partie d
’un ensemble médité, cohérent, logique et harmonieux de prescriptions. Une loi inspirée par une circonstance n’est qu’un décret.--C’est une des choses qu’a le mieux vu Aristote et cent fois il met en lumière cette différence essentielle, fondamentale et que l’on court les plus grands risques à méconnaître ou à ignorer. Je cite le passage de lui qui est le plus précis et le plus fort à cet égard: «Enfin, il y a une cinquième espèce de démocratie _où la souveraineté est transportée de la loi à la multitude_. C’est ce qui arrive _quand les décrets enlèvent l’autorité absolue à la loi_, ce qui est l’effet du crédit des démagogues. Dans les gouvernements démocratiques où la _loi_ règne, il n’y a pas de démagogues; ce sont les citoyens les plus recommandables qui ont la prééminence; mais une fois que la _loi_ a perdu la souveraineté, il s’élève une foule de démagogues. Alors le peuple est comme un monarque à mille têtes; il est souverain, non pas par individu, mais en corps... Un tel peuple, vrai monarque, veut régner en monarque; il s’affranchit du joug de la _loi_ et devient despote; ce qui fait que les flatteurs y sont en honneur. Cette démocratie est en son genre ce que la tyrannie est à la monarchie. De part et d’autre, même oppression des hommes de bien: en monarchie les ordonnances arbitraires, en démocratie les _décrets_ arbitraires. Et le démagogue et le flatteur ne font qu’un: ils ont entre eux une ressemblance qui les confond, avec une égale influence les uns sur les tyrans, les autres sur les peuples qui se sont réduits à l’état de tyrans. Les démagogues sont cause que l’autorité souveraine _est dans les décrets et non dans la loi_, par le soin qu’ils prennent de tout ramener au peuple; il en résulte qu’ils deviennent puissants parce que le peuple est maître de tout et qu’eux-mêmes sont maîtres du peuple... Or on peut soutenir avec raison qu’un pareil régime _est une démocratie et non une république_; car _il n’y a pas de république là où les lois ne règnent pas_. Il faut en effet que l’autorité de la _loi_ s’étende sur tous les objets... Par conséquent, si la démocratie doit être comptée parmi les formes de gouvernement, il est clair qu’un pareil régime, celui dans lequel tout se règle par _décrets, n’est pas même, à proprement parler, une démocratie_; car jamais un _décret_ ne peut avoir une forme générale, comme la _loi_.»
Cette distinction entre la loi séculaire qui est la loi et la loi de circonstance qui n’est qu’un décret, entre la loi qui fait