Part 4
--Pour ma part, si nous n'étions pas intervenus--me disait en 1916 lord Northcliffe d'une voix encore frémissante--j'avais décidé d'abandonner ce pays, de porter ma fortune en France et de m'y faire naturaliser aussi rapidement que le gouvernement français me le permettrait!
Boutade? Qui sait? Le pur patriotisme comme le vrai amour ne veut pas de tache à son idéal.
La Grande-Bretagne, terre du lyrisme, fidèle à ses amitiés, soulevée par le monstrueux attentat commis contre la Belgique, s'élance d'un bond dans la lutte. Mais seule l'élite a compris que l'honneur comme l'intérêt vital du pays lui commandent d'intervenir. La foule reste encore indifférente. Son imagination est lente à s'échauffer. Elle n'est pas comme nous prise à la gorge par l'invasion brutale. Des pas du soudard tudesque foulant et souillant notre sol, elle n'entend que le lointain écho. Cette guerre lui apparaît, comme tant d'autres, une guerre continentale.
Les journaux de la _Northcliffe Press_ lui en révèlent l'importance et le péril. Ils mènent le combat quotidien contre l'inertie populaire, l'imprévoyance des gouvernants, les erreurs et les lenteurs de l'organisation. Ils parlent au pays avec une franchise brutale et bienfaisante, ne lui celant aucune faute, aucune erreur, aucun danger. Ils ne cessent de lutter contre la censure qui ne fait pas confiance au pays et lui cache la vérité. Sage politique, autrement génératrice de courage et de foi qu'un optimisme auquel la réalité apporte son démenti constant. Ce pessimisme patriotique du _Times_ et du _Daily Mail_ a contribué au salut de l'Angleterre.
Ce ne fut pas sans peine. Lord Northcliffe risquait sa fortune et sa popularité. Il n'hésita pas. Pendant les six premiers mois de la guerre il s'abstenait de toute critique. Mais l'heure était grave. Tout à coup il se décide à révéler à l'Angleterre incrédule que si ses troupes décimées par des pertes excessives ne remportent pas les succès dus à leur valeur, c'est qu'il leur manque des canons, des obus, des explosifs et tout le personnel et le matériel nécessaires à leur fabrication. Il ose s'en prendre à la grande idole nationale, lord Kitchener. Explosion formidable d'indignation. On vient manifester contre le _Daily Mail_, on se désabonne en masse, on en brûle publiquement des numéros. La vérité pourtant finit par éclater. A la colère succède la stupeur, puis la gratitude.
Les campagnes continuent. Le _Times_ et le _Daily Mail_ réclament et obtiennent tour à tour la création d'un ministère des Munitions, la fabrication des casques, des mitrailleuses, de l'artillerie lourde. Malgré les attaques les plus violentes, ils exigent la loi de conscription, la mobilisation civile de tous les citoyens, hommes et femmes, les restrictions sévères au point de vue des vivres, l'accaparement par l'Etat de tous les services publics, l'obligation sous toutes ses formes.
Jugeant le ministère de coalition inférieur à sa tâche, lord Northcliffe le poursuit et le traque jusqu'à sa chute. En M. Lloyd George qu'il combattit naguère avec toute sa fougue, il voit «l'homme qui se révèle comme une véritable force dynamique dont chaque once d'énergie est employée à sa tâche immédiate», _the man for the job_. Et l'opinion publique, docile à sa voix, porte d'un seul élan M. Lloyd George au poste suprême. Mais si la _Northcliffe Press_ apporte désormais son appui au gouvernement, c'est sans aveuglement. Elle conserve son droit de critique et en use. Elle est impitoyable pour la mollesse et l'incompétence. Elle a obtenu, parmi des tempêtes de protestations et d'injures, la démission ou le changement de poste des ministres, des amiraux, des généraux qu'elle n'estimait pas à la hauteur de leur tâche. Elle a plaidé en faveur de l'élévation de l'âge des soldats en Angleterre, de la rigueur effective de la loi militaire, du _comb-out_, de l'extension du front britannique, de l'unité du commandement interallié qui devait amener une si rapide victoire. Elle menait et continue à mener une campagne violente pour l'_Alien's bill_, qui démasque et désarme les Allemands plus ou moins déguisés pullulant en Angleterre. Et si elle accorde son support au nouveau ministère de coalition, c'est à la condition unique qu'il exécutera son programme de reconstruction.
Si bien que lord Northcliffe a pu écrire du _Daily Mail_: «Ceux qui, chaque matin, se rallient à notre étendard, savent que ce journal est indépendant, même vis-à-vis de ses lecteurs, qu'il n'hésite pas à exprimer des opinions qui, pour un temps, peuvent être extrêmement impopulaires, que peu lui importe d'être boycotté, mis au ban, brûlé, qu'il n'a pas d'autre meule à tourner que celle du bien public, qu'il n'a d'intérêt en aucun politicien, en aucun parti politique, mais que son but unique, en cette tragique période de notre histoire, est: _gagner la guerre_!» Et maintenant il peut ajouter: «gagner une paix digne des sacrifices de la guerre.»
_Les missions de lord Northcliffe_
Au mois de juin 1917, le gouvernement britannique envoyait lord Northcliffe en Amérique avec le titre de chef de la Mission britannique de guerre (British War Mission) aux Etats-Unis. Et M. Bonar Law l'en remerciait publiquement à la Chambre des Communes comme d'un vrai service rendu à la patrie.
Le directeur du _Times_ et du _Daily Mail_ est étonnamment populaire aux Etats-Unis, plus encore qu'en Grande-Bretagne, car il n'y compte pas d'ennemis. On se plaît à lui reconnaître toutes les qualités qui font les grands Américains. Et on lui sait gré d'aimer, de comprendre l'Amérique, d'y être venu vingt fois, de ne pas ignorer une parcelle de son territoire.
Pendant six mois, il assuma la tâche gigantesque de diriger et de coordonner, en collaboration avec notre haut-commissaire, M. Tardieu, l'œuvre des missions britanniques: il parcourut les Etats-Unis, leur révélant l'effort passé des Alliés, l'importance de l'effort à venir, fouettant leur zèle, les suppliant de consacrer à la guerre toute leur immense puissance industrielle et jusqu'à la dernière once de leur énergie, insistant avec force sur la construction rapide et intense d'aéroplanes et surtout de navires. C'est dans la marine marchande, répétait-il, qu'est la clef de l'intervention américaine, le facteur suprême de la guerre.
Puis, ayant joué son rôle d'excitateur, il revint en Europe. La lettre ouverte à M. Lloyd George, où, tout en refusant le Ministère de l'Aviation, il réclamait l'unité de direction des opérations militaires, la répression de tout élément séditieux, une politique plus rigoureuse vis-à-vis des ennemis naturalisés, la mobilisation de toutes les forces masculines et féminines de l'Angleterre, et le rationnement obligatoire, fut le coup de clairon, bref et sonore, qui annonçait son retour, stimulant de tous les sacrifices, appel à toutes les énergies.
Il emportait des Etats-Unis, avec une profonde admiration pour l'élan d'énergie enthousiaste et féconde, d'origine presque mystique, qui entraînait dans cette croisade lointaine cent millions d'Américains, une confiance totale dans le Président Wilson. «Le Président possède ce qu'il appelle lui-même «un esprit au sentier unique», _a singletrack mind_, a-t-il dit. Sa méthode consiste à ne faire qu'une chose à la fois. Mais il la fait.»
Il revenait aussi avec la conviction qu'il était urgent, pour les Alliés, de discuter d'un commun accord et de coordonner les demandes en matières premières, en vivres, en munitions qu'ils faisaient à l'Amérique. Et cela afin d'utiliser dans toute leur étendue la généreuse abondance des ressources que met à leur disposition la vaste République d'outre-mer. «Hommes, tonnage, aéroplanes, autos, acier, cuivre, blé, bestiaux, que sais-je? a-t-il déclaré, l'Amérique est prête à tout donner. Encore faut-il qu'elle sache pourquoi, comment et en quelles quantités...»
--Je vais me battre pour l'unité de contrôle, avait-il dit en quittant l'Amérique.
Il tint parole. Et cette unité de contrôle naquit, en effet, de la première grande conférence interalliée qui se tint à Paris en décembre 1917 et à laquelle il prit part. Nous en avons récolté les prodigieux résultats.
Depuis lors, M. Lloyd George, qui ne désespérait pas d'associer à son ministère cette force précieuse, offrit de nouveau un siège à lord Northcliffe, au Cabinet de guerre, cette fois. Et, de nouveau, celui-ci refusa. Il tient, par-dessus tout, à conserver son indépendance et celle de ses journaux.
--Je suis plus utile ainsi, dit-il simplement.
Ses amis n'ont cessé de regretter cette décision. Peut-être lord Northcliffe voyait-il plus juste et plus loin: son rôle, un rôle unique au monde, n'est-il pas d'autant plus important qu'il ne veut aucune consécration officielle?
Mais, en même temps qu'il restait à Londres le chef des missions britanniques aux Etats-Unis, il acceptait, sans portefeuille, les fonctions de _Directeur de la Propagande en pays ennemis_, pour lesquelles il ne relevait que de M. Lloyd George et du Cabinet de guerre.
Son œuvre considérable et celle de ses collaborateurs y resta secrète. C'est uniquement par les explosions de rage éclatant dans les feuilles austro-germaniques qu'on en put mesurer les effets. Celles-ci accusaient «Northcliffe, prince du mensonge, homme dénué de conscience morale, dont les outils quotidiens sont la fourberie, la brutalité, le cynisme où il est passé maître», elles l'accusaient «d'assassiner l'Allemagne avec des armes empoisonnées». Elles soulignaient son sourire sardonique lorsque «fomentant la révolution à l'intérieur de l'Autriche, qui est devenue le centre même de son activité», il exaltait et excitait Tchèques, Polonais, Slaves.
«Sont-ce des individus comme Lloyd George, Northcliffe ou Herr Wilson qui peuvent entraîner les peuples?» s'écriaient comiquement leurs scribes. Puis, après avoir juré qu'ils ne concluraient jamais la paix avec cette troupe de bandits (il ne faut jurer de rien), ils se lamentent de ne point posséder en Allemagne de pareil propagandiste, ils éclatent en reproches amers et naïfs contre l'inertie de leur gouvernement.
Le Kaiser lui-même reconnaissait la puissance de lord Northcliffe et la redoutait.
Dans le livre de curieux souvenirs qu'a publiés son dentiste américain, M. Arthur Davis, on le voit s'écrier:
--Lloyd George mène l'Angleterre à la ruine. C'est un socialiste et c'est l'agent, le porte-paroles de lord Northcliffe, le véritable maître de l'Angleterre à l'heure actuelle...»
Dans un ordre du jour dénonçant la propagande anglaise en Allemagne, le général Von Hutier stigmatisait pesamment lord Northcliffe, «le plus fieffé coquin de l'Entente», sous le titre pompeux de «Ministre de la Destruction de la Confiance Germanique».
Et Hindenburg surenchérissait encore.
Aussi la haine des Allemands croît-elle avec leurs craintes. En Amérique, des policiers ne cessaient d'escorter, malgré lui, le chef de la mission britannique contre lequel se préparaient complots et attentats. En Angleterre, les Tudesques envoyaient des avions, des croiseurs ou des sous-marins bombarder sa maison. Ils frappaient une médaille contre lui; ils publiaient, sous le nom d'_Anti-Northcliffe Mail_ un hebdomadaire en plusieurs langues débordant d'injures et de calomnies, dont les aviateurs ennemis répandaient sans cesse des exemplaires dans les lignes britanniques. Signes indiscutables que la propagande atteignait son but: la bête écumait, elle était touchée. On en eut la preuve plus tôt qu'on ne s'y attendait.
_Les idées politiques de lord Northcliffe_
Gagner la guerre, telle fut donc la préoccupation constante de lord Northcliffe. Son vigoureux et clairvoyant optimisme, même aux heures les plus sombres, ne douta pas plus de la victoire qu'il n'avait douté de la guerre, ou «des guerres», suivant son expression.
Son regard toutefois ne se bornait pas aux inquiétudes et aux espoirs immédiats de la guerre. Il lui arrivait de s'en détacher pour parcourir les horizons encore brumeux de l'après-guerre, aborder les difficiles problèmes de la reconstruction.
--Northcliffe? Mais c'est un conservateur! m'a-t-on dit en France.
Et ceux, en effet, qui n'ont pas fait de son caractère et de sa politique une étude spéciale ont pu s'y méprendre et regretter parfois de voir cette grande force défendre la citadelle désuète du torysme.
Erreur pourtant. Lord Northcliffe, nous l'avons vu, n'appartient à aucun parti. Son esprit est trop vaste pour s'emprisonner dans les étroites limites d'un programme politique. S'il sembla naguère s'allier aux conservateurs, c'est qu'il trouvait en eux l'appui nécessaire aux mesures destinées à éviter ou à combattre le péril grandissant de la guerre. Pas davantage.
Depuis, tout en restant attaché aux traditions qui ont fait la grandeur de l'Angleterre, il a favorisé les réformes démocratiques qu'au milieu de la plus tragique des crises le Parlement britannique a trouvé le temps de discuter et de voter. Il s'est déclaré pour l'_Education Bill_, qui ne fait pas de l'instruction un privilège de la naissance ou de la fortune mais y associe tous les enfants pour le plus grand bien intellectuel du pays; pour la réforme du suffrage qui étend le droit de vote à tous les citoyens, hommes et femmes, puisque tous ont donné leur effort à la guerre. Il envisage comme une question de justice une représentation plus nombreuse du _Labour Party_ à la Chambre des Communes. Il lui réserva une colonne quotidienne du _Daily Mail_ pendant la période électorale, pour lui permettre de développer son programme. Il prévoit, pour l'heure de la démobilisation, une coopération sur des bases plus équitables du capital et du travail, le retour à la culture, une répartition nouvelle de la terre. Il demande qu'on accorde peu à peu aux peuples unis sous le drapeau de l'Union Jack--l'Inde comme l'Irlande--les droits et les devoirs du _self-government_. Et si les questions de l'Empire l'ont toujours préoccupé, entre l'Impérialisme de Chamberlain, citadelle orgueilleusement dressée à l'écart et au-dessus de l'univers, et celui qui se prépare, généreux, fécond, largement ouvert aux amitiés éprouvées et aux idées neuves, il sait placer toute l'immensité de la guerre. Ce qu'il hait le plus profondément dans le militarisme prussien, c'est son autocratie brutale et stérile. Il veut enfin que, de la victoire si durement achetée, sorte un monde meilleur, une humanité rénovée.
Un des amis de lord Northcliffe, homme éminent lui-même, qui a dirigé avec éclat l'un des plus admirables services de l'armée anglaise, me disait dernièrement:
--Il a été notre salut pendant la guerre, il le sera pour l'après-guerre: c'est notre plus grand homme, le génie constructeur de l'Empire!
Mais par delà les frontières de cet Empire, lord Northcliffe pense encore aux peuples alliés, membres de cette Société des Nations à laquelle nous devrons peut-être l'impossible retour de ce fléau stupide, la guerre. Il pense surtout à la France qu'il a toujours aimée et admirée et dont il s'applique sans cesse depuis quatre ans à exalter les sacrifices et l'héroïsme.
Comme on lui demandait son opinion sur le retour de l'Alsace-Lorraine, il répondit brusquement:
--Cela doit se faire, il le faut, _it must be done!_ avec tant d'inflexible violence qu'il fut inutile d'insister.
Par contre, il s'étend volontiers sur l'avenir qui attend nos deux pays après la terrible épreuve.
--Il est essentiel, l'ai-je entendu dire, que la France et l'Angleterre arrivent à une alliance plus intime que jamais. Il le faut parce que la brute prussienne est dure à tuer et peut toujours se relever, il le faut aussi parce que nos qualités se complètent et s'équilibrent. C'est de France que jaillissent toutes les idées neuves et hardies, toutes les grandes inventions. Il en a toujours été, il en sera toujours ainsi. Mais la brillante rapidité de l'esprit français fait qu'à peine cette idée ou cette invention lancées, il néglige trop souvent d'en tirer le fruit et se passionne pour de nouveaux projets. De sorte que ce sont les nations plus commerciales qui en retirent les profits de tous genres. Il y a vingt-deux ans, j'avais à Paris une petite auto de marque française et je félicitais à propos de cette dernière conquête du génie français l'un de mes vieux amis, parisien sceptique: «Oui, me répondit-il, c'est nous qui avons découvert l'auto; ce sont les Anglais et les Yankees qui en feront de l'argent.» Cette prophétie ne s'est qu'en partie réalisée. Mais il est certain qu'avec moins de flamme créatrice et plus de lenteur dans la conception, l'Anglo-Saxon l'emporte sur le Français par l'esprit d'organisation, la continuité dans l'effort, la ténacité. Nous avons beaucoup à apprendre les uns des autres...»
Lord Northcliffe est donc partisan d'une cohésion toujours plus étroite entre la France et l'Angleterre,--militaire, navale, commerciale et linguistique. Il croit que de nombreux mariages franco-anglais auraient d'excellents résultats et, en particulier, celui d'écarter ce qui est à son avis le plus grave danger de la France: la dépopulation. Il estime que de chaque côté du Détroit nos enfants devraient parler deux langues: le français et l'anglais. Enfin s'il était autrefois l'adversaire du tunnel sous la Manche, dont la capture aurait pu mettre dans la main prussienne la clef de l'Angleterre, il le préconise à présent aussi bien que le service postal aérien entre Londres et Paris, en attendant celui des voyageurs...
Mais surtout il n'oublie jamais de rappeler la dette contractée envers la France. Ses articles et ses discours en font foi. Plusieurs semaines avant l'intervention des Etats-Unis, il les invitait publiquement à nous prouver leur gratitude historique en nous aidant à ranimer nos industries et à porter l'écrasant fardeau de nos charges financières. Depuis, il ne manque jamais une occasion de défendre nos intérêts économiques. Au cours des discussions et des allocutions si importantes de l'_Imperial War Conference_, à propos du tarif préférentiel accordé aux marchandises des Dominions et des bases nouvelles de la politique économique mondiale, le _Times_ et le _Daily Mail_ ont su à l'occasion revendiquer des droits que d'aucuns seraient parfois tentés d'oublier. «La prospérité économique de nos alliés, assurait un article du _Daily Mail_ est presque aussi importante pour nous que la nôtre propre.»
Et nous pouvons compter sur lord Northcliffe quand se dresseront les problèmes de la reconstruction interalliée; par exemple, celui de notre marine marchande dont, empêchés par la défense urgente de notre territoire et la mobilisation immédiate de tous nos hommes, nous n'avons même pu réparer les unités alors que, dans les chantiers de constructions navales de la Grande Bretagne et des Etats-Unis se préparent avec fièvre des flottes commerciales formidables.
Des deux frères qui ont lutté et souffert côte à côte, couru les mêmes risques, frôlé la même mort, serait-il équitable que l'un, le _boy_ en kaki, revînt dans un palais, l'autre, le poilu bleu pâle, dans une maison en ruines? Lord Northcliffe ne veut pas de cette injustice. Il écrivait dans le _Petit Parisien_ quelques semaines avant l'armistice:
«Quand un de mes amis anglais me dit: «Nous aidons la France», je réponds: C'est vrai, mais c'est dans les champs, les fermes, les châteaux et les villes de France que nous luttons contre la brute: la France est le champ de bataille de la civilisation...
«Je ne crois pas à l'ingratitude des nations. Elles sont beaucoup plus reconnaissantes que les individus... Les actions individuelles s'oublient; celles des peuples sont inscrites dans l'histoire et l'histoire qu'enseignent les écoles vit dans le cœur des hommes. Quand on fera le tableau de cet immense cataclysme, on constatera que la dette contractée envers la France a été acquittée, et acquittée au-delà. Mais l'humanité ne pourra jamais s'en libérer entièrement. Jamais on ne paiera à leur prix ces jeunes vies héroïques offertes par tant de Français, ni les souffrances infligées aux habitants des provinces envahies.
«Je me permets de prophétiser que tout ce qui se pourra compenser le sera largement et qu'on s'efforcera de rendre à la France ce qui lui est dû des deux mains et de tout cœur...»
A une alliance fondée sur le sentiment le plus désintéressé, trempée par la souffrance, fortifiée par l'estime, nécessitée par la menace de l'avenir il faut encore et surtout le lien des intérêts communs.
Ces paroles émues de lord Northcliffe, l'un des grands constructeurs du monde futur, nous sont un gage précieux que l'on y pensera de l'autre côté du Détroit. Et selon la parole d'un de nos hommes politiques, «ceux que la guerre a unis ne se sépareront pas après la paix, car il y aura entre eux de l'ineffaçable...»
_Le Gérant_: EDMOND SCHNEIDER.
[Illustration: logo imprimeur.]
TABLE DES MATIÈRES.
Pages. Une force de la nature... ou de la science. 5 La famille Harmsworth. 8 Un journaliste de 15 ans. 10 Directeur de journal à 20 ans. 12 Lady Northcliffe. 14 Alfred le Grand. 15 Le _Daily Mail_. 18 Le Napoléon de la Presse. 21 Lord Northcliffe grand "reporter". 22 L'homme d'affaires. 24 Une journée de lord Northcliffe. 28 Idéaliste et réalisateur. 34 Travail et voyages. 35 Lord Northcliffe administrateur. 40 Avant la guerre. Les campagnes contre le "danger allemand". 43 Pendant la guerre: Pour la victoire et pour la France. 48 Les missions de lord Northcliffe. 53 Les idées politiques de lord Northcliffe. 57
Le Fait de la Semaine
LIBRAIRIE GRASSET, 61, Rue des Saints-Pères
ABONNEMENTS France Étranger La Série de =25= numéros =15= fr. =20= fr. La Série de =50= numéros =30= fr. =40= fr.
NUMÉROS PARUS:
I. Jean JAURÈS.
II. Petite histoire politique de l'ANGLETERRE depuis 1914.
III. Ce qu'un Français doit savoir des ETATS-UNIS.
IV. L'Œuvre de guerre du Parlement.
V. Ce qu'un Français doit savoir de la MARINE MARCHANDE.
VI. Petite histoire de l'ALLEMAGNE depuis 1914.
VII. Le devoir de l'argent, par Novus.
VIII. La houille blanche.
IX. Perdons-nous la RUSSIE?
X. Ce qu'un Français doit savoir de l'ITALIE.
XI. LA POLICE, ce qu'elle est, ce qu'elle devrait être.
XII. Les persécutions anti-helléniques en Turquie.
XIII. Le droit des MUTILES.
XIV. L'arme économique des alliés.
XV. La Défense de L'ORIENT et le rôle de l'Angleterre.
XVI. L'Esprit de Conquête.
XVII. Le Statut de la Terre.
XVIII. Mémoire du Prince Lichnowski.
XIX. Histoire du CREDIT EN FRANCE.
XX. Les Grandes Fourragères.
XXI. Mémoire du Docteur Muehlen.
XXII. Petite Histoire de l'Alsace-Lorraine.
XXIII. Comment fonder une Coopérative.
XXIV. Guide du Réfugié et du Rapatrié.
XXV. Les Sophismes de Paix.
XXVI. Pourquoi les Américains sont venus.
XXVII. Les Régions économiques.
XXVIII. Les Chemins de fer interalliés.
XXIX. Qu'est-ce qu'une banque.
XXX. Le Contrat de Travail des Mobilisés.
XXXI. Réquisitoire contre l'Allemagne.
XXXII. La Démocratie sociale.
Impr. F. Durand, 18, Rue Seguier, Paris.
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