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CHAPITRE XCVIII.

_1370, 4 décembre._ COMBAT DE PONTVALLAIN.--_19 décembre._ MORT DU PAPE URBAIN V. _30 décembre._ ÉLECTION DE GRÉGOIRE XI.--_1371, avant le 15 janvier._ AGGRAVATION DE LA MALADIE ET RETOUR EN ANGLETERRE D’ÉDOUARD, PRINCE D’AQUITAINE ET DE GALLES.--_1370, 1{ers} jours de décembre à 1371, fin de février._ SIÈGE ET PRISE DE MONTPONT, EN PÉRIGORD, PAR JEAN, DUC DE LANCASTRE.--_1371, août et septembre._ SIÈGE ET PRISE DE MONCONTOUR, EN POITOU, PAR JEAN, DUC DE LANCASTRE, ET THOMAS DE PERCY, SÉNÉCHAL DE POITOU.--_1371, fin de janvier et février._ EXPÉDITION DE BERTRAND DU GUESCLIN EN VUE DE LA LEVÉE DU SIÈGE DE MONTPONT ET SIÈGE D’USSEL.--_1371, 1er août._ COMBAT NAVAL DE LA BAIE DE BOURGNEUF. _22 août._ BATAILLE DE BASTWEILER.--_1372, premiers mois._ RETOUR EN ANGLETERRE DE JEAN, DUC DE LANCASTRE ET MARIAGE DE CE PRINCE AVEC CONSTANCE DE CASTILLE, FILLE AÎNÉE DE D. PÈDRE, D’EDMOND, COMTE DE CAMBRIDGE, FRÈRE DE JEAN, AVEC ISABELLE, SŒUR DE CONSTANCE.--_1372, 13 janvier._ MORT DE GAUTIER DE MASNY (§§ 669 à 686).

Aussitôt[1] après sa promotion à la dignité de connétable de France, Bertrand du Guesclin entreprend une chevauchée contre Robert Knolles, qui ravageait alors les marches d’Anjou[2] et du Maine; il vient tenir garnison au Mans[3]; Olivier de Clisson, compagnon d’armes de Bertrand, occupe une forteresse voisine. Jean de Menstreworth[4], l’un des chevaliers de l’armée anglaise d’invasion, combat tous les plans de Robert Knolles. Cette armée est divisée en deux corps dont le premier, sous les ordres de Robert Knolles et d’Alain de Buxhull, est déjà arrivé aux environs du Mans[5], tandis que le second corps, commandé par Thomas de Granson, resté plus en arrière, est séparé du premier par une journée de marche environ. Aussitôt qu’il est informé des projets des Français, Robert Knolles prend des mesures pour opérer la concentration des forces anglaises; il mande à Thomas de Granson, à Hugh de Calverly, capitaine de Saint-Mor-sur-Loire[6], à Robert Briquet, à Robert Cheyne et à Jean Cressewell de venir le rejoindre en toute hâte. Au moment où Thomas de Granson, à la tête de deux cents lances, exécute une marche de nuit pour répondre à l’appel de Robert Knolles, il est attaqué à l’improviste près de Pontvallain[7] par Bertrand du Guesclin et Olivier de Clisson, qui ont sous leurs ordres environ quatre cents lances. Cette bataille se livre le 10[8] octobre 1370. Les Anglais sont défaits. Les Français vainqueurs ramènent au Mans[9] leurs prisonniers. A cette nouvelle, le reste des forces anglaises se disperse; Hugh de Calverly, Robert Briquet, Robert Cheyne et Jean Cressewell retournent précipitamment dans leurs garnisons. Robert Knolles lui-même court s’enfermer en toute hâte dans son château de Derval, et Alain de Buxhull vient passer ses quartiers d’hiver à Saint-Sauveur-le-Vicomte. P. 1 à 5, 255 à 257.

[1] Bertrand du Guesclin avait été institué connétable de France, le 2 octobre 1370 (voyez le tome VII de cette édition, sommaire, p. CXVI, note 341). Le 24 du même mois, il était à Pontorson, où il conclut un pacte d’alliance et de fraternité d’armes avec Olivier, seigneur de Clisson, naguère partisan de Jean de Montfort et des Anglais, mais rallié complètement à la cause de Jeanne de Penthièvre et de Charles V depuis 1369 (Dom Morice, _Preuves de l’hist. de Bretagne_, I, col. 1631 et 1632; Secousse, _Recueil de pièces relatives à Charles II, dit le Mauvais, roi de Navarre_, p. 380 et 381). Le texte de ce curieux pacte a été publié par dom Morice d’après l’original conservé aux archives du château de Blain (_Ibid._, col. 1642 et 1643) et réimprimé par M. de Fréminville (_Hist. de du Guesclin_, p. 475 à 477). Le 6 novembre suivant, Bertrand se trouvait à Caen, où il reçut la montre de Jean de Mauquenchy, dit Mouton, seigneur de Blainville, maréchal de France, qui servit du 6 novembre au 6 décembre sous le connétable avec 7 chevaliers bacheliers et 24 écuyers (_Bibl. Nat., Pièces originales_, vol. 1433, dossier _Du Guesclin_, nº 30). Ce fut alors que le connétable, s’il faut en croire Cuvelier, distribua l’argent qu’il avait rapporté d’Espagne, engagea ou vendit sa vaisselle pour assurer la solde du corps d’armée en voie de formation (_Chronique rimée de B. du Guesclin_, II, p. 159 à 162, vers 17 969 à 18 064). Ce qui rend cette assertion très vraisemblable, c’est que, par acte en date du 7 janvier 1371 (n. st.), Charles V, dont la générosité était le moindre défaut, donna une somme de 2000 francs d’or à Thiphaine Raguenel, duchesse de Molina et comtesse de Longueville, «pour lui aidier à soustenir son estat» (Delisle, _Mandements de Charles V_, nº 742, p. 381 et 382). D’après l’auteur de la _Chronique rimée de B. du Guesclin_ (II, p. 158, vers 17 951 à 17 959), ce serait Bertrand qui aurait conseillé au roi de France de soumettre à un emprunt forcé ses officiers et les «chaperons fourrés», c’est-à-dire les gens de son Parlement et de la Chambre des Comptes. Ici encore le témoignage de Cuvelier est confirmé par les documents originaux. Il résulte, en effet, d’une foule d’actes que, de la fin d’octobre aux derniers jours de décembre 1370, Charles V soumit à un emprunt forcé les bourgeois de quelques-unes de ses bonnes villes, notamment de Paris, de Rouen, de Gournay, les conseillers au Parlement et les officiers de sa maison, entre autres le fameux Guillaume Tirel, dit Taillevent, son cuisinier (Delisle, _Mandements de Charles V_, p. 372 et 373; voyez aussi le discours que nous avons prononcé à la séance publique annuelle de la Société de l’histoire de Normandie, le 21 mars 1882, p. 10 et 11 du tirage à part). Soit qu’il crût la basse Normandie menacée par des bandes de l’armée d’invasion conduite par Robert Knolles, soit qu’il n’eût pas encore achevé la concentration de ses forces, le connétable resta à Caen jusqu’au 1er décembre 1370, jour où il envoya de cette ville aux trésoriers des guerres la montre de sa compagnie d’hommes d’armes composée de 23 chevaliers bacheliers et de 270 écuyers (Hay du Chastelet, _Histoire de B. du Guesclin_, p. 333 à 335; La Roque, _Histoire de la maison de Harcourt_, IV, 2305; dom Morice, _Preuves_, I, col. 1644 et 1645).

[2] Après avoir ravagé les environs de Paris à la fin de septembre 1370 (voy. t. VII, sommaire, p. CVII, note 316), le gros de l’armée de Robert Knolles s’était certainement avancé dans la direction de Vendôme, en passant par Chartres et Châteaudun. Dans les premiers jours du mois de novembre, les Anglais étaient arrivés dans le Vendômois «_le jour de la Toussains derrain passée_, lit-on dans une lettre de rémission datée de Paris en mai 1371, _environ le temps que Robert Canole, Engloiz, et ses adherenz noz ennemiz estoient ou pays de Vendomoys_» (_Arch. Nat., section hist._, JJ 109, nº 15, fº 128). Robert Knolles paraît avoir employé la plus grande partie du mois de novembre à s’emparer d’un certain nombre de petites places situées dans la vallée du Loir, vallée qu’il suivait pour se rendre du Vendômois à son château de Derval en Bretagne. Chemin faisant, il occupa successivement Ruillé (auj. Ruillé-sur-le-Loir, Sarthe, arr. Saint-Calais, c. la Chartre-sur-le-Loir), l’abbaye fortifiée de Notre-Dame de Vaas (Vaas, Sarthe, arr. la Flèche, c. Mayet) (_Bibl. de l’Arsenal, fonds des Belles-Lettres_, ms. fr. nº 168; _Arch. Nat._, J 179{B}, nº 12; KK 241, fº 1; JJ 109, nº 15), l’abbaye fortifiée de Notre-Dame du Loroux, aujourd’hui écart de Vernantes, Maine-et-Loire, arr. Baugé, c. Longue (_Bibl. Nat., collection de dom Housseau_, à la date du 8 janvier 1371, n. st.) et la ville du Lude (Sarthe, arr. la Flèche). Nous disons la ville, et non le château du Lude, car une lettre de rémission du mois de septembre 1371 établit que ce château, défendu par Guillaume de Meron, résista à toutes les attaques des Anglais (_Arch. Nat._, JJ 103, nº 214). Quoi qu’en dise Froissart, il paraît peu probable que Robert Knolles, pour gagner la Bretagne et son château de Derval, ait pris la route du Mans par où il savait peut-être que le corps d’armée rassemblé par Du Guesclin devait s’avancer à marches forcées pour le rejoindre; menacé d’être acculé entre le connétable de France, au nord, et Jean de Beuil, lieutenant de Louis, duc d’Anjou, au midi, le capitaine anglais dut s’échapper à l’ouest dans la direction de la Flèche, de Sablé et de Château-Gontier; c’était du reste la route la plus directe qu’il pût suivre pour se rendre à Derval.

[3] Pendant les semaines qui précédèrent la journée de Pontvallain, Bertrand du Guesclin ne tint point garnison au Mans, et Olivier de Clisson n’occupa point une forteresse voisine du Mans, comme le raconte Froissart. Deux documents, indiqués dans une des notes précédentes, établissent que, le 6 novembre et le 1er décembre 1370, le connétable de France était encore à Caen. Bertrand dut quitter cette ville dans la journée du dimanche 1er décembre et ne put guère arriver au Mans que le surlendemain mardi, dans l’après-midi du 3. Là, il apprit que l’arrière-garde de Robert Knolles, forte d’environ 600 combattants et placée sous les ordres de Thomas de Granson, était encore à Mayet (Sarthe, arr. la Flèche), gros bourg situé à une dizaine de lieues au sud du Mans. Ce fut pour barrer la route aux Anglais et les écraser au passage que Bertrand, après avoir fait au Mans une simple halte, alla coucher avec sa troupe en un lieu que Cuvelier (II, 164) appelle le «chastel de Villé». C’est aujourd’hui Fillé (Sarthe, arr. le Mans, c. la Suze), sur la Sarthe, à quatre lieues au sud du Mans dans la direction de Pontvallain et de Mayet.

[4] Jean de Menstreworth figure parmi les onze chevaliers anglais qui, par acte daté de Westminster le 10 juillet 1370, jurèrent de servir fidèlement dans l’expédition projetée en France sous Robert Knolles, Alain de Buxhull, Thomas de Granson et Jean Bourchier (Rymer, III, 897 et 898).

[5] Robert Knolles, qui se dirigeait en toute hâte vers la Bretagne pour s’enfermer dans son château de Derval, se trouvait à une grande distance du Mans au moment où Du Guesclin arriva dans le Maine pour couper le capitaine anglais de son arrière-garde et écraser cette dernière: «Le dit monseigneur Bertran, nouvel connestable, fit sa semonce des nobles et parsuy monsigneur Robert Canole, _maiz le dit Canole estoit ja entré en Bretaingne_.» _Chronique des quatre premiers Valois_, p. 208.

[6] Abbaye fondée vers le milieu du sixième siècle par saint Maur, disciple de saint Benoît, dont on voit encore aujourd’hui les ruines en la commune du Thoureil, Maine-et-Loire, arr. Saumur, c. Gennes. Chassés de Saumur en 1369, Hugh de Calverly et Jean Cressewell avaient occupé et fortifié l’abbaye de Saint-Maur, d’où ils rançonnaient le pays environnant. Cf. _Chroniques de J. Froissart_, VII, sommaire, p. LXXXII, note 244.

[7] Pontvallain, Sarthe, arr. la Flèche, à 30 kilomètres au sud du Mans.

[8] Selon toute vraisemblance, la bataille de Pontvallain fut livrée, non le 10 octobre, mais le 4 décembre 1370. Arrivé à Fillé, à 16 kilomètres au sud du Mans, sur la route de cette ville à Angers, le 3 décembre, au soir, Bertrand fut informé pendant la nuit que les Anglais, venant de Mayet, essayaient de s’échapper par la route qui va de Mayet et de Pontvallain au Lude, afin de mettre le cours du Loir entre eux et les Français; il voulut aussitôt déjouer cette tentative en accomplissant le mercredi 4 décembre une marche forcée de nuit, de grand matin, sous une pluie battante. Cuvelier nous dit que Du Guesclin et plusieurs de ses compagnons d’armes y crevèrent leurs chevaux déjà harassés par la marche rapide des jours précédents. Après avoir traversé la petite rivière d’Aune, affluent de la rive droite du Loir, le connétable atteignit les Anglais près du «château de la Fagne», mentionné dans la _Chronique normande_ (éd. Molinier, p. 107) et marqué sur la carte de Cassini. Poursuivi à travers la lande de Rigalet et les prairies qui bordent l’Aune un peu avant son confluent avec le Loir, l’ennemi prit la fuite dans la direction du Lude et de Vaas. Une croix en bois, dite la _Croix Brette_, élevée peu après l’événement à l’endroit où Du Guesclin passait pour avoir enterré ses morts, indiquait sans doute le théâtre principal de l’action. Cette croix, qui se trouvait à peu près à moitié chemin sur la route de Pontvallain au Lude, a été remplacée en 1828 par un obélisque en pierre.

[9] Loin de revenir sur ses pas et de ramener ses prisonniers au Mans, Bertrand du Guesclin donna la chasse aux fuyards jusqu’en Anjou et même au delà de la Loire; il contraignit Hugh de Calverly et Jean Cressewell à évacuer l’abbaye fortifiée de Saint-Maur-sur-Loire, moyennant, il est vrai, une assez forte rançon, pour le payement de laquelle Bertrand leva sur les marchandises passant en Loire entre Cande et Champtoceaux un subside qui se maintint jusqu’au XVIIIe siècle sous le nom de _Trépas de Loire_ (voyez notre tome VII, sommaire, p. LXXXII, note 244). Le 6 décembre 1370, deux jours seulement après sa victoire à Pontvallain, le connétable de France était à Saumur, où il passa en revue la compagnie de Mouton de Blainville, maréchal de France (voyez plus haut, p. IV, en note). Il poursuivit l’ennemi jusqu’à Bressuire en Poitou (_Grandes Chroniques_, VI, 326; _Chronique normande_, p. 199; Cabaret d’Orville, éd. Chazaud, p. 27 et 28; _Chronique rimée de B. du Guesclin_, II, p. 178 à 185, vers 18 507 à 18 704).

Après la victoire de Pontvallain, Bertrand du Guesclin et Olivier de Clisson amènent leurs prisonniers[10] à Paris; et loin de les charger de chaînes, ainsi que font les Allemands, ils les prennent à rançon courtoise et les mettent en liberté sur parole. Pendant ce temps, le prince de Galles et le duc de Lancastre, revenus de l’expédition de Limoges, se tiennent à Cognac[11].--Le pape Urbain V meurt à Avignon vers la fête de Noël[12]. Grâce à l’entremise de Louis, duc d’Anjou[13], qui se trouve sur les lieux pendant la réunion du conclave, le cardinal de Beaufort est élu souverain pontife sous le nom de Grégoire XI.--Eustache d’Auberchicourt est fait prisonnier en Limousin par un homme d’armes breton nommé Thibaud du Pont, capitaine d’un château appartenant au seigneur de Pierre-Buffière[14]; condamné à verser une rançon de douze mille francs, il en paye comptant quatre mille et donne son fils François en otage pour le reste; puis il va occuper la forteresse de Carentan[15], en basse Normandie, que lui a donnée le roi de Navarre et où il devait mourir.--Sur ces entrefaites, le vieil Arnoul d’Audrehem, qui avait été si longtemps maréchal de France, meurt à Paris[16] où l’on célèbre ses obsèques. P. 5, 6, 257 à 259.

[10] Les plus importants parmi ces prisonniers étaient Thomas de Granson, Gilbert Giffard, Geoffroi Worseley, Philippe de Courtney, Guillaume de Nevill et Hugh Spencer, neveu d’Édouard Spencer. La _Chronique normande_ (p. 197) ajoute à ces noms ceux de Richard, de David de Green et de Thomas Fillefort. Sur la prise de Granson, voyez un acte de donation fait par Charles V en septembre 1371 (_Arch. Nat._, JJ 101, nº 130).

[11] Un acte par lequel Édouard, prince d’Aquitaine et de Galles, donne à son frère Jean, duc de Lancastre, les château, ville et châtellenie de Bergerac, est daté de Cognac le 8 octobre 1370. Delpit, _Documents français en Angleterre_, p. 130 et 131.

[12] Urbain V mourut à Avignon le jeudi 19 décembre 1370. Le conclave se réunit au palais papal le dimanche 29, à six heures, et dès le lendemain, le lundi 30, Pierre Roger de Beaufort, cardinal diacre, neveu de Clément VI, fut élu pape et prit le nom de Grégoire XI. Ordonné prêtre le 4 janvier 1371, Grégoire XI fut sacré et couronné à Avignon le lendemain 5 (_Thalamus parvus_, p. 384 et 385).

[13] Louis, duc d’Anjou, partit de Toulouse le 21 décembre, arriva à Nîmes le 26 et se trouvait à Avignon le 29, lorsque s’ouvrit le conclave. Dom Vaissete, _Hist. de Languedoc_, IV, 346.

[14] Haute-Vienne, arr. Limoges. Eustache d’Auberchicourt, qualifié lieutenant en Périgord et Limousin d’Édouard III, roi d’Angleterre, avait mis le siège devant Rochechouart (Haute-Vienne) avec 400 combattants; Étienne, bâtard de Rochechouart, s’était engagé à livrer la place aux Anglais. Sur ces entrefaites, Louis, vicomte de Rochechouart, chevalier, chambellan de Charles V, appela à son secours Bertrand du Guesclin au moment où le vainqueur de Pontvallain était occupé à poursuivre les Anglais sur la rive gauche de la Loire. Le connétable dépêcha aussitôt vers le vicomte de Rochechouart un vaillant écuyer breton nommé Thibaud du Pont, qui fit lever le siège de Rochechouart, retint prisonniers les traîtres qui avaient voulu livrer cette place et instruisit leur procès le 14 décembre 1370 (_Bibl. Nat., Trésor généalogique de dom Villevieille_, t. LXV, _au mot_ GUESCLIN _d’après le carton 1er des Archives de la vicomté de Rochechouart_). Le 4 septembre 1371, Charles V fit payer 40 francs d’or à Jean du Rocher, écuyer de Bretagne, député vers le roi de France par Thibaud du Pont, écuyer, capitaine de Rochechouart (Delisle, _Mandements de Charles V_, p. 419, nº 818).

[15] Manche, arr. Saint-Lô. La vicomté de Carentan avait été cédée à Charles II, dit le Mauvais, roi de Navarre, en vertu du traité de Mantes conclu le 22 février 1354 (n. st.). Dix ans après la conclusion de ce traité, dans les premiers jours de juillet 1364, Bertrand du Guesclin, pendant le cours de son expédition en basse Normandie, avait repris Carentan; cette ville fut de nouveau cédée à Charles le Mauvais, moyennant le payement d’un subside, vers le milieu de 1365 (E. Izarn, _Compte des recettes et dépenses du roi de Navarre de 1367 à 1370_, Paris, 1885, 1 vol. in-8º, p. 33); et la garde de cette place fut dès lors confiée par le roi de Navarre à Eustache d’Auberchicourt, qui y tint grand état en compagnie d’Isabelle de Juliers, comtesse de Kent, qu’il épousa avant le 6 janvier 1366 (_Ibid._, p. 324 et 325).

[16] D’après l’opinion la plus vraisemblable, Arnoul d’Audrehem mourut à Saumur entre le 6 et le 25 décembre 1370. Les funérailles d’Arnoul et celles de Geoffroi de Charny, qui avaient été tous les deux porte-oriflamme de France, furent célébrées en même temps à Paris, dans le courant de janvier 1371; le 31 de ce mois, Ymbert le Damoisel, valet de chambre et «armurier» de Charles V, donna quittance de 370 francs pour des travaux d’armoiries, de tapisserie et de dorure exécutés à l’occasion de ces obsèques. Voyez Émile Molinier, _Étude sur la vie d’Arnoul d’Audrehem_, dans MÉMOIRES DES SAVANTS ÉTRANGERS PRÉSENTÉS A L’ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS, deuxième série, VI, p. 189 à 191, 342.

Raymond de Mareuil, chevalier du Limousin[17], qui avait abandonné le parti anglais pour le parti français[18], un certain jour qu’il revenait de Paris dans son pays natal, est fait prisonnier par les gens d’armes de Hugh de Calverly[19] et enfermé dans une forteresse appartenant à Geoffroi d’Argenton[20]. Édouard III, qui veut punir Raymond de sa défection, offre six mille francs à celui qui l’a pris à condition que l’on remettra le prisonnier entre ses mains. Informé des intentions du roi d’Angleterre, Raymond de Mareuil parvient à s’échapper par une nuit d’hiver et gagne une forteresse française de l’Anjou[21] située à plus de sept lieues du lieu de sa détention, grâce à la complicité de l’écuyer anglais qui le garde et auquel il a promis la moitié de ce qu’il possède. Rentré chez lui, il veut tenir sa promesse, mais l’écuyer anglais qui a facilité son évasion ne consent à accepter que deux cents livres de revenu. P. 6 à 9, 259, 260.

Le fils aîné d’Édouard, prince de Galles, meurt à Bordeaux[22]. Sur le conseil de ses médecins et de ses chirurgiens, le prince de Galles, atteint d’une maladie qui s’aggrave de jour en jour, prend la résolution de retourner en Angleterre. Après avoir convoqué à Bordeaux les barons de Gascogne, de Saintonge et de Poitou et leur avoir fait prêter serment de féauté et d’hommage entre les mains de son frère le duc de Lancastre, il s’embarque sur la Garonne en compagnie de la princesse de Galles, de leur jeune fils Richard, d’Edmond, comte de Cambridge[23], son frère, de Jean, comte de Pembroke, et fait voile pour l’Angleterre. Débarqué à Southampton[24], il va passer quelques jours à Windsor, à la cour du roi son père, puis il fixe sa résidence à Berkhampstead[25], à vingt lieues de Londres. P. 9, 10, 261 à 263.

[17] Raymond de Mareuil paraît avoir eu ses possessions en Périgord, sur les confins de cette province et de l’Angoumois, bien plutôt qu’en Limousin. Par acte daté de Paris en mai 1354, Jean II fit don de 400 florins à l’écu et de 100 livres de rente à prendre sur le comté d’Angoulême à Raymond de Mareuil, écuyer, lequel avait servi sous le connétable Charles d’Espagne et avait repris sur les Anglais les châteaux de Mareuil (auj. Mareuil-sur-Belle, Dordogne, arr. Nontron), de Paluel (auj. Palluaud, Charente, arr. Barbézieux, c. Montmoreau) et d’Agonac (Dordogne, arr. Périgueux, c. Brantôme), situés en Périgord (_Arch. Nat._, JJ 82, nº 196).

[18] Raymond de Mareuil s’était rallié au parti français dès le 29 juin 1369 (voyez t. VII, sommaire, p. LXXXVIII, note 263). Par divers actes datés de Paris au mois de juillet de cette année, Charles V avait donné à Raymond de Mareuil, chevalier, les châteaux de Villebois en Périgord (auj. Villebois-Lavallette, Charente, arr. Angoulême) et de Courtenay (_Arch. Nat._, JJ 100, fºs 205, 223, 288; J 426, nº 21). Palluaud et Villebois, rattachés actuellement à la Charente, ont toujours fait partie du diocèse de Périgueux et du Périgord.

[19] Le manuscrit d’Amiens ajoute que Hugh de Calverly était sénéchal de Limousin.

[20] Le manuscrit d’Amiens ne mentionne pas Geoffroi d’Argenton et parle seulement «d’un fort château où Raymond de Mareuil fut enfermé sous la garde de Thomas Percy, sénéchal de Poitou».

[21] D’après le manuscrit d’Amiens, cette forteresse aurait été la Roche-Posay (Vienne, arr. Châtellerault, c. Pleumartin), où Guillaume des Bordes et Charuel, chevaliers du parti français, auraient tenu garnison.

[22] Cf. _Le prince Noir, poème du héraut Chandos_, édit. de M. Francisque Michel, 1883, p. 277 et 278, vers 4081 à 4096. Édouard, prince d’Aquitaine et de Galles, s’embarqua à Bordeaux pour retourner en Angleterre avant le 15 janvier 1371, «circa principium mensis januarii», dit le moine de Saint-Albans, jour où Jean de Lancastre, institué lieutenant d’Aquitaine par son frère aîné, est mentionné dans un acte comme chargé du gouvernement de cette province pendant l’absence d’Édouard; le duc de Lancastre se démit de sa lieutenance dès le 21 juillet de la même année (Delpit, _Documents français en Angleterre_, p. 179).

[23] Edmond, comte de Cambridge, n’accompagna point le prince de Galles, il resta en Aquitaine avec Jean, duc de Lancastre: «relinquens post se, dit le moine de Saint-Albans, racontant le départ du prince de Galles pour l’Angleterre, in Vasconia duos fratres suos, Johannem ducem Lancastriæ et Edmundum comitem Cambrigiæ.» (_Chronicon Angliæ_ (1328-1388), éd. Edward Maunde Thompson, London, 1874, p. 67 et 68).

[24] A Plymouth, d’après le moine de Saint-Albans.

[25] Berkhampstead se trouve dans le comté de Hertford, à la distance de 26 milles anglais au nord-ouest de Londres; cette distance est donc en réalité moitié moindre que celle qui est indiquée par Froissart. C’est à titre de duc de Cornouaille qu’Édouard, prince de Galles, possédait le château de Berkhampstead, qui n’a pas cessé depuis lors d’appartenir aux héritiers présomptifs de la couronne d’Angleterre.

Jean, duc de Lancastre, fait célébrer à Bordeaux les obsèques de son neveu Édouard, fils du prince de Galles, son frère aîné. Sur ces entrefaites, Guillaume de Montpont livre son château de Montpont[26] aux hommes d’armes bretons qui tiennent garnison à Périgueux pour Louis, duc d’Anjou. A cette nouvelle, le duc de Lancastre[27], à la tête d’une armée de sept cents lances et de cinq cents archers où figurent les principaux seigneurs de Gascogne, va mettre le siège devant Montpont. Guillaume de Montpont, craignant de tomber entre les mains des Anglais, laisse son château sous la garde des Bretons qu’il y a appelés et court se mettre en sûreté derrière les remparts de Périgueux. P. 10 à 13, 263, 264.

[26] Dordogne, arr. Périgueux. c. Ribérac. Montpont était le chef-lieu d’une châtellenie comprenant dix-huit paroisses. _Montpaon_, que l’on trouve dans le texte de Froissart, est conforme à l’étymologie; les plus anciennes formes de ce nom de lieu sont _Montpao_ et _Monspavo_ (_Dictionnaire topographique de la Dordogne_, par le vicomte de Gourgues, au mot MONTPONT).

[27] A la date du 4 janvier 1371, le siège de Montpont par les Anglais durait déjà depuis un certain temps, puisqu’à cette date Louis, duc d’Anjou, qui se trouvait alors à Avignon, envoya Pierre Scatisse et Milon de Dormans, archidiacre de Meaux, demander aux États de Languedoc assemblés à Nîmes un subside de 2 francs par feu _pour faire lever le siège de Montpont_ (Dom Vaissete, _Hist. de Languedoc_, IV, 346). Le 10 février suivant, le duc d’Anjou était en marche avec Menaud de Barbazan, maréchal de son ost, _pour faire lever le dit siège_ (_Ibid._, 346 et 347). Nous établirons plus loin que Montpont tomba au pouvoir des Anglais à la fin du mois de février; et comme Froissart fait remarquer à cette occasion que le siège avait duré onze semaines, il y a tout lieu d’ajouter foi au témoignage d’un chroniqueur contemporain qui rapporte que le duc de Lancastre mit le siège devant Montpont au moment où fut livrée la bataille de Pontvallain, c’est-à-dire dans les premiers jours de décembre 1370 (_Chronique normande_, éd. Molinier, p. 200).

Le duc de Lancastre emploie vingt jours à combler les fossés qui entourent le château de Montpont avec des fascines, de la paille et de la terre; cela fait, il livre cinq ou six assauts tous les jours. Les assiégés repoussent vigoureusement ces assauts. Deux écuyers bretons nommés Jean de Malestroit et Silvestre Budes, qui commandent la garnison de Saint-Macaire[28], forteresse située à peu de distance de Montpont, se disputent à qui ira porter secours à leurs compatriotes assiégés par le duc de Lancastre; ils tirent à la plus longue paille. Le sort favorise Silvestre Budes, qui monte aussitôt à cheval et amène à la garnison de Montpont un renfort de douze hommes d’armes, sa personne comprise. P. 13 à 15, 264, 265.

[28] Gironde, arr. la Réole. L’anecdote racontée ici par Froissart est très jolie, mais certaines circonstances du récit du chroniqueur sont certainement inexactes. Outre que Saint-Macaire se trouve à une assez grande distance de Montpont, la première de ces deux localités était encore au pouvoir des Anglais en 1371. Du reste, le manuscrit d’Amiens donne une version différente de celle qui est résumée plus haut; ce manuscrit ne fait aucune mention de Jean de Malestroit et fait partir Silvestre Budes, non de Saint-Macaire, mais de Sainte-Bazeille (Lot-et-Garonne, arr. de Marmande). Sainte-Bazeille, dont le seigneur, Berard d’Albret, s’était rallié au roi de France pendant la première moitié de 1370 (voyez notre t. VII, sommaire, p. XCIX, note 293), avait pu recevoir une garnison bretonne et, en outre, cette petite place est à moindre distance de Montpont que Saint-Macaire. Par conséquent, la version du manuscrit d’Amiens est moins invraisemblable, sinon plus vraie, que celle des manuscrits de la première rédaction. A la fin de 1371, un chevalier du Périgord, nommé Pierre «de Montibus», seigneur de Saint-Jean-de-Côle (Dordogne, arr. Nontron, c. Thiviers), avait traduit devant le Parlement de Paris Silvestre Budes, écuyer, qui s’était emparé de sa forteresse de Saint-Jean-de-Côle et qui continuait de l’occuper (_Arch. Nat., sect. jud._, X{2a} 8, fº 262). En présence des deux versions de Froissart, on peut se demander si Silvestre Budes, pris à l’improviste par l’arrivée des Anglais devant Montpont, n’occupait pas alors Saint-Jean-de-Côle.

Les fossés une fois comblés au ras du sol, les assiégeants peuvent s’avancer jusqu’au pied des remparts dont ils font tomber à coups de pic une largeur de quarante pieds. Les archers anglais entrent par cette brèche et font pleuvoir une grêle de traits sur les assiégés. Les quatre principaux chefs de la garnison, Guillaume de Longueval[29], Alain de la Houssaye[30], Louis de Mailly[31], et le seigneur d’Arsy[32], envoient un de leurs hérauts en parlementaire vers le duc de Lancastre. Celui-ci, irrité de la résistance des assiégés qui lui tiennent tête depuis onze semaines, fait répondre par Guichard d’Angle, maréchal d’Aquitaine, qu’il exige qu’on lui livre préalablement Guillaume de Montpont, afin qu’il fasse justice de ce traître, et que les assiégés se rendent sans condition. Les chevaliers bretons déclarent qu’ils ne savent ce qu’est devenu Guillaume de Montpont et qu’ils se feront tuer jusqu’au dernier, si le duc ne s’engage à les prendre à rançon. Sur les instances de Guichard d’Angle, du captal de Buch et du seigneur de Mussidan, le duc de Lancastre consent enfin à recevoir à composition les assiégés. Il prend possession de la forteresse de Montpont[33], dont il confie la garde à une garnison de quarante hommes d’armes et de quarante archers placés sous les ordres du seigneur de Mussidan et du soudich de Latrau. Ces deux seigneurs, opérant de concert avec la garnison anglaise de Bourdeilles[34], se livrent à toute sorte d’hostilités contre les habitants de Périgueux[35]. P. 15 à 17, 265 à 268.

[29] D’après Froissart, la garnison de Montpont se composait de Bretons, et le nom de Guillaume de Longueval semble étranger à la Bretagne. Nous inclinons à croire que le chroniqueur de Valenciennes, plus familier avec les noms de famille de la Picardie qu’avec ceux de la Bretagne, a commis ici une confusion et qu’il a écrit peut-être Guillaume de Longueval au lieu de Guillaume de Laval. Ce qui nous le fait croire, c’est qu’un écuyer breton, nommé Guillaume de Morieux, qui fut fait prisonnier à Montpont par les Anglais et qui déposa dans le procès pour la canonisation de Charles de Blois, cite parmi ses compagnons d’armes _Guillaume de Laval_, chevalier, et Fralin de Combray, écuyer (_Bibl. Nat., ms. lat. 5381, t. II, fºs 107 et 108_). Toutefois, nous devons faire remarquer que Louis de Mailly, cité aussi comme l’un des quatre chefs de la garnison de Montpont, appartenait lui-même à une famille picarde.

[30] Eustache et Alain de la Houssaye figurent dans presque toutes les montres de Bertrand du Guesclin.

[31] Louis de Mailly était le quatrième fils de Jean de Mailly, seigneur de Talmas (Somme, arr. Doullens, c. Domart), et de Jeanne de Picquigny (P. Anselme, _Hist. généal._, VIII, 653).

[32] L’auteur de la _Chronique normande_ (p. 200) appelle cet homme d’armes: «Fouques Boules, sire d’Assi.»

[33] D’après la chronique romane de Montpellier, le château de Montpont tomba au pouvoir des Anglais dans le courant de février. «Aquel an meteyss (1371), _en lo mes de febrier_, fou pres e destrug lo castel de Montpaon en Peiragorc per lo duc de Lencastre e mossen Aymo, frayre del dich princep, losquals y avian tengut seti per alcun temps» (_Thalamus parvus_, p. 385). Vers le milieu de ce mois, Louis, duc d’Anjou, faisait porter des provisions à Montauban pour ravitailler la place (_Bibl. Nat., Quittances_, XVIII, nº 831); mais le vendredi 28 février, il était de passage à Albi et se dirigeait vers Paris, en passant par Avignon (Vaissete, _Hist. du Languedoc_, IV, 347). Par conséquent, à cette dernière date, le château de Montpont était au pouvoir des Anglais; il faut donc placer la prise de cette forteresse par le duc de Lancastre vers la fin de février 1371.

[34] Dordogne, arr. Périgueux, c. Brantôme.

[35] Tandis que Périgueux était redevenu français dès le mois d’août 1369 (voy. t. VII, sommaire, p. CII), les Anglais continuaient d’occuper Bergerac, donné par le prince de Galles, le 8 octobre 1370, au duc de Lancastre qui, par acte en date du 15 janvier 1371, «au siège devant Montpaon», avait confié la garde de cette place à Heliot Buade (Delpit, _Documents français en Angleterre_, p. 177).

Au retour du siège de Montpont, les seigneurs de Gascogne sont en butte aux incursions du comte d’Armagnac et du seigneur d’Albret. C’est principalement sur la frontière du Poitou que les hostilités sont poussées avec le plus de vigueur. Pierre de la Grézille[36] et Jourdain de Coulonges[37] commandent la garnison du château de Moncontour[38], situé à quatre lieues de Thouars et à six lieues de Poitiers[39]; Charnel[40] occupe Châtellerault avec cinq cents Bretons; et les garnisons françaises de la Roche-Posay[41] et de Saint-Savin[42] inspirent une telle frayeur que les Anglais n’osent chevaucher dans ces parages que sous bonne escorte. P. 17, 18, 277.

[36] Le fief de la Grézille, d’où la famille à laquelle appartenait Pierre tirait son nom, était situé en la paroisse d’Ambillou (Maine-et-Loire, arr. Saumur, c. Gennes). En 1369 et 1370, Pierre de la Grézille fut gratifié par Charles V de plusieurs terres situées en Anjou et dans le Maine, que le roi avait confisquées sur des seigneurs partisans des Anglais. D’après une montre de 1371, il avait dans sa compagnie 14 chevaliers bacheliers et 63 écuyers (_Bibl. Nat., Trésor généalogique_, par Dom Villevieille, au mot LA GRÉZILLE).

[37] Moncontour-de-Poitou, Vienne, arr. Loudun.

[38] Jourdain de Coulonges, que Froissart appelle Jourdain «de Coulongne», appartenait, comme Pierre de Grézille, à une famille établie de vieille date sur les frontières du Poitou et de l’Anjou. On sait que les localités du nom de Coulonges (Coulonges-sur-la-Renaize, dans le dép. de la Vienne, Coulonges-Thouarsais et sur l’Authise, dans les Deux-Sèvres) sont nombreuses dans cette région.

[39] La distance de Moncontour à Poitiers est de 45 kilomètres ou onze lieues anciennes, moitié plus considérable, par conséquent, que celle qui est indiquée par Froissart.

[40] C’est Jean de Kerlouet, non Éven Charuel, qui commandait la garnison de Châtellerault depuis la prise de cette forteresse dans les premiers jours de juillet 1370, comme Froissart l’a dit avec plus d’exactitude dans un autre endroit de sa chronique (cf. notre tome VII, p. 212).

[41] Vienne, arr. Châtellerault, c. Pleumartin. Jean de Kerlouet s’était emparé de la Roche-Posay vers le mois de juillet 1369 (cf. t. VII, sommaire, p. LXIV).

[42] Vienne, arr. Montmorillon. En 1369, l’abbaye fortifiée de Saint-Savin avait été livrée par l’un de ses moines au capitaine français Louis de Saint-Julien (cf. t. VII, sommaire, p. LXXXIII).

Grâce aux démarches de Louis de Saint-Julien et du vicomte de Rochechouart, le seigneur de Pons[43], un des plus puissants barons de Poitou, se rallie au parti français, tandis que sa femme la dame de Pons et aussi les bourgeois de sa ville de Pons restent dans le parti anglais. Le duc de Lancastre institue Amanieu du Bourg capitaine de Pons, pour défendre cette forteresse contre les incursions du seigneur transfuge. Thomas de Percy, sénéchal de Poitou, réunit à Poitiers un corps d’armée de cinq cents lances et de deux mille brigands munis de pavois pour mettre le siège devant Moncontour[44]. Noms des principaux seigneurs, soit poitevins, soit anglais, qui composent ce corps d’armée. P. 18 à 20, 277.

[43] Charente-Inférieure, arr. Saintes. Renaud, seigneur de Pons et de Ribérac, vicomte de Turenne et de Carladez, s’était décidé à faire acte de soumission au roi de France dès le mois de mai 1369 (cf. t. VII, p. LXXXVIII, note 263).

[44] La nouvelle du siège mis par les Anglais devant Moncontour parvint à Paris pendant la seconde moitié du mois d’août 1371, car les premiers mandements adressés par Charles V pour réunir un corps d’armée de secours sont datés du 26 de ce mois (Delisle, _Mandements de Charles V_, p. 417 et 418, nºs 813 à 815).

Trois capitaines de compagnies, Jean Cressewell, David Holegrave et Gautier Hewet, viennent renforcer l’armée assiégeante. Après dix jours de siège, une tranchée est ouverte, et les Anglais emportent d’assaut la forteresse de Moncontour[45]. La garnison tout entière est passée au fil de l’épée, excepté Pierre de la Grézille, Jourdain de Coulonges et cinq ou six hommes d’armes que l’on prend à merci. Thomas de Percy, Guichard d’Angle et Louis de Harcourt confient la garde de Moncontour à Hewet, à Cressewell et à Holegrave, qui disposent de cinq cents combattants et ne cessent de faire des courses en Anjou et dans le Maine. P. 20, 21, 277, 278.

[45] Moncontour dut se rendre aux Anglais à la fin d’août ou dans les premiers jours de septembre 1371. Bertrand du Guesclin et Olivier, seigneur de Clisson, envoyés au secours de la place assiégée, après avoir opéré la concentration de leurs forces dans le Maine, en Anjou et en Touraine, n’arrivèrent à Saumur que le 5 septembre. A cette date, Jean, comte de Sancerre, les maréchaux de France, Louis de Sancerre et Mouton de Blainville, étaient encore à Tours; ils ne rejoignirent Du Guesclin et Clisson que le lendemain. Le manque d’arbalétriers les empêcha de reprendre la forteresse de Moncontour, qui était déjà tombée au pouvoir des Anglais (Delaville le Roulx, _Comptes municipaux de Tours_, II, 111, nºs 506 à 509; cf. _Chronique normande_, p. 202).

Après la Chandeleur[46], Bertrand du Guesclin, qui se tient à Paris depuis sa victoire de Pontvallain, entreprend une expédition contre les Compagnies anglaises qui ravagent le Poitou, le Quercy et le Rouergue. Noms des principaux seigneurs qui prennent part à cette expédition. Apprenant qu’un capitaine anglais nommé Jean Devereux s’est emparé du château d’Ussel[47], Bertrand assiège cette forteresse. Après quinze jours de siège[48] et plusieurs assauts où Waleran de Ligny[49], fils du comte de Saint-Pol, court un grand péril, le connétable continue sa chevauchée et entre en Rouergue. Quelques-uns des plus grands seigneurs du corps d’armée français vont à Avignon présenter leurs hommages au nouveau pape Grégoire XI et au duc d’Anjou qui se trouve à ce moment de passage à la cour papale[50]. Dans le cours de sa chevauchée à travers le Rouergue, Du Guesclin se fait rendre par Thomas de Walkefare[51] les deux forteresses de Millau[52] et de la Roque-Valsergue[53] et quelques autres châteaux situés sur les frontières du Limousin. Après quoi, le connétable de France, les ducs de Berry et de Bourbon reviennent mettre de nouveau le siège devant Ussel, en s’aidant de puissants engins de guerre qu’ils avaient eu soin de faire venir de Riom et de Clermont. P. 21 à 23, 270 à 274.

[46] Le 1er janvier 1371, Bertrand du Guesclin, de retour de la chevauchée dont Pontvallain, Saumur et Bressuire avaient marqué les principales étapes, se trouvait à Paris, d’où il envoya, enclose sous son sceau du secret, au trésorier des guerres, Étienne Braque, la montre de 1135 hommes d’armes qu’il avait retenus pour servir sous ses ordres, dont 4 chevaliers bannerets, 51 chevaliers bacheliers et 1080 écuyers (Dom Morice, _Preuves de l’hist. de Bretagne_, I, col. 1647). Avant la fin de janvier, il dut se mettre en route pour porter secours à la garnison de Montpont, assiégée par les Anglais, car diverses compagnies du corps d’armée qu’il avait réuni pour cette expédition furent passées en revue à Blois du 27 au 29 de ce mois, notamment celles d’Alain de Taillecol, dit l’Abbé de Malepaye, de Girard, seigneur de Rais, d’Olivier, seigneur de Montauban, et de Pierre, seigneur de la Hunaudaie (Hay du Chastelet, _Hist. de Du Guesclin_, p. 340, 341, 344, 345; Dom Morice, _Preuves de l’hist. de Bretagne_, I, col. 1645 à 1647). Froissart se trompe lorsqu’il dit que Du Guesclin n’entreprit l’expédition tendant à la levée du siège de Montpont et marquée par le siège d’Ussel qu’après la Chandeleur ou le 2 février; il se trompe encore davantage lorsqu’il la fait coïncider avec le retour du printemps.

[47] Auj. chef-lieu d’arrondissement de la Corrèze, sur les confins du Limousin et de l’Auvergne. Ussel est bâti sur une colline de plus de 600 mètres d’élévation, près du confluent de la Sarzonne et de la Diège, affluent de la rive droite de la Dordogne, et les halles actuelles occupent l’emplacement de l’ancien château-fort. Tous les manuscrits de Froissart portent par erreur _Uzès_. Comme quelques-uns de ces manuscrits placent _Uzès_ en Auvergne, dom Vaissete en avait conclu qu’il faut lire _Usson_ (_Hist. du Languedoc_, IV, 347). En réalité, il s’agit d’Ussel, ainsi que le prouve la déclaration d’un chevalier nommé Geoffroi Budes, originaire d’Uzel-près-l’Oust, en Bretagne, qui déposa à Angers en septembre 1371 dans l’enquête pour la canonisation de Charles de Blois: «Nobilis vir dominus Gauffridus Budes, miles, de parochia de Usello, dicit quod _in quadragesima ultimo preterita_ (fin de février 1371) iste testis, in societate domini constabularii Francie, ibat apud castrum Montis Pavonis (Montpont) quod tenebatur a gentibus domini nostri regis Francie, obsessum a gentibus regis Anglie et principis Aquitanie, et ibant pro dicta obsidione levanda. Contigit quod in itinere invenerunt _castrum vocatum_ USSEL _ab hostibus regis Francie detentum_, cui castro constabularius cum suis gentibus dedit insultum» (Dom Morice, _Preuves de l’hist. de Bretagne_, II, 26). Les comptes de Jean, duc de Berry, contiennent plusieurs mentions relatives à des chevaliers ou écuyers blessés au siège d’Ussel (_Arch. Nat., sect. hist._, KK 251, fºs 31, 32 et 71 vº). Une lettre de rémission, délivrée le 18 novembre 1372 à un homme d’armes de la compagnie de Juhel Rolland, fait également mention du siège mis devant Ussel en 1371 par Du Guesclin (_Ibid._, JJ 103, fº 134, nº 285).

[48] Dès le 18 février 1371, les Français avaient mis le siège devant Ussel, puisqu’à cette date Bethon de Marcenac, chevalier et conseiller de Jean, duc de Berry, donna quittance de 40 livres tournois, que le dit duc lui avait allouées pour ses frais et dépens devant le fort d’Ussel (_Arch. Nat._, KK 251, fº 71 vº). Le 26 du même mois, les ménétriers de Bertrand du Guesclin jouaient devant le duc de Berry qui leur faisait donner 20 livres (_Ibid._, fº 31 vº). Mais le 1er mars suivant, les maréchaux de France, Louis de Sancerre et Mouton de Blainville, recevaient des montres d’hommes d’armes à Clermont, en Auvergne, où se trouvait sans doute aussi le connétable (A. du Chastellier, _Invasions de l’étranger_, Paris, 1872, in-12, p. 21). La neige, qui se mit à tomber en grande abondance, contraria les opérations des Français et les contraignit à lever le siège d’Ussel: «Tanta nix supervenit quod oportuit quod totus exercitus deslogiaret». On se dirigea vers Clermont, où Du Guesclin apprit, s’il ne le savait déjà, que Montpont, qu’il allait débloquer, était tombé au pouvoir des Anglais (D. Morice, _Preuves_, II, col. 26). Le duc de Bourgogne se tint deux jours, le dimanche 2 et le lundi 3 mars, au siège devant Ussel.

[49] Cette mention relative à Waleran de Ligny ne se trouve que dans la rédaction d’Amiens (p. 271).

[50] Après avoir essayé vainement de porter secours à la garnison de Montpont, Louis, duc d’Anjou, avait repris le chemin d’Avignon pendant la seconde moitié du mois de mars 1371; le 4 avril suivant, il faisait sa résidence à Villeneuve-lez-Avignon, d’où il manda de faire payer 30 francs aux frères de Notre-Dame du Carmel de Lodève pour être associé à leurs prières (_Bibl. Nat., Quittances_, t. XIX, nº 1164); d’Avignon, il se rendit à Paris. Dans les derniers jours du mois de mars, un écuyer de Bertrand du Guesclin, qui était resté malade à Avignon, reçut du duc de Berry une aumône de 4 livres tournois (_Arch. Nat._, KK 251, fº 32 vº).

[51] Thomas de Walkefare, sénéchal anglais du Quercy, avait été pendu à Toulouse par ordre du duc d’Anjou en septembre 1370, cinq jours au moins avant l’expédition de Du Guesclin en Auvergne (Dom Vaissete, IV, 346).

[52] Millau avait ouvert ses portes au duc d’Anjou dès le mois de mai 1370 (Cf. notre tome VII, p. LXIII, note 196).

[53] Le château de la Roque-Valsergue (Aveyron, arr. Millau, c. Campagnac) avait été emporté d’assaut par les Français dès les premiers jours de janvier 1369 (_Ibid._, p. LXIII, note 197). Cette prétendue campagne du connétable en Rouergue au commencement de 1371 est purement imaginaire.

Reddition d’Ussel[54]. La garnison a la vie sauve et peut se retirer avec armes et bagages à Sainte-Sévère[55]. Bertrand du Guesclin revient en France[56].--Robert Knolles, qui s’est enfermé dans son château de Derval après sa défaite à Pontvallain, a encouru la disgrâce d’Édouard III; il envoie alors deux de ses écuyers d’honneur présenter ses excuses au roi d’Angleterre; ces excuses, appuyées par Alain de Buxhull, sont agréées[57]. Jean de Menstreworth, convaincu de haute trahison, subit le dernier supplice[58]. P. 23, 24.

[54] Nous avons rapporté plus haut, sur les circonstances du siège d’Ussel, le témoignage d’un témoin oculaire, Geoffroi Budes. Ce témoignage confirme de point en point la version de la _Chronique normande_ (p. 201) et de la _Chronique des quatre premiers Valois_ (p. 210); il n’est fait aucune mention de la reddition d’Ussel par les rédacteurs de ces deux chroniques, dont le silence rend fort suspecte l’affirmation de Froissart.

[55] Sainte-Sévère-Indre, Indre, arr. la Châtre.

[56] A la date du 18 mars 1371, Bertrand du Guesclin était de retour à Paris, où il fit montre de 120 hommes d’armes (Hay du Chastelet, _Hist. de du Guesclin_, p. 347 et 348). On a vu plus haut que le siège d’Ussel se place pendant la seconde quinzaine de février; par conséquent le connétable, qui était sans doute encore à Clermont le 1er mars, n’avait pu trouver le temps, avant de rentrer à Paris, de faire une expédition dans le Rouergue.

[57] Édouard III ne rendit ses bonnes grâces à Robert Knolles qu’après lui avoir fait payer dix mille marcs.

[58] Arrêté en Navarre, près de Pampelune, par un écuyer que le _Moine de Saint-Albans_ nomme dans sa chronique Louis de Saint-Gilles (éd. Maunde-Thompson, 1874, p. 135), Jean de Menstreworth, envoyé par Charles V en Espagne, où il allait remplir une mission secrète auprès du roi de Castille, fut conduit en Angleterre et enfermé, en 1377, dans la prison de la Tour de Londres sous l’inculpation de haute trahison; on l’accusa surtout d’avoir arrêté, de concert avec Owen de Galles, le plan et dirigé les préparatifs d’une descente en Angleterre. Le 21 mars 1377, il fut écartelé; sa tête fut mise au bout d’une pique sur le pont de Londres, et les quatre quartiers de son corps envoyés, pour y être exposés, à Newcastle, à Caermarthen, à Bristol et à Douvres; le compte des dépenses nécessitées par cet envoi est conservé au _Record Office_. Une lettre destinée au roi d’Angleterre seul, que Jean de Menstreworth avait écrite quelques instants avant de subir le dernier supplice, fut interceptée par Henri Percy et par Jean, duc de Lancastre. Cf. _Thomæ Walsingham, quondam monachi Sancti Albani, Historia anglicana_, éd. Riley, t. I, p. 326.

Édouard III s’assure l’alliance des ducs de Gueldre[59], de Juliers[60] et dépêche le comte de Hereford[61] vers le duc de Bretagne.--Bataille navale livrée dans un havre de Bretagne, nommé la Baie[62], entre les Anglais et les Flamands; les Flamands ont le dessous et sont tous tués ou faits prisonniers.--Bataille [de Bastweiler] livrée dans la nuit de la Saint-Barthélemy[63] 1371 entre Wenceslas de Luxembourg, duc de Brabant, d’une part, Édouard, duc de Gueldre, et le duc de Juliers, d’autre part. Défaite des Brabançons. Le duc de Brabant, tous les enfants de Namur[64], le comte de Salm[65], Jacques de Bourbon[66], Waleran de Ligny, fils de Gui, comte de Saint-Pol[67], sont faits prisonniers; Gui, père de Waleran, est tué sur le champ de bataille. P. 25, 26, 274 à 276, 279.

[59] Édouard, troisième duc de Gueldre, supplanta, en 1361, son frère Renaud III, et fut blessé mortellement à la bataille de Bastweiler, le 22 août 1371.

[60] Guillaume VI, duc de Juliers, succéda en 1361 à son père Guillaume V et mourut le 13 décembre 1393.

[61] Humphrey de Bohun, l’un des protecteurs de Froissart, fils de Guillaume de Bohun, comte de Northampton, et d’Élisabeth de Badlesmore, marié à Jeanne d’Arundel, était devenu, en 1361, comte de Hereford par la mort de son oncle Humphrey, auquel appartenait ce comté; il était connétable d’Angleterre.

[62] _La Baie_ est le nom sous lequel on avait coutume de désigner dans les actes de la chancellerie anglaise, au XIVe siècle, la baie de Bourgneuf (Bourgneuf-en-Retz, Loire-Inférieure, arr. Paimbœuf), fermée du côté de la mer par l’île de Noirmoutier. Les navires flamands revenaient de la Rochelle, où sans doute ils avaient chargé des vins et avaient fait escale à Beauvoir (Beauvoir-sur-Mer, Vendée, arr. les Sables-d’Olonne), pour compléter leur chargement avec du sel. D’après les chroniques flamandes, le combat naval de la Baie de Bourgneuf fut livré le 1er août 1371, et cette date est confirmée, sinon par les chroniques anglaises, qui placent la défaite des Flamands en 1372, du moins par plusieurs actes de la chancellerie d’Édouard III. Le 1er juillet de cette année, le roi anglais chargeait deux commissaires de demander réparation des dommages dont ses sujets avaient à se plaindre de la part des Flamands, et le 26 août suivant il donnait l’ordre d’arrêter tous les individus de cette nation (Rymer, vol. III, pars II, p. 920 et 921).

[63] Froissart commet ici une légère erreur de date. La Saint-Barthélemy tombe le 24 août, tandis que la bataille de Bastweiler fut livrée le vendredi 22 août 1371.

[64] Notamment Robert et Louis de Namur, sixième et septième fils de Jean Ier, comte de Namur, et de Marie d’Artois, ainsi que leur neveu Guillaume, seigneur de l’Écluse, fils de Guillaume Ier, comte de Namur, quatrième fils de Jean Ier et de Catherine de Savoie.

[65] Henri VI, comte de Salm, marié à Adélaïde de Schoonvorst.

[66] Jacques de Bourbon, seigneur de Préaux, troisième fils de Jacques Ier, comte de la Marche, et de Jeanne de Saint-Pol.

[67] Gui de Luxembourg, fils de Jean, seigneur de Ligny, et d’Alioe de Flandre, avait épousé Mahaut de Châtillon, sœur et héritière de Gui, comte de Saint-Pol; en septembre 1367 il avait été créé comte de Ligny par Charles V.

Nouvelles escarmouches sur mer entre les Anglais et les Flamands; ceux-ci se décident à faire la paix avec le roi d’Angleterre[68]. P. 26, 27, 280 à 282.

[68] Après de longs pourparlers, un traité de paix définitif fut conclu entre Édouard III et les Flamands le 5 avril 1372 (Rymer, vol. III, pars II, p. 939).

Le roi de Majorque[69], fait prisonnier par D. Enrique de Trastamar, roi de Castille, recouvre la liberté moyennant le payement d’une rançon de cent mille francs[70] fournie par la reine de Naples, sa femme, et la marquise de Montferrat, sa sœur[71]. A peine remis en liberté, le roi de Majorque, soutenu par le pape Grégoire XI, prend à sa solde des gens des Compagnies et surtout des Bretons, traverse la Navarre avec l’assentiment du roi de ce pays, et déclare la guerre au roi d’Aragon[72] qui avait tué son père et l’avait dépouillé de son royaume; les hostilités sont poussées avec beaucoup d’acharnement de part et d’autre. Ce fut pendant le cours de cette guerre que Jacques, roi de Majorque, mourut[73] au val de Soria; les gens des Compagnies qu’il avait enrôlés rentrent alors en France. P. 27, 28, 276.

[69] D. Jayme d’Aragon, roi nominal de Majorque, comte de Roussillon et de Cerdagne, fils de D. Jayme II et de Constance d’Aragon, s’était marié, par contrat en date du 14 décembre 1362, à Jeanne, reine de Naples, veuve en premières noces d’André de Hongrie, assassiné le 18 septembre 1345, et en secondes noces de Louis de Tarente, mort le 16 mai 1362. D. Jayme fut fait prisonnier dans le courant de mars 1368, en même temps que D. Pèdre, roi de Castille, à la cour duquel il s’était retiré.

[70] Jeanne, reine de Naples, paya pour la rançon de son troisième mari soixante mille ducats d’or.

[71] Isabelle d’Aragon, fille de D. Jayme II, roi de Majorque, et de Constance d’Aragon, avait épousé en 1358, neuf ans après la mort de son père, Jean II, marquis de Montferrat.

[72] D. Pèdre IV, roi d’Aragon, avait enlevé dès 1343 les îles de Majorque, de Minorque et d’Iviça à D. Jayme II, qui fut tué, au cours d’une expédition entreprise pour les recouvrer, le 25 octobre 1349.

[73] D. Jayme mourut vers la fin de 1375 et, dès le 25 mars de l’année suivante, Jeanne, reine de Naples, sa veuve, se remaria en quatrièmes noces à Othon de Brunswick, fils aîné de Henri, duc de Brunswick-Grubenhagen. Le val de Soria, indiqué par Froissart comme le lieu où mourut D. Jayme, se trouve en Vieille-Castille; cette vallée, qui tire son nom de la ville de Soria, est arrosée par le Douro. On sait que la reine de Naples, par un testament en date du 23 juin 1380, institua Louis d’Anjou, frère de Charles V, son héritier universel et qu’elle mourut le 22 mai 1382, assassinée par l’ordre de Charles de Duras, compétiteur du duc d’Anjou.

Jean, duc de Lancastre, lieutenant d’Édouard III à Bordeaux, est veuf; il a perdu sa première femme Blanche[74], duchesse de Derby et de Lancastre. Les deux filles de D. Pèdre[75], roi de Castille, après la mort de leur père, ont cherché un refuge à Bayonne. Sur le conseil des barons de Gascogne, le duc de Lancastre se remarie à l’aînée nommée Constance, et la cérémonie des fiançailles a lieu à Roquefort[76], village situé près de Bordeaux. L’arrivée dans cette ville de la jeune princesse et de sa sœur donne lieu à des fêtes magnifiques. P. 28 à 30, 282 à 284.

[74] Blanche de Derby, fille de Henri, comte de Derby, et d’Isabelle de Beaumont, première femme de Jean de Gand, duc de Lancastre, quatrième fils d’Édouard III, était morte de la peste en 1369 et avait été enterrée à Londres dans la cathédrale de Saint-Paul; elle avait protégé Froissart, qui a exprimé sa reconnaissance en vers touchants dans le _Buisson de Jonèce_. Le mariage de Blanche avec Jean, dit de Gand, avait été célébré à Reading au mois de juin 1359.

[75] Constance et Isabelle, filles de D. Pèdre et de Marie de Padilla.

[76] Roquefort, Landes, arr. Mont-de-Marsan, entre Bayonne, lieu de résidence des filles de D. Pèdre, et Bordeaux. Le mariage de Jean, duc de Lancastre, avec Constance, l’aînée des filles de D. Pèdre, est antérieur au 25 juin 1372, car dans un acte qui porte cette date, le fils d’Édouard III prend le titre de roi de Castille (Delpit, _Documents français en Angleterre_, p. 184). Constance mourut avant son mari et fut enterrée à Leicester. Catherine de Rœulx, veuve de Hugues de Swinford et fille d’un simple héraut d’armes, Paon de Rœulx (Nord, arr. Valenciennes, c. Bouchain), que la reine Philippa de Hainaut avait amené de son pays natal, devint, du vivant même de Constance, la maîtresse du duc de Lancastre, qui l’épousa dans les premiers jours de janvier 1390. Catherine, morte et enterrée à Lincoln le 10 mai 1403, fut par son fils, Jean de Beaufort, comte de Somerset et marquis de Dorset, la bisaïeule, du côté maternel, de Henri VII, fondateur de la dynastie des Tudors.

Ces nouvelles parviennent en Castille, où D. Enrique de Trastamar apprend à la fois que l’aînée de ses nièces, Constance, est mariée au duc de Lancastre, et que la cadette, Isabelle, doit épouser le comte de Cambridge. Il envoie aussitôt des ambassadeurs vers le roi de France, en leur donnant mission de conclure un traité d’alliance offensive et défensive avec Charles V. Ce traité[77] est conclu par l’entremise de Bertrand du Guesclin, qui aime beaucoup le roi de Castille. Après avoir ainsi accompli leur mission, les ambassadeurs de D. Enrique retournent auprès de leur maître, qui tient alors sa cour dans la ville de Léon. P. 30, 31, 286, 287.

[77] Les négociations auxquelles il est fait allusion ici eurent pour principal résultat de provoquer l’envoi de la flotte espagnole, qui battit dans les eaux de la Rochelle, au mois de juin 1372, la flotte anglaise commandée par Jean, comte de Pembroke, marié en premières noces à Marguerite, quatrième fille d’Édouard III. L’un des négociateurs envoyés en Castille par Charles V fut Macé de Fresnes, chevalier, à qui le roi de France fit payer 200 francs d’or, par mandement en date du 10 août 1371, pour son voyage «_es parties_ d’Avignon, d’Arragon et _d’Espaigne_ et à Saint Jaques de Galice, _où nous l’envoions hastivement pour certaines besoingnes qui nous touchent_» (Delisle, _Mandements de Charles V_, p. 411, nº 803).

Vers la Saint-Michel 1371[78], le duc de Lancastre s’embarque à Bordeaux pour retourner en Angleterre après avoir institué divers grands seigneurs pour gouverner la Gascogne, le Poitou et la Saintonge pendant son absence. Débarqué à Southampton, il se rend à la cour du roi son père, qui donne des fêtes en l’honneur de la duchesse de Lancastre, sa belle-fille, et fait grand accueil à Guichard d’Angle, chevalier poitevin que le duc de Lancastre a emmené avec lui.--Sur ces entrefaites, Gautier de Masny meurt[79] à Londres et l’on dépose ses cendres dans un couvent de Chartreux qu’il avait fait construire dans un faubourg de cette ville; Édouard III et ses enfants, les prélats et les barons d’Angleterre assistent aux obsèques de ce vaillant chevalier. Jean, comte de Pembroke, marié à Anne de Masny[80], hérite des seigneuries[81] de Gautier situées en Hainaut, pour lesquelles il prête serment de foi et hommage à Aubert, duc de Bavière, qui tient alors à bail le comté de Hainaut. P. 31 à 33, 284, 285, 287, 288.

[78] Dès le 21 juillet 1371, Jean, duc de Lancastre, s’était démis de ses fonctions de lieutenant en Aquitaine du prince de Galles, son frère aîné (Delpit, _Documents français en Angleterre_, p. 179); mais il paraît avoir attendu, pour quitter le pays et retourner en Angleterre, qu’Édouard III, par acte en date du 13 avril 1372, eût nommé lieutenant en la principauté d’Aquitaine Jean, comte de Pembroke (Rymer, III, 941). Cf. Thomas Walsingham, _Historia anglicana_, p. 813.

[79] Gautier de Masny, dont le chroniqueur de Valenciennes parle avec une complaisance particulière, parce que ce chevalier était originaire du Hainaut, où se trouve le village de Masny (Nord, arr. et c. Douai), mourut le mardi 13 janvier 1372 et fut enterré dans une chapelle des Chartreux de Smithfield, près Londres. Froissart n’oublie pas de dire, dans le _Buisson de Jonèce_, qu’il avait reçu les bienfaits de son valeureux compatriote.

[80] Jean de Hastings, comte de Pembroke, veuf de Marguerite, fille d’Édouard III, s’était remarié à Anne de Masny, fille unique de Gautier et de Marguerite de Norfolk.

[81] Ces seigneuries étaient Masny, Boucourt (Nord, arr. et c. Douai) et Wasnes (Nord, arr. Valenciennes, c. Bouchain).