part d
’être venue... puisque je m’en moque!... Non, non, ne te dérange pas... Au revoir!
Quelques minutes plus tard, Noëlia sanglotait, appuyée à mon bras, le long de l’obscur sentier qui conduisait à sa petite maison de Vilhane... Pour dire quelque chose, ou pour paraître, par courtoisie, plus furieux que je ne l’étais en somme, je m’écriai:
--Ah! si jamais je découvre le mouchard... ou la moucharde...
Les sanglots cessèrent brusquement, et ma compagne, d’une voix rauque:
--Ne cherche pas: c’est moi.
Je ne répondis pas. Nous étions au plus touffu du taillis, je ne distinguais plus le sentier. Elle me prit la main: «Suis-moi». Je la regardai: ses yeux, au moment où ils se tournèrent vers moi, promenèrent horizontalement dans le noir deux clartés fugitives et très pâles.
III
ΑΡΤΕΜ... ΙΕΡ...
Ève venait de me rejoindre auprès de la balustrade de la terrasse. C’était au matin de notre dernier jour de Castelcourrilh.
Nous nous assîmes auprès d’une immense urne de grès, déjà dépourvue de son arbuste ou de sa plante. Un clair soleil inondait le sable où se profilaient en bleu cru nos ombres confondues; un gros orage avait grondé et crevé dans la nuit. Maintenant tombait du ciel lavé une lumière fraîche, neuve, sous laquelle les feuilles périssables des bois et les rochers éternels étincelaient également, en brun ou en roux, en blanc ou en gris.
Ève bavardait gaiement, un bras autour de mon cou. Je sentais son haleine effleurer mon visage, aussi pure que les brises de cette belle matinée. Elle bavardait... bavardait sur un ton que je ne lui connaissais pas, qui semblait vouloir se mettre en harmonie avec la jeune couleur du temps: les yeux mi-clos ou détournés de son visage, j’aurais pu croire avoir auprès de moi non plus la vierge orgueilleuse, mais une très petite fille qui rêve de trouver le bonheur dans une définitive soumission.
Je ne sais si, dans cet instant, je l’en chéris moins ou davantage. Je ne voyais clairement en moi-même que l’ennui de ne pas retrouver celle que j’aimais; ne m’avait-elle pas plu indomptée, farouche, presque brutale? Pourquoi faut-il qu’à chaque seconde les amants voient se modifier l’image qu’ils pensaient vénérer telle quelle à jamais, sur le maître-autel de l’intérieur sanctuaire? Mais elle-même devait éprouver une impression analogue.
--Qu’as-tu donc ce matin? me demanda-t-elle... Je ne te reconnais plus.
Je fis mentalement mon acte de contrition amoureuse. Puis, modestement, pour me consoler de divers regrets, j’exposai celui de mes vœux multiples et capricieux qui me semblait le plus naturel et le plus mondainement réalisable:
--Je voudrais t’épouser bientôt... Car, maintenant, la fête de nos fiançailles est finie. Paris m’attend... Ce n’est pas drôle.
--Ce n’est pas drôle, concéda-t-elle. Mais est-ce bien pour cela seulement que tu es triste? Avoue que tu m’en veux un peu, à cause de cette scène d’hier soir?
--Je te jure que non.
--Tu as tort, puisque je m’en veux moi-même... C’était bête... bête!... Je n’en reviens pas d’y être mêlée... Je ne sais à quel sentiment j’ai obéi... Car enfin, je n’ai aucun droit sur toi, encore... Si j’étais venue là pour tuer cette fille, cette ennemie, c’eût été compréhensible, excusable; mais non... et, la preuve, c’est qu’elle a eu son front au bout de mon revolver et que je n’ai pas tiré... Pourquoi suis-je venue?
Elle dit encore:
--Me pardonnes-tu?
--Ma chérie, je t’en prie...
Elle fondit en larmes:
--Tu as bien tué _l’autre_, toi... ou tout comme. Mais il y a pire: non seulement je m’en veux, mais j’ai honte de moi; je t’ai dit, hier, moi qui ne mens jamais, que tu pouvais bien user de tes droits sur ta vilaine... que cela m’était indifférent?... Eh bien, cette nuit...--tu étais avec elle, parbleu!...--j’ai compris que j’avais menti en parlant de la sorte, que je souffrais comme une sotte... Ah! si elle avait été en face de mon revolver alors, si elle s’y trouvait en ce moment même...
--Oh! Ève, est-ce vraiment la peine d’aller jusque-là? dis-je en essayant de sourire...
Malgré moi, je lançai aussitôt tout autour de nous des regards furtifs, comme si j’avais craint qu’en ces lieux où les murs avaient des oreilles,--mon père ne l’affirmait-il pas lui-même?--quelqu’un eût entendu les propos que nous venions de tenir. Mais non, la matinée était toute de calme, de sécurité, de lumière. La paix de la saison déclinante semblait contenir autant d’espoirs faciles qu’un très jeune cœur. Les petits, habillés et bouchonnés par mémé Zanoun, apparurent, vinrent se faire cajoler par Ève, taquiner par moi. Puis des rondes se formèrent, et d’autres couplets de la chanson de Clarecrose s’envolèrent, ailés et hésitants comme au printemps les nouveaux oiselets, sous le ciel qui semblait écouter le chœur puéril avec une infinie sollicitude:
C’étaient les Dames du Bonheur. Elles avaient des yeux couleur D’azur ou d’eau vive,--doux cœur Beau corps et clair visage!-- Des hommes ingrats et méchants, Sourds à leurs pleurs comme à leurs chants, Les chassèrent loin de nos champs Par malice et par rage. Toute leur race s’exila. Beau temps, depuis lors, s’écoula... Sont-elles mortes pour cela? Je n’en crois pas grand’chose. Elles sont près d’ici, tout près. O cœur gentil, cœur qui leur plais, Va les rejoindre en leur palais Au fond de Clarecrose!
Autant l’air était limpide, quand s’y mêlaient ces voix dignes de lui, autant je ne sais quoi d’inquiétant et de trouble altérait mon bonheur qui tantôt me paraissait trop compliqué, tantôt trop facile.
Un des gamins revint vers nous, la ronde achevée; il était tout rose, tout essoufflé et ravi.
Il grimpa sur les genoux d’Ève et m’expliqua:
--Toi, je ne t’embrasse pas, parce que tu as l’air trop méchant, aujourd’hui.
Je demandai à Ève:
--Est-ce vrai?
--Bien sûr, il a raison, ce gosse!... Qui es-tu, toi?
Le petit, qui pensait déjà à rejoindre ses camarades partis ailleurs pour d’autres jeux, dit gentiment, déjà lointain:
--Je suis ton ami...
--Tu es un amour!
Et Ève l’embrassait comme jamais--me semblait-il--elle ne m’embrasserait moi-même, avec une ferveur extasiée, avec des yeux devenus si miraculeusement clairs que je n’en ai jamais vu de tels qu’à des mourants et à un fou.
Il s’échappa. Alors Ève parut brusquement se souvenir de ma présence; privée des bras enfantins, elle se pencha de nouveau vers moi et murmura, aussi légèrement et librement que s’il eût été question d’une fleur à cueillir,--que dis-je!--d’un bouquet à acheter:
--Comme cela sera bon d’embrasser ainsi le premier des nôtres!
Le soleil montait et du sol humide, à présent trop chauffé, s’exhalait un parfum mol et moite de serre. Nous nous réfugiâmes dans un salon du château où personne n’entrait plus que par hasard. Certains l’appelaient le musée des antiques, parce qu’on y avait relégué des meubles hors d’usage: moi, je chérissais cette pièce à cause de sa fraîcheur et de son abandon, à cause aussi d’un marronnier minuscule mais bien original qui, par je ne sais quel miracle, depuis quelques années, avait trouvé le moyen de végéter entre _ré_ et _mi_, vers le milieu du clavier d’un piano défoncé, après avoir disjoint les touches...
--Reste près de moi, tout près, dis-je à ma fiancée avec une fougue, presque avec une gaîté que je ne m’étais jamais connues auprès d’aucune autre femme... Oh! tu as froid!... C’est vrai que nous venons de quitter le soleil...
Elle répondit, toute pressée contre moi:
--Tu m’embêtes; je ferme les yeux; je suis heureuse.
Les damnés gosses, dans leurs rondes, repassèrent sous les fenêtres du salon abandonné. «Au fond de Clarecrose!... Au fond de Clarecrose!...» Et nous les entendions s’esclaffer de rire, en se laissant tomber sur le derrière ou en se _bourdissant_ dans le sable quand ils en étaient au refrain...
Ève ne m’eût-elle pas posé de question que ce mot «Clarecrose», m’aurait paru inquiétant, tout au moins agaçant. Que la vie devient donc parfois difficile, quand elle et le rêve viennent ensemble au-devant de quelqu’un en se regardant d’un air hostile! Mais Ève me repoussa, boudeuse comme pour rire:
--A propos, qu’aviez-vous donc, Noëlia et toi, à vous raconter, hier soir, je ne sais quelles histoires à propos de Clarecrose... toujours de Clarecrose?
Il fallait devenir insolent ou stupidement simuler la démence. Je préférai me lever du divan à moitié crevé où nous étions assis, et, d’un ton qui devait ressembler à celui dont j’avais usé avec l’autre fiancé de ma fiancée, sur la rive du Lot, je dis rageusement, sourdement, quelques phrases comme:
--Ne me parle plus de cela. Nous partons demain, nous ne reviendrons peut-être jamais ici...
Le visage d’Ève s’illumina; je ne sentis plus sa jalousie dressée en face de mon bonheur prochain comme une défense néfaste, capable de décourager de plus dignes et de plus forts que moi.
--Je te fais toute confiance, dit-elle heureusement, puisque tu as compris toi-même qu’il valait mieux ne plus jamais revenir... plus jamais!
--Plus jamais, répétai-je, convaincu: oui... ça vaudra mieux, en effet.
--Alors, voici ce que _tu vas me permettre_ ô mon seigneur, _de t’ordonner_... A quelle heure LUI fais-tu tes adieux?
--Elle m’attend chez elle, sur la fin de l’après-midi, avouai-je très simplement... Mais j’aimerais mieux n’y pas aller...
--Tu dis cela par politesse pour moi?
Je le disais par politesse, mais aussi pour je ne sais quelles autres raisons qui ne m’apparaissaient pas clairement... Sentiments divers, confus qu’en pareil cas il est plus facile d’exprimer en bloc et rapidement par un sourire lassé, un peu fat...
--Serais-tu réellement jalouse, Ève?
--Oui, à la tuer.
--Alors, nous sommes d’accord: je n’irai pas.
Elle redevint l’image violente et guerrière que je chérissais au meilleur de moi-même:
--Tu ne me comprends décidément pas! Si je veux que tu la revoies, moi? Et non seulement je le veux, mais je l’exige. As-tu de l’argent?
Je ne saisissais pas encore. Je dis: «Bien sûr!» et tirai machinalement ma bourse...
Ève compta ce que je possédais; puis, avec gravité:
--Ce n’est pas assez. J’ai pensé à tout. Tiens...
Elle me tendait une enveloppe; elle paraissait toute prête à s’impatienter...
--Qu’est-ce que tu attends? Prends!... Puisque je te dis que ce n’est pas assez! Car elle est jolie, mieux que jolie, même... Et cela, ça se paie!... J’ai emprunté ces sous à M. de Quintecrabe. Il a bien ri quand je lui ai raconté pourquoi... Oh! quelle figure tu fais!
Je pensais qu’on ne paie pas avec de l’or les promenades à Clarecrose. Mais il me fallut bien me contenter de répondre:
--Je ne crois pas qu’elle ait agi par intérêt...
Alors, elle, sèchement:
--Admets que ce soit pour ma satisfaction personnelle et que tu ne veuilles rien lui devoir... Allons, dis-moi: à tout à l’heure... Et va lui dire adieu.
Sa voix avait frémi un peu, à peine. Elle parvint à dire gaiement:
--La journée ne va pas être drôle pour moi... Oh! certes, je ne suis pas jalouse... quoique j’aie bêtement souffert de jalousie, cette nuit, et que je souffre encore en me rappelant le ton sur lequel, à l’orée de la garenne, tu lui criais que tu l’aimais, hier... Mais oui... tu mentais... j’en suis sûre! Aide-moi à attendre demain... Que lui diras-tu, quand tu entreras dans sa maison de Vilhane?
--Ève, suppliai-je, tu vas être cause que je n’irai pas... Tu iras, si tu le veux, toi-même...
--Non. Je la tuerais.
--Alors...
--C’est vrai, je suis folle... Va, mon chéri!
Je me penchai vers elle, et nouai mes poignets derrière sa taille:
--Il n’y a que toi dans la vie... que toi!...
--Et ailleurs?
Que répondre? Je resserrai mon étreinte; mes baisers, ivres de ses larmes, s’égaraient, délaissaient son visage pour sa nuque ou pour la naissance de sa gorge qu’une mince blouse de linon laissait nues... Elle me rendait à présent, et pour la première fois, me semblait-il, baisers pour baisers, caresse pour caresse.
--Que toi dans la vie, murmurais-je toujours...
Elle appuya ses mains fines et fortes contre mes épaules, n’écartant son visage de mon visage que pour tenter de me regarder jusqu’à l’âme; et alors, de la voix que je chérissais, de la voix à la fois autoritaire et tendre:
--C’est juré? C’est juré? Je veux que tu me le jures.
Je jurai.
--Il n’y a que toi... que toi dans la vie. Et ce n’est pas assez dire: tu es toute ma vie...
Elle eut un geste spontané et qui m’émerveille encore, aujourd’hui, quand je le rappelle au plus clair de ma mémoire. M’échappant comme une eau qu’on n’essaie même pas de tenir dans sa paume, elle courut vers la croisée, l’ouvrit grande, poussa brusquement les volets. Et le soleil entra à flots, parmi des remous de poussières qu’il semblait bousculer et diriger à sa guise en vainqueur.
--Tu ne pouvais pas me faire de plus précieux compliment, dit Ève: la vie est belle... A ce soir!
Je me dirigeais déjà vers la porte après avoir tendrement, mais peut-être trop respectueusement à son gré, pris congé d’Ève, quand elle me rattrapa par la manche. Une exaltation que je ne lui connaissais pas encore avivait son teint mat et l’éclat de ses yeux bruns; elle supplia:
--Une seconde encore... Oh! j’ai peur, tout à coup... Pourquoi ai-je peur?
--Je t’assure, lui dis-je, qu’il vaudrait mieux pour nous me dispenser de cette visite, là-bas... Te voici toute nerveuse... Il serait si simple de...
--Tu ne me comprends pas, s’écria-t-elle en frappant du pied... J’ai peur, j’ai peur, et voilà tout!... Mais toi-même... Oh! tu es tout blanc... regarde-toi!
C’était bien la peur, en effet, une peur pareille à celle que nos ancêtres avaient connue aux mêmes lieux et qui semblait revenir vers nous du fond des âges héroïques et farouches; la peur en plein jour et en plein amour, la peur que rien ne justifie ou n’excuse: un voile noir qui tombe entre les choses et les victimes, un invisible poing qui se crispe autour des gorges de celles-ci; le comble, c’est qu’alors on essaie de rire... Notre rire sonna presque aussi faux que les cordes du vieux piano sur les touches duquel je m’étais par mégarde appuyé, en reculant devant je ne sais quoi.
Ève me dit:
--Va-t-en. Nous sommes stupides. Je vais me mettre sous la protection de la Vierge, dans ma chambre. Ne te moque pas: hier, j’ai eu aussi quelques pensées noires; alors, je suis allée chercher la petite statue, dans la chapelle; je lai installée à mon chevet... et j’ai été heureuse comme quand on s’éveille d’un vilain rêve, tout de suite... Maintenant, écoute... écoute-moi... je veux que, ce soir...
Elle cacha sa figure contre mon épaule:
--Tu me comprends?... Enfin, je veux être ta femme... oui, dès ce soir... ta femme. Je ne sais pas de quoi j’ai peur, mais, ce dont je suis sûre, c’est que je n’aurai plus jamais peur, ensuite, plus jamais... Aussi,--c’est un grand serment que je fais!--je jure d’être à toi avant de quitter Castelcourrilh...
Elle ajouta, avec un rire un peu nerveux:
--Comme cela, toi, tu ne seras plus qu’à moi toute seule!... Et, tu sais, si papa s’avise de venir voir chez moi... chez nous, ce qui se passe... (Cette fois, enfin, son rire sonna franchement...) c’est moi, tu entends, qui lui botterai le derrière!
* * * * *
Je la revis dès mon retour de Vilhane; elle me guettait à l’endroit où le petit chemin débouche dans le parc, et son visage exprimait une telle anxiété, un tel bouleversement moral que j’en conçus quelque honte pour elle. Comment ne pas la soupçonner en pareille circonstance d’être le jouet d’une assez vaine jalousie? Je lui en voulus un peu de se montrer si faible; sa généreuse énergie m’avait plu autant que sa beauté, et je redoutai même, quelques secondes, de lui faire l’offense d’une désillusion sincèrement éprouvée.
--Alors, comment cela s’est-il passé?
Mais tout s’était passé très bien! Que pouvais-je répondre d’autre? Ma situation se compliquait assez douloureusement; quels sentiments d’ailleurs plus vexants à élucider que ceux qui s’agitaient en moi durant ces instants cardinaux de mon existence? En dépit de mon âge et de la fatuité où il se complaît assez volontiers, la duplicité de mes bonnes fortunes se présentait à moi comme un procès difficile à débattre... Où Noëlia et Ève ne voyaient sans doute que jeu de rivales, je me sentais juge, et mon jugement n’aboutissait qu’à me persuader de l’inutilité néfaste de leur haine mutuelle,--néfaste puisqu’elle diminuait en moi ce qui me les rendait précieuses l’une et l’autre, la clarté triomphante de celle-ci et la flamme voilée mais non moins puissante de celle-là.
Avenir et passé, réalité et rêve. Pourquoi est-il des âmes incapables de choisir entre la mollesse et la vertu ou inégales à supporter ces deux biens, qui ne sont pas d’ailleurs toujours là où certains principes,--vieux serviteurs aveugles et sourds,--nous conseillent de les chercher? Quelles raisons avaient de se haïr la future mère de mes enfants et mon hôtesse de Clarecrose?... Mais pouvais-je expliquer cela à des femmes, tandis que j’apportais mes plus grands soins à n’en pas discuter avec moi-même, par paresse ou incapacité?
Tout s’était bien passé, ai-je dit. Noëlia m’avait reçu dans la chambre hâtivement aménagée où elle dormait durant le jour, sous la garde d’une servante étrangère, d’une vieille espagnole nommée Amparo qu’elle avait ramassée à Bordeaux quelques mois auparavant. Elle avait tendu les murs de voiles persans, jeté çà et là sur des divans et des fauteuils d’osier des coussins baroques. Un chat gris et fort beau, que mon entrée parut dégoûter, hérissa ses poils, jura, cracha quand je parus et disparut sous un meuble... Les reliefs d’un déjeuner sommaire et fantaisiste traînaient sur un guéridon: des raisins, des nèfles, des bonbons, du champagne... J’avais fréquenté déjà assez de petites courtisanes pour ne m’étonner en rien de tout ceci, de la