LIII.
31. Si quelqu’un a les livres suivants imparfaits, et les veut vendre; sçavoir le 1 tome d’Horace de M. de Marolles, le 3 tome des leçons de Canisius[396], _H. Rosvitæ opera de Sanctis Germaniæ in-fol. Norimbergæ_, 1601[397], _Metam. Ovidii cum indice Pompeii Pasqualini_, 1614, in-8º. Il peut s’adresser au libraire du Grand Conseil dans le Cloistre S. Germain.
[396] Il s’agit des _Antiquæ lectiones_ de H. Canisius, 1601-1608, 7 vol. in-4º.
[397] Nous n’avons vu indiqué nulle part cet ouvrage de Hrosvita.
46. On demande 6 ou 8 feuilles de paravent simples et assez honnestes. _Adr._ au bureau.
87. On demande un lit de 4 pieds ou environ de largeur, du Camelot de Hollande, doublé de quelque petit satin bien propre, avec des sièges revenans. _Adr._ chez un bourrelier, qui est au milieu de la rue des Juifs.
66. On demande un fauteuil renversé à cremillière[398], qui soit fort bon et bien garny sans housse. _Adr._ au bureau.
[398] Lisez cremaillère. Richelet, du reste, admet l’orthographe que nous voyons ici: «chaise à _cremilière_, dit-il, ou chaise de commodité.» Le Théâtre-François possède encore, parmi ses accessoires, de ces vieux et énormes fauteuils dont le dossier se renverse ou se remonte à l’aide d’une crémaillère. Molière en possédoit un de ce genre. (Eud. Soulié, _Recherches_, p. 267.)
119. On demande une terre en titre de comté ou de marquisat, ou fort seigneuriale, de 40 à 50 mil écus, à 20 ou 30 lieues de Paris, du costé de Chartres ou le Vexin françois, dans le ressort du Parlement de Paris. _Adr._ chez M. Rautier épicier, r. Montmartre près la rue Tiquetonne.
Nota, _qu’il ne faut point avoir d’égard au num. 69 de la pag. 8[399] parce que, par le moyen de la communication du Registre, cet article a esté expédié comme les autres defaillans, avant qu’on eust achevé d’imprimer_.
[399] Ici cet article est à la p. 315.
_Lieux où se trouveront tous les quinze jours les livres d’avis à quinze deniers la pièce._
Il y aura un escriteau pour les remarquer.
Rue de la Verrerie au coin de la rue de la Poterie, M. Bullot, chandelier.
Vieille rue du Temple, près la fontaine des petits Comédiens[400], M. Cagnard, chandelier.
[400] V. sur cette fontaine, p. 321. On appeloit Comédiens du Marais ceux dont le théâtre, où Corneille fit jouer la plupart de ses pièces, se trouvoit à peu près à l’endroit occupé aujourd’hui par le nº 90 de la rue Vieille-du-Temple, derrière l’École centrale, établie, comme on sait, rue de Thorigny, dans l’ancien hôtel d’Aubert, traitant de la gabelle du Sel, auquel il avoit dû son nom d’_Hôtel-Salé_. V. Tallemant, édit. P. Paris, 391, et IX, 451.
Rue Grenier saint Lazare, près la rue Beaubourg, M. Macé chandelier.
Rue Montmartre, proche la rue du Mail, M. Cazimir chandelier.
Rue saint Honoré aux bastons Royaux[401], au Bureau des carrosses.
[401] V. plus haut.
Rue Taranne au fauxbourg saint Germain, au coin du carrefour saint Benoist, M. Rossy chandelier.
Rue S. Jacques vis à vis S. Yves, à la Toison d’or, M. Le Petit et Michallet libraires.
Sous la porte S. Marcel, M. de S. Denis marchand.
Isle Nostre Dame, au carrefour de la rue des deux ponts, M. Bichebois chandelier.
Rue saint Antoine, près la Place Royale, au Bureau des carrosses.
A la descente du Pont Marie, proche la Barrière, M. Pierre Paul limonadier[402].
[402] Un café existe encore au même endroit. C’est un des plus anciens, sinon le plus ancien de Paris.
Rue de la Vieille draperie, au milieu, à la Vision de Jacob, M. Horait chandelier.
Grande Sale du Palais vis à vis la grand’Chambre, M. de Ligny.
Au bout du pont S. Michel, rue de la Boucherie, M. Moet libraire à S. Alexis.
AU BUREAU D’ADRESSE, rue Thibault aux dez.
_Dans tous ces bureaux on ne débitera jamais de listes vieilles, mais seulement ceux de la Quinzaine suivante. S’il s’en trouve ailleurs, on n’y doit point avoir d’égard._
Avec privilège et permission.
LISTE GÉNÉRALE
DU
BUREAU D’ADRESSE ET D’AVIS
PAR PRIVILÈGE DU ROY.
_Du 7 Aoust 1688_[403].
[403] V. _Introduction_, p. xlj.
L’on continüera à l’avenir de faire imprimer notre Liste d’avis tous les quinze jours, afin que le public puisse avoir le temps de se reconnoistre.
On ne remet sur cette liste que quelques uns des articles qui estoient sur la précédente, et dont le droit a esté payé.
Les domestiques de l’un et l’autre sexe viennent continuellement au Bureau, où l’on les examine avec beaucoup d’exactitude, aussi bien que leurs repondans, pour les pouvoir produire en seureté à ceux qui en viennent demander.
_A vendre._
1. Une tres belle maison scize rue de la Verrerie, proche S. Mery, louée à présent à une seule personne 1800 liv.
2. Une maison à porte cochère très bien bastie, scize à Soisy sous Etiole[404], six lieues de Paris, proche la rivière de Seine, grand Jardin clos de murs[405], vignes, et autres choses dont on fournira un estat au Bureau, du prix de 10,000 liv.
[404] C’est aujourd’hui une commune d’un millier d’habitants dans le canton de Corbeil.
[405] C’étoit un point très important alors, car ne faisoit pas qui vouloit enclore de murs parc ou jardin; on en a la preuve par les registres du Parlement, où l’on trouve par exemple, à la date du 30 mai 1663, confirmation des lettres portant permission à Le Tellier de faire enclore six cents arpents de terre en son parc de Chaville.
3. Un cheval entier avec tous ses crains, poil bay, de bonne taille, âgé de six ans, fort vigoureux, propre pour la selle et pour le manege, du prix de quarante loüis d’or[406], avec douze jeunes chiens courants blanc et noir entre deux tailles, bons pour le chevreuil et lièvre, du prix de vingt quatre loüis d’or.
[406] Ces chevaux de selle et de manège, toujours bien supérieurs comme prix aux chevaux de labour, se vendoient quelquefois jusqu’à quinze cents livres. V., dans les _Mémoires des Intendants_, celui de la Généralité de Limoges, au chapitre des _Haras_.
4. Une chaise roulante à ressorts à deux places pour un cheval, garnie de drap gris, et d’une campanne soye[407], l’imperialle ronde[408], avec les harnois de deux chevaux, du prix de 120 liv.
[407] La campane étoit un ornement à franges, dont la forme étoit celle d’une cloche (_campana_).
[408] L’impériale, lorsqu’elle étoit ronde comme ici, faisoit sur le dessus des carrosses et chaises l’effet d’une couronne d’empereur. De là son nom, encore aujourd’hui en usage.
5. Pour 60,000 liv. de rente sur l’Hôtel de Ville, en plusieurs contracts créés au denier dix huit[409], et qu’on veut vendre au denier vingt; l’argent sera employé en acquisition de fonds, dont on fournira un estat à la charge du decret.
[409] C’est-à-dire un denier d’intérêt pour dix-huit prêtés, ce qui équivaut à un peu moins de six pour cent, comme le denier vingt à cinq pour cent environ.
6. Une maison à porte cochère scize à Gentilly, très belle et bien bastie, où il y a toutes sortes de commoditez, avec un grand jardin clos de murs, garny d’arbres fruitiers, du prix d’environ 7,000 liv. Il y a seureté pour l’acquisition; on s’accommodera du prix pourvu qu’il y en ait la moitié ou le tiers comptant: on aura au Bureau un estat plus au long de la dite maison.
7. Un lit de bois noyer de six pieds de large, garny d’un somier de paille, matelat, lit de plume et courte pointe serge de S. Lau[410], couleur d’ecarlatte, avec sa housse mesme serge et couleur, du prix de 120 liv. Quinze petites chaises pour la table couvertes de mocades[411] à fleurs de plusieurs couleurs à fond vert de 3 liv. pièce. Une grande aumoire[412] bois sapin à deux portes fermant à clef, servant de garde-meuble, du prix de 40 liv. et une chaise bourgeoise à porteur, garnie d’une étoffe de soye de 30 liv. Le tout bon et de hasard, et qu’on vendra ensemble ou séparément.
[410] Lisez Saint-Lô, dont la fabrication de la serge est encore une des industries.
[411] C’est une forme du mot «moquette», qui se rapprochoit davantage de _camocas_, nom de l’étoffe bien connue au moyen âge, dont la moquette ou mocade étoit une imitation plus moderne. V. plus haut, p. 315.
[412] Le peuple, qui dit «ormoire» pour armoire, se rapproche par sa prononciation de la forme du mot, telle qu’elle est ici, et en même temps de la racine latine, _aumarium_, lieu secret, cachette, suivant le sens que ce mot a dans Pétrone (édit. Burmann, p. 868). _Aumoire_ ne fut remplacé que fort tard par armoire. Il se trouve dans le _Roman du Renard_, vers 3 et 259, et, comme on le voit ici, il étoit encore usuel au XVIIe siècle. L’annotateur du _Catalogue Soleinne_, t. I, p. 227, le rencontrant dans une pièce du même temps, _Le Murmure des femmes_, croit par erreur qu’il vient d’aumusse.--Ajoutons qu’«armoire» toutefois s’employoit déjà. On le trouve dans le _Journal_ de Fr. Colletet, 3 sept. 1676, avec des détails sur ce genre de meuble, tel qu’on le travailloit de son temps: «_On sçait_, dit-il, _une belle paire d’armoires à vendre, toute neuve, et fort bien travaillée à deux grands guichets brisez, pour serrer des habits, du linge ou d’autres hardes: Elle est de ces beaux bois ondoyez, et faite par un bon ouvrier: et elle pourroit estre commode même pour serrer des livres curieux et particuliers dans une Bibliothèque_.»
8. Une très belle maison à porte cochere bien bastie, située au Plessis-Chenet, paroisse du Coudray[413], sept lieues de Paris, proche la rivière de Seine, avec jardin, clos de vingt quatre arpens, où il y a pré, terre, vigne, bois taillis et d’haute fustaye, et plusieurs autres belles commoditez, du prix de 12,000 liv. On aura au Bureau un estat au long de la dite maison.
[413] Le Plessis-Chenet est aujourd’hui un écart de la petite commune du Coudray-Monceaux, dans le canton de Corbeil.
9. Une charge de somier de vaicelle[414] ordinaire de chanssonnerie[415] chez Madame la Dauphine à franc estrillé[416], qui jouit de tous les privilèges aux gages fixes de 300 liv. par an[417], payez par quartier, avec logement et bouche à cour[418] du prix de 4,000 livres.
[414] Le sommier de vaisselle avoit pour office le transport sur un cheval de somme ou _sommier_ de la vaisselle dont avoit besoin la maison du roi, ou celles des princes et princesses quand elles se déplaçoient.
[415] Lisez «échançonnerie».
[416] C’est-à-dire, affranchi de la nécessité de fournir le cheval, le sommier.
[417] C’était le double chez le roi. Le sommier de vaisselle touchoit 600 l. Il en avoit même eu longtemps 660, comme le sommier de bouteilles.
[418] C’est-à-dire, nourri à la Cour.
10. Deux grands chevaux de carrosse poil noir, du prix de 300 liv.
11. Une charge de peintre à la garde robbe du Roy[419], qui jouit de tous les privilèges, aux gages de 60 liv. par an, du prix de 1,000 liv.
[419] Nous n’avons pas trouvé mention de cette charge, dont l’exiguïté des appointements dit le peu d’importance, dans les _États de France_ de cette époque.
12. Une maison à porte cochere scize à Argenteuil, proche la rivière, en deux corps de logis, avec cour, puis, et jardin d’un arpent clos de murs, du prix de 4,000 liv. On donnera au Bureau un estat au long de la dite maison.
13. Une maison à porte cochère en cette ville, au quartier S. André des Arcs, en trois corps de logis, grande basse cour, remise de carrosses, et autres commoditez, du prix d’environ 40,000 liv., louée à présent 1,800 liv.
14. Une tapisserie de verdure de Flandres, en sept pièces, de dix huit aulnes trois quarts de tour, doublée tant plain que vuide, sur deux aulnes deux tiers de haut, avec six soubassemens de fenestre mesme tapisserie; un lit de six pieds de long, sa housse de tabis[420] vert, garni d’un somier de paille, matelat, lit de plume, couverture d’Angleterre, huit fauteuils, et quatre chaises avec leurs housses, moitié mesme tabit, moitié d’une tapisserie à l’éguille couleur de roze, une fontaine de cuivre, et une garniture de feu fort poly, le tout du prix d’environ 800 liv. A vendre séparément ou ensemble.
[420] C’étoit ce que nous appelons «moire» aujourd’hui. Nous l’avions emprunté aux Orientaux qui le nomment _ôtabé_ et le mélangent de coton.
15. Une tapisserie de verdure de Flandre, neuve en six pièces, de dix-huit aulnes et demy de tour, sur deux aulnes, deux tiers de hault, du prix de 900 liv.
16. La Terre et Seigneurie de la Vallée, située dans la province du Berry, à dix lieues de Bourges et sept de Gien, entre Cosne et Sanserre[421], à deux lieues de la rivière de Loire, le revenu de la dite terre consistant en droits seigneuriaux, terrage, rentes, tuillerie, estangs, garennes, six fermes, et plusieurs autres héritages dépendant de la dite Terre, du prix de 80,000 liv. Le revenu estant de 4,000 liv. à le faire valoir par ses mains, et de 3,000 liv. de bail à ferme. On fournira au Bureau un estat au long d’icelle.
[421] La Vallée est aujourd’hui une petite commune du canton de Lormes dans la Nièvre.
17. Une maison a porte cochere, scize à Cormeil, trois lieues de Paris, en deux corps de logis, cour, puits, et jardin derrière; attenant lequel il y a une grange à foin; le tout du prix de 4,000 liv. On donnera au Bureau un estat au long de la dite maison.
18. Cinq cens arpens de bois taillis, d’environ dix ans de coupe, scituez à une lieue du port de Nogent sur Seine, en deux coupes égales; l’on affermera le tout, ou une seule coupe, à commencer au mois d’octobre prochain; ou si on veut en achepter le produit tous les ans, on le vendra, et du tout on fera bonne composition.
19. Une charge d’ayde de Panneterie chez le Roy[422], qui jouit de tous les privilèges aux gages fixes de 225 liv.[423] et 150 liv. de profits, le tout payez reglement à la fin du quartier de Juillet pendant lequel on sert[424] et est nourry, pour 5,000 liv.
[422] Il y avoit chez le roi douze de ces aides dans la panneterie-commun.
[423] Ces gages avoient été longtemps de 300 livres.
[424] Il seroit plus clair de dire que celui qui veut ici vendre sa charge servoit pendant le quartier de juillet.
20. Une charge de garde du Roy en la prevosté de l’hostel[425], sous la charge de Monsieur le Marquis de Sourches, grand prevost de France[426], qui jouit de tous les privileges, aux gages de 272 liv. 10 sols[427], à servir pendant le quartier de Janvier, du prix de 3,050 liv.
[425] Ces gardes étoient au nombre de cent, y compris les douze qui portoient le titre d’exempts.
[426] V. sur lui, t. I, p. 74.
[427] «Ils ont, dit l’_État de France_, 1692, in-12, p. 444, qui leur attribue les mêmes gages, 60 livres d’extraordinaires et quelques gratifications lorsque S. M. touche les malades.» V. sur cette cérémonie t. I, p. 21.
21. La Terre et Seigneurie de Cléry, scize à douze lieues de Paris[428], consistant en chasteau pour le Seigneur, et appartement séparé pour le Fermier, clos fermé de murs, jardins, prez, terres, bois, et autres choses en dépendant, mesmes les droits honorifiques, du prix d’environ 25,000 liv.
[428] Il reste de cette seigneurie un hameau du canton de Marines dans l’arrondissement de Pontoise. Les seigneurs de Cléry, qui avoient leur importance dans cette contrée, possédoient aussi un hôtel à Paris, rue Montmartre. C’est sur son emplacement que fut ouverte, en 1633, la rue qui porte encore leur nom. En 1688, quand «la terre et seigneurie» furent mises en vente, comme nous le voyons ici, Claude de Poissy, chevalier, en étoit seigneur.
22. Une belle maison couverte d’ardoise, à porte cochere, scize sur le bord de la rivière entre Brie et Corbeil, tres bien bastie, et où il y a plusieurs beaux et magnifiques logements, avec une chapelle, grande basse cour, jardin, enclos de huit arpens fermé de murs, prez, terre, bois taillis et haute fustaye, canal, vivier, et generalement toutes les autres commoditez qu’on peut souhaiter, du prix d’environ 30,000 liv. On aura au Bureau un estat au long de la dite maison.
23. Une chaise bourgeoise de porteur[429] presque neuve, garnie de brocatelle[430], avec une crépine de soye, d’environ 70 liv.
[429] La chaise de porteur ou à porteur «bourgeoise» se distinguoit des autres parce qu’elle étoit sans armoiries.
[430] Étoffe de fil et de laine, qui se fabriquoit en Flandre et qu’on appeloit aussi soit _mazeline_, soit _étoffe de l’apport-Paris_, à cause du grand commerce qui s’en faisoit dans ce quartier-là.
_Demandes à achepter._
24. On demande à achetter une maison logeable en fief ou roture[431], avec clos, jardin, prez, terres labourables d’environ 20,000 liv., mais il ne faut pas qu’elle soit plus éloignée de 4, 5 ou 6 lieues de Paris.
[431] C’est-à-dire, sans aucun titre ni droit seigneurial.
25. Une tapisserie verdure, Flandre ou Auvergne[432], de dix huit jusqu’à vingt quatre aulnes de tour plus ou moins, sur deux aulnes et demy d’hauteur, bonne et de hazard.
[432] Les manufactures des tapisseries d’Auvergne étoient une création de Colbert qui faisoit une rude concurrence à celles de Felletin, comme on le voit par un arrêt du Conseil du 21 août 1691 sur les droits d’entrée. Jabach, qui les avoit visitées pour Colbert, en 1688, lui en avoit rendu le meilleur compte. (_Corresp._ de Colbert, t. V, p. 520.)
26. On demande à achepter une terre en fief à dix ou douze lieues de Paris, où il y ait maison logeable, clos ou jardin, terres labourables, prez et bois, du prix d’environ 5,000 liv.
27. Une tapisserie verdure de Flandre, ou Auvergne, qui ait depuis seize jusqu’à dix huict aulnes de tour, plus ou moins, de l’hauteur ordinaire, avec un bureau propre et en estat de servir à un marchand, le tout bon et de hazard.
28. Une charge chez le Roy de 15,000 à 16,000 liv., à condition que le vendeur se chargera de l’agréément et reception de l’achepteur, et qu’il luy remettra toutes les pièces nécessaires en main.
29. Une maison en fief ou roture qui soit logeable, et où il y a clos ou jardin, prez, terres, vignes et bois, proche la rivière de Seine en montant, ou sur le chemin de Paris à Orléans, distante de Paris depuis cinq jusqu’à huit lieues, et dans l’élection de Paris, d’environ 10,000 liv.
30. Deux garçons allemands de l’âge de vingt deux ans, qui ont fait toutes leurs estudes, et dont l’un sçait jouer du clavessin et du violon, demandent condition, soit valet de chambre[433], ou précepteur pour enseigner le latin et l’allemand[434].
[433] A cette époque, valets de chambre ou laquais jouoient presque tous du violon. De cette façon, lorsqu’ils avoient fini leur service, on savoit, aux dépens de ses oreilles il est vrai, ce qu’ils faisoient. L’Olive, le valet du _Grondeur_, joue du violon. V. acte I, sc. 1; et aussi Lemontey, _Hist. de la Régence_, t. II, p. 319.
[434] Nos guerres avec l’Allemagne avoient rendu cette étude assez ordinaire dans les grandes familles. La Bruyère, par exemple, savoit l’allemand et l’avoit enseigné à son élève, petit-fils de Condé.
31. Une tapisserie d’Auvergne depuis quatorze jusqu’à dix sept aulnes de tour, plus ou moins, sur deux aulnes et demie d’hauteur, avec un miroir glace de Venize de 25 à 30 pouces de haut, le tout bon et de hazard.
_Advis généraux._
Un particulier donne advis au public qu’il possede un secret admirable et indubitable pour guérir toutes sortes de diarées, dissenteries, et flux epatique, qui ne demande a estre satisfait qu’après parfaite guérison des maladies.
Un autre particulier guérit la goute, paralisie, ydropisie, rumatismes, toutes sortes de fièvres, et les maux vénériens, sans qu’on soit obligé de garder la chambre.
Un particulier enseigne le toisé et l’arpentage, les fractions de fractions, le négoce, et change étranger, et l’arithmétique en toutes ses parties pour toutes sortes de professions étrangères, et autres, en un mois de temps, lorsqu’on saura les quatre règles. Plus les rédactions des poids et mesures étrangères, et autres, les évaluations, racine carrée et cube, règles de canonier, de navire et autres vaisseaux, la construction du carré magique[435] par progression géométrique en proportion double, la carte[436], et plusieurs autres sciences, et du tout donne des leçons par écrit.
[435] On appeloit ainsi un carré formé de plusieurs cases, dans lesquelles on plaçoit des nombres dont la somme prise en tous sens étoit la même.
[436] C’est le nom qu’on donnoit à la géographie. Pour dire qu’on l’avoit apprise, on disoit, selon Richelet, qu’on savoit «la carte». Il est aisé de comprendre, d’après cela, la locution populaire: «perdre la carte».
Ceux qui auront quelque chose à commercer, vendre, achepter, troquer, ou loüer, prendront la peine s’ils ne veulent pas venir eux mesmes au Bureau, d’envoyer un Laquais avec un Mémoire instructif, et on leur donnera satisfaction.
Ceux qui ont de grandes maisons dans Paris, ou à la campagne, et qui faute de les rendre publiques demeurent à les louer, parce que la pluspart des gens de qualité, et autres, ne lisent pas les affiches qui sont au coing des rues, n’auront qu’à envoyer le mémoire au Bureau, pour estre mis sur la liste.
Les maistres des auberges, des académies, des écoles, des sciences, des messageries, et autres qui souhaitent de rendre leurs establissements publics, n’auront qu’à envoyer au Bureau leurs qualitez, leurs enseignes, lieu et demeure, et l’on les enregistrera, pour estre dans la suite indiquez aux estrangers, et à ceux qui viendront s’en informer au Bureau.
Les Huissiers qui doivent aller en campagne dans les Provinces, viendront le déclarer au Bureau, et l’on leur envoyera les gens qui ont à faire dans les dites provinces pour s’emboucher[437] avec eux[438].
[437] Pour «s’aboucher», mot qui n’avoit encore cours que chez les gens de distinction et dans les livres.
[438] Un passage du _Journal_ de Colletet, à la date du 3 octobre 1676, nous donne l’explication de celui-ci sur les singuliers trafics des Huissiers, qui, lorsque les affaires chômoient à Paris, en achetoient en province pour s’entretenir la main: «_Comme il y a_, dit Colletet, _des gens qui se plaisent dans la sollicitation des affaires, et qui en acheptent mesmes quand les leurs sont finies de peur de languir dans l’oysiveté, et pour y gagner leurs peines: nous leur donnons avis_, notamment si ce sont des Huissiers, qui font des courses à la campagne, _que nous leur ferons vendre à bon compte divers billets, cédulles et promesses, dont ils pourront faire leur profit, de particuliers encore vivants, deubs pour nourriture, logement et entretien, au payement de quoy plusieurs sont condamnez par sentence des Consuls_.»
Ceux qu’ils veulent achepter ou vendre des rentes, emprunter de l’argent et en placer, vendre des maisons et héritages, soit à Paris ou à la campagne, s’adresseront au Bureau.
Ceux qui ont des Bénéfices à permuter et à donner à ferme, des charges à vendre ou à achepter, soit à Paris ou en Province, des bois à couper, des estangs à pescher, et qui font faire des inventaires forcés ou volontaires, prendront la peine de le venir déclarer au Bureau, ou envoyer un Mémoire instructif, et l’on en advertira le public par la liste.
Ceux qui arrivent à Paris, et ceux qui en veulent partir soit pour voyager ou autrement, et qui ont besoin de plusieurs personnes pour faire leur trein, peuvent s’adresser au Bureau, et on leur en envoyera sur le champ de toutes les tailles, qualité et condition qu’ils les demanderont[439].
[439] Sur ces valets de louage, v. plus haut, p. 50.
Ceux qui écriront des lettres au Bureau en acquitteront le port, faute de quoy on ne les recevra point, parce que l’on s’en voit trop chargé jusqu’à présent.
Les Etrangers qui doivent arriver à Paris avec équipage, pourront s’adresser au Bureau, mesme par lettre demander ce qu’ils ont à faire, soit pour logement, domestiques, ou autres choses.
Et généralement tous ceux qui veulent rendre quelque chose publique, chercher ou indiquer, et qui d’ordinaire font mettre des affiches aux coings des rues, qui ne sont veües que de très peu de gens, et d’ailleurs déchirées et recouvertes les unes par les autres en peu de temps, au lieu de faire la depense pour l’affiche, n’auront qu’à envoyer les mémoires au Bureau, et l’on les mettra sur la liste, que l’on imprimera régulièrement tous les quinze jours, et que l’on vendra et distribuera de mesme que les Gazettes[440].
[440] Beaucoup de gens répugnoient à se voir affichés et ne devoient, par suite, recourir qu’avec plus d’empressement aux avantages des feuilles d’adresses. Colletet annonce dans son _Journal_ du 11 sept. 1676 une personne qui étoit dans ce cas. «_Honneste homme_, dit-il, _qui sçait la langue latine et l’italienne de mesme, et qui ne peut se résoudre à voir son nom dans les affiches publiques, s’offre aux honnestes gens qui auront des livres italiens ou manuscrits à traduire fidèlement, d’y travailler quels que difficiles qu’ils soient; de montrer cette Langue à quiconque désirera l’apprendre..._»
On sçaura au Bureau le nom des personnes qui veulent tant vendre qu’achepter.
_Le Bureau est dans l’enclos du Palais, Cour de la Moignon, du costé du Quay des Morfondus._
LISTE GÉNÉRALE
DU
BUREAU D’ADRESSE ET DE RENCONTRE
ESTABLI PAR PRIVILÈGE DU ROY
_en la Place Dauphine_.
_Du 1 Mars 1689[441]._
[441] V. notre _Introduction_, p. xlj. C’est par mégarde que nous y avons dit que les _Listes du Bureau d’adresse_ recommencèrent à paroître en février 1689. Ce n’est qu’au mois de mars, dont nous reproduisons ici le numéro, qu’elles reprirent.
Le Bureau d’adresse et de rencontre se rétablit avec tant de succès, et devient d’une si grande utilité au Public que l’expérience fait encore juger favorablement de ceux qui en furent les autheurs.
En effet Paris par son immensité estant regardé comme la patrie commune de tout le royaume, et s’y trouvant des gens de toutes les Nations non-seulement dans le commerce general, mais dans le particulier, tout devint également intéressé à découvrir ce qui tombe dans la nécessité du service, et dans le dessein du commerce.
C’est de là qu’on a pris grands soins de rétablir le Bureau d’adresse et de rencontre, que les guerres et le mauvais usage de ceux qui en ont eu cy-devant l’administration, avoient rendu comme odieux au Public; mais les réglements qu’on y a faits depuis y ont étably le bon ordre, la fidélité et le secret, de sorte qu’on y peut venir à présent de confiance, soit pour vendre, acheter, échanger, affermer ou autrement, soit pour le choix des gens de quelque nature et qualité qu’on les puisse souhaiter dans le domestique, ou, pour les domestiques, pour le choix des conditions. Les Commis du Bureau n’entrent de leur chef dans aucune affaire, toutes leurs occupations se renferment à recevoir les avis et déclarations de ceux qui se présenteront au Bureau, lequel n’est estably que pour l’indication purement et simplement.
_A Vendre._
1. Six chevaux de carrosse gris blanc de six à huit ans avec leur harnois de roussy doré[442], du prix de 3,500 liv.
[442] Cuir de Russie. V. plus haut, p. 37.
2. Une charge de juré aulneur et visiteur de toiles[443] de la Ville, Fauxbourgs et Banlieue de Paris, avec les émoluments et bourse commune[444], du prix de 12,500 liv. y compris la réception.
[443] Son office étoit d’auner les toiles, treillis, canevas, pour voir s’ils étoient bien de la mesure réglementaire. A chaque visite ils touchoient un droit. V. sur ces sortes d’offices jurés, t. I, p. 110.
[444] Elle se formoit de ce que chaque membre de la corporation devoit abandonner sur ce qu’il avoit perçu. Tous avoient ensuite, quel qu’eût été leur apport, droit au partage qui se faisoit à des époques déterminées.
3. Une maison scize en cette Ville, rue Geoffroy-Langevin, du prix d’environ 8,000 liv.
4. Pour 50 à 60,000 liv. de rente en principal sur l’Hôtel de Ville[445], en plusieurs contractz creez au denier dix huit[446]: il y a bonnes seuretez pour l’acquisition.
[445] V. plus haut, sur les rentes de l’Hôtel-de-Ville, t. I, p. 42-46.
[446] Un peu moins de six pour cent. V. une note un peu plus haut, p. 334.
5. Un grand carrosse couppé[447] avec ses glaces, garny de velours cramoisi; les harnois de deux chevaux de roussi bien dorez, de mesme que le carrosse monté sur un trein, le tout presque neuf, du prix de 1,500 liv.
[447] Moitié du grand carrosse que, pour cela, nous appelons encore aujourd’hui «un coupé».
6. Un grand carrosse à deux fonds avec ses glaces garny de velours cramoisy fort propre, d’environ 600 liv.
7. Une charge de garde en la connestablie de Messieurs les mareschaux de France[448], qui jouit de tous les privilèges, aux gages fixes de 200 l. avec les émoluments lors qu’on sert, du prix d’environ 1,800 liv.
[448] C’est un de ces gardes qui, venant dire dans le _Misanthrope_:
Messieurs les Maréchaux dont j’ai commandement,
met le holà dans la dispute entre Alceste et Oronte. La Connétablie avoit ses audiences réglées le mercredi et le samedi dans l’enclos du Palais, à la Table de marbre. V. plus haut, t. I, p. 85.
8. Une terre en fief située près d’Etampes, qui ne releve que du Roy, consistant en maison à porte cochere, jardin, clos, terres labourables, prez, bois taillis, censives, droit de chasse, et autres, du prix d’environ 35,000 liv.
9. Une grande maison à porte cochère, rue de la Verrerie, du prix d’environ 40,000 liv.
10. Deux petites maisons en cette ville, rue neuve du Ponceau[449], louées 200 l. On les vendra sur le pied du denier vingt, argent comptant, et échangera mesme contre quelque rente ou maison de campagne; et s’il convient donner du retour, on le fera.
[449] On appeloit ainsi la partie la plus récemment ouverte de la rue du Ponceau, qui donnoit sur la rue Saint-Martin. L’autre extrémité, où se trouvoit le petit pont sur l’égout, auquel la rue devoit son nom, s’appeloit déjà «le ponceau Saint-Denis» en 1391.
11. Plusieurs maisons à porte cochere bien bâties, grand jardin et terre scize au lieu du Roulle[450], ayant veue sur la grande ruë, à vendre ensemble ou séparément et en toutes seuretez, avec honneste composition.
[450] Le Roule n’étoit encore qu’un village de banlieue. C’est en 1722 seulement qu’il devint faubourg de Paris. V. _Archives hospitalières_, Hôtel-Dieu, t. I, p. 253, nº 3271.
12. Une fort belle et bonne Pandule sonnante[451], du prix de quinze pistolles.
[451] Richelet écrit «pendule», mais ajoute: «prononcez pandule». L’invention due à Huyghens et que l’abbé Hautefeuille lui disputoit remontait à 1657. Or Huyghens ayant alors vingt-huit ans, et Hautefeuille dix seulement, la querelle de revendication tomboit d’elle-même.
13. Une charge de lieutenant des Eauës et Forests à Senlis, aux gages et droicts y attribuez, du prix d’environ 5,000 liv.
14. Une maison à porte cochere bâtie à neuf, size au lieu de Clamard près Issy, jardin d’un arpent clos de murs, et autres fort belles commoditez, du prix d’environ 4,000 liv.
15. Plusieurs meubles, tableaux, montres, diamants et autres bijoux, dont on fera bonne composition ensemble ou séparément.
16. Un contract de constitution de rente de 6,000 liv. en principal, fait à Paris, créé au denier vingt, deuë par un particulier Officier au Parlement de Guyenne, et dont on aura bon compte.
17. Une maison au faubourg St. Marcel, rue de l’Oursine, du prix d’environ 6,000 liv.
18. Un coffre fort bon et de hazard dont on fera bonne composition.
19. Une tanture tapisserie de Flandre en sept pièces, tirant 24 aulnes sur 3 aulnes et demie de haut, representant l’histoire de Jules César, du prix d’environ 6,500 liv.
20. Une autre tanture tapisserie de Flandre, tirant 23 aulnes, de la mesme hauteur, representant l’histoire d’Alexandre, du prix d’environ 7,000 liv.[452].
[452] C’étoit une des tapisseries les plus à la mode. Le prix en montoit quelquefois plus haut qu’on ne le voit ici: «J’ai, dit la Tapissière, deux des plus belles garnitures de chambre qui se puissent voir, il y en a pour deux grandes salles; ce sont _les Conquestes d’Alexandre contre Darius_, sur le même modèle qu’ont été faites celles dont le Roy a fait présent au duc de Lorraine, mais elles nous coûtent quinze mille livres.» _L’art de plumer la poule sans crier_, 1710, in-12, p. 82.--Nous trouvons dans le _Journal_ de Colletet une tapisserie dont le prix est encore plus élevé: «_Nous savons_, dit-il, à la date du 28 octobre 1676, _une superbe tenture de tapisserie, à personnages de piété, relevée d’or et de soie: Elle a plus de quarante aunes de tour, et plus de quatre de hauteur; on ne la fait que vingt-cinq mille livres, quoy qu’elle en vale plus de quarante mille..._»
21. Une grande maison à porte cochere size en cette ville, ayant veue sur les rues Jean Lointier[453] et des Deux Boules, du prix d’environ trente mille liv. dont on en constituëra, s’il est convenu, la moitié, et prendra en payement pour l’autre une charge chez le Roy convenable à un gentilhomme ou de l’argent. Plus pour environ 25,000 écus de terre au païs du Perche, près la ville de Belesme, dont il y en a une seigneuriale qui ne releve que du Roy; on les échangera mesme contre d’autres terres près de Paris, charge comme dessus, ou d’une d’auditeur des Comptes.
[453] C’est le vrai nom de la rue que par corruption on appela plus tard Jean-Lantier; elle le portoit dès le XIIe siècle.
22. Une maison à porte cochere très belle et bien bâtie, size au lieu de Pacy[454], avec jardin d’un arpent clos de murs, et autres commoditez, du prix de 6,000 liv.
[454] On écrivoit ainsi le plus souvent le nom de Passy près Paris, comme on écrit encore du reste Pacy-sur-Eure, Pacy-sur-Armançon.
23. Une maison à porte cochère size en cette ville, rue de la Champverrerie[455], du prix d’environ dix mil livres. Il y a bonnes seuretez pour l’acquisition.
[455] Lisez «de la Chanvrerie».
24. Un grand lit bois noyer à colonnes torces, de damas cramoisy à fleurs d’or, ses tringues[456] fer poly, la housse taffetas cramoisy, garni d’un sommier de crain, lit de plume, matelas, couverture et courte-pointe, avec six fauteuils et deux chaises mesme bois, couvertes de leurs housses, mesme taffetas, et dont on fera honneste composition.
[456] Tringles. Le mot est écrit ici comme on le prononçoit et comme on le prononce encore chez le peuple.
25. Une charge d’apotiquaire des Ecuries de Monsieur[457], qui jouit de tous les privilèges, aux gages fixes de 60 liv.[458] et 200 liv. pour les remèdes qu’on est obligé de fournir pendant les six mois qu’on sert, avec privilège de tenir boutique ouverte à Paris ou en campagne. On se chargera mesme du service, hors Paris, du prix de 2,500 liv.
[457] Il y avoit deux de ces charges qui s’exerçoient par semestre, mais qui pouvoient être tenues, l’une et l’autre, par le même apothicaire, comme nous le voyons dans l’_État de France_ de 1692, t. I, p. 744.
[458] L’_État de France_ donne le même chiffre, mais sans ajouter le détail qui suit ici à propos des remèdes.
26. Une maison à porte cochère sise ruë de l’Esperon, du prix d’environ 38,000 liv.
27. Une Terre en Touraine près la rivière de Loire, de l’Election d’Amboise, seigneur de paroisse, du prix d’environ 50,000 liv.
28. Un grand miroir de 29 pouces de haut sur 20 de large, avec sa bordure de glace, du prix de 120 liv.[459].
[459] C’est la bordure de glace, à la façon de Venise, qui avoit fait hausser le prix de ce miroir. On a vu, en effet, plus haut, p. 143, que les miroirs de 30 pouces ne se vendoient pas plus de 80 livres.
29. Un grand Cabinet d’ebeine fort propre garny de quantité de tiroirs, dont on aura bon marché payant comptant[460].
[460] L’ébène étoit un des bois les plus employés pour les meubles à la mode. L’ouvrier qui les fabriquoit s’appeloit, comme on le voit dans le _Journal_ de Colletet, 24 août 1676, «menuisier en ébène», d’où est venu notre mot ébéniste. Il faisoit surtout, comme on le voit ici, des cabinets. Aussi en anglois le fabricant de meubles s’appelle-t-il encore «cabinet-maker».
30. Une douzaine Chaises bois noyer garnies et bien travaillées à la moderne, couvertes de leurs housses point de Hongrie[461], du prix de 200 liv.[462].
[461] Sorte de point de fil qui n’étoit pas des plus fins; c’est pourquoi Molière le fait figurer dans le _Mémoire_ des hardes et nippes qu’Harpagon, en bon usurier, donne pour argent comptant à son emprunteur: «Un lit de quatre pieds à bandes de _point de Hongrie_, appliquées fort proprement sur un drap de couleur olive, avec six chaises et la courtepointe de même.» _L’Avare_, acte II, sc. 1.
[462] Ces housses se vendoient souvent sans le bois des chaises ou fauteuils. Le _Journal_ de Colletet, 23 octobre 1676, en annonce une douzaine et demie, aussi de point de Hongrie, «toutes frangées, montées et prestes à mettre sur les bois... Les nuances, ajoute-t-il, en sont fort vives et d’une belle mode.»
31. Un cheval entier noir et blanc avec tous ses crains, à longue queuë, de l’âge de 4 à 5 ans, fort vigoureux, du prix de 50 louïs d’or.
_Demandes._
32. On demande à achetter une tanture de tapisserie de Flandre de verdure, d’environ 19 à 20 aulnes de tour sur l’hauteur ordinaire, qui soit bonne et de hazard, et point passée, où l’on mettra environ 200 louïs d’or.
33. Une charge soit de ville ou autre, de 4, 5 ou 6,000 liv. qu’on payera comptant.
34. Une tanture tapisserie Damas de Luques, bonne et de hazard, d’environ 22 aulnes de tour, bonne et point passée.
35. Un carrosse couppé propre et de hazard.
36. Une tapisserie d’Auvergne de 18 aulnes de tour, bonne et point passée.
37. Une maison en fief ou roture aux environs de Paris, où il y ait clos ou jardin, prez, terres, bois, du prix de douze à quinze mil livres.
38. Une charge de judicature à Paris, du prix depuis 10 jusqu’à 20,000 liv. et plus.
_Le sieur Mouillard, bon Praticien et Arpenteur, logé rue de la Huchette à la Tour d’Argent, donne avis aux Seigneurs et Dames qui voudront faire renouveler leurs papiers terriers, et avoir des plants de leurs Seigneuries pour voir l’étenduë de leurs censives; comme aussi à ceux qui ont des héritages à la campagne et qui en veulent avoir des cartes avec la contenance d’iceux par figure, pour empescher les usurpations, qu’il le fera, et pour seureté de sa conduite donnera bonne caution à Paris._
_Le sieur Rolas, rue Sainte Marguerite, fauxbourg St. Germain, entre un perruquier et un chandelier, première chambre, enseigne le toisé, l’arpentage, les fractions, les changes, l’arithmétique en toutes ses parties en un mois de temps, lorsqu’on saura les quatre règles, et plusieurs autres belles sciences, par une méthode courte et très facile; et du tout donne des leçons par escrit[463]._
[463] Cette annonce est reproduite dans la liste suivante, avec cette différence pour l’adresse: «rue Sainte-Marguerite faubourg Saint-Germain, chez le mercier qui fait le coin de la rue des Cizeaux vis-à-vis la porte de l’Abbaye.»
Le Bureau est à l’entrée de la Place Dauphine du costé du Pont-Neuf entre l’epicier et le cabaretier[464].
[464] Cette adresse est répétée à la fin de la liste qui va suivre, avec ce détail en plus: «à la première chambre, au-dessus du cabaretier.»
LISTE GÉNÉRALE
DU
BUREAU D’ADRESSE ET DE RENCONTRE
_estably par privilège du Roy en la place Dauphine_.
Du premier Avril 1689.
Paris contenant en soy beaucoup plus de peuple que ville du monde, et son aport y estant si grand, non seulement de tous les naturels François, mais des Etrangers de toutes les nations, que les moyens que tout le monde y trouve de subsister ne sçauroient estre trop connus pour la grandeur de la ville et pour l’avantage des particuliers.
Tous ceux dont on s’est servi jusqu’icy sur les avis qu’on a voulu rendre publics ont esté d’un foible secours, en comparaison du Bureau d’Adresse et de Rencontre, et des Listes qu’on a commencé de distribuer, parce que les Affiches se couvrent par la quantité des Placards[465], outre qu’elles ne contiennent que des avis particuliers, qu’on ne lit pas commodément et sans une espèce de pudeur[466] pour les gens de distinction[467].
[465] Le Placard, s’appliquant d’autorité, pouvoit ainsi, de droit, couvrir les affiches. Elles-mêmes, en s’accumulant, couvroient des _Avis_ qui valoient mieux qu’elles. Colletet s’en plaint dans son _Journal_ du 8 août 1676: «La quantité d’affiches, dit-il, ont caché un livre d’importance pour les curieux.»--Le placard se distinguoit des affiches par les armes du roi figurées en tête, et qui faisoient qu’on l’appeloit aussi «pannonceau royal». C’est par placards, et non par affiches simples, qu’étoit annoncé tout immeuble à vendre par décret.
[466] Les affiches annonçant certains remèdes ne pouvoient pas, en effet, être lues «sans une espèce de pudeur». On en peut avoir un exemple par celle que donne Locke dans la relation de son _Voyage à Paris_, et qu’a reproduite _Le Vieux-neuf_, 2e édit., t. II, p. 72.
[467] Le _Journal_ de Colletet indique quelques affiches de livres; ainsi, le 6 juillet 1676, le _Traité des maladies des femmes grosses_, par Fr. Mauriceau, dont il a été parlé plus haut, t. I, p. 159; et, le 1er août suivant, _Le Tailleur sincère_, avec plusieurs figures en taille-douce: «il se vend, dit-il, chez A. de Rafflé, rue du Petit-Pont, in-folio en parchemin 40 fr., et in-8 20 fr.» Il oublie d’ajouter que l’auteur s’appeloit Benoist Boulay, dont le portrait sert de frontispice. Son livre, «nécessaire, dit encore Colletet, pour ceux qui veulent pratiquer l’épargne», est aujourd’hui des plus rares.
Ces considérations, celles qui regardent l’utilité publique et l’avantage du commerce, qui depend des Rencontres et des Occasions que les avis font naistre, ont fait les principaux objets du r’establissement du Bureau d’Adresse et de Rencontre, et des précautions qu’on a prises de n’en confier l’administration qu’à des conditions portées par les Règlements, afin d’asseurer dans le Public la confiance des particuliers, et faciliter les ventes, achapts, amodiations, traités et conventions qui se font à l’egard des immeubles, et pour mettre dans un plus grand commerce toutes sortes de meubles, comme Lits, Tapisseries, Bijoux, Tableaux, Chevaux, Carrosses et autres effets, et principalement pour donner aux gens de qualité, et à ceux qui ont besoin de domestiques; des Aumôniers, Gentilshommes, Ecuyers, Gouverneurs, Intendans, Receveurs, Secretaires, sous Secretaires, Hommes d’affaires, Solliciteurs, Commis, Ecrivains, Precepteurs, Maistres d’Hostel, Vallets de chambre, Suisses, Portiers, Concierges, Gardes-bois, Cochers, Postillons, Pallefreniers, Chasseurs, Fauconniers, Sonneurs de Cor, Jardiniers, Vignerons, Gens de Labour, Charretiers, Muletiers, Valets à tout faire, Laquais à gages et à récompense[468], et généralement toutes sortes d’autres domestiques, pour les recevoir, non seulement à leur choix, mais avec plus de seureté et de connoissance que par le passé, le Bureau n’estant estably que pour l’Indication.
[468] Les «laquais à récompense» se distinguoient des «laquais à gages» en ce qu’ils n’étoient payés pour ainsi dire que par hasard ou fantaisie. Après avoir servi trois ou quatre ans, ils reçevoient de leur maître trois ou quatre cents francs et n’avoient pas le droit d’en demander davantage. La plupart des valets de Regnard et de Dancourt sont des «laquais à récompense».
_A Vendre._
1. Une charge de Substitut de M. le Procureur général à Paris, aux Gages et Droits y attribuez, du prix de 25,000 liv.
2. Un Carrosse couppé avec 6 glaces de Venise garni de velours cramoisi, le tout comme neuf, du prix d’environ 700 livres.
3. Une charge de grand Valet de pied de Madame[469], qui jouit de tous les privileges, aux gages et profits y joints, du prix de 3,000 liv.
[469] Ils étoient au nombre de dix, chacun à 20 sols par jour pour leur nourriture «outre leurs habits d’hiver et d’été». _État de France_ pour 1692, p. 776.
4. Deux grands chevaux de carrosse grissel[470] à longue queue, de 5 à 6 ans, du prix de 1,000 l.
[470] Il faut lire _gris-sale_, une des nuances du gris admises dans les haras.
5. Des Tablettes bois noyer avec leurs bordures noires, fermant par un treillis de cuivre à 2 portes[471], une grande Armoire bois chesne fermant de mesme, de 9 à 10 pieds de haut et de 8 à 9 de large, le tout presque neuf, du prix de 160 livres.
[471] Presque tous les corps de bibliothèque étoient disposés ainsi dans les cabinets. Louis Racine en avoit un de ce genre, comme on le voit par son inventaire aux _Mss._ de la Bibliothèque nationale.
6. Un beau coureur danois, poil bay[472], sans deffaut, propre pour l’armée, de 6 ans, du prix de 50 louis d’or.
[472] C’est le _cob_ bai brun, trapu et à belle tête, encore recherché aujourd’hui. Le vrai cheval _danois_ en usage au XVIIe siècle pour les attelages de luxe étoit, au contraire, grand, haut sur jambes, avec tête busquée et robe isabelle, pie ou tigrée.
7. Un carrosse couppé neuf, doré aux extremités[473], garny de drap gris, du prix d’environ 800 liv.
[473] Cet excès de dorures pour les carrosses fut un peu plus tard prohibé par ordre du roi. V. _Correspond. admin. de Louis XIV_, t. II, p. 829, et _Variétés histor. et litt._, Collect. elzévir., t. X, p. 254, note.
8. Une terre seigneuriale en Brie, 9 lieuës de Paris, avec haute, moyenne et basse justice, dont on aura un estat au Bureau, du prix de 120,000 liv.
9. Un coureur à courte queue[474] de 5 à 6 ans, poil noir, du prix de 200 liv.
[474] Richelet définit ainsi le coureur: «cheval déchargé de taille, qui a la queue courte et coupée».
10. Un grand lit de velours verd, ses campannes[475] et molets de soye[476], doublé d’un satin couleur de serize avec sa courte pointe, ciel et dossier même satin, 7 fauteuils et 6 chaises même velours, le tout comme neuf, du prix de 1,000 livres. Une pippe satin plaint, à fond blanc, chamarrée en rond d’haut en bas d’un point d’Espagne d’or et couleur de feu, avec des galons de velours même couleur, garni de campannes d’or, le tout presque neuf, du prix chacune de 120 livres.
[475] V. une des notes précédentes, p. 333.
[476] C’étoit une sorte d’ornement frangé que Molière, en fils de tapissier, se garde bien de confondre avec la frange même, quand il dit dans le _Mémoire_ de l’Avare: «Plus, un pavillon à queue, d’une bonne serge d’Aumale rose, sèche, avec le _mollet_ et les franges de soie.»
11. Quantité de très beaux patrons, tapisserie de verdure en plusieurs pièces, peints sur du carton et de la toille, dont on aura bon prix.
12. Deux tableaux de chasse originaux de Nicasius[477], de 6 pieds de haut sur 5 de large, l’une de Cerfs et l’autre de Chats sauvages, du prix de 24 louis d’or.
[477] C’est le peintre d’animaux Nicasius Bernaert, d’Anvers, élève de Sneyders et l’un des habitués de la maison de _la Chasse_, au coin des rues du Sépulcre et du Four, qui étoit, dit Dubois de Saint-Gelais, «le refuge des peintres de son pays». Sa vie fut assez nomade, si l’on en juge par les registres de l’Académie de peinture. Reçu en 1663, il dut, pour cause d’absence, se faire recevoir une seconde fois deux ans après et se faire réadmettre encore en 1672. Sa vieillesse se noya dans l’ivrognerie. Il en mourut à 70 ans, le 16 septembre 1678. Desportes fut quelque temps son élève.
13. Un lit de garçon de 3 pieds et demy de large, Damas de Lucques aurore et cramoisy, avec sa couverture et 2 teyes d’oreillers de Marseille, le tout presque neuf, du prix de 200 liv. Un Cabinet de Flandre d’écaille de Tortue et d’Ebeine à tiroir, très beau et bien travaillé, du prix de 150 livres.
14. Un Colier de perles rondes de belle eau, très beau et bien choisy, du prix de 200 louïs d’or.
15. Une tenture de tapisserie verdure de Flandre en 6 pièces, de la hauteur et longueur ordinaire, comme neuve, du prix de 800 liv. Une montre en Pendule faite par Martinot[478], à boëtier d’or, sa chaine de même avec son étuit de chagrin garny de cloux d’or, du prix de 15 louïs d’or. Plus 2 Miroirs, l’un tout de glace de Paris, dont la principale est de 27 pouces de haut sur 21 de large, du prix de 150 livres, et l’autre de Venize de 22 pouces de haut sur 17 de large, avec sa bordure d’Ebeine, du prix de 80 livres.
[478] Les Martineau formoient toute une dynastie d’horlogers, dont l’un, Louis-Henry, étoit, en 1692, valet de chambre horloger du roi. En 1700, une descente fut faite chez deux d’entre eux pour avoir contrevenu à l’édit contre le luxe. L’un dut laisser saisir vingt pendules, l’autre dix-huit. Ils logeoient sur le quai des Orfèvres. Un Martineau, qui étoit de la Religion, partit pour Londres après la révocation de l’Édit et s’y rendit célèbre dans son métier. C’est de lui que descendoit miss Harriett Martineau, qui s’est fait un nom dans les romans d’éducation. V. sur les Martineau, Wood, _Curiosities of clocks_, 1866, in-8, p. 387.
16. Une très belle maison à porte cochere bâtie à neuf, située près Grosbois en Brie, Jardins, Cloz, Prez, Terres, Vignes, Bois, Glacière, Reservoir, Canal garny de Poissons, et autres fort belles et utiles commodités, du prix de 45 mille livres.
17. Deux charges, l’une de Lieutenant du Prevost général de Flandre et Haynault aux gages de 1,250 livres, payez par quartier avec privilege et exemption de tous imposts dans Valancienne où est la résidence, du prix d’environ 18,000 livres; et l’autre de Garde au même Pays, aux gages fixes de 375 livres, outre quantité de profits, du prix de 2,000 livres.
18. La charge de Lieutenant criminel d’une Ville, sise sur le bord de la rivière de Loire, où il y a Presidial, Bailliage, Prevoté et Gouvernance, du prix d’environ 35,000 liv.[479].
[479] A la suite de cet article 18, nous en supprimons huit qui ne sont que la reproduction d’articles déjà insérés dans la liste précédente. Le 19e de celle-ci, liste d’avril, se trouve le 2e de celle de mars; le 20e, le 8e; le 21e, le 10e; le 22e, le 11e; le 23e, le 13e; le 24e, le 21e; le 26e, le 32e; et le 28e, le 37e. Nous ne conservons que les nos 25 et 29, qui ne figurent pas dans l’autre liste.
25. Deux grandes Maisons à porte cochere sises en cette Ville à louer presentement moyennant 900 livres chacune, l’une rue S. Martin, près la rue aux Ours, vis à vis le cul de sac de la rue S. Julien[480]; et l’autre sise rue des Gravilliers, avec un grand et beau jardin, dans lesquelles il y a toutes sortes de commoditez.
[480] C’est la rue ou ruelle Saint-Julien, qui devoit son nom au voisinage de l’église de St-Julien-des-Ménétriers. Elle prit ensuite le nom de rue du Maure.
_Demandes._
29. Une Terre en fief, distant depuis 6 jusqu’à 18 lieues de Paris, près, s’il se peut, de quelque petite Ville ou Bourg, où il y ait maison logeable, jardin, cloz, prez, terres et bois, du prix de 50 à 60,000 livres.
Le sieur Macard continue à faire debiter les instruments de Mathématiques du defunt Sr Sevin dans sa boutique sur le Quay des Morfondus, à l’Astrolabe[481].
[481] V. pour les ouvriers en instruments de mathématiques, t. I, p. 148.
Le sieur Legeret, maistre menuisier à Paris, rue Saint Loüis, Isle Notre-Dame, donne avis qu’il fait et vend une machine fort légère et portative, par luy depuis peu inventée, qui coupe la paille aussi menue qu’est l’avoine, ce qui fait que les chevaux la mangent plus facilement, surtout lorsqu’on y mêle un peu d’avoine.
LISTE GÉNÉRALE
DU
BUREAU D’ADRESSE ET DE RENCONTRE
_estably par privilège du Roy en la place Dauphine._
Premier May 1689.
Pendant que toute l’Europe armée contre la France travaille à porter la gloire du Roy jusqu’à l’Immortalité[482], pendant que son nom seul fait trembler l’Univers, et qu’il porte la Terreur et la Crainte jusque sur les Trosnes et jusqu’au Cœur des Armées les plus nombreuses, l’amour au dedans arme ses sujets et luy donne chaque jour de nouvelles marques de sa grandeur, on la voit en effet portée à un point où l’espérance même des autres Roys n’estoit jamais parvenuë, non seulement dans ses forces, dans la protection de ses alliés, dans la magnificence de son règne, dans les vertus du Siècle et de la Religion; mais encore dans ses Estats, Paris n’est pas seullement la Capitale du Royaume; mais celle du Monde ou pour mieux dire un monde entier où ce qu’il y a de sublime dans la politique, dans les Sciences et les Arts, de libre dans la politesse, de bon dans les mœurs, de grand dans les cœurs, d’heureux et de fidelle dans le commerce, y rassemble les peuples les plus esloignez pour en composer une Ville de tous les Habitans du monde, où l’ordre dans la confusion fournit égallement à tous les moyens de subcister, et où le Bureau d’adresse et de rencontre rétably par les Ordonnances du Roy pour l’indication seulement, donne à ce monde entier les avis, les ouvertures et la facilité pour vendre, achepter, échanger et affermer soit charges, seigneuries, terres, maisons, rentes, meubles, tableaux, chevaux, carrosses et generallement tout ce qui tombe en commerce; les Maîtres de quelques conditions qu’ils soient y trouveront toutes sortes de domestiques avec les informations toutes faites pour les prendre avec une confiance égalle, et les Domestiques des conditions suivant qu’ils en sont plus ou moins capables.
[482] On étoit alors sous le coup direct des menaces de la Ligue d’Augsbourg, qui réunissoit contre nous l’Empire, l’Espagne, la Suède, la Bavière, la Saxe et, par surcroît, la Hollande et l’Angleterre, depuis que l’expulsion de Jacques II avoit eu pour conséquence l’avènement du prince d’Orange, son gendre, sous le nom de Guillaume III.
_A vendre._
1. Une charge de Ville de Cinquantenier[483], qui exempte de tutelle, curatelle, logement de gens de guerre et plusieurs autres[484], d’environ 500 l.
[483] Le cinquantenier étoit, en effet, un officier de ville. Chaque quartenier, ou officier de quartier, en avoit deux sous son commandement, auxquels il transmettoit les ordres de la ville pour qu’ils les fissent savoir aux bourgeois.
[484] Ces espèces de charges n’avoient pour bénéfices que des exemptions. On n’y étoit payé que par ce qu’on ne payoit pas.
2. Deux charges aux Siège présidial et Baillage de Vitry le François en Champagne, l’une de Président aux gages de 330 livres, et l’autre de Conseiller aux gages de 50 livres, dont les émoluments sont de 150 livres, plus un droit de deux sols pour livre sur les émoluments qui se lèvent aux dits sieges, qui est de 60 livres de rente, et du tout on fera bonne composition.
3. Une chaise roulante à ressorts sur deux roues[485], garnie d’un petit velours rouge et blanc, dont on aura bon compte.
[485] Ces sortes de chaises, que traînoit un valet, furent très longtemps en usage. On s’en servoit encore en province au commencement de ce siècle. Il y en avoit d’autres, découvertes, qu’on appeloit «chaises à parasol», qui n’étoient employées que pour promener les dames dans les jardins ou les parcs. Seignelay les avoit mises à la mode, lorsqu’il avoit reçu le roi à Sceaux au mois de juillet 1685: «Ce fut là, dit l’abbé Le Beuf, qu’on vit les premières chaises tirées par des hommes pour se promener dans les jardins. On les connoissoit à Versailles, mais elles étoient plus simples. Les chaises de Sceaux étoient à quatre personnes et quatre parasols. Les hommes qui les conduisoient ne marchoient pas devant, mais de chaque côté.» _Hist. du diocèse de Paris_, t. IX, p. 379. A Marly, le roi fit établir dans les grandes allées un système de rainures de fer, pour que le mouvement de ces chaises roulantes y fût plus facile et moins cahoté. Ce sont nos premiers tramways. V. le bel ouvrage de M. Guillaumot, _Monographie du château de Marly-le-Roi_, gr. in-fol.
4. Un carrosse couppé comme neuf à six glaces, garny de velours rouge avec ses ressorts, harnois et testières garnis de cloux dorez[486] du prix d’environ 1,000 livres.
[486] La Bruyère, lorsqu’il s’est indigné du luxe de ces carrosses, n’a oublié aucun des détails qui sont ici: «les rangs de clous parfaitement dorés, les doubles soupentes, les ressorts, etc.»
5. Deux grands chevaux de carrosse poil noir à longue queue, de 4 à 5 ans, du prix de 1,100 livres.
6. Une maison à porte cochere, size à Vanvre, où il y a toutes sortes de commodités avec un clos de 4 arpens, du prix de 6,000 liv.
7. Une Maison à porte cochere, size au lieu d’Antoni, Clos et Jardin derrière de 6 arpens, avec 6 arpens de pré, du prix de 1,500 liv.
8. Une Maison à porte cochere size à Montreuil, cloz de dix arpens, où il y a parterre, jardin, potager, bois d’haute fustaye et autres choses avec quantité d’eaue, et dans une très belle veue, dont on aura bonne composition.
9. Une terre en Fief et Seigneurie, size près Mauleon en Poictou, affermée 4,200 livres, qu’on aura à bon prix.
10. Une Maison à porte cochere size sur le chemin de Chartres, 10 lieues de Paris, jardins, clos de deux arpens, sept arpens de pré, et 130 arpens de terre, le tout près et attenant la maison et du prix de 13,000 liv.
11. Une Maison à porte cochere, quartier de la Porte S. Michel, rue des Francs Bourgeois, du prix d’environ 30,000 liv.
12. Un grand lit de tapisserie à petit point de toutes sortes de fleurs en broderie sur un drap d’Espagne couleur de musc brun doublé d’un satin de la Chine[487], sa courte-pointe, ciel et dossier même satin, 4 pommes même Drap et tapisserie avec leurs bouquets de plumes et egrettes, un Tapy de Table à 4 pans, trois fauteüils même tapisserie et point, 12 chaises à dossiers et 8 sieges pliants aussi tapisserie, et du tout on fera bon prix.
[487] L’accoutrement de ce lit rappelle un des habits que Molière portoit à la ville: «un juste au corps de drap de Hollande musc, avec une veste de satin de la Chine.» Soulié, _Recherches sur Molière_, p. 278.
13. Une Maison à porte cochere size au lieu de Maisons, près Charenton, avec Jardin de deux arpens clos de murs et autres commodités, à vendre pour 6,000 livres ou à louër[488].
[488] Les articles qui suivent étant les mêmes que quelques-uns de ceux de la liste précédente, nous nous contenterons de renvoyer à celle-ci, en indiquant à quels numéros ceux que nous supprimons correspondent. Le nº 14 de la présente liste reproduit textuellement le nº 1 de celle d’avril; le 15 est le 5; le 16, le 8; le 17, le 10; le 18, le 11; le 19, le 12; le 20, le 25; le 21, le 14; le 22, le 15, avec cette simple addition: «et du tout on fera bon prix.» Le 23 est le 16; le 24, le 17; le 25, le 18; le 26, le 19; le 27, le 29; le 29, le 31.
_Demandes._
28. On demande à achetter une tenture tapisserie de Damas cramoisi de Lion ou Gennes.
On indiquera au Bureau un homme de Lettres pour composer Factums, Placets, Lettres, Mémoires, Préambules, Discours publics ou autres ouvrages où l’on voudra un stile net, concis, juste et une diction pure et éloquente[489].
[489] Ces sortes d’écrits, notamment les _factums_ ou _mémoires_ sur procès, étoient quelquefois l’œuvre des écrivains les plus distingués. Racine ne dédaigna pas d’en rédiger pour M. de Luxembourg dans un procès des plus importants: «Le célèbre Racine, dit Saint-Simon, édit. Hachette, in-18, t. I, p. 91, si connu par ses pièces de théâtre..., prêta sa belle plume pour polir les factums de M. de Luxembourg et en réparer la sécheresse de la matière par un style agréable et orné.»
LISTE DES AVIS
DU
JOURNAL GÉNÉRAL
DE FRANCE,
OU BUREAU DE RENCONTRE;
_Pour servir au Public depuis le Mercredy 18 Novembre, jusqu’au Mercredy 2e Décembre 1693_.
On recevra les avis tous les jours, et on donnera tous les Mercredys, de quinze jours en quinze jours, des Listes nouvelles.
_Par permission du Roy contenuë en ses Brevets, Arrests de son Conseil d’Estat, Déclaration, Privilege, Confirmation, Arrests de la Cour de Parlement, Sentences et Jugements donnez en consequence._
A PARIS,
Au Bureau d’Adresse et de Rencontre étably dans le Marché Neuf, chez un Serrurier, attenant la Barriere des Sergens.
_Le Tableau où est le Privilege du Roy sert d’Enseigne._
_Avec permission._
_M. DC. XCIII._
LISTE DES AVIS
DU JOURNAL GÉNÉRAL
DE FRANCE
OU BUREAU DE RENCONTRE.
_Plusieurs personnes viennent au Bureau pour s’informer de quelle maniere il faut dresser leurs Mémoires, et d’autres en envoyent qui ne sont pas assez instructifs; comme il faudroit bien du temps pour instruire tous ceux qui y viennent les uns après les autres, on a jugé à propos pour satisfaire à ce que plusieurs ont demandé de dresser quelques articles, et de continuer dans les Listes suivantes, jusqu’à ce qu’on aye parlé de tous ceux qui peuvent y estre employez. En voici quelques-uns qui peuvent servir de Modèles._
_Si quelqu’un est dans le dessein de vendre une Terre, voicy comme il en doit dresser le Mémoire._
_La Terre de ... qui est à ... lieues de Paris, et située à ... est à vendre. Elle consiste en plusieurs pavillons, ou bien en un corps de logis dans le fonds de la cour, avec deux ailes ou non sur les côtez, et contient tant d’appartements, tant de chambres, tant de greniers, offices, cuisines, caves, écuries, celliers, colombiers et granges. Il faut marquer de quoy le tout est couvert, la grandeur de la court, s’il y a des espaliers autour des murs de la dite court, si les murs sont percez par des portes ou balustrades, qui donnent entrée aux jardins. S’il y a des fleurs, des fruits, des legumes, des jets d’eaux, des vignes, des bois, des bleds, du S. foin, et généralement tout ce qui peut faire du revenu ou servir à l’embellissement; on doit ajouter si la maison est en belle veuë, et si la riviere passe auprès, et à combien de distance; on ne doit pas oublier s’il y a des fossez, une basse court, s’il y a quantité de terres labourables, s’il y a des terres seigneuriales, si cette terre a droit de haute, basse et moyenne justice, si la Cure ou quelques autres bénéfices en dépendent, et tous les autres droits qu’elle peut avoir, si elle a titre de Baronnie, de Vicomté, ou autre, si l’on est Seigneur entier d’une ou deux paroisses, s’il y a des fiefs, s’il y a des estangs, combien la Terre est affermée, avec ou sans réserve, si on la veut échanger, si l’on veut toute la somme en argent comptant, des rentes, ou quelque autre chose, et quelles seuretez on donnera. On peut faire un détail à proportion pour les grandes et petites Maisons de Campagne, et pour les grandes et petites maisons à vendre ou à loüer à Paris; On y peut ajouter les commoditez, les dégagements, les cheminées et alcôves, avec leurs ornements, les dorures et peintures, et marquer combien on veut loüer ou vendre les Maisons, combien elles sont louées, et s’il y a des escaliers separez, et plusieurs sorties, afin que celui qui se chargera de toute la Maison puisse connoistre par là s’il en peut facilement reloüer les Appartements. Comme chaque particulier sait mieux l’estat de son bien et de ses affaires que les plus intelligens, ces articles pourront estre encore mieux dressez sur l’idée que l’on en donne. Voicy un Model d’un article pour une charge à vendre._
_On veut vendre une Charge, il faut marquer si elle est chez le Roy, ou de judicature, et si elle est unique à la Cour ou dans son siège; il faut mettre si elle est de Paris, ou à combien de Paris, dans quelle Province, et dans quelle Ville, il faut dire quels en sont les Privilèges, combien elle a de gages, si elle a droit de commissions[490], si elle exempte de Taille et de Tutelle, combien on la veut vendre, et si l’on veut toute la somme en argent comptant._
[490] Privilège très envié, surtout lorsque c’étoit le droit de _committimus_ au grand sceau, parce qu’il donnoit droit à ne plaider que devant certains juges, et ainsi à n’évoquer les causes que là où elles avoient intérêt. Les membres de l’Académie françoise en jouissoient, ce qui donna occasion à l’abbé de Villiers d’écrire ces quelques lignes dans le XXXIe dialogue de ses _Vérités satyriques_, p. 266:
«CRITAS. Je sçai que vous avez des procès...
«PROTAS. Eh bien! en faut-il davantage pour être de l’Académie? Cela me donnera droit de _committimus_ au grand sceau; n’est-ce rien pour un homme qui a des procès?
«CRITAS. Je n’y faisois pas réflexion, et cette raison ne m’étoit pas venue dans l’esprit. Rien n’est mieux pensé, rien n’est mieux imaginé que de se faire de l’Académie pour plaider à son aise, c’est-à-dire tant qu’on voudra, et partout où l’on voudra.»
AVIS.
_Comme l’expérience fait voir qu’il y a de l’incommodité à prendre des Domestiques de la main de ses amis, que l’on ne peut lorsqu’ils déplaisent congédier sans les offenser, et qui sont autant d’Espions domestiques qui leur reportent tout ce qui se fait chez vous, et en cas de malversation on ne poursuit pas en justice les Amis qu’on ne fait point obliger devant notaire; ces considerations devroient engager un chacun d’avoir plus volontiers recours au Bureau, où l’on n’en reçoit aucuns qui n’aient de bonnes cautions, gens solvables et non attitrez._
VOICY LE DÉTAIL
_des domestiques que l’on trouve au Bureau_.
Sçavoir,
Aumôniers. Precepteurs. Escuyers. Maistres d’hostels. Secrétaires. Hommes d’affaires. Receveurs. Concierges. Commis. Hommes de Chambres. Chasseurs. Garde-bois. Cochers. Portiers. Laquais. Postillons. Palfreniers. Et autres ayant tous de bons répondants.
IMMEUBLES.
On veut vendre une maison à huit lieues de Paris, size le long de la rivière d’Oize, entre Beaumont[491] et l’Isle Adam; Elle consiste en un corps de logis et deux Pavillons, dans les quels il y a plusieurs appartements, salle, chambre, cabinets, cuisine, office, garde-manger, cave, greniers, grange, écurie, remise de carrosse, foulerie, et autres commoditez; il y a aussi un Coulombier, qui rapporte en pigeonneaux et en fumier 100 livres de rente; il y a des Jardins et enclos où il y a quantité de bons arbres fruitiers, on vend pour 200 livres de fruits tous les ans, on recueille aussi sept à huit cent de bon foin qui sert dans la maison, on peut aussi faire venir à Paris ce que l’on veut par la Rivière, qui n’est qu’a 200 pas de la dite Maison; on en donnera une plus ample explication aux personnes qui voudront l’acheter, et on en fera un prix raisonnable. _Adresse au Bureau._
[491] Beaumont-sur-Oise, canton de l’Isle-Adam.
On veut vendre une Maison size au faubourg S. Germain, le terrain fait face sur la rue de Grenelle et sur la rue S. Dominique, d’environ huit à neuf toises sur 106 à 107 de longueur, fermé de bons murs dans l’Enclos du Marais; il y a plusieurs arbres fruitiers, des espaliers le long des murs par un treillage d’echalats de cœur de chesne, avec deux puits, une petite Maison pour le Jardinier et une petite serre à costé[492]. Plus, un corps de logis bati en pavillon de trois estages en carrez; dans chaque estage il y a plusieurs chambres, cabinets, galletas, cuisine, cave, et autres commoditez, la dite maison est en bon estat; on en donnera une plus ample explication aux Personnes qui la voudront acheter, et on en fera un prix raisonnable. _Adresse au Bureau._
[492] On voit qu’une maison au faubourg Saint-Germain, rue de Grenelle, étoit en 1693 une véritable habitation champêtre. On peut se le figurer encore mieux par la gravure qu’a donnée Israël Sylvestre de la maison du président Le Coigneux,--aujourd’hui Ministère de l’Instruction publique,--avec son entourage de terrains vagues et ses vastes jardins, au milieu desquels le pavillon «de structure solide», dit Brice, se dressoit comme en pleine campagne. C’est du reste, selon Tallemant, ce qu’avoit voulu le président. «Il alla, dit-il, bastir une grande maison au bout du Pré-aux-Clercs, pour avoir un grand jardin où se promener, comme on lui avoit ordonné de respirer l’air tout à son aise.» Auprès, sur l’emplacement occupé aujourd’hui par la mairie du VIIe arrondissement, un ancien premier commis de M. de Lionne, nommé Thoinier, avoit une maison du même genre et des jardins que M. Le Coigneux auroit bien voulu joindre aux siens. Il ne put jamais l’obtenir de son voisin à cause d’une magnifique treille qui lui donnoit le meilleur muscat de Paris: «Il me disoit là-dessus, dit le faux Vigneul-Marville, que M. Le Coigneux étoit le seul qui ne trouvoit pas bon ce muscat.» _Mélanges_, t. I, p. 265.
On veut vendre une grande Maison size a Boissy S. Leger[493], près Creteil, a trois lieues de Paris, consistant par bas en grandes caves, offices, salle, fournil, plusieurs belles chambres et cabinets, et dans la plus belle veue qu’on puisse voir, de beaux greniers et chambres pour les Domestiques, grande cour verte entourée d’un très beau espalier de Peschers et d’Abricotiers, écurie à mettre quinze chevaux, une petite court basse; le tout attenant est un logement entier pour un Jardinier et un Vigneron dépendant de la susdite Maison, beau jardin en terrasse, au bas du quel il y a un petit bois de haute-fustaye rempli d’allées couvertes, on entre de plein pied du jardin dans une grande galerie peinte, qui donne en perspective au bois, et de la galerie on entre dans les chambres vis à vis la dite maison. Il y a un Enclos de 25 à 30 arpens de Terre, dont il y en a trois plantez en vignes qui sont en leurs cinquièmes feüilles, des Terres labourables et le reste en foin, le tout garny de beaux Espaliers de fruits à noyaux et poiriers, enclos de murs et de hayes vives; il y a aussi un fief qui a 60 arpens d’etenduë sur quoy l’on dixme[494], et haute, moyenne et basse justice; le tout est à vendre, a loüer ou a échanger. _Adresse au Bureau._
[493] On sait que c’est aujourd’hui un chef-lieu de canton de l’arrondissement de Corbeil.
[494] On prend la dîme.
On veut vendre une grande Maison size ruë de Vaugirard, elle est composée d’une grande court, deux remises de carrosse, deux écuries dans les quelles il tient beaucoup de chevaux, un grand jardin de six arpens, un appartement bas, deux autres grands appartements et quantité d’autres chambres pour des Domestiques, de grandes caves, des cuisines et offices, et une belle chapelle; elle est de 2500 livres de loyer. _Adresse au Bureau._
On veut vendre une Maison size dans la rue des Prescheurs, où a logé en dernier lieu Monsieur Gelée[495]; la dite maison est à porte cochere, bien batie de pierres de taille, la court est commune avec une autre Maison qui perce dans la rue de la Champverrerie, salle, cuisine en bas, petite écurie, remise sous la porte cochere, trois estages l’un sur l’autre, et grenier au dessus chaque estage, composé de chambres, antichambres, cabinets, et deux autres petites chambres, le tout de plain pied; le premier et second estage ayant les principales chambres peintes, dorées et parquetées, belles cheminées, et plusieurs tableaux non communs; il y a trois cheminées à chaque estage, de belles et grandes caves, et doubles caves. La dite Maison est louée 900 livres par le dernier bail. Ceux qui la voudront voir trouveront des personnes qui montreront les Appartemens. Il faut s’adresser pour le prix à Monsieur de la Ville-Dieu, qui loge rue Traversine, dans la Maison de Madame Francine[496], on en fera un prix raisonnable.
[495] V. sur ce parent du poète Regnard, t. I, p. 295, note 3. Son adresse y est donnée rue de la Chanvrerie, mais on voit que la maison indiquée ici, ayant une cour commune et deux entrées, appartenoit à cette rue aussi bien qu’à celle des Prescheurs.
[496] Veuve de Francine, ou plutôt Francini, car il étoit Italien, «intendant des eaux et fontaines des maisons royales et entrepreneur privilégié des chaises roulantes». Mêlé à toutes sortes d’affaires, comme le fut plus encore son fils, gendre de Lulli, et, après lui, directeur de l’Opéra, Francine avoit fait bâtir, tout des premiers, sur les terrains de la butte Saint-Roch, lorsqu’on l’eut aplanie. D’après un manuscrit en notre possession, il avoit été propriétaire de quatre maisons dans la rue Traversine ou Traversière, indiquée ici, et appelée rue Molière aujourd’hui. A sa mort, comme on le voit, il en étoit resté une à sa veuve, qui sans doute y logeoit.
On veut vendre une charge d’avocat au Conseil, la Personne qui s’en veut défaire en fera un prix raisonnable, et mesme la donnera a crédit, pourvû qu’on luy donne des seuretez bonnes et solvables. Il prendra en payement des billets sur des officiers et autres personnes pourvu qu’ils soient en estat de payer, et autres accommodements. _Adresse au Bureau._
On veut vendre une Maison size au village de Cüeilly près Champigny sur Marne, à trois lieües de Paris, consistant en un grand Corps de logis, chambres, antichambre, cabinets, court, jardin, un demy arpent de vignes donné à loyer pour la somme de quarante escus par an. _Adresse au Bureau._
On veut vendre une grande Maison à petit Champ, paroisse S. Medard, fauxbourg S. Marceau[497], consistant en six boutiques, caves, jardin, deux petites salles, huit chambres à cheminées à chaque Estage, y ayant trois Estages et quatre greniers au dessus, l’Escalier au milieu, y ayant des corridors pour aller aux dites chambres, estant toutes séparées.
[497] Le _Petit champ_ du faubourg Saint-Marcel, qui devint au siècle dernier le _Champ d’Albiac_, du nom de son propriétaire, se trouvoit à peu de distance de la rue de _l’Épée de bois_, qui pour cette raison est appelée sur d’anciens plans rue du _Petit-Champ_.
Plus, une autre petite Maison au coin du dit jardin, consistant aussi à trois Estages, deux chambres et cabinets à chaque Estage, grenier au dessus, avec deux salles basses, et deux caves, le tout à vendre. On les donnera à 18,000 livres, mesme quand on n’auroit pas toute la Somme, on ne laissera pas de s’accommoder. _Adresse au Bureau._
On veut vendre un Office de Changeur d’Especes d’or et d’argent de la Ville de Paris, avec faculté d’exercer la Banque à vendre; Elle est à present d’un Exercice continuel de grand rapport, elle est propre à tous banquiers, caissiers et de finances; l’on en sçaura le prix et condition qui sont faciles et raisonnables. _Adresse au Bureau._
MEUBLES.
2. On veut vendre un petit Cabinet, dans lequel il y a cinq cents médailles d’argent, toutes pièces antiques et fort curieuses[498], on le fait cinq cents Escus. _Adresse au Bureau._
[498] Pour le goût des médailles, qui étoit alors un des plus répandus, v. t. I, p. 221, 223, 225, 227, 228, 229, 230.
On veut vendre un carrosse coupé presque tout neuf, garni d’un veloux vert plein, trois belles glaces, une devant, et une à chaque costé, avec un trapontin[499]; on veut aussi vendre les chevaux, ils sont entiers, noirs, à courte queue, âgez de cinq à six ans, et de bonne taille, avec les harnois, le tout en bon estat n’ayant qu’à monter dedans; on fait les chevaux et le carrosse 1300 livres. _Adresse au Bureau._
[499] Lisez _strapontin_, mot que l’on croiroit beaucoup plus moderne, mais qui se trouve déjà dans les _Caractères_ avec le sens qu’il a ici. V. _La Comédie de La Bruyère_, 2e édit., 1872, in-18, t. I, p. 87.
_Demandes._
3. On demande une Maison à acheter du prix de dix ou douze mille livres, à deux ou trois lieues de Paris, on n’est point attaché en quel endroit elle soit, pourvu qu’elle soit jolie et en bon estat; on veut un jardin, des écuries, remise de carrosse, greniers et basse court; on ne se soucie pas qu’elle soit en fief ou en roture. _Adresse au Bureau._
On demande une belle housse avec sa garniture, une douzaine de chaises, et six fauteüils avec des housses, et que les bois soient à la mode; une autre douzaine de chaises de tapisserie propres à mettre dans une salle, on ne se soucie pas qu’elles soient tout à fait à la mode; un miroir de glace de moyenne grandeur. _Adresse au Bureau._
On demande six chevaux pour labourer et mettre à la charrette, on les veut d’hazard de quelque personne qui vienne de campagne, afin qu’ils soient tous dressez, on y mettra jusqu’à mil ou douze cens livres; on demande aussi leurs équipages, qu’on paiera comptant. _Adresse au Bureau._
On donne avis à ceux qui cherchent une Personne qui sache les Langues pour les accompagner dans leurs voyages aux Païs estrangers, qu’il y en a un qui s’offre en quelque qualité que l’on voudra. C’est un homme de 40 à 42 ans, bien fait de sa personne, honneste homme de Profession, qui en donnera des preuves suffisantes aux personnes qui luy feront l’honneur de le vouloir employer. _Adresse au Bureau._
On demande un manteau de camelot gris d’azard, et qu’il y aye un petit galon d’or, et qui soit propre. _Adresse au Bureau._
On demande une armoire de bois de noyer propre et faite à la mode, avec une belle ferrure. _Adresse au Bureau._
On demande un colier de perles entrenet d’une belle eau; on le veut du prix de cinquante escus ou deux cents francs. _Adresse au Bureau._
On veut vendre une Croix de Diamans, composée de sept diamans avec son coulant, les Diamans sont fort nets et fort beaux, bien mis en œuvre. Elle a coûté trente louis d’or, on la donnera pour un prix raisonnable. _Adresse au Bureau._
Il y a un carrosse coupé tenant quatre ou cinq personnes à l’aise, garni de Damas cramoisi, trois glaces, une devant et une à chaque portiere, bien suspendu le train et les roues, le tout en bon estat, sans harnois de chevaux, environ de quatre cents livres. Il y a aussi un cheval pour Mousquetaire, propre à deux mains. _Adresse au Bureau._
* * * * *
_L’adresse pour ecrire est à Mr du Manuel Me du Bureau d’adresse et de rencontre où l’on recevra tous les jours des Avis. Il faut acquitter le port des Lettres._
_On prie qu’on dise le dernier mot des choses dont on se veut défaire. On les vendroit plus aisément, par ce que ceux qui le souhaitent estant souvent étonnez du prix, ne les vont pas voir._
_Quoy que la pluspart de ceux qui font des Demandes au Public par les Listes qui se distribuent tous les Mercredys, laissent leur adresse, ils sont avertis de passer souvent au Bureau, pour y estre instruits de ce qui s’y passera, sur les avis qu’ils auront donnez._
Chaque Journal se vendra trois sols.
_Le Bureau pour recevoir les avis est au Marché-Neuf, chez un serrurier, attenant la Bariere des Sergents. Le Tableau où est le Privilege du Roy_ sert d’enseigne.
AVEC PERMISSION.
FIN DES APPENDICES.
TABLE ALPHABÉTIQUE
DES PRINCIPALES
MATIÈRES CONTENUES EN CET OUVRAGE[500].
[500] Afin de continuer à reproduire aussi exactement que possible le livre de Blegny, nous nous sommes conformé pour cette table, comme disposition, texte et orthographe, à celle qu’il a donnée dans sa première édition et qui--nous ignorons pourquoi--ne se retrouve pas dans la seconde. Nous nous sommes contenté d’y faire les additions nécessaires.
A.
Abrégé de la science des temps, II, 205.
Académies, I, 120.
Académie de découvertes, I, xlv, xlix, 9.
Académie Françoise (Listes de 1676 et 1705), II, 275, 289.
Accouchements, I, 159 et II, 69.
Adresses casuelles de la ville de Paris, I, xlij.
Affaires ecclésiastiques, I, 15.
Adresses recouvertes après l’impression, II, 68.
Adresses diverses, II, 73.
Adresses (autres) nouvellement recouvertes, II, 177.
Affiches, I, vj, xxxij, xxxiv; II, 345, 357.
Affiches (petites), I, 10.
Afficheurs, II, 75.
Agneaux, I, 292.
Aiguilles, II, 24.
Alimens, I, 289.
Almanachs, I, 193; II, 190.
Almanach spirituel, I, 26.
Amirauté, I, 70.
Andouilles, I, 293-294.
Anchois, I, 302-303.
Animaux, I, 289. (Chair et poisson.)
Apoticaires, II, 69.
Architecture et Maçonnerie, II, 102.
Arcs de carosses, I, 47, 267.
Ardoises, II, 118.
Argenteurs, I, 287.
Armes et Bagages de guerre et de chasse, I, 261.
Armoires, II, 344.
Asnes, I, 264.
Auberges (tables d’Auberges) et Hostels garnis, I, 316.
Avis du Bureau d’adresse (Liste des), II, 302.
Avis généraux, II, 341.
Avis du journal général de France (Liste des), II, 373.
B.
Bailliage du Palais, I, 77.
-- du Temple, I, 86.
-- de Saint-Jean de Latran, I, 86.
Bains et Etuves, I, 182.
Balliveaux, II, 122.
Bandages, I, 13.
Banquiers, I, 117.
Banquiers expéditionnaires en cour de Rome, I, 18 et II, 68.
Baromètres, I, 242.
Bas, II, 30.
Bateaux (gardes), I, 111.
Bateurs d’or, II, 46.
Bâtimens du Roy, II, 87.
Bénéfices et Bénéficiers, I, 19.
Bêtes azines, I, 264.
Beurre (Marchandises de), œufs, fromages et légumes, I, 296.
Bible polyglotte, II, 319.
Bibliothèques, I, 129.
Bijouteries, I, 237.
Bijouterie de cire, II, 68.
Billards, I, 274.
Biscuits, I, 301.
Boëtes d’Allemagne, II, 23.
Bœufs, I, 291.
Bois de taillis à vendre, II, 338.
Bonneterie (Ouvrage et Commerce de), II, 28.
Bonnets carrés, II, 75.
Bottes, II, 65.
Bouchons de liège, II, 7.
Boucles d’oreilles, II, 317.
Boulangers, I, 306.
Boules à jouer, I, 274.
Bois à brûler, II, 8.
-- à bâtir.
Boudin blanc, I, 294.
Bouquetières, I, 165.
Bouteilles de poche, II, 42.
Brefs et Bréviaires, I, 192.
Bureau d’Adresses (Listes générales du), II, 332-346, 356, 364.
Bureau des Indes Orientales et Occidentales, I, 108-109.
Bureau d’adresses ou de rencontre, I, xx, xxiv et II, 302.
Bureau des Merciers, II, 18.
Bureaux publics, I, 106.
Buscs et bois d’Evantails, II, 24.