Part 25
“Avez-vous, vous-même, vu cette sentinelle couper la main de ce garçon?”
“Oui, je l’ai vu.”
Eyikela est questionné à nouveau:
“Avez-vous, vous-même, vu cette sentinelle couper la main de ce garçon?”
Réponse: “Oui, je l’ai vu.”
Alondi est questionné à nouveau:
“Avez-vous, vous-même, vu cette sentinelle couper la main de ce garçon?”
Réponse: “Je le croirais. Si je ne m’étais pas blessé ici--il montre une coupure près du tendon d’Achille, au talon gauche--le même jour en m’enfuyant effrayé. Mon propre couteau m’a blessé ... je l’ai laissé tomber en m’enfuyant.”
Le Consul questionne Epondo:
“Combien de temps y a-t-il que votre main a été coupée?”
Réponse: Il n’est pas sûr.
Deux jeunes hommes du même village, nommés Boujingeni et Maseli, s’avancèrent et dirent qu’ils s’en souvenaient. Cela s’était passé pendant qu’on défrichait la terre sur la rive devant la station à Bonginda, quand on commençait à aménager un point d’accostage (un “slip”) pour les steamers.
Mr. Danielson déclare que le travail en question--le défrichement de la rive--en vue de l’établissement du “slip” de la Mission de Bonginda, fut commencé le 21 Janvier de cette année.[142]
Botoko, d’Ekanza, une autre section du village de Bosunguma, est questionné par le Consul:
“Avez-vous vu couper la main de ce garçon?”
Réponse: “Oui. Je ne l’ai pas réellement vu couper. Je vins et je vis la main séparée et le sang couler sur le sol. Les gens s’étaient enfuis dans toutes les directions.”
Le Consul demande aux interprètes de demander s’il y en avait d’autres qui avaient vu le crime et en accusaient Kelengo.
Presque tous ceux qui étaient présents, à peu près quarante personnes, presque tous des hommes, crièrent d’une seule voix que c’était Kelengo qui l’avait fait.
Le Consul: “Ils sont tous certains que c’était ce Kelengo que voici?”
Réponse unanime: “Oui. Il l’a fait.”
Le Consul demande à l’accusé Kelengo: “Avez-vous coupé la main de ce garçon?”
Cette question a été posée dans le langage le plus clair possible, et a été répétée six fois, et il a été demandé qu’une réponse claire, par oui ou par non, soit faite.
L’accusé évite de répondre à la question, commençant à parler d’autres choses n’ayant pas de rapport avec la question--par exemple, que son nom était Mbilu et non Kelengo, et que les gens de Bosunguma lui ont fait de méchantes choses.
Il lui a été dit de se confiner dans les limites de la question qui lui a été posée, qu’il pourrait parler d’autres choses après, mais que maintenant il y avait lieu pour lui de répondre aux questions posées, tout aussi simplement et tout aussi clairement que les autres avaient répondu. Il avait entendu ces réponses et l’accusation portée contre lui, et devait répondre aux questions du Consul de la même manière.
L’accusé continua à parler de choses étrangères, et refusa ou évita de donner de réponse à la question qui lui était posée.
Après des tentatives répétées pour obtenir une réponse directe à la question: “Avez-vous, ou n’avez-vous pas, coupé la main de ce garçon Epondo?” le Consul dit: “Vous êtes accusé de ce crime.
“Vous refusez de répondre aux questions que je vous pose clairement et franchement comme vos accusateurs l’ont fait. Vous avez entendu leur accusation.
“Votre refus de répondre comme vous devriez répondre, à savoir par oui ou par non, à une question directe et simple me laisse convaincu que vous ne pouvez nier l’accusation. Vous avez entendu ce dont vous avez été accusé par tout ce monde.
“Puisque vous ne consentez pas à répondre comme ils l’ont fait, vous pouvez raconter votre histoire comme vous voulez.
“Je l’écouterai.”
L’accusé commence à parler, mais avant que ses remarques puissent m’être traduites par l’intermédiaire de Bateko d’abord, à qui il parle directement, et de Vinda ensuite, un jeune homme s’avance hors de la foule et interrompt.
Il y eut du bruit, puis cet homme parla.
Il dit qu’il était Cianzo, de Bosunguma. Il avait tué deux antilopes, et il porta deux de leurs jambes à cette sentinelle Kelengo pour lui en faire cadeau. Kelengo refusa son cadeau et lia sa femme. Kelengo dit que ce n’était pas un cadeau suffisant pour lui, et il tint la femme de Cianzo liée jusqu’à ce que lui (Cianzo) eût payé 1,000 baguettes de laiton pour sa rançon.
A ce moment un jeune homme, disant se nommer Ilungo, de Bosunguma, s’avança dans le cercle et accusa Kelengo de lui avoir volé ouvertement deux canards et un chien.
Ils lui furent pris sans aucun motif, sinon que Kelengo en avait besoin, et les prit de force.
Le Consul se tourna de nouveau vers Kelengo, et l’invita à raconter son histoire et à faire une réponse à l’accusation portée contre lui, de la manière qui lui convenait. Le Consul ordonna le silence à tous, et leur enjoignit de ne pas interrompre Kelengo.
Kelengo dit qu’il n’a pas pris les canards d’Ilungo. Le père d’Ilungo lui à donné un canard. (Tous rient.)
Il est vrai que Cianzo a tué deux antilopes et lui en a donné deux jambes en cadeau, mais il n’a pas lié la femme de Cianzo et n’a pas demandé d’argent pour rançon.
Le Consul: “C’est bien. Cela termine les canards et les jambes d’antilope; mais maintenant je veux entendre parler de la main d’Epondo. Racontez-moi ce que vous savez au sujet de la main coupée d’Epondo.”
Kelengo élude de nouveau la question.
Le Consul: “Dites-lui ceci. Il est posté par ses maîtres dans ce village, n’est-ce pas? Ceci est son village. Maintenant en vient-il à dire qu’il ne sait pas ce qui se passe ici, où il vit?”
Kelengo dit: “Il est vrai que ceci est son village, mais il ne connaît rien au sujet de la main coupée d’Epondo.
“Peut-être c’était la première sentinelle ici avant qu’il ne vînt qui était un très méchant homme et coupait les mains.
“Cette sentinelle-là est partie; c’était elle qui coupait les mains, pas lui, Mbilu. Il ne sait rien à ce sujet.”
Le Consul: “Quel était le nom, alors, de cette méchante sentinelle, votre prédécesseur, qui coupait les mains des gens? Le connaissez-vous?”
Kelengo ne donne pas de réponse directe, et la question est répétée. Il commence alors une déclaration au sujet de plusieurs sentinelles. Il en nomme trois: Bobudjo, Ekua et Lokola Longonya, comme ses prédécesseurs ici, à Bosunguma.
Ici, un homme, nommé Makwombondo, bondit et interrompant affirma que ces trois sentinelles ne résidaient pas à Bosunguma, mais avaient été stationnées dans son propre village, le village de Makwombondo.
Le Consul, à Kelengo: “Depuis combien de temps êtes-vous dans ce village?”
Réponse: “Cinq mois.”
Le Consul: “En êtes-vous bien sûr?”
Réponse: “Cinq mois.”
Le Consul: “Connaissez-vous alors le garçon Epondo--l’avez-vous déjà vu?”
Réponse: “Je ne le connais pas du tout.”
(Ici tout l’auditoire éclate de rire et certains expriment leur admiration pour les aptitudes de Kelengo au mensonge.)
Kelengo, continuant, déclara qu’il était possible qu’Epondo vînt du village de Makwombondo. Quoi qu’il en soit, lui, Kelengo, ne connaît pas Epondo. Il ne le connaît pas du tout.
Ici Cianzo s’avance et dit qu’il est le propre frère d’Epondo; ils ont toujours vécu ici. Leur père était Itengolo, mort maintenant; leur mère est morte également.
Le Consul, à Kelengo: “Alors c’est fini; vous ne connaissez rien de cette affaire?”
Kelengo: “C’est fini. Je vous ai dit tout. Je ne connais rien de cela.”
Ici un homme, qui dit se nommer Elenge, d’Ekanza, la section voisine de Bosunguma, s’avança avec sa femme. Il déclara que les autres sentinelles, dans leur village, n’étaient pas aussi méchantes, mais que ce Kelengo était un gredin.
Kelengo a lié sa femme Sondi, la femme avec laquelle il se présenta, et lui a fait payer 500 baguettes avant de la relâcher. Il les a payées.
Ici le Consul demande à Epondo comment sa main a été coupée. Avec Bonjingeni et Maseli, il déclara qu’il avait d’abord reçu un coup de feu dans le bras et que, quand il tomba, Kelengo lui avait coupé la main.
Le Consul: “Avez-vous senti qu’on vous la coupait?”
Réponse: “Oui, je l’ai senti.”
Ceci terminait l’enquête.
Le Consul a informé le Chef Tondebila et les indigènes présents qu’il ferait rapport au Gouvernement de ce qu’il avait vu et entendu et qu’il lui demanderait de faire une enquête sur l’accusation portée contre Kelengo, qui méritait une punition sévère pour ses actes illégaux et cruels. Que les faits dont était accusé Kelengo étaient tout à fait illégaux et que si le Gouvernement savait que des choses semblables se commettent, ceux qui se rendent coupables de pareils crimes seraient, dans chaque cas, punis.
(Signé) ROGER CASEMENT, _Consul de Sa Majesté Britannique_.[143]
La déclaration qui précède a été lue par nous et nous déclarons par la présente qu’elle est un compte rendu juste et fidèle de ce qui a été dit en notre présence hier au village de Bosunguma, en témoignage de quoi nous avons apposé nos signatures ci-dessous.
(Signé) WILLIAM DOUGLAS ARMSTRONG. D.-J. DANIELSON.
Signé par les prénommés William Douglas Armstrong et D.-J. Danielson, missionnaires à Bonginda, ce 8 Septembre, 1903.
(Signé) ROGER CASEMENT, _Consul de Sa Majesté Britannique_.
Je déclare par la présente que j’ai entendu lire par le Consul de Sa Majesté Britannique la déclaration ci-dessus et qu’elle est un compte rendu juste et fidèle des déclarations faites par les témoins questionnés hier à Bosunguma par le Consul de Sa Majesté Britannique par mon intermédiaire agissant comme interprète.
(Signé) VINDA BIDILOA.
Signé par Vinda Bidiloa, à Bonginda, ce 8 Septembre, 1903, par devant moi,
(Signé) ROGER CASEMENT, _Consul de Sa Majesté Britannique_.
Je certifie que ce qui précède est une copie véritable et fidèle des notes originales, en ma possession, sur ce qui s’est passé le 7 Septembre, 1903, au village de Bosunguma, dans la contrée de Ngombe, sur la Rivière Lulanga, où je me suis rendu le 7 Septembre, 1903, sur la demande d’indigènes de ce village.
En foi de quoi j’ai apposé ci-dessous ma signature et le sceau de mon office, à Lulanga, ce 9 Septembre, 1903.
(Signé) ROGER CASEMENT, _Consul de Sa Majesté Britannique_.
Annexe 3.
_Enquête du Substitut du Procureur d’État, Gennaro Bosco, à charge de Kelengo._
(Extraits relatifs à l’affaire Epondo.)
L’an 1903, le 28 Septembre, à Coquilhatville, devant nous, Substitut, comparaît Efundu, Chef du village Bosunguma, qui après serment, répond comme d’après aux questions que nous lui posons:
* * * * *
_D._ Parlez de la main d’Epondo?
_R._ Je ne puis que répéter ce qu’Epondo même m’a raconté. Il m’a dit que dans les Bangala, il était allé à la chasse au sanglier avec un camarade, dont il ne me dit pas le nom. Celui-ci blessa un sanglier et il voulut l’attraper par les oreilles, mais le sanglier le mordit si fortement qu’une main tomba, après gangrène.
_D._ Pourquoi les indigènes d’Ekanza et Bosunguma accusent-ils Kelengo?
_R._ Pour ne pas faire de caoutchouc. Kelengo est sentinelle de caoutchouc. Les indigènes n’aiment pas de faire du caoutchouc et ont décidé, sachant que les Anglais étaient là, de leur dire un mensonge dans l’espoir de ne plus faire de caoutchouc.
_D._ Étiez-vous présent lorsque le Consul Anglais interrogeait les indigènes?
_R._ Non, j’étais dans la forêt.
_D._ Lorsque le Consul Anglais fut parti, qu’est-ce que disaient entre eux les indigènes?
_R._ “Maintenant, c’est bien. Maintenant qu’il croit qu’on m’a coupé la main, nous ne ferons plus de caoutchouc; nous ne ferons que la kwanga.”
_D._ Avez-vous entendu dire que Kelengo avait tué un homme et coupé la main à deux autres parce qu’on refusait de lui donner une antilope qu’on avait tuée?
_R._ C’est ce qu’on est allé raconter aux Anglais, mais c’est un mensonge.
_D._ Savez-vous que Kelengo a amarré pour la même raison la femme de Ciango et qu’il ne l’a laissée qu’après un paiement de 1,000 mitakos?
_R._ C’est encore un mensonge. Je ne connais pas ce Ciango. C’est un nom qui n’est pas même usité parmi les indigènes.
_D._ Savez-vous que Kelengo a volé un canard et un chien d’Ilungo?
_R._ Mensonge. Cet Ilungo n’existe pas.
Dont procès-verbal lu et signé, hors le témoin illettré.
Le Substitut, (Signé) BOSCO.
Après comparaît Mongombe, d’Ikandja, qui, interrogé, après serment, déclare:
Epondo a perdu la main à la chasse du sanglier dans les Bangala. Lui-même l’a raconté en disant que son camarade, dont il ignore le nom, avait blessé le sanglier, et il avait voulu l’attraper par les oreilles. Le sanglier alors lui avait arraché la main.
* * * * *
_D._ Pourquoi les indigènes accusent-ils Kelengo?
_R._ Ils ne veulent pas faire le caoutchouc et sont allés dire des mensonges aux Anglais dans l’espoir de ne pas faire de caoutchouc, et quand les Anglais sont partis, ils disaient: “Maintenant, c’est bien. Maintenant plus de caoutchouc. Seulement la kwanga.” J’ai entendu ces expressions plusieurs fois. Kelengo n’a pas amarré la femme de Sandjo, ni tué personne. L’histoire de l’antilope est un mensonge. Je ne connais pas Ilungo.
_D._ Êtes-vous au courant du complot des indigènes pour aller dire des mensonges aux missionnaires?
_R._ Oui; j’ai entendu les indigènes se plaindre qu’ils travaillaient beaucoup pour rien, que les Chefs s’emparaient des mitakos que les blancs payaient pour la récolte du caoutchouc; enfin, qu’ils mouraient de faim. Ils ajoutaient qu’ils avaient réclamé plusieurs fois inutilement et qu’ils allaient essayer si, par l’intermédiaire des Anglais, qui étaient très puissants, ils pouvaient obtenir de changer leur sort. Et ils disaient: “Allons, allons vite, vite chez les Anglais; allons dire que Kelengo coupe les mains.”
_D._ Avez-vous entendu ces mots?
_R._ Oui; je les ai entendus parfaitement.
Dont procès-verbal lu et signé, hors le témoin illettré.
Le Substitut, (Signé) BOSCO.
Après comparaît Bangwala, d’Ikandja, qui, interrogé, après serment, déclare:--
* * * * *
_D._ Parlez maintenant de la main d’Epondo.
_R._ Il l’a perdue à cause d’une morsure de sanglier, dans les Bangala. C’est Epondo lui-même qui le disait.
_D._ Pourquoi les indigènes accusent-ils Kelengo?
_R._ Ils ne veulent plus faire de caoutchouc et ont cru, en accusant Kelengo, de se soustraire à ce travail. J’ai entendu de mes oreilles lorsqu’ils disaient: “Allons vite, vite dire des mensonges aux Anglais.” Ils allèrent donc appeler les Anglais pour leur faire voir l’homme sans mains et les Anglais vinrent. Et quand ils furent partis, ils disaient: “Bien, bien, nous allons faire la kwanga seulement. Maintenant le caoutchouc est fini.”
Dont procès-verbal lu et signé, hors le témoin illettré.
(Signé) BOSCO.
Après comparaît Momobo, de Bossunguma, qui, interrogé, après serment, déclare:--
* * * * *
Epondo a perdu la main à cause de la morsure d’un sanglier; Kelengo n’a tué personne.
Dont procès-verbal lu et signé, hors le témoin illettré.
(Signé) BOSCO.
Après comparaît Ekumeloko, de Boselembe, travailleur à la Société Lulonga, qui, interrogé, après serment, déclare:--
* * * * *
_D._ Et qui a coupé la main d’Epondo?
_R._ Epondo arriva dans notre village sans une main et nous montra qu’un sanglier la lui avait coupée.
_D._ Pourquoi les indigènes accusent-ils Kelengo?
_R._ Pour se soustraire au travail du caoutchouc; ils racontèrent des mensonges aux Anglais et bornent leur travail à la kwanga pour les Anglais.
_D._ Kelengo a-t-il tué quelqu’un?
_R._ Personne.
Dont procès-verbal lu et signé, hors le témoin illettré.
(Signé) BOSCO.
Après, nous interrogeons l’un après l’autre Bundja, de Bosibendama, et Bawsa, de Bossundjulu, travailleurs de la Société Lulonga, qui font une déclaration identique à la précédente.
Dont procès-verbal lu et signé, hors le témoin illettré.
(Signé) BOSCO.
L’an 1903, le 19 Septembre, devant nous, Substitut, comparaît Kelengo, de Bokakata, qui, renseigné sur l’accusation qu’on lui fait, déclare:--
Mon nom officiel (kombo na mukanda) est Mbilu, mais les indigènes m’appellent Kelengo. Je n’ai pas coupé les mains d’Epondo.... Je ne connais pas même Epondo. Je sais seulement qu’un sanglier lui a mordu la main.... Du reste, je ne suis dans le village de Bosunguma que depuis cinq mois. J’ai été surpris lorsque les indigènes m’ont accusé près des Anglais, mais je dois vous dire que quelques jours après, ils m’ont donné 100 mitakos pour que je n’aille pas réclamer chez le blanc et m’ont avoué qu’ils avaient dit des mensonges aux Anglais pour se soustraire au travail du caoutchouc. Je portai ces 100 mitakos à Bumba (M. Dutrieux), qui dit: “Les indigènes sont des menteurs.”
_D._ Le Chef Tondebila dit qu’il vous a vu lorsque vous coupiez la main d’Epondo.
_R._ Il est un menteur. D’ailleurs pourquoi s’est-il sauvé? Il a été arrêté deux fois pour venir ici rendre son témoignage. La première fois par Bumba, la seconde par le Commandant de la Compagnie (Braeckman), et il a pris toujours la fuite. Moi aussi, j’aurais pu m’enfuir et je n’ai pas voulu parce que je suis innocent.
_D._ Mololi, Botoko, Eykela, et Alondi vous accusent comme auteur de la mutilation d’Epondo.
_R._ Ils mentent. Je ne connais ni Botoko, ni Eykela, ni Alondi. Je connais seulement Mololi.
_D._ On vous accuse aussi d’avoir amarré la femme de Ciango parce que celui-ci, ayant tué deux antilopes, ne vous en avait donné que les cuisses et de n’avoir laissé cette femme qu’après avoir reçu un cadeau de 1,000 mitakos. On vous accuse en outre d’avoir volé ou de vous être emparé par force de deux canards et d’un chien appartenant à Ilungo. Que répondez-vous?
_R._ Mensonge. Je ne connais pas Ciango. Je connais Ilungo, mais je n’ai rien pris. Quand on m’apporte des cadeaux, je les accepte, mais je ne prends pas les objets des indigènes, parce que Bumba nous l’a défendu sous menace de nous mettre en prison.
_D._ Vous êtes accusé par Ilengi d’avoir amarré la femme de Sundi et de l’avoir libérée seulement après paiement de 500 mitakos.
_R._ Mensonge. Ilundji et Sundi appartiennent à une autre section. Ils dépendent d’une autre sentinelle, un nommé Ikangola. C’est un complot des indigènes pour se soustraire au travail du caoutchouc. Ils me disaient toujours qu’ils ne voulaient pas le faire, qu’ils préféraient faire la kwanga pour les Anglais et prétendaient d’y parvenir avec leur aide.
Dont procès-verbal lu et signé, hors le témoin illettré.
(Signé) BOSCO.
Après, nous interrogeons successivement tous les témoins: Bandja, Bansu, Ekumaleko, Mambo, Bangula, Monsumbu, Ffundu, pour leur demander depuis combien de temps Kelengo se trouve à Bosunguma, et tous disent qu’il s’y trouve depuis quatre mois.
(Signé) BOSCO.
L’an 1903, le 4 Octobre, à Mampoko, devant nous, Substitut, à Coquilhatville, comparaît Dutrieux, Charles-Alexandre, né à Namur, Directeur de la Société Lulonga, qui, interrogé, après serment, déclare:--
Je connais Kelengo sous le nom de M’Bilo. Il est au service de le Société Lulonga en qualité de garde forestier, depuis le mois de Mars dernier. Sa tâche est uniquement celle d’accompagner les indigènes à la récolte du caoutchouc et de leur empêcher de couper les lianes. Je ne sais rien au sujet de l’atrocité dont on l’accuse.... Je ne sais pas maintenant pourquoi on accuse Kelengo ou Mbilu d’avoir coupé une main à un garçon. Je sais seulement que le nommé Kelengo ou Mbilu est venu chez moi le jour d’arrivée du Lieutenant Braeckman, c’est-à-dire, sauf erreur, le 12 Septembre, m’apporter 100 mitakos en me disant que les indigènes les lui avaient donnés pour qu’il ne me dise pas qu’ils avaient menti près des Anglais, dans le but de ne pas faire de caoutchouc. Le Lieutenant Braeckman a fait rendre ces mitakos au Chef du village de Bossunguma.
Dont procès-verbal lu et signé, hors le témoin illettré.
(Signé) BOSCO.
(Signé) DUTRIEUX.
Après, Pingo, de Bokakata, qui, interrogé, après serment, déclare:--
Je suis boy de M. Dutrieux. Un jour, le nommé Mbilu est venu chez mon maître lui apporter 100 mitakos, disant que le Chef de Bossunguma, nommé, si je ne me trompe, Mateka ou Lofundu, les lui avait donnés comme cadeau pour qu’il n’aille pas dire que les indigènes avaient menti près des Anglais en l’accusant d’avoir coupé une main à un gamin, mensonge qu’ils avaient dit pour se soustraire au travail du caoutchouc.
Dont procès-verbal lu et signé, hors le témoin illettré.
(Signé) BOSCO.
L’an 1903, le 6 Octobre, à Mampoko, devant nous, Substitut, à Coquilhatville, comparaît le nommé Eponga, _alias_ Mondondo, de Bossunguma, qui, interrogé, après serment, déclare:--
Epondo a une main coupée parce que, dans les Bangala, un sanglier la lui a arrachée....
_D._ Pourquoi alors les habitants de votre village ont-ils accusé Kelengo?
_R._ Pour se soustraire au travail du caoutchouc; ils ont dit des mensonges aux Anglais, qui ont répondu: “Nous ferons une lettre au Juge.”
_D._ Est-ce qu’ils ont ajouté quelque autre chose?
_R._ Non.
_D._ Combien de temps sont-ils restés dans votre village?
Le témoin indique où se trouvait le soleil lorsqu’ils sont arrivés et lorsqu’ils sont partis. Nous calculons qu’ils sont restés au moins quatre heures.
_D._ Est-ce que les Anglais ont écrit quand ils étaient au village?
_R._ Oui; ils ont écrit sur un grand papier.
Dont procès-verbal lu et signé, hors le témoin illettré.
(Signé) BOSCO.
Après comparaît Liboso, fils de Lekela, de Bossunguma, qui, interrogé, après serment, déclare--
Epondo a une main coupée parce qu’un sanglier l’a mordue....
_D._ Pourquoi les indigènes ont-ils accusé Kelengo?
_R._ Parce qu’ils étaient fatigués de faire du caoutchouc, qui n’était plus dans leur forêt. Ils ont cru qu’avec l’intercession des Anglais ils pourraient se soustraire à un travail très dur, et pour interposer les Anglais, ils sont allés leur dire que la sentinelle de Bumba (Dutrieux) avait coupé une main.
_D._ Qui est allé parler avec les Anglais?
_R._ Bodjengene et un autre, dont je ne me rappelle pas le nom. Les Anglais dirent: “Vous mentez. Où est cet homme avec la main coupée? Allez le prendre.” Alors ils sont allés chercher ... Epondo et l’ont présenté aux Anglais.
_D._ Lorsque les Anglais sont venus à votre village, qu’est-ce qu’ils ont fait?
_R._ Ils ont parlé avec les habitants qui se plaignaient de ce qu’ils devaient travailler beaucoup. Ils disaient que le caoutchouc n’était plus dans leur forêt, qu’ils voulaient faire un travail moins dur, comme la kwanga et la pêche. Les Anglais répondirent: “C’est bien; vous êtes des hommes de Bula Matari. Nous écrirons à Bula Matari.” Et dans leur village ils firent une grande moukande, comme vous maintenant.
(Signé) BOSCO.
Après comparaît Etoko, fils d’Ilembe, décédé, de Bossunguma, qui, interroge, après serment, déclare:--
Un sanglier coupa la main d’Epondo....
_D._ Pourquoi les indigènes ont-ils accusé Kelengo?
_R._ Pour rien. Pour se soustraire au travail du caoutchouc; ils ont dit des mensonges aux Anglais.
_D._ Qui est allé parler aux Anglais?
_R._ Bodjengene.
_D._ Bodjengene seul?
_R._ Oui; lui seul. Après, Epondo est allé travailler chez les Anglais, où il se trouve maintenant....
Dont procès-verbal lu et signé, hors le témoin illettré.
(Signé) BOSCO.
Après comparaît Akindola, de Bossunguma, qui, interrogé, après serment, déclare:--
Un sanglier a coupé la main d’Epondo.
_D._ Pourquoi les indigènes accusent-ils Kelengo?
_R._ Non; ils n’accusent pas Kelengo.
_D._ N’étiez-vous pas présent lorsque le Consul Anglais est venu dans votre village?
_R._ Non; j’étais dans la forêt et je ne sais rien de ce qui s’est passé.
Dont procès-verbal lu et signé, hors le témoin illettré.
(Signé) BOSCO.
Après comparaît Mafambi, de Bossunguma, qui, interrogé, après serment, déclare:--
Un sanglier a mordu la main d’Epondo, et c’est pour cela qu’il l’a perdue.... Kelengo est innocent. Les habitants des Bossunguma l’ont accusé espérant d’éviter la récolte du caoutchouc.
_D._ Êtes-vous allé à la Mission de Bonginda pour vous plaindre?
_R._ Moi, non, Bodjengene; et les Anglais lui ont répondu de s’adresser au Juge.
_D._ Ikabo n’est-il pas allé chez les Anglais?
_R._ Non. Epondo alla chez les Anglais. Ikabo resta au village. Les Anglais vinrent après chez nous et nous dirent que la question du caoutchouc n’était pas de leur compétence.
_D._ Ont-ils recherché Ikabo?
_R._ Non; ils ont recherché Epondo seulement.
_D._ Les avez-vous vus?
_R._ Oui.
_D._ A quelle heure sont-ils venus et à quelle heure sont-ils partis?