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Part 5

Il ne vint à l’idée de personne, dans la France de Louis XV, que la couronne ni même la tête de Pierre III dussent être respectées par scrupule légitimiste. Sans doute, on n’alla pas jusqu’à aider la Grande Catherine à «supprimer» son mari. Mais, vingt ans plus tôt, La Chétardie, notre ambassadeur, avait secondé de toutes ses forces la révolution qui, déjà, avait affranchi les Russes de la domination allemande et porté Élisabeth sur le trône. Cette fois, Catherine agit seule. Et lorsqu’elle annonça que son mari était mort d’une certaine «colique», on accueillit paisiblement à Paris la nouvelle de l’affaire. Louis XV écrivait du ton le plus naturel du monde, dans sa correspondance secrète: «La dissimulation de l’impératrice régnante et son courage, au moment de l’exécution de son projet, ainsi que la manière dont elle a traité ce prince, indiquent une princesse capable de concevoir et d’exécuter de grandes choses.» Mon Dieu, oui, c’est un monarque qui a écrit cela de la suppression d’un autre monarque...

Plus timoré ou plus délicat que La Chétardie, notre ambassadeur, en 1762, pressentant ce qui allait arriver à Pierre III, avait cru bon de s’absenter de son poste. Il faut voir comme il fut rabroué pour n’avoir pas été là au moment de cette «révolution intéressante», comme disait le cabinet de Paris. «Si Sa Majesté», écrivait le comte de Broglie à Breteuil, dans la correspondance secrète, «eût été informée à temps des moyens que vous pouviez entrevoir de faire éclore, à la mort de l’impératrice Élisabeth, la révolution qui vient d’enlever le trône au Czar, _elle vous eût certainement autorisé à préparer cet événement_, au lieu que nous avons appris depuis que le ministère a rejeté les propositions, à la vérité trop vagues, que vous lui avez faites _de chercher à mettre en jeu le mépris et la haine que les Russes portaient à l’empereur_.»

La diplomatie française, en ces temps-là, n’était pas bégueule. Elle allait à l’urgent et à l’essentiel, c’est-à-dire à l’intérêt de la France. Et puis elle n’aimait pas se laisser surprendre ou dépasser par les événements.

Au fond, que s’est-il passé en Russie au mois de mars 1917? Une nouvelle péripétie de cette lutte entre l’esprit national et les influences allemandes qui est chronique chez elle depuis deux cents ans, une répétition de ces révolutions de palais qui jalonnent l’histoire de l’Empire russe. La différence, c’est que la révolution de palais de 1917 s’est terminée dans la rue et qu’on ne sait plus trop où elle va, parce que, ne l’ayant pas prévue, on ne l’a pas dirigée. Les vieilles recettes se sont perdues.

FIN

TABLE DES MATIÈRES

PREMIÈRE PARTIE COMMENT EST NÉE LA RÉVOLUTION RUSSE Pages. Avant-propos V I.--Ce qui aurait pu sauver l’Empereur 7 II.--Le nationalisme de la Douma 23 III.--La trahison de la bureaucratie 30 IV.--Raspoutine 44 V.--La chute 54

DEUXIÈME PARTIE AUTOUR DE LA RÉVOLUTION RUSSE

I.--Quelques éclaircissements.--Un mot du _Novoïé Vremia_.--Le tsar et l’orthodoxie.--Où est la tradition? 65 II.--Phase nouvelle d’un vieux conflit.--Le parti allemand en Russie.--Dans le personnel diplomatique.--Où l’histoire se répète 73 III.--Instructions à un ambassadeur en Russie 86

Paris.--Typ. PHILIPPE RENOUARD, 19, rue des Saints-Pères.--53828.