Chapter 4 of 4 · 457 words · ~2 min read

Part 4

On reconnut Catherine, blottie contre le bois sacré du piano. On la dirigea avec l’index d’un revolver, dans le coin où M. Planchet était gardé à vue.

Cependant, Célestin était revenu avec les habits de Planchet. Le commissaire, séance tenante, procéda à l’inventaire. Il retira d’une poche de pantalon un mouchoir propre, mais froissé, un trousseau de clefs, probablement de fausses clefs, et une feuille de vraie salade dont personne ne s’expliqua la destination. Il n’y avait rien dans les poches du gilet. Dans la poche intérieure gauche de la jaquette, une carte d’entrée pour le casino de Bront-les-Eaux...

Dans l’autre poche, enfin, une lettre non décachetée...

--Une lettre non décachetée? fit le commissaire.

--Une lettre non décachetée? fit M. Planchet qui ne soupçonnait pas l’existence de ce pli, inséré par sa concierge, pendant son sommeil, dans une poche qu’il n’utilisait jamais.

--Voulez-vous me permettre de la lire? dit-il au commissaire.

--Elle est à vous. Décachetez-la, mais vous me la rendrez ensuite.

Planchet ouvrit la lettre. Il commença par lire l’entête: _Étude de Maître Girardinon, notaire à Paris._

On le vit poursuivre sa lecture, avec des yeux agrandis et un souffle de plus en plus oppressé... Il tendit la lettre au commissaire qui en fit la lecture à demi-voix.

--On vous annonce que votre oncle de Montevideo est décédé et que vous héritez de deux millions de piastres.

M. Planchet, soudain très exalté, raconta d’affilée, mais dans un ordre un peu bousculé, son voyage à Bront, la perte à la boule, le soporifique, le refuge dans le garage, le départ inconscient sous les couvertures...

--C’est un conte à dormir debout, dit le commissaire en prenant à témoin un des convives, M. Tholozène, professeur de philosophie à la Faculté de Besançon.

Heureusement, M. Tholozène n’était pas un esprit terre à terre et banal...

--Il y a bien des cas, dit-il, où je crois plus à l’incroyable qu’au croyable, pour la simple raison que le croyable se fabrique plus aisément.

M. Planchet proposa lui-même qu’on l’enfermât dans une des salles du château, autant que possible avec quelque nourriture, car le repas des gens de service n’avait pas encore été entamé... Pendant ce temps, il serait loisible à ces Messieurs de faire une enquête sur ses dires. Il demandait seulement qu’on voulût bien utiliser le télégraphe et le téléphone.

--Je comprends que vous teniez à vérifier ce que j’avance, avant de classer l’affaire. En attendant, permettez-moi de vous inviter dans trois semaines à mon mariage avec Catherine... Catherine comment? demanda-t-il à sa fiancée.

Elle était tellement troublée, remuée, reconnaissante, qu’elle ne trouvait plus son nom de famille...

--... Frépillot, dit avec humeur Célestin...

ACHEVÉ D’IMPRIMER POUR LES ÉDITIONS DES PORTIQUES, LE 27 JUILLET 1928, PAR L’IMPRIMERIE FLOCH, A MAYENNE (FRANCE).