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CHAPITRE LXXXIV.

1360. TRAITÉ DE BRÉTIGNY (§§ 474 à 490).

Édouard III et son armée sont toujours campés à Montlhéry[1]. Charles, duc de Normandie, régent du royaume, et les principaux de son Conseil, les ducs d’Anjou et de Berry ses frères, Gilles Aycelin de Montagu, évêque de Thérouanne, chancelier de France, se décident à faire des ouvertures de paix au roi d’Angleterre. Androuin de la Roche, abbé de Cluny, Simon de Langres, maître des Frères Prêcheurs, Hugues de Genève, seigneur d’Anthon[2], sont chargés de ces négociations[3]. Édouard III, indigné au plus haut point de la descente des Français à Winchelsea[4] dont il vient d’être informé, repousse d’abord, malgré les avis du duc de Lancastre, toutes les propositions d’accommodement. Il ne veut à aucun prix renoncer au titre de roi de France, et son projet est, après être allé se rafraîchir deux ou trois mois en Normandie et en Bretagne, de revenir devant Paris au moment de la moisson et des vendanges. Il lève donc son camp de Montlhéry[5] et se dirige vers le pays chartrain, pendant que les trois envoyés du régent, duc de Normandie, reviennent sans cesse à la charge pour le presser de conclure la paix. Au moment où le monarque anglais et ses gens passent à Gallardon, un orage effroyable éclate tout à coup accompagné d’éclairs, de tonnerre, d’une trombe de vent, de grêle et de pierres d’une grosseur énorme, qui terrifie les Anglais et leur tue hommes et chevaux[6]. Édouard y voit un signe de la volonté de Dieu en faveur de la paix; en même temps, le regard fixé sur l’église Notre-Dame de Chartres[7] qu’il aperçoit dans le lointain, il fait un vœu et se consacre à la Sainte Vierge. Après avoir campé la nuit suivante sur le bord de la rivière de Gallardon[8], il n’en continue pas moins le lendemain sa route vers Bonneval[9] et la marche de Vendôme. Toutefois, il finit par céder aux supplications de l’abbé de Cluny, et des négociations[10] s’engagent à Brétigny[11] près de Chartres entre ses délégués et ceux du régent: les pourparlers durent plusieurs jours et aboutissent à la conclusion d’un traité de paix. P. 1 à 5, 237 à 241.

[1] Édouard III fut logé en l’hôtel de Chanteloup (aujourd’hui château de Saint-Germain-lez-Arpajon), entre Montlhéry et Châtres (Arpajon), du mardi 11 mars au lundi 6 avril 1360. _Grandes Chroniques_, VI, 169 et Rymer, III, 480.

[2] Isère, arr. Vienne, c. Meyzieu. Hugues de Genève, troisième fils d’Amédée, IIe du nom, comte de Genève, et d’Agnès de Chalon, était le vassal, du chef de sa seigneurie d’Anthon, de Charles, dauphin de Viennois.

[3] Ces négociations infructueuses s’ouvrirent à la maladrerie de Longjumeau le vendredi saint 3 avril. Froissart omet de dire que les trois négociateurs qu’il nomme étaient des légats du Saint-Siége qu’Innocent VI avait envoyés en France, par une bulle datée d’Avignon le 3 mars 1360 (Rymer, III, 472; _Arch. Nat._, JJ91, nº 204), pour traiter de la paix; mais ces trois négociateurs ne prirent point part à la conférence de Longjumeau et n’arrivèrent à Paris que vers le 10 avril.

[4] La descente des Français à Winchelsea, suivie du sac de ce port de mer, eut lieu le 14 mars 1360 (voyez notre _Histoire de du Guesclin; la jeunesse de Bertrand_, p. 307, 546 à 550). En outre, par un traité secret conclu à Paris le jeudi 30 janvier 1360 (n. st.), dont tous les historiens semblent avoir ignoré l’existence, David Bruce, IIe du nom, roi d’Écosse, quoiqu’il fût alors prisonnier du roi d’Angleterre, s’étant fait représenter par Robert Erskine, chevalier, et Normand de Lesly, écuyer, avait conclu une alliance offensive et défensive avec Charles, régent, à condition que ledit régent fournirait dans un délai déterminé à son allié 50 000 marcs d’esterlins en or payables à Paris, au Palais Royal, en la Salle Neuve. _Arch. Nat._, J677, nº 7.

[5] Édouard III ne leva son camp et ne prit le chemin de la Beauce que le dimanche 12 avril, jour de Quasimodo, au soir. _Grandes Chroniques_, VI, 171.

[6] Le rédacteur des _Grandes Chroniques_, le mieux renseigné de tous les chroniqueurs sur ces événements, ne dit pas un mot de cet orage, qui paraît n’avoir eu d’autre effet que d’empêcher Édouard de marcher sur Chartres, comme le roi anglais en avait eu d’abord l’intention.

[7] De Gallardon, en effet, on commence à apercevoir la flèche de la cathédrale de Chartres.

[8] Cette rivière est la Voise qui se jette dans l’Eure à Maintenon.

[9] Eure-et-Loir, arr. Chateaudun. Édouard et ses gens s’avancèrent jusqu’à Bonneval et même jusqu’à Chateaudun, et c’est un indice que l’orage survenu près de Gallardon n’eut pas une influence immédiate et déterminante sur la conclusion de la paix de Brétigny.

[10] Les négociateurs, chargés des pleins pouvoirs du régent, partirent de Paris le lundi 27 avril et arrivèrent le même jour à Chartres.

[11] Aujourd’hui hameau de 127 habitants de la commune de Sours, Eure-et-Loir, arr. et c. Chartres, à 9 kil. au sud-est de cette ville. Pendant que ses plénipotentiaires ou plutôt ceux de son fils le prince de Galles traitaient à Brétigny avec les envoyés du régent, Édouard lui-même avait rétrogradé et était venu se loger à Sours. Le régent, de son côté, se rendit à Chartres où il était le 7 mai. Les pourparlers commencèrent le vendredi 1er mai et durèrent jusqu’au vendredi 8 du même mois. _Grandes Chroniques_, VI, 172, 173; Rymer, III, 485, 486.

Édouard III confirme[12] le traité de paix conclu à Brétigny-lez-Chartres le 8 mai 1360 entre Édouard, prince de Galles, au nom du roi d’Angleterre, et Charles, duc de Normandie, au nom de Jean, roi de France. Dans la rédaction définitive, un peu différente du texte primitif du traité qui fut quelques mois plus tard ratifié par les deux rois, les conseillers français eurent soin d’insérer une clause réservant le droit de suzeraineté de leur maître et pouvant servir de point de départ à des revendications ultérieures[13]. P. 5 à 17, 241 à 243.

[12] Le texte de cette confirmation, tel que le donne Froissart, se rapproche beaucoup pour le fond, sans être identique pour la forme, de la charte dite des renonciations, publiée par Rymer (III, 524 et 525). Seulement, comme l’a bien vu Dacier avec sa sagacité et sa conscience ordinaires (p. 528, note 1), si Froissart ne s’est pas trompé sur la date de mois et de jour (25 mai), il s’est certainement trompé sur la date de lieu (Brétigny-lez-Chartres). Édouard III, en effet, était de retour en Angleterre et débarqua au port de Rye le lundi 18 mai (Rymer, III, 494). D’un autre côté, Jean avait donné pleins pouvoirs à son fils Charles pour traiter avec son adversaire, par acte daté du 1er avril 1360 (Martène, _Thes. Anecdot._, I, 1422 et 1423); et la ratification provisoire par les deux rois du traité de paix conclu à Brétigny eut lieu à la Tour de Londres le 14 juin suivant (_Bibl. Nat._, De Camps, portef. 46, fº 432). Antérieurement à cette date, il y a lieu de croire que tout se passa, au moins officiellement, d’abord entre les plénipotentiaires des fils aînés rassemblés pour cela à Brétigny, ensuite entre les fils aînés eux-mêmes de Jean et d’Édouard. Du reste, on trouve tout au long dans les _Grandes Chroniques_ (VI, 175 à 200) la confirmation par le prince de Galles du traité conclu entre ses plénipotentiaires et ceux de Charles, duc de Normandie; or, cette confirmation est datée, _non de Brétigny, mais de Louviers en Normandie_, le 16 mai 1360 (_Ibid._, p. 199). Quoi qu’il en soit, la charte, dite des renonciations, publiée par Rymer, est datée de Calais le 24 octobre 1360.

[13] Cette observation de Froissart, particulière à la rédaction d’Amiens (p. 242, 243), mérite d’être notée, parce qu’elle accuse l’interprétation que les juristes de Charles V voulaient donner, lorsque cette rédaction fut composée, à l’une des clauses du traité de Brétigny. Notre chroniqueur semble faire allusion à une convention subsidiaire par où le roi Jean, le 26 octobre, pendant son séjour à Boulogne-sur-Mer, prenait l’engagement de renoncer à tout droit de suzeraineté sur les provinces cédées, mais seulement lorsqu’il aurait été remis en possession d’une manière complète et effective de ce qui lui restait de son royaume (_Bibl. Nat._, fonds de Camps, portef. XLVI, fºs 553 à 559, 571 à 580; ms. fr. nº 8359, fºs 45 vº et 51). Dès le 10 février 1361, les Anglais se plaignaient à Jean de Melun, comte de Tancarville, chargé d’une mission en Angleterre, que le roi de France eut reçu ou voulu recevoir l’appel du comte d’Armagnac et du sire d’Albret (Martène, _Thes. Anecdot._, I, 1487 à 1489).

Une trêve est conclue entre les belligérants qui doit durer jusqu’au terme de Saint-Michel prochain et de là en un an[14]. Charles, duc de Normandie, ratifie[15] le traité de paix conclu à Brétigny entre ses plénipotentiaires et ceux d’Édouard, prince de Galles. Cette ratification et la publication de la trêve sont accueillies par tout le royaume avec une joie unanime. Le roi d’Angleterre envoie quatre[16] de ses barons à Paris et les charge de prêter serment[17] en son nom sur le fait du traité de paix. Les Parisiens font à ces envoyés une réception triomphale, sonnent les cloches à leur venue, jonchent les rues de draps d’or sur leur passage; et le duc Charles, après avoir reçu leur serment, leur fait fête et donne à chacun un beau coursier ainsi qu’une épine de la couronne du Sauveur conservée à la Sainte-Chapelle. P. 17 à 21, 243 à 245.

[14] Cette trêve fut confirmée à Sours devant Chartres par Édouard, prince de Galles, le 7 mai 1360 (_Grandes Chroniques_, VI, 207 à 211), et à Chartres, par Charles, régent du royaume, le même jour (_Ibid._, 202 à 206). Le mandement de publication de la trêve, donné par le régent à Brétigny-lez-Chartres le 7 mai (_Ibid._, 206, 207), ne fut sans doute promulgué qu’à la suite d’une entrevue du duc Charles et du prince de Galles.

[15] Cette ratification, dont le rédacteur des _Grandes Chroniques_ a publié le texte (VI, 200 et 201), est datée de Paris le 10 mai 1360.

[16] Le roi d’Angleterre et le prince de Galles envoyèrent, non pas quatre, mais six chevaliers, trois bannerets et trois bacheliers (_Grandes Chroniques_, VI, 212 et 213).

[17] Froissart commet ici une méprise. Les six chevaliers, dont il réduit par erreur le nombre à quatre, étaient chargés, non pas, comme le dit notre chroniqueur, de prêter serment au nom du roi d’Angleterre et du prince de Galles, mais au contraire d’assister, de la part des princes anglais leurs maîtres, à la prestation solennelle de serment de Charles, régent du royaume, sur le fait du traité de paix, prestation qui, on l’a dit plus haut, eut lieu à Paris le 10 mai 1360. En retour, six chevaliers français, trois bannerets et trois bacheliers, assistèrent, comme représentants du régent Charles, à la prestation solennelle du serment d’Édouard, prince de Galles, qui se fit dans l’église Notre-Dame de Louviers le vendredi 15 mai 1360 (_Grandes Chroniques_, VI, 212 à 214).

Édouard III fait diriger ses gens d’armes sur Calais par Pont-de-l’Arche où ils doivent traverser la Seine et par Abbeville[18]. Il passe une nuit à Chartres où il fait ses dévotions et présente une offrande à Notre-Dame[19], puis il se rend à Harfleur[20] où il s’embarque avec ses enfants pour l’Angleterre. Il annonce à Jean son prisonnier la fin de sa captivité, et les deux rois ratifient[21] de concert les conventions arrêtées entre les députés et procureurs de leurs deux fils aînés. De grandes fêtes ont lieu à cette occasion à Londres où Jacques de Bourbon vient rejoindre les deux souverains, puis à Windsor où Jean fait ses adieux à sa cousine la reine, enfin à Douvres où il prend congé d’Édouard III[22]. Le roi de France met à la voile pour retourner dans son royaume en compagnie du prince de Galles, du duc de Lancastre, du comte de Warwich, de Jean Chandos et débarque à Calais vers la Saint-Jean-Baptiste[23]. Il doit rester dans cette ville jusqu’à ce qu’on ait payé la première échéance de sa rançon qui est de six cent mille francs. Le duc de Normandie et ses deux frères[24] se rendent à Amiens[25] pour être plus rapprochés du roi leur père et aviser de concert avec lui aux mesures[26] à prendre pour assurer sa mise en liberté. Sur ces entrefaites, Galéas Visconti, sire de Milan[27], demande en mariage pour un de ses fils une des filles du roi de France[28], moyennant quoi il s’engage à fournir à Jean les six cent mille francs dont celui-ci à besoin; mais les pourparlers relatifs à ce mariage entraînent des lenteurs qui empêchent Galéas de verser la somme convenue en temps opportun[29]. Le roi de France doit attendre que ses gens des comptes aient recueilli la première échéance de sa rançon au moyen d’une aide extraordinaire levée sur ses sujets. P. 21 à 24, 245 à 248.

[18] Le 23 décembre 1375, Charles accorda des lettres de rémission à Guiot Turpin de Wicquinghem (Pas-de-Calais, arr. Montreuil-sur-Mer, c. Hucqueliers), qui avait tué en 1360 un soudoyer anglais «comme, _environ la feste de la Penthecouste derrain passée ot quinze ans_ (24 mai 1360), pour lequel temps certain acord ou trèves estoient, si comme l’en disoit, entre nostre très cher seigneur et père, que Dieux absoille! et nous et Edouard d’Angleterre, plusieurs routes d’Anglois, _passons par nostre royaume pour s’en retourner à Calais, se fussent logiés en la dicte ville de Winkinguehen, dont les aucuns estoient de la route d’un des mareschaux d’Angleterre_, lesquelx, disans qu’ils povoient prendre partout vivres pour eulx et leurs chevaux, prindrent en la dicte ville, oultre ce qu’il leur falloit, pour leurs dis vivres, plusieurs autres biens comme draps, linges, robes, or et argent et plusieurs autres choses et firent moult d’autres oultrages contre la voulenté des bonnes gens habitanz de la dicte ville et à leur grant grief et desplaisir.» _Arch. Nat._, JJ108, nº 28.

[19] D’après Jean de Venette (_Contin. G. de Nangiaco_, II, 310), plusieurs chevaliers allèrent, nus pieds, en pèlerinage, du camp anglais à la cathédrale de Chartres.

[20] Froissart se trompe sur le lieu d’embarquement du roi d’Angleterre. C’est à Honfleur, comme le dit fort bien le rédacteur des _Grandes Chroniques_ (VI, 214), non à Harfleur, qu’Édouard mit à la voile pour l’Angleterre, le mardi 19 mai 1360. Harfleur était alors occupé par une forte garnison française placée sous les ordres de Louis de Harcourt, vicomte de Châtellerault, lieutenant général en Normandie et ès Vexins français et normand (JJ87, nº 283), tandis que Honfleur, pris par les Anglais avant le 16 septembre 1357 (La Roque, _Hist. de la maison de Harcourt_, IV, 1881, 1882; JJ87, nºs 146, 315; JJ105, nº 13), ne fut définitivement évacué par les envahisseurs qu’entre les mois de février et de mai 1361 (Rymer, III, 547. _Bibl. Nat._, Quittances, XIII, 1144, 1186).

[21] Le 14 juin 1360, Jean et Édouard dînèrent ensemble à la Tour de Londres et ratifièrent les conditions de paix arrêtées le 8 mai précédent, près de Chartres, par les députés de leurs deux fils aînés, en présence de Philippe, duc d’Orléans, des comtes de Ponthieu, de Tancarville, d’Auxerre, de Joigny, de Sancerre, de Saarbruck, d’Adam de Melun, des seigneurs de Derval, d’Aubigny et de Maignelay (_Bibl. Nat._, fonds de Camps, XLVI, 432; _Grandes Chroniques_, VI, 215; Martène, _Vet. Script, nova collectio_, I, 154).

[22] C’est le prince de Galles, non Édouard III, qui fit la conduite au roi de France jusqu’à Douvres, en passant par Canterbury, d’où Jean adressa, le 5 juillet 1360, un mandement à ses gens des Comptes (_Bibl. Nat._, fonds de Camps, XLVI, 437).

[23] Jean débarqua à Calais quinze jours après la Saint-Jean-Baptiste, le mercredi 8 juillet. _Gr. Chron._, VI, 215. _Bibl. Nat._, fonds de Camps, XLVI, 438.

[24] Froissart veut désigner ici les comtes d’Anjou et de Poitou; mais Louis, comte d’Anjou, qui se trouvait alors dans son comté où il épousa, le 9 juillet 1360, Marie de Bretagne, fille de Charles de Blois et de Jeanne de Penthièvre (le contrat de mariage est daté du château de Saumur en août 1360; dom Morice, _Preuves_, I, 1534 à 1537), et Jean, comte de Poitiers, alors en Languedoc où il était lieutenant du roi son père et à la cour d’Avignon (JJ93, nºs 107, 184), les comtes d’Anjou et de Poitou, dis-je, n’arrivèrent à Calais (P1379¹, nº 3116) et à Boulogne-sur-Mer (JJ88, nºs 86, 102, 115) qu’à la fin de septembre ou dans les premiers jours d’octobre.

[25] Le dimanche 12 juillet, le régent Charles partit de Paris pour aller à Saint-Omer (_Gr. Chron._, VI, 215); mais il s’arrêta en route à Amiens d’où il a daté plusieurs actes (JJ91, nº 435).

[26] Dès le lendemain de son débarquement, le 9 juillet, Jean adressait un mandement aux gens de sa Chambre des Comptes. Il les pressait de lui envoyer en un rôle: 1º les noms des villes qui contribuaient à sa rançon, 2º le chiffre de la quote-part afférente à chaque ville, 3º les noms des simples particuliers qui lui font prêt à son besoin (De Camps, XLVI, 438). Trois jours après ce mandement, le 12, un des secrétaires du roi, Jean Lemercier, de Gisors, envoya des instructions aux commissaires chargés de recueillir le premier terme de la rançon de Jean (_Bibl. de l’École des Chartes_, XXXVI, 81 à 90). Paris s’imposa à 100 000 vieux écus, Rouen à 20 000 moutons d’or vieux, Soissons à 8000 royaux (JJ88, nº 21), Vervins à 200 royaux d’or (JJ88, nº 90).

[27] Par acte daté de Paris en mai 1360, Charles régent accorda des lettres de bourgeoisie parisienne à «Amizus de Concorecio», bourgeois de Milan, à la prière de son amé «Speronelus de Concorecio», fils d’_Amizus_, «_ad nos_ ex parte carissimi consanguinei nostri domini Galeaz, vicecomitis Mediolani, CETERIS DE CAUSIS _destinati_.» JJ91, nº 433.

[28] Au mois d’avril 1361, en mariant sa fille Isabelle de France à Jean Galéas, dit Visconti, fils aîné de son cousin Galéas Visconti, seigneur de Milan, le roi Jean assigna en dot à sa dite fille les château et ville de Sommières (Gard, arr. Nîmes) valant 3000 livres tournois de rente annuelle, les lieux de Vertus, de Rosnay et de la Ferté-sur-Aube (JJ107, nº 164). Un des oncles de Galéas Visconti était le féroce Barnabo.

[29] Le 24 juillet 1363, Charles, duc de Normandie, fit mettre en garde en une chambre au-dessus du Trésor de l’abbaye de Saint-Denis «douze mille florins de Florence _venus de Milan_, dont Mgr en avoit donné trois mille à Saint Denis, avec huit cens frans pour la fondacion de sa chapelle.» _Bibl. Nat._, ms. fr. nº 21 447, fº 42. C’est à cause de ce mariage avec Isabelle de France que le 27 janvier 1394 (n. st.) Jean Galéas Visconti, père de Valentine de Milan, mariée à Louis, duc d’Orléans, fut autorisé par Charles VI à porter des fleurs de lis de France dans ses armes. J145, nº 433.

Le prince de Galles et le duc de Lancastre, lassés d’attendre en vain à Calais le versement des six cent mille francs promis, retournent en Angleterre. Ils laissent le roi de France sous la garde de quatre chevaliers dont Jean paye les frais de séjour, en même temps qu’il a à sa charge les siens propres[30]. Depuis 1357 et 1358, un grand nombre de chevaliers et d’hommes d’armes anglais ont occupé des forteresses[31] en France d’où ils rançonnent les habitants du plat pays; Édouard III leur enjoint de vider ces forteresses. Quelques-uns obéissent à cette injonction et vendent les lieux forts qu’ils occupent; mais d’autres refusent de déloger, surtout ceux qui se tiennent sur les marches de Normandie et de Bretagne, et continuent de faire la guerre sous le couvert du roi de Navarre. Eustache d’Auberchicourt vend bien cher la forteresse d’Attigny[32] aux gens du pays, mais il ne parvint jamais dans la suite à se faire payer. Les lieux forts du Laonnais, du Soissonnais, de la Picardie, de la Brie, du Gâtinais et de la Champagne, sont évacués les premiers. Les capitaines qui les occupaient retournent dans leur pays après fortune faite, ou bien ils vont grossir les garnisons navarraises de Normandie[33]. Pendant ce temps, on est parvenu à recueillir de quoi faire face au payement des six cent mille florins. On met cet argent en dépôt provisoire à Saint-Omer[34] dans le trésor de l’abbaye de Saint-Bertin, car les princes et les hauts barons de France, désignés comme otages du traité, prennent des atermoiements et font des difficultés pour se remettre entre les mains des Anglais[35]. P. 24 à 26, 248 et 249.

[30] Un article du traité de Brétigny portait que le roi de France n’aurait rien à payer pendant le premier mois de son séjour à Calais pour sa garde, mais que pour chaque mois en plus il payerait 10 000 réaux (le réal vieux équivalait à 27 sous et le réal nouveau à 26). Arrivé à Calais le 8 juillet, le roi de France ne recouvra pleinement la liberté qu’après la ratification définitive du traité de Brétigny, le 24 octobre suivant. Il eut ainsi à payer ses frais de garde et de séjour pour deux mois et demi environ, du 8 août au 24 octobre, frais qui devaient s’élever par conséquent à 25 000 réaux. La quittance d’Édouard est datée de Calais le 24 octobre 1360 (J638, nº 5).

[31] Nous avons dressé un tableau de ces lieux forts occupés par les Compagnies anglo-navarraises, de 1356 à 1364. _Histoire de Bertrand du Guesclin et de son époque; la jeunesse de Bertrand_, p. 459 à 509.

[32] Eustache d’Auberchicourt vendit, vers le 19 mars 1360, Attigny (Ardennes, arr. Vouziers) 25 000 deniers d’or, et le 16 juin suivant une autre forteresse, Autry (Ardennes, arr. Vouziers, c. Monthois), 8000 florins. On remarquera que Froissart semble plaindre sincèrement son compatriote de n’avoir pu se faire payer.

[33] Ce fut le cas d’Eustache d’Auberchicourt qui alla tenir garnison à Carentan pour le roi de Navarre et rançonner les plantureux marais du Cotentin, après avoir exploité les plus fertiles plateaux des Ardennes.

[34] Charles, régent du royaume, et les gens de son Conseil sont à Saint-Omer pendant la première quinzaine d’août (JJ88, nºs 24, 68); ils sont à Boulogne-sur-Mer le 23 août (JJ88, nº 29), le 27 août (JJ88, nº 70), le 7 (JJ88, nºs 66, 75), le 22 (JJ88, nº 109) et le 27 septembre (J332, nº 26), le 7 octobre (X2a 7, fºs 72 vº et 73) et le 17 octobre (X2a 7, fº 98 vº) 1360.

[35] Par acte daté de Calais le 24 octobre 1360, Édouard III jure sur le corps de Jésus-Christ de bien traiter les otages, de les faire rendre à Boulogne-sur-Mer aussitôt que les choses pour lesquelles ils sont otages seront accomplies, de ne les pas mettre en prison fermée, enfin de les laisser s’ébattre par son royaume deux jours et une nuit. Martène, _Thes. Anecdot._, 1440 et 1441.

Le roi de France séjourne à Calais depuis le mois de juillet jusqu’à la fin d’octobre[36]; il crée son fils Louis, auparavant comte d’Anjou et du Maine, duc d’Anjou et du Maine[37], et son fils Jean, auparavant comte de Poitiers, duc de Berry et d’Auvergne[38]. Une fois le payement du premier terme prêt et les otages venus à Saint-Omer, Édouard III repasse la mer et vient à Calais[39]. Là, les deux rois de France et d’Angleterre, qui dès lors s’appellent frères, se font lire et ratifient définitivement[40] tous les articles du traité de Brétigny. Ils se donnent à dîner tous les jours l’un à l’autre, à tour de rôle, ainsi que leurs enfants[41]. Ils passent le temps en fêtes, pendant que leurs gens achèvent de régler toutes les conventions relatives au traité de paix. Chaque clause, chaque article du traité fait l’objet d’une charte spéciale et distincte à laquelle les deux rois et leurs enfants apposent leurs sceaux[42]. P. 26, 249, 250.

[36] Débarqué à Calais le mercredi 8 juillet, Jean quitta cette ville le dimanche 25 octobre 1360, au matin, après y être resté cent neuf jours. _Gr. Chron._, VI, 217, 218.

[37] La charte d’érection du comté d’Anjou et du Maine en duché pairie au profit de Louis, le second des fils du roi Jean, est seulement datée de Boulogne-sur-Mer _en octobre_ 1360 (_Arch. Nat._, P1334¹, nº 3); mais comme le roi de France ne séjourna dans cette ville que du dimanche 25 au jeudi 29 octobre, c’est entre ces deux dates que le titre de duc dut être conféré à Louis Ier d’Anjou.

[38] La charte par laquelle le roi Jean crée Jean, son troisième fils, naguère comte de Poitiers et de Mâconnais, duc de Berry et d’Auvergne, est datée, comme la précédente, de Boulogne-sur-Mer en octobre 1360 (JJ91, nº 203); elle doit pour les mêmes raisons avoir été octroyée du 25 au 29 octobre 1360.

[39] Le roi d’Angleterre arriva à Calais le vendredi 9 octobre. _Gr. Chr._, VI, 215.

[40] Cette ratification définitive eut lieu le 24 octobre 1360.

[41] Le roi de France était logé au château de Calais, tandis qu’Édouard III était descendu dans un hôtel de cette ville.

[42] La plupart de ces protocoles séparés sont renfermés, parfois en double et même en triple exemplaire, dans trois cartons des Archives Nationales: le carton J638, qui contient 21 pièces cotées 1 à 21, et les cartons J639 et J640 qui en contiennent, l’un 18, l’autre 19, cotées 1 à 37. Ces documents ont presque tous été publiés par dom Martène, _Thes. Anecdot._, I, 1427 à 1464.

Suit le texte de l’une de ces chartes, datée de Calais le 24 octobre 1360, par laquelle Édouard et Jean contractent une alliance offensive et défensive envers et contre tous, excepté le pape et l’empereur de Rome[43]. P. 27 à 33.

[43] Nous avons collationné le texte donné par Froissart, dans les passages où les manuscrits de ce chroniqueur ne nous fournissaient pas de bonne leçon, avec l’un des doubles de la charte originale, contenu dans le carton J639, nº 15. Froissart a reproduit le double de cette charte destiné au roi de France. Le double, destiné au roi d’Angleterre et revêtu en conséquence de la signature des princes et seigneurs français, est daté de Boulogne-sur-Mer le 26 octobre 1360. Il a été publié par Rymer. _Fœdera_, III, 530, 531.

Les deux rois se font lire cette charte, dite de confédération et d’alliance, et la ratifient solennellement en présence de leurs enfants et de leurs conseillers. L’évêque de Thérouanne, chancelier de France[44], invite ensuite le roi d’Angleterre à faire les renonciations auxquelles il s’était engagé par le traité de Brétigny. Les commissaires des deux rois se réunissent en conférence et préparent de concert la charte destinée à régler ces renonciations. P. 33, 34, 250.

[44] M. le duc d’Aumale (_Notes et documents relatifs au roi Jean_, p. 20) et M. Bardonnet (_Procès-verbal de délivrance à Jean Chandos_, p. 5) nous semblent s’être mépris lorsqu’ils ont pensé que le titre de chancelier de France porté par Gilles Aycelin de Montagu, IIe du nom, n’avait pu coexister légalement avec un titre, non semblable, mais analogue, donné dans le même temps à Jean de Dormans. Par acte daté de Saint-Denis le 18 mars 1358 (n. st.), maître Jean de Dormans, archidiacre de Provins en l’église de Sens, fut nommé chancelier du régent du royaume, duc de Normandie, aux gages de 2000 livres parisis par an (_Bibl. Nat._, ms. fr., nº 20 691, fº 665; de Camps, XLVI, 316 et 317); mais dans l’acte même de nomination de Jean de Dormans, on eut soin de réserver expressément les droits de Gilles Aycelin de Montagu qui n’en resta pas moins chancelier de France jusqu’au 18 septembre 1361.

Suit le texte[45] de cette charte, dite des renonciations, datée de Calais le 24 octobre 1360, par laquelle Édouard III, en confirmation du traité conclu à Brétigny et en retour de la cession qui lui est faite par Jean des provinces y désignées, renonce au nom, au droit, aux armes et à la revendication de la couronne et du royaume de France[46], à tous droits de possession et de souveraineté sur la Normandie, la Touraine, l’Anjou et le Maine, à tous droits de souveraineté et d’hommage sur le duché de Bretagne et le comté de Flandre. P. 34 à 46.

[45] Nous avons collationné le texte donné par Froissart, là où la leçon des divers manuscrits nous semblait fautive, sur la charte originale conservée dans le carton J639, nº 15.

[46] Édouard III abandonna le titre de roi de France, qu’il prenait dans tous ses actes depuis sa déclaration de guerre à Philippe de Valois, le samedi 24 octobre 1360, après la ratification définitive du traité de Brétigny. _Gr. Chron._, VI, 218.

Les deux rois se font lire cette charte et la ratifient en présence de leurs conseillers; ils jurent sur les saints Évangiles et sur une hostie consacrée de l’observer de point en point. Puis, on se réunit de nouveau en conférence, à la requête du roi Jean, pour préparer un mandement destiné à assurer l’évacuation des villes, châteaux et lieux forts du royaume de France par les gens d’armes qui les détiennent sous le couvert du roi d’Angleterre. P. 46, 47, 250, 251.

Suit le texte de ce mandement, daté de Calais le 24 octobre 1360, par lequel Édouard III enjoint sous les peines les plus sévères à ses capitaines, gardiens de villes et de châteaux, adhérents et alliés, de vider, dans le délai d’un mois après qu’ils en auront été requis, les lieux qu’ils occupent ès parties de France, en Picardie, en Bourgogne, en Anjou, en Berry, en Normandie, en Bretagne, en Auvergne, en Champagne, dans le Maine et en Touraine. P. 47 à 50.

Édouard et Jean, après avoir réglé toutes les questions qui les concernent, s’occupent de la lutte toujours ouverte entre Jean de Montfort et Charles de Blois au sujet de la succession de Bretagne, mais ils ne s’arrêtent à rien de définitif par suite du peu d’empressement du roi d’Angleterre[47]. Celui-ci est, au fond, bien aise que les deux partis continuent de rester en armes dans le duché; il voit dans cette guerre un débouché pour bon nombre de ses soudoyers, forcés, en vertu du traité de Brétigny, de vider les forteresses qu’ils occupent en France, et dont il redoute le retour en Angleterre où ils pourraient être tentés de transporter les habitudes de pillage contractées en pays conquis. A l’instigation du duc de Lancastre, tout dévoué à Jean de Montfort[48], on se borne à proroger jusqu’à la Saint-Jean-Baptiste (24 juin[49] 1361) les trêves qui duraient depuis le siége de Rennes et qui devaient expirer le 1er mai de l’année suivante. P. 50 à 52, 251.

[47] Sur la question de Bretagne, le traité de Brétigny stipule seulement (art. 20) que, pendant l’année qui suivra l’arrivée de Jean à Calais, les deux rois feront tous leurs efforts pour amener un arrangement entre les deux prétendants. Si, au bout de cette année, Jean et Édouard ont échoué dans leurs tentatives de conciliation, les amis des deux compétiteurs auront encore une demi année pour revenir à la charge, après quoi «Charles de Blois et Jean de Montfort feront ce qui mieux leur semblera.» Rymer, III, 490, 491, 516.

[48] Henri, duc de Lancastre, avait été lieutenant et capitaine général en Bretagne, du 14 septembre 1354 (Rymer, III, 312) au mois d’août 1358 (_Ibid._, 403).

[49] En vertu de la convention conclue à Brétigny le 8 mai 1360, la trêve entre les deux royaumes, où la Bretagne était comprise, fut prorogée, non, comme le dit Froissart, jusqu’à la Saint-Jean-Baptiste, mais jusqu’à la Saint-Michel (29 septembre) 1361. Rymer, III, 662.

Le roi Jean, voulant faire participer les seigneurs anglais aux témoignages d’amitié qu’il échange avec leur maître, fonde quatre rentes annuelles et viagères, de deux mille francs chacune, au profit de quatre chevaliers de l’entourage d’Édouard[50], et le roi d’Angleterre accorde, de son côté, la même faveur à quatre grands personnages[51] de la suite de son frère de France. Jean confirme aussi, à la prière de son allié, la donation de la terre de Saint-Sauveur-le-Vicomte, en Cotentin, faite par celui-ci à Jean Chandos, terre que Godefroi de Harcourt a cédée naguère à Édouard III, et dont le revenu annuel s’élève à seize mille francs[52]. On expédie encore beaucoup d’autres chartes dont je ne puis faire mention, car on emploie à ce travail les quinze jours que les deux rois et leurs enfants passent ensemble à Calais. Ces pièces annexes ne font pas double emploi et ne s’abrogent nullement les unes les autres; on a soin, d’ailleurs, de les dater d’une manière uniforme[53], afin de leur donner à toutes le même caractère d’authenticité: j’en ai pris depuis copie sur les registres de la chancellerie des deux rois. P. 52, 53, 251, 252.

[50] Ces quatre chevaliers étaient Gui de Bryan, Roger de Beauchamp, comte de Warwick, Renaud de Cobham et Gautier de Masny (_Gr. Chron._, VI, 220). L’assignation d’une rente de 2000 royaux d’or à Gui de Bryan est datée de Saint-Omer le 1er novembre 1360. Martène, _Thes. Anecdot._, I, 1478 et 1479.

[51] Édouard III assigna une rente annuelle et viagère de 3000 réaux à Arnoul d’Audrehem, maréchal de France (J641, nº 12), une rente annuelle et viagère de la même somme à Jean de Melun, comte de Tancarville (J642, nº 3), une rente annuelle et viagère de 2000 écus à Jean le Maingre, dit Boucicaut, maréchal de France (J642, nº 5), une rente annuelle et viagère de 200 écus à Guillaume de Dormans, frère de Jean de Dormans auquel il succéda à la fin de 1361 comme chancelier du duc de Normandie. J641, nº 18.

[52] Par acte daté de Calais le 24 octobre 1360, le roi Jean confirma la donation faite par le roi d’Angleterre à Jean Chandos de toutes les terres qui avaient appartenu à Godefroi de Harcourt, moyennant toutefois l’hommage au duc de Normandie (Martène, _Thes. Anecdot._, I, 1432; Rymer, III, 543, 544) dont la confirmation fut donnée à Boulogne-sur-Mer deux jours après celle de son père, le 26 octobre.

[53] En effet ces pièces annexes du traité de Brétigny, qui sont fort nombreuses, sont presque toutes datées de Calais le 24 octobre ou de Boulogne-sur-Mer le 26 octobre 1360.

Après la remise des otages[54] et le versement des six cent mille florins[55], Édouard III donne à Jean, en son château de Calais, un magnifique souper où ses enfants, le duc de Lancastre et les plus hauts barons d’Angleterre servent à table tête nue; là, les deux rois prennent congé l’un de l’autre. Le lendemain, veille de Saint-Simon et Saint-Jude[56], Jean et les gens de sa suite quittent Calais pour se rendre à pied en pèlerinage à Notre-Dame de Boulogne, en compagnie du prince de Galles et de ses deux frères, Lionel et Aymon. Le duc de Normandie, qui les attend, fête le retour de captivité de son père en lui offrant, ainsi qu’aux princes anglais, un somptueux festin dans l’abbaye de Boulogne. Le lendemain, le prince de Galles et ses frères retournent à Calais. La veille de la Toussaint[57] 1360, Édouard III, les princes ses fils et les otages remis par le roi de France s’embarquent ensemble pour l’Angleterre. P. 53 à 55, 252.

[54] Ces otages durent être remis au prince de Galles à Boulogne-sur-Mer le lundi 26 octobre, après dîner. Dans la matinée, avant de quitter Boulogne pour se rendre à Calais sous la conduite du fils aîné du roi d’Angleterre, ils avaient juré l’alliance offensive et défensive conclue entre les deux rois. Rymer, III, 530, 531.

[55] Le versement qui eut lieu à Calais le 24 octobre, ne fut que de 400 000 écus (J639, nº 6). 200 000 écus complémentaires furent payés, 100 000 le 26 décembre, 100 000 le 31 décembre suivant (J640, nº 34). En 1364, le florin valait 16 sous, et l’écu vieux 21 sous 3 deniers. _Bibl, Nat._, ms. lat. nº 5957, fº 18 vº.

[56] Le roi Jean partit de Calais pour se rendre à Boulogne-sur-Mer, non la veille de Saint-Simon et Saint-Jude, c’est-à-dire le 27 octobre, comme Froissart le dit par erreur, mais deux jours auparavant, le dimanche 25 au matin. _Gr. Chron._, VI, 217, 218.

[57] La date donnée ici par Froissart est fort exacte. Édouard III et les otages français s’embarquèrent pour l’Angleterre le matin du samedi 31 octobre, avant le jour. _Gr. Chron._, VI, 219.

Noms de trente otages, tant princes du sang que grands seigneurs[58], emmenés en Angleterre.--Noms des dix-huit villes qui fournissent chacune deux otages bourgeois, outre Paris qui en fournit quatre.--Les otages bourgeois peuvent s’ébattre dans les rues de Londres, et l’on permet aux seigneurs français de chasser dans la campagne à une certaine distance de cette ville et pendant un laps de temps déterminé[59]. P. 55, 56, 253, 254.

[58] Le nombre des otages nobles, fixé primitivement à quarante, fut réduit à trente en vertu d’une convention subsidiaire datée de Calais le 24 octobre 1360. Martène, _Thes. Anecdot._, I, 1448.

[59] Martène, _Thes. Anecdot._, I, 1440, 1441.

Le roi Jean part de Boulogne-sur-Mer après la fête de la Toussaint[60] et va à Saint-Omer[61], puis à Montreuil et à Hesdin[62], et de là à Amiens[63], où il reste jusqu’à Noël. Il se rend ensuite à Paris[64], où ses sujets de toutes les classes lui offrent des cadeaux de bienvenue et lui font une réception enthousiaste. P. 56, 57, 254.

[60] Le roi Jean partit de Boulogne-sur-Mer pour aller à Saint-Omer trois jours avant la Toussaint, le jeudi 29 octobre. Il fêta la Toussaint dans cette dernière ville; et les mardi et mercredi 3 et 4 novembre on y donna des joutes en son honneur. _Grandes Chroniques_, VI, 218 à 221.

[61] Jean resta à Saint-Omer au moins jusqu’au 7 novembre, car nous avons deux mandements de ce prince, datés l’un du 2 (_Ordonn._, III, 432), l’autre du 7 novembre (_Ibid._, 433), à Saint-Omer.

[62] On connaît deux actes émanés de Jean et datés de Hesdin les 14 (J1084, nº 5) et 16 novembre (JJ91, nº 217). Le roi de France paraît être retourné à Saint-Omer à la fin de ce mois, car un autre de ses actes est daté de cette ville le 30 novembre (JJ95, nº 53).

[63] Jean ne resta pas à Amiens jusqu’à Noël, puisque dès le 5 décembre il était de passage à Compiègne d’où il a daté la grande ordonnance édictant la levée de l’aide pour sa rançon de 12 deniers pour livre sur la vente de toutes les marchandises, du cinquième sur la vente du sel et du treizième sur l’entrée des vins, ainsi que l’ordonnance fixant le prix des espèces d’or et d’argent. _Ordonn._, III, 433 à 442.

[64] Jean, après avoir passé la soirée du vendredi 11 et la journée du samedi 12 décembre à l’abbaye de Saint-Denis où il se réconcilia avec son gendre Charles II, dit le Mauvais, roi de Navarre (Secousse, _Preuves des Mémoires sur Charles II_, 182 à 185), fit son entrée à Paris le dimanche 13 décembre 1360. _Grandes Chroniques_, VI, 223.

Les commissaires d’Édouard III passent la mer et viennent en France pour se faire délivrer les provinces cédées au roi d’Angleterre en vertu du traité de Brétigny[65]. Cette délivrance demande beaucoup de temps[66], parce que plusieurs seigneurs de Guyenne, notamment les comtes de Périgord[67], d’Armagnac[68] et de Comminges[69], les vicomtes de Caraman[70] et de Castelbon[71], prétendent que le roi de France leur suzerain n’a pas le droit de les transporter sans leur aveu, eux et leurs fiefs, sous une autre souveraineté que la sienne. Les seigneurs et les bonnes villes du Poitou et de la Saintonge ne font pas moins de difficultés pour passer sous la domination anglaise. Il faut plus d’un an pour vaincre la résistance des habitants de la Rochelle. Ils disent qu’ils aiment mieux rester Français et être taillés tous les ans de la moitié de leur chevance, ou encore qu’ils se soumettront aux Anglais des lèvres, mais de cœur jamais[72]. Jean Chandos, nommé lieutenant-général du roi d’Angleterre dans ses possessions d’outre-mer[73], vient prendre la saisine des provinces cédées et recevoir au nom de son maître le serment de fidélité des comtes, vicomtes, barons et chevaliers, ainsi que des cités, villes et forteresses: il établit partout de nouveaux officiers, et fixe sa résidence ordinaire à Niort, où il tient grand état. P. 57 à 59, 254 à 256.

[65] La commission donnée à ce sujet par Édouard III à Richard de Stafford, sénéchal de Gascogne, Jean Chandos, Étienne de Cusyngton, Neel Loryng, Richard de Totesham, Adam de Houghton et Guillaume de Felton, est datée du 1er juillet 1361. Champollion-Figeac, _Lettres des rois et reines_, II, 135.

[66] Les opérations de cette délivrance, commencées à Châtellerault le samedi 11 septembre 1361, ne se terminèrent que le lundi 28 mars 1362 à Angoulême; elles demandèrent par conséquent un peu plus de six mois et demi. Voyez la belle publication de M. Bardonnet. _Procès-verbal de délivrance à Jean Chandos._ Niort, in-8º, p. 9, 116. Le roi de France, de son côté, par lettres datées du Bois de Vincennes le 12 août 1361, avait nommé commissaires: les maréchaux d’Audrehem et Boucicaut, Louis de Harcourt, vicomte de Châtellerault, Guichard d’Angle, le sire d’Aubigny, sénéchal de Toulouse et le Bègue de Vilaines, sénéchal de Carcassonne. _Ibid._, p. 12 à 14.

[67] Roger Bernard, comte de Périgord, prêta serment de fidélité au roi d’Angleterre à Montignac (Dordogne, arr. Sarlat) le jeudi 30 décembre.

[68] Jean I, comte d’Armagnac, de Fézensac et de Rhodez, qui, par contrat passé à Carcassonne le 24 juin 1360, avait marié sa fille aînée Jeanne d’Armagnac à Jean de France, alors comte de Poitiers et de Mâconnais, créé à la fin d’octobre de la même année duc de Berry et d’Auvergne.

[69] Pierre Raymond, IIe du nom, comte de Comminges.

[70] Arnaud d’Eauze (Gers, arr. Condom), vicomte de Caraman (Haute-Garonne, arr. Villefranche-de-Lauragais).

[71] Roger Bernard de Foix, IIe du nom, vicomte de Castelbon, seigneur de Moncade. Le nom de cette vicomté est resté au château de Castelbon situé dans la commune de Betchat, Ariége, arr. Saint-Girons, c. Saint-Lizier.

[72] Le roi Jean, sachant le prix qu’Édouard III attachait à la prise de possession de la Rochelle, cette clef de la Saintonge et du Poitou, avait écrit d’Angleterre dès le 8 juin 1360 pour inviter ses _chers et bons amis_, les maire, jurés et commune de la Rochelle, à envoyer vers lui leurs députés; le 18 juillet suivant, par un mandement daté de Calais, il renouvelle la même invitation (Martène, _Thes. Anecdot._, I, 1428). Il envoie exprès à la Rochelle Arnoul, sire d’Audrehem, pour presser les habitants, et nous avons deux actes de ce maréchal de France, datés de cette ville les 5 et 8 août (JJ88, nºs 76, 93; Rymer, III, 558, 551; JJ88, nº 67). Les Rochellais s’exécutent enfin le 15 août et chargent Guillaume de Seris, Pierre Buffet, Jean Chaudrier et deux autres bourgeois d’aller trouver le roi de France à Calais (Martène, _Ibid._, 1427 à 1429). Par acte daté de cette ville le 24 octobre, Jean s’engage à livrer comme otage son très-cher fils Philippe, duc de Touraine, au cas où un mois après son départ de Calais la ville de la Rochelle n’aurait pas été remise entre les mains des Anglais (Rymer, III, 541; Martène, Ibid., 1449). A Boulogne-sur-Mer, le 26 octobre, il délie les Rochellais du serment d’obéissance (Martène, _Thes. Anecdot._, I, 1462 à 1464). Le même jour, il mande à Jean le Maingre, dit Boucicaut, maréchal de France, et à Guichard d’Angle, sénéchal de Saintonge, de délivrer royaument et de fait à son très-cher frère le roi d’Angleterre la possession des ville, château et forteresse de la Rochelle (_Bibl. Nat._, ms. fr. nº 8354, fº 22; De Camps, XLVI, 593 et 594). Enfin, par acte daté de Westminster le 28 janvier 1361, Édouard III, sur le rapport de Bertrand, seigneur de Monferrand, qu’il avait nommé gouverneur de la Rochelle le 38[*] octobre 1360 (Rymer, III, 548, 549), donne acte au roi de France de la _délivrance_ de la Rochelle à l’Angleterre, qui avait eu lieu le 6 décembre 1360 (Bardonnet, 143 à 154; Rymer, III, 597). Par conséquent, la livraison ou, pour employer l’expression du temps, la _délivrance_ de la Rochelle aux Anglais avait demandé, non pas plus d’un an, comme le dit Froissart avec quelque exagération, mais des démarches et des négociations ininterrompues pendant sept ou huit mois.

[*] Ainsi dans l’original [N. d. t.]

[73] Par acte daté de Westminster le 20 janvier 1361, Édouard III nomme Jean Chandos, chevalier, baron de Saint-Sauveur en Normandie, son lieutenant et capitaine ès parties de France et conservateur spécial de la paix et des trêves ès dites parties. Rymer, III, 555.