CHAPITRE XCV.
PRÉPARATIFS MILITAIRES ET OUVERTURE DES HOSTILITÉS SUR TOUTES LES FRONTIÈRES DU ROYAUME.--_1368, 2 et 17 août._ PRISE DE VIRE ET DE CHÂTEAU-GONTIER PAR LES COMPAGNIES.--_1369, avril et mai._ LES COMTES DE CAMBRIDGE ET DE PEMBROKE EN PÉRIGORD; SIÉGE DE BOURDEILLES.--JEAN CHANDOS A MONTAUBAN; PRISE DE ROQUESERRIÈRE.--SIÉGE DE RÉALVILLE PAR LES GENS DU DUC D’ANJOU; REDDITION DE SOIXANTE PLACES FORTES DE LA GUYENNE AUX FRANÇAIS.--_7 avril._ MARIAGE DU DUC DE BOURGOGNE AVEC MARGUERITE DE FLANDRE.-_Août._ ARRIVÉE DU ROI DE NAVARRE EN BASSE NORMANDIE ET NÉGOCIATIONS ENTRE CE PRINCE ET LE ROI D’ANGLETERRE.--EXPLOITS DES FRANÇAIS EN POITOU; PRISE DE LA ROCHE-POSAY PAR JEAN DE KERLOUET.--_Avril et mai._ CAMPAGNE DE ROBERT KNOLLES ET DE JEAN CHANDOS EN QUERCY; SIÉGE DE DURAVEL ET DE DOMME; PRISE DE MOISSAC, DE GRAMAT, DE FONS, DE ROCAMADOUR ET DE VILLEFRANCHE.--REDDITION DE RÉALVILLE AUX FRANÇAIS ET DE BOURDEILLES AUX ANGLAIS (§§ 611 à 627).
Édouard III, apprenant que le roi de France rassemble une flotte pour envahir l’Angleterre, garnit de gens d’armes les frontières d’Écosse, les côtes de son royaume dans la région de Southampton, les îles de Jersey, de Guernesey et de Wight.--Dans le midi de la France, le duc d’Anjou réunit un corps d’armée à Toulouse et s’apprête à entrer en Guyenne, tandis que le duc de Berry[145], à la tête des barons de l’Auvergne, du Berry, du Lyonnais, du Beaujolais et du Mâconnais, ouvre les hostilités en Touraine et sur les marches de Poitou[146].--Exploits de Louis de Saint-Julien[147], de Guillaume des Bordes[148] et du Breton Kerlouet[149], qui commandent les forteresses françaises sur les marches de Touraine. P. 113, 114, 335, 336.
[145] Par acte daté de Paris le 5 février 1369 (n. st.), Charles V institua Jean, duc de Berry et d’Auvergne, son lieutenant général pour le fait de la guerre ès parties de Berry, d’Auvergne, de Bourbonnais, de Forez, de Sologne, de Touraine, d’Anjou, du Maine, de Normandie, d’entre les rivières de Seine et de Loire, de Mâconnais et de Lyonnais, excepté les fiefs du duc de Bourgogne ès pays de Lyonnais, et lui donna pouvoir d’assembler des gens d’armes pour résister aux Compagnies qui étaient sur le royaume et à tous autres. _Arch. Nat._, sect. adm., P 2294, fº 730.
[146] Dès la fin de 1368, la région de la Touraine, contiguë au Poitou, avait beaucoup à souffrir du voisinage des garnisons anglaises. L’imprenable forteresse de Loches, mise en bon état de défense par Enguerrand de Hesdin quelques années auparavant, était le grand refuge des malheureux habitants de cette région, comme on le voit par un acte daté de Paris en décembre 1368, où Charles V autorise la création d’un marché à Loches le lundi de chaque semaine, considérant que «nonnulli patriote et alii in multitudine copiosa affluerint in eadem tempore periculoso, et ipsorum quidam in ipsa sepius morentur ad evitanda pericula que sepe eveniunt in illa patria prope metas cujuscumque frequentant plures nostri malivoli.» _Arch. Nat._, JJ 99, nº 280.
[147] Ce brave chevalier était originaire de la Marche. Le 20 février 1369 (n. st.), Charles V le chargeait, ainsi que Troullart de Maignac, de «certaines grans et secrètes besongnes» pour l’accomplissement desquelles il faisait donner à ces deux chevaliers une somme de 2000 francs d’or. «Sachent tuit que nous Loys de Saint Julian et Troullart de Maignac, chevaliers, confessons avoir eu et receu de François d’Aunoy, receveur sur le fait des aides ordenez pour la provision et defense du royaume ès cité et diocèse de Paris, la somme de deux mille frans d’or lesquelz le roy nostre sire nous a fait bailler comptant par le dit receveur pour certaines grans et secrètes besongnes touchans le bien et prouffit du roy nostre dit seigneur et du dit royaume. Desquelz deux mille frans nous nous tenons à bien payez et en quittons le dit seigneur, ycelui receveur et touz autres à qui quittance en appartient. En tesmoing de ce, nous avons scellé ceste quittance de nostre seel commun ouquel sont les noms et l’emprainte des armes esquartelées de nous deux ensemble, qui fu faicte l’an mil CCCLX huit, le XXe jour de fevrier.» _Bibl. Nat._, Titres scellés de Clairambault, vol. 62, fº 4799, au mot _Julien_.
[148] Si Guillaume Guenaut, seigneur des Bordes (château situé à Pressigny-le-Petit, Indre-et-Loire, arr. Loches, c. du Grand-Pressigny), chevalier et chambellan du roi de France, guerroya sur la frontière du Poitou, ce ne put être que pendant la seconde moitié de 1369, car diverses montres de la première moitié de cette année établissent la présence de ce chevalier à Alençon le 28 janvier, à Saint-Lo le 15 mars et à Saint-Omer le 12 juin (_Bibl. Nat._, Titres scellés de Clairambault, au mot _Bordes_). Toutefois, la situation du domaine des Bordes, si rapproché de la Roche-Posay, rend cette participation de Guillaume Guenaut à la guerre du _border_ poitevin très-vraisemblable. Les Guenaut étaient en outre seigneurs du Blanc (auj. chef-lieu d’arr. du dép. de l’Indre) dont le château, situé sur les confins du Berry et du Poitou, était alors occupé par les Anglais. Le château du Blanc ne fut repris par les Français sous la conduite de Jean de Villemur que dans les premiers jours de février 1370 (_Arch. Nat._, JJ 100, nº 290).
[149] Jean de Kerlouet, écuyer, originaire de Plévin au diocèse de Quimper (auj. Côtes-du-Nord, arr. Guingamp, c. Mael-Carhaix; d’après la carte de l’état-major, il y a encore un hameau de Kerlouet en Plévin), était âgé de trente-cinq ans lorsqu’il déposa à Angers le 5 novembre 1371 dans l’enquête pour la canonisation de Charles de Blois. Ancien serviteur et partisan dévoué du mari de Jeanne de Penthièvre, Kerlouet avait accompagné Bertrand du Guesclin dans sa première expédition en Espagne, et c’est au retour de cette expédition, en 1368, qu’il commença à guerroyer contre les Anglais sur la frontière du Poitou: «Item, quando iste (Jean de Kerlouet) et multi alii regressi sunt de Yspania in societate Bertrandi de Guesclin, iste et alii socii, numero duodecim bellatorum vel circiter, iverunt in equitatu versus Salmurum ubi inimici sui erant, ut dicebatur. Et dum fuerunt prope Salmurum, invenerunt inimicos suos quasi numero duodecim bellatorum. Et cum iste et socii aliquem capitaneum non haberent et inimicos assalire vellent, petiverunt unus ab altero qualem clamorem levarent, et proclamaverunt sanctum Carolum et victoriam obtinuerunt.» Dom Morice, _Preuves de l’hist. de Bretagne_, II, 19 et 20.--Dans les quittances auxquelles Jean de Kerlouet a apposé son sceau (l’écu, soutenu par un homme armé, porte un cor de chasse accoté de trois merlettes), le nom de cet écuyer breton est écrit tantôt _Karalouet_ (quittance des 20 avril et 12 septembre 1371), tantôt _Karelouet_ (quittance du 23 avril 1371), tantôt enfin _Kaierlouet_ (quittance du 4 octobre 1371). _Bibl. Nat._, Titres originaux, au mot _Karalouet_ et Titres scellés de Clairambault, tome LXII, fº 4819.--Le plus beau titre de Jean de Kerlouet, ce sont les lignes suivantes du testament de Charles V daté du château de Melun en octobre 1374: «Item, voulons que pareillement soient achetées trente livres de rente pour fonder une chapelle pour _Caralouet_, où plus profitablement pourra estre fait au regart de ses amis.» _Arch. Nat._, J 153, nº 17; K 50, nº 10, fº 3.--Il importait d’autant plus de bien établir ici l’individualité de Jean de Kerlouet qu’on a confondu récemment (_Œuvres de Froissart_, XX, 546, au mot _Charuel_) cet écuyer breton avec l’un de ses compatriotes, Even Charuel, chevalier, et l’un des héros du combat des Trente. On est allé jusqu’à dire, pour justifier cette identification, qu’_Even_ était l’équivalent de Jean. Nous ne prendrions pas la peine de relever de telles méprises, si elles n’émanaient d’un savant dont le nom, entouré d’un prestige légitime, pourrait les faire accepter de confiance.
Un écuyer, dit le Poursuivant d’amours[150], capitaine du château de Beaufort[151], en Champagne, pour le duc de Lancastre, embrasse le parti français, tandis qu’au contraire le Chanoine de Robersart[152], qui avait été jusqu’alors à la solde du roi de France, entre au service du roi d’Angleterre.--Le duc d’Anjou réussit à enrôler quelques chefs de Compagnies[153], notamment Bertucat d’Albret, le Petit Meschin, le bour de Breteuil, Amanieu d’Ortige, Perrot de Savoie, Jacques de Bray et Ernaudon de Pau.--Prise de Vire[154], en basse Normandie, et de Château-Gontier[155], dans le Maine, par les Compagnies anglaises.--Les comtes de Cambridge et de Pembroke, chargés par Édouard III d’amener des renforts au prince de Galles, débarquent en Bretagne, et profitent de leur séjour dans ce pays pour embaucher les Compagnies de Vire et de Château-Gontier qu’ils décident à repasser la Loire au pont de Nantes.--Hugh de Calverly[156], qui a quitté la marche d’Aragon pour rejoindre le prince[157] à Angoulême, à la première nouvelle de la reprise des hostilités, est mis à la tête de deux mille soudoyers de ces Compagnies d’outre-Loire, réunies à celles qu’il a ramenées d’Espagne; il fait des incursions sur les terres du comte d’Armagnac et du seigneur d’Albret. P. 114 à 118, 336, 337.
[150] Owen de Galles, écuyer, qui prétendait descendre des anciens souverains du pays de Galles, réussit à rallier au parti français son compatriote Jean Win (Laroque et M. Paulin Paris ont lu: _Jacques_), dit le Poursuivant d’amours, dans le courant de 1369 (_Gr. Chron._, VI, 320; _Arch. Nat._, LL 197, nº 4). Le 24 octobre 1365, «Johan Win, escuier», alors au service d’Édouard III, avait été chargé par ce prince, ainsi que Nichol de Tamworth, chevalier, de faire évacuer les forteresses des comtés de Bourgogne, de Nevers et de Rethel occupées par les Compagnies anglaises (Rymer, III, 777). Dans un mandement du 13 février 1379 (n. st.) où cet écuyer gallois, devenu l’écuyer d’écurie du roi de France, est retenu pour 95 hommes d’armes, on donne aussi à Win, «dit Poursigant», le prénom de Jean (Delisle, _Mandements de Charles V_, p. 739, 896). Le Poursuivant d’amours était encore au service de Charles VI le 19 février 1383 (_Arch. Nat._, JJ 122, nº 128).
[151] Aujourd’hui Montmorency, Aube, arr. Arcis-sur-Aube, c. Chavanges.
[152] Thierri, dit le Chanoine de Robersart (Nord, arr. Avesnes, c. Landrecies), seigneur d’Ecaillon (Nord, arr. et c. Douai), reçut d’Édouard III, dès le 24 août 1366, une pension de quatre cents livres. Par acte daté du château de Rouen en juillet 1369, Charles V donna à Jean de Dormans, cardinal évêque de Beauvais, son chancelier, quatre marcs d’or achetés par le Chanoine de Robersart, deux sur la ville de Crépy en Laonnois, et les deux autres sur la ville de Vervins en Thiérache, confisqués «pour ce que le dit Chanoine s’est faiz et renduz nostre ennemy et a tenu et tient le parti de Edwart son ainsné filz à l’encontre de nous et de nostre royaume.» _Arch. Nat._, JJ 100, nº 232.
[153] Au mois de janvier 1369, le duc d’Anjou enrôla Noli Pavalhan, capitaine de 88 hommes d’armes. (Titres scellés de Gaignières cités par dom Vaissete, _Hist. de Languedoc_, IV, 339).
[154] Les gens des Compagnies anglaises, commandés par Jean Cressewell, Hochequin Russel, Folcquin l’Alemant et Toumelin Bell, s’emparèrent par surprise de la ville de Vire, le 2 août 1368; le château de Vire, défendu par Raoul d’Auquetonville, résista aux attaques des Anglais qui évacuèrent la ville elle-même dans les premiers jours de septembre, moyennant le payement d’une rançon de 2200 francs d’or (_Grandes Chroniques_, VI, 253, 254; _Bibl. de l’École des Chartes_, III, 274 à 277; _Arch. Nat._, JJ 99, nº 593).
[155] Vers le 17 août 1368, quatre ou cinq cents compagnons anglais, sous les ordres de Jean Cressewell et de Folcquin l’Alemant, s’étant détachés de la bande qui avait surpris Vire, pénétrèrent dans le Maine et réussirent à se rendre maîtres de Château-Gontier (_Grandes Chroniques_, VI, 254). L’évacuation ou, comme on disait alors, le videment de cette place forte ne fut obtenu, comme celui de Vire, qu’à beaux deniers comptants. Un subside spécial fut levé sur les deux diocèses du Mans et d’Angers pour parfaire la somme destinée au rachat de Château-Gontier. Guillaume Bequet, receveur général au diocèse du Mans, fut même obligé, le versement s’étant trouvé insuffisant, de laisser ses chevaux en compte aux routiers (_Arch. Nat._, JJ 100, nº 84). C’est alors sans doute que le Lion-d’Angers (Maine-et-Loire, arr. Segré) fut occupé par deux chefs de bande, «Hochequin Roussel et Jehan Chache, capitaines de deux routes demourans ou dit fort de Leon en Anjou» JJ 100, nº 155.--Nous voyons par un autre mandement, daté de la Suze-sur-Sarthe le 8 septembre, qu’Amauri, sire de Craon, donna la chasse à d’autres bandes qui, après leur départ de Château-Gontier, avaient pénétré en Bretagne, et les poursuivit jusqu’à Saint-Sauveur-le-Vicomte. Dom Morice, _Preuves de l’hist. de Bretagne_, I, 1632 à 1634.
[156] Hugh de Calverly, qui avait été fait comte de Carrion par don Pèdre, avait dû rester en Espagne même après le départ du prince de Galles et le retour de l’armée anglaise en Guyenne.
[157] Avant d’entrer en campagne, le prince d’Aquitaine crut devoir adresser un manifeste aux prélats, aux barons et aux communes de sa principauté. Ce manifeste, daté d’Angoulême le 27 janvier 1369, est surtout dirigé contre le comte d’Armagnac auquel le prince reproche de manquer à ses serments, de le payer d’ingratitude lui qui l’a aidé à acquitter sa rançon au comte de Foix, et enfin de le mettre en guerre avec la maison de France. Dans sa réponse à ce manifeste, datée de Rodez et adressée aux consuls de Millau, le 22 février, le comte d’Armagnac dit que le prince lui reste redevable de 200 000 francs d’or sur les frais de l’expédition d’Espagne, qu’il a toujours refusé de le mettre en possession de Monségur, qu’il a été remboursé de l’argent prêté pour payer le comte de Foix, que le prince et le roi d’Angleterre son père n’ont jamais voulu faire droit aux réclamations relatives à la levée du fouage, et «que nul serment de feauté, nul homage, nul serment de conseil ne nous lie en riens que, quant le seigneur nous griesve, nous ne puissions ne deions recourre au remède de droit, c’est appeller à nostre seigneur souverain, et ainsi l’avons nous fait au roy de France.» Ces deux documents, qui offrent un si vif intérêt, ont été publiés pour la première fois par M. l’abbé Joseph Rouquette. _Le Rouergue sous les Anglais_, p. 139 à 142, 144 à 149.
A peine arrivés à Angoulême, les comtes de Cambridge et de Pembroke[158] reçoivent du prince de Galles l’ordre de faire une chevauchée dans le comté de Périgord[159], à la tête de trois mille combattants. Ils mettent le siége devant la forteresse de Bourdeilles[160] que défendent les deux frères Ernaudon et Bernardet de Badefol[161], écuyers de Gascogne. P. 118, 119, 337, 338.
[158] Il importe beaucoup, pour donner une base solide à la chronologie si flottante et si confuse de Froissart dans le récit des guerres de Gascogne, de déterminer au moins d’une manière approximative la date de l’arrivée en Guyenne des comtes de Pembroke et de Cambridge. Or, nous voyons que, _le 16 janvier 1369_, Édouard III accorda des lettres de sauf-conduit à son gendre Jean de Hastings, comte de Pembroke, «qui in obsequium regis, ibidem in comitiva Eduardi principis Aquitanie et Vallie moraturus, _profecturus est versus partes Aquitanie_.» Rymer, III, 857.
[159] L’expédition des comtes de Cambridge et de Pembroke en Périgord ne peut être antérieure à la seconde quinzaine d’avril 1369, car c’est alors seulement qu’Archambaud V, comte de Périgord, se décida après de longues hésitations à donner son adhésion à l’appel porté devant le roi de France par Jean, comte d’Armagnac, et le sire d’Albret. Le comte avait été devancé par son frère Taleyrand de Périgord qui avait adhéré à l’appel dès le 28 novembre de l’année précédente et en faveur duquel Louis, duc d’Anjou, par acte daté de Toulouse en mars 1369, venait de constituer une rente de 3000 livres à prendre «_in et super conquesta_ in senescallia Petragoricensi et in senescallia Caturcensi.» (_Arch. Nat._, JJ 100, nº 778.) Le 15 du mois suivant, le prince d’Aquitaine, pour retenir Archambaud dans le parti anglais, confirma solennellement les priviléges de son comté (_Bibl. Nat._, fonds Doat, reg. 244; Périgord, tome III, fº 19); mais il était trop tard: le comte de Périgord, qui se trouvait alors à Caussade en Quercy (Tarn-et-Garonne, arr. Montauban), avait adhéré formellement à l’appel deux jours auparavant (_Ibid._, reg. 242; Périgord, tome I, fº 661). Dans le courant de mai, Archambaud prit ouvertement parti contre les Anglais et se rendit à Toulouse auprès du duc d’Anjou (_Arch. municipales de Périgueux_, livre noir, fº 46, cité par Dessalles, _Périgueux et les deux derniers comtes de Périgord_, Paris, 1847, p. 89). Tandis que Charles V, par acte daté de Saint-Germain-en-Laye en mai 1369, confirmait, pour récompenser le comte de Périgord, toutes les donations antérieures faites en sa faveur (_Arch. Nat._, JJ 100, nº 431), le prince d’Aquitaine, impatient de se venger de cette défection, donnait l’ordre aux comtes de Cambridge et de Pembroke de marcher sur le Périgord, et, le 26 juin, après avoir confisqué ce comté, en faisait don à Regnault de Pons, vicomte de Turenne et de Carlat, seigneur de Ribérac, de Montfort, d’Aillac, de Carlux, oncle par alliance d’Archambaud V.
[160] Dordogne, arr. Périgueux, c. Brantôme. Pendant le siége de Bourdeilles, les Anglais s’emparèrent de Roussille (château situé en Douville, Dordogne, arr. Bergerac, c. Villamblard) et firent des tentatives infructueuses contre Auberoche (château situé au Change, arr. Périgueux, c. Savignac-les-Églises) et Montignac (Dordogne, arr. Sarlat). Dessalles, _Ibid._, p. 90.
[161] Ernaudon et Bernardet de Badefol étaient les deux fils naturels de Seguin de Gontaut, sire de Badefols (auj. Badefols-de-Cadouin Dordogne, arr. Bergerac, c. Cadouin), père du fameux Seguin de Badefol, empoisonné par le roi de Navarre à la fin de 1365. Seguin de Gontaut, qui avait aussi donné le jour à trois filles naturelles, vivait encore au commencement de 1369; il mourut peu après, le 23 août 1371, et fut enterré dans l’abbaye de Cadouin. Tandis que les deux bâtards de ce seigneur s’étaient enrôlés dans le parti français et commandaient la garnison de Bourdeilles, Gastonnet ou Tonnet, le dernier né des fils légitimes de Seguin, était, comme nous le verrons plus loin, capitaine de Bergerac pour les Anglais.
En Poitou et sur les marches d’Anjou et de Touraine, la supériorité du nombre est du côté des Français, et deux ou trois cents Anglais ont à garder la frontière contre mille combattants. Profitant de cette supériorité, sept cents Français, sous les ordres de Jean de Beuil[162], de Guillaume des Bordes, de Louis de Saint-Julien et de Jean de Kerlouet, mettent un jour en déroute, sur une chaussée rompue, entre Lusignan[163] et Mirebeau, une troupe d’Anglais commandés par Simon Burleigh[164] et d’Agorisses[165]. Ce dernier réussit à s’échapper et se jette dans le château de Lusignan, mais Simon Burleigh reste au pouvoir des vainqueurs. P. 120, 121, 338, 339.
[162] Le 5 avril 1369, Charles V manda à Jean le Mercier, trésorier des guerres, de fournir cinquante payes à son «amé et feal Jehan de Bueil, chevalier, _pour la garde de la ville d’Angers et du pays d’environ_.» Delisle, _Mandements de Charles V_, p. 258.--Dans deux actes datés des 16 et 18 juillet suivants, Jean de Beuil est mentionné comme faisant alors la guerre sur les confins de la Touraine et du Poitou (_Arch. Nat._, JJ 100, nº 526).
[163] Ce combat, qui fut livré près de Lusignan vers le milieu de 1369, paraît avoir eu une certaine importance. Froissart est le seul chroniqueur qui le mentionne, mais nous avons découvert un acte relatif à un chevalier français qui y perdit la vie, où l’on donne à cet engagement le nom de «bataille». Par cet acte daté du bois de Vincennes _en septembre 1369_, Charles V donna les biens confisqués de Simon du Feloux, de Robin du Portau et de Jean de Maisoncelles, sis en Loudunois, à Philippe de Montjehan, veuve de Robert Fretart, fils de feu Robert Fretart, en son vivant chambellan de Philippe de Valois, afin de la dédommager de ce qu’elle avait payé «pour la reançon de feu Robert Fretart son filz lequel, pour nous servir en nos guerres, fu plusieurs fois prisonnier à Montbason et ailleurs et _darriennement perdi un cheval, du pris de cent livres_, EN LA BATAILLE QUI FU EMPRÈ LIZIGNAM, en laquelle _aussi fu mort le dit Robert_.» _Arch. Nat._, JJ 100, nº 393. Cf. JJ 100, nºs 112 et 280.
[164] Simon Burleigh avait été élevé avec le prince de Galles qui le chargea, ainsi que Guichard d’Angle, de diriger l’éducation de son second fils, depuis Richard II. Froissart fut mis de bonne heure en relation avec ce chevalier auquel il dut sans doute quelques-uns de ses récits. «De ma jeunesse, dit le chroniqueur racontant la mort violente de Simon Burleigh en 1387, je l’avoie trouvé courtois chevallier et à mon semblant pourveu de bon sens et entendement.» Froissart de Buchon, éd. du Panthéon, II, 613.--Simon Burleigh avait épousé Marguerite de Beaussé, veuve du seigneur de Machecoul (Loire-Inférieure, arr. Nantes), laquelle lui avait fait donation de tous ses biens au détriment de son héritière naturelle Catherine de Machecoul, mariée à Pierre de Craon. Par acte daté de Paris, au mois de juillet 1369, Charles V déclara cette donation nulle et non avenue, et il importe de signaler cet acte parce qu’il mentionne l’occupation à cette date de Saumur par les Français, contrairement à l’assertion de tous les historiens anciens et modernes de l’Anjou (_Arch. Nat._, JJ 100, nº 540).
[165] Ce chevalier dont le véritable nom est resté un mystère pour tous les éditeurs et commentateurs de Froissart, s’appelait Adam Chel, dit d’Agorisses; il était originaire du pays de Galles et marié à la dame de Mortemart (Haute-Vienne, arr. Bellac, c. Mézières). Le 2 mars 1370, Charles V déclara confisqué le château de Gençay (Vienne, arr. Civray) qui appartenait à Adam Chel, et le donna à Jean de Villemur; puis, deux jours après, le 4 du même mois, il révoqua la précédente donation et transporta le dit château à Louis, sire de Malval. Au reste, ces donations ne tiraient guère à conséquence, puisque Gençay n’avait pas cessé d’être au pouvoir d’Adam Chel. _Arch. Nat._, JJ 100, fº 242 (charte barrée) et nºs 804 et 472.
Sur les frontières du Toulousain, Jean Chandos[166], le captal de Buch[167], le sire de Parthenay[168], Louis de Harcourt et Guichard d’Angle, qui tiennent garnison à Montauban et disposent d’un millier de combattants, s’emparent, après quinze jours de siége, de Roqueserrière[169], et peu s’en faut qu’ils ne surprennent Lavaur.--Les Français, de leur côté, ayant à leur tête les comtes de Périgord[170], de Comminges, de l’Isle, les vicomtes de Caraman, de Bruniquel[171], de Talar, de Montredon et de Lautrec, ainsi que Bertucat d’Albret et les autres chefs des Compagnies, détachés du parti anglais par les soins du duc d’Anjou, les Français, dis-je, entrent en campagne avec un effectif d’environ dix mille hommes et mettent le siége devant Réalville[172], en Quercy, dont ils font battre les remparts par quatre grands engins qu’on leur expédie de Toulouse. P. 121 à 124, 339 à 341.
[166] Dès la fin de janvier 1369, Jean Chandos devait être arrivé à Montauban, puisque Thomas de Wetenhale, voulant relever le courage et soutenir la fidélité des habitants de Millau, après la défaite des Anglais au mont d’Alazac arrivée le 17 de ce mois, leur disait que Chandos et Bertucat d’Albret, à la tête de troupes considérables, étaient en route pour venir protéger le Rouergue et en chasser les ennemis (_Le Rouergue sous les Anglais_, p. 137). La mention de Bertucat d’Albret, désigné par Thomas de Wetenhale comme le compagnon d’armes de Chandos, prouve en outre, contrairement à l’assertion de Froissart, que ce chef de Compagnies était encore, à cette date, dans le parti anglais.
[167] Le 27 mars 1369, c’est-à-dire au moment même où Anglais et Français se disputaient le Quercy à main armée, le prince d’Aquitaine donna le comté de Bigorre à Jean de Grailly, captal de Buch, dont il récompensait ainsi l’inaltérable fidélité à sa cause (Carte, _Rôles gascons_, p. 157). Cette donation fut confirmée par Édouard III, le 8 juin suivant.
[168] Guillaume Larchevêque, seigneur de Parthenay. Par acte daté du bois de Vincennes en juin 1369, Charles V donna à son amé écuyer d’écurie Guillaume Goffier les château et châtellenie de Rugny en Touraine (aujourd’hui Rigny, Indre-et-Loire, arr. Chinon, c. Azay-le-Rideau), confisqués sur Guillaume Larchevêque, sire de Parthenay, qui les possédait du chef de sa femme, «pour ce que le dit Guillaume s’est renduz nostre ennemi et a tenu et tient le parti du dit prince de Gales, duc de Guienne, et s’est armez et arme contre nous et noz subgiez, en faisant et portant de jour en jour tous les dommages qu’il peut à nostre dit royaulme, et lequel chastel a esté pris par force de noz gens.» _Arch. Nat._, JJ 100, nº 197.--Le 9 du mois suivant, le roi de France, apprenant que la terre de la Fougereuse en la vicomté de Thouars (aujourd’hui section de Saint-Maurice-la-Fougereuse, Deux-Sèvres, arr. Bressuire, c. Argenton-Château), appartenant à Briand de la Haye, chevalier du parti français, avait été donnée par le prince de Galles au sire de Parthenay, assigna au dit Briand 500 livres de rente sur les biens confisqués de Guillaume Larchevêque. JJ 100, nº 201.
[169] Le «Cerrières» du texte (_Terrières_ n’est sans doute qu’une mauvaise leçon provenant de la similitude du t et du c dans l’écriture des quatorzième et quinzième siècles), situé en Toulousain, suivant la remarque du chroniqueur, doit être identifié selon toute vraisemblance avec Roqueserrière (Haute-Garonne, arr. Toulouse, c. Montastruc). Ce que Froissart dit ensuite d’une tentative infructueuse contre Lavaur, confirme cette identification. Les gens d’armes du prince d’Aquitaine attaquèrent sans doute avec un acharnement particulier les châteaux et manoirs de ce Pierre Raymond de Rabastens, seigneur de Campagnac (Tarn, arr. Gaillac, c. Castelnau-de-Montmiral) et de Mezens (c. Rabastens), successivement sénéchal d’Agen, de Beaucaire et en dernier lieu de Toulouse (_Arch. Nat._, JJ 102, nº 224), l’agent dont le duc d’Anjou s’était surtout servi dans ses négociations avec les appelants du Quercy et du Rouergue (_Ordonn._, VI, 500 et 501). Quoi qu’il en soit, les Anglais ravagèrent alors à tel point l’Albigeois que la population déserta en masse les campagnes pour chercher un refuge dans les villes fermées. Les vignobles restèrent incultes faute de bras pour les cultiver, et, sur la plainte des habitants de Castres, Charles V dut défendre aux campagnards de transporter leurs vins et vendanges à l’intérieur de cette ville et dans sa banlieue, «cum major pars territorii et pertinentiarum dicte civitatis habundet in vineis plusquam in aliis terris fructiferis, que vinee, tam propter pestiferas mortalitates quam eciam guerrarum discrimina, pro majori parte inculte et derelicte remanserunt, presertim ille que distant et sunt longe a dicta civitate, et ob hoc depopulatur civitas antedicta.» _Arch. Nat._, JJ 100, nº 573.
[170] On a vu plus haut qu’Archambaud V, comte de Périgord, était à Caussade en Quercy le 15 avril et à Toulouse en mai 1369. Le 24 et le 28 novembre 1368, Charles V avait assigné 40 000 francs au comte de Périgord et 12 000 à Taleyrand, frère du comte, payables tous les ans dans le cas où le comte adhérerait à l’appel, depuis le moment où le prince de Galles lui aurait déclaré la guerre jusqu’à la fin de la lutte (Delisle, _Mandements de Charles V_, p. 240 à 242).
[171] Par acte daté de Toulouse le 20 décembre 1369, Louis, duc d’Anjou, donna à Roger de Comminges, vicomte de Bruniquel (Tarn-et-Garonne, arr. Montauban, c. Monclar), 200 livres de rente assises sur divers lieux du diocèse de Cahors (_Arch. Nat._, JJ 102, nº 140).
[172] Tarn-et-Garonne, arr. Montauban, c. Caussade. Au premier abord, en lisant dans le texte le récit de ce long siége de Réalville par les gens du duc d’Anjou, on serait tenté d’accuser Froissart d’une de ces erreurs de date dont il est coutumier. On sait en effet que, dès le 18 mars 1369, les habitants avaient adhéré à l’appel au roi de France, après avoir massacré la garnison anglaise (_Arch. Nat._, J 716, nº 18; art. de M. Léon Lacabane dans _Bibl. de l’École des Chartes_, XII, 107). D’ailleurs, à la date même de cette adhésion, Louis, duc d’Anjou, donna à messire Regnault de Donerel, doyen de Cayrac (Tarn-et-Garonne, arr. Montauban, c. Caussade), la justice haute, moyenne et basse de Cayrac, 60 sous sur un moulin de la rivière de Vayron et _le tiers du port de Réalville_ en la sénéchaussée de Quercy (_Arch. Nat._, JJ 100, nº 243). Toutefois, il y a lieu de supposer que Réalville fut repris par les Anglais peu après l’expulsion de ceux-ci, et que par conséquent les Français, pour rentrer en possession de cette place, durent la soumettre à un siége en règle. Cette supposition se fonde sur un acte daté de Jumiéges en août 1369, où l’on voit que Réalville, redevenu une seconde fois français à cette date, et donné au sire de Puycornet, avait été à peu près détruit à l’occasion de la guerre. Par cet acte, Charles V, à la prière de ce même Regnault de Donerel, doyen de Cayrac, dont il vient d’être question, met hors de tout autre ressort que celui de Cahors la temporalité du doyenné de Cayrac ressortant auparavant à la bailie de Réalville, «licet, _occasione guerre per dictos Edwardum_ (Édouard III) _et Edwardum_ (Édouard, prince d’Aquitaine) _commote et habite, locus de Regalivilla fuerit et sit destructus et devastatus_ sicque in eodem non est neque speratur quod sit aliquis bajulus seu baillivus qui ibidem remanere esset ausus...; et una cum hoc prefatus locus de Regalivilla domino de Puichcornet fuerit et sit concessus.» _Arch. Nat._, JJ 100, nº 242.
Pendant ce temps, Jean, duc de Berry, Jean d’Armagnac[173] son beau-frère, Jean de Villemur, Roger de Beaufort[174], les seigneurs de Beaujeu, de Villars et de Chalançon, font la guerre aux Anglais sur les frontières du Limousin, de l’Auvergne et du Quercy. L’archevêque de Toulouse[175], envoyé en mission par Louis, duc d’Anjou, réussit avec le concours de Jean d’Armagnac et des hommes d’armes du duc de Berry, à rallier à la cause française Cahors[176], Figeac, Gramat, Rocamadour, Capdenac[177] et plus de soixante[178] cités, villes, châteaux et forteresses.--Le rôle que joue en Languedoc l’archevêque de Toulouse, Guillaume de Dormans[179] le remplit dans le Pontieu où il va de cité en cité et de bonne ville en bonne ville faire de la propagande en faveur du roi de France.--Charles V institue à Paris des processions où il assiste lui-même pieds nus, ainsi que la reine, et il ordonne des mortifications et des prières publiques par tout son royaume[180]. Les choses se passent de la même manière en Angleterre où l’évêque de Londres fait des sermons contre la France et les Français[181].--Sollicité par son gendre Édouard de Gueldre et par le seigneur de Gommegnies de prendre parti pour Édouard III, le duc Aubert de Bavière, qui tient alors en bail le comté de Hainaut, est détourné d’une telle résolution par Jean de Werchin[182], sénéchal de Hainaut, le comte de Blois[183], Jean de Blois[184], frère du comte, les seigneurs de Barbençon[185] et de Ligne[186], très-attachés à la cause française. Il garde donc la neutralité, et cet exemple est suivi par Jeanne, duchesse de Brabant[187]. En revanche, les ducs de Gueldre et de Juliers défient le roi de France. P. 124 à 129, 341 à 345.
[173] C’est Jean d’Armagnac, fils du comte d’Armagnac, qui fut le principal chef des opérations militaires dans le Rouergue et l’Albigeois au commencement de 1369. Parti du Charollais, il traversa l’Auvergne, puis le Gévaudan par où il pénétra en Rouergue et inaugura la campagne, dans les premiers jours de janvier, par la prise de la Roque-Valsergue. Pendant ce temps, le comte d’Armagnac, secondé par Pierre Raymond de Rabastens, sénéchal de Toulouse, que le duc d’Anjou lui avait adjoint (_Ordonn._, VI, 500 et 501), se chargeait surtout des négociations avec les principales villes (_Ordonn._, V, 702 à 707; _Arch. Nat._, JJ 100, nº 881).
[174] Par acte daté de Toulouse en février 1369, Louis, duc d’Anjou, donna à Roger de Beaufort, chevalier et seigneur de Beaufort, les lieux de Montfaucon (Lot, arr. Gourdon, c. Bastide) et «de Avaro», en la sénéchaussée de Quercy (_Arch. Nat._, JJ 100, nº 303).
[175] Cet archevêque s’appelait Geoffroi de Vayroles. Le 5 juin 1369, il fut gratifié par Charles V d’une somme de 800 livres d’or (_Gall. Christ._, XIII, 41); et la même année, Louis, duc d’Anjou, constituait une rente annuelle et perpétuelle de 1000 livres au profit de Gauselm de Vayroles, seigneur de Lalbenque (Lot, arr. Cahors), frère de l’archevêque de Toulouse (_Arch. Nat._, JJ 102, nº 111). Dès le mercredi 31 janvier 1369, le duc d’Anjou avait envoyé ce chevalier, qualifié sénéchal du Quercy, avec cent hommes d’armes, prendre le gouvernement du Périgord et du Quercy et traiter avec les habitants de ces deux provinces. Gauselm était de retour à Toulouse le 3 juillet suivant, jour où il donna quittance de 400 francs d’or pour ses gages _en la présente guerre de Gascogne_ (_Bibl. de l’École des Chartes_, XV, 199). Du reste, l’évêque de Cahors était alors Begon de Castelnau; et ce n’est pas l’évêque, comme Froissart le dit sans doute par confusion (p. 124), c’est le sénéchal de cette ville et du Quercy, qui était le frère de Geoffroi de Vayroles archevêque de Toulouse. Sauf cette erreur, l’assertion de Froissart, relative aux services exceptionnels rendus par l’archevêque de Toulouse et par son frère, est confirmée d’une manière éclatante par un acte authentique, daté de Paris en avril 1371, où Charles V, ratifiant la donation de 1000 livres tournois de rente faite à Gauselm de Vayroles par le duc d’Anjou son frère, ainsi que l’assignation de cette rente sur un certain nombre de seigneuries du Quercy et de l’Albigeois, motive cette faveur dans les termes suivants: «considerantes et ad memoriam reducentes omnia et singula premissa et laudabilia et utilia servicia que Goffredus, archiepiscopus Tolosanus, Gauselmi de Vairoliis germanus, et miles predictus ac eorum antecessores ab antiquis temporibus nobis et predecessoribus nostris regibus Francie, ut predicitur, fideliter impenderunt, et quod _eadem civitas Caturcensis et multa alia fortalicia, ville et loca solempnia ducatus Aquitanie per ipsorum archiepiscopi et militis diligenciam atque penam, et mediantibus tractatibus per ipsos factis, ad nostram subjeccionem et obedienciam_, ut dictum est, _devenerunt_, pro quibus faciendis et eciam prosequendis et pro expensis per eumdem Gauselmum factis eidem tenemur in summa viginti mille francorum auri, de qua summa eidem militi satisfaccionem legitimam facere tenemur, prout per litteras ipsius germani nostri (Louis, duc d’Anjou, lieutenant en Languedoc) nobis directas fuimus certiorati et debite informati.» _Arch. Nat._, JJ 102, nº 91. Cf. JJ 100, nº 878, et JJ 102, nº 281.
[176] Cahors avait déjà secoué le joug anglais le 15 janvier 1369, quoique son acte d’appel ne soit que du 3 février suivant (_Ordonn._, VI, 500 et 501; _Bibl. de l’École des Chartes_, XII, 105, note 1, art. de M. Léon Lacabane). Dans un acte daté de Toulouse _le 7 février 1369_ (_n. st._), contenant une donation faite à Marquès de Cardaillac, seigneur de Cardaillac et de Montbrun, Louis, duc d’Anjou, reconnaît que «revera tota patria Caturcensis erga dominum meum et nos, _inter omnes Aquitanenses partes, ultro se monstravit magis prompta_.» _Arch. Nat._, JJ 100, nº 648.
[177] Lot, arr. et c. Figeac. A la date du 18 mars 1369, Capdenac et Figeac avaient fait leur soumission au roi de France.
[178] Ce chiffre de soixante, donné par Froissart, est fort au-dessous de la vérité. Aussitôt que les lettres de citation de Charles V eurent été signifiées à Bordeaux au prince de Galles à la fin de 1368 ou dans les premiers jours de 1369, le mouvement insurrectionnel contre les Anglais se propagea avec une telle rapidité que, dès le 18 mars suivant, 921 villes, châteaux et lieux forts, tant des comtés d’Armagnac, de Rodez et de la vicomté de Lomagne que du Quercy et de l’Agenais, avaient adhéré à l’appel au roi de France et avaient protesté ainsi, au moins indirectement, contre la domination anglaise. Un rôle, conservé aux Archives Nationales (J 655, nº 18), donne les noms de ces 921 localités.
[179] Guillaume de Dormans, chancelier du duché de Normandie, puis du Dauphiné, succéda le 21 février 1372, comme chancelier de France, à son frère Jean de Dormans, cardinal, évêque de Beauvais, et mourut le 11 juillet 1373.
[180] Charles V était trop sincèrement religieux pour ne pas convier ses sujets à des prières publiques au début d’une entreprise dont nul ne mesurait mieux que lui les difficultés; mais en même temps il empruntait à son adversaire une de ses ordonnances les plus sages, une de celles qui avaient le plus contribué à préparer les victoires de Crécy et de Poitiers. Le 3 avril 1369, défense était faite par tout le royaume de jouer aux dés, aux tables ou dames, à la paume, aux quilles, au palet, à la soule, à la bille, sous peine d’une amende de quarante sous. Le roi enjoignait à ses sujets, par la même ordonnance, «d’eulz exercer et habiliter en fait de trait d’arc ou d’arbalestres, ès biaux lieux et places convenables à ce ès villes et terrouoirs, et facent leurs dons aux mieulx traians et leurs festes et joies pour ce.» Charles V renouvelait cette ordonnance le 23 mai suivant, et allouait le quart de l’amende, soit dix sous, aux sergents qui constateraient le délit et prendraient les délinquants. _Ordonn._, V, 172 et 173.
[181] Le 3 juin 1369, Édouard III reprit le nom et le titre de roi de France (Rymer, III, 868, 869).
[182] En 1340, Jean de Werchin (aujourd’hui Verchain-Maugré, Nord, arr. et c. Valenciennes), fils de Gérard de Werchin et d’Isabeau d’Antoing, fit hommage à Philippe de Valois de la terre de Fontenay (aujourd’hui Fontenoy, château situé à Houdain, Nord, arr. Avesnes, c. Bavay) que son père avait possédée, et le 11 novembre 1350 le don de cette terre lui fut confirmé par le roi Jean (_Arch. Nat._, JJ 80, nº 134). Le 30 juillet 1366, Charles V lui confia la garde des château et ville de Mortagne (Nord, arr. Valenciennes, c. Saint-Amand-les-Eaux), qu’il promit de garder loyalement et de remettre entre les mains du roi quand il en serait requis (J 400, nº 61).
[183] Louis de Châtillon, comte de Blois et de Dunois, seigneur d’Avesnes, fils de Louis de Châtillon et de Jeanne de Hainaut, comtesse de Soissons, dame de Beaumont et de Chimay, mort célibataire en 1372.
[184] Jean de Châtillon, marié à Mathilde de Gueldre en 1372, l’année même où il succéda comme comte de Blois et de Dunois à son frère aîné. Gui de Châtillon, frère cadet de Louis et de Jean, n’est pas nommé, parce qu’en 1369 il guerroyait en Prusse.
[185] Jean III, sire de Barbençon (Belgique, prov. Hainaut, arr. Thuin, c. Beaumont), marié à Yolande de Gavre et mort le 4 septembre 1378.
[186] Guillaume, sire de Ligne (Belgique, prov. Hainaut, arr. Tournay, c. Leuze), marié à Berthe de Schleiden. Le 28 février 1374, Jean de Werchin, Jean, sire de Barbençon et Guillaume, sire de Ligne, apposèrent leurs sceaux à Middelburg en Zélande à la ratification du contrat de mariage conclu à Saint-Quentin, le 3 mars de l’année précédente, entre Marie de France, fille de Charles V, et Guillaume, fils aîné d’Aubert de Bavière, gouverneur des comtés de Hainaut, Hollande et Zélande (_Arch. Nat._, J 412, nº 1). Par son mariage avec Jean, sire de Ligne, fils de Guillaume, Eustachie, l’aînée des filles de Jean III, sire de Barbençon, mort sans héritiers mâles, porta la terre de ce nom dans la maison de Ligne.
[187] Wenceslas, duc de Luxembourg, frère puîné de l’empereur Charles IV, marié à Jeanne, duchesse de Brabant et de Limbourg, était l’oncle maternel de Charles V, fils de Bonne de Luxembourg. Sur les relations d’intimité qu’entretenaient alors le roi de France, le duc et la duchesse de Brabant, voyez Pinchart, _Études sur l’histoire des arts_, Bruxelles, 1855, p. 17, 18, 30.
Le pape Urbain V refuse pendant cinq ans d’accorder les dispenses nécessaires pour le mariage d’Aymon, comte de Cambridge, l’un des fils d’Édouard III, avec Marguerite de Flandre[188]. Louis, comte de Flandre, père de Marguerite, cédant aux sollicitations de la comtesse d’Artois sa mère, prend le parti de donner la main de sa fille à Philippe, duc de Bourgogne, frère cadet du roi de France[189]. Charles V engage Lille et Douai[190] entre les mains de son jeune frère, en considération de ce mariage qui se célèbre à Gand[191]. Un tel événement a pour effet de refroidir Édouard III à l’endroit des Flamands ses anciens alliés, mais les communes de Flandre n’en continuent pas moins d’être plus favorables au roi d’Angleterre qu’au roi de France. P. 129 à 131, 346.
[188] On ne saurait nier que, sur cette question des dispenses pour mariage, Urbain V n’ait fait preuve d’une véritable partialité en faveur du roi de France. Le mercredi 2 octobre 1364, le pape donnait dispense pour le mariage de Marie de France, fille du roi Jean, avec Henri, duc de Bar, parrain et parent au troisième degré de consanguinité de la dite Marie (_Arch. Nat._, J 437, nº 32); et, le jeudi 30 octobre de l’année suivante, par deux bulles adressées aux archevêques de Cambrai et de Canterbury, il révoquait toutes les dispenses de mariage en termes généraux concédées par Clément VI et Innocent VI aux empereurs, rois, princes, ducs et marquis; et il commandait aux dits archevêques de déclarer à Edmond, fils d’Édouard III, qui avait obtenu pareille dispense pour contracter mariage avec Marguerite, fille de Louis, comte de Flandre, parente aux troisième et quatrième degrés, que la dispense qu’il avait obtenue était révoquée, et que le dit Edmond et la dite Marguerite tomberaient sous le coup des censures, s’ils passaient outre (J 558, nºs 6 et 6 _bis_). Enfin, par une bulle datée de Saint-Pierre de Rome le 3 novembre 1367, Urbain V déclarait Edmond et Marguerite libres de contracter ailleurs mariage et les absolvait du serment qu’ils pouvaient s’être fait mutuellement (J 558, nº 7).
[189] Ce mariage, «qui longuement avoit esté traictié», fut passé et accordé le samedi après Pâques (Pâques tomba en 1369 le 1er avril), c’est-à-dire le 7 avril 1369 (_Gr. Chron._, VI, 271).
[190] A ces deux châtellenies, mentionnées par Froissart, il faut ajouter celle d’Orchies (Nord, arr. Douai).
[191] Ce mariage fut en effet célébré à Gand, le 19 juin 1369, en l’abbaye de Saint-Bavon. Charles V et les communes flamandes eurent soin de prendre leurs sûretés. Le 12 septembre 1368, le roi de France se fit remettre une contre-lettre secrète où le duc de Bourgogne son frère s’engageait à restituer les trois châtellenies de Lille, de Douai et d’Orchies, dès que Louis de Male, comte de Flandre, serait mort; et, le 27 mars 1369, Marguerite de Male dut prêter entre les mains de son père le serment solennel de ne jamais consentir, après son entrée en possession de Lille, de Douai et d’Orchies, à l’aliénation de «ces anciennes parties de la Flandre.» _Invent. des Archives de Bruges_, Bruges, 1873, II, 155 à 157.
Par l’entremise d’Eustache d’Auberchicourt, capitaine de Carentan, Charles, roi de Navarre, qui se tient alors à Cherbourg[192], se rend en Angleterre où il conclut un traité d’alliance offensive et défensive avec Édouard III. Les nefs anglaises, qui ont ramené le Navarrais à Cherbourg, sont capturées au retour par des marins normands, et les chevaliers ou écuyers de distinction, embarqués sur ces navires, faits prisonniers. Eustache d’Auberchicourt prend congé du roi de Navarre pour répondre à l’appel du prince de Galles. Arrivé à Angoulême, il se met aux ordres du prince qui l’envoie à Montauban rejoindre Jean Chandos et le captal de Buch. P. 131 à 133, 346, 347.
[192] Le rédacteur des Grandes Chroniques dit que le roi de Navarre «vint par la mer en Constantin» au mois de septembre 1369 (_Gr. Chron._, VI, 318). Ce n’est pas tout à fait exact. Charles le Mauvais arriva à Cherbourg dès le 13 août de cette année, ainsi que l’établit l’article de compte suivant: «A messire Jaques Froissart, clerc de monseigneur (le roi de Navarre), par mandement de monseigneur d’Avranches et de Ferrando d’Ayenz, lieutenanz de monseigneur, donné le VI aoust mil CCCLXX pour despens de ses gens et chevaliers, _depuis le_ XIII _aoust mil_ CCCLXIX _que monseigneur vint et arriva dans sa ville de Cherebourg_ jusqu’au XIII avril mil CCCLXXX, VI sous par jour, IX livres par mois, ce qui fait LXXII livres, franc pour XXXVIII sous pièce, valant L frans, I tiers, III sous.» _Bibl. Nat._, registre des revenus du roi de Navarre en Normandie, ms. fr. nº 10367, fº 136.--Aussitôt après son arrivée à Cherbourg, le roi de Navarre entama des négociations avec Édouard III auprès de qui il dépêcha, «l’an LXIX, à la mi aoust», Jaquet de Rue et Pierre du Tertre. Le 29 août 1369, Édouard III octroya des lettres de sauf-conduit à Baudouin de Beaulo, chevalier, à Sanche Lopez, huissier d’armes, à Pierre du Tertre, secrétaire du roi de Navarre, à Guillaume Dordan, bailli du Cotentin pour Charles le Mauvais, envoyés par le dit roi en Angleterre, «pro quibusdam negotiis et tractatibus nos et præfatum regem Navarræ tangentibus.» Rymer, III, 879.--A la mi-juin de l’année suivante, Pierre du Tertre et Guillaume Dordan étaient encore en Angleterre où ils se firent délivrer des passe-ports pour se rendre en Navarre (Rymer, édit. de 1740, III, 170). Mais c’est seulement dans le courant du mois d’août 1370 que Charles le Mauvais passa la mer en personne et reçut l’hospitalité au manoir de Clarendon où résidait alors le roi d’Angleterre (Rymer, III, 899). C’est alors que les deux rois arrêtèrent les bases d’un traité d’alliance en vertu duquel Édouard promettait à Charles la Champagne, la Bourgogne et le Limousin. Le prince de Galles, qui reprit Limoges le 19 septembre suivant, s’étant opposé à la cession de cette dernière province, le traité de Clarendon resta non avenu: ce qui décida le Navarrais à traiter avec Charles V.
Les chevaliers et écuyers de Picardie, au nombre de mille lances, vont, sous les ordres de Moreau de Fiennes, connétable de France, et de Jean de Werchin, sénéchal de Hainaut, faire une démonstration devant la bastide d’Ardres[193] occupée par les Anglais. P. 133, 134, 347, 348.
[193] Pas-de-Calais, arr. Saint-Omer. Cette bastide d’Ardres était une sorte de poste avancé qui gardait les approches de Calais. Le 1er décembre 1369, une convention ou, pour employer le terme de la chancellerie anglaise, une _endenture_ fut conclue à Calais entre Jean, duc de Lancastre, sénéchal d’Angleterre, lieutenant en ces parties de France, et Jean, sire de Gommegnies. En vertu de cette convention, le seigneur de Gommegnies fut institué capitaine d’Ardres avec une garnison de 100 hommes d’armes, à savoir lui chevalier banneret, 10 chevaliers bacheliers, 89 écuyers et 200 archers (Rymer, III, 882). Ce texte prouve que _l’homme d’armes_, tel que l’entendaient les Anglais en 1369, comprenait 3 personnes, 1 chevalier ou 1 écuyer et 2 archers. On remarquera aussi la part prise à cette démonstration militaire par Jean de Werchin, le chef du parti français en Hainaut, et par suite l’ennemi personnel du seigneur de Gommegnies, qui, non content de servir Édouard III, faisait de la propagande dans son pays en faveur de l’alliance anglaise.
La forteresse de Réalville, en Quercy, abandonnée par Jean Chandos et le captal de Buch qui font frontière à Montauban ainsi que par les comtes de Cambridge et de Pembroke qui assiégent Bourdeilles, se rend aux Français[194]. Après la reddition de Réalville, les chefs des Compagnies à la solde du duc d’Anjou vont tenir garnison à Cahors, tandis que le comte de Périgord et les autres seigneurs regagnent leurs terres pour les défendre contre les incursions des Compagnies anglaises.--Exploits de Thomas de Wetenhale[195], capitaine anglais de Millau[196] et de la Roque-Valsergue[197], en Rouergue, contre les Français. P. 134 à 136, 348, 349.
[194] Cette prise de Réalville par les Français et la participation du comte de Périgord et de son frère Taleyrand à ce fait de guerre sont rappelées dans un acte, daté de Paris le 27 juillet 1371, par lequel Charles V donne à Pierre de Campagnac, chevalier, frère de maître Bertrand de Campagnac, en considération de services rendus en la compagnie de nos féaux cousins le comte de Périgord et Taleyrand de Périgord, 100 livres tournois de rente confisquées sur Evrard de la Roche, chevalier, assises à Réalville et à nous advenues depuis que «dicta Regalis Villa _vi armorum per gentes nostras capta fuit_.» _Arch. Nat._, JJ 102, nº 305.--L’occupation de Réalville avait été précédée de la soumission d’une bourgade voisine, de Caussade, en latin _Calciata_, soumission qui en avril 1369 était un fait accompli (JJ 100, nº 768).
[195] Le 24 juin 1369, Thomas de Wetenhale, «se dicens senescallum Ruthenensem», assiégeait la tour de Valady (Aveyron, arr. Rodez, c. Marcillac), sur le sommet de laquelle les habitants, vassaux du vicomte de Murat, avaient arboré une bannière aux armes de France (_Arch. Nat._, JJ 100, nº 830).
[196] Froissart prétend que Thomas de Wetenhale tint Millau plus d’un an et demi et ne rendit cette place qu’à du Guesclin. Lorsqu’à la fin de mai 1370, Millau ouvrit ses portes au duc d’Anjou et au roi de France à la suite de négociations qui duraient depuis le 5 décembre de l’année précédente (_Arch. Nat._, JJ 100, nºs 761, 727 et 797), il y avait plus de huit mois que le sénéchal anglais du Rouergue était mort; il avait succombé aux blessures reçues au combat de Montlaur vers le milieu du mois de septembre 1369. Le chroniqueur de Valenciennes paraît avoir confondu Thomas de Wetenhale, sénéchal du Rouergue, avec Thomas de Walkefare, sénéchal anglais du Quercy, dont un fief, appelé en latin «Naotavernas» et situé près de Cahors, fut confisqué en janvier 1370 (n. st.) au profit de Gauselm de Vayroles, sénéchal français de la même province (_Arch. Nat._, JJ 108, nº 183). Nous ne savons si Thomas de Walkefare contribua à retenir Millau sous la domination anglaise pendant les premiers mois de 1370; le sénéchal anglais du Quercy fut pendu sur un échafaud à Toulouse, au mois de septembre de cette année, par ordre du duc d’Anjou (dom Vaissete, _Hist. de Languedoc_, IV, 346).
[197] Le lieu fort, appelé par Froissart «Vauclère» et situé en Rouergue, doit certainement être identifié avec la Roque-Valsergue (Aveyron, arr. Millau, c. Campagnac), château qui était au moyen âge le chef-lieu d’une des quatre grandes châtellenies du Rouergue. En 1368, Guillaume Pevret, châtelain anglais de la Roque-Valsergue, avait été tué par un écuyer du pays, nommé Bernard Broissin (_Arch. Nat._, JJ 100, nº 827). Ce fut la première place de cette sénéchaussée dont les Français s’emparèrent dans les premiers jours du mois de janvier 1369, au début de la campagne contre les Anglais. Jean d’Armagnac, fils du comte de Rodez, à qui le duc de Berry, campé en Auvergne, avait confié un détachement de ses troupes, après avoir traversé le Gévaudan, vint mettre le siége devant la Roque-Valsergue, et livra plusieurs assauts à cette forteresse. Au dernier de ces assauts, le capitaine de la garnison anglaise fut tué et la place emportée. Amauri de Narbonne, qui avait pris part à ce fait d’armes, en transmit aussitôt la nouvelle à Rodez. Mais Thomas de Wetenhale, qui se trouvait alors à Villefranche avec Diego Massi, châtelain de Millau, était resté étranger, quoi qu’en dise Froissart, à la courageuse résistance de la garnison de la Roque-Valsergue.
Prise de la Roche-Posay[198], sur les confins du Poitou et de la Touraine, par les Français sous les ordres du breton Kerlouet[199], de Jean de Beuil, de Guillaume des Bordes et de Louis de Saint-Julien.--A cette nouvelle, Guichard d’Angle[200], Louis de Harcourt[201] et le seigneur de Parthenay[202] quittent Montauban où ils servent sous Jean Chandos pour aller en Poitou défendre leurs possessions.--Le seigneur de Chauvigny, vicomte de Brosses[203], se tourne français et fait occuper par des Bretons sa forteresse de Brosses. Le vicomte de Rochechouart[204], accusé aussi de défection, vient à Angoulême se justifier auprès du prince de Galles. James d’Audeley, sénéchal du Poitou[205], Baudouin de Fréville, sénéchal de Saintonge[206], et les principaux seigneurs de ces deux provinces vont porter le ravage en Berry; ils assiégent et prennent Brosses et, pour punir le seigneur de Chauvigny de sa défection, font pendre seize de ses hommes, puis ils retournent à Poitiers. P. 136 à 139, 349 à 351.
[198] Vienne, arr. Châtellerault, c. Pleumartin. La Roche-Posay est sur la rive gauche de la Creuse, au confluent de cette rivière avec la Gartempe, à la limite du Poitou au sud-ouest, du Berry au sud-est et de la Touraine au nord. Cette forteresse commandait la route, ancienne voie romaine, qui mettait en communication, de temps immémorial, Poitiers et Tours. Occupée, peu après 1356, par le Basquin du Poncet, elle avait servi de base d’opérations à ce chef de bande dans toutes ses entreprises contre la Touraine, dans ses pointes sur Cormery et sur Véretz. Témoin vénérable de cette période de luttes, l’église actuelle, dont la construction remonte au quatorzième siècle, a conservé des restes de fortifications. A la date du 11 mai 1369, la Roche-Posay était encore au pouvoir des Anglais, ce dont Charles V se plaignait en ces termes dans une sorte de memorandum diplomatique adressé à Édouard III, et où le roi de France énumère tous ses griefs contre son adversaire d’Angleterre: «Item, que aucunes des forteresses ne furent oncques delivrées; ainsois ont toujours esté occupées et _encores sont_ par le dit roy d’Angleterre ou par ses subgiés ou aliés, c’est assavoir _la Roche de Posay_.» _Gr. Chron._, VI, 296 et 297.--D’un autre côté, Charles V, par acte daté de Paris en _août 1369_, donna les biens confisqués de Jean de Surgères, chevalier, seigneur d’Azay-sur-Cher, et de Guillaume du Plessis, chevalier, partisans des Anglais, à Jean de Besdon, «qui nous a servi en noz guerres, _et par especial à prendre la Roche de Posay_ où il est continuelment.» _Arch. Nat._, JJ 100, nº 91.--D’où l’on peut conclure que la prise de la Roche-Posay par les Français eut lieu entre le 11 mai et le mois d’août 1369, vers le milieu de cette année.
[199] Dès le 12 septembre 1369, par acte daté de Sainte-Catherine sur Rouen, Charles V assigna à son amé et féal huissier d’armes Jean de Kerlouet 4500 francs d’or à payer chaque année en quatre termes _pour la garde des châteaux et ville de la Roche-Posay_, et il confirma cette donation à Paris le 18 septembre (Hay du Chastelet, _Hist. de B. du Guesclin_, p. 434). Les environs de la Roche-Posay eurent beaucoup à souffrir du voisinage de la garnison de cette forteresse, comme le prouvent des lettres de rémission délivrées en mars 1379 (n. st.) à Jean Faugereux, de Saint-Savin en Poitou (auj. Saint-Savin-sur-Gartempe, Vienne, arr. Montmorillon), «comme pour le temps que feu Karalouet tenoit le fort de la Roche de Ponzay, ouquel temps le prince de Galles nostre ennemi occupoit le pays de Poitou, pour lequel fort advitailler et garder, comme il feust assiz en frontière d’ennemis, il estoit de necessité le dit suppliant et ses compaignons, pour la garnison du dit fort, aler et chevauchier en fourrage, querir et avoir des vivres en plusieurs et divers lieux loing du dit fort, mesmement que le dit pays de Poitou environ ycellui fort estoit lors gasté et destruit et comme tout desimé de vivres et autres biens par le fait et occasion de noz guerres. Et, en chevauchant par le dit pays de Poitou querant des diz vivres, prindrent douze beufs lesquelz leur furent ostez en la ville d’Escuillé en Touraine (auj. Écueillé, Indre, arr. Châteauroux). En laquelle ville, pour cause des diz beufs à eulz ainsi ostez il prindrent par manière de marque douze personnes, que hommes, que femmes, et par force les menèrent ou dit fort et les firent composer à eulz à la somme de cent francs d’or. Et avecques ce chevauchèrent par plusieurs foiz en la terre du seigneur de Prully (auj. Preuilly, Indre-et-Loire, arr. Loches) et de plusieurs autres noz subgiez ou dit pays et environ, en prenant toutes manières de vivres....» _Arch. Nat._, JJ 114, nº 204.
[200] Guichard d’Angle avait été créé maréchal d’Aquitaine par le prince de Galles. Par acte daté de son hôtel Saint-Pol le 19 février 1371 (n. st.), Charles V donna à Geffroi de la Celle, chevalier, 60 livres tournois de terre en Touraine sur les biens confisqués de Guichard d’Angle, «chevalier, _rebelle_.» _Arch. Nat._, JJ 102, nº 182.
[201] Par acte daté de Paris en novembre 1369, Charles V donna à Jean VI, comte de Harcourt, comme assiette des 2000 livres de terre assignées en dot à sa belle-sœur, Catherine de Bourbon, comtesse de Harcourt, le château de Mazères (auj. Mézières-en-Brenne, Indre, arr. le Blanc), avec l’Isle-Savary (auj. commune de Clion, Indre, arr. Châteauroux, c. Châtillon-sur-Indre), confisqué sur Louis de Harcourt, vicomte de Châtellerault, oncle du dit comte, ainsi que la ville et forteresse de Saint-Christophe en Touraine (auj. Saint-Christophe-sur-le-Nais, Indre-et-Loire, arr. Tours, c. Neuvy-le-Roy), confisquée sur Guillaume Larchevêque, seigneur de Parthenay, «noz desobeissanz et rebelles et qui tiennent contre nous la partie de nos ennemis.» _Arch. Nat._, JJ 100, nº 552.--Le dernier avril 1371, Charles V gratifia Louis de Maillé, chevalier, du fort du «Peu Milleron, sis ès frontières de Guienne, qu’il a pris n’a gaires et mis en nostre obeissance», confisqué sur Louis de Harcourt, vicomte de Châtellerault, «nostre ennemi et rebelle.» JJ 102, nº 259.
[202] Outre la confiscation de Rugny et de la Fougereuse rapportée plus haut (p. LV, note 168) et celle de Saint-Christophe dont il est question dans la note précédente, Charles V confisqua, en novembre 1369, sur Guillaume Larchevêque, seigneur de Parthenay, les château et ville de Semblançay (Indre-et-Loire, arr. Tours, c. Neuillé-Pont-Pierre) et les donna à son très-cher et amé frère le comte de Harcourt. JJ 100, nº 551.
[203] Les ruines du château des Brosses se voient encore dans la commune de Chaillac, Indre, arr. du Blanc, c. de Saint-Benoît-du-Sault. Par acte daté de Paris le 13 décembre 1369, Charles V donna à Gui, sire de Chauvigny et de Châteauroux, vicomte de Broce, chevalier, 500 livrées de terre, pour le dédommager de la perte de son château de la Broce en Poitou, «que les ennemis tiennent», évalué avec ses appartenances à 4000 livrées de terre. _Arch. Nat._, JJ 100, nº 470.--Il y a aussi un château de la Brosse dans la commune de Thollet (Vienne, arr. Montmorillon, c. la Trimouille), qui est, comme le premier, un vestige de l’ancienne vicomté de Brosses.
[204] Louis, vicomte de Rochechouart, fils de Jean, 1er du nom, tué à la bataille de Poitiers, et de Jeanne de Sully, dame de Corbeffy, frère de Jean de Rochechouart, archevêque de Bourges (Anselme, _Hist. généal._, IV, 653; _Gall. Christ._, I, 580). Par acte daté de Paris en juin 1369, Charles V assigna à son amé et féal cousin Louis, vicomte de Rochechouart, 2000 livres de rente assises sur les château et châtellenie de Rochefort sur Charente, au diocèse de Saintes, et au besoin sur l’île d’Oléron au dit diocèse. _Arch. Nat._, JJ 100, nº 137.
[205] Sur ce titre de sénéchal du Poitou donné par Froissart à James d’Audeley, voyez plus bas, p. LXXIV, note 226.
[206] Jean Harpedenne, chevalier anglais, s’intitule «seneschal de Xaintonge», châtelain et capitaine de Fontenay-le-Comte, dans un acte daté de Niort le 27 novembre 1369 (Fillon, _Jean Chandos, connétable d’Aquitaine_, Fontenay, 1856, p. 30 et 31). D’un autre côté, Baudouin de Fréville est déjà mentionné comme sénéchal du Poitou dans une obligation souscrite à Burgos par don Pèdre le 2 mai 1367 (voyez plus haut, p. XIX, note 65). D’où il y a lieu de conclure qu’en 1369 Baudouin de Fréville n’était plus depuis longtemps sénéchal de Saintonge.
Robert Knolles quitte son château de Derval[207], en Bretagne, et va à Angoulême offrir ses services au prince de Galles qui l’institue souverain maître de son hôtel. Robert, ayant sous ses ordres cinq cents hommes d’armes, cinq cents archers et autant de brigands, va tenir garnison à Agen[208] d’où il compte se rendre en Quercy où se trouvent les chefs des Compagnies ralliés au parti français. Il ménage une entrevue avec Bertucat d’Albret, le plus important de ces chefs, et réussit à le faire rentrer au service du prince de Galles[209], ainsi que cinq ou six cents soudoyers gascons. P. 139 à 142, 351 à 354.
[207] Dès son avénement, Jean IV, duc de Bretagne, avait donné à Robert Knolles les terres de Derval et de Rougé (Loire-Inférieure, arr. Châteaubriant) et en outre 2000 livres de rente sur la terre de Conq (auj. Beuzec-Conq, Finistère, arr. Quimper, c. Concarneau). _Arch. dép. de la Loire-Inférieure_, E 154, cassette 59; _Invent._, p. 60.--Cette dernière donation nous explique pourquoi Knolles, voulant se rendre par mer de Bretagne à Angoulême, s’embarqua, comme Froissart a soin de nous le dire (p. 140), au port de Conq.
[208] Dans une lettre datée de Castelmus le 22 janvier 1369 et adressée par Jean de Levezou, seigneur de Castelmus, aux consuls de Millau, on lit que presque tous les gentilshommes de l’Agenais avaient embrassé le parti français et que la ville d’Agen elle-même était dès lors entrée en pourparlers avec le duc d’Anjou pour se faire française: «E may novel que totz los gentils homes d’Ajanez so Frances, fora d’un; _e Agen que es en cert patu am lo duc_ (d’Anjou) _de far Frances_.» Rouquette, _Le Rouergue sous les Anglais_, p. 137.--Quoi qu’il en soit, Agen ne se soumit d’une manière définitive qu’au commencement de l’année suivante, et le séjour que fit alors le duc d’Anjou dans cette ville, dont il voulait en quelque sorte prendre possession et dont il confirma les priviléges, est du mois de février 1370 (_Ordonn._, XV, 636).
[209] Par acte daté de Toulouse le 1er mai 1369, Louis, duc d’Anjou, prit au service du roi de France Berard d’Albret, chevalier, capitaine de Lavardac (Lot-et-Garonne, arr. Nérac), de Durance (arr. Nérac, c. Houeilles) et de Feugarolles (arr. Nérac, c. Lavardac), lui et 25 hommes d’armes, pour la garde des dites places, aux gages de 15 francs par mois pour chaque homme d’armes (_Bibl. Nat._, Titres originaux, XXIV, nº 12). Troisième fils de Bernard Ezy, sire d’Albret et de Mathe d’Armagnac, par conséquent frère cadet d’Arnaud Amanieu, sire d’Albret, marié le 8 mai de l’année précédente à Marguerite de Bourbon, Berard d’Albret était aussi seigneur de Sainte-Bazeille (Lot-et-Garonne, arr. et c. Marmande) par son mariage avec Hélène de Caumont. Il est possible que Bertucat d’Albret, après avoir promis de se rallier au parti français en même temps que Berard d’Albret, c’est-à-dire dans les premiers jours de mai 1369, ait ensuite manqué à sa parole, comme le raconte Froissart, sur les instances de Robert Knolles. Quoi qu’il en soit, c’est seulement pendant la première moitié de 1370 que Bertucat d’Albret se rallia effectivement au parti français. Au mois d’août de cette année, Charles V donna à perpétuité à l’avide partisan, en récompense de ses services _en ces présentes guerres_, Bergerac, Lalinde, Castillonnès, Beaumont-du-Périgord et quatre autres petites places encore occupées par les Anglais. _Arch. Nat._, JJ 100, nº 645.--Le roi de France donnait, comme on le voit, ce qu’il n’avait pas. Bertucat n’était pas homme à se payer d’une telle monnaie; aussi ne tarda-t-il pas à se remettre avec les Anglais au nom desquels lui et Bernard de la Salle surprirent Figeac le 14 octobre 1372 (dom Vaissete, _Hist. de Languedoc_, V, 351).--Quoique Froissart, dans le manuscrit d’Amiens (p. 340), ait rangé Garcia du Castel parmi les chefs de Compagnies qui se rallièrent dès le commencement de 1369 au parti français, il y a lieu de croire que Garcia quitta le service du prince d’Aquitaine à peu près à la même date que Bertucat, mais il fut plus fidèle que ce dernier à la nouvelle cause qu’il avait embrassée. Garcia du Castel, comme son prénom l’indique clairement, appartenait à la région pyrénéenne. D’ailleurs, dans le troisième livre des Chroniques (Buchon, édit. du Panthéon, II, 383), Espaing ou Espan du Leu (fief situé à Oraas, Basses-Pyrénées, arr. Orthez, c. Sauveterre), chevauchant en compagnie de Froissart sur la route de Lourdes, constate formellement cette origine: «messire Garcis du Chastel, un moult sage homme et vaillant chevalier _de ce pays ici_ et bon françois.» On est donc un peu surpris de voir rattacher Garcia du Castel à la famille exclusivement bretonne et léonaise de Tannegui du Chastel: «Garsis du Chastel était le cinquième fils de Tannegui du Chastel et de Tiphaine de Plusquellec.» _Œuvres de Froissart_, XX, 549, au mot _Chastel_.--Il faut avouer que, si l’on n’avait lu ce qui précède, on se laisserait prendre à tant d’assurance et de précision généalogique.
Après la défection de Bertucat d’Albret, les autres chefs des Compagnies, Amanieu d’Ortige, Jacques de Bray, Perrot de Savoie, Ernaudon de Pau, évacuent Cahors et se fortifient dans le prieuré de Duravel[210] où Robert Knolles vient les assiéger. A cette nouvelle, Jean Chandos part de Montauban avec une troupe de trois cents lances, se fait rendre en chemin Moissac[211] et vient rejoindre Robert Knolles devant Duravel. P. 142 à 145, 354 à 356.
[210] Lot, arr. Cahors, c. Puy-l’Évêque, sur la rive droite du Lot. Le prieuré de Duravel dépendait de l’abbaye de Moissac (Longnon, _Pouillé du diocèse de Cahors_, Paris, 1877, p. 87 et 88). Ce siége de Duravel doit être antérieur au 11 mai 1369, jour où le duc d’Anjou infligea le dernier supplice à cinq chefs de Compagnies, inculpés de trahison, dont quatre, Perrin de Savoie, le Petit Meschin, Noli Pavalhon et Bosonet de Pau, après avoir été longtemps à la solde du roi d’Angleterre, avaient été enrôlés par Bertrand du Guesclin dès la fin de février 1368 pour faire le siége de Tarascon. Lorsque Froissart parle de l’adhésion passagère au parti français, puis de la défection de Bertucat d’Albret, il confond peut-être le rôle de ce dernier avec celui de quatre routiers qui avaient été longtemps ses compagnons d’armes. Quoi qu’il en soit, le duc fit noyer dans la Garonne Perrin de Savoie et le Petit Meschin et écarteler Amanieu de Lartigue, Noli Pavalhon et Bosonet de Pau: «En l’an MCCCLXIX, a XI de may, lo dich mossenhor lo duc d’Anjo fes neguar a Tholosa los sobredits Perrin de Savoya e Petit Mesquin, e fes scapsar e scartayrar Ameinen (lisez: Ameineu) de Lartigua e Noli Pavalhon e Boulhomet (on lit ailleurs: Bosoniet) de Pau, capitanis de las dichas companhas, per so car avian conspirada tracion contra lo dich mossenhor lo duc de redre el prizonier als Angles o d’aucir luy.» _Thalamus parvus_, p. 383 et 384.
[211] La reddition de cette ville à Jean Chandos, s’il fallait ajouter foi au récit de Froissart, donnerait lieu de ranger Moissac parmi les places qui avaient secoué le joug anglais dès les premiers mois de 1369, puisque, suivant le chroniqueur, il n’y avait nul gentilhomme, et que les habitants livrés à eux-mêmes n’en essayèrent pas moins de résister aux Anglais. Il est vrai que, dès le mois de septembre 1367, Castelsarrasin, qui est à peu de distance au sud de Moissac, avait une garnison française assez forte, dont Olivier de Mauny était capitaine (dom Vaissete, _Hist. de Languedoc_, IV, 335). Quoi qu’il en soit, Moissac ne se rendit définitivement au duc d’Anjou que le 23 juillet 1370 (_Thalamus parvus_, p. 384). L’identification du «Montsach» de Froissart avec Monsac (Dordogne, arr. Bergerac, c. Beaumont), qui se présente au premier abord, ne serait admissible que si le chroniqueur faisait jouer à un détachement de la garnison anglaise de Bergerac, envoyé contre Duravel, le rôle qu’il prête dans cette affaire à Jean Chandos, capitaine de Montauban. D’ailleurs, le prieuré de Duravel dépendait, comme nous l’avons dit plus haut, de l’abbaye de Moissac. Fredol de Lautrec, qui gouvernait alors cette abbaye et qui appartenait à une famille très-attachée au parti français, fut peut-être accusé d’une certaine connivence dans cette occupation d’un de ses prieurés par des gens d’armes à la solde du duc d’Anjou, et l’on ne saurait par conséquent s’étonner de voir le siége de Moissac coïncider avec celui de Duravel.
Les Anglais sont obligés de lever le siége de Duravel et, après avoir assiégé sans succès Domme[212] pendant quinze jours, ils envoient le héraut Chandos à Angoulême demander des renforts au prince de Galles. P. 145 à 147, 356 à 359.
[212] Dordogne, arr. Sarlat, sur la rive gauche de la Dordogne, au nord de Duravel et un peu au sud de Sarlat.
Levée du siége de Domme. Gramat[213], Fons[214], Rocamadour[215], Villefranche[216] se rendent aux Anglais. P. 147 à 150, 359 à 362.
[213] Lot, arr. Gourdon, à l’est de Domme.
[214] Lot, arr. et c. Figeac, un peu au nord-ouest de Figeac.
[215] Lot, arr. Gourdon, c. Gramat, le plus célèbre pèlerinage du Quercy et l’un des plus fréquentés du midi de la France au moyen âge.
[216] Froissart semble s’être embrouillé au milieu des nombreux Villefranche que l’on trouve sur les bords de la Garonne et de ses affluents. Après avoir placé d’abord en Toulousain (p. 149) le Villefranche occupé dans cette campagne par les Anglais, il le transporte ensuite _en Agenais, sur les marches du Toulousain_ (p. 150). Si l’on ne se place qu’au point de vue stratégique, on peut hésiter entre Villefranche-de-Belvès (Dordogne, arr. Sarlat) et Villefranche-d’Albigeois (Tarn, arr. Albi), car si Villefranche-de-Rouergue, qui se trouve également dans la région où opérait alors Chandos (auj. chef-lieu d’arr. de l’Aveyron), avait reconnu la souveraineté de Charles V dès le commencement de mars 1369, on ne voit pas que cette place soit retombée à aucun moment pendant le cours de cette année au pouvoir des Anglais.
Le siége de Bourdeilles par le corps d’armée anglais qui opère en Périgord sous le commandement des comtes de Cambridge et de Pembroke, dure depuis plus de onze semaines. Les assiégeants ont recours à la ruse; ils simulent un jour un mouvement de retraite et attirent ainsi dans une embuscade Ernaudon et Bernardet de Badefol, capitaines de la forteresse assiégée, qui sont pris par Jean de Montagu[217]. Celui-ci est fait chevalier par le comte de Cambridge. Bourdeilles tombe au pouvoir des deux comtes qui confient la garde de cette place au seigneur de Mussidan[218] et rentrent à Angoulême. P. 150 à 153, 362 à 364.
[217] Jean de Montagu, neveu, dit ailleurs Froissart (p. 219), de Guillaume de Montagu, comte de Salisbury, dont il devait plus tard recueillir la succession et porter le titre. Le 11 juin 1369, Édouard III fit délivrer des sauf-conduits à Jean «Mountagu, chivaler», et à Guillaume «Mountagu», écuyer, qui allaient passer la mer pour prendre part à la chevauchée de Jean, duc de Lancastre (Rymer, 111, 870).
[218] Raymond de Montaut, seigneur de Mussidan, l’un des chefs du parti anglais en Périgord, détenait encore à la fin de 1369 la châtellenie d’Aubeterre (Charente, arr. Barbezieux). Par acte daté de Toulouse au mois de novembre de cette année, Louis, duc d’Anjou, donna à Hélie de Labatut, fils et héritier de maître Pierre de Labatut, secrétaire du roi, 200 livres tournois sur les revenus de certaines paroisses de la châtellenie d’Aubeterre confisqués «per ipsius Edouardi et _domini de Muscidano_ et aliorum sibi adherencium _rebellionem_.» _Arch. Nat._, JJ 100, nº 764.
Jean Chandos, Thomas Felton et le captal de Buch retournent aussi dans cette ville où ils sont rappelés par le prince de Galles; Robert Knolles se joint à eux, quoique le prince l’ait invité à rester en Quercy. Avant leur départ, ils chargent Bertucat d’Albret de tenir garnison à Rocamadour et conseillent aux chefs des Compagnies anglaises de concentrer leurs bandes sur les marches du Limousin et de l’Auvergne pour y vivre aux dépens des habitants de ces deux provinces. P. 153 à 155, 364 à 366.