très digne, très spirituelle, mais trop peu connue. Elle se trouve dans l’édit. du Racine in-8º de 1768, t. VII, p. 254. Il avoit succédé, en 1669, à J. de Montreuil, et il eut pour successeur, en 1693, Simon de Laloubère.--Son fauteuil, le 13e, est aujourd’hui celui de M. le duc d’Audiffret-Pasquier.
1652. Armand de Cambout, duc de COASLIN, Pair de France, Lieutenant General pour le Roy en Basse-Bretagne, Mestre de Camp General de la Cavalerie Legere, _rue des Deux-Portes, près de la rue Mont-Orgueil_[168].
[168] Petit-fils de Séguier par sa mère, il avoit été, lorsqu’il remplaça L’Estoille, en 1652, académicien de naissance pour ainsi dire. Son fils et son petit-fils, qui, l’un après l’autre, lui succédèrent, le furent de même. Chapelain, lui cherchant des titres, ne trouva qu’une harangue «courte et bonne» qu’il avoit faite, comme président, aux États de Bretagne: «Du reste, ajoute-t-il, il se pique plus de guerre que d’écriture.»--Son fauteuil, le 17e, est occupé par M. Hippolyte Taine.
1653. Paul PELLISSON Fontanier, conseiller du Roy en ses Conseils, maistre des Requestes ordinaire de son Hostel[169], _maison abbatiale de S. Germain des Prez_[170].
[169] On connoît assez Pellisson pour que nous n’ayons pas à parler de lui. Il ajoutoit à son nom celui de Fontanier, qui étoit celui de sa mère, pour se distinguer de son frère aîné Georges. Il avoit en 1653 remplacé Porchères Laugier, et il eut en 1693 Fénelon pour successeur.--Son fauteuil, le 20e, est maintenant celui de M. Dufaure.
[170] C’est comme administrateur de l’économat de l’abbaye qu’il habitoit «cette maison abbatiale», dont on peut voir encore la façade presque intacte au bout de la rue Furstemberg. V. plus haut, t. I, p. 23.
1654. Paul-Philippes de CHAVMONT, Evesque de Dax[171].
[171] On disoit alors plus communément évêque d’Acqs. Cet évêché de Dax fut supprimé en 1802. Chaumont l’occupa de 1671 à 1684, puis s’en démit. Étoit-ce pour être plus assidu à l’Académie? Il y avoit, en 1654, remplacé Sérizay, et le président Cousin l’y remplaça en 1697: «La nécessité de ses fonctions, dit-il de son prédécesseur, le priva pendant quelque temps des avantages de votre société.» Son fauteuil, le 18e, est occupé par M. le comte de Falloux.
1656. Charles COTIN, abbé de Mont-Fronchel, chanoine de Bayeux, _rüe Simon-le-Franc_[172].
[172] Une des plus fameuses victimes de Boileau et de Molière. L’abbé d’Olivet croyoit qu’il n’avoit été qu’un an chanoine de Bayeux: nommé en 1650, il auroit l’année d’après, «ne voulant pas résider à Bayeux», résigné son canonicat. On voit que c’est une erreur puisque, seize ans après, notre liste le lui attribue encore. Cotin avait, en 1655, succédé à Habert de Cérizy; en janvier 1682, il eut l’abbé de Dangeau pour successeur.--Son fauteuil, le 21e, est aujourd’hui celui de M. Charles Blanc.
1657. César d’ESTRÉES[173], Cardinal Evesque et Duc de Laon, Pair de France, _rüe Barbeth_[174].
[173] Il n’eut de titres à l’Académie que comme homme d’État. Il en fut pendant cinquante-six ans: depuis 1658, époque où il succéda à Du Ryer, jusqu’en 1714. Son neveu le maréchal d’Estrées le remplaça. C’est au cardinal d’Estrées que l’Académie française dut ses fauteuils, dont un existe encore chez M. Camille Doucet, secrétaire perpétuel. (V. notre _Histoire du Louvre_ dans _Paris à travers les âges_.)--Il occupoit le 18e, échu aujourd’hui à M. V. Sardou.
[174] Lisez Barbette. L’hôtel d’Estrées, qui fut depuis l’hôtel de Corberon, puis une succursale de l’école de Saint-Denis, s’y trouvoit à l’extrémité à gauche, du côté de la rue des Trois-Pavillons. On l’a démoli sous le second empire.
1658. Iean-Iacques Renoüard, sieur de VILLAYER, Conseiller d’Estat ordinaire[175], _rüe Chapon_.
[175] Il avoit remplacé Servien, et il eut pour successeur Fontenelle, en 1691. Il n’étoit pas conseiller d’état ordinaire, comme il est dit ici, mais par semestre.--Son fauteuil, le 22e, est occupé par M. Caro.
1661. Iacques CASSAIGNE, Docteur en Theologie, Prieur de S. Estienne, _rüe d’Orléans_[176].
[176] C’est le prédicateur dont s’est tant moqué Boileau. N’ayant guère que vingt-sept ans, il avoit, au commencement de 1662, succédé à Saint-Amant. Il mourut en 1679, et fut remplacé par M. de Crécy. L’évêque de Luçon, Nic. Colbert, lui avoit délégué sa charge de gardien de la Bibliothèque du roi.--Il occupoit le 24e fauteuil, celui de M. d’Haussonville aujourd’hui.
1662. Antoine FVRETIERE, abbé de Chalivoy et Prieur de Chuisnes, _rüe de Savoye_[177].
[177] Il avoit, en 1662, succédé à Boissat. La fameuse affaire du _Dictionnaire_, qu’il recommençoit sur un plan nouveau, pendant que l’Académie, privilégiée pour ce travail, le continuoit sans s’être assez tôt défiée de ce que nous appellerions une concurrence déloyale, le fit exclure le 27 janvier 1685. On ne lui donna toutefois un successeur qu’à sa mort, en 1688; ce fut La Chapelle.--Son fauteuil, le 25e, est occupé par M. X. Marmier.
Iean Regnaud de SEGRAIS[178], _rüe de Vaugirard, vers le Calvaire_[179].
[178] Successeur de Boisrobert, en 1662, il fut remplacé en 1701 par Campistron.--Son fauteuil, le 26e, est occupé par M. de Viel-Castel.
[179] Il y logeoit chez Mme de La Fayette, qui l’avoit recueilli lorsqu’il eut quitté le Luxembourg, où il étoit gentilhomme de Mademoiselle, et qui le fit travailler à son roman de _Zayde_. Le couvent du Calvaire n’existe plus depuis 1790. L’église, après avoir servi de remise, a été absorbée par le palais du Sénat. Le cloître est devenu une serre.
Michel le CLERC, advocat en Parlement, _Place Royale_[180].
[180] Il n’est plus connu que par l’épigramme que fit Racine contre son _Iphigénie_, tragédie à laquelle Boyer, qu’on trouvera plus loin, collabora. Le Clerc avoit, en 1662, remplacé Priezac, et il eut pour successeur Toureil, en 1692.--Son fauteuil, le 5e, est aujourd’hui celui du savant chimiste, M. J. B. Dumas.
1663. François de Beauvilliers, duc de SAINT-AGNAN, Pair de France, Premier Gentilhomme de la Chambre du Roy, Gouverneur du Havre de Grace, chevalier des Ordres de Sa Majesté[181], _près de la Grande Escurie_[182].
[181] Reçu en 1663 à la place de La Mesnardière, il fut, en 1697, remplacé par l’abbé de Choisy. En qualité de bel esprit de la cour, il protégeoit volontiers ceux de la ville. Molière entre autres s’en étoit bien trouvé.--Son fauteuil étoit le 11e, occupé maintenant par M. Littré.
[182] Il logeoit au pavillon Marsan, près duquel la grande écurie s’étendoit jusqu’aux environs de la rue Saint-Honoré.
1665. Roger de Rabutin, comte de BUSSY, Lieutenant General des Armées du Roy[183].
[183] Il avoit en 1665 succédé à Perrot d’Ablancourt, et il eut pour successeur, en 1693, Paul Bignon. Disgracié, comme on sait, pour son _Histoire amoureuse des Gaules_, il habitoit sa terre de Chaseu en Bourgogne.--Son fauteuil, le 2e, est à présent celui de M. Mignet.
Iacques TESTU, abbé de Belval[184], _à la Place Royale_[185].
[184] Bautru de Serrant l’avoit précédé sur le fauteuil qu’il occupoit, et le marquis de Saint-Aulaire l’y remplaça en 1706.--C’est le 27e, que la mort de M. de Sacy vient de laisser vacant.
[185] La duchesse de Richelieu, qui l’avoit en grande amitié, l’y logeoit dans son hôtel.
1666. Paul TALLEMANT, Prieur de S. Albin, _rüe de Clery_[186].
[186] C’est lui dont nous avons cité plus haut, à propos de son parent François Tallemant, une si verte réplique à Boileau. Successeur de Gombaud, en 1666, à vingt-trois ans, il fut remplacé en 1712 par Danchet.--Son fauteuil, le 29e est vacant en ce moment par suite de la mort de M. Saint-René Taillandier.
Claude BOYER[187], _rüe de Clery_[188].
[187] Autre victime de Boileau et de Racine. Il avoit eu pour prédécesseur Giry, en 1665, et il eut pour successeur l’abbé Genest, en 1698. Il étoit du Languedoc comme Leclerc, avec lequel il collaboroit non-seulement pour des tragédies, mais aussi pour des lettres politiques sur les affaires du temps, qui les firent plus d’une fois inquiéter (_Corresp. administ. de Louis XIV_, t. II, p. 555).--Le fauteuil de Claude Boyer, le 28e, est occupé par M. D. Nisard.
[188] Paul Tallemant, qui l’avoit défendu, en même temps que son parent, dans la lettre que nous rappelions tout à l’heure, l’avoit en grande estime et le logeoit chez lui, rue de Cléry: «Vous sçavez, dit-il à Boileau, qu’il a toujours demeuré et est mort dans notre maison, maison assez aimée des gens de lettres.»
Iean-Baptiste COLBERT, conseiller du Roy en tous ses Conseils, secretaire d’Estat, Grand Tresorier des Ordres du Roy, Controlleur General des Finances, Surintendant et Ordonnateur General des Bastiments du Roy, Arts et Manufactures de France[189], _rüe neuve des Petits Champs_[190].
[189] C’est le grand ministre qui, par conséquent, n’aura pas beaucoup à nous occuper ici. L’Académie l’avoit reçu, en 1660, à la place de Silhon. Il n’y vint guère, aimant mieux, à l’occasion, faire venir les académiciens chez lui, à Sceaux (_Mercure_, oct. 1677). Il eut, en 1684, La Fontaine pour successeur.--Son fauteuil, le 30e, est aujourd’hui celui de M. Duvergier de Hauranne.
[190] Son hôtel y est remplacé par deux passages, dont l’un en a pris le nom de «passage Colbert».
1667. Philippes de Courcillon marquis de DANGEAV, Gouverneur de Touraine, et Colonel du Regiment d’Infanterie du Roy[191], _rüe S. Honoré_[192].
[191] L’auteur du fameux _Journal_ du grand règne. Il était de l’Académie depuis longtemps lorsqu’il le commença. Sa réception, comme successeur de Scudéry, date, comme on le voit ici, de 1667; lorsqu’il mourut, en 1720, cédant la place au duc de Richelieu, il étoit doyen.--Son fauteuil, le 14e, est aujourd’hui celui de M. Camille Doucet.
[192] Il y logeoit dans la partie qui dépendoit de Saint-Eustache. C’est en effet à cette église qu’il s’étoit marié le 7 mai 1670. Il eut plus tard son hôtel à la place Royale.
1670. François Seraphin REGNIER des Marais[193], Prieur commendataire de Grandmont[194], Académicien de la Crusca[195], _à l’Hostel de Crequy_[196].
[193] Il étoit académicien depuis six ans, ayant été élu en 1670 pour le fauteuil laissé vacant par Cureau de la Chambre. Il fut nommé en 1684 secrétaire perpétuel, à la place de Mézeray, et mourut en 1713. La Monnoie lui succéda. V. plus bas, p. 301.--Son fauteuil, le 31e, est occupé par M. Ernest Legouvé.
[194] Le roi lui avoit donné ce riche prieuré, lorsqu’il ne demandoit qu’une pension, et c’est ainsi qu’il fut abbé sans l’avoir voulu, mais sans le regretter.
[195] Il avoit, dit-on, plus de talent en italien qu’en françois: «S’il réussit, écrit d’Alembert, à faire passer un de ses sonnets pour être de Pétrarque, il n’eût pas fait passer ses vers françois sous le nom d’un grand poète.» _Éloges des Académiciens_, t. III, p. 205.
[196] Le duc de Créqui, dont il avoit été le secrétaire pendant son ambassade à Rome, le logeoit chez lui. Son hôtel, auparavant hôtel Mazarin, se trouvoit, quai Malaquais, sur l’emplacement occupé aujourd’hui par une partie de l’école des Beaux-Arts. Il a été démoli en avril 1845.
Pierre Cureau de la CHAMBRE, Docteur en Theologie[197], Curé de S. Barthelemy[198].
[197] Son père, médecin célèbre, avoit été de l’Académie. C’est ce qui lui en ouvrit les portes en 1669, à la mort de Racan. La Bruyère lui succéda en 1693.--Il occupoit le 14e fauteuil, celui de M. Auguste Barbier aujourd’hui.
[198] Il y fut d’un zèle de charité admirable. Pendant le rude hiver de 1693, il vendit tout pour secourir ses paroissiens décimés par le froid et la contagion: «il ne lui restoit plus, dit l’abbé d’Olivet, qu’à donner sa vie.» La contagion la lui prit. Il mourut le 15 avril suivant.
Philippes QVINAVLT, auditeur des Comptes[199], _rüe neuve S. Médéric_[200].
[199] L’auteur bien connu des opéras que la dévotion lui fit renier à la fin de sa vie. Son mariage avec la riche veuve Mme Bonnet, qui lui apporta cent mille écus, lui avoit permis d’acheter une charge d’auditeur des comptes.
[200] Il étoit né rue Grenelle-St-Honoré où, comme on sait, son père étoit boulanger. Il se maria rue de la Grande-Truanderie, logea quelque temps où nous le voyons ici, rue Neuve-Saint-Merry, et s’établit enfin à l’île Saint-Louis où il mourut en 1688. Fr. de Caillières lui succéda à l’Académie, où il avoit lui-même remplacé Salomon en 1670.--Son fauteuil, qui porte le nº 1, est aujourd’hui occupé par M. Ernest Renan.
1671. François de HARLAY de Chanvallon, archevesque de Paris, duc et Pair de France, etc.[201].
[201] Fait académicien en 1671, il avoit eu pour prédécesseur Hardouin de Péréfixe, comme lui archevêque de Paris. Son successeur fut le savant Dacier, en 1691.--Il occupoit le 19e fauteuil, celui de M. John Lemoine aujourd’hui.
1672. I. Benigne BOSSVET, Evesque de Condom, Precepteur de Monseigneur le Dauphin[202].
[202] Il ne fut de l’Académie, à quarante-cinq ans, que lorsque sa nomination comme précepteur du Dauphin lui permit de quitter Condom, et d’habiter Versailles. Successeur de Hay de Chambon, en 1672, il fut remplacé en 1704 par le cardinal de Polignac.--Son fauteuil, le 33e, est occupé par M. Camille Rousset.
Charles PERRAVLT, Controlleur General des Bastiments du Roy[203], _rüe Neuve des bons Enfans_[204].
[203] C’est l’auteur des _Contes des fées_. La protection de Colbert le fit entrer en 1671 à l’Académie où il avoit eu Fr. de Montigny pour prédécesseur. Le cardinal de Rohan lui succéda en 1704. Il occupoit le 24e fauteuil, celui de M. Mézières en ce moment.
[204] Il y logeoit dans les dépendances du Palais-Royal, qu’il quitta, lorsque Colbert l’eut disgracié, pour aller habiter une maison à lui dans le faubourg Saint-Jacques.
1673. Esprit FLECHIER, abbé de Severin[205], _rüe S. Thomas à l’hostel de Rambouillet_[206].
[205] Il eut pour prédécesseur Godeau, qu’il remplaça en 1673; et pour successeur H. de Nesmond, en 1710. L’abbaye de Séverin n’étoit pas son seul bénéfice, il eut aussi celle de Baignes, et le prieuré de Peyrat.--Son fauteuil, le 34e, est occupé par M. V. de Laprade.
[206] Il y logeoit chez Montausier, qui se l’étoit attaché comme «homme de lettres». Il y étoit déjà venu auparavant du temps de Mme de Rambouillet, la célèbre Arthénice; et c’est comme hôte du _Salon bleu_, où il étoit connu sous le nom de Damon, qu’il avoit pu si bien dire, en 1671, dans l’oraison funèbre de Julie d’Angennes, duchesse de Montausier: «Souvenez-vous de ces cabinets que l’on regarde encore avec tant de vénération, où l’esprit se purifioit... où se rendoient tant de personnes de qualité et de mérite.»
Iean RACINE[207], Trésorier de France à Moulins[208], _à l’Hostel des Ursins_[209].
[207] Lorsqu’il fut nommé en 1673 à la place de La Mothe Le Vayer, il étoit au plus fort de ses succès de théâtre. Valincourt, qui avoit été de ses meilleurs amis, lui succéda en 1699.--Son fauteuil est le 4e, le même qui est occupé maintenant par M. Octave Feuillet.
[208] On ne sait pas au juste à quelle date Racine eut cette charge, qui fut pour lui la plus absolue des sinécures. On le dispensa même, comme académicien et historiographe du roi, d’en aller prendre possession. (_Lettres_ de Colbert, t. V, p. 524.)
[209] Il y logeoit déjà en 1668, quand furent joués _les Plaideurs_. V. plus haut, t. I, p, 95, note, et _Hist. de l’Académie_, édit. Ch. Livet, t. II, p. 333. Quand il se maria, le 1er juin 1677, il y logeoit encore, car il est donné sur l’acte comme habitant la paroisse Saint-Landry, qui étoit celle de l’hôtel des Ursins. Il alla demeurer peu après rue Saint-André-des-Arts, au coin de la rue de l’Éperon.
Iean GALLOIS, abbé de S. Martin de Cores[210], _rüe Vivien_[211].
[210] Académicien, comme Perrault, de la façon de Colbert, il fut élu, en 1673, à la place de Bourzeis; l’abbé Mongin lui succéda en 1708. L’abbaye de Saint-Martin des Cores, dont il étoit pourvu, se trouvoit au diocèse d’Autun. On a vu plus haut, t. I, p. 142, note, qu’il avoit travaillé au _Journal des savants_. Ajoutons qu’il aida au rétablissement de l’Académie des sciences, dont il fut dès lors le secrétaire.--Son fauteuil à l’Académie françoise étoit le 35e, occupé aujourd’hui par M. Gaston Boissier.
[211] Premier nom de la rue Vivienne, qui le devoit à Louis Vivien, seigneur de la Grange-Batelière, dont _la censive_ s’étendoit jusque-là. L’abbé Gallois y logeoit dans une dépendance de l’hôtel Colbert, pour laquelle la rue qui mit en communication les rues Vivien et de Richelieu fut percée peu après, derrière l’hôtel Mazarin, devenu hôtel de Nevers: «On va faire, lisons-nous sous la date du 13 avril 1682, dans les _Lettres hist. et anecd._ ms. de la Biblioth. nat., une nouvelle rue auprès de la maison de M. Colbert et derrière l’hôtel de Nevers, qui portera le nom de: _La rue Colbert_.»
1674. Isaac de BENSERADE[212], _au Palais Royal_[213].
[212] Il avoit succédé à Chapelain, en 1674, et eut pour successeur Pavillon, en 1691. Il occupoit le 37e fauteuil, qui est à présent celui de M. Émile Ollivier.
[213] Il y mourut le 20 oct. 1691. Il avoit d’abord habité au quartier des Écoles, dans la rue Fromentelle; puis, vers 1651, rue des Bons-Enfants, chez Mme de La Roche-Guyon qui l’aimoit fort; ensuite aux Tuileries, comme le prouvent ses vers: _Plaintes du cheval Pégase aux chevaux de la petite écurie qui le veulent desloger de son galetas des Tuileries_; et enfin au Palais-Royal, qu’il ne quittoit, l’été, que pour sa maison d’Arcueil, dont Adam Parelle a dessiné et gravé «le berceau de feuillage».
Pierre Daniel HVET, Sous-Precepteur de Monseigneur le Dauphin[214], _rüe neuve des Petits Champs_[215].
[214] Il avoit remplacé Gomberville en 1674, et le fut lui-même par Boivin en 1721. Nous le retrouverons sur la liste suivante.--Son fauteuil, le 36e, est aujourd’hui celui de Mgr le duc d’Aumale.
[215] Il y logeoit chez un charpentier, vis-à-vis le marché aux chevaux. (V. notre _Hist. de la butte des Moulins_, p. 104.)
1675. Toussaints ROSE, secretaire du Cabinet, _à l’Hostel de Fleury, rue des Bourdonnois_[216].
[216] C’est lui qui avoit «la plume», et qui devoit imiter, comme tel, l’écriture du roi à s’y méprendre. Ses fonctions consistoient ainsi à faire légalement des faux. Il avoit succédé à Conrart en 1675, et il fut remplacé par Sacy en 1701.--Il occupoit le 38e fauteuil, occupé maintenant par M. A. Dumas fils.
Geraud de CORDEMOY, lecteur de Monseigneur le Dauphin, _rüe Beaubourg_[217].
[217] Il avoit remplacé Ballesdens en 1675, et il le fut en 1685 par Bergeret. V. sur ses ouvrages, t. I, p. 189, 203.--Son fauteuil, le 10e, est occupé par M. Jules Simon.
[Chez Pierre LE PETIT, imprimeur ordinaire du Roy et de l’Académie, _rue Saint Jacques_, à la Croix d’or[218].]
[218] Dans la parodie paraphrasée en vers, que fit Benserade, en 1684, de la _Liste de messieurs de l’Académie_ pour cette année-là, pièce des plus curieuses, citée par d’Olivet, mais publiée seulement de nos jours par le journal _l’Intermédiaire_, 15 juin 1864, p. 110, on trouve à la fin cette mention sur l’Imprimeur des Quarante:
_Le Petit_, leur imprimeur, Triste, est de mauvaise humeur Contre _le Dictionnaire_, Qui, ne s’en émouvant pas, Suit toujours du même pas, Et va son train ordinaire.
Le Petit mourut en 1687, Coignard le remplaça. _V._ plus haut, t. I, p. 189.
LISTE[219]
DE L’ACADÉMIE FRANÇOISE.
[219] Cette liste est imprimée sur un placard in-fol. à deux colonnes. V. plus haut, p. 275.
LE ROY, _protecteur_.
(1705.)
Messieurs
1656. CESAR, cardinal D’ESTRÉES[220], commandeur de l’ordre du St Esprit, doyen de l’Académie françoise[221], à l’abbaye de S. Germain des Prez[222].
[220] V. la liste précédente, p. 280-281.
[221] D’Alembert dit de l’Académie, à propos du cardinal d’Estrées: «Elle eut le bonheur de le posséder près de soixante ans, et de le voir longtemps à sa tête en qualité de doyen; et quand elle le perdit, elle le pleura comme si elle venoit à peine de l’acquérir.» _Hist. des membres de l’Acad. franç. morts depuis 1700_, etc., t. III, p. 316.
[222] Louis XIV lui avoit donné ce magnifique bénéfice lorsque les intrigues de la princesse des Ursins l’eurent forcé de quitter l’ambassade d’Espagne. Il mourut à l’abbaye. C’est à sa tolérance que les petits théâtres et les bateleurs avoient dû de pouvoir s’établir sur le préau de la foire Saint-Germain, tant qu’elle duroit. Il les avoit même soutenus contre les comédiens qui, s’autorisant de leur privilège, vouloient les faire déguerpir. (L’abbé de la Tour, _Réflexions morales... sur le théâtre_, 1762, in-12, t. I, p. 35-36.)
1665. Jacques TESTU, abbé de Belval, et prieur de St Denys de la Chartre, _rue des Lions_[223].
[223] V. la liste précédente, p. 282.
1666. Paul TALLEMANT, intendant des devises et inscriptions des Edifices royaux[224], prieur d’Ambierle et de Saint Albin[225], _rue Ste Anne_.
[224] Il étoit, sous ce titre, qu’il devoit à Colbert, secrétaire de l’Académie des inscriptions.
[225] C’est encore à Colbert qu’il devoit ces bénéfices «assez considérables», dit d’Alembert.
1667. Philippe DE COURCILLON, marquis de Dangeau, gouverneur de Touraine, conseiller d’Estat ordinaire, et grand maistre des Ordres royaux et militaires de Nostre-Dame du Mont Carmel et de St Lazarre de Jérusalem, chevalier des Ordres du Roy, chevalier d’honneur de Madame la duchesse de Bourgogne[226], _place Royale_[227].
[226] V. la liste précédente, p. 284.
[227] Il y avoit acheté le pavillon que l’intendant général des postes, M. de Nouveau, avoit fait décorer par Le Brun et Le Sueur. Celui-ci avoit peint deux tableaux et deux plafonds, l’autre un plafond. (_Mém. inéd. sur l’Acad. de peinture_, t. I, p. 12 et 158.) La perspective peinte sur un des murs du jardin étoit de Jacques Rousseau, à qui l’on ne l’avoit pas payée moins de 4000 liv. en 1679. (Manette, _Abecedario_, t. V, p. 53.) Lorsque Monseigneur venoit à Paris, il descendoit volontiers à la place Royale, chez Dangeau. V. le _Journal_ de celui-ci, t. II, p. 308.
1670. François Séraphin RÉGNIER DESMARETS, abbé de Saint Laon de Thouars, prieur de Grand-Mont près Chinon, académicien de la Crusca, et Secrétaire perpétuel de l’Académie françoise. _A l’Hostel de Créquy sur le quay Malaquest_[228].
[228] V. la liste précédente, p. 284, et plus bas, p. 301.
1673. Esprit FLÉCHIER[229], Evesque de Nismes[230].
[229] V. la liste précédente, p. 286.
[230] Après avoir été pendant deux ans évêque de Lavaur, le roi l’avoit nommé à l’évêché de Nîmes, poste difficile depuis la révocation de l’Édit, mais qui le fut moins lorsque Fléchier eut consenti au démembrement qui permit la création d’un évêché dans les Cévennes, celui d’Alais.
Jean GALLOYS, ancien abbé de St Martin de Cores[231], _rue Fromentelle derrière le Collège Royal_[232].
[231] V. la liste précédente, p. 287.
[232] C’étoit bien loin de la rue Vivien, où nous l’avons vu en 1676; mais après la mort de Colbert, devenu professeur de grec, puis inspecteur au collège Royal, il avoit dû déménager jusque là. Il y mourut le 19 avril 1707, à soixante-quinze ans.
1674. Pierre Daniel HUET[233], ancien Evesque d’Avranches[234], _à la Maison professe des Jésuites, rue St Antoine_[235].
[233] V. la liste précédente, p. 287.
[234] Nommé à l’évêché de Soissons, en 1685, il l’échangea avec M. de Sillery pour celui d’Avranches, dont il se démit après l’avoir occupé dix ans.
[235] En 1691, il leur avoit légué sa bibliothèque et s’étoit ainsi créé des droits à devenir leur hôte. Malheureusement, le don qu’il leur avoit fait fut détruit en grande partie deux ans après, lorsqu’il étoit encore à Avranches, par l’écroulement de la maison qu’il louoit à Paris depuis douze ans, pour que sa bibliothèque y fût en dépôt: «la maison qui la renfermoit, écrit d’Alembert, t. III, p. 475, étoit placée au faubourg Saint-Jacques sur des carrières qui s’entrouvrirent.» V. à ce sujet une pièce de Santeul dans ses _Poemata_.
1678. Pierre Nicolas COLBERT, archevesque de Rouen[236], _à l’hostel Colbert, rue Neuve des Petits Champs_[237].
[236] Fils du grand ministre, il avoit dû à l’influence de son père d’être nommé de l’Académie en 1678, à la place de Jacques Esprit, lorsqu’il n’avoit encore que vingt-quatre ans. C’est Racine qui le reçut, et d’Alembert pense, avec raison, je crois, qu’il fit les deux discours.
[237] C’est l’hôtel de son père. Il y possédoit une bibliothèque du meilleur choix, quoique très nombreuse. Santeul en a fait l’éloge dans ses _Poemata_. Nicolas Colbert eut l’abbé Fraguier pour successeur à l’Académie, en 1708.
1679. Louis VERJUS, comte de Crécy, conseiller du Roy en ses conseils, _rue de Richelieu_[238].
[238] Il fut reçu de l’Académie en 1679, n’ayant de titres que ses ambassades. En 1710, Ant. de Mesmes lui succéda.
1682. Louis DE COURCILLON DE DANGEAU[239], abbé de Fontaine Daniel[240], _place Royale_[241].
[239] Frère du marquis, nommé plus haut, p. 284, 290. Il remplaça l’abbé Cotin, en 1682, et fut remplacé lui-même par le comte Fleuriau de Morville, en 1723.
[240] C’étoit un bénéfice simple, l’abbé n’en ayant pas voulu d’autre, afin de pouvoir mieux s’occuper des lettres.
[241] Il y logeoit dans l’hôtel de son frère, où il tenoit tous les mardis des conférences littéraires et grammaticales, dont il a été parlé plus haut, t. I, p. 128, note 2.
1684. Nicolas BOYLEAU DESPRÉAUX[242], _cloistre Notre Dame_[243].
[242] Le satirique s’étoit fait trop d’ennemis pour arriver de bonne heure à l’Académie. Lorsque tant d’autres étoient reçus de vingt-cinq à trente ans, il ne le fut, lui, qu’à plus de quarante-huit; encore fallut-il presque un ordre du Roi. Il remplaça Bazin de Bezons, en 1684, et eut pour successeur, en 1711, le maréchal d’Estrées.
[243] Il y habitoit depuis longtemps, mais en 1699 il y avoit pris, derrière Notre-Dame, à la pointe de l’Ile, un autre logement que celui qu’il avoit occupé d’abord: «il est, écrit son ami Vuillart, le 9 juillet, occupé d’un déménagement. Il quitte le logis du cloître Notre-Dame, où il étoit près du puits, pour un autre qui a vue sur le jardin du Terrain.» C’est là qu’il mourut.
1685. Thomas CORNEILLE[244], _rue St Hyacinthe, près les Jacobins de la rue St Honoré_[245].
[244] On sait qu’il avoit succédé à son illustre frère au commencement de 1685. La Mothe le remplaça en 1710.
[245] C’est bien l’adresse que lui donne le président Hénault, _Mémoires_, p. 181. Parlant de Fontenelle, son neveu, il dit: «Il vint à Paris pour la première fois en 1687. Il demeura d’abord chez Thomas Corneille, son oncle et son parrain, cul de sac des Jacobins.»
1686. François Timoléon DE CHOISY, prieur de St Lo de Rouen[246], _au Luxembourg_[247].
[246] Il avoit en 1687 été reçu à la place du duc de Saint-Aignan. Il mourut en 1724, doyen de l’Académie où Portail le remplaça.
[247] Il y avoit été élevé chez son père, chancelier de Gaston d’Orléans, et il y revint passer ses dernières années dans un appartement voisin de celui qu’habitoit, dans ce grand palais alors sans maître, madame de Caylus. V. G. Desnoiresterres, _Épicuriens et lettrés_, 1879, in-18, p. 171.
1688. Jean TESTU DE MAUROY, abbé de Fontaine Jean et de St Chéron, prieur de Dampmartin, ancien aumosnier ordinaire de MADAME, _au Palais-Royal_[248].
[248] Instituteur des filles de Monsieur, qui le logeoit au Palais-Royal. Il ne fut académicien, en 1688, que par la protection du prince qui, lorsque sa recommandation, d’ailleurs fort peu pressante, l’eut fait nommer, fut le premier à en être surpris. Il remplaça Jacques de Mesmes et eut pour successeur, en 1706, l’abbé de Louvois.
Jean DE LA CHAPPELLE, conseiller du Roy, receveur général des finances de la Généralité de la Rochelle, _rue du Grand Chantier au Marais_[249].
[249] Quelques tragédies et une farce, _les Carrosses d’Orléans_, firent beaucoup moins pour sa réception, en 1688, à la place de Furetière, que son titre de secrétaire des commandements du prince de Conti. Il fit aussi une sorte de roman, _les Amours de Catulle_, dont se souvenoit La Bruyère lorsque, parlant de lui et du jeune prince, il dit: «CATULLE et son élève...» _Caractères_, édit. Walckn., t. I, p. 504.--La Chapelle eut pour successeur, en 1723, l’abbé d’Olivet.
1689. François DE CALLIÈRES, seigneur de la Rochechellay et de Gigny, conseiller ordinaire du Roy en ses conseils, secrétaire du Cabinet de Sa Majesté[250], _rue de Cléry_[251].
[250] Comme le comte de Crecy qu’on a trouvé plus haut, p. 292, il étoit arrivé à l’Académie, en 1689, à la place de Quinault, par ses services d’ambassadeur. Le cardinal de Fleury le remplaça en 1717.
[251] Il y occupoit, comme l’abbé Tallemant, Pavillon, et plusieurs autres, un de ces nouveaux hôtels qu’on appeloit des «Cléry», et qui mirent, à la fin du XVIIe siècle et au commencement du XVIIIe ce quartier à la mode. Il acheta, en 1709, à Jacques Paget, moyennant 60,000 livres, une maison de la rue Neuve-Saint-Augustin, dont il disposa, en faveur de l’Hôtel-Dieu de Paris, par un legs, déjà mentionné plus haut, t. I, p. 113, note 1.--V. aussi _Inventaire des archives hospitalières_, HÔTEL-DIEU, t. I, p. 79.
Eusèbe RENAUDOT, prieur de Fossey[252], _rue de Richelieu_[253].
[252] Il étoit l’aîné des quatorze enfants de Théophraste Renaudot, créateur de la Gazette. Ses écrits ecclésiastiques le firent admettre en 1689, à la place de Doujat. L’abbé Roquette fut son successeur en 1720.
[253] Au coin de la rue Neuve-Saint-Augustin. On voit en effet par le testament de Callières, rappelé tout à l’heure, que sa maison située dans cette rue touchoit à celle de l’abbé Renaudot.
1691. Bernard DE FONTENELLE, secrétaire de l’Académie des sciences[254], _au Palais-Royal_[255].
[254] Reçu en 1691, à la place de Villayer, il mourut doyen de l’Académie en 1757, et eut A. L. Séguier pour successeur.
[255] Il avoit d’abord, comme on l’a vu plus haut, p. 293, habité chez son oncle Th. Corneille, puis chez son ami M. des Haguais. Le duc de Chartres, devenu duc d’Orléans en 1701, le logea au Palais-Royal, «dans un galetas», comme il disoit lui-même, pour le dispenser de lui en avoir de la reconnaissance. En 1730, il dut en partir, la dévotion du nouveau duc d’Orléans ne s’accommodant pas de sa philosophie, ce qui fit dire dans une épigramme:
Puis le vieux normand parasite, D’athéisme monstre infernal, Délogé du Palais-Royal Depuis que la vertu l’habite.
Fontenelle prit alors un appartement, rue du Faubourg-St-Honoré, près de l’Assomption, où il mourut le 9 janvier 1757, et dont on peut voir la description dans les _Annonces affiches_ de 1758, p. 41-42.
Estienne PAVILLON[256], ci-devant avocat général au parlement de Metz[257], _rue de Cléry_[258].
[256] Il eut pour prédécesseur Benserade, qu’il remplaça en 1691, et pour successeur, en 1705, Brulard de Sillery.
[257] Il s’étoit de bonne heure démis de cette charge et ne s’étoit plus donné qu’au monde et aux lettres.
[258] Il y étoit voisin de son ami Callières, et du trésorier Damon (V. t. I, p. 38) dont la femme reçut souvent l’hommage de ses vers. Lorsque la goutte, qui le cloua chez lui si longtemps, l’eut tout à fait empêché de sortir, il reçut nombreuse compagnie. Le monde, où il n’alloit plus, venoit à lui. V. à ce sujet son _Éloge_, par un autre de ses voisins, l’abbé Tallemant, dans l’_Histoire de l’Académie des inscriptions_.
1692. Jacques DE TOURREIL[259], _rue des Douze Portes, près la rue St Louis au Marais_[260].
[259] Il avoit succédé à Michel Le Clerc en 1692, et il fut remplacé en 1714 par Rolland-Mallet. Pontchartrain, dont il élevoit le fils, contribua beaucoup à son élection, comme il avoit aidé à celle de Pavillon, son parent.
[260] C’étoit sans doute la maison où Scarron étoit mort, et que Crébillon devoit un peu plus tard habiter si longtemps.
1693. François DE SALIGNAC DE FENELON, archevesque de Cambray[261].
[261] L’auteur de _Télémaque_ avoit succédé à Pélisson en 1693; De Boze lui succéda en 1715.
Jean Paul BIGNON, abbé de Saint Quentin[262], conseiller d’Estat ordinaire[263], _rue des Bernardins_[264].
[262] Il succéda le 15 juin 1693 à Bussy, et eut pour successeur, en 1743, un de ses parents, Jérôme Bignon. Il étoit aussi de l’Académie des sciences et de celle des Inscriptions.
[263] Il devint un peu plus tard doyen de Saint-Germain l’Auxerrois, puis bibliothécaire du cabinet du roi, charge que Dacier lui vendit 30,000 liv., tout en gardant les appointements de 1,200 liv., et le logement au Louvre (_Mercure_, fév. 1720, p. 180).
[264] V. sur l’hôtel des Bignon dans cette rue, t. I, p. 48, note 4. Le czar Pierre le visita peu de temps après que M. de Torpane le leur eut acheté (_Mercure_, juin 1717, p. 193).
Simon DE LA LOUBÈRE[265].
[265] Encore une créature académique de Pontchartrain. Son seul titre sérieux étoit d’avoir fait partie de l’ambassade à Siam. Il avoit succédé en 1693 à François Tallemant, et l’abbé Sallier le remplaça en 1729. Si son adresse manque ici, c’est qu’il s’étoit retiré de bonne heure à Toulouse, sa ville natale, où on lui dut le rétablissement des Jeux floraux.
1694. Jean François Paul LEFEVRE DE CAUMARTIN, abbé de Nostre Dame de Buzay[266], _rue Neuve St Estienne_ au faubourg St Victor.
[266] Reçu en 1694, à la place de l’abbé de Lavau, n’ayant guère que vingt-six ans, il eut Moncrif pour successeur en 1733. Pontchartrain, qui avoit contribué à le faire élire, aida aussi à le tirer de l’assez fâcheuse affaire où il s’étoit jeté en persiflant l’évêque de Noyon, Clermont-Tonnerre, que peu de mois après sa propre élection il avoit dû, comme directeur, recevoir académicien. Le roi, qui s’étoit prêté d’abord à la plaisanterie, la trouva trop forte une fois faite; il ne parloit pas moins que d’exiler Caumartin dans son abbaye de Buzay en Bretagne, lorsque l’intervention de Pontchartrain le sauva. (V. Saint-Simon, t. I, p. 134, et _Lettres_ de Sévigné, édit. Hachette, t. X, p. 218.) L’abbé de Caumartin devint plus tard évêque de Vannes, puis de Blois.
1695. Charles CASTEL DE S. PIERRE[267], premier Aumosnier de MADAME, _au Palais-Royal_[268].
[267] Élu en 1695 à la place de Bergeret, il fut exclu des séances en 1718, à la suite d’une dénonciation du cardinal de Polignac contre son _Discours sur la Polysydonie_, dans lequel il attaquoit vivement le gouvernement personnel du feu roi, et demandoit qu’on y substituât l’autorité de plusieurs conseils ou _Synodes_. On ne lui donna toutefois un successeur qu’à sa mort, en 1743; ce fut Maupertuis.
[268] Ce logement au Palais-Royal, qu’il avoit comme aumônier de Madame, mère du Régent, lui fut conservé même après son exclusion de l’Académie.
Jules DE CLÉRAMBAULT, abbé de Saint-Taurin, d’Evreux, de Nostre Dame du Lieu-Dieu en Jard, et de St Savin, _rue des Bons Enfants, près le palais Royal_[269].
[269] Fils du maréchal de Clérambault. Le fauteuil de La Fontaine lui échut en 1695, et «comme il étoit contrefait, dit d’Alembert, les mauvais plaisants prétendirent que c’étoit Ésope qui succédoit à La Fontaine». L’abbé Massieu le remplaça en 1714.
André DACIER, garde des livres du Cabinet du Roy, _au Louvre_[270].
[270] Il fut célèbre pour son érudition dans les lettres grecques, mais moins que sa femme, dont La Bruyère demandoit l’admission à l’Académie. Dacier y fut élu, en 1695, pour le fauteuil de l’archevêque de Paris, M. de Harlay. Il étoit déjà garde des livres du cabinet du Louvre, charge que le roi avoit rétablie en sa faveur pour le récompenser de son Recueil sur les Pythagoriciens (V. à la p. préc. l’art. sur l’abbé Bignon). Dacier mourut en 1722. Le cardinal Dubois le remplaça.
1696. Claude FLEURY[271], abbé du Loc-Dieu, sous-précepteur de Messeigneurs les Enfants de France, _rue St Louis au Marais_[272].
[271] Auteur de l’_Histoire ecclésiastique_. Il fut, en 1696, le successeur de La Bruyère, son ami, et fut remplacé lui-même, en 1722, par le diplomate Adam.
[272] Le roi lui avoit donné l’abbaye de Loc-Dieu, après l’éducation du duc de Vermandois, il lui accorda le prieuré d’Argenteuil après celle du duc de Bourgogne. Dès lors il résida dans ce prieuré, beaucoup plus qu’il ne logea rue Saint-Louis.
1699. Louis COUSIN[273], président en la Cour des Monnoyes[274], _rue Guenegaud_.
[273] Il avoit en 1697 succédé à l’évêque d’Acqs, M. de Chaumont. Le marquis de Mimeure lui succéda en 1707.
[274] V. plus haut, t. I, p. 69. Le président Cousin avoit d’abord été directeur du _Journal des savants_ et censeur royal. Il légua ses livres à la bibliothèque de Saint-Victor, avec un fonds de vingt mille francs pour en augmenter le nombre. V. t. I, p. 137.
1698. Charles Claude GENEST[275], abbé de Saint-Vilmer[276], aumosnier ordinaire de Madame la duchesse d’Orléans[277], _cloistre Saint Honoré_.
[275] Il avoit succédé, en 1698, à Claude Boyer, comme académicien, pour des tragédies qui ne valoient guère mieux que les siennes. Son fauteuil échut après lui, en 1720, à l’abbé Dubos.
[276] Ce bénéfice, de 500 écus de rente au plus, fut tout ce qu’il put obtenir du roi.
[277] Mademoiselle de Blois, fille du roi et de madame de Montespan, avoit eu l’abbé Genest pour précepteur. Devenue femme du duc d’Orléans, futur Régent, elle le garda près d’elle comme aumônier, et lui fit avoir, après la mort du roi, 2,000 fr. de pension sur l’archevêché de Sens.
1699. Jean Baptiste Henry DU TROUSSET DE VALINCOUR[278], secrétaire général de la Marine et des Commandements de Monseigneur le comte de Toulouze. _Cloistre Nostre-Dame_[279].
[278] Bel esprit plutôt qu’auteur, il succéda, en 1699, à Racine son ami. Il eut en 1730 La Faye pour successeur.
[279] Il quitta le Cloître un peu plus tard pour venir habiter l’hôtel du comte de Toulouse, dont il étoit, comme il est dit ici, le secrétaire des commandements. On sait que cet hôtel est aujourd’hui celui de la Banque. M. de Toulouse étant amiral, on comprend que Valincourt, qui l’avoit suivi dans quelques expéditions, et même y avoit été blessé, pût être secrétaire général de la marine.
1701. Louis DE SACY, avocat, _rue Beaubourg_[280].
[280] Il plaida peu, traduisit beaucoup et n’imagina rien. C’est la coterie du salon de madame de Lambert qui le fit recevoir académicien en 1701, à la place du président Rose. Montesquieu lui succéda en 1728.
Nicolas DE MALEZIEU[281], chancelier de Dombes, _à l’Arsenal_[282].
[281] Le grand amuseur de la cour de la duchesse du Maine à Paris et à Sceaux. Le fauteuil de l’évêque de Noyon, dont il a été parlé plus haut, lui échut en 1701. Il y fut remplacé en 1727 par le président Bouhier.
[282] Le duc et la duchesse du Maine tenoient leur cour à l’Arsenal, le duc étant grand maître de l’artillerie depuis 1694, il étoit donc naturel que Malézieux y logeât aussi. Sa charge de chancelier de Dombes s’explique de même par la souveraineté du duc sur cette principauté.
Jean Galbert CAMPISTRON[283], secrétaire général des galères, _rue de Grenelle, fauxbourg Saint Germain_[284].
[283] Le singe de Racine, comme on avoit dit de Silius Italicus qu’il étoit celui de Virgile. Il avoit remplacé Segrais en 1701, et il eut Destouches pour successeur en 1723.
[284] La charge de secrétaire général des galères, qu’il avoit eue en 1694 après la mort de Duché, et qui lui fut confirmée par le roi en 1699, lui valoit 3,000 livres. Il la devoit au duc de Vendôme, qui étoit lui-même général des galères, et auquel, après lui avoir été présenté par Racine, il resta toujours attaché.
1702. Jean François DE CHAMILLART[285], Evesque de Senlis[286], et premier aumosnier de Madame la Duchesse de Bourgogne, _rue de Richelieu_.
[285] C’est sa parenté très proche avec le ministre Chamillart qui l’avoit fait arriver au fauteuil laissé vacant en 1702 par la mort de Charpentier; il l’occupa jusqu’en 1714. Le maréchal de Villars l’y remplaça.
[286] Il avoit eu d’abord l’évêché de Dol.
Pierre de CAMBOUT, duc de COISLIN, pair de France[287], _à l’Hostel de Coislin, rue de Richelieu_[288].
[287] Il avoit succédé, en 1702, à son père que nous avons vu sur la liste précédente, p. 279; il eut en 1710 son fils pour successeur.
[288] C’est l’hôtel qu’avoit fait construire le commandeur de Jars, et qui fut un des premiers de la rue de Richelieu. Il touchoit à l’hôtel Louvois, dont la place du même nom occupe le terrain aujourd’hui. Le jardin de l’hôtel de Coislin avoit une porte sur la rue Sainte-Anne, où logeoit Bossuet, ce qui lui permettoit, avec l’agrément du duc son confrère, de venir s’y promener et même d’y recevoir des visites. (_Journal_ de l’abbé Le Dieu, t. III, p. 14.)
1704. Armand Gaston DE ROHAN, Evesque et prince de Strasbourg[289], _à l’Hostel de Soubize au Marais_[290].
[289] Reçu à la place de Claude Perrault en 1704, il eut pour successeur, en 1749, l’évêque de Rennes, Vauréal, qui avoit encore moins de titres que lui.
[290] C’est aujourd’hui, comme on sait, le palais des Archives.
Melchior DE POLIGNAC[291], abbé de Bonport[292], _rue St Dominique, fauxbourg St Germain_.
[291] Auteur de l’_Anti-Lucrèce_, il fut élu en 1704 à la place de Bossuet, et eut Giry pour successeur en 1741.
[292] Il fut plus tard archevêque d’Auch et cardinal.
Gaspar ABEILLE, prieur de Nostre Dame de la Mercy[293], _près la Porte St Honoré, à l’Hostel de Luxembourg_[294].
[293] Quelques tragédies oubliées furent ses seuls titres à l’Académie, où il arriva en 1704, à la place de l’abbé Boileau, et où l’abbé Mongault lui succéda en 1718.
[294] La rue Neuve-de-Luxembourg remplace cet hôtel. Abeille y logeoit comme secrétaire des commandements du maréchal de Luxembourg.
Jean Baptiste COIGNARD, imprimeur et libraire ordinaire du Roy, _rue St Jacques, près St Yves_[295].
[295] V. plus haut, t. I, p. 189, et II, 288.--Quand le _Dictionnaire_ eut été publié, le travail de Coignard pour l’Académie fut assez restreint. Il se réduisit presque à l’impression de quelques _Avis_ sur de petits morceaux de papier grands comme la main, dans le genre de celui-ci, que nous copions textuellement sur l’original:
«M.
«Vous estes adverty de la part de Monsieur le Directeur de l’Académie françoise, de vous trouver Samedy prochain deuxième jour de Décembre mil sept cent treize, à l’assemblée qui se tiendra au Louvre à trois heures précises après midy, pour le second scrutin de l’élection d’un Académicien à la place de feu M. l’abbé Regnier des Marais.»
LISTE
DES
AVIS DU BUREAU D’ADRESSE
_Pour servir depuis le premier jour de l’an 1670[296]._
[296] V. pour cette liste notre _Introduction_, t. I, p. xxxiv.
On continuera à recevoir les avis tous les jours, jusqu’au 12 de ce mois inclusivement, et aux heures ordinaires, pour le Livre suivant, qui se trouvera aux Bureaux, le 16 à midy, jusqu’à la fin du mois.
_On enseigne _gratis_ à l’ordinaire les adresses qui sont faites au Bureau._
On ne se mettroit pas en peine de faire des avertissements sur l’utilité du Bureau d’adr. si on n’avoit à faire qu’à ceux qui s’en sont servis: mais comme le débit des Livres a fait remarquer que quantité de gens ne font que commencer à en prendre connoissance, et qu’il les faut aussi instruire des avantages qu’ils en peuvent tirer, il est du moins bon d’apprendre aux derniers venus qu’il n’y a pas une voie au monde plus seure, plus abrégée et plus comode que celle là pour trouver ce qu’on souhaite, pour se défaire de ce qu’on ne veut point garder, et pour sçavoir et faire sçavoir aux autres tout ce qu’il est besoin qu’on sçache[297]. L’exemple de cette Liste fait assez voir comment elle produit cet effet, pour apprendre à chacun comment il s’en pourra servir.
[297] Lorsqu’en septembre 1717 le _Bureau d’adresse_, qui prit alors le titre de _Bureau général privilégié d’adresse et de rencontre_, dut rouvrir rue Saint-Sauveur, «l’avis très utile au Public», qui l’annonça dans _le Mercure_, reproduisit presque textuellement ce qu’on lit ici. V. _le Mercure_, sept. 1717, p. 178-183.
Mais il faut à l’occasion satisfaire icy à la plainte de quelques uns contre ces Listes, prétendans qu’elles ne soient toutes que la même chose, sous prétexte seulement qu’ils ont pu voir en chacune, peut-estre 10 ou 12, ou fort peu plus d’avis repétez de l’une en l’autre[298]. Il suffiroit de répondre en un mot, que quand il y auroit quatre fois autant de répétitions, on ne pourroit encore honnestement plaindre ce peu qu’il en couste pour voir les autres avis nouveaux, dont on donneroit souvent dix ou vingt fois autant pour avoir la connoissance d’un seul. Mais de plus, ils doivent, une fois pour toutes, considérer qu’à peine voit-on jamais trois fois de suite cinq ou six avis de choses à vendre ou demandées, si elles ne sont d’une grande conséquence; et qu’à l’égard de ceux qui font sçavoir leur demeure et les choses qu’ils débitent, et de ceux qui ont coutume d’afficher, ils doivent nécessairement estre repetez non seulement trois ou quatre fois, mais toujours, puisqu’il y a continuellement des gens nouveaux qui ont besoin de les connoistre. Et ainsi ce petit nombre d’avis renouvellez, outre qu’il n’est pas considérable à proportion des nouveaux, pour faire qu’on songe à espergner 15 deniers pour les voir[299], est même une chose nécessaire à tout le monde, pour trouver toujours à point nommé de certaines gens et de certaines choses dont on peut avoir affaire.
[298] Nous aurons plusieurs fois à signaler de ces répétitions dans les listes suivantes.
[299] C’est-à-dire un sou trois liards. C’est ce que coûtoit, comme on le verra plus loin, chaque exemplaire de ces _listes_.
_Immeubles à louer, vendre ou échanger._
9. Maison à porte cochère à louer présentement, rue des Poitevins, près St. André des Arts, ayant court, remise, escurie à 4 chevaux, 3 estages par le devant de chacun 4 pièces de plain pied, et un petit corps de logis à 2 étages sur le derrière, le tout pour 900 livr. _Adresse_ chez M. le Président de Mesgrigny, dans la mesme rue[300].
[300] Cet hôtel de Mesgrigny existe encore au bout de la rue des Poitevins, près du retour en équerre qu’elle fait pour gagner la rue Serpente. Il fut occupé longtemps par le libraire Panckoucke, qui en avoit fait un véritable musée archéologique, décrit, ainsi que l’hôtel, dans sa brochure: _Collection d’antiquités égyptiennes, grecques, romaines, etc., etc._, 1841, in-8º.--Germain Brice, dans l’édit. de 1684, in-12, de sa _Description de Paris_, t. II, p. 128, a dit quelques mots de l’hôtel Mesgrigny, que le président, auquel il doit son nom, habitoit encore à cette époque: «Il est bâti avec beaucoup de régularité, et, quoique les appartements n’en soient pas fort spacieux, ils ne laissent pas d’être commodes.»
10. Petite maison à louer presentement 60 escus, ayant cuisine sous terre, cave, chambre et anti-chambre à cheminée de plain-pied, 3 ou 4 cabinets, et une grande terrasse. _Adr. et rue_ comme au précédent.
11. La maison blanche proche la maison rouge[301] à louer présentement à Chaliot, ayant 2 grands corps de logis, quantité de grandes chambres, jardin et court, où il y a savonnerie, et des caves dans les carrières[302]. _Adr._ chez M. La Mouche, rue de Betisi, à la ville d’Arras.
[301] Guinguette fort à la mode au XVIIe siècle, comme on le voit dans _Les Pièces comiques_, 1671, pet. in-12, p. 210, 229. Les grandes dames y alloient encore en parties fines du temps de Voltaire. Longchamp, son valet de chambre, nous a dit dans ses _Mémoires_, t. II, p. 126, tout le débraillé d’un souper qu’y firent Mmes du Chatelet, du Deffand, de Mailly, de Gouvernet et de La Popelinière.
[302] Ce sont les carrières, situées sous l’ancienne butte des Bonshommes, dont on a tant parlé lorsqu’on a dû construire, pour l’exposition dernière, le palais du Trocadéro.
26. Grand Hostel à louer pour Pasques, ayant 2 corps de logis, grande court, basse court, qui sont dans la rue des Maquignons[303], 5 ou 6 remises, 2 escuries pour 30 chevaux, le tout pour 2,700 l. _Adr._ chez M. le Procureur général de la Chambre des Comptes, rue de Richelieu.
[303] Elle étoit alors nouvelle, comme le marché aux chevaux, auquel elle conduisoit et qui avoit été transporté là quand la Butte Saint-Roch avoit commencé d’être aplanie. On l’appeloit plus communément _rue Maquignonne_. Au commencement de ce siècle, elle prit le nom de rue de l’_Essai_. C’est en effet sur tout son parcours, depuis la rue de Poliveau jusqu’au marché, que l’on «essaie» les chevaux à vendre.
27. Grand Hostel à louer ou à vendre présentement propre pour un grand Seigneur, ou pour un grand Bureau ou un grand Magasin; il y a basse court et des escuries pour 50 chevaux. _Adr._ audit lieu r. Betisi, proche la rue S. Germain[304].
[304] Lisez: rue des Fossés-St-Germain-l’Auxerrois, qui en étoit le prolongement.
33. Maison à porte cochère à louer ou à vendre presentement, r. du Brac[305], attenant à l’Eglise de la Mercy, ayant escurie, remises et autres appartenances. _Adr._ chez M. le marquis d’Espinay[306], rue de Richelieu.
[305] Son vrai nom est rue de Braque. Elle le doit à Arnoul de Braque, qui, en 1348, avoit fait bâtir, à l’angle qu’elle forme avec la rue du Chaume, une chapelle devenue plus tard chapelle de la Mercy, reconstruite au XVIIe siècle, démolie à moitié pendant la Révolution, puis enfin remplacée depuis peu par une maison bourgeoise, après avoir été longtemps un magasin de charbons.
[306] François d’Espinay, marquis de Saint-Luc, petit-fils du commandant de Paris sous Richelieu. Il mourut en 1694.
34. Grande maison à louer pour Pasques, rue Neufve Montmartre[307]. Deux corps de logis, un grand et un petit, chacun à trois estages, offices, caves, trois remises, deux escuries pour quinze chevaux, une court à tourner un carrosse à six chevaux, et un grand jardin au bout, le tout de 1,000 livr. _Adr._ à madame Balduc Orphevresse, rue Bourg Labbé, à la ville de Sedan.
[307] On appeloit ainsi la partie de la rue Montmartre qui, depuis la rue Neuve-Saint-Eustache, à l’extrémité de laquelle la porte Montmartre avoit longtemps existé, s’étendoit jusqu’au rempart.
78. Grande maison à louer presentement, ayant 2 corps de logis separez avec leurs courts de mesme, l’un à porte cochère pour 1,000 l. et l’autre à petite porte pour 550 l. dans le cul de sac de la r. S. Denis, proche la r. aux Ours[308]. _Adr._ à mad. Ferrand aud. lieu.
[308] C’est l’_Impasse des Peintres_, séparée par quatre ou cinq maisons seulement du point de jonction de la rue aux Ours et de la rue Saint-Denis.
43. Une chambre à louer presentement, r. S. Honoré, dans la court du Charroy[309], propre pour un homme et son valet, qu’on pourra aussi prendre en pension au mesme estage. _Adr._ à mad. de S. Robert, r. S. Honoré, chez M. Du Pont, proche les Jacobins.
[309] Nous ignorons où se trouvoit cette cour, qui sans nul doute--son nom l’indique--servoit à remiser «le charroi» des équipages. Peut-être, comme la suite le feroit croire, se trouvoit-elle rue Saint-Honoré près des Jacobins.
86. Maison à louer présentement, r. Geoffroy Lasnier, louée 1,700 l. _Adr._ à M. de la Barre, dans l’Isle Nostre Dame, sur le Quay Daufin[310].
[310] C’est aujourd’hui le quai de Béthune, qu’on appela aussi quai des Balcons.
99. Grande maison à louer pour Noël, au Marais, r. neuve S. Claude, ayant 2 grandes courts, 3 remises, écuries à 12 chevaux, 3 étages chacun de 5 feux, de plein pied avec un appartement dégagé sur le derrière; le tout fort propre pour 800 l. _Adr._ chez M. de La Tour, conseiller au Chastellet, rue des Mauvais Garçons près le cimetière S. Jean.
104. L’Hostel de la Bistrade[311] à louer pour Pasques, rue Pavée, près l’hostel de Bourgogne[312], pour 2,200 l. à 2 appartements aisez à séparer, escurie à 12 chevaux, 4 remises et un jardin. _Adr._ chez M. Bachelier rue Mauconseil.
[311] Il devoit son nom au conseiller du grand Conseil Jacques de la Bistrade, mort le 30 décembre 1650, et qui avoit possédé, d’après ce que dit Tallemant, t. II, p. 453, plusieurs maisons dans Paris.
[312] La rue Pavée-Saint-Sauveur, qui n’est plus aujourd’hui que la prolongation de celle du Petit-Lion, longeoit par derrière le théâtre de l’Hôtel de Bourgogne, dont l’entrée étoit rue Mauconseil.
1. Maison à vendre, près le Pont aux Biches[313], au bout de la rue de la Croix, tenant au Rempart[314], à l’image de S. Charles Borromée, où il y a 2 grands corps de logis devant et derrière, des courts au milieu et une place à costé. _Adr._ à M. Baudry, notaire, rue des Arcis, proche S. Jacques de la Boucherie.
[313] C’étoit un «ponceau» jeté sur l’égout découvert près d’une maison portant l’enseigne des Biches.
[314] Elle commençoit rue Phélipeaux et, arrivée à la rue du Vert-Bois, étoit continuée par celle du Pont-aux-Biches qui, elle-même, alloit aboutir au rempart situé alors un peu plus haut que la rue de Nazareth. Dans un titre des _Archives hospitalières_, Hôtel-Dieu, t. I, p. 95, il est parlé, à la date de 1627, du «rempart près le Pont-aux-Biches». Un moulin à vent s’y trouvoit (_Registres de l’Hôtel-de-Ville pendant la Fronde_, t. I, p. 316).
15. Une belle maison à vendre à Ruël pour 25,000 l. ayant 2 corps de logis, grande escurie, grand jardin, un beau jet d’eau, terres labourables, prez et vignes. _Adr._ chez M. Bonnelle, rue Plastrière.
17. Une grande maison à vendre à trois corps de logis, deux boutiques, quatorze à quinze feux, quatre escuries pour trente chevaux, deux jardins, trois caves, et une carrière[315], pour 20,000 livres, rue Mouftar au faubourg S. Marcel, près S. Medard[316]. _Adr._ à mademoiselle Privat, au mesme logis.
[315] On voit que les Catacombes, où l’on ne devoit déposer qu’un siècle après les ossements provenant du cimetière des Innocents, faisoient alors partie des propriétés sous lesquelles elles se trouvoient.
[316] Les maisons de ce quartier se louoient relativement à un aussi bas prix qu’elles se vendoient. On en jugera par cette annonce du _Journal de la Ville de Paris_ de François Colletet: «Du mercredy 26 août 1676. _On sçait une fort jolie maison à louer que l’on peut appeler un petit bijou, du prix de quatre cents livres, fort commode pour deux ménages. Elle est située dans la Ville, proche le Fauxbourg Saint-Victor: elle consiste en sale, cuisine, court, cave, et deux beaux estages à plat fonds, carrelez, cabinets, cheminées enjolivées, lieu pour alcôves, et autres commoditez nécessaires._»
19. Une maison neufve r. du Colombier[317], de 1,200 l. de loyer bastie de pierres de taille, sur rue, et décretée[318] sur celuy qui la voudra pour 29 l. ou bien le vendeur se chargera de payer les lots et ventes[319], en luy donnant pour le tout 30,000 l.
[317] C’étoit l’ancien _Chemin aux Clercs_. Elle alloit de la rue de Seine à la rue des Petits-Augustins, aujourd’hui Bonaparte. On n’avoit commencé d’y bâtir qu’en 1640, ce qui explique que la maison à vendre ici fût neuve. V. p. 312.
[318] Vendue par justice.
[319] Il faut lire «lods et ventes». Le _lod_ étoit le droit payé au seigneur pour qu’il approuvât l’aliénation d’un bien dépendant de son domaine. Le seigneur ici étoit l’abbé de Saint-Germain-des-Prés.
20. LXXVI arpents et demy de terre à vendre à 100 escus l’arpent, au village d’Ognes à 10 lieues de Paris, à 3 de Dampmartin[320], sans aucun bastiment; les dites terres louées 918 l. à raison de 12 l. l’arpent. _Adr._ au Bur.
[320] Ce n’est pas Ognes, mais Longnes qu’il faut lire. Il y a en effet un village de ce nom dans le département de Seine-et-Oise, canton de Houdan, entre Bréval et Dammartin. Le pays est bon: il ne faut donc pas s’étonner d’y voir l’arpent au prix de 100 écus. Dans le Nivernais, à la même époque, d’après des titres que Monteil eut en main, il ne valoit que 100 livres. (_Hist. des François des divers états_, 1re édit., t. VIII, p. 516.)
21. Maison à porte cochere à vendre au Bourg-la-Reine, à 2 lieues de Paris: ayant grange, écurie, volière à pigeons, jardin, 4 arpens et demy de sain foin, un arpent et demy de vignes et 7 de terres labourables, affermées 4,000 l. _Adr._ au dit lieu, à l’Image S. Jean, à la veuve de Fourcy, ou à Barbier, ou dans la r. de Gèvre, à M. Trie, au Jésus.
28. Deux charges de commissaire des guerres avec 2 conduites[321] à vendre ou à changer pour des rentes, maisons, ou autres objets. _Adr._ à M. De Henaut, notaire rue S. Antoine au coin de S. Paul.
[321] C’est-à-dire «directions, intendances».
29. Deux maisons au quartier S. Benoist sur le devant, et une grande sur le derrière, ayant 30 feux[322], écuries à 10 chevaux, remises, deux courts, jardin, veüe en plain air[323], cheminées fort propres en sculptures et dorures, à vendre, avec toutes les facilitez pour le payement, ou à changer contre rentes constituées. _Adr._ au bur.
[322] Chambres à feu.
[323] Les maisons bâties dans les quartiers Saint-Germain et Saint-Benoît avoient ainsi et ont même encore de grands espaces, comme on en peut juger par les terrains de l’ancienne rue Taranne, que les démolitions récentes ont mis à découvert pour le percement du boulevard Saint-Germain. Le jardin de Morin, l’un des plus grands «floristes» du XVIIe siècle, occupoit, par exemple, un de ces terrains derrière la Charité. (Sauval, t. III, p. 4.)
31. Maison à porte cochere à vendre pour 20,000 l. à l’entrée de la rue des Tournelles, vis à vis la Bastille, ayant 12 feux, court, boutique et écurie, louée 800 l. _Adr._ au Suisse de l’hostel de Lesdiguières, rue de la Cerisaye[324].
[324] V. sur cet hôtel, t. I, p. 278.
36. Maison à vendre rue des Petits Augustins, louée 900 l. toute decrétée sur le vendeur[325], qui payera les lots et ventes[326] et donnera le tout pour 24,000 l. _Adr._ au Bureau.
[325] C’est-à-dire qui sera vendue sans frais pour l’acheteur, «contrat en main», suivant l’expression d’aujourd’hui qui correspondoit, du reste, à celle qu’on lira plus loin et que nous trouvons aussi chez Fr. Colletet, _Journal de la ville de Paris_, sous la date du 29 août 1676: «... _on donnera toutes les assurances que l’on peut demander, et le décret dans la main de l’acquéreur_.»
[326] V. une des notes précédentes, p. 309.
79. Maison à vendre en la vallée de Montmorency, ayant court, basse-court, jardin, colombier, foulerie[327], 10 arpens d’enclos, espaliers, grands fruitiers, 30 arpens de terres tant labourables, que prez, bois, vignes et cerisaye[328]: on en vendra pour 1,200 l. et audessus, selon ce qu’on en voudra prendre. _Adr._ au bureau.
[327] L’endroit où l’on fouloit les raisins, «le pressoir».
[328] Verger aux cerises. La rue de ce nom, citée tout à l’heure, s’appelle ainsi parce qu’elle occupe l’emplacement du jardin de l’hôtel Saint-Pol, où se cultivoient les cerisiers.
80. Maison neuve à vendre rue Jacob[329], bastie de pierres de taille sur rue, bien peinte, l’escalier propre à rampe de fer, grande écurie, court à tourner carrosse et louée 1,660 l. On la vendra le décret à la main et quitte de lots et ventes pour 44,000 l. _Adr._ au bureau.
[329] Elle faisoit suite à la rue du Colombier, et, comme elle, n’avoit encore que des maisons neuves.
81. Terres propres à bastir entre les rues de Clery et Bourbon, et la porte St. Denis, jusques à 2,000 toises ou environ à vendre en tout, ou en partie, à prix raisonnable, soit argent comptant, soit partie argent, partie rente[330]. _Adr._ à M. Baudrant substitut, r. du Coq, qui en donnera le plant et mémoires nécessaires.
[330] Cette place vague est visible sur les plans du XVIIe siècle antérieurs à 1680, et notamment sur celui de Gomboust. Elle fut vendue par parties six ans après ce qui en est dit ici. Nous trouvons en effet, dans un _arrêt du Conseil d’État_ de 1681, rendu contre Drouet, «chargé de recouvrer les deniers provenant de la vente des places, maisons, etc., dépendantes des fortifications de Paris», mention d’un acte du 30 avril 1676, pour la vente «de terrains entre la rue de Cléry et de Bourbon, derrière le mur du jardin des Filles Dieu»; et d’un autre, du 7 juillet suivant, pour une place vendue «entre le fossé de la ville et la rue de Cléry, derrière les Filles Dieu».--C’est sur cet espace qu’un farceur du temps de Molière, Gilles le Niais, dressoit ses tréteaux. Une boucherie de la rue Bourbon-Villeneuve porta longtemps son nom. (Parfaict, _Hist. du Théâtre françois_, t. VIII, p. 324.)
88. Une terre à vendre en Normandie, près de l’Aigle, appelée Aube[331], où il y a de beaux fiefs, seigneur et patron de la paroisse, affermée, le domaine, 3,000 l. et la forge à fer 1,500 l., le tout en bon estat, hormis le logis seigneurial qui va en ruine. _Adr._ à M. Menu, procureur au Chastelet au coin de l’hostel de Bourgogne[332].
[331] Ne seroit-ce pas à cette terre, en Normandie, que le neveu de Fontenelle, M. d’Aube, ce Normand aux infatigables contradictions, si bien mis en scène par Rulhière dans son poème des _Disputes_, auroit dû son nom?
[332] Laigle étant, comme on sait, la ville de la ferronnerie et de la quincaillerie, nous ne sommes pas surpris de trouver une «forge à fer» dans une terre qui en est voisine.
94. Maison à vendre à S. Maur, ayant un grand corps de logis à 3 estages, grande court à porte cochère, jardin derriere le logis, grande guerite sur la montée[333], pour 5,000 l. _Adr._ chez M. Pres de Segle, marchand drapier r. du Petit-Pont à l’Estoille d’or.
[333] C’est-à-dire une grande cage d’escalier, bien dégagée et bien couverte. C’étoit un des points importants des constructions de ce temps-là. V. _L’Architecture_ de Savot, au chap. IX: _Des mesures du bâtiment_.
95. Maison à vendre à S. Denis devant la grande Eglise, vis à vis la croix de la grande place, ayant par derrière 2 corps de logis et 2 courts, dont l’une à porte cochère sur une rue. _Adr._ comme au précédent.
96. Autre maison à S. Denis, ayant porte cochere, petite court et écurie à vendre avec la precedente pour 7,000 l. _Adr._ comme au précédent.
98. Une belle ferme à vendre à 3 lieues de Paris, au village de la Selle[334], pour 36,000 l. _Adr._ à M. Chastellier, chez M. Gitar, rue de Sêve, à la première maison du costé des Premontrés[335], à la 2 chambre[336].
[334] La Selle-Saint-Cloud.
[335] Les Prémontrés réformés, dont l’église et le couvent n’étoient pas alors bâtis depuis plus de six ans. Le voisinage de la Croix-Rouge, à l’entrée de la rue de Sèvres, les faisoit appeler souvent Prémontrés de la Croix-Rouge.
[336] «A la deuxième chambre», c’est-à-dire au second étage. Scarron, lorsqu’il logeoit rue de la Tixeranderie, donnoit ainsi son adresse:
... Je me nomme Scarron, Et loge en _la deuxième chambre_, Tout vis à vis l’hôpital Saint-Gervais.
_Meubles meublans à vendre._
13. Un lit de drap du Sceau[337] gris de 4 à 5 pieds, doublé de taffetas de la Chine à franges mêlées à vendre, avec le bois, tout garny, la courte pointe de taffetas, 6 chaises, 6 ployants, et 2 fauteuils[338] garnis de crain avec les housses, et le tapis de mesme drap et frange. _Adr._ à M. Henaut de la Monnoye chez M. Barreau.
[337] Lisez «d’Usseau». C’étoit un drap commun, dont on faisoit les habits des laquais. V. Regnard, _Le Joueur_, acte I, sc. 1, et _Satires_ de Furetière, p. 8.
[338] L’étiquette étoit d’avoir, comme on le voit ici, un fauteuil pour six chaises ou pour six pliants. Nous lisons, par exemple, dans le _Journal_ de Colletet, à la date du 6 octobre 1676: «_On sçait une Bourgeoise qui a _une demy douzaine de Chaises de roses et un fauteuil_ à vendre des plus belles et des mieux nuancées qu’il y ait à Paris, et qui sortent de dessous l’éguille. ITEM, _six autres de point d’Angleterre avec le fauteuil_._» Plus loin, le 19 octobre, il dit encore: «_On nous demande _demy douzaine de bois de chaises neuves_, tournées à la mode, _avec le fauteuil_._»
45. Tapisserie de Flandres de 25 à 26 aunes de tour sur 3 aunes de haut, ayant quelques animaux parmy la verdure[339]. _Adr._ au Bureau, ou on en fera voir quelques pièces.
[339] V. plus haut, sur les tapisseries à verdure, t. I, p. 283.
84. Plusieurs feuilles de paravent à vendre. _Adr._ au bureau.
89. Un carreau, avec le sac[340] de velours rouge cramoisi[341], avec trois rangs de grand gallon or et argent, tout neufs qui ont cousté 700 l. et qu’on donnera pour moins de 400 l. _Adr._ à M. Menu, procureur au Chastelet au coin de l’hostel de Bourgogne.
[340] C’est-à-dire la couverture.
[341] Comme les femmes portoient avec elles ces sortes de coussins dans les églises pour s’agenouiller, elles les habilloient richement ainsi de velours de couleur et de galons d’or.
93. Une tenture de haute-lice[342], representant les travaux d’Ulisse, presque neuve, de 19 à 20 aunes de tour, sur 3 aunes de haut, pour 3,000 l. _Adr._ chez M. Predeseigle, marchand drapier, r. du Petit-Pont à l’Estoille d’or.
[342] V., sur les tapisseries de haute lisse, t. I, p. 283.
60. Douze chaises de moquette[343] larges, bien garnies de crain, et les bois à colonnes torses, avec le tapis et le lit de repos[344] tout complet, le tout à vendre 10 pistolles au dernier mot. _Adr._ au bureau.
[343] C’étoit alors déjà l’étoffe à la mode pour couvrir les chaises, et, selon Richelet, «les formes» ou tabourets. Il est parlé, dans le _Ballet des Romans_, p. 14, d’une «forme de moquette». On en faisoit aussi des tapis. V. Tallemant, 1re édit., t. III, p. 69.
[344] «Sorte de petit lit pour reposer après le dîner.» Richelet.
69. Un lit de damas rouge cramoisi à crespine mêlée de cinq pieds et demy de large, avec 12 ou 14 sièges. _Adr._ au bureau.
102. Un lit de point d’Angleterre ondé de laine et de soye du prix de 900 l. _Adr._ à M. Curaud, au cloistre St. Médéric à l’hostel de Roanez[345].
[345] Il étoit habité alors par Artus de Gouffier, duc de Roannez, ami de Pascal, qui logea longtemps chez lui et faillit y être poignardé par la concierge de l’hôtel, furieuse de ce qu’il vouloit persuader à mademoiselle de Roannez, sœur du duc, de ne pas se marier et de se retirer dans un couvent. V. les _Manuscrits_ de Marguerite Périer.--C’est le duc de Roannez qui conçut avec Pascal l’idée des carrosses à cinq sous, sorte d’omnibus du XVIIe siècle.
Choses Diverses.
3. Un cachet sur un grand rubis du Temple[346], dont le manche est un chien qui a le devant et derrière d’or émaillé, et le corps d’une grande perle orientale à vendre 20 louis d’or au dernier mot, ou à échanger contre quelque lit de campagne ou un cabinet de mesme prix[347]. _Adr._ au bureau où l’on le fera voir.
[346] Sur ces fausses pierreries dites «diamants du Temple», voy. t. I, p. 248.
[347] V. sur ce genre de meubles, t. I, p. 286.
5. Un orgue à 4 jeux; sçavoir un bourdon de 4 pieds, son octave ou flute, un flageollet et une voix humaine de la fabrique de M. Le Prescheur[348]. _Adr._ à M. Denis ingenieur du Roy au mont St. Hilaire, près l’Eglise au Chef S. Denis.
[348] Ce facteur d’orgues, M. Le Prescheur, que nous n’avons pas vu nommé ailleurs, avoit peut-être appartenu à la fabrique d’orgues de la rue des Ménétriers, indiquée plus haut, t. I, p. 216. V., sur Créteil, dont c’étoit aussi l’industrie, _Id._ p. 209.--Colletet, dans son _Journal_, annonce aussi deux orgues à vendre, l’un le 22 août 1676, l’autre, avec plus de détails, le 9 sept, suivant: «_On sçait un fort beau Cabinet d’Orgues bien entier et bien conditionné à huit jeux... qui peut estre fort propre pour un monastère de Religieux ou Religieuses, petite paroisse de Paris, ou centre considérable à la campagne, Communauté ou Collège. On le donnera pour cinquante louis, quoiqu’il ait effectivement cousté plus de cent pistoles._»
6. Une basse de viole d’Angleterre[349], enrichie de filets d’ébène, un dessus de viole, et un thuorbe de Bologne à filet et chevilles d’yvoire à vendre. _Adr._ à M. d’Angebert[350]. R. St Honoré, proche des bastons Royaux[351], chez mad. Ranquet.
[349] V. sur _la basse de viole_ et ceux qui l’enseignoient, t. I, p. 210.
[350] Il faut lire, je crois, Denglebert, dont il a été parlé, t. I, p. 206, comme étant des plus célèbres sur le clavecin.
[351] Cabaret voisin de Saint-Roch. V. notre _Histoire de la Butte des Moulins_, p. 52.
7. De très beaux chevaux de Flandres à vendre en gros et en détail. _Adr._ à mad. Bareilles. R. saint Honoré, près le Palais Royal, aux Armes de Condé, proche un tapissier, à la première chambre[352].
[352] Au premier étage. V. plus haut p. 314.
8. De grosses boucles d’oreille de diamants du Temple[353] très beaux, à vendre pour 10 escus. _Adr._ au Bureau, où l’on les fera voir.
[353] V. ci-dessus la note 2 de la p. précédente.
14. Un corps de chaise roullante à 2 fonds pour 4 personnes, garnie de serge grise neuve à 2 envers, avec les 2 coussins; il y a dedans 2 coffres, ferrez et garnis de leurs serrures, le tout à vendre pour 100 l. _Adr._ à M. Hennoyer, sellier de Mademoiselle, proche les Quinze Vingts[354].
[354] La grande Mademoiselle, fille de Gaston d’Orléans, ayant longtemps habité les Tuileries, avoit, comme on le voit, gardé ses fournisseurs dans les environs.
16. On vend de fort bon vin de Tonnerre pour des nopces à 6, 8 et 10 s. la pinte dans la r. S. Martin, près la r. aux Ours, chez un faiseur de Luth[355].
[355] On a vu plus haut, t. I, p. 315, que chacun pouvoit faire débit de son vin. C’est ce qui s’appeloit «vendre à pot». Fr. Colletet, dans son _Journal_, à la date du 5 août 1676, nous dit à ce sujet ce que coûtoit alors le vin de Champagne: «_Un Bourgeois de Paris vend en détail d’excellent vin de Reims en Champagne, et le donne à 12 s. la bouteille; il en a aussi à 10 et à 8 s. la pinte. Le dit vin est de son propre crû, et l’on enseignera au Bureau sa demeure._»
18. Les Conciles d’impression du Louvre en 37 volumes[356], bien reliez, à vendre. _Adr._ au Bureau, où l’on en pourra faire venir quelque volume à voir si on le souhaite.
[356] C’est l’édition de 1644, due en effet à l’imprimerie du Louvre, alors à ses commencements. Elle fut réimprimée, en 1715, avec des additions et une table excellente, par les soins du P. Hardouin.
25. Le sieur Hermier, par privilège vérifié et exclusif à tous autres, continue à faire les planches façon de marbre et des tables de mesme, dont il fera voir tous les dessins qu’il a executez depuis 1643. Il loge r. S. Marc, entre les portes Richelieu et Montmartre[357], chez le sieur Petit Charpentier[358].
[357] La rue Saint-Marc, qui devoit son nom à l’une des seigneuries des Vivien, seigneurs de la Grange-Batelière, sur le terrain de laquelle on venoit alors de la bâtir, servoit en effet de trait d’union entre les portes Richelieu et Montmartre, bâties l’une et l’autre à cette hauteur dans les derniers temps de Louis XIII et démolies ensemble en 1701.
[358] Il est parlé de lui dans un mémoire contre Lulli: _Requeste d’inscription de faux en forme de factum présenté au Châtelet, le 16 juillet 1676_, par le sr Guichard, in-4º: «Le sieur Antoine Petit, charpentier, y est-il dit, travaillant aux ouvrages de charpenterie des maisons et de l’Opéra de J.-B. Lulli.»
35. La grande Bible polyglotte de Londres et le Lexicon, en 7 langues orientales, en 8 vol.[359] en blanc[360] à vendre pour 400 l. _Adr._ à mad. Balduc orfévresse, r. Bourlabbé à la ville de Sedan.
[359] C’est _la Bible_ de l’évêque de Chester, Walton, publiée en 1657 à Londres, en 6 vol. in-fol., et que le _Lexicon heptaglotton_ de Castell, qu’on y joignit en 1668, augmenta de deux volumes nouveaux.
[360] C’est-à-dire non reliés.
24. Un habit et manteau de moire noir, le caneçon de chamois, et les bas de soie à vendre pour 20 escus. _Adr._ chez la Dame de Clermont au coin de la rue des Consuls[361], chez un confiturier à la 3 chambre.
[361] La même que la rue des Juges-Consuls aujourd’hui, dans l’ancien cloître Saint-Merry.
41. Un Collier double de 206 perles baroques de belle eau à vendre, au dernier mot 15 écus. _Adr._ au Bureau où on les pourra voir.
48. Un autre collier de perles barroques assez grosses et de belle eau à vendre pour 360 l. _Adr._ au bureau où on les pourra voir.
82. Il est arrivé un marchand de vin de la ville de Condrieux, qui en vend à 16 s. la pinte dans la rue de la Tixéranderie, proche S. Jean en Grêve.
83. Deux chevaux de Carrosse, avec le carrosse à vendre ensemble ou séparément. _Adr._ au Bur.
50. On continue à débiter au bureau des Chapeaux de la manufacture de l’Hopital Général[362], fort bons et esprouvez contre la pluye, et à très-grand marché, à 30 sols tout garnis.
[362] Des fabriques et manufactures avoient été établies, afin de créer, par les bénéfices qu’elles pourroient faire, des ressources pour l’Hôpital général. Nous verrons tout à l’heure que la fabrique, déjà ancienne, des tapis de la Savonnerie ne travailloit plus elle-même que pour contribuer à cette œuvre charitable.
51. Un homme de Province, qui croit avoir démêlé les obscuritez de la Cassandre de Licophron, mais qui ne se fie pas assez à son jugement, pour hazarder d’en donner son travail au public, sans en avoir l’avis des sçavants de Paris, prie tous ceux qui auront quelques belles conjectures sur cet autheur, d’avoir la bonté de les donner au Bureau, et s’ils y veulent bien adjouster leur nom, il ne manquera pas, en publiant l’ouvrage, d’y marquer la reconnoissance qu’il leur devra de ce secours[363].
[363] Cet appel singulier n’étonne pas, quand on sait ce qu’il y a d’énigmatique dans ce poëme de _Cassandre_ la prophétesse, qui fit donner à Lycophron, sorte de Nostradamus antique, le nom de «poëte ténébreux». Nous ignorons si la traduction, pour laquelle notre provincial réclamoit les lumières de l’érudition parisienne, a jamais paru.
52. Le Philosophe inconnu, arrivé depuis peu, fait toujours débiter _l’eau catholique de Paracelse_, remede universel contre toutes les maladies, chez le sieur d’Aiguillon de la Ferté, à 6 liv. l’once, et aux pauvres _gratis_: Et on y instruit de son usage ceux qui en prennent, dont il dit aussi que 6 goutes prises dans ce qu’on voudra, est un préservatif cordial pour maintenir la santé. Il donne avis de plus, qu’il vend de l’eau[364] des dames vénitiennes pour embellir et entretenir le visage[365], à un écu l’once; et qu’il donne _gratis_ aux pauvres une excellente emplastre pour les dents. Il loge au Marais rue de Limoges, près la fontaine du Calvaire[366], à la première porte cochère à main droite.
[364] Ce seroit, dit-on, _l’eau de melisse_, qui se vendoit déjà dans les premiers temps de Louis XIII et dont les Carmes de la rue de Vaugirard finirent par accaparer le monopole. V. _Le Vieux-neuf_, 2e édition, p. 626.
[365] On trouve les recettes des Dames vénitiennes pour se «blondir les cheveux» et se rajeunir le visage dans un manuscrit des archives de Venise, _Recitario della contessa Nani_, dont MM. A. Baschet et Feuillet de Conches ont publié une traduction: _Les femmes blondes de l’école vénitienne_, pet. in-8º.
[366] Appelée aussi alors fontaine de l’Échaudé, et des Comédiens du Marais (V. p. 330). Elle se trouve au carrefour des rues de Limoges, de Poitou et Vieille-du-Temple, vis-à-vis d’un cabaret de cette dernière rue, qui porte encore son enseigne sur sa grille avec cette inscription AV SOLEIL D’OR. C’est là que fut maintes fois mystifié le petit Poinsinet. (_Poésies satyriques du XVIIIe siècle_, 1788, in-12, t. I, p. 99.)
53. Vingt cinq pièces de pierres de ruyne[367] très bien assorties et disposées pour faire un grand cabinet ou un grand tabernacle. _Adr._ au Bureau.
[367] «On donne ce nom à certaines pierres figurées, sur lesquelles on voit des représentations de vieilles ruines aussi naturelles que si elles étoient l’ouvrage du pinceau.» L’abbé Prévost, _Manuel lexique_, 1755, in-12, t. II, p. 380.
90. Deux chevaux gris avec la chaise roulante à vendre pour 500 l. _Adr._ chez M. Menu, procureur au Chastelet, au coin de l’hostel de Bourgogne.
57. L’artisan chrestien, ou la Vie du _Bon Henry_, maistre cordonnier à Paris, instituteur et fondateur des Communautez des frères Cordonniers et Tailleurs[368], se vend à Paris, chez G. Desprez dans la r. S. Jacques à l’Image S. Prosper.
[368] Son vrai nom étoit Henri-Michel Bunch. Simple garçon cordonnier, il avoit, en 1645, établi la communauté des Frères de son métier, à l’imitation de laquelle fut, peu après, créée celle des frères Tailleurs. V. plus haut, sur l’une et sur l’autre, p. 61 et 67.
62. Une montre à boîte d’argent, ovale, sonnerie et réveil, et tous les mouvements excellents à vendre pour 10 pistoles. _Adr._ au Bur. où on la fera voir.
85. Le sieur Bridaut maistre diamantaire[369] continue à vendre quantité de diamant, excellent à couper le verre, qui luy sont venus depuis peu à prix raisonnable. _Adr._ aud. sieur Bridaut dans la Monnoye.
[369] On appeloit ainsi l’ouvrier qui taille le diamant.
63. La grande carte généalogique royale de France de M. Thuret[370] se débite au cadran S. Honoré[371], chez une lingère à la 4. chambre, chez M. Roger imager, sur le quay de l’Horloge, et chez M. Jaquinet graveur r. S. Anthoine, vis à vis l’hostel de Sully.
[370] Nous ne connaissons pas cette _carte généalogique_ d’Antoine Thurel et non Thuret, qui prenoit le titre d’ancien prieur de Notre-Dame-de-Homblières. Le plus ancien ouvrage que Guigard, _Biblioth. héraldique_, p. 153, cite de lui est la _Table chronologique et généalogique des rois de France_, 1687, gr. in-fol.
[371] Ce cadran se trouvoit rue Saint-Honoré, au-dessus de la porte du cloître. V. Segrais, _Œuvres_, t. II, p. 152.
72. Un collier de fort belles perles de belle eau et assez grosses, entrenettes, d’environ 1,500 l. _Adr._ chez M. Bidaux aux Galleries du Louvre.
75. _Les pensées de M. Paschal sur la Religion et sur d’autres sujets, trouvées dans son Cabinet après sa mort_, sont imprimées, et se vendent à Paris chez G. Després, r. S. Jacques, à l’Image S. Prosper[372].
[372] C’est la première édition des _Pensées_. L’annonce précédait la mise en vente. L’achevé d’imprimer n’est, en effet, que du 2 janvier, et déjà notre _Liste des avis_, datée du 1er, dit qu’elles ont paru.
91. Un beau cheval de selle gris pommelé à vendre. _Adr._ chez M. le Président Tubeuf, rue Vivien[373], derrière le Palais Royal.
[373] Le président Tubeuf, après avoir vendu à Mazarin, pour qu’il agrandît son palais, l’hôtel situé à l’angle des rues de Richelieu et des Petits-Champs, étoit allé habiter, rue Vivienne, celui devant lequel fut percée la rue Colbert.
92. Un carrosse vitré à 2 fonds de moyenne grandeur de velours rouge cramoisi à ramages à 3 glaces[374], et le train neuf à vendre. _Adr._ chez messieurs Tubeuf[375], r. Montmartre, vis à vis S. Joseph.
[374] «L’usage des glaces aux carrosses nous vient d’Italie. Bassompierre est le premier qui l’ait apporté en France.» _Longueruana_, t. I, p. 109.
[375] Ce sont les fils du président nommé tout à l’heure. Tallemant, t. VII, p. 313-314, parle de l’un d’eux, Charles, conseiller au Parlement, maître des requêtes.
97. On continue jusqu’à la feste de la Purification[376] à vendre les plus belles curiositez du Cabinet de M. Gosseneau[377], depuis 2 heures après midy jusqu’à 6 heures du soir, r. et proche la Monnoye.
[376] 2 février.
[377] Nous croyons qu’il faut lire Gosseau, comme dans la liste des curieux donnée par Spon en 1673. Il habitoit alors près des Carmélites, et peut-être, lorsqu’il vendit, comme on le voit ici, une partie de ses curiosités rue de la Monnoie, étoit-ce pour s’épargner l’ennui de les déménager.
59. On a perdu dès le mois d’octobre dernier une Eolipile, ou soufflet de cuivre rouge en forme de teste qui souffle[378]. _Adr._ à M. Audry, r. de la Ferronnerie à la Lampe.
[378] Il a déjà, dans une de nos notes, été question de l’eolypile. Nous n’y reviendrons que pour dire comment elle servoit à Descartes pour expliquer l’origine du vent: «Vous demandez, écrit l’abbé de Fleury (_Nouveaux opuscules_, p. 370), comment se fait le vent, et vous avez recours aux trésors de Dieu. Descartes dit: je vais vous en faire. Il prend une Eolipyle, qu’il remplit d’eau à demi, et la met devant le feu; l’eau échauffée et raréfiée chasse l’air avec violence, qui souffle le feu. Voilà le vent.» Mussenbrok en possédoit plusieurs d’une grande curiosité dans son cabinet à Leyde: «Une éolipile, par le moyen de laquelle on change l’eau en air... Une éolipile attachée sur un petit charriot, et courant sur le pavé d’une rapidité extraordinaire, par la vapeur qui en sort, etc.» (_Catal. des Instrum. de physique, etc., que l’on trouve chez Jean Van Musschenbroek_, 1725, in-8º, de 12 p., p. 7.)
62. Celuy qui a le secret infaillible de guérir le _miserere_, demeure toujours chez M. Le Maire, Peintre du Roy[379], r. S. Thomas du Louvre devant l’hostel de Longueville.
[379] François Lemaire, reçu de l’Académie de peinture en 1657. Il mourut en 1688.
73. Un moulin à bled portatif et aisé à placer où l’on veut, pour moudre à la main, à une et à 2 manivelles à vendre. _Adr._ au bureau, où on le fera voir s’il est besoin.
100. On continue à vendre d’excellent vin de Beaune et de Volnay en gros et en détail, r. S. Louis au Marais, au coin de la r. S. Anastase.
101. Une personne de condition va faire vendre d’excellent vin de Volnay et de S. Aubin en gros et en détail dans la r. de Richelieu, joignant le logis de M. Le Roy: La Cave sera ouverte après les Roys.
103. Un carrosse à 2 fonds, doublé de damas et velours cramoisi, avec 2 glaces de Venise, le tout fort bon, et le train neuf à vendre à prix raisonnable. _Adr._ au sieur de Turny à l’échelle du Temple[380], où il faut demander Dupré, et y aller depuis 8 heures du matin jusqu’à 10 pour le trouver.
[380] Échelle patibulaire de la Justice du Temple, placée au coin de la rue des Vieilles-Haudriettes, qui lui dut un de ses anciens noms, et de la rue du Temple. Il en est parlé dans les registres du Châtelet de 1391, et, jusqu’à l’époque de la Fronde, elle resta intacte. Elle fut brûlée alors par quelques gentilshommes frondeurs. Il ne resta qu’un des montants. V. dans le La Fontaine de la Collect. Elzevirienne, t. III, p. 259, une note communiquée par nous.
105. Le Recueil de tous les Vers mis en chant jusqu’en 1670, en 6 vol.[381] faisant près de 2,000 chansons: se vend ensemble ou séparément chez C. Barbin et G. de Luines au Palais, et chez un Chandelier devant la Croix des Petits Champs[382]; avec les livres d’airs gravez de M. Lambert[383], in-4º et in-8º, et un traité curieux de la méthode de chanter, le tout en gros ou en détail.
[381] C’est le _Recueil des plus beaux vers qui ont été mis en chant_, publié d’abord en trois parties par Charles Sercy, 1661, in-12, et repris par Barbin et De Luynes, qui l’augmentèrent de trois parties nouvelles en le continuant de 1661 jusqu’à 1670. Je ne crois pas qu’ainsi complété il se trouve dans aucune bibliothèque. Brunet, du moins, dernière édition, t. IV, col. 1167, n’en signale pas d’exemplaire.
[382] Ou Croix de Bon-Puits. Elle se trouvoit au carrefour des rues du Bouloy et des Petits-Champs, qui, à cause d’elle, s’appela plus tard et s’appelle encore rue Croix-des-Petits-Champs.
[383] V. sur lui, t. I, p. 205.
106. Un grand Théorbe de _Gaspar_[384], d’autres petits et 3 Luths, portraitz de Nanteuil[385] et autres grandes Thèses à bordure[386] à vendre ou troquer, et toutes sortes de livres à vignettes, reliez en maroquin pour la musique et le luth, à un écu la pièce. _Adr._ chez M. Quichardet, vis à vis la Croix des Petits Champs.
[384] Antérieur aux Amati, il travailla de 1560 à 1610. Il marquait ses instruments de cette étiquette: GASPAR DA SALO IN BRESCIA.
[385] Robert Nanteuil, si célèbre comme graveur de portraits, et qui étoit alors dans toute sa gloire.
[386] Ce sont ses thèses à frontispice et à bordures gravés, «toujours bonnes à garder pour l’image», comme dit la Toinette du _Malade imaginaire_.
115. Ceux qui voudront faire rentraire des vieilles tapisseries, et les faire remettre en couleur, ou en raccommoder les relais, n’auront qu’à s’adresser à M. Lourdet Tapissier du Roy à la Savonerie qui est une des maisons de l’Hopital général[387].
[387] V. une des notes précédentes, p. 320. Trois ans après, la Savonnerie était redevenue un établissement royal. Nous lisons, en effet, dans le _Récolement des Archives de l’assistance publique_ par M. Brièle, 1877, in-8º, p. 157: «Arrêt du Conseil du 22 août 1673, par lequel le Roi reprend la maison de la Savonnerie, dont il avoit fait don à l’Hôpital général, pour lequel cette maison étoit une trop lourde charge.»
118. _Biblia Heintenij cum figuris_[388], _Biblia Benedicti_[389] en grand papier, et la bible des 70 en grec, avec les diverses leçons[390] à vendre, ensemble et séparément. _Adr._ au Bureau.
[388] C’est la Bible, préparée par Jean Henten et publiée à Francfort, en 1566, in-fol., sous ce titre: _Biblia ad vetustissima exemplaria nunc recens castigata_. Les figures sont au nombre de 127, gravées sur bois.
[389] Voici le titre de la première édition: _Biblia sacra latina, juxta Vulgatam, cura Jo. Benedicti_, Parisiis, 1549, in-fol.
[390] Ce doit être celle dont voici le titre: _Divinæ Scripturæ, nempe Veteris et Novi Testamenti omnia, græce, a viro doctissimo recognita et emendata, variisque lectionibus... aucta et illustrata_. Francfort, 1597, in-fol.
120. Deux jeunes chevaux entiers de carrosse, bay brun, à vendre chez M. le Président Tubeuf, r. Vivien, derrière le Palais Royal[391].
[391] V. une des notes précédentes, p. 323.
Demandes.
8. On demande une terre relevant du Roy[392], depuis 10 jusqu’à 30 lieues de Paris, et depuis 100 jusqu’à 150,000 l. ou plus. _Adr._ au bureau.
[392] C’est-à-dire n’ayant que lui pour seigneur.
12. On demande une maison depuis 4 jusqu’à 8 lieues de Paris, sur le bord des rivières de Marne ou de Seine, en remontant depuis 4 jusqu’à 800 l. de revenu, bien bastie, où il y ait un jardin raisonnable, des bois, prez et terres. _Adr._ chez M. Guerin prestre de S. Louis, dans l’Isle Nostre Dame, rue Poultière[393].
[393] C’est le nom féminisé de la rue de l’Ile Saint-Louis, dont Le Poulletier, associé de Marie pour les constructions de ce quartier, avoit été le parrain.
22. On demande une terre à 8, 10, 12, ou 15 lieues de Paris, de 30 jusqu’à 40,000 l., où il y ait de l’eau. _Adr._ au bureau.
23. On demande un carrosse à 2 fonds de velours et vitré, du prix de 4 à 500 l. _Adr._ à M. de Sêve de Plateau, dans l’Isle Nostre Dame sur le Quay de Bourbon.
30. Si quelqu’un a un cheval gris pommelé entier, à vendre, d’une médiocre taille, ou si on en veut acheter un semblable pour appareiller[394]: on pourra s’adresser chez le sieur Pecou mareschal, rue de la Harpe, proche la rue du Foin.
[394] Dans l’_avis_ publié par _le Mercure_ de septembre 1717, p. 181, le nouveau directeur du Bureau d’adresse rappelle avec une certaine satisfaction que Louis XIII avoit ainsi «appareillé» un de ses équipages: «Ce prince, dit-il, après plusieurs recherches inutiles pour découvrir un cheval de poil Isabelle, qui pût assortir à un de ceux qui traînoient son petit carrosse, eut recours au Bureau d’adresse qui luy en indiqua un. C’est ce qui engagea Louis XIII à lire les listes du Bureau, et cette lecture a souvent mis en place des personnes qui n’étoient redevables de leurs emplois qu’à cet établissement.»
30. On demande une chocolatière d’argent[395] qui n’ait guières servy. On la payera tout ce que vaut le marc, et quelque chose de façon si elle n’est pas mal conditionnée. _Adr._ au Bureau.
[395] C’étoit un ustensile alors assez nouveau, l’usage du chocolat n’ayant guère commencé à Paris que vers 1658 ou 1660. V. _Mém._ d’Audiger, _limonadier à Paris_, nouv. édit., 1869, in-12, p. 367, et _Correspond. administ. de Louis XIV_, t. III, Introduction, p.