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CHAPITRE XCIX.

_1372, 23 juin._ DÉFAITE DE LA FLOTTE ANGLAISE DEVANT LA ROCHELLE.--_Juillet._ SIÈGE DE MONCONTOUR ET DE SAINTE-SÉVÈRE; REDDITION DE CES DEUX PLACES AUX FRANÇAIS.--_7 août._ REDDITION DE POITIERS.--_Du 22 au 23 août._ DÉFAITE ET CAPTURE DE JEAN DE GRAILLY, CAPTAL DE BUCH, CONNÉTABLE D’AQUITAINE ET DE THOMAS DE PERCY, SÉNÉCHAL DE POITOU, DEVANT SOUBISE; REDDITION DE CETTE PLACE.--REDDITION D’ANGOULÊME (_8 septembre_), DE SAINT-JEAN-D’ANGELY (_20 septembre_), DE TAILLEBOURG, DE SAINTES ET DE PONS.--REDDITION DES CHÂTEAUX DE SAINT-MAIXENT (_4 septembre_), DE MELLE ET DE CIVRAY.--_8 septembre._ REDDITION DE LA ROCHELLE.--_15 septembre._ PRISE DU CHÂTEAU DE BENON ET REDDITION DE MARANS.--_19 septembre._ REDDITION DE SURGÈRES.--_9 et 10 octobre._ REDDITION DE LA VILLE ET PRISE DU CHÂTEAU DE FONTENAY-LE-COMTE.--_1er décembre._ REDDITION DE THOUARS ET SOUMISSION DES PRINCIPAUX SEIGNEURS DU POITOU ET DE LA SAINTONGE.--SIÈGE DE MORTAGNE.--_1373, 21 mars._ DÉFAITE DES ANGLAIS A CHIZÉ.--_27 mars._ OCCUPATION DE NIORT.--REDDITION DES CHÂTEAUX DE MORTEMER ET DE DIENNÉ (§§ 687 à 723).

Les Anglais se préparent à envahir la France de deux côtés à la fois, par la Guyenne et par Calais[82]. Charles V, que ses espions tiennent au courant de tous les projets d’Édouard III[83], a soin de faire mettre en bon état de défense les places de son royaume, particulièrement en Picardie. Guichard d’Angle est fait chevalier de la Jarretière le jour Saint George dans une fête solennelle de l’Ordre qui se tient au château de Windsor. Sur les instances du dit Guichard, Jean de Hastings, comte de Pembroke, gendre d’Édouard III, est nommé lieutenant du roi d’Angleterre en Guyenne[84]. P. 33 à 35, 288 à 291.

[82] Les préparatifs maritimes des Anglais commencèrent vers la fin de 1371. Le 6 octobre de cette année, Édouard III institua deux amiraux, Raoul de Ferrers et Robert de Assheton, chevaliers (Rymer, III, 923 et 924). Le 25 du même mois, il prit des mesures pour assurer la défense des côtes contre les entreprises des Français dont la flotte tenait déjà la mer et passait pour menacer surtout la ville de Yarmouth (_Ibid._, 925). Le 21 décembre, il défendait de vendre des navires à des marchands étrangers (_Ibid._, 930). Le 26 janvier 1372, il concluait un traité d’alliance perpétuelle avec les Génois, dont les navires et les arbalétriers pouvaient lui être si utiles dans la guerre qu’il se préparait à entreprendre (_Ibid._, 931). Enfin, le 6 février suivant, il faisait saisir dans les ports d’Angleterre tous les bateaux jaugeant 20 tonneaux et au-dessus pour les employer au transport de ses troupes (_Ibid._, 933).

[83] Un mandement en date du 31 janvier 1372 (n. st.) nous prouve que Charles V n’ignorait rien des préparatifs du roi d’Angleterre. Voici les premières lignes de ce mandement. «Comme nous aions entendu par pluseurs personnes dignes de foy que nostre adversaire d’Angleterre a entencion et volenté de briefment venir par mer et par terre et entrer au plus grant effort que il pourra en nostre royalme pour grever et dommagier nous, nostre royaume et noz subgiés.» En prévision de ces attaques, Charles V organisa tout un système de défense. Dans chaque bailliage, il délégua deux ou trois chevaliers qui devaient s’adjoindre au bailli pour visiter toutes les places fortes du ressort; le roi donnait l’ordre de démolir celles que l’on ne jugerait pas capables de résister aux assauts de l’ennemi et au contraire de remettre les autres en parfait état, en ayant soin de les munir de provisions et d’artillerie (Delisle, _Mandements de Charles V_, p. 439 à 442).

[84] Jean, comte de Pembroke, fut nommé lieutenant en la principauté d’Aquitaine le 20 avril 1372 (Rymer, III, 941).

Jean, comte de Pembroke[85], accompagné de Guichard d’Angle et d’un chevalier d’outre-Saône nommé Othe de Granson[86], met à la voile à Southampton pour se rendre en Guyenne; outre le corps d’armée embarqué sur la flotte anglaise, le comte emporte de quoi payer la solde de trois mille combattants pendant un an. Prévenue par le roi de France de la prochaine arrivée des Anglais, une flotte espagnole, envoyée par D. Enrique[87], roi de Castille, et composée de 40 gros navires et de 13 barges[88], se tient à l’ancre devant le havre de la Rochelle; cette flotte est placée sous les ordres d’Ambrosio Boccanegra[89], de Cabeça de Vaca[90], de D. Ferrand de Pion[91] et de Radigo le Roux[92] ou de la Roselle. La rencontre des deux flottes a lieu dans les eaux de la Rochelle la veille de la Nativité de saint Jean-Baptiste 1372[93]. Inférieurs en nombre à leurs adversaires, dont les navires plus grands et plus élevés au-dessus de la ligne de flottaison[94] sont en outre pourvus d’abris et armés d’arbalètes ainsi que de canons, les Anglais et les Anglo-Gascons n’en soutiennent pas moins avec beaucoup de vigueur l’attaque des Espagnols; lorsque le reflux de la mer et la tombée de la nuit mettent fin au combat, ils n’avaient encore perdu que deux de leurs navires chargés de provisions[95] sur les quatorze[96] dont se composait leur flottille. P. 36 à 39, 292 à 295.

[85] Par acte daté de Westminster le 7 février 1372, Édouard III donna l’ordre de réunir, d’armer et d’approvisionner des navires dans tous les ports d’Angleterre; ces préparatifs devaient être terminés et les navires prêts à prendre la mer le 1er mai suivant (Rymer, III, 933).

[86] La famille de Granson ou Grandson tire son nom de la petite ville de ce nom située dans le pays de Vaud, sur les bords du lac de Neuchâtel: voilà pourquoi Froissart fait remarquer qu’Othe était originaire d’outre-Saône. Grandison est la forme anglaise du nom de cette famille dont une branche s’établit en Angleterre pendant la seconde moitié du XIIIe siècle.

[87] Par acte daté du bois de Vincennes le 10 mars 1372 (n. st.), Charles V avait accordé des privilèges aux Castillans qui fréquentaient le royaume (Delisle, _Mandements_, p. 449).

[88] La flotte espagnole se composait de vingt galées d’après la _Chronique des quatre premiers Valois_ (p. 232) et de douze seulement d’après D. Pedro Lopez de Avala: «Este año (1372), ovo nuevas el Rey Don Enrique como Micer Ambrosio Bocanegra su Almirante, con doce galeas suyas, las quales él avia enviado en ayuda del Rey de Francia, estando cerca de la Rochela, que estaba entonce por Inglaterra, llegára y el Conde de Peñabroch, que venia por Lugar teniente del Rey de Inglaterra en Guiana, con treinta é seis naos é con mucha compaña de caballeros é escuderos é omes de armas é con grand tesoro que el Rey de Inglaterra le diera para facer guerra in Francia, é que llegando el dicho Conde de Peñabroch á la villa de la Rochela con las dichas naos, las doce galeas de Castilla palearon con él, é le desbarataron, é prendieronle á él, é á todos los caballeros é omes de armas que con él venian, é tomaron todos los navios é tesoros que traian.» (_Crónica del Rey Don Enrique segundo_, dans CRONICAS DE LOS REYES DE CASTILLA, Madrid, 1877, gr. in-8º, 11, 12).

[89] Ambrosio Boccanegra était d’origine génoise comme Barbavara, amiral au service de Philippe de Valois, et comme un certain nombre d’amiraux de Castille aux XIVe et XVe siècles. Par acte daté de Zamora le 5 novembre 1372, D. Enrique fit don à Ambrosio Boccanegra, pour le récompenser de la victoire remportée devant la Rochelle, de la petite ville de Linarès, en Andalousie (_Catalogo de los Señores y Condes de Fernan Nuñez_).

[90] Pedro-Fernandez Cabeça de Vaca était maître de l’ordre de Saint-Jacques.

[91] Les chroniques de Castille ne mentionnent à cette époque aucun amiral de ce nom. Ferrand de Pion serait-il, comme l’a supposé Buchon, une altération de Hernando de Léon? En 1377, D. Ferrand Sanchez de Tovar, amiral de Castille, prit part à une expédition dirigée par l’amiral français Jean de Vienne contre l’île de Wight.

[92] Le nom véritable de ce chevalier est Rui Diaz de Rojas; il était originaire de cette partie de la Biscaye qu’on appelle le Guipuscoa.

[93] Cette date est confirmée par une chronique anglaise contemporaine qui rapporte cet événement à la veille de la Saint-Jean-Baptiste, jour de la fête de sainte Ethelrède: «Contigit autem istud infortunium in Vigilia Nativitatis Sancti Johannis Baptistæ, in qua festiva Sanctæ Ethelredæ virginis occurrit.» (_Thomæ Walsingham, Quondam monachi Sancti Albani, Historia anglicana_, ed. Riley, 1863, p. 314). On se rappela à cette occasion que le comte de Pembroke, alors âgé d’environ vingt-cinq ans, avait profané un jour une église placée sous l’invocation de sainte Ethelrède, et l’on considéra la défaite de la Rochelle comme un châtiment infligé au coupable par cette sainte; on y vit aussi une punition des mœurs dissolues du jeune comte et de son hostilité contre le clergé anglais.

[94] D’après l’auteur de la _Chronique des quatre premiers Valois_, les navires des Anglais étaient, au contraire, plus grands et plus pesants que ceux des Castillans: «Nos galées sont legieres, fait-il dire à l’amiral espagnol, et leurs grans nefz et leurs grans barges sont pesantes et fort chargées.» _Chronique des quatre premiers Valois_, p. 233.

[95] Suivant la rédaction d’Amiens (p. 295), les Anglais auraient perdu, dans cette première rencontre, non point deux navires, mais quatre, avec le chargement de provisions que portaient ces navires.

[96] Le rédacteur des _Grandes Chroniques de France_ (VI, 335) dit que la flotte anglaise se composait de trente-six navires; c’est également le chiffre donné par Ayala.

Malgré les instances du sénéchal Jean Harpedenne, Jean Chauderier, maire de la Rochelle[97], et les habitants de cette ville refusent de porter secours aux Anglais que vont renforcer pendant la nuit le dit Jean Harpedenne, le seigneur de Tonnay-Boutonne, Jacques de Surgères et Mauburni de Lignières[98]. Le lendemain matin, à la mer montante, les Espagnols attaquent de nouveau les Anglais, dont ils accrochent les navires avec de grands crocs et des grappins retenus par des chaînes. Le comte de Pembroke se voit entouré par quatre navires ennemis placés sous les ordres de Cabeça de Vaca et de D. Ferrand de Pion, tandis qu’Othe de Granson et Guichard d’Angle sont aux prises avec Boccanegra et Radigo le Roux. Après une résistance désespérée, tous les Anglais et les Anglo-Gascons sont tués ou faits prisonniers. Au nombre des prisonniers figurent le comte de Pembroke, Guichard d’Angle, Othe de Granson, le seigneur de Poyanne[99], le seigneur de Tonnay-Boutonne, Jean Harpedenne, Robert Twyford, Jean de Gruyères, Jacques de Surgères, Jean de Courson, Jean Trussell et Thomas de Saint-Aubin[100]. Aimeri de Tarde, chevalier gascon, Jean de Langton, Simon Hansagre, Jean de Mortain et Jean Touchet sont tués. P. 38 à 42, 295 à 299.

[97] Élu maire de la Rochelle le 21 avril 1370, Jean Chauderer ou Chauderier avait été remplacé le 13 avril 1371 par Guillaume Boullard. Le 4 avril 1372, Guillaume Boullard lui-même avait eu pour successeur Pierre Boudré. Par conséquent, c’est Pierre Boudré, et non Jean Chauderier, qui était maire de la Rochelle à la date de la défaite navale du comte de Pembroke devant la Rochelle et de la reddition de cette ville au roi de France. Jean Chauderier ne redevint maire que le 24 avril 1373 (communication de M. de Richemond, archiviste de la Charente-Inférieure). Cf. Arcère, _Hist. de la ville de la Rochelle_, I, 253, 254, 607.

[98] Cette assertion de Froissart est confirmée par le passage suivant de la _Chronique des quatre premiers Valois_ (p. 234): «De ceulx de la Rochelle en y oult il moult de mors et noyez qui s’estoient mis en bateaulz petiz pour secourir les Anglois.»

[99] Gérard de Tartas, seigneur de Poyanne (Landes, arr. Dax, c. Montfort). Par acte daté du mois de mars 1373 (n. st.), Charles V donna à Arnaud Amanieu, seigneur d’Albret, son beau-frère, les hôtels et vignobles confisqués que le dit seigneur de Poyanne possédait à Capbreton (Landes, arr. Dax, c. Saint-Vincent-de-Tyrosse), «comme il ait esté pris derrenierement en la compaignie du conte de Penebroc devant nostre bonne ville de la Rochelle par nos gens et les gens de Castille noz bienveillans et aliez.» (_Arch. Nat., sect. hist._, JJ 104, fº 53, nº 107.)

[100] La chronique de Thomas Walsingham ajoute à ces noms celui de Florimond, seigneur de Lesparre: «Hispani... captum comitem (de Pembroke) cum viginti millibus marcarum susceptarum a rege Anglie ad continuandam ibidem guerram, _nec non dominum de La Spaer_, aliosque multos nobiles et robustos in Hispaniam abduxerunt.» (_Thomæ Walsingham, Hist. Angl._, p. 314). Le rédacteur des _Grandes Chroniques de France_ dit que le nombre des prisonniers dépassa cent soixante, et D. Pedro Lopez de Ayala fait remarquer qu’il y avait dans ce nombre soixante-dix chevaliers, «los quales eran setenta Caballeros de espuelas doradas.»

La nef qui portait l’argent destiné à la solde des hommes d’armes de Guyenne avait été coulée bas pendant l’action, et le précieux chargement englouti au fond de la mer[101]. Les habitants de la Rochelle, informés de la défaite des Anglais par Jacques de Surgères qui avait obtenu sa mise en liberté moyennant le payement d’une rançon de trois cents francs, s’en réjouissent plus qu’ils ne s’en affligent. Le jour Saint-Jean-Baptiste, après nonne, la flotte espagnole victorieuse lève l’ancre et cingle vers la haute mer pour regagner les côtes de Galice. Le soir de ce même jour, six cents hommes d’armes anglais et anglo-gascons arrivent à la Rochelle sous la conduite de Thomas de Percy, de Gautier Hewet, de Jean Devereux, de Jean de Grailly, captal de Buch, et du soudich de Latrau; ils sont consternés en recevant la nouvelle de la défaite et de la prise du comte de Pembroke. P. 42 à 44, 299, 300, 302 et 303.

[101] Thomas Walsingham, dans un passage rapporté plus haut, évalue à vingt mille marcs les sommes trouvées par les Espagnols à bord des navires anglais. Le rédacteur des _Grandes Chroniques de France_ dit que les marins de Castille «gaignèrent moult grant finance», et D. Pedro Lopez de Ayala rapporte que tout le trésor «todo el tesoro» recueilli par les vainqueurs fut envoyé à D. Enrique à Burgos.

Owen de Galles, appartenant à la famille des princes de Galles dépossédés par Édouard Ier, a cherché un refuge en France et s’est mis à la solde de Charles V qui, dans l’été de 1372[102], confie à l’écuyer gallois le commandement de trois mille combattants et le charge de faire des courses sur mer contre les Anglais. Owen, après avoir réuni une flottille à Harfleur, opère une descente dans l’île de Guernesey[103], dont Aymon Rose, écuyer d’honneur d’Édouard III, est capitaine. Ce capitaine parvient à rassembler une troupe d’environ huit cents combattants[104] et livre à Owen un combat où il est vaincu; il se réfugie derrière les remparts de l’imprenable forteresse de Château Cornet, devant laquelle le vainqueur vient mettre le siège. Sur ces entrefaites, Charles V reçoit la nouvelle de la défaite du comte de Pembroke et de l’anéantissement de la flotte anglaise devant la Rochelle. Les Anglo-Gascons restant par suite de cette défaite sans souverain capitaine, le roi de France se décide à profiter de circonstances aussi favorables pour faire envahir par son connétable le Poitou, la Saintonge et le Rochellois, bien convaincu qu’il suffira de quelques succès remportés par ses troupes pour faire rentrer les villes sous son obéissance. C’est pourquoi il donne l’ordre à Owen de Galles de se rendre en Espagne pour prier D. Enrique, roi de Castille, d’envoyer de nouveau sa flotte sur les côtes de France mettre le siège par mer devant la Rochelle. Owen lève donc le siège de Château Cornet et retourne à Harfleur, d’où il se dirige avec sa flottille vers l’Espagne; il jette l’ancre dans un port de Galice nommé Santander[105]. P. 44 à 47, 300 à 302.

[102] On rassembla les navires et les équipages qui devaient composer cette flotte à Harfleur du 15 avril au 15 mai 1372; le 8 mai, Charles V manda à Jean le Mareschal, receveur général des aides en Normandie, de remettre toutes les sommes dont il pourrait disposer à Jean le Mercier, trésorier des guerres, chargé de pourvoir aux frais de l’expédition (Delisle, _Mandements de Charles V_, p. 457). Par acte daté de Paris le 10 mai 1372, Owen de Galles, dans une charte où il revendique ses droits héréditaires et proteste contre l’occupation du pays de Galles par les rois anglais, se reconnaît redevable envers Charles V d’une somme de 300 000 francs d’or et plus «tant en gaiges de gens d’armes, d’archiers et d’arbalestriers comme en navire et en gaiges et despens de marigniers, en hernois et en autres frais, missions et despens plusieurs» (_Arch. Nat., sect. hist._, JJ{c}, nº 27, fº 55; publiée par M. Kervyn, _Œuvres de Froissart_, VIII, 435 et 436). Le 22 avril précédent, Jacques de Montmor, chevalier, et Morelet de Montmor, écuyer, frère de Jacques, qui jouèrent un rôle important dans l’expédition maritime commandée par Owen de Galles, avaient fait montre à Harfleur de 125 hommes d’armes, «lesquelz entrèrent en mer en plusieurs barges et vaisseaux pour servir le roy de France ou faict de la dicte armée» (_Arch. Nat., sect. hist._, J 475, nº 100{1}). L’auteur de la _Chronique des quatre premiers Valois_, le mieux informé de tous les chroniqueurs au sujet de cette expédition, dit que la flottille placée sous les ordres d’Owen de Galles et des frères de Montmor se composait d’environ 15 barges ou gros vaisseaux, non compris les petits navires, et qu’elle était montée par 600 hommes d’armes, sans compter les mariniers (p. 230). Ces données sont à peu près les mêmes que celles de Froissart, qui parle de 3000 combattants.

[103] Le gardien et capitaine des îles de Jersey, Guernesey, Serk et Aurigny était, à la date du 6 septembre 1371 et probablement aussi en 1372, Gautier Hewet, ce même chevalier qui guerroyait alors en Saintonge (Rymer, III, 922).

[104] Les habitants de Guernesey furent excités à la résistance par les jeunes femmes et les jeunes filles ou _basselettes_ (diminutif de _basse_, jeune servante, en patois bas-normand) de l’île: «Et sachiez que jeunes femmes et les baisselettes des dictes ysles avoient en ce printemps de lors fait chapeaulx de flours et de violettes et les avoient donnés aux jeunez hommes et leur disoient que cil se devoient bien deffendre qui les avoient à amies.» Les Guernesiais se battirent si bien que plusieurs centaines d’entre eux restèrent sur le champ de bataille; en revanche, la garnison du château Cornet fit une sortie où elle tua par surprise un certain nombre de gamins de Paris enrôlés dans l’expédition lesquels s’étaient couchés et sans doute endormis devant un grand feu allumé en vue de la dite forteresse (_Chronique des quatre premiers Valois_, p. 230 et 231).

[105] L’auteur de la _Chronique des quatre premiers Valois_ rapporte également qu’après une descente à Guernesey la flotte française cingla vers les côtes d’Espagne. Les actes originaux confirment de point en point la version des deux chroniqueurs. On lit, en effet, dans un compte des recettes et dépenses de l’expédition arrêté à la date du 23 août 1372, que Jacques de Montmor, qui partageait avec Owen de Galles la direction des opérations, fit montre «à saint Ander le XXIIe jour de juillet CCCLXXII.» (_Arch. Nat._, J 475, nº 100{1}.) On en peut conclure que la descente opérée à Guernesey par les Français eut lieu sans doute dans le courant de juin 1372, saison qui explique les chapeaux de violettes donnés par les Guernésiaises à leurs amoureux, et que la flotte placée sous les ordres d’Owen de Galles jeta l’ancre devant Santander vers le milieu du mois suivant.

A la première nouvelle de la défaite et de la prise du comte de Pembroke, Édouard III veut envoyer en Guyenne le comte de Salisbury avec cinq cents hommes d’armes et un égal nombre d’archers, mais bientôt les arrangements qu’il est amené à conclure avec le duc de Bretagne[106] l’empêchent de mettre ce projet à exécution.--Pendant ce temps, la flotte de D. Enrique, ralentie par des vents contraires, n’arrive à Santander qu’un mois après son départ de la Rochelle; les Espagnols ont chargé de chaînes leurs prisonniers à la manière des Allemands. Owen de Galles, débarqué à Santander[107] le matin même du jour où la flotte espagnole y vient jeter l’ancre, rencontre à l’hôtel où il est descendu le comte de Pembroke, prisonnier des amiraux D. Ferrand de Pion et Cabeça de Vaca; il lui adresse des reproches au sujet de seigneuries que le comte possède dans la principauté de Galles et dont les rois anglais ont dépouillé Owen après avoir fait périr son père Edmond de Galles. Un chevalier de la suite du comte de Pembroke, nommé Thomas de Saint-Aubin, provoque en duel Owen, qui refuse de se battre avec un prisonnier. Les quatre amiraux espagnols ne tardent pas à conduire leurs prisonniers à Burgos[108], en Castille, où D. Enrique, qui avait envoyé au-devant d’eux son fils aîné D. Juan, les accueille avec une courtoisie vraiment chevaleresque. P. 47 à 49, 302.

[106] Une ligue offensive et défensive fut alors conclue entre Édouard III, roi d’Angleterre, et Jean V, duc de Bretagne et comte de Montfort. Cette ligue fut signée dans la chapelle royale de Westminster le 19 juillet 1372 (Rymer, III, 953 à 955). Par ce traité, Édouard III donnait à son gendre le comté de Richmond, s’engageait à envoyer en Bretagne 300 hommes d’armes et 300 archers et promettait de livrer au duc la marche d’entre Bretagne et Poitou. En retour, si le roi anglais venait en personne guerroyer au royaume de France, Jean V devait se joindre à l’expédition avec un corps d’armée de 1000 hommes d’armes dont chacun recevrait une indemnité annuelle de 160 francs.

[107] La flotte française, montée par des hommes d’armes dont Owen de Galles, Jean de Rye, seigneur de Balançon, Jacques et Morelet de Montmor étaient les principaux chefs, avait jeté l’ancre dans le port de Santander dès le 19 juillet 1372, comme le prouve l’extrait de compte qui suit: «Et par la main messire Jehan de Rye à Saint Ander le XIXe jour de juillet CCCLXXII: VI{c} XXXVI frans.» Cette flotte n’avait pas encore levé l’ancre le 22, puisque à cette date Jacques de Montmor fit montre à Santander: «par moustre faite et receue à Saint-Ander le XXIIe jour de juillet CCCLXXII.» (_Arch. Nat._, K 475, nº 100{1}.)

[108] D’après Ayala, D. Enrique se trouvait à Burgos, comme le dit Froissart, lorsque le roi de Castille reçut la nouvelle de la victoire remportée par sa flotte devant la Rochelle ainsi que de la prise du comte de Pembroke: «E el Rey Don Enrique ovo grand placer con estas nuevas, _é estovo en Burgos_ fasta que le enviaron alli al Conde de Peñabroch é á los Caballeros que con él fueron presos.» (_Crónica del Rey D. Enrique Segundo_, dans CRÓNICAS DE LOS REYES DE CASTILLA, II, 12). Ayala ajoute que les chevaliers faits prisonniers étaient au nombre de soixante-dix; outre le comte de Pembroke, le chroniqueur espagnol mentionne le seigneur de Poyanne et Guichard d’Angle, maréchal d’Angleterre ou plutôt d’Aquitaine. Après avoir été détenu pendant quelque temps au château de Curiel, Jean, comte de Pembroke, fut cédé par D. Enrique à Du Guesclin en échange des seigneuries de Soria, d’Almazan et d’Atienza, dont le connétable avait été gratifié, et en déduction d’une somme de 130 000 francs d’or à valoir sur le prix de rachat de ces seigneuries. Voy. p. XCVI, note 299.

Les Anglo-Gascons, venus à la Rochelle sous la conduite de Thomas de Percy et de Jean de Grailly, captal de Buch, confient la garde du château de la Rochelle à Jean Devereux et se dirigent avec environ quatre cents lances vers Soubise[109]; dans la région située aux environs de cette forteresse, ils délogent les Bretons à la solde du roi de France d’un certain nombre de petites places et d’églises fortifiées.--Sur les marches de l’Anjou, du Berry et de l’Auvergne se tient alors un corps d’armée français composé de plus de trois mille lances sous les ordres de Bertrand du Guesclin[110], connétable de France, des ducs de Berry et de Bourbon accompagnés du comte d’Alençon, du dauphin d’Auvergne, de Louis de Sancerre, d’Olivier, seigneur de Clisson, de Jean, vicomte de Rohan, de Gui, seigneur de Laval, de Jean, seigneur de Beaumanoir, et d’une foule d’autres grands seigneurs. Ce corps d’armée s’empare successivement de Montmorillon[111], de Chauvigny[112] et de Lussac[113]. Une fois maîtres de ces trois places, les Français contournent Poitiers et viennent mettre le siège devant le château de Moncontour[114] dont la garnison, composée de soixante compagnons pleins d’audace et commandée par Jean Cressewell et David Holegrave, tient sous sa merci les marches d’Anjou et de Touraine. P. 50, 51, 302 à 304.

[109] Charente-Inférieure, arr. Marennes, c. Saint-Agnant-les-Marais.

[110] Le 14 juin 1372, Bertrand du Guesclin se trouvait sans doute à Loches, car ce jour-là Jean, duc de Berry, alors de passage à Issoire, chargea Simon Champion, l’un de ses chevaucheurs, de porter lettres de sa part à monseigneur le connétable de France «à Loches en Thoraine» (_Arch. Nat., sect. hist._, KK 251, fº 88 vº).

[111] Chef-lieu d’arrondissement de la Vienne, sur la Gartempe, affluent de la rive gauche de la Creuse, à 49 kilomètres au sud-est de Poitiers.

[112] Vienne, arr. Montmorillon, à 24 kilomètres au nord-ouest de cette ville et à 24 kilomètres à l’est de Poitiers. Chauvigny n’est point sur la Creuse, comme Froissart le dit par erreur, mais sur la Vienne. Le château de Chauvigny appartenait aux évêques de Poitiers, et l’évêque était alors Gui de Malsec, qui avait succédé en 1371 à Aimeri de Mons et qui fut remplacé en 1375 par Bertrand de Maumont.

[113] Lussac-les-Châteaux, Vienne, arr. Montmorillon, sur la Vienne, à 20 kilomètres au sud de Chauvigny et à 12 kilomètres à l’ouest de Montmorillon.

[114] La forteresse de Moncontour (Vienne, arr. Loudun), située à 45 kilomètres au nord-ouest de Poitiers, avait été prise par les Anglais et occupée par Cressewell et Holegrave au mois de septembre de l’année précédente. Voy. plus haut, p. XV.

Bertrand du Guesclin, Louis II, duc de Bourbon, Pierre, comte d’Alençon, et Olivier, seigneur de Clisson, après six jours de siège pendant lesquels ils ont fait combler les fossés avec des troncs d’arbres et des fascines, montent à l’assaut de la forteresse. Jean Cressewell et David Holegrave parviennent à repousser cet assaut; mais craignant d’être mis à mort par Bertrand, s’ils prolongent la résistance, ils prennent le parti de se rendre, à la condition d’avoir la vie sauve et d’emporter l’or ou l’argent qu’ils possèdent. Une fois maître du château de Moncontour, le connétable de France en fait réparer les fortifications et y met garnison. P. 51 à 53, 304 et 305.

Jean Devereux, sénéchal de la Rochelle, laisse cette place sous la garde d’un écuyer nommé Philippot Mansel et va, à la tête de cinquante lances, renforcer la garnison de Poitiers. Thomas de Percy, sénéchal de Poitou, quitte également le captal de Buch, en compagnie duquel il vient de faire une expédition du côté de Soubise, et court avec une compagnie de cinquante hommes d’armes s’enfermer dans Poitiers. Après la reddition de Moncontour, Bertrand du Guesclin[115] opère sa jonction avec Jean, duc de Berry; leurs forces réunies s’élèvent à quatre mille hommes d’armes. Bertrand et le duc mettent le siège devant Sainte-Sévère[116], petite place appartenant à Jean Devereux et dont la garnison a pour chefs Guillaume de Percy, Richard Gilles et Richard Holme. A cette nouvelle, Jean Devereux et Thomas de Percy quittent Poitiers pour aller porter secours à la garnison de Sainte-Sévère; en chemin, ils rencontrent Jean de Grailly, captal de Buch, auquel ils persuadent d’appeler sous les armes tous les chevaliers et écuyers du Poitou comme de la Saintonge, pour contraindre les Français à lever le siège de Sainte-Sévère. Le corps d’armée ainsi réuni se compose de neuf cents lances et de cinq cents archers, parmi lesquels on remarque le seigneur de Parthenay, Louis de Harcourt, Hugues de Vivonne, Perceval de Coulonges, Aimeri de Rochechouart, Jacques de Surgères, Geoffroi d’Argenton, les seigneurs de Cousan, de Roussillon et de «Crupegnach», Jean d’Angle et Guillaume de Montendre. Ce corps d’armée occupe l’abbaye de Charroux[117], sur les marches du Limousin. P. 53 à 57, 303 à 307.

[115] Le 9 juillet 1372, Bertrand du Guesclin et Olivier, seigneur de Clisson, qui se trouvaient alors à Loudun, à 18 kilomètres au nord-est de Moncontour, accordèrent une trêve ou abstinence de guerre aux prélats, barons, seigneurs et habitants du Poitou (_Arch. Nat., sect. hist._, JJ 108, fº 97 vº, nº 160). Le lendemain 10 juillet, le connétable de France était à Chinon d’où il a daté la donation faite à Alain Saisy, écuyer, des château, ville et châtellenie de Mortemart (Haute-Vienne, arr. Bellac, c. Mézières) en Limousin, confisqués à cause de la rébellion d’Aimeri de Rochechouart, chevalier, seigneur du dit lieu, et «parce que de fait nous recouvrasmes pour le roy saisine du dit fort» (JJ 103, fº 77, nº 141). Une lettre de rémission octroyée par Bertrand du Guesclin à Olivier Darien, l’un de ses hommes d’armes, ancien partisan de Jean de Montfort et des Anglais, est également datée de Chinon en juillet 1372 (JJ 111, fº 180 vº, nº 346).

[116] Indre, arr. la Châtre, sur l’Indre, non loin de la source de cette rivière, presque à la limite des départements de l’Indre et de la Creuse. Au moyen âge, Sainte-Sévère possédait à la fois un château dont le beau donjon cylindrique subsiste encore et des fortifications dont il ne reste qu’une porte qui remonte au XIVe siècle.

[117] Vienne, arr. Civray, à 10 kilomètres à l’est de cette ville, près de la limite des départements de la Vienne, de la Charente et de la Haute-Vienne. Abbaye de Bénédictins au diocèse de Poitiers, fondée par Charlemagne en 799. Pierre, dit la Plette, abbé de Charroux, camérier du pape Grégoire XI, était tout dévoué à Charles V, qui l’admit au nombre de ses conseillers par acte daté de son château de Vincennes le 2 août 1372 (_Gallia christiana_, II, instrumenta, 349).

Bertrand du Guesclin, connétable, et Louis de Sancerre, maréchal de France, font donner l’assaut à la forteresse de Sainte-Sévère. Les ducs de Berry, de Bourbon et le comte dauphin d’Auvergne s’avancent jusqu’aux fossés de la place et encouragent par leur exemple les assaillants, parmi lesquels on ne compte pas moins de quarante-neuf chevaliers bannerets. Guillaume de Percy, Richard Gilles et Richard Holme, capitaines de la garnison, ignorant que le corps d’armée qui vient leur apporter du secours est arrivé à moins de dix lieues de Sainte-Sévère, ouvrent les portes de cette forteresse[118] aux assiégeants, à la condition qu’on leur laissera la vie sauve. Informé de l’approche des Anglais, Bertrand tient ses troupes rangées en bataille jusqu’au soir; mais le captal de Buch, Thomas de Percy et Jean Devereux, ayant reçu sur ces entrefaites la nouvelle de la reddition de Sainte-Sévère, jugent inutile d’aller plus avant et jurent de tenir la campagne jusqu’à ce qu’ils aient réussi à prendre leur revanche. P. 58 à 60, 307.

[118] Le siège de Sainte-Sévère eut lieu certainement pendant la seconde quinzaine de juillet 1372. Le 21 de ce mois, Jean, duc de Berry, fit venir du pays d’Auvergne 12 tonneaux de vin «pour mener au siège de Sainte-Sévère» (_Arch. Nat._, sect. hist., KK 251, fº 97). Le 26 juillet, le duc fit fabriquer à Bourges 4000 viretons garnis de fer pour la même destination (_Ibid._, fº 97). Le 29, il donna l’ordre d’amener de Bourges à Sainte-Sévère 12 tonneaux de vin (_Ibid._). La garnison de Sainte-Sévère avait capitulé dès le samedi 31 juillet 1372, puisque ce jour-là Jean, duc de Berry, fit allouer 100 sous tournois à un messager à cheval nommé Christian de Beaurepaire «pour faire ses frais et despens en alent de Sainte Severe à Paris pourter lettres de par mon seigneur (le duc de Berry) au roi faisant mencion de la prise du dit lieu de Sainte Severe» (_Ibid._, fº 89 vº). Le 2 août, le duc de Berry envoyait des éclaireurs du côté du fort de la Souterraine (Creuse, arr. Guéret, un peu à l’ouest de Sainte-Sévère), alors occupé par les Anglais, pour s’enquérir des mouvements et des forces de l’ennemi; le 4 et le 5 de ce mois, il était encore à Cluis (Indre, arr. la Châtre, c. Neuvy-Saint-Sépulcre) et se dirigeait vers Poitiers (_Ibid._, fº 97 vº).

Les habitants de Poitiers sont divisés en deux partis. Le commun, les gens d’Église et plusieurs riches bourgeois sont d’avis d’appeler les Français, tandis que Jean Renaud, maire de la ville, les fonctionnaires nommés par le prince de Galles et quelques-uns des plus puissants personnages de la bourgeoisie veulent rester Anglais; les premiers invitent Du Guesclin à venir prendre possession de Poitiers, promettant de lui en ouvrir les portes. Le connétable, qui se tient alors en Limousin, se met à la tête de trois cents hommes d’armes, tous gens d’élite et bien montés, avec lesquels, en une demi-journée et en une nuit, il franchit une distance de trente lieues qui le sépare de Poitiers. Le maire de cette ville adresse, de son côté, un appel analogue à Thomas de Percy, sénéchal de Poitou, qui, sur le conseil du captal de Buch, envoie Jean d’Angle avec une compagnie de cent lances prêter main-forte au maire ainsi qu’aux bourgeois partisans des Anglais. Arrivé à une lieue de Poitiers, Jean d’Angle apprend que le connétable de France a pris possession de cette ville[119] et retourne vers Thomas de Percy. P. 60 à 62, 307.

[119] L’erreur capitale de Froissart, en ce qui concerne la reddition de Poitiers, est d’avoir prêté à Bertrand du Guesclin un rôle non seulement prépondérant, mais tellement exclusif dans cette affaire que le duc de Berry n’apparaît même pas dans son récit. Deux documents, choisis entre beaucoup d’autres, que nous analysons ci-dessous, montreront que le chroniqueur n’a pas été renseigné exactement sur ce point. Cette reddition dut avoir lieu le samedi 7 août 1372. Cuvelier, dans sa _Chronique rimée de Bertrand du Guesclin_, se trompe sur l’année, puisqu’il place cet événement en 1370, mais il est bien informé quant au jour de la semaine:

Quant Poitiers se rendi, ce jour fu _samedis_.

(Éd. Charrière, II, 269, vers 21 209.)

Par acte daté de Poitiers le 7 août 1372, le jour même de la reddition, Jean, duc de Berry et d’Auvergne, donna à son bien amé Alain de Taillecol, dit l’Abbé de Malepaye, écuyer d’écurie du roi, «pour services rendus en la présente conqueste du pays de Guyenne», les biens sis au pays de Poitou, qui avaient été confisqués sur Thomelin Hautebourne, Wille Loing et Wille Halle, de la nation d’Angleterre, non obstant que le dit duc eût déjà concédé au dit Alain, à titre de rente viagère, 500 livres de rente annuelle confisquées sur Guichard d’Angle, chevalier, et en toute propriété, 500 livrées de terre à Dompierre en Aunis (auj. Dompierre-sur-Mer, arr. et c. la Rochelle), confisquées sur messire Jean de Luddan, prêtre anglais, ainsi qu’un hôtel sis à la Rochelle pourvu d’un mobilier évalué à 200 livres (_Arch. Nat._, JJ 104, nº 131, fº 61). Par un autre acte daté, comme le précédent, de Poitiers le dimanche 8 août 1372, le même duc de Berry donna à Jean le Page et à Guillaume Regnaut, secrétaires de son très cher et bien amé Bertrand du Guesclin, duc de Molina et connétable de France, «pour services rendus en la conqueste des pays de Guyenne, Poitou et Saintonge», certains manoirs et hébergements, estimés valoir 250 livres de rente annuelle, qui avaient appartenu à feu Robert de Grantonne, en son vivant prêtre, receveur de Poitou pour le prince d’Aquitaine et de Galles, ou que le dit feu messire Robert avait achetés au nom de Guillaume Yves son neveu, fils de sa sœur (_Ibid._, nº 33, fº 14). Nous possédons également deux actes de Bertrand du Guesclin, duc de Molina et connétable de France, datés de Poitiers le lundi 9 août 1372, le premier de ces actes portant donation en faveur de Pierre de la Rocherousse, écuyer de Bretagne, de biens sis en la vicomté de Limoges confisqués sur feu Jean et Aimeri de Bonneval, frères, tous les deux morts, et sur Rouffaut de Bonneval, frère de Jean et d’Aimeri, lesquels, après être rentrés sous l’obéissance du roi de France, «pour lors que nous venismes d’Espaigne», avaient embrassé de nouveau le parti anglais (_Ibid._, nº 34, fº 14 vº); le second acte gratifiant un autre écuyer breton, Alain Saisy, seigneur de Mortemart, de tous les biens «que souloit tenir Aimeri de Rochechouart, chevalier, tant en Poitou, Limosin comme en la duchié de Guyenne», biens confisqués à cause de la rébellion du dit Aimeri, partisan du prince de Galles (_Ibid._, nº 38, fº 16). Sans parler de la date de la donation faite à Alain de Taillecol, une autre circonstance qui semble bien indiquer que la reddition de la ville de Poitiers dut avoir lieu le 7 août, c’est que ce fut le lendemain 8 que Jean, duc de Berry, fit partir pour Paris le messager chargé d’en apporter la nouvelle à Charles V: «A Mahiet de Cheri, hussier de sale Monseigneur (le duc de Berry), pour faire ses frais et despens, en alent de Poitiers à Paris porter lettres de par Monseigneur au roy, _contenant que la ville de Poitiers s’estoit rendue en l’obeissance de Monseigneur. Yci, par son mandement donné le huitiesme jour du dit moys_ (août 1372)» (_Arch. Nat._, KK 251, fº 89 vº).

Découragés par la nouvelle de la prise de Poitiers, les principaux chefs qui composent le corps d’armée du captal de Buch estiment que ce qu’ils ont de mieux à faire, c’est de se séparer afin que chacun aille tenir garnison dans la forteresse confiée à sa garde; lorsqu’une occasion favorable se présentera de se remettre en campagne, ils se le feront savoir les uns aux autres. En attendant, les Poitevins prennent le chemin de Thouars, les Anglo-Gascons se dirigent vers Saint-Jean-d’Angely et les Anglais vers Niort. Les manants de cette dernière ville veulent en refuser l’entrée aux nouveaux arrivants, mais les Anglais emportent d’assaut la place, qu’ils mettent au pillage après en avoir massacré les défenseurs. P. 62 à 64.

D. Enrique, roi de Castille, accueille favorablement la demande de Charles V transmise par Owen de Galles. Par l’ordre de ce prince, D. Radigo le Roux[120], grand amiral de Castille, réunit une flotte composée de quarante gros navires, de huit galées et de treize barges, et va jeter l’ancre devant la ville de la Rochelle qu’il soumet à un étroit blocus. Le château de cette ville est toujours occupé par une garnison anglaise, et la crainte de s’exposer aux représailles de cette garnison empêche seule les bourgeois, qui sont Français de cœur, de se soumettre au roi de France; ils conviennent avec les Espagnols de s’abstenir, pendant la durée du blocus, de tout acte d’hostilité les uns envers les autres.--A peine maître de Poitiers, Bertrand du Guesclin envoie trois cents hommes d’armes bretons et picards sous les ordres de Renaud, seigneur de Pons et de Thibaud du Pont, mettre le siège devant le château de Soubise. La dame de Soubise fait demander du secours au captal de Buch qui tient alors garnison à Saint-Jean-d’Angely. Jean de Grailly concentre dans cette dernière ville des détachements des garnisons anglaises de Saintes, d’Angoulême, de Niort et de Lusignan pour aller renforcer la dame de Soubise et obliger le seigneur de Pons à lever le siège de cette place. Informé de ces préparatifs, Owen de Galles, embarqué sur un des navires de la flotte espagnole[121] à l’ancre devant la Rochelle, va s’embosser à l’embouchure de la Charente en face du château de Soubise[122] avec treize barges montées par quatre cents armures de fer. P. 64 à 67, 307, 308.

[120] D. Rui Diaz de Rojas.

[121] Ce détail doit être exact, puisque nous lisons dans le _Compte des recettes et dépenses de l’expédition navale des frères Jacques et Morelet de Montmor_ que les Espagnols prétendirent qu’ils avaient pris part à la capture du captal de Buch, «pour obvier au debat des Espaignolz qui à la prise du dit captal vouloient participer et reclamer droit» (_Arch. Nat._, J 475, nº 100{1}). D’après l’auteur de la _Chronique des quatre premiers Valois_, dont le récit paraît émaner d’un témoin oculaire, des Espagnols de la compagnie d’Owen de Galles figurèrent avec honneur parmi les combattants: «Et moult bien se portèrent les Espaingnolz qui en la compaignie de Yvain estoient.» _Chronique des quatre premiers Valois_, p. 240.

[122] Le bourg jadis fortifié de Soubise (Charente-Inférieure, arr. Marennes, c. Saint-Agnant) est situé sur la rive gauche de la Charente, à peu de distance de l’embouchure de ce fleuve, entre Rochefort et la mer.

Le captal de Buch, apprenant que le seigneur de Pons n’a pas plus de cent lances devant Soubise, renvoie la moitié de ses gens et ne garde que deux cents lances; il réussit à surprendre les assiégeants, les met en déroute et fait prisonniers le seigneur de Pons et Thibaud du Pont; mais il se laisse à son tour surprendre par Owen de Galles, les frères Jacques et Morelet de Montmor[123], qui taillent en pièces les Anglais. Le captal de Buch est pris par un écuyer picard de la compagnie d’Owen de Galles, nommé Pierre d’Auvillers[124], et Thomas de Percy, sénéchal de Poitou, par le chapelain gallois d’Owen, nommé David House[125]. Henri Hay, sénéchal d’Angoulême, Maurice Wis, homme d’armes de la garnison de Lusignan, sont également faits prisonniers. Gautier Hewet et Petiton de Curton, capitaines de Lusignan, Guillaume de Faringdon, capitaine de Saintes, Jean Cressewell, l’un des capitaines de Niort, se sauvent à grand’peine au moyen d’une planche que leur jettent les assiégés pour traverser le fossé et d’une poterne par laquelle ils parviennent à se réfugier dans la forteresse de Soubise. P. 67 à 69, 308.

[123] Nous possédons aux Archives Nationales le compte détaillé des dépenses de Jacques de Montmor, chevalier, et de Morelet de Montmor, écuyer, frère de Jacques, depuis le 2 juillet jusqu’au 16 décembre 1372: «C’est le compte et parties des sommes de deniers que messire Jacques de Monmor, chevalier, et Morelet de Monmor, escuier, son frère, demandent, requierent et supplient au roy nostre sire estre à eulz paiées et satisfiées et es quelles sommes ilz dient et moustrent le dit seigneur estre tenu à eulz, tant pour cause des gaiges d’eulz et de certaine quantité de gens d’armes, arbalestriers, mariniers et autres, desserviz es guerres du roy nostre dit seigneur, par mer et par terre, comme deniers par eulz pour cellui seigneur frayez, mis, despendus et paiez de leur comptant pour faire en plusieurs manières et pour plusieurs causes le plaisir, service, volonté et commandement du dit seigneur et de son connestable de France, et meesmement par vertu de leurs lettres, c’est assavoir depuis le deuxiesme jour de juillet trois cent soixante et douze, que les dessus diz frères ou l’un d’eulz commencèrent à servir le dit seigneur pour les causes dessus dites, jusques au seiziesme jour de décembre en suivant» (_Arch. Nat._, J 475, nº 100{1}).

[124] D’après l’auteur de la _Chronique des quatre premiers Valois_ comme d’après Froissart, le gentilhomme auquel se rendit Jean de Grailly, captal de Buch, s’appelait Pierre d’Auvilliers ou d’Auvillers. Il appartenait à une famille plutôt normande que picarde, ainsi du reste que la plupart des hommes d’armes enrôlés dans l’expédition navale d’Owen de Galles, de Jacques et de Morelet de Montmor: «_Morelet de Mommor_ ET LES NORMANS, lit-on dans la _Chronique des quatre premiers Valois_ (p. 240), avoient forcloz les Anglois et tenoient le bout d’une rue.» On avait attaqué les Anglais au cri de: Claquin! Notre Dame! Claquin! La chronique que nous venons d’indiquer rapporte textuellement les paroles qui furent échangées entre Jean de Grailly et Pierre d’Auvilliers avant la reddition du captal. Il ne faut pas oublier qu’en sa qualité de comte de Longueville Bertrand du Guesclin était à la tête de la chevalerie normande.

[125] Thomas de Percy, sénéchal de Poitou, fut pris en effet par un Gallois, mais ce Gallois ne portait pas le nom indiqué par Froissart; il s’appelait en réalité Honvel Flinc. Par acte daté du château du Louvre le 10 janvier 1373 (n. st.), Thomas de Percy, chevalier d’Angleterre, reconnut qu’il était «prisonnier à Honvel Flinc, de Gales, lequel nous avoit pris en la bataille qui a esté ceste presente année où nous sommes (la pièce est datée de 1372 ancien style) devant la ville de Soubise, ou pais de Guienne, en laquelle bataille fut aussi pris par les gens de très noble et très puissant prince Charles, par la grâce de Dieu roy de France, monseigneur Jehan de Gresly, appellé le captal de Buch» (_Arch. Nat._, J 362, nº 2).

Le lendemain de ce combat livré dans la saison d’été, au mois d’août[126], par une nuit fort obscure et pendant la décroissance de la lune[127], Owen de Galles fait donner l’assaut au château. La dame de Soubise consulte les capitaines anglais qui, jugeant la résistance impossible, se décident à entrer en négociations avec les assiégeants et se font délivrer des sauf-conduits pour se retirer en Poitou et en Saintonge. D’après leur conseil, la châtelaine rend sa forteresse aux vainqueurs et rentre sous l’obéissance du roi de France. Après ce succès, Owen de Galles, qui ne veut se dessaisir du captal son prisonnier[128] que sur l’ordre exprès de Charles V, regagne le gros de la flotte ancrée devant la Rochelle, dont les Français et les Espagnols continuent le blocus. P. 69 à 71, 308.

[126] D’après une pièce de comptabilité rédigée au lendemain même de l’affaire de Soubise, Jean de Grailly, captal de Buch, et Thomas de Percy, sénéchal de Poitou, auraient été défaits et pris le lundi 23 août 1372: «... Depuis le XXIIe jour d’avril CCCLXXII après Pasques qu’il reçut par monstre les dictes gens à Harefleu _jusques au_ XXIIIe _jour d’aoust ensuivant_ qu’ilz furent arrivez en l’isle d’Oleron _et que ce jour le captal de Buch, le seneschal de Poitou et le sire de Mareul_ (Renaud, seigneur de Mareuil, neveu de Raymond de Mareuil) _furent pris et les gens estans en leurs routes desconffiz en la besoingne qui lors fu_...» (_Arch. Nat._, J 475, nº 100{1}). Le surlendemain 25 août, la nouvelle de la prise du captal était parvenue à Poitiers, et le duc de Berry, qui depuis la reddition avait établi sa résidence dans cette ville, donna l’ordre de payer six livres tournois à Simon Champion, l’un de ses chevaucheurs, qu’il envoyait à Paris en le chargeant d’apporter cette nouvelle au roi son frère: «A Symon Champion, chevaucheur monseigneur, pour faire ses fraiz et despens, en alent de Poitiers à Paris porter lettres de par monseigneur au roy contenant que _le captal et plusieurs autres capitaines anglois ont esté desconffis_.» (_Arch. Nat._, KK 251, fº 90 vº). Le jeudi 26 août, Philippe, duc de Bourgogne, reçut l’heureuse nouvelle à Chinon, où il donna à cette occasion un grand dîner au comte d’Eu ainsi qu’aux principaux chevaliers du petit corps d’armée qu’il conduisait lui-même en Poitou (_Bibl. Nat., Collect. de Bourgogne_, t. XXI, fº 8 vº). Le dimanche 29 août, six jours seulement après l’affaire de Soubise, Charles V dépêcha un religieux augustin nommé Frère Jean de Montmor vers Jacques et Morelet, frères du dit Jean, pour les inviter à remettre entre les mains du roi le captal de Buch leur prisonnier. Ce religieux était porteur d’une lettre missive revêtue de la signature du royal expéditeur: _Charles_, datée du bois de Vincennes et adressée «à noz amez et feaulz Jaques de Monmor, chevalier, et Morelet de Monmor, escuier, frères» (_Arch. Nat._, J 475, nº 100{6}).

[127] Ce détail est parfaitement exact et prouve que Froissart devait tenir d’un témoin oculaire le récit qu’il nous a transmis de l’affaire de Soubise. En effet, pendant le mois d’août 1372, il y eut nouvelle lune le 3, premier quartier le 9, pleine lune le 16 et dernier quartier le 24 de ce mois. J. P. Escoffier, _Calendrier perpétuel_, Périgueux, 1880, p. 25 et 351.--L’auteur de la _Chronique des quatre premiers Valois_ rapporte l’affaire de Soubise à la nuit du samedi 21 au dimanche 22 août: «Et de là alèrent à Soubise, une forte ville, et s’appareillèrent pour l’assaillir, _et estoit jour de samedi.... Et lors estoit plus minuyt._» _Chron. des quatre premiers Valois_, p. 238, 239.--Owen de Galles et les frères de Montmor vinrent attaquer Soubise le samedi 21; mais Jean de Grailly, captal de Buch, capitaine de Saint-Jean-d’Angely, informé immédiatement de l’attaque des Français, n’a pu accourir au secours des assiégés que dans l’après-midi du dimanche 22. Le combat de Soubise a donc dû se livrer, comme le porte la pièce de comptabilité indiquée plus haut, dans la nuit du 22 au 23 août 1372.

[128] Une querelle très vive ayant surgi entre les Français et les Espagnols à l’occasion de la capture de Jean de Grailly, les frères de Montmor firent embarquer le captal de Buch et les autres prisonniers sur une galiote montée par un équipage de 80 mariniers et défendue par 20 arbalétriers et les transportèrent, dès le 23 août, en pleine mer, dans les eaux de l’île d’Oléron, dont les dits frères venaient d’être nommés gouverneurs (_Arch. Nat._, J 400, nº 67).

Encouragée par ce succès, une troupe de Bretons et de Poitevins, forte de cinq cents hommes d’armes et placée sous les ordres de Renaud, seigneur de Pons, d’Olivier, seigneur de Clisson, de Jean, vicomte de Rohan, de Gui, seigneur de Laval, de Jean, seigneur de Beaumanoir, et de Thibaud du Pont, s’empare successivement d’Angoulême[129], de Saint-Jean-d’Angely[130], de Taillebourg[131], et va mettre le siège devant la cité de Saintes. Guillaume de Faringdon, sénéchal de Saintonge, se met en mesure d’opposer une vigoureuse résistance aux assiégeants; mais les bourgeois de Saintes, sur le conseil de leur évêque, partisan du roi de France[132], menacent de tuer Guillaume s’il ne les laisse conclure un arrangement avec les Français; le sénéchal y consent à la condition qu’on ne le fera point figurer dans l’acte de capitulation. P. 71 à 73, 308.

[129] Angoulême se rendit vers le 8 septembre à Geoffroi de la Roche et à Raymond de Mareuil auxquels l’Anglais Robin Sely livra l’une des tours de la ville (_Arch. Nat._, JJ 104, nº 2). Jean, duc de Berry, emprunta quatre livres tournois à Jacquet d’Ableiges, son secrétaire, le futur compilateur du _Grand coutumier_, pour en faire cadeau à un habitant d’Angoulême qui avait apporté au duc cette heureuse nouvelle. «A Jaquet d’Ableiges, secretaire de monseigneur (le duc de Berry), qu’il avoit presté à mon dit seigneur pour baillier _à un des habitans d’Angoulesme, lequel avoit apporté novelles que les habitans d’icelle ville se rendoient à monseigneur_, pour faire ses despens en soy retournant; yci, par quittance du dit secretaire donnée _le_ XXVIIe _jour du dit mois_ (octobre 1372) rendue à court: IIII livres tournois.» (_Arch. Nat._, KK 251, fº 91). Jean Prevost du Pellegrain, d’Angoulême, receveur de cette ville et du pays d’Angoumois, gardien du château de «Thouré», s’étant efficacement entremis pour faire ouvrir les portes d’Angoulême aux Français, obtint de Charles V des lettres de quittance générale datées de Paris le 27 mars 1374 (_Arch. Nat._, JJ 105, nº 224, fº 125 vº). Deux ordonnances, la première accordant à Angoulême une commune semblable à celle de Saint-Jean-d’Angely (_Ordonn._, V, 581 et 582), la seconde octroyant des lettres de sauvegarde à l’abbaye de Saint-Cibar, située dans les faubourgs d’Angoulême (_Ibid._, 591 et 592), sont datées du mois de janvier 1373 et sont postérieures d’environ quatre mois à la reddition de cette ville au roi de France.

[130] Saint-Jean-d’Angely ne se rendit aux Français que le lundi 20 septembre, jour où Jean, duc de Berry, par lettres datées «de nostre ville de Saint Jehan d’Angeli», donna à Jean Ysoré, seigneur de la Varenne, et à Regnaut Chevin, seigneur de Mauzé, chevaliers, les terres confisquées sur Guichard d’Angle, partisan des Anglais, dans les sénéchaussées de Poitou, Saintonge et Angoumois (_Arch. Nat._, JJ 104, nº 331, fº 137). Philippe, duc de Bourgogne, Bertrand du Guesclin, Olivier, seigneur de Clisson, se trouvaient devant cette ville au moment de la reddition. «A monseigneur (le duc de Bourgogne), tant pour faire sa volenté comme pour lui esbattre au jeu des dés, tant au Bourgneuf lez la Rochelle comme à Saint Jehan d’Angely, en la compaignie du seigneur de Clisson, du connestable du Guesclin et autres.» (_Arch. de la Côte-d’Or_, B 1438, fº 19). Voyez la brochure intitulée _Campagne de Philippe le Hardi en 1372_, par Ernest Petit, p. 10.

[131] Charente-Inférieure, arr. Saint-Jean-d’Angely, c. Saint-Savinien. Par acte daté de Saintes le 24 septembre 1372, Jean, duc de Berry, donna à Louis Larchevêque, seigneur de Taillebourg, les terres sises depuis le pont de Taillebourg, «ainsi comme le cours de l’ayve de la Charante emporte en alant envers Xaintes», jusqu’à un fossé près de Bussac (_Arch. Nat._, JJ 104, nº 56, fº 26 vº).

[132] Le prélat, qui occupait alors le siège de Saintes, s’appelait Bernard du Sault (_Gallia Christiana_, II, col. 1078).

Le jour même où les vainqueurs font leur entrée dans la cité de Saintes[133], Guillaume de Faringdon et ses gens prennent le chemin de Bordeaux. Après s’être reposés trois jours, les Français se dirigent vers la forteresse de Pons, restée anglaise, quoique Renaud, qui en est le seigneur, se soit rallié au roi de France, et défendue par une garnison dont Amanieu du Bourg est capitaine. Cette place se rend sans résistance sous la seule condition que le capitaine Amanieu et tous ceux qui voudront rester Anglais pourront se retirer à Bordeaux. Renaud, seigneur de Pons, qui s’était promis de faire trancher la tête à soixante de ses gens pour les punir de leur désobéissance, leur pardonne à la prière du seigneur de Clisson. P. 74, 75, 308.

[133] Saintes ouvrit ses portes aux Français le vendredi 24 septembre, puisque la donation, faite par Jean, duc de Berry, à Louis Larchevesque, dont nous venons de donner l’analyse, est datée de «_nostre_ ville de Xantes, _le_ XXIIIIe _jour de septembre_ l’an mil trois cens soixante et douze». Le jour même de la reddition, par un autre acte dressé à Saintes à la même date que la donation susdite, Simon Burleigh, chevalier anglais, se reconnut redevable envers Louis, duc de Bourbon, d’une somme de 1000 francs qu’il s’engagea sur la foi de son corps à payer à Tours à la mi-carême suivante (_Arch. Nat._, P. 1358{2}, nº 567; _Inventaire des titres de Bourbon_, I, 567). Cette somme était peut-être, comme nous l’avons supposé naguères (voyez le tome VII de cette édition, sommaire, p. XCV, note 286 et p. XCVI), une avance faite par le duc de Bourbon à Simon Burleigh comme à-compte sur la rançon de la duchesse sa mère, tenue prisonnière dans la Tour de Broue (Charente-Inférieure, arr. et c. de Marennes, commune de Saint-Sornin), rançon qui avait été réglée deux mois auparavant par un traité intervenu le 23 juillet 1372, mais en réservant le cas où la dite duchesse serait délivrée «par force d’armes». Or, ce cas que l’on avait ainsi prévu se produisit, comme l’atteste expressément l’auteur de la _Chronique des quatre premiers Valois_ (p. 244). A une date que l’on ne saurait fixer avec une précision absolue, mais certainement entre le 7 août, date de la reddition de Poitiers, et le 22 du même mois, jour où le captal de Buch fut battu et fait prisonnier devant Soubise, Louis, duc de Bourbon, puissamment secondé par Bertrand du Guesclin, réussit à emporter d’assaut la Tour de Broue et délivra ainsi, sans bourse délier, la duchesse douairière sa mère.--Au lendemain même de la reddition de Saintes, dès le samedi 25 septembre au matin, Philippe, duc de Bourgogne, partit de cette ville et s’avança dans la direction de Cognac (E. Petit, _Campagne de Philippe le Hardi en 1372_, p. 11); mais Jean, duc de Berry, prolongea son séjour dans la capitale de la Saintonge au moins jusqu’au mardi 28: «A Pelerin, messaigier de madame (la duchesse de Berry) envoié de Xaintes à Saint Jehan d’Angeli pourter lettres de monseigneur (le duc de Berry) à Ymbaut du Peschin; yci, le dit XXVIIIe jour (de septembre 1372), XX sols tournois.» (_Arch. Nat._, KK 251, fº 91).

Les habitants de la Rochelle, qui ont noué des intelligences avec Owen de Galles et aussi avec Bertrand du Guesclin, dès lors maître de Poitiers, voudraient bien se tourner français, mais ils sont retenus par la crainte de la garnison anglaise qui occupe leur château. Pendant l’absence du capitaine Jean Devereux, parti de la Rochelle pour répondre à l’appel du maire de Poitiers, cette garnison est commandée par un écuyer nommé Philippot Mansel[134], homme d’armes d’une grande bravoure, mais d’une intelligence très bornée. Voici la ruse qu’imagine Jean Chauderier, maire de la Rochelle[135], pour s’emparer du château et en expulser les Anglais. Un jour, il invite à dîner Philippot Mansel et feint pendant le repas d’avoir reçu une lettre du roi d’Angleterre lui ordonnant de passer en revue les soudoyers de la garnison, qui sont au nombre de soixante, et de payer leurs gages échus depuis trois mois. Le lendemain, pendant que le maire passe en revue ces soudoyers sur une des places de la Rochelle, deux mille bourgeois armés leur coupent la retraite et se rendent maîtres du château resté sans défense. Les Anglais sont arrêtés, désarmés et enfermés deux par deux en divers endroits de la ville. P. 75 à 80, 308.

[134] Jean Cot et Philippot Manssel étaient les deux principaux hommes d’armes de la garnison anglaise de la Rochelle. A la date du 12 septembre 1372, après la reddition de cette ville et la prise du château, Cot et Manssel étaient les prisonniers du duc de Berry, qui fit acheter deux roncins pour les monter. «A Naudon de Figac et Geffroy Narron pour deux roussins pris et achatés d’eulx, du commandement monseigneur (le duc de Berry), _pour monter Jehan Cot et Philippot Manssel, Anglois, prisonniers de mon dit seigneur_ (_Arch. Nat._, KK 251, fº 98).

[135] En 1372, le maire de la Rochelle était non pas Jean Chauderier, mais Pierre de Boudré. Au commencement du mois d’octobre de cette année, «honorable homme et sage sire Pierre de Boudré, maire de la Rochelle», prêta aux frères Jacques et Morelet de Montmor une somme de 969 francs d’or destinée à l’achat d’un certain nombre de chevaux pour amener à Paris le captal de Buch, laquelle somme fut remboursée le 16 novembre suivant à Jean Kaint, facteur du dit maire (_Arch. Nat._, J 475, nº 100{2}).

Les ducs de Berry, de Bourbon et de Bourgogne, qui s’étaient tenus très longuement sur les marches de l’Auvergne et du Limousin[136] à la tête de deux mille lances, lorsqu’ils apprennent que les habitants de la Rochelle ont chassé les Anglais, se dirigent vers Poitiers, où ils vont rejoindre le connétable de France. Chemin faisant, ils s’emparent des châteaux de Saint-Maixent[137], de Melle et de Civray. P. 80, 81, 309.

[136] Froissart se trompe grossièrement lorsqu’il affirme que les trois ducs de Berry, de Bourgogne et de Bourbon s’étaient tenus «moult longuement» sur les marches de l’Auvergne et du Limousin. Le duc de Berry, qui avait fait son entrée à Poitiers dès le 7 août, le jour même de la reddition, attendit dans cette ville, avant de se remettre en campagne, l’arrivée du corps d’armée que lui amenait son frère cadet, Philippe, duc de Bourgogne. Parti de Nevers le mercredi 18 août, celui-ci, après un trajet de dix jours à travers le Berry et la Touraine, n’arriva dans la capitale du Poitou que le samedi 28 au matin, le même jour qu’Olivier, seigneur de Clisson, et que Charles d’Artois, comte d’Eu. Pendant ce temps, Bertrand du Guesclin et Louis, duc de Bourbon, paraissent avoir dirigé les opérations en Saintonge, opérations dont les deux principaux résultats furent la délivrance de la duchesse de Bourbon et la prise du captal de Buch.

[137] Deux-Sèvres, arr. Niort, entre cette ville et Poitiers. On voit par les comptes de Philippe le Hardi, qui sont heureusement parvenus jusqu’à nous, que le duc de Bourgogne partit de Poitiers le 30 août au matin, dîna et gîta le soir à Sanxay, fit halte le 31 à la Mothe-Sainte-Heraye (Deux-Sèvres, arr. Melle) et arriva le mercredi 1er septembre devant le château de Saint-Maixent. Après avoir assisté à la messe dans l’église du lieu à laquelle il fit une offrande, le duc attaqua le château, qui ne fut emporté que le samedi 4 après quatre jours de siège (E. Petit, _Campagne de Philippe le Hardi en 1372_, p. 9). Saint-Maixent possédait une antique abbaye dont les religieux avaient mis beaucoup d’empressement à faire leur soumission. Pour les récompenser, Charles V confirma leurs privilèges par acte en date du 26 novembre 1372 (_Ordonn._, V, 545, 546); et dans un autre acte octroyé en leur faveur le 27 juillet de l’année suivante pour les placer dans le ressort de Chinon substitué à celui de Loudun, il est fait mention des services signalés rendus à la Couronne de France par Guillaume de Vezençay, qui fut abbé de Saint-Maixent de 1363 à 1380 (_Ibid._, 625, 626).

De Poitiers où ils se tiennent[138], les trois ducs de Berry, de Bourgogne, de Bourbon et le connétable de France envoient des messagers à la Rochelle s’enquérir des dispositions des bourgeois de cette ville; ceux-ci font savoir qu’ils sont et seront bons Français, pourvu que Charles V fasse droit à leurs demandes, mais qu’en attendant ils prient le duc de Berry et le connétable Bertrand de se tenir et de tenir leurs gens d’armes éloignés de la Rochelle. Ils envoient douze d’entre eux à Paris exposer au roi de France leurs conditions; ils exigent: 1º le rasement du château[139]; 2º la réunion irrévocable de leur ville au domaine de la Couronne; 3º la création d’un hôtel des monnaies à la Rochelle; 4º l’exemption de toute taille, gabelle, louage, subside, aide ou imposition qui n’aurait pas été levée avec leur assentiment; 5º une sentence du pape les relevant du serment de fidélité qu’ils avaient prêté au roi d’Angleterre. Charles V, qui estime que la Rochelle est de toutes les villes de cette partie de son royaume celle dont la possession lui importe le plus, accorde aux députés des Rochellais tout ce qu’ils lui demandent[140]; il les comble même de cadeaux et de joyaux qu’il les charge d’offrir de sa part à leurs femmes. P. 81 à 83, 309.

[138] On a vu par ce qui précède que, des trois ducs désignés ici par Froissart, le seul qui semble avoir fait un assez long séjour à Poitiers avant la reddition de la Rochelle, à savoir du 7 au 29 août, est Jean, duc de Berry.

[139] «Charles V ordonna qu’il ne seroit fait ni poursuite ni recherche de ceux qui avoient rasé le château aussitôt après l’expulsion des Anglois: ce qui prouve que la démolition de ce château ne fut point un des articles stipulés, comme nos écrivains modernes l’assurent d’après Froissart.» P. Arcère, _Hist. de la Rochelle_, I, 260.

[140] Les habitants de la Rochelle obtinrent en effet, dans les quatre ou cinq mois qui suivirent la reddition de cette ville, la plupart des avantages énumérés ici par Froissart, à savoir, le 25 novembre 1372, la création ou plutôt le rétablissement de leur hôtel des monnaies (_Ordonn._, V, 543) et le 8 janvier suivant, la confirmation de tous leurs anciens privilèges et en outre l’octroi de la noblesse aux maire, échevins et conseillers en même temps que la remise des droits de franc fief aux non-nobles (_Ibid._, 571 à 576).

Les bourgeois de la Rochelle s’empressent de raser leur château[141], dont ils ne laissent pas pierre sur pierre et dont ils emploient les débris au pavage de leurs rues; cela fait, ils informent le duc de Berry qu’ils sont tout prêts à le recevoir au nom du roi de France. Par l’ordre du duc, Bertrand du Guesclin part de Poitiers avec une compagnie de cent lances et va prendre possession de la Rochelle[142]. Après cette prise de possession, Radigo le Roux, amiral de Castille, et ses marins, ayant reçu le payement de leurs gages[143], lèvent l’ancre et reprennent le chemin de l’Espagne. Quant à Owen de Galles, il se dirige vers Paris, où il amène au roi le captal de Buch[144]. Charles V fait le meilleur accueil à Jean de Grailly, qu’il espère attirer dans son parti; mais le captal reste insensible à ces avances; il offre seulement de se racheter en payant cinq ou six fois plus que son revenu annuel. Le roi de France, à son tour, repousse cette offre et tient son prisonnier enfermé au château du Louvre. P. 83 à 85, 309.

[141] Par acte daté du mois d’avril 1373, Charles V institua Bernard Gautier, bourgeois de la Rochelle, ouvrier du serment de France au nouvel hôtel des monnaies qu’il venait d’établir dans cette ville, pour le récompenser des services qu’il avait rendus «à aidier à bouter hors de nostre chastel du dit lieu les Anglois» (_Arch. Nat._, JJ 104, nº 156, fº 70).

[142] D’après la _Chronique des quatre premiers Valois_, plusieurs des hommes d’armes qui avaient l’habitude de combattre sous la bannière personnelle de Bertrand du Guesclin prirent part au combat de Soubise, où l’on attaqua les Anglo-Gascons en poussant le fameux cri de guerre du connétable: «Claquin! Notre Dame! Claquin!» D’un autre côté, Cabaret d’Orville, dans sa _Chronique du bon duc Loys de Bourbon_, après avoir raconté que Bertrand aida le duc de Bourbon à emporter d’assaut la Tour de Broue où l’on retenait prisonnière la duchesse douairière de Bourbon, mère du duc Louis, ajoute que cette prise de la Tour de Broue précéda immédiatement l’affaire de Soubise: «Quant la Tour de Brou fut rendue, les gens du duc de Bourbon s’en allèrent courre devant Sebise» (édit. Chazaud, 1876, p. 92). La forteresse de Soubise et la Tour de Brou ou de Broue, située à seize kilomètres au sud de Soubise, commandaient le cours inférieur de la Charente et par suite les communications par terre entre la Rochelle et Bordeaux. Une fois maître de ces deux points stratégiques, Bertrand du Guesclin, après avoir assuré ainsi ses derrières, put procéder en toute sécurité à l’investissement de la Rochelle par terre en même temps que la flotte des frères de Montmor, de Jean de Rye, d’Owen de Galles et des Espagnols, ancrée entre les îles de Ré, d’Aix, d’Oléron et le continent, bloquait étroitement cette ville par mer (_Ordonn._, V, 567). Ce blocus, mis ou du moins resserré et complété après l’occupation de Soubise qui eut lieu le 23 août, dura jusqu’à la reddition de la Rochelle, c’est-à-dire jusqu’au 8 septembre suivant. Ce fut pendant cet intervalle que les Rochellais, s’il en faut croire un de leurs historiens, consentirent à payer au connétable une somme de cinquante mille livres tournois, à la condition qu’on épargnerait leurs maisons et leurs terres (P. Arcère, d’après Barbot, _Hist. de la Rochelle_, I, 253). Le rôle actif joué par Du Guesclin dans les préliminaires de la reddition de la Rochelle est attesté par plusieurs actes, notamment par une donation datée du 5 septembre 1372, antérieure par conséquent de trois jours à l’entrée des Français dans la capitale de l’Aunis. Cette donation de deux maisons, l’une sise à la Rochelle, l’autre à Dompierre en Aunis, fut faite par Charles V à un Breton nommé Yvon le Corric, qui avait servi le roi «en la compaignie de son amé et feal connestable, _pour la bonne diligence qu’il a mis à faire venir et tourner la ville de la Rochelle en nostre obeissance_» (_Arch. Nat._, JJ 103, nº 287, fº 136). Par un autre acte délivré à la Rochelle sous son sceau le 8 septembre, précisément le jour où Jean, duc de Berry, prit possession de cette ville au nom du roi de France, Du Guesclin lui-même fit don d’une maison sise dans la rue de la Blatrie à un bourgeois de la Rochelle appelé Jamet du Chesne, originaire de Bretagne, _en remuneracion des services faiz par le dit Jamet, en pourchaçant à faire venir et retourner de nouvel la ville de la Rochelle en l’obeissance du roy_ (JJ 104, nº 36, fº 15).

[143] Ces Espagnols, qui depuis l’affaire de Soubise ne cessaient de réclamer le captal de Buch comme leur prisonnier, eurent un jour une rixe sanglante avec un certain nombre d’habitants de la Rochelle «ou temps que nostre dicte ville (de la Rochelle) vint derrenierement en nostre obeissance, lit-on dans une lettre de rémission datée de mai 1373, une _très grant noize et tumulte soursist entre les gens du navire d’Espaigne et aucuns des habitans de nostre dicte ville_, et y eut de part et d’autre grant quantité de gens armés tant que aussi comme tous les habitans de nostre dicte ville en furent commeuz.» Cette rixe éclata peut-être à l’occasion du transfert à la Rochelle du captal de Buch et des autres prisonniers revendiqués par les Espagnols.

[144] Le 8 septembre, le captal et les autres personnages de marque faits prisonniers à l’affaire de Soubise, que l’on avait gardés jusqu’alors à bord d’un navire ancré en vue de l’île d’Oléron, furent transférés par l’ordre de Du Guesclin à la Rochelle où ils restèrent jusqu’au 6 octobre sous la garde de Morelet de Montmor et de 16 autres hommes d’armes; ensuite, on les interna dans l’abbaye de Saint-Maixent, où ils séjournèrent pendant le reste du mois d’octobre et pendant tout le mois de novembre. Au commencement de décembre, ils prirent place dans le cortège des ducs de Berry, de Bourgogne et de Bourbon, lorsque ces trois ducs quittèrent le Poitou, en compagnie de Bertrand du Guesclin, pour se diriger vers Paris, où ils arrivèrent le 11 de ce mois (_Arch. Nat._, J 475, nº 100{1} à {7}). «Ce jour de samedi xie jour de décembre (1372) retournèrent de la conqueste de Poitou, Xantonge et Angoloisme et la Rochelle et entrèrent à Paris noz seigneurs les duz de Berry, Bourgoigne et Bourbon et plusieurs autres barons et seigneurs en leur compaignie et aussi le connestable de France. Et lors Pierret d’Auvillier, escuier, amena le captal de Buch, messire Guillaume (lisez: Thomas) de Percy et le sire de Mareuil et autres prisonniers gascoins et anglois. Le dit Pierret avoit pris en bataille le dit captal, etc.» (_Arch. Nat., sect. jud._, X 1470, fº 6).

Les châteaux de Marans, de Surgères, de Fontenay-le-Comte sont toujours occupés par les Anglais, qui font des incursions jusqu’aux portes de la Rochelle. Après avoir réuni sous leurs ordres un corps d’armée de deux mille lances, les ducs de Berry, de Bourgogne et de Bourbon, le connétable et les maréchaux de France, Béraud, dauphin d’Auvergne, et Louis, seigneur de Sully, quittent Poitiers[145] et vont mettre le siège devant le château de Benon[146]. Guillonet de Pau[147], écuyer d’honneur du comte de Foix, et un chevalier napolitain connu sous le nom de «messire Jacques» ont été mis par le captal à la tête de la garnison de ce château. Les Français livrent sans résultat deux ou trois assauts. Vers le milieu de la nuit, un détachement de la garnison anglaise de Surgères[148] tombe à l’improviste dans le camp des assiégeants et tue un écuyer d’honneur[149] du connétable de France. Furieux de la mort de cet écuyer, Bertrand du Guesclin emporte d’assaut le château de Benon, dont il fait passer la garnison au fil de l’épée. P. 85 à 87, 309.

[145] Les ducs de Berry, de Bourgogne, de Bourbon et Bertrand du Guesclin n’arrivaient pas de Poitiers lorsqu’ils mirent le siège devant le château de Benon; ils venaient de prendre possession de la Rochelle.

[146] Le château de Benon (Charente-Inférieure, arr. la Rochelle, c. Courçon) commandait la route de la Rochelle à Niort par Nuaillé. Les trois ducs et le connétable de France, qui arrivaient de la Rochelle ou plutôt du Bourgneuf près de la Rochelle, où ils s’étaient tenus avec leurs gens d’armes du 5 au 11 septembre, vinrent camper «aux champs devant le chastel de Benoin» dans la journée du dimanche 12. Le château fut pris le mercredi 15 après trois jours de siège (_Campagne de Philippe le Hardi en 1372_, p. 10). Le duc de Berry a daté de Benon en septembre 1372 (par conséquent du 12 au 15 de ce mois) un acte par lequel il transféra le marché de Bourgneuf en Aunis (Charente-Inférieure, arr. la Rochelle, c. la Jarrie) du dimanche au samedi, en même temps qu’il établit au dit lieu deux foires annuelles fixées au 30 août et à la Sainte-Catherine (25 novembre), à la supplication de Guillaume Arnaud, commandeur de la maison du Bourgneuf de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem, «pour consideracion que pour cause des presentes guerres _pour la première venue que noz amez et feaulx le connestable de France et le sire de Cliçon, qui ou grant nombre de gens d’armes et autres en leurs compaignies furent ou dit lieu de Bourgneuf_, pour lesquelles choses il dit les biens et facultez de la dite maison estre grandement diminués» (_Arch. Nat._, JJ 104, nº 104, fº 37 vº; _Ordonn._, V, 606).--Le passage que nous avons souligné indique clairement que Bertrand du Guesclin et Olivier, seigneur de Clisson, étaient venus camper au Bourgneuf et avaient commencé le blocus par terre de la Rochelle avant l’arrivée du duc de Bourgogne au même lieu le 5 septembre et des ducs de Berry et de Bourbon qui ne rejoignirent Philippe le Hardi, avec lequel ils dînèrent, que le lendemain 6 (_Campagne de Philippe le Hardi_, p. 9).

[147] Le prénom de cet homme d’armes est tantôt _Guillonet_, tantôt _Gui_, tantôt _Guillaume_, car il y a des exemples de ces trois formes dans les manuscrits. Le nom même varie et on le trouve écrit ici _Pans_, là _Paus_. Comme Froissart donne à ce chef de compagnies le titre d’écuyer du comte de Foix, la forme de Paus, qui semble indiquer que cet aventurier avait pris le nom de la capitale du Béarn, d’où il était sans doute originaire, nous a paru mériter la préférence. Ernauton de Pau ou de Paus, autre chef de Compagnies, devait appartenir à la même famille que Guillonet, quoiqu’il eût embrassé le parti adverse en se mettant au service du duc d’Anjou. Cuvelier désigne comme capitaine de Benon, non point Guillonet de Pau, mais un Anglais nommé Davy:

Cappitain y avoit c’on appeloit Davi.

(_Chronique rimée de B. du Guesclin_, II, 283, vers 21 642.)

[148] D’après Cuvelier, ce fut un détachement de douze fiers compagnons de la garnison de Benon, et non de celle de Surgères, qui fit une sortie au milieu de la nuit et opéra la surprise meurtrière racontée ici par Froissart (_Ibid._, 285-287, vers 21 700 à 21 754).

[149] «Et là perdit le connestable quatre de ses gentilz hommes qui gouvernoient tout son faict lesquels estoient en leur lougis en leur lit où ils dormoient; si eurent laissé d’aventure l’huis ouvert leurs varlets qui jouoient aux dés, et furent tués les gentils hommes par ceulx de la garnison de Benon» (Cabaret d’Orville, _Chronique du bon duc Loys de Bourbon_, éd. Chazaud, p. 91). Ce détail est confirmé par Cuvelier, qui donne le nom du plus considérable de ces gentils hommes, celui que Froissart qualifie écuyer d’honneur du connétable, Geffroi Payen, et par l’_Histoire de la Rochelle_ d’Amos Barbot, qui mentionne outre Geffroi Payen, Thomas de la Luzerne et Jean Boterel (_Chron. rimée_, éd. Charrière, II, 286 et 287; Amos Barbot, _Hist. de la Rochelle_, Saintes, 1886, t. I, p. 204). D’après Cuvelier et l’auteur de la _Chronique en prose_, Olivier, seigneur de Clisson, furieux de la mort de Geffroi Payen son parent, fendit à coups de hache la tête à quinze Anglais de la garnison de Benon et mérita ainsi le surnom de _boucher_ que les Anglais lui donnèrent depuis lors:

Englois ne pueent mais, par le corps sainct Benoit, S’il appellent _bouchier_ Olivier là endroit.

(_Chron. rimée_, II, 290, vers 21 852 et 21 853.)

Les Français assiègent ensuite le château de Marans[150], situé à quatre lieues de la Rochelle et où des Allemands tiennent garnison sous les ordres d’un certain Wisebare. Ces Allemands, craignant qu’on ne les traite comme les soudoyers de Benon, s’empressent de rendre leur forteresse et s’enrôlent au service du roi de France à la seule condition qu’ils seront payés de leurs gages. Arrivé devant Surgères[151], le connétable trouve ce château complètement vide; la garnison s’est enfuie à son approche. Il l’occupe et chevauche vers Fontenay-le-Comte[152], où la femme[153] de Jean Harpedenne dirige la résistance. P. 87, 88, 309.

[150] Charente-Inférieure, arr. la Rochelle. Marans est situé à 20 kilomètres environ au nord de cette dernière ville et de Benon, sur la rive gauche et à peu de distance de l’embouchure de la Sèvre. Par lettres datées de Marans au mois de septembre 1372 et par mandement spécial adressé à Geffroi Kerimel et à Geffroi Budes, chevaliers, Bertrand du Guesclin donna à son bien amé écuyer Perrot Maingny les biens meubles et héritages confisqués sur Jean Wilale et Henri Abbot, Anglais et ennemis du roi, biens situés en la ville et châtellenie de Fontenay-le-Comte (_Arch. Nat._, JJ 103, nº 371, fº 178 vº). Il n’est malheureusement pas fait mention dans cette charte du quantième du mois; mais comme l’itinéraire suivi par Du Guesclin dans la partie méridionale de la Saintonge pendant la seconde quinzaine de septembre est parfaitement établi et repose sur des actes authentiques, l’occupation de Marans par le connétable, si elle n’a pas coïncidé avec le siège de Benon, doit remonter aux premiers jours de septembre. Après s’être couvert au sud, en occupant, dès le 23 août, la forteresse de Soubise qui commandait le cours inférieur de la Charente, il est probable qu’un stratégiste aussi habile que Du Guesclin, voulant mettre les assiégeants à l’abri de toute surprise, aussi bien du côté du nord que du côté du midi, reconnut qu’il fallait pour cela réduire préalablement en son pouvoir le château de Marans par lequel on était maître du cours inférieur de la Sèvre. Si cette hypothèse est fondée, la démonstration contre Marans a dû suivre l’affaire de Soubise et avoir lieu dans les trois ou quatre premiers jours de septembre.

[151] Charente-Inférieure, arr. Rochefort-sur-Mer. Un acte émané de Du Guesclin (donation à Simon La Grappe, écuyer, huissier d’armes du roi, des biens confisqués de Robert de Grantonne, prêtre anglais, sis en la châtellenie de Fontenay-le-Comte), dont une copie se trouve dans un registre du Trésor des Chartes (JJ 103, nº 341, fº 167) est daté «devant Surgieres le treziesme jour du mois de septembre l’an mil CCCLXXII»; mais comme le connétable semble avoir pris part au siège de Benon, qui dura du 12 au 15, la date de cette donation faite à La Grappe est sans doute fautive et peut provenir de l’omission dans l’acte original du V de XVIII écrit en chiffres romains. «Le siège de la forteresse de Surgères, écrit M. E. Petit d’après les registres des recettes et dépenses de Philippe le Hardi (_Campagne de Philippe le Hardi_, p. 10) fut fait sans désemparer et dura quatre jours; les assiégés firent leur reddition le dimanche 19.»

[152] Aujourd’hui chef-lieu d’arrondissement du département de la Vendée, au nord de la Rochelle et de Niort, à peu près à moitié chemin de cette dernière ville et de Luçon.

[153] Ce ne fut pas Jeanne de Clisson, sœur d’Olivier, première femme de Jean Harpedenne, qui présida à la défense de Fontenay-le-Comte, ainsi que l’a supposé Benjamin Fillon (_Jean Chandos_, Fontenay, 1856, p. 31). En 1372, Jean Harpedenne, veuf de Jeanne de Clisson, était déjà remarié à Catherine le Senecal, fille de Gui le Senecal, chevalier. Catherine suivit en Angleterre son mari expulsé du Poitou après le recouvrement de cette province par Charles V; aussi, plus tard, devenue veuve, rentrée en France et remariée à un chevalier nommé Étienne d’Aventoys, elle se vit dans la nécessité de se faire octroyer par Charles VI des lettres de rémission, datées du mois de septembre 1390, pour avoir tenu activement le parti d’Édouard III et des ennemis du royaume (_Arch. Nat._, JJ 139, nº 95, fº 113). M. Kervyn de Lettenhove (_Chroniques de Froissart_, XXI, 526, 527) a dédoublé Jean Harpedenne et l’a confondu avec un fils portant le nom de Jean comme son père et issu du premier mariage de celui-ci avec Jeanne de Clisson.

Les assiégés ont des vivres et des munitions en abondance, mais ils savent qu’aucun secours ne peut leur être porté avant trois ou quatre mois[154]; et comme en outre on les menace de ne leur faire aucun quartier s’ils prolongent la défense, ils prennent le parti de se rendre[155]. Le connétable leur permet d’emporter tout ce qu’ils possèdent et de se retirer avec leur dame à Thouars, où tous les chevaliers du Poitou, partisans des Anglais, ont cherché un refuge. Les Français confient la garde de la forteresse de Fontenay-le-Comte à Renaud «de Lazi»[156] et retournent à Poitiers. P. 88, 89, 309.

[154] C’est ici qu’aurait dû trouver place le récit des opérations qui aboutirent à la reddition de Saint-Jean-d’Angely (20 septembre), de Saintes (24 septembre), à une halte devant Cognac (26 septembre), à l’occupation d’Aulnay-de-Saintonge (2 octobre), enfin à une halte devant Niort, du 6 au 8 octobre (_Campagne de Philippe le Hardi en 1372_, p. 10 et 11). Comme nous l’avons déjà fait remarquer, Froissart ou bien n’a pas connu quelques-unes des opérations que nous venons d’indiquer, ou bien assigne une date inexacte à celles qu’il mentionne, telles que la reddition de Saint-Jean-d’Angely et celle de Saintes, qu’il a racontées avant la soumission de la Rochelle, tandis qu’en réalité elles sont postérieures d’un certain nombre de jours à ce dernier événement.

[155] Le samedi 9 octobre, Philippe, duc de Bourgogne, venant de son campement en vue de Niort, mit le siège devant Fontenay-le-Comte. Le jour même de son arrivée, les habitants de la ville proprement dite capitulèrent, mais le château résista et ne fut enlevé de vive force que le lendemain dimanche (_Ibid._, p. 11). En l’absence de Jean Harpedenne, sénéchal de Saintonge, châtelain et capitaine de Fontenay-le-Comte, l’homme d’armes anglais qui dirigea surtout la résistance du château s’appelait Henri Abbot. Abbot était marié depuis environ neuf ans à une Française nommée Agnès Forgète, originaire de la Ferté-Milon et veuve d’un habitant de Fontenay nommé Mercereau, dont il avait eu un fils alors âgé de huit ans. Dès la fin de novembre 1372, un mois à peine après la reddition de Fontenay-le-Comte, Agnès se fit délivrer à la chancellerie royale des lettres de rémission et obtint que ses biens dotaux seraient exceptés de la confiscation des meubles et immeubles ayant appartenu à Henri Abbot son second mari. Dans ces lettres de rémission, il est fait mention d’un acte par lequel Jean, duc de Berry, comte de Poitou, «a donné à nostre amé et feal connestable de France la dicte ville et chastellerie de Fontenay, et aussi a donné à ses gens et autres tous les biens, meubles et heritages que tenoient les Anglois et leurs femmes qui demouroient en ycelle ville de Fontenay» (_Arch. Nat._, JJ 103, nº 254, fº 128 vº).

[156] Cet homme d’armes nous est inconnu. Peut-être faut-il lire, au lieu de Renaud «de Lazi», Renaud de Larçay (Indre-et-Loire, arr. et c. Tours) ou Regnault de Lassay. Le 15 octobre 1372, le duc de Berry, qui se trouvait alors aux Herbiers (Vendée, arr. la Roche-sur-Yon), fit donner 20 sous tournois à Symonnet, l’un de ses chevaucheurs, qu’il envoyait à _Fontenay-le-Comte_ porter un message à Jean, comte de Sancerre, l’un de ses conseillers (_Arch. Nat._, KK 251, fº 91).

Après s’être reposés quatre jours à Poitiers, les seigneurs de France vont mettre le siège devant Thouars[157] avec trois mille lances, chevaliers et écuyers, et quatre mille fantassins y compris les Génois. La place est trop forte et trop bien défendue pour être prise d’assaut; aussi, les assiégeants se contentent de la bloquer, espérant en avoir raison par la famine. Les principaux défenseurs de Thouars sont Louis de Harcourt[158], le seigneur de Parthenay[159], le seigneur de Thors[160], Hugues de Vivonne, Aimeri de Rochechouart, Perceval de Coulonges, Regnault de Thouars, le seigneur de Roussillon[161], Guillaume de «Crupegnach[162]», Geoffroi d’Argenton, Jacques de Surgères, Jean d’Angle, Guillaume de Montendre et Mauburni de Lignières. D’après le conseil de Perceval de Coulonges, les assiégés concluent, après quinze jours de pourparlers, une trêve avec les assiégeants. En vertu de cette trêve qui doit durer jusqu’au jour Saint-Michel[163] suivant, les défenseurs de Thouars s’engagent à rendre cette place et à se mettre en l’obéissance du roi de France si Édouard III ou l’un de ses fils ne vient pas dans l’intervalle contraindre les Français à lever le siège. En prévision de cette éventualité, Charles V profite de la trêve pour envoyer des renforts considérables aux assiégeants. P. 89 à 93, 310.

[157] Deux-Sèvres, arr. Bressuire.

[158] Louis de Harcourt, vicomte de Châtellerault.

[159] Guillaume VII Larchevêque (voyez _Histoire de la ville de Parthenay_, par Bélisaire Ledain. Paris, 1858, p. 193).

[160] Regnault de Vivonne, seigneur de Thors, fils de Savari de Vivonne et de Marie Chasteignier, marié à Catherine d’Ancenis. Thors fait partie aujourd’hui de la Charente-Inférieure, arr. Saint-Jean-d’Angely, c. Matha.

[161] Ce seigneur de Roussillon, auquel Froissart donne le prénom de Geoffroi dans son récit de la bataille de Cocherel, est toujours désigné par le chroniqueur comme un chevalier poitevin. Un ancien fief de Roussillon, aujourd’hui hameau d’une centaine d’habitants, fait partie du territoire de la commune de Vaux-en-Couhé (Vienne, arr. Civray, c. Couhé). Roussillon est aussi un hameau de Charmé (Charente, arr. Ruffec, c. Aigre).

[162] Guillaume de «Crupegnac» paraît être une mauvaise leçon pour Guillaume de Rouffignac (Charente-Inférieure, arr. Jonzac, c. Montendre).

[163] Froissart se trompe ici très gravement et a entraîné dans son erreur la plupart des auteurs d’histoires générales ou locales. Ce chroniqueur se trompe sur deux points principaux: 1º La trêve à laquelle il fait ici allusion ne fut pas signée devant Thouars; 2º cette trêve ne devait pas prendre fin le jour Saint-Michel, c’est-à-dire le 29 septembre 1372. Cette dernière erreur a conduit les érudits, qui se sont fourvoyés sur cette question à la suite de Froissart, à assigner une date inexacte à la conclusion de la trêve et partant au siège même de Thouars. Comme la clause la plus importante de cette trêve prévoit l’éventualité d’une armée de secours amenée devant la place assiégée par Édouard III ou par le prince de Galles avant l’expiration fixée par erreur au 29 septembre, trois mois n’étant pas de trop pour informer le roi d’Angleterre et lui donner le temps de réunir des forces suffisantes, de les transporter sur le continent et de les amener au lieu convenu, on en avait conclu qu’un traité portant une stipulation de ce genre n’avait pu être signé que dans le courant du mois de juin précédent; en conséquence, on avait reculé de trois mois la date du siège mis par les Français devant Thouars. En réalité, la convention dont il s’agit fut signée devant Surgères le samedi 18 septembre, la veille même de la reddition de cette place. Aux termes de cet acte qu’il suffira de résumer ici pour en faire comprendre la haute importance, une trêve qui devait durer jusqu’à la Saint-André, c’est-à-dire jusqu’au 30 novembre 1372, était conclue entre Jean, duc de Berry et d’Auvergne, comte de Poitou et de Mâconnais, d’Angoulême et de Saintonge, lieutenant du roi de France ès dits pays, les sujets, soumis et alliés du dit roi, d’une part, deux prélats et un certain nombre de nobles traitant au nom de tous les habitants du Poitou, sujets du roi d’Angleterre, d’autre part. L’article principal de cette convention portait que si, le jour Saint-André ou le 30 novembre suivant, le roi d’Angleterre ou son fils le prince de Galles ne se trouvait pas devant Thouars à la tête de forces assez considérables pour obliger les Français à lever le siège de cette place, les signataires de la convention, leurs sujets, alliés, hoirs et successeurs feraient leur soumission dès le lendemain et rentreraient en l’obéissance du roi de France (Voy. le texte du traité de Surgères, nº I de l’Appendice, p. CLV à CLIX; _Grandes Chroniques_, éd. P. Paris, VI, 336, 337). «Au jour emprins et accordé vindrent à toute puissance devant Touars, de par le roy de France, les ducs de Berry et de Bourgoigne ses frères, qui la journée se tindrent sur les champs en bataille ordennée et à banieres desploiées jusques au vespres. A laquelle heure vint pardevers nos seigneurs la vicomtesse (Pernelle, vicontesse de Thouars), acompaignée de nobles barons et dames, qui en l’obeissance du roy et d’eulx mist sa seigneurie. Et au giste vint avec eulx à Lodun, auquel lieu elle fist hommage lige de sa viconté, avec serement de loyauté au duc de Berri duquel est tenue la dicte viconté à cause de sa conté de Poitou. Et ainsi fut la conté acquise sur les Anglois par leur orgueil et desloyauté.» (Chron. publiée par Secousse, _Recueil de pièces sur Charles II, roy de Navarre_, p. 651.)

Les seigneurs poitevins enfermés dans Thouars dépêchent des messagers en Angleterre pour solliciter l’envoi d’une armée de secours. Édouard III s’empresse de réunir cette armée[164] dont Édouard, prince de Galles, veut faire partie malgré le mauvais état de sa santé, et qui s’élève à quatre mille hommes d’armes et à dix mille archers. Le roi anglais, prévoyant le cas où il viendrait à mourir pendant le cours de l’expédition, institue son héritier Richard[165], fils aîné du prince de Galles, et fait jurer à ses trois fils, Jean, duc de Lancastre[166], Edmond[167] et Thomas[168], de le reconnaître comme tel. Il s’embarque à Southampton[169], où il a réuni une flotte de quatre cents vaisseaux pour le transport de ses troupes, et cingle vers les côtes de Poitou; mais des vents contraires le retiennent sur mer pendant neuf semaines[170] et soufflent avec une telle violence qu’il ne peut aborder ni en Poitou, ni en Rochellois[171], ni en Saintonge. Le terme de Saint-Michel fixé pour l’expiration de la trêve[172] vient à échoir sur ces entrefaites, et force est à Édouard III de regagner les côtes d’Angleterre sans avoir porté le moindre secours à ses gens d’armes assiégés dans Thouars[173]. A peine les Anglais sont-ils descendus de leurs vaisseaux qu’un vent favorable commence à souffler[174] et permet à deux cents navires qui vont charger des vins en Guyenne d’entrer dans le havre de Bordeaux, et l’on en conclut que Dieu favorise le roi de France. P. 93 à 96, 310.

[164] Dès le 11 août, Édouard III, qui venait d’apprendre les premières opérations des Français sur les marches du Poitou, écrivit à tous les prélats de l’Angleterre pour leur demander des processions, des prières et se plaindre de l’invasion de ses possessions par les forces réunies des rois de France et de Castille (Rymer, III, 960). Dans un mandement en date du 23 août, le roi d’Angleterre annonça son projet de passer sur le continent (_Ibid._, 961). Le lundi 30 du même mois, il s’embarqua à Sandwich sur un navire appelé _la Grâce de Dieu_ (_Ibid._, 962).

[165] L’ordonnance par laquelle Édouard III institua le jeune Richard, fils d’Édouard prince de Galles, gardien du royaume d’Angleterre pendant son absence, est datée de Sandwich le mardi 31 août (_Ibid._).

[166] Jean, duc de Lancastre, qui s’intitulait roi de Castille et de Léon à cause de son mariage avec la fille aînée de D. Pèdre, était monté sur le même navire qu’Édouard III son père.

[167] Edmond, comte de Cambridge et ensuite duc d’York.

[168] Thomas de Woodstock, duc de Buckingham et ensuite de Gloucester.

[169] On vient de voir que l’embarquement eut lieu, non à Southampton, mais à Sandwich.

[170] Embarqué à Sandwich dès le 30 août, Édouard III dut mettre à la voile dans les premiers jours de septembre; il était rentré au palais de Westminster le 28 octobre suivant (_Ibid._, 963).

[171] Le but spécial de cette expédition navale était, en effet, de débloquer la Rochelle et d’obliger les Français à lever le siège de cette ville (_Thomæ Walsingham, Historia anglicana_, éd. Riley, 1863, I, 315). Il en faut conclure que le blocus de cette place par mer et sans doute aussi par terre avait dû commencer dès le milieu du mois d’août 1372.

[172] La trêve expirait le 30 novembre, ainsi que nous l’avons établi plus haut, non le 29 septembre.

[173] La pensée ou du moins la pensée première d’Édouard III, lorsqu’il avait mis à la voile au commencement du mois d’août, avait été de porter secours aux bourgeois de la Rochelle et non aux gens d’armes enfermés dans Thouars. Le prince de Galles, malgré son état maladif, avait voulu accompagner son père dans cette expédition navale qui avorta si misérablement après avoir coûté au trésor anglais plus de neuf cent mille livres.

[174] «Post cujus reditum, dit Thomas Walsingham en parlant du retour en Angleterre d’Édouard III après son expédition navale manquée, statim ventus ad partes oppositas se convertit» (_Hist. angl._, p. 315).

Informé des conditions de la trêve et du message transmis au roi son maître par les Poitevins assiégés dans Thouars, Thomas de Felton, sénéchal de Bordeaux[175], s’empresse de réunir, de son côté, un petit corps d’armée pour leur porter secours. En passant par Niort, ce corps d’armée se grossit d’une partie des hommes d’armes de la garnison de cette place et aussi de quelques seigneurs tels que Aimeri de Rochechouart, Geoffroi d’Argenton, Mauburni de Lignières et Guillaume de Montendre, qui ont mieux aimé quitter Thouars que de signer la trêve conclue avec les assiégeants. Thomas de Felton se trouve ainsi à la tête de douze cents lances et n’attend que l’arrivée d’Édouard III pour joindre ses forces à celles du roi d’Angleterre. Charles V, qui n’ignore pas les préparatifs des Anglais, a mis sur pied, pour tenir tête à ses adversaires, une armée considérable où l’on ne compte pas moins de quinze mille hommes d’armes et de trente mille fantassins[176]. Il n’en éprouve pas moins la joie la plus vive lorsqu’il apprend que le terme de la Saint-Michel est échu et la trêve expirée sans que l’on ait eu des nouvelles du roi d’Angleterre. P. 96 à 98, 310, 311.

[175] La qualité donnée ici à Thomas de Felton n’est pas formulée d’une manière tout à fait exacte. Ce chevalier portait en réalité le titre de sénéchal, non de Bordeaux, mais d’Aquitaine ou de Gascogne.

[176] Toute la puissance du roi fut assemblée devant Thouars pour consommer le traité fait devant Surgères le dix-huit septembre, «tout le jour de saint André (30 novembre), l’an mil trois cens soixante et douze» (Voy. p. CLV. Cf. _Arch. Nat._, P 1334{2}, fº 26).--Le rédacteur des _Grandes Chroniques de France_ (VI, 336) évalue à trois mille le nombre des gens d’armes français réunis devant Thouars le 30 novembre 1372.

Les douze cents Anglais et Anglo-Gascons, rassemblés à Niort, voyant approcher le terme de Saint-Michel sans qu’il arrive aucun renfort du roi d’Angleterre ou de l’un de ses fils, proposent aux gentilshommes assiégés dans Thouars de faire une sortie pour se joindre à eux et offrir la bataille aux Français. Le seigneur de Parthenay est d’avis d’accepter cette proposition et déclare que son intention est de rester attaché, quoi qu’il arrive, au parti anglais; mais les seigneurs de Poyanne et de Tonnay-Boutonne parviennent à le convaincre que l’on ne peut accepter l’offre transmise par les messagers envoyés de Niort et que l’honneur commande aux assiégés de tenir les engagements pris avec les Français. C’est pourquoi, au terme fixé, les seigneurs poitevins de la garnison de Thouars invitent les ducs de Berry, de Bourgogne et de Bourbon ainsi que le connétable de France à venir prendre possession de la forteresse qu’ils occupent et se remettent sous l’obéissance du roi de France[177]. P. 98 à 101, 311.

[177] «Et le landemain (de la Saint-André 30 novembre 1372) fut redducé et remis le dit duchié de Guyenne à la dicte obeissance du roy, _à Loudun, en l’église des Frères Meneurs_.» (Voy. le nº I de l’Appendice, p. CLV).--Le mercredi 1er décembre, toutes les forces réunies du duc de Bourgogne, du duc de Lorraine, du comte de la Marche, du vicomte de Rohan étaient encore «aux champs devant Thouars». Le soir, la place était en leur puissance. Des lettres, annonçant cette heureuse nouvelle, furent aussitôt adressées à Charles V. (Voy. l’extrait de chronique cité en note, p. LII.) Ce mercredi 1er décembre fut donc marqué par deux faits, l’un militaire, l’autre féodal, aussi importants l’un que l’autre. Le fait militaire fut la reddition de la forteresse de Thouars aux gens d’armes du roi de France. Le fait féodal, qui eut pour théâtre l’église des Frères Mineurs de Loudun, fut une prestation de foi et hommage solennelle faite au roi de France par les seigneurs qui avaient signé la trêve ou convention du 18 septembre précédent. Cette prestation de foi et hommage fut reçue au nom de Charles V par Jean, duc de Berry, et par Bertrand du Guesclin, connétable de France. Mais ces seigneurs et notamment le plus considérable d’entre eux, Louis de Harcourt, vicomte de Châtellerault, ne firent leur soumission et ne prêtèrent serment de fidélité que sous certaines conditions. Louis de Harcourt, par exemple, avait eu soin de se faire promettre l’usufruit de la vicomté de Saint-Sauveur (Manche, arr. Valognes), et cela dès le commencement du mois de novembre 1372, puisque la ratification par Charles V de cette promesse est datée du 20 de ce mois (_Arch. Nat._, J 211, nº 39; Delisle, _Hist. de Saint-Sauveur_, p. 206, 207). Par un traité daté de Loudun le 1er décembre, le jour même où la prestation de foi et hommage eut lieu dans cette ville, le duc et le connétable s’engagèrent au nom du roi à faire entrer le vicomte de Châtellerault en jouissance du château de Saint-Sauveur, aussitôt que cette place aurait été recouvrée sur les Anglais par force ou autrement (_Arch. Nat._, J 211, nº 41; Delisle, _Hist. de Saint-Sauveur_, p. 207, 208). Nous voyons même par un mandement de Charles V en date du 8 janvier 1373 (n. st.) que Louis de Harcourt avait poussé la prévoyance jusqu’à se réserver les rançons ou «appâtis», comme on disait alors, levés sur un certain nombre de paroisses du Poitou à cause de ses châteaux de Châtellerault, de Gironde (auj. hameau de Saint-Genest-d’Ambière, Vienne, arr. Châtellerault, c. Lencloître) et de la Touche (auj. château de Marnay, Vienne, arr. Poitiers, c. Vivonne), levés, disons-nous, sur ces paroisses avant le 30 novembre 1372 (_Arch. Nat._, P 1334{1}, fº 24).--Par acte daté de Paris le 15 décembre suivant, Charles V confirma le traité et accord conclu par Jean, duc de Berry, Philippe, duc de Bourgogne, Bertrand du Guesclin, connétable de France, Olivier, seigneur de Clisson, avec les prélats, gens d’église, barons, seigneurs et dames des pays de Poitou et de Saintonge (_Arch. Nat._, J 241, nº 40; JJ 103, nº 361, fº 174; Hay du Chastelet, _Hist. de B. du Guesclin_, p. 437 à 439; _Ordonn._, V, 557, 558). En vertu de ce même acte, confirmant les dits pays dans les libertés et franchises dont ils jouissaient au temps de Louis IX et d’Alphonse de Poitiers, et portant amnistie générale en faveur de tous les habitants, nobles ou autres, Charles V déclara les comtés de Saintonge et d’Angoulême réunis à perpétuité à la couronne de France, tandis qu’au contraire il concéda le comté de Poitou, à titre d’apanage, à son frère Jean, duc de Berry. Un acte spécial en date du 19 décembre confirma cette concession à titre d’apanage du comté de Poitou, à la condition toutefois que Jean rendrait le comté de Mâcon dont il était investi (_Arch. Nat._, mémorial D de la Chambre des Comptes, fº 133; Blanchard, _Compilation chronologique_, col. 160).

Toutes les places du Poitou reconnaissent l’autorité du roi de France, sauf Niort, Chizé[178], Mortagne[179], Mortemer[180], Lusignan[181], Château-Larcher[182], la Roche-sur-Yon, Gençay[183], la Tour de Broue[184], Merpins[185], Dienné[186]. Après la prise de possession de Thouars, les ducs de Berry, de Bourgogne et de Bourbon se dirigent vers Paris, et le connétable de France retourne à Poitiers[187]. Quant à Olivier, seigneur de Clisson, il va mettre le siège devant Mortagne[188] avec tous les hommes d’armes bretons de sa compagnie. Un écuyer anglais nommé Jacques Clerch, capitaine de la garnison de Mortagne, envoie demander du secours aux Anglais et aux Anglo-Gascons qui tiennent garnison à Niort. Ceux-ci répondent à l’appel de Jacques par l’envoi d’un détachement de cinq cents lances; mais Olivier, averti à temps par un de ses espions, lève précipitamment le siège et regagne Poitiers, laissant entre les mains de l’ennemi son matériel de campement et ses provisions qui servent à ravitailler la garnison de Mortagne. P. 101 à 103, 311.

[178] Deux-Sèvres, arr. Melle, c. Brioux.

[179] Mortagne-sur-Sèvre, Vendée, arr. la Roche-sur-Yon.

[180] Vienne, arr. Montmorillon, c. Lussac.

[181] Vienne, arr. Poitiers.

[182] Vienne, arr. Poitiers, c. Vivonne.

[183] Vienne, arr. Civray.

[184] D’après Cabaret d’Orville, l’occupation par les Français de la Tour de Broue (auj. hameau de Saint-Sornin, Charente-Inférieure, arr. et c. Marennes) aurait précédé la prise du captal de Buch ainsi que la reddition de Soubise et serait par conséquent antérieure au 23 août 1372 (_Chronique du bon duc Loys de Bourbon_, éd. Chazaud, p. 92). Au contraire, l’auteur de la _Chronique des quatre premiers Valois_ (p. 244) place cet événement, ou du moins la délivrance de la duchesse de Bourbon enfermée dans la Tour de Broue, en 1373. Il faut donner la préférence au témoignage de Cabaret d’Orville, puisque nous possédons un acte daté du 23 juillet 1372, par lequel Simon Burleigh et Nicolas Dagworth prennent l’engagement de délivrer la duchesse de captivité et de la remettre aux mains du duc de Bourbon son fils, au plus tard le 1er novembre suivant (_Arch. Nat._, P 1358{1}, nº 504; Huillard-Bréholles, _Titres de la maison ducale de Bourbon_, I, 565, 566), sauf toutefois le cas où la dite duchesse serait reprise auparavant «par force d’armes». Lorsque Cabaret d’Orville et l’auteur de la _Chronique des quatre premiers Valois_ affirment que la duchesse douairière de Bourbon dut sa mise en liberté à ce dernier mode de délivrance, il y a d’autant plus lieu d’ajouter foi au témoignage de ces deux chroniqueurs que le duc de Bourbon, fils de la princesse prisonnière, qui prit part depuis le commencement jusqu’à la fin à toutes les opérations de la campagne, aurait gravement démérité au point de vue de l’honneur chevaleresque et encouru le reproche de félonie si, dès le début de cette campagne, il n’avait pas fait tous ses efforts pour enlever la Tour de Broue et reprendre ainsi de haute lutte la duchesse sa mère aux aventuriers qui la détenaient. D’un autre côté, comme Simon Burleigh, par acte daté de Saintes le 24 septembre 1372, se reconnaît redevable d’une somme de 1000 francs d’or envers le duc de Bourbon (_Arch. Nat._, P 1358{2}, nº 567; Huillard-Bréholles, _Titres_, etc., I, 567), il se peut que cette somme représente ou bien une partie de la rançon de ce chevalier fait prisonnier en défendant la Tour, ou bien le remboursement d’un acompte déjà payé par le duc sur la rançon de sa mère, acompte qui devait donner lieu à une restitution, si, comme nous le supposons, Isabelle avait été déjà à cette date reprise par force d’armes. Enfin, il résulte d’un article de compte que, le 20 mai 1373, Owen de Galles occupait pour le roi de France la Tour de Broue (_Arch. Nat._, KK 251, fº 95 vº). Cette mention, rapprochée de ce que l’on sait par la _Chronique des quatre premiers Valois_ du rôle décisif joué par ce même Owen de Galles dans l’affaire de la prise du captal de Buch, donne lieu de croire que les deux forteresses de Soubise et de la Tour de Broue, très rapprochées d’ailleurs l’une de l’autre, ont dû être recouvrées à peu près en même temps par les Français, c’est-à-dire à la fin du mois d’août 1372.

[185] Charente, arr. et c. Cognac.

[186] Vienne, arr. Poitiers, c. la Villedieu.

[187] Ainsi que les trois ducs de Berry, de Bourgogne et de Bourbon dont Froissart a tort de le séparer ici, Du Guesclin, après la reddition de Thouars et la soumission des principaux seigneurs poitevins, se dirigea vers Paris où il fit son entrée le 11 décembre 1372, ayant dans son cortège les deux prisonniers anglais les plus importants, le captal de Buch et Thomas de Percy. Voy. plus haut, p. XLVI, note 2.

[188] A la date du 31 août 1373, Mortagne était encore au pouvoir des Anglais, comme le prouve l’article de compte suivant: «A Berry le heraut pour faire ses fraiz et despens, _en alent de Poitiers à Mortaigne convoier une quantité d’Anglois_, du commandement de monseigneur (le duc de Berry), yci, par quittance donnée le darrain jour d’aoust (1373) rendue à court: XL sols.» (_Arch. Nat._, KK 251, fº 128).

Aux approches de l’hiver, les Anglais ou Anglo-Gascons qui étaient venus à Niort pour essayer de faire lever le siège de Thouars, prennent le parti de retourner à Bordeaux; chemin faisant, ils mettent au pillage les possessions du seigneur de Parthenay. Jean Devereux, chevalier anglais, Jean Cressewell et Daghori Seys continuent de tenir garnison à Niort,--Robert Grenacre, chevalier anglais, à la Roche-sur-Yon,--Thomas de Saint-Quentin, à Lusignan,--la dame de Mortemer, à Mortemer,--Jacques Taylor, écuyer anglais, à Gençay,--Robert Morton et Martin Scott à Chizé. Ces capitaines font des courses de côté et d’autre et rançonnent tellement le plat pays qu’ils font place nette partout où ils passent. Bertrand du Guesclin, qui se tient à Poitiers pendant tout cet hiver, n’attend que le retour de la belle saison pour faire rendre gorge aux Anglais et les expulser des places qui leur restent. P. 104, 311.

Jean de Montfort, duc de Bretagne, fait de vains efforts pour attirer les prélats, les barons et les bonnes villes de son duché dans le parti du roi d’Angleterre[189]; celui-ci envoie quatre cents hommes d’armes et quatre cents archers tenir garnison à Saint-Mathieu[190] en Bretagne. P. 104 à 107, 311.

[189] «Et celle saison (pendant les deux derniers mois de 1372), le roy de France envoia plusieurs fois messaiges grans et notables par devers le duc de Bretaigne que l’en sentoit moult favorable aux Anglois, et le fist le roy par plusieurs fois requerir que il feist son devoir vers luy, si comme tenu y estoit comme vassal et homme lige du roy et pair de France et que il ne voulsist souffrir les Anglois entrer en son pais de Bretaigne ne les conforter en aucune maniere: lequel duc respondoit toujours que ainsi le feroit.» (_Grandes Chroniques de France_, VI, 337.)--Au commencement de novembre 1372, Jean, duc de Berry, fit un voyage en Bretagne où le roi de France son frère l’avait chargé sans doute d’une mission diplomatique. Le 9 de ce mois, il était à Rennes d’où il envoya Guillaume Mauvinet, chevalier, l’un de ses chambellans, à Paris «devers le roi» (_Arch. Nat._, KK 251, fº 99 vº).

[190] Saint-Mathieu, surnommé par les Bretons Loc Mazé Pen ar Bed ou la Cellule de Saint-Mathieu Fin de Terre, est aujourd’hui un simple écart de la commune de Plougonvelin, située à l’extrémité occidentale du département du Finistère. D’après une légende, c’est l’endroit où aurait été débarqué le chef de saint Mathieu apporté d’Éthiopie par des navigateurs du Léon et où saint Tanguy fonda un monastère à l’époque mérovingienne. En réalité, l’envoi fait par Édouard III au duc de Bretagne fut seulement de 300 hommes d’armes et de 300 archers, et non de 400. Voy. plus haut, p. XXX, en note.

Au retour de la belle saison, Bertrand du Guesclin[191] met le siège devant Chizé[192]. Robert Morton et Martin Scott, chefs des assiégés, appellent à leur secours les Anglais de Niort. Devereux[193], Daghori Seys et Cressewell qui commandent ces Anglais, renforcés par les garnisons de Lusignan et de Gençay[194], réunissent sous leurs ordres sept cents hommes d’armes et marchent contre le connétable de France; mais au moment où les assiégés, qui ne sont que soixante armures de fer, vont recevoir ce secours, ils font une sortie et sont écrasés par les Français. P. 107 à 110, 311.

[191] Du Guesclin, après avoir quitté le Poitou au commencement de décembre 1372 et avoir fait son entrée à Paris le 11 de ce mois, se trouvait encore dans cette ville le 10 janvier suivant, car ce jour-là il reçut au château du Louvre le serment de Thomas de Percy qui, mis en liberté provisoire pour aller en Angleterre recueillir l’argent exigé pour sa rançon, s’engagea, la main dans la main du connétable, à être de retour au Palais royal à Paris pour le terme de Pâques suivant ou le 17 avril 1373 (_Arch. Nat._, J 362, nº 2). D’un autre côté, un mois ne s’était pas écoulé depuis cette prestation de serment que Bertrand était déjà retourné en Poitou. Dès le 17 février 1373, il était à Poitiers, d’où il a daté un acte par lequel il fit don à son bien amé écuyer Jean de Kerlouet des biens confisqués de Hugues Beuf, de la mère de Hugues, de Galhaut le Boucher et de Perrot de Saint-Flavet, «en remuneracion de partie des bons et agreables services qu’il a fais au roy nostre sire en ces presentes guerres, en la prise du fort de Chistré (auj. Chitré, hameau de Vouneuil-sur-Vienne, Vienne, arr. Châtellerault, sur la rive gauche de la Vienne), occupé et tenu pour le roi d’Angleterre par les dits Hugues, Galhaut et Perrot.» (_Arch. Nat._, JJ 104, nº 87, fº 41 vº).

[192] Deux-Sèvres, arr. Melle, c. Brioux, un peu au sud de Niort et de Melle, sur la Boutonne, affluent de la rive droite de la Charente.

[193] Au commencement de 1373, la place où Jean Devereux, sénéchal anglais du Limousin, tenait le plus habituellement garnison était la Souterraine (Creuse, arr. Guéret), forteresse qui commandait la route de Bourges et de Châteauroux à Limoges, sur les confins des trois provinces de Limousin, de Berry et de Poitou. Par acte daté de mai 1374, Charles V donna à une femme de la Souterraine, nommée Rose des Moulins, les biens confisqués de Laurence Lescharde, fille de la dite Rose, maîtresse de Jean Devereux, au temps où ce chevalier anglais «tenoit et occupoit ycelle ville de la Sousterraine, laquelle Lorance, par legiereté de cuer et de sa voulenté, après ce que elle eust esté par certain temps en la compaignie du dit chevalier anglois, s’est partye _puis demi an ença_ de la dite ville _et s’en est alée avecques les Anglois_, afin de dédommager la dite Rose des Moulins «des dommages euz et soustenuz _ou conflit et prise de la dite ville de la Sousterraine_» (_Arch. Nat._, JJ 105, nº 340, fº 183). Dès la fin de mars 1373, aussitôt après la victoire de Chizé et la reddition de Niort, Jean, duc de Berry, mit le siège devant la Souterraine (_Arch. Nat._, KK 251, fºs 93 vº, 94; Delisle, _Mandements de Charles V_, p. 499, nº 960). Toutefois, cette forteresse ne tomba au pouvoir des français que vers la fin de cette même année 1373.

[194] Vienne, arr. Civray. Le château de Gençay, dont il subsiste des ruines imposantes, situé un peu au sud de Poitiers, à 133 mètres d’altitude, commandait la vallée de la Cloyère, affluent de la rive droite du Clain et la route qui va directement de cette ville à Civray, à Ruffec, à Angoulême et à Bordeaux. Le 12 juin 1373, Jean, duc de Berry, comte de Poitou, fit donner 60 sous tournois à un nommé Rynant, «escuier de monseigneur le connestable de France, _lequel s’estoit eschapé des Anglois de Gençay où il estoit prisonnier_» (_Arch. Nat._, KK 251, fº 122 vº). Vers le milieu de cette année, les Français assiégeaient Gençay en même temps que Lusignan et avaient élevé des bastilles devant ces deux châteaux. Par un mandement en date du 14 juillet 1373, Jean, duc de Berry et comte de Poitou, fit sommation à un certain nombre de retardataires de payer leur quote-part d’une somme de 2000 francs d’or levée pour les frais de la bastille de devant le château de Gençay (Redet, _Inventaire des archives de Poitiers_, p. 312, nº 1955). Le 3 octobre suivant, ce même duc de Berry, qui se trouvait à Gençay, envoya de cette ville Clément l’Enffant, l’un de ses messagers, porter une lettre au maréchal d’Auvergne (KK 251, fº 129). Le 8 du même mois, un chevalier nommé Grégoire Seys, qui tenait du roi d’Angleterre la seigneurie de Gençay, se fit donner à Bordeaux par Thomas de Felton, sénéchal d’Aquitaine, 20 arcs, 20 gerbes de flèches, 24 cordes et autres munitions destinées à la défense du dit lieu de Gençay (_Arch. hist. de la Gironde_, XII, 330. Cf. le sommaire du tome VII de notre édition, p. LIV, note 165). Gençay ne redevint français qu’au commencement de 1375. Par acte «donné devant le fort de Gençay» le 17 février de cette année, Bertrand du Guesclin, comte de Longueville, connétable de France, en vertu d’un traité de capitulation intervenu entre lui, d’une part, messire Dagori Sais (Gregoire ou Gregori Seys, dans le compte du contrôleur de l’artillerie de Bordeaux), seigneur de Gençay, les capitaine, connétable, receveur et autres Anglais tenant le dit fort de Gençay, d’autre part, moyennant la reddition du dit fort dans le délai fixé et à un certain terme convenu, confirma la femme et la fille du dit Dagori Sais et leurs hoirs dans la possession et la jouissance de tous les revenus des héritages que le dit Dagori et sa femme tenaient au temps que le pays était sous l’obéissance du prince de Galles. Ce traité fut ratifié par le roi dès le 22 février suivant. (_Arch. Nat._, JJ 106, nº 249, fº 136; JJ 153, nº 94, fº 46.) Le 7 avril 1376 (n. st.), Charles V donna à son frère le duc de Berry les châteaux de Gençay, de Mortemer et de Neuville (Neuville-de-Poitou, arr. Poitiers) que Radegonde Bechet, «femme d’un certain Anglois nommé Dagoris Sès» et Catherine le Senecal, fille de la dite Radegonde et seconde femme de Jean Harpedenne, avaient fortifiés et si bien pourvus de gens d’armes qu’il avait fallu de grands frais et des troupes nombreuses pour en faire le siège et en déloger l’ennemi (_Arch. Nat._, JJ 109, nº 18, fº 10). Cf. p. XLIX, note 3.

Robert Morton et Martin Scott sont faits prisonniers. Trois cents pillards, Bretons et Poitevins, que les Anglais ont lancés en avant pour attirer les Français hors de leurs retranchements, passent dans les rangs de ces derniers. Du Guesclin fait scier à ras de terre les palissades qui entourent son camp et attaque les Anglais après avoir formé trois corps de bataille; il commande celui du milieu et met ses deux ailes sous les ordres d’Alain de Beaumont et de Geoffroi de Kerimel; chacun des trois corps ne compte pas moins de trois cents hommes d’armes. Geoffroi Richou, Éven de Lacouet, Thibaud du Pont, Silvestre Budes et Alain de Saint-Pol font dans cette journée des prodiges de valeur. Les Anglais, de leur côté, déploient une grande bravoure et remportent quelque temps l’avantage; mais enfin la victoire reste aux Bretons, qui font trois cents prisonniers. P. 111 à 114, 312.

Cette défaite achève de ruiner la domination anglaise en Poitou; elle est suivie de la reddition immédiate de la ville et du château de Chizé[195]. Bertrand du Guesclin se rend ensuite à Niort[196], dont il prend possession au nom du roi de France et où il fait reposer ses troupes pendant quatre jours. Puis, il chevauche vers le beau château de Lusignan[197] d’où la garnison anglaise qui l’occupait a décampé aussitôt qu’elle a appris que son capitaine Robert Grenacre avait été fait prisonnier à Chizé. Le connétable de France confie la garde de ce château à un certain nombre de gens d’armes placés sous les ordres d’un châtelain et se dirige vers Château-Larcher[198], défendu par la dame de Pleumartin[199], mariée à Guichard d’Angle. Arrivé sur ces entrefaites à Poitiers, le duc de Berry y reçoit avec une grande joie la nouvelle de la victoire de Chizé. P. 114, 115, 312.

[195] Froissart rapporte l’affaire de Chizé au 21 mars 1373. Ce combat dut certainement être livré peu de jours avant le 30 mars 1373, puisque ce fut à cette dernière date que Jean, duc de Berry, qui se trouvait alors à la Souterraine (Creuse, arr. Guéret), envoya Vitu, l’un de ses messagers, à Mehun-sur-Yèvre porter à la duchesse sa femme la nouvelle de la défaite et de la prise de Jean Devereux: «A dit Vitu, messaigier monseigneur, envoié le dit jour (30 mars 1373) de la Souterraine à Mehun-sur-Yèvre porter lettres de par monseigneur à madame de Berry contenant que _messire Jehan d’Esvreux avoit esté desconfit et pris_: XXXV sols tournois.» (_Arch. Nat._, KK 251, fº 93 vº.) Le même jour, le duc envoya Simonnet Champion, l’un de ses chevaucheurs, porter à Poitiers et à la Rochelle des lettres dont le contenu se rapportait sans doute au même événement que le message confié à Vitu (_Ibid._, fºs 93 vº et 94). Cabaret d’Orville et Pierre Cauchon se trompent donc, le premier en plaçant l’affaire de Chizé avant la fête de Noël 1372 et le retour de Du Guesclin à Paris (_Chronique du bon duc Loys de Bourbon_, p. 41), le second après le lundi d’avant Pâques Fleuries ou le 4 avril 1373 (_Chronique de P. Cauchon_, p. 127). Au mois de décembre 1373, Charles V octroya des lettres de rémission à Perrin, dit Crespé, «en considération de ses services, tant au fait de la prise du captal de Buch où il fu _et en la desconfiture que nostre amé et feal connestable fist devant le fort de Chiset_, comme en la chevauchie et poursuite de nos ennemis.» (_Arch. Nat._, JJ 105, nº 90, fº 57.) Du Guesclin avait formé son petit corps d’armée en concentrant les garnisons françaises du Poitou dont beaucoup occupaient des églises que l’on avait fortifiées et où l’on s’était retranché pour résister aux Anglais. C’est ainsi que Philibert de l’Étoile, Jean de Rasiné, Aimeri Paillart, écuyers, et un nommé Perrot Caillé avaient converti en forteresse l’église paroissiale de Bertegon (Vienne, arr. Loudun, c. Monts) dont la seigneurie appartenait en partie à Charles d’Artois, comte d’Eu; et nous lisons dans des lettres de rémission datées de juillet 1376 que ces écuyers se «départirent de la dite forteresse et nous alèrent servir en nos guerres, tant _à la bataille de Chisey_ et au siège de Lesignan comme autre part». (_Arch. Nat._, JJ 109, nº 116.) Chizé était le chef-lieu d’une châtellenie. L’église de cette localité avait sans doute été endommagée pendant le combat; aussi, pour la réparer, Du Guesclin légua une somme de cent francs, par une clause spéciale de son testament daté de juillet 1380. Jean Devereux, le principal chef du corps d’armée anglais, fut fait prisonnier à Chizé par Pierre de Negron.

[196] Le 28 avril 1373, cinq semaines après l’affaire de Chizé, Jean, duc de Berry, était à Niort, d’où il envoya Jean Blondeau, l’un de ses valets de pied, porter lettres au sénéchal de Poitou: «A Jehan Blondeau, vallet de pié, pour _porter lettres de par monseigneur_ (Jean, duc de Berry), de NYORT _au seneschal de Poitou_ (Alain de Beaumont). Yci le dit jour (28 avril 1373), XV sols.» (_Arch. Nat._, KK 251, fº 94 vº.) L’occupation n’eut pas lieu sans coup férir, puisque l’intrépide écuyer breton Jean de Kerlouet fut tué devant Niort. Ce fut aussi sans doute à cette occasion que périt le maître de ce chien dont parle l’auteur du _Ménagier de Paris_ (éd. Jérôme Pichon, I, 94), auquel le duc de Berry, probablement pendant un séjour qu’il fit à Niort du 18 au 25 juillet 1373 (_Arch. Nat._, KK 251, fº 105 vº), assura une pension alimentaire, pour le récompenser de sa fidélité envers son maître défunt sur la tombe duquel il se tenait, sans vouloir la quitter, depuis trois mois. D’après Cuvelier (_Chronique rimée de B. du Guesclin_, II, vers 22 486 à 22 504), Du Guesclin, ayant défait à Chizé les garnisons anglaises réunies sous le commandement de Jean Devereux, aurait fait revêtir à ses gens les cottes d’armes des Anglais et aurait pris ainsi Niort par surprise. Cette version s’accorde avec celle de Froissart pour placer la prise de Niort presque immédiatement après le combat de Chizé qui fut livré, comme on l’a vu plus haut, le 21 mars. Il y a tout lieu, par conséquent, d’accepter une tradition qui avait cours à Niort dès la fin du XVe siècle et qui fixait au 27 mars la reprise de cette ville par Bertrand du Guesclin. Voici, en effet, ce qu’on lit dans le plus ancien registre conservé sous le nº 881 aux Archives municipales de Niort; c’est le compte de Geoffroi Faifeu, receveur du 1er juillet 1487 au 1er juillet 1488: «_Item_, à messire Jehan Bonnet, viquayre de l’eglise paroschiale de Nostre Dame de la dicte ville, la somme de cinq solz pour la messe dicte à notte, à dyacre et soubzdyacre, _du jour de la reprinse de la ville qui fut le_ XXVIIe _jour du dit moys de mars_.» En souvenir de cet événement, les habitants de Niort firent construire une chapelle, dite de _Recouvrance_, dont le nom s’est conservé jusqu’à nos jours dans un lieu-dit situé à l’extrémité du territoire de cette ville, sur le bord de la route de Fontenay-le-Comte. C’était l’usage de se rendre tous les ans en procession à cette chapelle, le 27 mars, anniversaire de la «recouvrance» de Niort sur les Anglais; cet usage paraît être tombé en désuétude vers la fin du XVIe siècle, à l’époque des guerres de religion qui amenèrent en Poitou l’abandon de quelques cérémonies publiques du culte en même temps que la destruction de plusieurs dépôts d’archives et d’un certain nombre de monuments religieux. A la date du 22 juillet 1373, Guillaume de la Mousse était châtelain de Niort pour Jean, duc de Berry (_Arch. Nat._, KK 251, fº 105 vº). A cette même date, Owen de Galles était capitaine de la Tour de Broue (_Ibid._, fº 95 vº), Tristan Rouaut de Thouars, André Rouaut de Marans (_Ibid._, P 128 vº), Maurice du Parc de la Rochelle (_Bibl. Nat._, Decamps, 84, fº 177 vº), Alain de Beaumont de Saint-Maixent et de Saintes (_Ibid._, fº 94 vº) et Thibaud du Pont de Rochechouart et d’Angoulême (_Ibid._, fº 128). Les Anglais continuaient d’occuper Cognac (_Ibid._, fº 129) qui ne fut repris par du Guesclin que le 1er juin 1375 (_Grandes Chroniques de France_, VI, 346).

[197] Le château de Lusignan, situé à 134 mètres d’altitude, commandait la route de Poitiers à Saint-Maixent et à Niort, ainsi que l’étroite vallée de la Vonne, bordée presque dans toute sa longueur de hautes murailles de rochers à pic. Froissart se trompe en rapportant l’occupation de Lusignan par les Français à la même date que la reddition de Niort. Le samedi 5 mars 1373, le premier samedi de carême, trois semaines par conséquent avant l’affaire de Chizé, Alain de Beaumont, sénéchal de Poitou, Jean de la Personne, vicomte d’Aunay, Gadifer de la Sale et Aimeri de Rochechouart mirent le siège devant le château de Lusignan, défendu par une garnison anglaise dont les deux principaux chefs étaient Jean Cressewell et Geffroi de Saint-Quentin (Delpit, _Documents français en Angleterre_, p. 191; _Bibl. Nat._, collection Decamps, vol. 84, fº 170). Afin de protéger les assiégeants contre les sorties de cette garnison, Jean, duc de Berry, fit construire au moins deux bastilles, chacune pourvue de quatre «eschiffes» et d’un engin apporté de Loudun, lesquelles bastilles ne furent complètement terminées et mises en état que plusieurs mois après l’investissement (Redet, _Invent. des arch. de Poitiers_, p. 90, 91; _Arch. Nat._, KK 251, fºs 102 vº, 122, 127 à 129). Cet investissement dura sans interruption depuis le 5 mars 1373 jusque vers le milieu de l’année suivante (_Ibid._, KK 252, fºs 27 vº, 29 vº, 30). Par une «endenture» datée de Bordeaux le 4 avril 1374, en présence du seigneur de Percy et de Thomas de Felton, sénéchal d’Aquitaine, Jean, duc de Lancastre, ayant conclu avec Du Guesclin une trêve pendant la durée de laquelle les garnisons anglaises devaient cesser de vivre comme par le passé aux dépens du pays environnant, alloua à titre d’indemnité 6000 florins d’Avignon à Jean Cressewell et à Geffroi de Saint-Quentin, capitaines du château de Lusignan, en même temps qu’il les prorogea dans leur commandement jusqu’au 1er septembre suivant (Delpit, _Documents français_, etc., p. 191, 192). Du 19 septembre 1373 au 20 juillet 1374, les comptes du contrôleur de l’artillerie du château de Bordeaux mentionnent plusieurs livraisons de munitions, notamment d’arcs, de gerbes de flèches et de cordes, faites par Thomas de Felton, par Florimond, seigneur de Lesparre, ainsi que par Robert Roux, maire de Bordeaux, tant à Jean Cressewell, capitaine de Lusignan, qu’à Thomas Brancestre, lieutenant du dit capitaine (_Arch. hist. de la Gironde_, XII, 329, 330, 337). Cressewell fut fait prisonnier par les Français un peu avant le 24 juin 1374, puisque ce jour-là le duc de Berry, qui se trouvait à Issoudun, donna l’ordre de payer 40 sous à Araby le chevaucheur «qui estoit venu de Poitou dire les _novelles de la prise de Cressoelle_» (_Arch. Nat._, KK 252, fº 21). La capture de cet audacieux partisan contribua sans nul doute à amener la reddition du château de Lusignan, qui dut avoir lieu vers la fin de septembre 1374 au plus tard. Ce qui est certain, c’est que, dès le 1er octobre suivant, Lyonnet de Pennevaire fut institué par Jean, duc de Berry, capitaine, châtelain et gardien du château de Lusignan (Redet, _Tables de Dom Fonteneau_, Poitiers, 1839, p. 305). D’après Thomas Walsingham, une des conditions de la reddition aurait été la mise en liberté de Thomas de Percy, sénéchal du Poitou, fait prisonnier à Soubise (_Hist. angl._, p. 317). La délivrance du prisonnier coïncida avec la livraison de la forteresse. Conduit de Tours à Poitiers le 18 septembre 1374, Thomas de Percy fut dirigé sur Cognac le 11 octobre suivant (KK 252, fºs 22, 31). Le roman de _Mélusine_, par Jean d’Arras, contient de curieuses légendes relatives à ce siège de Lusignan et surtout aux apparitions de la fée Mélusine, qui passait pour avoir fondé ce château, à Cressewell (éd. de 1854, p. 420-424). Il résulte d’un acte de donation daté de mars 1376 (n. st.) que le duc de Berry fit un vœu à saint Germain d’Auxerre et une fondation en faveur de l’abbaye placée sous le vocable de ce saint, pour obtenir la reddition d’une forteresse réputée imprenable en raison de son origine féerique (_Arch. Nat._, J 185, nº 36; _Gall. Christ._, XII, col. 395).

[198] Vienne, arr. Poitiers, c. Vivonne.

[199] Jeanne Payen de Monpipeau.

La dame de Pleumartin sollicite et obtient de Bertrand du Guesclin un sauf-conduit pour se rendre à Poitiers auprès du duc de Berry. En l’absence de Guichard d’Angle son mari, prisonnier en Espagne de D. Enrique, roi de Castille, elle prie le duc de la considérer comme une veuve restée sans défense et de ne point lui faire la guerre, promettant que de son côté elle s’abstiendra de tout acte d’hostilité. Le duc accueille favorablement sa supplique et transmet au connétable des ordres en conséquence. Du Guesclin et ses gens vont ensuite assiéger le château de Mortemer[200] que rend la dame du lieu, ainsi que toute sa terre et le château de Dienné[201]. Il ne reste plus en Poitou de garnisons anglaises qu’à Mortagne[202], à Merpins[203] et à la Tour de Broue[204]; la Roche-sur-Yon, que les Anglais occupent encore, est sur les marches et du ressort d’Anjou. P. 115 à 117, 312.

[200] Vienne, arr. Montmorillon, c. Lussac.

[201] Vienne, arr. Poitiers, c. la Villedieu.

[202] Mortagne-sur-Sèvre, Vendée, arr. la Roche-sur-Yon. Voyez le sommaire du tome VII de notre édition, p. LXXVII, note 231.

[203] Charente, arr. et c. Cognac.

[204] Froissart commet ici une erreur. La Tour de Broue avait été reprise par Bertrand du Guesclin et par Louis, duc de Bourbon, vers le milieu du mois d’août 1372. Voyez plus haut, p. XLI, note 2.