Part 4
Eccl. iii.
La benediction du pere rend les maisons des enfans fermes: mais la malediction de la mere demolit les fondemens.
Maxi.
Les peres qui, en oubliance & mespris de leur sang par les allechemens & mignardises des marastres malicieuses, cherchent d’exhereder leurs propres enfans & d’en supplanter des estrangers, sont grandement à blasmer et despourveuz de leurs sens & entendement.
Erasm.
Un bon pere se doit plustost efforcer à delaisser à ses enfans bonne & honneste renommee qu’abondance de bien, pour ce qu’il est transitoire: mais le bon bruit est immortel.
Par vertu on peut acquerir or & argent: mais par or on ne peut acquerir bonne renommee.
Nava.
Le pere doit employer toute la peine qu’il prend, à faire soigneusement endoctriner ses enfans en bonnes moeurs & en la craincte du seigneur.
Bito.
Il n’y a rien qui soit plus à craindre, que d’avoir des enfans qui denigrent de l’honnesteté du pere.
Pytha.
Tel que tu auras esté envers ton pere, tels aussi seront tes enfans envers toy.
Papir.
Si le pere cognoist que son enfant soit docile & de bon esprit, il ne doit rien espargner pour le faire parvenir aux sciences des bonnes lettres.
Beren.
Le pere ne doit rien plus desirer, que d’avoir son enfant bien apprins & sçavant, lequel non seulement doit souffrir d’estre vaincu de luy, en tout genre de loüange & de vertu, mais aussi estimer que l’honneur & dignité de son fils luy est une palme de victoire.
Patric.
Ce qui rend plus tenu & obligé un enfant envers son pere, est quand il congnoit que par son moyen il a esté instruit, et est parvenu à la cognoissance des bonnes lettres.
Caius.
Alexandre confessoit qu’il n’estoit point moins tenu à son precepteur, qu’à son pere, pource que l’un luy avoit donné le commencement de vie, & l’autre luy avoit donné la maniere de bien & vertueusement vivre.
Prosperité.
Perian.
Si tu es en prosperité, gouverne tes affaires avec modestie: & en adversité, avec prudence.
Ne te fie à la prosperité, par ce qu’il n’y a chose plus muable que fortune.
Raison.
Patric.
Raison est la gouvernante, & maistresse de tous les faicts loüables sans laquelle lon ne peut rien dire ne penser qui soit bon: C’est celle la qui nous separe des bestes, & faict que nous sommes veuz approcher de la nature des Dieux.
Religion.
Vives.
Religion & pieté Chrestienne, tend à ceste fin, que d’introduire une serenité & tranquillité dedans les esprits humains: à fin qu’estans paisibles & mortifiez, en nos affections, nous soyons semblables à Dieu et aux Anges.
Renommee.
Ovide.
L’homme, apres son Ame n’a rien plus cher ne precieux, que bonne Renommee, laquelle une fois perdue, est tenu en mespris.
Plin.
Plusieurs craignent la mauvaise renommee: mais peu craignent leur conscience.
Thal.
Efforce toy d’acquerir bonne renommee, & la grace d’un chacun.
Reprendre.
Vives.
Ne reprens autruy, que premier tu ne vois sur toy s’il y a rien à prendre.
Vives.
Croy que celuy t’ayme, qui te reprend amiablement.
Vives.
Si tu trouve mauvais d’estre reprins, fay que tu ne commette chose digne de reproche.
Resjoüir.
Vives.
C’est à faire à l’homme cruel de se resjoüir du mal d’autruy.
Vives.
Il ne te faut point trop resjoüir s’il t’est venu quelque accroissement de bien à l’adventure: car il y a si grande mutation de fortune en toutes choses, que souvent douleur est voisine de folle & vaine resjoüissance.
Riche.
Patric.
Il ne faut pas s’enrichir au dommage & detriment d’autruy.
Richesses.
Perian.
Il advient peu souvent, que l’on soit excellent en richesses et en bonté.
Pythag.
Il est malaisé de retenir le cheval sans frain, ne aussi les richesses sans prudence.
Vives.
Richesses ne sont point pierres precieuses, rares metaux, bastimens sumptueux, ne beaux meubles: mais sont n’avoir faute des choses qui sont necessaires pour la garde & tuition de la vie humaine.
Vives.
Si tu n’es pourveu de richesses, garde toy bien d’en acquerir avec perte de la moindre vertu du monde.
Vives.
Avoir trop grande abondance de richesses, qu’est-ce autre chose qu’une pesante charge, & empeschement de trop de bagage.
Calm.
Richesses ne peuvent honnorer l’homme sans vertu: mais vertu sans richesses donne grand lustre et credit à l’homme vertueux.
Democ.
Si tu ne desire point de richesses, le peu te semble beaucoup.
Simoni.
Simonides interrogué lequel il aymeroit le mieux, ou richesses ou sçavoir, dit, J’en doubte: mais je voy tousjours les sages portez des riches.
Sage.
Patric.
On vient plustost à bout des grandes affaires par le conseil d’un sage homme, que non point par les opinions de plusieurs indiscrets.
Platon.
Un homme sage ne se courrouce point quand on le vitupere: et ne se glorifie point quand on le loüe.
Cicero.
Il n’y a rien qui soit plus à blasmer à un sage, que de dire, Je n’y pensois pas.
Sagesse.
Vives.
Sagesse est de se cognoistre soy-mesme.
i. Co. iii.
La sagesse mondaine est follie vers Dieu.
Sacrifice.
Vives.
Le vray sacrifice que nous devons à Dieu, est de purger nostre Ame des perverses affections, de ne porter rancune à nostre prochain, nous mettre en devoir de profiter à un chacun.
Santé.
Vives.
Santé est bonne habitude, tant du corps que de l’Ame.
Secret.
Socrat.
C’est simplesse contempler les secrets de Nature, & negliger l’estat de nostre vie.
Thales.
Ce que tu entreprens, tiens-le secret, à fin que si tu ne viens à ton attente tu n’en sois mocqué.
Sepulchres.
Patric.
La mode des Egiptiens, est de faire bastir des magnifiques & somptueux sepulchres, estimant que par leur folle & superstitieuse religion, ils peuvent servir de domicile aux morts.
Sobrieté.
Patric.
Sobrieté conserve nostre santé, faict la vie de plus longue duree, conduit l’esprit, & le corps entier, & sain jusques à la fin de l’aage.
Socrat.
Socrates par sa grande sobrieté ne fut jamais trouvé malade.
Temperance.
Chal.
Temperance est celle qui dompte les pensees: & qui deffend à l’homme de ne desirer que chose licite.
Temerité.
Isocra.
Temerité & folle hardiesse sans advis ne conseil, mettent souvent l’homme en danger.
Temps.
Vives.
Le temps consomme toutes choses, et esclarcit les choses faulses, & faict que les vrayes sont cognues.
Patric.
Le temps est plus precieux que toute autre chose car quand il est passé ne se peut recouvrer.
Chilo.
Ne pers point ton temps: car il n’y a rien si clair & precieux qu’iceluy, lequel soudain & avec un moment s’envole.
Verité.
Patric.
Tu dois porter telle reverence à la Verité, que pour chose, tant soit de grande importance, ne t’en dois varier n’avoir aucun respect aux richesses, amys, prieres, ou crainte de mort.
Cicero.
Le proffit de mesnage n’est point de longue duree: aussi le dommage de verité ne nuit pas longuement.
Vives.
Il y a tousjours consentement du vray avec le vray: mais ce qui est faux ne s’accorde avec verité ny avec mensonge.
Vives.
La reputation que tu auras d’estre veritable, aura plus de foy que tous les grands sermens que les autres feront.
Vertu.
Horace.
Celuy qui desire attaindre & parvenir au degré de vertu, ne peut sans peine et labeur.
Vives.
Vertu est une pieté & affection envers Dieu & les hommes, & volonté de bien faire.
Cicero.
Vertu ne peut estre au regne de volupté.
Vives.
Tout ce qui se faict avec vertu ne peut estre que honneste & loüable.
Bias.
Disputer de vertu & vivre en peché sont actes differents.
Patric.
Entre les choses de ce monde, vertu est la plus excellente.
Vale.
Vertu est fuir vice comme ennemy capital, & hair ceux qui sont addonnez à volupté mondaine.
Cicero.
Vertu est aucunement affoiblie par oysiveté & reforcee par peine & travail.
Horace.
Celuy qui a vertu, a tout ce qui luy est necessaire.
Cicero.
Il est trop meilleur servir à vertu, par peine & labeur (cognoissant qu’apres s’ensuit un loyer de gloire & honneur) que servir à volupté avec plaisir charnel, qui n’apporte que tristesse & mort.
Caton.
Si vous faictes chose (disoit Caton) vertueuse, le travail et le labeur se departiront: & le bien faict tant que vivrez vous demeurera: Mais si vous faictes quelque chose par oysiveté, & plaisir desordonné, votre volupté en un moment cessera, & le mal-faict tousjours vous accompagnera.
Solon.
Toutes choses passent, mais la seule vertu demeure entiere, qui rend son Autheur loüable: Au contraire vice est vituperable qui rend son Autheur infame.
Cicero.
Celuy est digne de loüange, qui par sa vertu est parvenu en hault estat, & non pas celuy qui par richesses, faveurs, & par la calamité d’autruy est eslevé en dignité.
Les coeurs des humains sont esmeuz à aymer, quand ils cognoissent parfaictement la vertu de ceux avec lesquels ils hantent.
Lact.
Si vertu eschet à l’homme, il luy eschet aussi la beatitude & felicité.
Cicero.
Il y a en nous des semences de vertu, lesquelles si nous laissons venir en accroissement, il n’y a doubte que naturellement, nous ne parvenions à une fin heureuse.
Patric.
Alexandre souloit dire qu’il aymoit mieux surmonter les autres en vertu qu’en puissance.
Cicero.
Plusieurs s’attribuent le nom de vertu, mais ils ignorent ce qu’elle vault.
Thal.
Vertu fuit le vice comme son contraire, Qui veut acquerir le renom d’estre estimé vertueux, faut qu’il s’abstienne de tous vices, non seulement des vices exterieurs, mais aussi des interieurs qui demeurent en la pensee.
Thal.
Addonne toy aux choses vertueuses, & honnestes, à fin que tu en puisses avoir honneur & bonne renommee.
Solon.
Vertu est loüable de soy, laquelle porte son honneur avec elle, & bien souvent est loüee des meschans, contre leur gré: elle ressemble à la palme, que tant plus est courbee contre bas, tant plus elle se redresse en hault: aussi tant plus vertu est oppressee, tant plus est resplendissante.
Vie humaine.
Lact.
Combien que ceste vie humaine soit remplie de plusieurs calamitez: ce neantmoins est desiree d’un chacun.
Alcib.
Il ne faut rien desirer en la vie humaine, sinon ce qui est conjoinct avec vertu & honnesteté.
Patric.
La vie d’un bon homme privé est trop plus seure que la vie de celuy qui a charge.
Vives.
Le temps de dormir n’est compté entre le temps de vie, car la vie n’est que veue.
Volupté.
Platon.
Volupté est le nourrissement de tous maux, elle tue & pervertit la bonne nature de l’esprit, rompt & debilite le corps, hebete l’entendement, oste le conseil de raison.
Cicero.
Volupté est l’amorce de tous maux, par laquelle les hommes sont prins comme le poisson à l’ameçon.
Perian.
Les voluptez du corps se passent bien tost, mais vertu demeure.
Fin.
RENCONTRES FACECIEUX
d’aucuns sçavans personnages.
Quelqu’un admonestant Diogenes, luy dit, pourquoy, vu qu’il estoit deja vieil, il ne se deportoit de tant travailler: auquel il respondit, Si je courois au jeu de prix, il me fauldroit laisser la course quand je seroye prochain du bout de la lice.
Quelquefois un sophiste pour monstrer son sçavoir disputoit hautement & avec ostentation des choses celestes: auquel Diogenes dit, Vrayement tu en parle comme sçavant, & pense qu’il n’y a guere que tu es venu du Ciel.
On demanda à Diogenes à quelle heure l’homme pourroit prendre sa refection: lequel dit, S’il est riche quand luy plaira, & s’il est pauvre quand il pourra.
On demanda à Diogenes quand c’est qu’il seroit bon se marier: lequel respondit, Aux jeunes il n’est pas encores temps, & aux vieux jamais.
Alexandre ayant pris un escumeur de mer, luy demanda, de quelle authorité il deroboit sur la mer: de la mienne, dit-il: Et pource que le fais avec un petit Brigandin, on m’appelle Pirate: mais toy qui le fais avec une grosse armee, tu es appellé Roy.
Cesar voyant à Rome un estranger qui portoit des petits cinges & des petits chiens pour plaisir, demanda si en son pays on ne faisoit point d’enfans.
Agasides voyant qu’un sophiste exaltoit fort une petite matiere, dit, tu ne serois point bon cordonnier, de vouloir accommoder un grand soulier à un petit pied.
Diogenes disoit que les paillardes estoient semblables au vin doux destrempé avec du venin, pource (disoit-il) qu’elles apportent au commencement un petit plaisir: mais apres une perpetuelle douleur & repentance.
Diogenes disoit que ceux qui parloient disertement de vertu & ne vivoient point selon raison, estoient semblables à un Luth, le son duquel resjoüissoit les hommes, mais de soy il n’en sentoit rien.
Diogenes voyant un joueur d’instrumens accorder sa harpe, luy dit, N’as tu point de honte que tu peux si parfaictement accorder ton instrument de bois, & tu ne peux accorder ta vie selon raison.
Diogenes interrogué par quel moyen on se pourroit mieux venger de son ennemy, dit, En se monstrant homme de bien et vertueux.
Quelqu’un reprochoit à Xenophanes, qu’il estoit craintif, et qu’il n’osoit joüer aux detz avec luy: lequel respondit, il est vray que je suis craintif, encores plus que tu ne dis, mais est aux choses deshonnestes.
Themistocles faisant decreter un sien heritage dit au crieur, crie qu’il y a de bons voisins.
Caton se repentoit de trois choses, d’avoir dit son secret à femme, d’avoir navigé sur mer, quand il pouvoit aller sur terre, & d’avoir passé aucun temps sans apprendre.
Fin.
Le mien desir n’est point mortel.
NOTE DU TRANSCRIPTEUR
L’orthographe et la ponctuation sont conformes à l’original. On a distingué les lettres i/j et u/v. Quelques erreurs manifestes ont été corrigées.