Chapter 1 of 3 · 804 words · ~4 min read

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'escalier de la chaire! Que diraient-ils de voir leurs psaumes à l'enchère, Ces hommes qui songeaient, pâles, dans le désert? Ah! ce _De Profundis_ superfin qui ne sert Qu'aux riches, et qu'on met en musique, et qu'on brode, Que Jésus n'aurait pas et qu'obtiendrait Hérode, O terreur! il n'en faut pas tant pour faire Dieu Farouche, et pour changer en ciel noir le ciel bleu! La prière vendue a l'accent du blasphème. Hélas! c'est de la nuit que dans les cœurs on sème; L'ombre, au-dessus de vous, mages qui brocantez, Efface brusquement toutes les vérités. Quoi! vous ne voyez pas l'éclipse formidable! Vous qui savez combien l'abîme est insondable, Vous vous faites vendeurs!

Prêtres, l'adossement De l'échoppe suffit pour que le firmament Épaississe au-dessus de l'église ses voiles; La boutique retire au temple les étoiles.

LES ENTERREMENTS CIVILS

Oh! certes, je sais bien, moi souffrant et rêvant, Que tout cet inconnu qui m'entoure est vivant, Que le néant n'est pas, et que l'Ombre est une Ame; La cendre ne parvient qu'à me prouver la flamme; Faire voir clairement le ciel, l'éternel port, La vie enfin, c'est là le succès de la mort; Oh! certes, je voudrais qu'au ténébreux passage Mon cercueil, esquif sombre, eût pour pilote un sage, Un pontife, un apôtre, un auguste songeur, Un mage, ayant au front l'attente, la rougeur Et l'éblouissement de la profonde aurore; Je voudrais qu'à la fosse où meurt le rien sonore Un sénateur du vrai, du réel, un magnat Du sépulcre, un docteur du ciel, m'accompagnât; Oui, je réclamerais cette sainte prière! Devant la formidable et noire fondrière, Oui, je trouverais bon que pour moi, loin du bruit, Une voix s'élevât et parlât à la nuit! Car c'est l'heure où se fend du haut en bas le voile; C'est dans cette nuit-là que se lève l'étoile! Je le voudrais! et rien ne me serait meilleur Qu'une telle prière après un tel malheur, Ma vie ayant été dure et funèbre, en somme. Mais, ô Toi! dis, réponds, parle. Est-ce que cet homme Qui sait mal, et qui fait exprès de mal savoir, Qui pour un dogme obscur déserte un clair devoir, Qui prêche le miracle et rit du phénomène, Mal penché sur l'angoisse et sur l'énigme humaine, Qui, d'un côté bassesse et de l'autre fureur, Flétrit l'escroc forçat et l'adore empereur, Qui dit au genre humain: Malheur, si tu raisonnes! Qui damne et ment, qui met l'abîme en trois personnes, Qui rêve un univers petit, sinistre et noir, Fait de notre seul globe, et qui ne veut pas voir Luire en tous tes soleils toutes tes évidences, Qui crèverait cet œil, l'astre où tu te condenses, S'il pouvait, et ferait la nuit sur l'horizon, Qui tarife l'autel, l'antienne, l'oraison, Qui, par devant superbe et vendu par derrière, Offre au riche et refuse au pauvre sa prière, Si le pauvre ne peut le payer assez cher; Est-ce que ce vivant à regret, que la chair Indigne, et qui jadis nia l'âme des femmes, Qui préfère à l'hymen, aux purs épithalames, Aux nids, ce suicide affreux, le célibat; Qui voudrait qu'à son gré le firmament tombât, Qui devant Josué soufflette Galilée; Qui dresse un noir bûcher dans ton ombre étoilée, Et tâche d'éclipser l'aube au sommet du mont, Torquemada là-bas, chez nous Laubardemont; Qui, dans l'Inde, en Espagne, au Mexique, aux Cévennes, Saigna l'humanité gisante aux quatre veines; Qui voit la guerre, et chante un te deum dessus; Qui repaierait Judas et reclouerait Jésus, Indulgent à qui règne et sévère à qui souffre, Ayant sous lui l'erreur comme l'onde a le gouffre, Sorte d'homme terrible où l'on peut naufrager; Dis, est-ce que moi, pâle et flottant passager Qui veux la clarté vraie et non la lueur fausse, Je dois faire appeler cet homme sur ma fosse? Est-ce que sur la tombe il est le bienvenu? Est-ce qu'il est celui qu'écoute l'Inconnu? Est-ce que sa voix porte au delà de la terre? Est-ce qu'il a le droit de parler au mystère? Est-ce qu'il est ton prêtre? Est-ce qu'il sait ton nom?

Je vois Dieu dans les cieux faire signe que non.

VICTORIEUX OU MORT

Une telle promesse étant faite à l'abîme, On attend la lueur d'une action sublime Et, s'en croyant déjà vaguement éclairé, Le peuple bat des mains.--Va donc, hélas!--J'irai, Dit-il, et reviendrai vainqueur ou mort.

La plaine De tous les grondements de la bataille est pleine; Soldats, sabres au vent! histoire, sois témoin! Dans la vaste fumée il disparaît au loin. Et la journée est longue et la mêlée est noire.

Il revient! Cueillez tous des palmes! hurrah! gloire! Le peuple, à saluer les nobles têtes prompt, Accourt.--France! il revient, c'est un laurier au front, Ou, comme Franceschi qu'on rapporta naguère, Couché tout de son long sous son manteau de guerre! C'est un grand nom de plus au