Part 8
Le malade voudrait guérir,--le prisonnier de prison sortir,--le marinier demande le beau temps--pour pouvoir continuer son voyage.--Écus, or, argent (voilà ce qu’il voudrait), accumuler--pour en venir à ses fins;--moi, je demande seulement de pouvoir baiser--ta petite bouche, et puis de mourir après.
L’ucedru innamurattu spessu gira, Volandu pè li boschi e la campagna; E chivi canta et quinci intornu mira, Par ritruà l’amatta so cumpagna. Quannu po’ nun dra truva, idru s’adira E cun dulenti canti idru si lagna: Ed eju quannu ti cercu, e nun ti trovu E mille pene, e mille afanni eju provu.
Eju t’ amu tantu, e mi ne do-ju lu vantu Chi nissum nun t’ ama quantu e mia. Ti portu scritta in quistu pettu tantu, Chi mai nun m’esci da dra fantasia. S’ tu vuoi sapiri quantu sia stu tantu, E quantu il pettu, e dru cor’ dedra alma mia. S’intrassi in Paradisu santu, santu, E nun truvacci a tia, mi n’ esciria.
L’oiseau enamouré tourne sans cesse--voltigeant par les bois et la campagne:--ici, il chante, là il regarde autour de lui,--cherchant à retrouver sa compagne chérie.--S’il ne la trouve, il se dépite--et tristement chante sa peine;--et moi, quand je te cherche, et que je ne te trouve pas,--mille peines, mille tourments, voilà ce que j’éprouve.
* * * * *
Je t’aime tant!..... Oui, je m’en vante,--personne ne t’aime autant que moi;--Je te porte écrite dans mon cœur, tant--que tu ne me sors pas de l’imagination.--Si tu veux savoir le combien je t’aime--et du fond de mon cœur et du fond de mon âme:--si j’entrais dans le paradis saint, saint,--et si je ne t’y trouvais pas, j’en sortirais.
VOCERU DI NIOLO.
Eju filava a mio’ rocca Quandu hu intesu un gran rummore; Era un colpu di fucile Chi m’intrunò ’ndru cuore; Parse ch’ unu mi dicissi: --Cori, u to fratellu more!
Corsu ’ndra cammara suprana E spalancai-ju la porta. --«Ho livato ’ndru cuore!» Disse, ed eju cascai-ju, morta. Se allora nun morsu anche eju Una cosa mi cunforta:
Bogliu vestè li calzoni, Bogliu cumprà la tarzzetta, Pè mostrà a to camiscia,
LAMENTATION FUNÈBRE DU NIOLO.
Je filais mon fuseau Quand j’entendis un grand bruit; C’était un coup de fusil Qui me tonna dans le cœur; Il me sembla que quelqu’un me dit: --«Cours, ou ton frère meurt!»
Je courus dans la chambre, en haut, Et je poussai précipitamment la porte. --«Je suis frappé au cœur!» Il dit, et je tombai (_comme_) morte. De n’être pas morte alors, moi aussi, C’est pour moi quelque consolation: (_Je puis me venger._)
Je veux mettre des chausses (_d’homme_), Je veux acheter un pistolet, Pour montrer ta chemise (_sanglante_).
Tandu, nimmu nun aspetta A tagliasi la so varba Dopu fatta la vindetta.
A fane a to vindetta Qual’ voli chi ci sia? Mammata vicinu à mori? U a to surella Maria? Si Lariu nun era mortu Senza strage nun finia.
D’una razza cusì grande Nun lasci che una surella Senza cugini cornali Povera, orfana, zitella..... Ma per far a to vindetta, Sta siguru, vasta anche ella.
Aussi bien, personne n’attend Pour se faire couper la barbe Que la vengeance soit accomplie[79].
Pour te venger Qui veux-tu que ce soit? Notre vieille mère, près de mourir? Ou ta sœur Marie? Si Lario[80] n’était pas mort, Sans carnage l’affaire ne finissait pas.
D’une race si grande Tu ne laisses qu’une sœur, Sans cousins-germains, Pauvre, orpheline, sans mari... Mais pour te venger, Sois tranquille, elle suffit.
BUCERATU
DI BEATRICE DI PIEDICROCE, ALLA MORTE D’EMMANUELLI DELLE PIAZZOLE, GIUDICE DI PACE DEL CANTONE D’OREZZA. 1813.
Quandu ne intesì la nuova Era alla nostra funtana; Dissi: qual notizia corre Oggi in Orezza sottana? --Mi dissero: Alle Piazzole Si macella carne humana.
Passandu sotto San-Pietru Eju nun vedea piu lume, Il mandile ch’ avea in manu Parea bagnatu nel fiume. È per terra il mio columbu E per l’aria son le piume.
--Ne siamo state à pusà, Signor giudice, à San-Pietru
LAMENTATION
DE BÉATRICE DE PIEDICROCE, SUR LA MORT D’EMMANUEL DE PIAZZOLE, JUGE DE PAIX DU CANTON D’OREZZA, ASSASSINÉ EN 1813.
Quand j’en appris la nouvelle, J’étais à notre fontaine; Je dis:--Quelle nouvelle y a-t-il, Aujourd’hui, dans le bas d’Orezza? --Elles me dirent: Aux Piazzole, Il y a boucherie de chair humaine.
Passant au-dessous de San-Pietro Je ne voyais plus la lumière. Le mouchoir que j’avais à la main On l’eût dit trempé dans la rivière. Par terre est mon tourtereau, Ses plumes flottent au vent.
--Nous nous sommes reposées, Monsieur le juge, à San-Pietro, Nunne vulete muntà? V’aspetta il signor Piovano; Ch’è gia prontu il desinà.
Oggi, si, lu vostru sangue Si lu inghiotti lu terrenu. Ma si eju mi c’era truvata Mi lu vuglia pone in senu Poi, spargelu pè le Piazzole, Che fosse tantu velenu.
Maladi vogliu lu ditu! Maladi vogliu la man! Quello chi ha tumbatu à boi Statu è un Turco o un Luteran? E di paese vicinu? O di paese luntanu?
Duve è la so cara figlia, Ch’ella si compri un mandile E tinge lu nel lu so sangue, O sangue cusi gentile!
Ne voulez-vous pas monter? Monsieur le curé vous attend; Le dîner est prêt.
Aujourd’hui, oui, votre sang La terre le boit. Mais, si je m’étais trouvée là, Je l’aurais (_recueilli et_) mis dans mon sein Pour le répandre ensuite dans les Piazzole, (_Tant_) Qu’il devînt un poison (_pour vos meurtriers_)![81].
Maudit le doigt! Maudite la main (_du meurtrier_)! Celui qui vous a tué, Était-ce un Turc, un luthérien? Était-il d’un pays voisin? Ou d’un pays éloigné?
Où est sa chère fille? Qu’elle s’achète un mouchoir Et le teigne dans son sang, Ce sang si noble, E poi cingelusi al collu. Quand’ ella ha boglia di ride.
Ora, si, miei cari figli, Che son fatte le faccende, Eju vedu che uscite fuori E ciascun l’armi prende Mortu è il giudice di pace Oggi piu non si defende. Et qu’elle se le mette au cou Lorsqu’elle a envie de rire.
Or, sus, mes chers enfants, Plus d’affaires. Je vous vois sortir, Et chacun prend les armes. Il est mort le juge de paix, Il ne se défend plus.[82]
BALLATA
FATTA SULL’ CORPO MORTO DA MARIA R*** DI LEVIE.
O caro della surella, Fratello pegno amà’! Lu mio cervo pilibrundo Lu mio falco senza ale! Possibile che Ella sia! No la credo manco avale. Vi vedo con li miei occhj Vi tocco colle mie mani! O caro della surella, Baccio le vostre funtani.
Lu mio marmaro piantato, Lu vapore mezzo mare,
IMPROVISATION
DE MARIE R***, A L’OCCASION DE LA MORT DE SON MARI, ASSASSINÉ AVEC SON COUSIN, SUR LE CHEMIN DE TALLANO A LEVIE (1858).
Amour de ta sœur[83],--frère, objet aimé,--mon cerf au poil brun,--mon faucon sans aîles!--Se peut-il qu’Elle soit[84] ici?--je ne le crois pas encore maintenant.--Je vous vois de mes yeux;--je vous touche de mes mains,--époux chéri,--je baise vos fontaines (_sanglantes_).
O mon rocher de marbre,--ma vapeur sur la mer,--mon héros fait au pinceau,--enfant des villes,--tant
Lu mio fatto allo pinello Venuto dalle cittane. Tandu vidi che à Maria No le potea durane!
Lu mio scorto pè fugi, Lu mio bravo pè parane! Se lu, si fosse trovato Colle suoi arme alle mane Non si lascea far torto Non le faciane male.
O dolce piu di lu miele! O manso piu di lu pane! Paria che Dio l’avessi fatto... Maria, colle mio’ mane.
Quanto vi fecene honore Quando alzaste a Levie! Sortini tutti li signori; Poi vi diene le viva. La mattina di lo vescò Paragone non avia.
de bonheur, Marie le voyait bien,--ne pouvait durer.
Habile pour fuir[85];--brave pour combattre de pied ferme,--s’il s’était trouvé,--avec ses armes à la main,--il ne se laissait pas insulter,--on ne lui faisait point de mal.
Plus doux que le miel,--meilleur que le pain,--on eût dit que Dieu l’avait fait..... que Marie même l’avait fait de ses mains.
Que d’honneurs on vous fit--quand vous montâtes à Levie;--tous les messieurs sortirent--et vous donnèrent les _vivat_!--Le jour de l’entrée de l’évêque--ne pourrait se comparer à ce jour-là.
Se ella l’avessi saputa La vostra surella Maria!.... Perche tutto lu mio sanguino In vita a voi lu volia. Ed uomini quante mosche Manda cui eju volia E poi mette mi alla testa La vostra surella Maria.
Arrivata alla vostra porta M’avete trattata male; Non siete sortito fuori A voler me scavalcare. Ci son’ intrata a trece stese Fratello ne vostre sale. E poi c’ eju ho trovato a voi Spanzato como ’un majale.
O lu mio Zucchero canto Lu mio miele della arena! Mi sento fuggé lu sangue, Fratello, per ogni vena.
Quanto che lu mio babà
Si elle l’avait su--votre sœur Marie!...--toute ma lignée--vous voulait en vie;--des hommes aussi nombreux que des mouches--je les aurais amenés ici--et je me serais mise à leur tête,--moi, votre sœur Marie.
Arrivée à votre porte--vous m’avez traitée mal;--vous n’êtes point sorti dehors--pour m’aider à descendre de cheval;--je suis entrée les cheveux épars--mon frère, dans votre salle--et là je vous ai trouvé--décousu comme un sanglier.
O mon sucre,--mon miel des sables,--je le sens, voilà que mon sang se retire,--mon frère, de toutes mes veines.
Que de projets, mon papa--avait conçus--il était
Avea voluto fane. Era culato nella pieve Teso avea lu cannochiale; E poi mi avea scelta voi, ’O pegno particolare.
O Alto quanto lu sole! O largo quanto lu mare! Bastava che voi fosse stato Men’ che voi di meditani.
Le ricchezze in questo luogo Fossene state amare; Con vosco, la sua surella, Mene fosse andata à zappane. Perche non avesse pianto Fratello, ai questo male. Se la fosse per la robba, Per impegni, o per danari, O Caro della surella, Non vi lasciava mandà; Che insu v’era lu fiume E ciù’ v’era lu mare.
monté au village--avait braqué sa lunette[86] (_pour vous voir venir_),--et vous m’aviez choisi--comme un objet de prédilection.
Vous étiez haut comme le soleil,--vaste comme la mer;--il eût suffi que vous fussiez--la moitié moins grand que vous n’êtes.
Les richesses en votre endroit--me furent amères:--avec vous, votre sœur--aurait pioché la terre;--elle n’aurait pas versé tant de larmes;--frère, pour un tel malheur.--Ni les biens--ni les relations, ni l’argent--époux chéri--ne vous ont pas séduit;--là, (_chez moi_) c’était un fleuve (_de biens_),--ici (_chez vous_) c’était une mer.
O Mamma siete la mia. Mi era informata di tutto. Era lu arbore forte Caricato d’ogni frutto; E per me, la sventurata Non c’è che ruine e lutto.
Eju nun c’agio fatto letto, No meno impastato pane; Eju ci son’ ’ntrata jer’sera; Mene vo’ anda’ stamane. Come me la sventurata Nata nun ne’ sia mai! Sta mattina mi so’ messa Tutta _bijoux_ e di fiora. Ma mi l’agio da leva. Fratello s’appressa l’hora. M’ agio da mettè a dosso Eju la tinta vitriola, Fin tanto che la vita dura Vestita da capo à coda.
Mère[87], vous devenez la mienne.--Je m’étais informée de tout. (?)--Il était l’arbre fort--chargé de tous fruits,--et pour moi, malheureuse,--il n’y a que ruines et deuil.
Moi qui n’avais point fait (encore) le lit--ni pétri le pain,--moi qui suis entrée hier,--je m’en vais ce matin.--Malheureuse que je suis,--pourquoi suis-je née!--Ce matin je me suis parée;--j’étais toute fleurs et bijoux:--voilà qu’il faut que je les ôte.--Frère, l’heure est venue,--il faut que je revête--les noires couleurs;--tant que ma vie durera[88],--j’en serai vêtue des pieds à la tête.
Eju da mercordi dàmane Erane aspettativa, Sempre guardando la strada Se eju vi vedia venire, Non pensando che voi fossi, En bocca degli assessini.
Ah! chi mi l’avessi dettu La mattina dei natali, Quando che à Levie Voi volesti alzani; E poi d’una occhiata sola Voi ci voleste cascani. Se non vi fossi piaciuta Quanto daria stammane!
De tutti li miei fratella Ci n’agio uno ne’ cumpagnia, Antonio alla campagna, Pierruccio alla Bastia. Quanto da cui a colà Che, ahi me! piove ruine.
Mercredi dès le matin--j’attendais impatiente--les yeux fixés sur la route--espérant vous voir venir:--las! je ne pensais pas que vous étiez--dans les piéges des assassins.
--Ah! qui me l’eût dit--cette matinée de Noël--quand à Levie--vous voulûtes monter--et qu’en un clin d’œil[89]--vous tombâtes!--Pour ne vous avoir pas plu--combien je donnerais aujourd’hui!
De tous mes frères--pas un n’est auprès de moi:--Antonio erre en proscrit;--Pierruccio est à Bastia.--D’ici, de là--hélas! le malheur pleut sur moi.
Bestemmià voglio il rè, Maladì lu tribunale. Perche il disarmamento. Nun l’aviate da fà. Lo tempo degli assessini A punto e questo d’avale. Se l’avia le suoi arme, Giacomo non avia mala. Temuto piu che lu fuoco, Stimato piu che lu mare. Ahi me! nun mi n’importa Fate pur’ come vi pare.
A contar le so’ bravezze Nun vorrei ser una donna; Ci sarei voluto ser poeta Andato a gli collegi a Romma; In mano trattar la piumma In testa portar la comma. Se l’avessi da scrivini, Se l’avessi da stampani, D’argento vorrei la piumma E d’oro lu caramare.
Je veux blasphémer contre le roi,--maudire le tribunal:--ce désarmement,--vous n’eussiez pas dû le prescrire[90];--le temps des assassins--c’est le temps d’aujourd’hui:--s’il avait eu ses armes,--Giacomo vivrait encore,--plus redouté que le feu,--plus honoré que la mer.--Hélas! rien ne m’importe plus;--faites de moi ce que vous voudrez.
Pour conter ses vaillantises--je ne voudrais pas être une femme;--j’aurais voulu être poète,--avoir étudié à Rome,--manier la plume,--porter en tête une perruque (_comme un docte abbé_):--Si j’avais à les écrire,--si j’avais à les imprimer,--je voudrais une plume d’argent,--un encrier d’or;--pour encre je voudrais toute l’eau de la mer;--pour papier je voudrais--la plaine de Mariana.
Per inchiostro ci vorria, Tutta l’acqua di lu mare, Pè papele ci vorria La piana di Mariana.
Cio che s’è fatto in Tallano Non l’ha fatto mai nessuno. Perche l’avete ammazati Senza aver’ fatto male alcuno? L’avete pigliati innocenti Come Dio omnipotenti.
Ce qui s’est fait à Tallano--personne ne l’a jamais fait:--pourquoi les avez-vous tués--eux qui n’avaient point fait de mal?--vous les avez pris innocents--comme Dieu le tout-puissant.
TABLE.
MONUMENTS ANTÉRIEURS AUX ROMAINS.
STAZZONE ET STANTARE.
Pages.
Stazzona de Taravo. 14
Stantare du Rizzanese. 23
Stantare de la Bocca de la Pila. 24
Stazzona de la vallée de Cauria. 25
Urnes funéraires. 47
Statue d’Apricciano. 53
MONUMENTS ROMAINS.
Bains romains. 69
Ruines d’Aleria (incertaines). 70
Carrière de l’île de Cavallo. 83
Tombeaux de Cervarico et de Bonifacio. 88
MONUMENTS DU MOYEN-AGE.
Des églises de la Corse en général. 91
ÉGLISES ROMANES DU XIᵉ-XIIᵉ SIÈCLE.
La Canonica. 96
San-Perteo. 108
Églises de Saint-Jean-Baptiste et de San-Quilico.--Carbini. 112
Église de Saint-Jean. 117
Ancienne cathédrale de Nebbio. 121
Saint-Michel. 125
Saint-Nicolas près de Murato. 132
Saint-Césaire. 136
Monastère de Saint-Martin. 137
ÉGLISES DU XIVᵉ ET DU XVᵉ SIÈCLE.
Sainte-Marie de Bonifacio. 138
Église des Dominicains. 142
Chapelle de Sainte-Catherine. 148
Chapelle de Santa-Cristina. 154
Églises modernes. 161
TOURS, CHATEAUX, FORTIFICATIONS, etc. 164
PONTS. 175
BAS-RELIEFS, SCULPTURES, etc. 177
Notes. 193
FIN.
NOTES:
[1] Salluste, Fragments, lib. II, 157.
[2] Hérodote, Clio, 165-7.
[3] Κύρνον κατεχομένην ὑπὸ Τυρρηνῶν. Diod., lib. XI, 88.
[4] Cons. ad Helv. 7. Sextus Avienus place le séjour des Ligures dans le S.-O. de l’Espagne (l’Estramadure ou les Algarves). M. Amédée Thierry suppose qu’ils ont quitté ce pays à la suite d’une invasion des Celtes, qui aurait eu lieu vers le XVIᵉ siècle, avant J.-C. Mais Sénèque ne fait venir les Ligures en Corse qu’après les Étrusques, précédés eux-mêmes par les Grecs; or les Phocéens ne s’établirent en Corse que vers l’an 550. Il s’ensuit que les Ligures de la Corse durent arriver de la Gaule ou de la côte N.-O. de l’Italie.
[5] Lib. X, cap. 17.
[6] Polybe, lib. III, 5.
[7] Cons. ad Helv., 7: in causâ non fuisse feritatem _accolarum_.
[8] Lib. V, 14.
[9] X, 17.
[10] Ils gardaient le nom de Corses, au temps d’Auguste. Voir l’inscription nº 153, Orel. coll. inscrip.
[11] Au rapport de Pausanias (loc. cit.) Aristée, gendre de Cadmus, aurait émigré en Sardaigne, voyage qui aurait pu avoir lieu dans le XVIᵉ siècle avant J.-C. _Après lui_, seraient venus des Ibères, puis des Thespiens et des Grecs de l’Attique, enfin des Troyens fugitifs. _Longtemps après_, tous ces étrangers auraient été expulsés de la Sardaigne par les Carthaginois, à l’exception des Troyens et des Corses, dont Pausanias mentionne la présence sans la rattacher à d’autres événements, sinon à celui de leur résistance aux Carthaginois. Si les Ibères étaient venus en Sardaigne immédiatement après Aristée, c’est-à-dire vers le XVIᵉ siècle, avant notre ère, il est probable qu’ils se seraient également établis en Corse. Mais Sénèque parle au contraire de l’arrivée des Espagnols (Ibères) dans cette dernière île, comme d’un fait à date certaine, positivement postérieur à la venue des Phocéens. On pourrait concilier Pausanias et Sénèque en admettant deux immigrations des Ibères, ou bien en supposant que les Ibères ne passèrent en Corse qu’après avoir été chassés de la Sardaigne par les Carthaginois.
[12] Strabon, lib. V.
[13] Notitia imperii occident.
[14] Voir la note A.
[15] Au milieu du siècle dernier des Barbaresques enlevèrent encore des hommes dans le cap Corse.
[16] Voir dans Filippini la légende de la Mouche de Freto, tome 2, 86.
[17] Il est à remarquer que cette révolution s’opéra dans la partie de l’île où existèrent des colonies romaines.
[18] Robiquet, _Recherches hist. et stat. sur la Corse_, p. 117.
[19] Filippini, tome 2, p. 91.
[20] En 1284.
[21] Mémoires de l’Académie celtique, tome 6.
[22] D’après la description de M. Mathieu, il semblerait que, de son temps, le dolmen était intact. Aujourd’hui, cependant, personne à Sollacaro ne se souvient d’avoir vu le toit en place.
[23] Voir la note B.
[24] Voici un exemple entre mille:
S’il est un point sur lequel les archéologues soient d’accord, c’est que les dolmens servaient aux sacrifices humains. Vingt fois des gens très-instruits m’ont montré, sur la table de ces monuments, certaines cavités dans lesquelles on couchait la victime, disaient-ils, au moment de l’égorger. J’ai déjà dit que j’avais eu le malheur de ne jamais voir là que des accidents naturels. Or, cette tradition, si bien établie, est en contradiction évidente avec le témoignage de Diodore de Sicile qui affirme que la victime était debout, puisque c’était d’après _sa chute_ que les Druides tiraient leurs présages, «Πέσοντος τοῦ πληγέντος, ἐκ τῆς πτώσεως...... τὸ μέλλον νοοῦσι. Lib. V, 31.
[25] Les Basques auxquels ce signalement convient dans la plupart de ses détails, se distinguent cependant par la saillie des pommettes et la plus grande largeur de la face, surtout par la longueur et la proéminence singulière du menton.
[26] _Histoire des Gaulois._ Introduction, p. 5.
[27] Puisque j’ai parlé de vengeance, je demanderai la permission d’entrer dans quelques explications sur ce point, car ce sentiment, encore si vif chez les Corses aujourd’hui, n’est point chez les Galls de nos jours un trait de caractère, et l’on peut dire que leur excessive mobilité leur fait oublier facilement les injures. Mais doit-on appeler la vengeance une passion? N’est-elle pas plutôt un des effets de la vanité. La vengeance corse n’est, à proprement parler, qu’une forme ancienne et sauvage du duel, que je crois parfaitement national et enraciné chez nous. En Corse, le riche n’est point séparé du pauvre par une haute barrière comme en France. Nulle part, peut-être, on ne rencontrera moins de préjugés aristocratiques, et nulle part les différentes classes de la société ne se trouvent en relation plus fréquente et je dirai plus intime. Les riches, étant tous propriétaires, vivent sur leurs terres, au milieu de leurs fermiers et de leurs bergers, qu’ils traitent avec beaucoup plus de politesse qu’on ne le fait en France. Souvent on voit le maître assis à table avec ses ouvriers qui l’appellent par son nom de baptême et se considèrent comme membres de la famille. Cet amour de l’égalité, qui, pour le dire en passant, n’est pas un des traits les moins prononcés du caractère français, produit ce résultat, que riche et pauvre ont les mêmes idées, parce qu’ils les échangent sans cesse. Sur le continent, les gens aisés des villes se battent, mais s’ils vivaient avec le peuple, le peuple se battrait aussi. Deux de nos paysans s’injurient et ne se battent pas; soldats l’un et l’autre ils iront sur le terrain pour une insulte légère, parce qu’ils vivent alors dans une société où le point d’honneur existe. J’ajouterai que la vengeance fut autrefois une nécessité en Corse, sous l’abominable gouvernement de Gènes, où le pauvre ne pouvait obtenir justice des torts qu’on lui faisait. Aujourd’hui même, un procès précède presque toujours l’assassinat. La vengeance s’est perpétuée dans l’île, mais comme une habitude, un préjugé que partagent les étrangers établis à demeure sur le territoire corse, car j’ai vu cette année un cas notable de vengeance parmi les Grecs de Cargèse qui s’étaient fait longtemps remarquer par la douceur de leurs mœurs. Je le répète, l’usage, le préjugé atroce, qui porte un homme à s’embusquer avec un fusil pour tuer son ennemi à coup sûr, est une forme du duel, comme l’épée et le pistolet, et quelque détestable que soit ce préjugé il ne faut pas le juger par ses effets, surtout lorsqu’il s’agit d’en faire le trait caractéristique d’un peuple: il faut plutôt remonter à sa cause, et examiner si elle n’est pas un des vices de notre nature. On doit regretter que nos formes humaines du duel n’aient pas été introduites en Corse. La bravoure et la vanité des insulaires les auraient fait, sans doute, promptement adopter, et, suivant toute apparence, elles auraient eu pour résultat de rendre les querelles infiniment moins sanglantes. (Voir, dans l’ouvrage de M. Robiquet, l’anecdote d’un duel défendu par l’autorité, d’où résultèrent quatre assassinats, page 437.)
[28] Κατοικοῦσι δ’ αυτὴν βάρβαροι τῆν διάλεκτον ἔχοντες ἐξηλλαγμένην καὶ δυσκατανόητον. Lib. V, 14.
[29] Diodore appelle les Celtes: βαρυηχεῖς καὶ παντελῶς τραχύφωνοι.
[30] Un seul nom de lieu m’a paru avoir une racine ibérique. C’est Aïtona. _Aïtz_ (basque), rocher, vent; _ona_, bon.
[31] Transierunt deinde Ligures, transierunt et Hispani, quod et similitudine ritus adparet; eadem enim tegumenta capitum, idem genus calceamenti, quod Cantabris est, et verba quædam, nam totus sermo conversatione Græcorum Ligurumque a patrio descivit. Cons. ad Helv., 8.
[32] M. Grégori a bien voulu me communiquer un texte curieux de Scymnus de Chio, d’après lequel on pourrait croire que ce géographe regardait la Corse comme une île dépendant de la Celtique.
Ἔπειτα χώρα Κελτικὴ καλουμένη Μέχρι τῆς θαλάσσης τῆς κατὰ Σαρδώ κειμένης.
ΣΚΥΜΝΟΥ ΧΙΟΥ περιήγησις. Vers 166, Hudson, geographi Græci minores.
[33] Le symbole de la clef s’expliquerait facilement dans un rite funèbre.
[34] Ἴδιον δέ τι ποιοῦσι καὶ παντελῶς ἐξηλλαγμένον περὶ τῆς τῶν τετελευτηκότων ταφῆς. Συγκόψαντες γὰρ ξύλοις τὰ μέλη τοῦ σώματος εἰς ἀγγεῖον ἐμβάλλουσι καὶ λίθους δαψιλεῖς ἐπιτιθέασιν. Lib. V, 18.
[35] Voir les idoles sardes dessinées par M. della Marmora, et reproduites dans les Religions de l’antiquité, etc., par M. Guignaud; planche LVI _bis_.
[36] Je ne connais ces monuments que par les dessins que M. Della Marmora a bien voulu me communiquer.
[37] Consul l’an de Rome 494.
[38] Ἢ γὰρ οὐχ ὑπομένουσι ζῆν, ἢ ζῶντες, ἀπαθείᾳ καὶ ἀναισθησίᾳ τοὺς ὠνησαμένους ἐπιτρίβουσιν.
[39] Une inscription, rapportée par Muratori, a pu établir l’opinion contraire, mais il est évident qu’elle s’applique aux _Corsi_ de la Sardaigne.
SEX IVLIVS SEX. F. POL. RVFVS EVOCATVS DIVI AVGVSTI PRAE FECTVS I. COHORTIS CORSORVM ET CIVITATVM BARBARIAE IN SARDINIA
Muratori propose, avec raison, de lire BALARIAE au lieu de BARBARIAE.
[40] La plupart du Haut et Bas Empire. Celles de Constantin sont les plus communes. Je n’ai vu dans l’île que deux médailles de la République, un denier de M. Brutus--M BRUTI. rev. AHALA; un autre de la famille Tullia--ROMA. rev. M TULLI; c’est à Levie qu’ils me furent montrés, mais ils avaient été trouvés l’un et l’autre à Aleria.
[41] M. le préfet de la Corse en possède une assez curieuse; c’est une cornaline sur laquelle est gravée en creux une tête de jeune homme dont les cheveux frisés paraissent enveloppés d’une espèce de résille, semblable à celles qu’on a trouvées à Saint-Jean et qui, peut-être, étaient une coiffure nationale.
[42] A la sortie du village et à droite du chemin qui conduit à Sisco par la Marine.