part d
’amour... Mais il faut l’attendre de qui seulement peut vous la donner! Ne vous fiez pas aux autres hommes. Ils vous feront souffrir quand vous leur aurez abandonné votre cœur...
--Je le sais..., sans illusion... C’est pourquoi je n’ai aucune excuse pour montrer cette misérable lâcheté!
--Enfant, il ne faut pas être si sévère pour vous-même; demain, vous retrouverez toute votre vaillance et je vous y aiderai de mon mieux, si vous le désirez. Ce soir, petite Denise, vous avez mal aux nerfs; vous avez trop chanté de musique capiteuse, trop entendu de paroles qui grisent... Et aussi trop regardé le clair de lune! Il faut maintenant que l’enfant soit sage, qu’elle ferme sa fenêtre, allume prosaïquement sa lampe et s’en aille bien vite dormir sans plus rêver ni penser...
Il y avait une autorité apaisante dans l’accent de Mme Champdray; et de lui trouver cette délicate tendresse de mère, une reconnaissance infinie pénétra Denise. Comme une enfant fatiguée, elle appuya sa tête sur l’épaule de son amie.
--Oh! madame, que vous êtes bonne, et que toute mon âme vous remercie...
--De bien peu de chose, ma chère petite fille... Allez vite vous reposer. Et que la paix soit avec vous...
D’un geste affectueux qui ressemblait à une bénédiction, elle avait posé la main sur les cheveux de Denise. Puis, doucement, comme elle était venue, ayant elle-même allumé la lampe, elle sortit de la pièce...
XI
D’Astyèves arrivait à la Schlucht. Il laissa souffler son cheval qu’il avait rudement mené depuis Gérardmer, dans sa crainte de ne pouvoir rejoindre Denise si elle avait commencé l’ascension du Hoheneck. Vanore, le matin même, lui avait incidemment appris que sa femme emmenait la jeune fille et les enfants, sous l’escorte de Grisel, en excursion à la Schlucht; et, sans hésiter, il avait dirigé sa promenade de ce côté, cédant à ce désir impérieux de voir Denise que chaque jour avivait en lui, sans qu’il en prît désormais souci.
Dans son égoïsme d’homme violemment épris, il allait maintenant droit devant lui où son désir le poussait, insouciant de ce qui en résulterait pour elle, comme pour lui, dans une détente consentie de sa froide volonté. Il était comme un homme qui s’enivre, avec la conscience du danger couru, mais trouve l’ivresse si douce qu’il s’y abandonne corps et âme, dominé par la magie de l’heure présente... Toujours ainsi, il avait suivi son bon plaisir, avec un orgueilleux dédain des conséquences...
Il avait tout juste aperçu Denise, depuis le soir où il s’était trahi. Et dans leurs brèves rencontres chez Vanore d’où elle sortait quand il arrivait, chez Mme Arnales où elle était apparue seulement un moment pour chanter, il l’avait retrouvée insaisissable comme aux premiers temps où il la voyait; libre d’esprit, ne semblant avoir nul souvenir de l’aveu dont pourtant il avait bien senti l’écho frémir en elle. Et, à son exemple, il ne s’était pas même permis une allusion.
De la