livre d
’heures, il ajouta:--Est-ce pour le convertir et lui apprendre à réciter des _Pater_ et des _Ave_ que vous l’avez appelé? Allons, répondez-moi!
--Je pourrais vous répondre si vous étiez en état de m’entendre, balbutia-t-elle. Mais nous ajournerons toute explication jusqu’au moment où vous aurez recouvré quelque sang-froid. Si vous n’aviez tiré sur nous tout à l’heure; si vous ne nous aviez obligés à fuir devant vous, je vous aurais déjà démontré...
--Et que m’auriez-vous démontré? Tout cela n’est-il pas assez clair, et la présence de monsieur...
Il n’acheva pas. Son regard brusquement venait de s’arrêter sur le petit lit blanc non encore défait, au-dessus duquel un grand crucifix étendait son ombre sainte. Oh! comme il protestait, ce lit virginal! Comme il attestait clairement l’innocence de Nicolette!
--Eh bien, non, s’écria Malivert, détrompé, je me refuse à croire qu’une fille telle que vous ait à ce point oublié ses devoirs. Vous avez menti pour détourner de la tête de votre sœur ma légitime colère; vous vous dévouez pour elle.
De nouveau, la fureur grondait dans sa voix, s’allumait dans ses yeux. Nicolette comprit qu’en cette heure suprême, c’en était fait de sa sœur si elle marchandait son dévouement. Elle prit héroïquement son parti du mensonge et du sacrifice auxquels elle se condamnait.
--En affirmant ce que j’ai affirmé, fit-elle, j’ai dit la vérité. Je suis fiancée à monsieur. C’est par ma volonté qu’il est à cette heure dans votre maison. Mais cela ne vous donne pas le droit de m’accuser d’avoir oublié mes devoirs. Nous n’avons rien à nous reprocher, si ce n’est une imprudence de laquelle, après tout, je ne dois compte à personne, étant libre de mes actes. Quant à ma sœur, si vous la soupçonnez, interrogez-la; la voici.
Irène entrait, enveloppée dans une robe de chambre, ainsi qu’une femme chassée à l’improviste de son lit, essayant de dissimuler sous une surprise feinte sa violente émotion, non encore dissipée.
--Pourquoi ce bruit? demanda-t-elle.
Jacques Malivert, au lieu de lui répondre, courut à sa rencontre. La prenant par la main, il l’attira brusquement à lui, et les yeux dans les yeux, l’interrogea.
--Savais-tu que ta sœur avait renoncé à entrer aux Carmélites et songeait à se marier?
--Je le savais, répondit Irène toute troublée. Elle m’a parlé plusieurs fois de M. Frédéric de Varimpré.
--Pourquoi ne m’en avoir rien dit?
--Ce n’était pas mon secret.
--Savais-tu aussi que monsieur venait la nuit?
--Cela, je l’ignorais.
--C’est la première fois qu’il vient! objecta Nicolette.
Malivert regardait tour à tour sa femme, Nicolette et l’officier, qui assistait silencieux à cette scène, indécis sur le rôle qu’il devait y prendre. L’attitude du mari disait clairement que l’explication qu’il avait provoquée le laissait incrédule et défiant. Il parut enfin se décider à la tenir pour vraie, et se tournant vers celui qu’Irène venait d’appeler Frédéric, il reprit:
--Votre présence à cette heure chez moi, monsieur, est un outrage qui nous atteint tous, cette jeune fille que vous avez compromise, ma femme que j’ai soupçonnée, et moi-même dont vous avez violé le domicile. Il est une seule manière de le réparer, et je veux croire que vous êtes prêt à vous conduire en homme d’honneur.
--Je suis prêt, monsieur, répondit Frédéric, dominé par les événements, résigné à les subir.
--Veuillez donc vous retirer. Demain, je vous ferai parvenir mes ordres, oui, mes ordres;--il accentuait ces mots pour répondre à un geste de l’officier;--mademoiselle Suarez n’est pas encore majeure, et je suis son tuteur.
Frédéric de Varimpré obéit. Il s’éloigna à pas lents, après s’être incliné devant Irène et devant Nicolette, mais en évitant de saluer Jacques Malivert. Celui-ci le suivit pour le ramener jusqu’à la porte de la maison. Irène les écouta s’éloigner. Quand elle cessa d’entendre le bruit de leurs pas, elle se précipita vers sa sœur en murmurant:
--Je n’oublierai jamais combien tu m’as été miséricordieuse; tu m’as sauvée.
--Et toi, tu m’as perdue! s’écria Nicolette farouche.
--Pardonne-moi, ma sœur!
--Que je te pardonne, quand me voilà obligée de me marier et d’épouser ton amant!
--Dois-je maintenant me jeter aux pieds de Jacques et lui faire l’aveu de ma faute? A ce prix, tu recouvreras ta liberté.
Au lieu de répondre, Nicolette pressa le bras de sa sœur en murmurant:
--Tais-toi; le voilà qui revient.
Jacques rentrait en effet. Pendant sa courte absence, il avait retrouvé sa bonne humeur. D’une voix apaisée, presque caressante, il dit à Nicolette:
--Vous avez été étourdie et légère, petite sœur, et votre conduite pouvait avoir de graves conséquences. Je ne vous ferai pas de reproches cependant, puisqu’il est convenu que vous allez devenir la femme de ce beau lieutenant. Le mariage réparera tout, et nous voilà délivrés de la crainte de vous perdre. C’est égal, ajouta-t-il, un sourire ironique sur les lèvres, qui se fût attendu à cela de la