CHAPITRE III
LE CURÉ DE CAMPAGNE
On connaît le mot si souvent cité de l’historien anglais Gibbon: «Les évêques ont fait la France comme les abeilles font la ruche.» Les évêques, en effet, secondés par les moines, ont été les organisateurs de la vie religieuse, qu’ils ont su mêler si étroitement à la vie nationale que la religion semblait être aux institutions de l’État ce que l’âme est au corps. Mais la vie religieuse elle-même n’aurait pas vivifié tout l’organisme civil, et moins encore imprégné l’esprit du peuple, si les diocèses n’avaient été partagés en paroisses, et si les paroisses n’avaient eu à leur tête un prêtre résident, chargé d’enseigner le dogme chrétien avec la morale de l’Évangile, et d’administrer les sacrements. Pour autant que l’on puisse parler de l’âme française, ou, si on le préfère, de la conscience française, ce sont les curés de France qui ont façonné en grande partie l’une et l’autre.
Placez au centre d’un village, ou dans chaque quartier des cités, un homme qui ait pour mission spéciale de s’occuper d’une affaire qu’aucun autre que lui ne peut traiter, l’affaire des relations de la terre avec le ciel, de l’homme avec Dieu, affaire dont le succès ou l’échec engage la destinée de l’âme humaine. Donnez à cet homme un habit, un genre de vie qui le distingue des autres; qu’il parle, non pas dans une école ou sur une place publique; qu’il ait pour tribune la chaire de l’église et qu’il enseigne au nom du Dieu qui habite cette église; qu’il ne se contente pas de dire ce qu’il faut faire, ce qu’il faut éviter, pour sauver son âme; qu’il montre le Père céleste ouvrant ses bras à ceux qui observent ses commandements, et menaçant les autres d’un châtiment terrible; qu’il rassure ceux qui tremblent en leur promettant comme appui et comme recours la miséricorde divine sous les traits du Christ fils de Dieu; qu’il tienne à la disposition de tous le remède souverain des maladies et des chutes spirituelles, la grâce toujours coulant, pour qui veut la recevoir, par les canaux des sacrements. Laissez cet homme à cette même place, toujours le même, quoique sujet à la mort, mourant comme tout le monde, mais toujours remplacé: laissez-le enseigner aux enfants, de génération en génération, de siècle en siècle, ce qu’il enseigna aux pères à peu près dans les mêmes termes. Et dites-moi si, à la longue, et malgré les inévitables déchets, de village en village, de cité en cité, la conscience du pays tout entier ne finira pas par être pénétrée des enseignements de cet homme, de la morale qu’il prêche, et surtout de ce sentiment du péché qui, dans l’infidélité même, est encore une reconnaissance de la loi.
Il faut rendre justice à la fonction historique des curés de France. Elle est aussi ancienne que la patrie elle-même. Elle n’a jamais fait beaucoup de bruit. La renommée a été pour les ordres religieux, grands défricheurs, grands voyageurs, grands prêcheurs. Le simple curé, lui, a été mis par l’histoire à la _portion congrue_. Ses vertus sont demeurées obscures, et sa sainteté n’a eu que bien rarement les honneurs des autels. Le curé d’Ars a eu la bonne fortune de naître en un siècle où les humbles et les petits ont trouvé des hérauts pour annoncer leurs mérites et des avocats pour défendre leur cause.
Sans doute, la gloire du clergé séculier a connu des éclipses, comme la civilisation française elle-même. La dureté des mœurs féodales, l’ignorance et la superstition faillirent corrompre jusqu’à ceux-là qui devaient être le sel de la terre. Malgré tout, le curé de France ne laissa pas s’éteindre son idéal. En ces âges de ténèbres, il fut la petite flamme qui montait de la terre au ciel pour servir d’étoile dans la nuit. Aux époques ravagées par le fer et le feu, il apparaissait comme le bon pasteur qui offrait aux peuples désespérés l’Agneau de la paix divine. Dans les périodes traversées par le doute de l’esprit et la corruption du cœur, son impuissance lui laissait au moins la ressource d’être encore, selon la parole de Rancé, la borne qui montre le chemin de l’au-delà.
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A tout seigneur, tout honneur. Le curé de campagne est l’exemplaire le plus répandu et le plus représentatif du prêtre français. Il n’est point de figure plus populaire que la sienne, et qui soit à la fois plus réelle et plus idéale. Nos poètes et nos prosateurs, et non des moindres, l’ont chantée. D’autres se sont contentés de la peindre sous son aspect simple et un peu rude, mais d’autant plus touchant. Pour moi, le trait le plus saillant de cette physionomie, c’est qu’elle fait partie de la physionomie même de la France. Soit qu’on nous la montre voilée d’ombre et de modestie sous la charmille d’un presbytère, au cœur d’un village planté comme un bouquet d’arbres dans la plaine, soit qu’elle passe, discrète, au fond de la vallée d’où l’on voit à grand’peine le ciel à travers la fumée des usines, soit qu’elle se profile sur le littoral, également familière et attentive au labeur de la terre apaisante et aux risques de la mer berceuse tour à tour et traîtresse, soit enfin qu’elle s’accroche presque inaccessible au flanc des montagnes, où la vie est dure comme le rocher, la silhouette du prêtre français n’est dépaysée nulle part. Il est naturel que le portrait se ressente de l’influence du cadre, ou plutôt le cadre et le portrait semblent si bien faits l’un pour l’autre que le curé fait partie du paysage presque autant que l’église et son clocher.
Le curé a des attaches au sol comme le paysan. Il n’est pas étranger; il est né dans la région; la plupart du temps, il est de famille modeste et ses paroissiens le reconnaissent comme un des leurs. Il sait la vie de ceux qui gagnent leur pain à la sueur de leur front. Il n’a pas peur du travail. Bien que ses fonctions sacerdotales soient d’un ordre supérieur, il ne laisse pas de se rapprocher de ses ouailles par une certaine similitude de goûts et d’occupations. La commune tient encore à honneur, malgré la loi de Séparation, de fournir à son curé une habitation décente et confortable. Le presbytère communal est le signe de l’ancienne alliance de l’Église et de l’État; s’il ne tenait qu’à ses paroissiens, le curé ne serait pas contraint à payer une location. Le curé est bien chez lui, étant dans la vieille maison qui a vu, depuis plusieurs générations, les prêtres se succéder sous son toit. La maison est accueillante, les pauvres et les affligés en connaissent le chemin. La servante est peut-être un peu sur ses gardes. Le chien aussi, mais c’est de tradition, et les temps ne sont pas sûrs.
Le presbytère n’est pas une maison triste, comme on pourrait le croire. La solitude n’en est pas pesante. Le curé a souvent la satisfaction d’avoir chez lui soit son père, soit sa mère, soit un autre membre de sa famille. Et puis, si le curé sait être l’homme de tous ses paroissiens, il se sent entouré de leur sympathie, et il n’est rien moins qu’un étranger au milieu d’eux. Il n’attend pas que ses ouailles aient expressément besoin de son ministère pastoral, il s’intéresse à tout ce qui les touche, il saisit l’occasion de les voir, de leur parler, il est l’ami de tous, et, tout isolé qu’il paraisse être, dans sa maison, grâce à l’amitié de sa paroisse, il est le moins solitaire des hommes. Au reste, s’il lui faut de temps à autre se détendre en la compagnie de ses confrères, c’est un usage bien traditionnel que les réunions entre curés. Il en est d’obligatoires, comme les conférences, les fêtes de l’Adoration perpétuelle. Les conférences ont un but d’utilité. Il s’agit de conférer sur des questions de théologie ou de discipline. La conférence est suivie d’un repas, dont le menu est réglé par ordonnance épiscopale. Où donc le peintre Courbet a-t-il pris l’idée de son _Retour de la Conférence_? Ces prêtres rougeauds et titubants, ce peut être un tableau satirique, mais nullement peint d’après nature. Avant la séparation de l’Église et de l’État, les curés--plus nombreux et partant moins occupés--se réunissaient assez souvent à tour de rôle les uns chez les autres, et, une fois fini l’exposé de la discussion théologique, le dîner n’était pas la principale affaire. C’était la partie de cartes, passionnée malgré la modicité de l’enjeu. Était-ce un péché? Non pas, mais bien plutôt, peut-être, pour quelques-uns, une pratique salutaire qui les mettait en sûreté contre la tentation de médire du prochain et même de l’administration.
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Les conditions nouvelles d’existence imposées à l’Église de France par la Séparation ont-elles modifié la situation et l’attitude du clergé français? Oui, sans doute, mais plus à la surface qu’au fond des choses. Le curé de campagne n’émarge plus au budget de l’État et reçoit son traitement de l’évêque, qui le met à la charge des fidèles. En est-il moins libre vis-à-vis de ces derniers? On craignait que la Séparation, en obligeant les curés à tendre la main pour leur subsistance, ne les plaçât sous la dépendance de leurs bienfaiteurs. Je ne sache pas que le _denier du culte_, comme on appelle cette nouvelle contribution, ait donné lieu à ce genre d’inconvénient. Ce n’est jamais la paroisse qui «paye» son curé. Les paroissiens remettent leur offrande au curé, lequel la transmet au doyen, lequel la transmet à l’évêque.
Le traitement nouveau suffit-il en ce temps de vie chère? L’ancien traitement de 900 francs serait aujourd’hui un traitement de famine. Il faudrait qu’un diocèse fût bien dénué et le cœur des catholiques bien froid pour réduire le curé de paroisse à une portion aussi peu «congrue». Malheureusement, le denier du culte n’est pas entré partout dans les mœurs; de là encore en certaines régions des détresses ecclésiastiques sur lesquelles s’est émue à bon droit l’opinion. Heureusement, le potager est un supplément de ressources. On peut y ajouter le poulailler, et, si possible, le rucher.
Distraction ou nécessité, le jardin du presbytère absorbe une bonne part des loisirs du curé. Celui-ci dépose le bréviaire pour prendre la bêche, et réciproquement. Qui n’a rencontré le prêtre jardinier? En voici un qui fait plaisir à voir. Le curé de X... semble avoir reçu en partage un coin du paradis perdu et retrouvé. Son presbytère, de modeste apparence, est situé à trente mètres de son église, sur un terrain qui descend en pente douce vers la berge de la rivière ombragée et solitaire. Toute l’étendue disponible, devant et derrière la maison, n’est que jardin, et, en été, le jardin n’est que légumes divers, arbres fruitiers de toute espèce, et fleurs variées. Un rucher bourdonne au bord de l’eau. Des truites rôdent sous les roseaux et attendent l’heure du bon curé. Celui-ci évolue à l’aise parmi ses bêtes et ses plantes. Sa paroisse ne l’absorbe pas tout entier, bien qu’il ne lui ménage pas son temps, ses exhortations, ses services et son dévouement. Mais c’est dans son jardin qu’il déploie peut-être le plus de science, le plus d’art et j’oserai dire le plus de psychologie. Comme l’amateur des jardins dont la Fontaine dit que, «étant prêtre de Flore, il l’était de Pomone encore», notre curé de X... exerce un second sacerdoce envers ses abeilles, ses fraisiers, ses groseilliers et ses rosiers. Une âme flotte sur tout cela, qui vient de l’amour que porte le jardinier à ces merveilles, son œuvre ou plutôt l’œuvre de Dieu secondé par son serviteur. On dirait que les roses ont hâte d’éclore et les poires de mûrir pour lui faire honneur, et pour lui procurer la joie de cueillir les primeurs du printemps et de l’automne. _Primus vere rosam atque autumno carpere poma._ On dirait que les fraises savent que les curés du doyenné en sont friands, quand ils se réunissent au presbytère à l’occasion de la neuvaine de saint Liévin, et que Monseigneur lui-même... Cependant, M. le curé garde son naturel, l’artiste en lui ne gâte point le pasteur; soit qu’il dise son bréviaire, soit qu’il écussonne ses arbres, il loue toujours Dieu dans ses bienfaits.
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Ce ne sont pas là des mérites indispensables, mais ce sont des attaches au sol qui gagnent le cœur du paysan et l’empêchent de regarder le prêtre comme un _passant_ et qui n’est bon à rien, hors de son église. Le travail étant la loi commune, le peuple aime le prêtre qui s’occupe, et le prêtre qui s’intéresse en connaisseur à l’ouvrage de ses paroissiens. Le curé de campagne, en pays d’agriculture, doit être né rural ou le devenir. Les trois quarts des prêtres sont des paysans et souvent même sortent de famille agricole. Un ministre républicain, voulant les flatter, les appelait les «_robustes fils du sillon_». Beaucoup sauraient, au besoin, les deux mains sur le manche de la charrue, «creuser profond et tracer droit». Du moins, le curé rural a le goût inné des travaux de la terre, il a le coup d’œil sûr, il apprécie, à l’égal d’un homme du métier, les promesses et le rendement des cultures. Il connaît les sentiments et les passions que la terre excite chez le laboureur de race. Il en éprouve sa part: il a pour les champs de son village une sorte de tendresse. Il est le pasteur des âmes, c’est entendu, mais la terre est pour ainsi dire aussi sa paroissienne. Il l’aime, il veut son salut, et fait le compte de ses mérites et de ses épreuves. Aussi bien, il obéit à l’esprit même de la liturgie; il est appelé à bénir la terre comme une personne vivante; au matin des trois jours des Rogations, il lui chante des litanies, au rythme des processions traditionnelles, et porte le long des champs, d’un village à l’autre, de copieuses bénédictions.
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Le curé rural est amené à rendre aux cultivateurs des services positifs. On ne compte plus dans certains diocèses les paroisses où le curé est devenu l’inspirateur ou le conseiller des membres du syndicat agricole; la chose est moins nouvelle qu’on ne pense, s’il est vrai que saint Pierre Fourrier, le célèbre curé de Mattaincourt, le grand Lorrain qui sut tenir tête à Richelieu, avait déjà doté les laboureurs de sa paroisse d’une véritable «caisse rurale». C’est du pur Évangile, en réaction contre l’esprit de défiance individualiste qu’entretient trop souvent en chacun des agriculteurs le désir de gagner plus que le voisin. Le curé rural a beau jeu de commenter les paraboles évangéliques si fécondes en leçons morales, plus généreuses et plus humaines que la fable de La Fontaine: _l’Alouette et ses petits_, qui illustre le proverbe aussi peu social que chrétien: «Ne t’attends qu’à toi seul.»
Pourquoi les travaux de la terre ou de la mer retiennent-ils l’homme plus près de Dieu et de son représentant, alors que les travaux de l’industrie ou de la mine semblent au contraire l’en éloigner?
Les gens de mer ne sont pas très raffinés en matière de sentiment religieux. Ils ont la foi des simples; ils l’ont reçue toute faite des mains de leurs parents. Ils l’emportent avec eux dans leurs périlleuses navigations, et, s’ils sont tentés parfois de l’oublier, ils la retrouvent, toujours amie et consolatrice, à l’heure où leur vie est suspendue au-dessus de l’abîme. L’espoir en Dieu se ranime avec la crainte de la mort. Le scepticisme n’est pas à l’aise dans la tempête. La foi des matelots se répand volontiers, au sommet du danger, en promesses dont la Vierge, étoile de la mer, est principalement l’objet. C’est l’honneur des gens de mer de tenir fidèlement leurs vœux. Il faut le remarquer, la dévotion n’ôte rien à leur intrépidité, et, bien au contraire, elle les empêche de se laisser tomber dans le désespoir. Il entre une forte dose de foi chrétienne dans le courage renommé de nos marins.
Les paysans gardent la tradition, telle que l’ont faite des siècles d’une forte organisation paroissiale. Au village, le chrétien n’est pas un isolé, il n’est pas livré à sa fantaisie. Il est moins exposé aux entraînements; il est membre d’une famille qui a conservé des habitudes religieuses. La famille est le cadre qui le protège, et la paroisse est le bercail qui défend le troupeau. Sans doute la corporation paroissiale n’est plus intacte, mais elle vit toujours et elle rallie encore bon nombre de fidèles. Et puis, l’organisme étant sauf, le curé peut toujours s’en servir pour exercer son apostolat.
L’apostolat religieux est moins facile parmi la multitude de travailleurs qui n’ont pour trait d’union que l’intérêt matériel, pour clocher qu’une cheminée d’usine, pour paroisse que le syndicat, pour pasteurs que des hommes qui prédisent le paradis sur terre au risque d’y mettre l’enfer. Pour avoir l’audience des âmes, il faut que l’apôtre commence par prêter une attention sympathique aux aspirations actuelles des personnes et à leurs intérêts immédiats. Ainsi le Bon Pasteur, pour préparer les voies au royaume de Dieu, s’apitoyait sur les foules affamées, guérissait les infirmes et consolait les affligés.
De là le curé social, promoteur de syndicats chrétiens, propagateur de la doctrine vraiment catholique proclamée dans la célèbre Encyclique de Léon XIII sur la condition des ouvriers. Le curé social a quelque chose de décidé, de familier, de chaud, d’apostolique, qui donne confiance. Il va au peuple; il aime les ouvriers; il leur prêche leurs devoirs, certes, envers Dieu et envers les hommes, mais il s’enquiert aussi de leurs besoins, de leurs impuissances, et il les encourage, et il les éclaire, et il leur fait comprendre les vertus de la fraternité et le bienfait de l’union; il les dirige dans leurs revendications pour les contenir dans les limites de la justice; il leur enseigne l’amour de Dieu le Père et de son Fils, le frère aîné de tous les chrétiens, afin qu’ils ne traitent point en ennemis leurs chefs ou leurs patrons.
S’il ne tenait qu’à lui, en effet, les ouvriers n’auraient point de haine, ils ne feraient point la guerre de classes. Beaucoup savent gré au pasteur qui a le souci de leur bien-être en cette vie comme de leur salut dans l’autre, ils restent attachés à une religion qui ne leur apparaît pas seulement comme la consolation suprême dans le malheur ou dans la mort, mais comme la providence assidue de leur vie terrestre et quotidienne. C’est là malheureusement un idéal rarement réalisé, mais c’est déjà quelque chose pour le prêtre de l’avoir conçu. On a trop amèrement raillé les «abbés démocrates» qui ont fait monter la «question sociale» dans la chaire. Ils avaient pourtant d’illustres devanciers. Aucun d’eux n’a rien dit de plus que les Pères de l’Église. Et, sans remonter aux libres prêcheurs du XVIe siècle, ont-ils frappé plus fort sur la richesse mal employée que le père Lejeune, le père Bourdaloue et le père Bridaine? Eux du moins n’ont pas perdu leur peine. Les œuvres ont suivi la théorie. Les curés sociaux s’efforcent de faire rentrer la religion dans le plan de la cité de demain. D’aucuns ont fait des merveilles. Pour ne parler que des morts, qui ne connaissait en Alsace, et même en France, la rude et sympathique figure du chanoine Cetty, curé de Saint-Joseph de Mulhouse, et cette admirable organisation paroissiale de la classe ouvrière qui marchait sous la houlette du pasteur? Inutile de dire qu’il avait le cœur français, si français que ce cœur se brisa de joie le jour de l’entrée triomphale de nos soldats dans l’Alsace délivrée.