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CHAPITRE I

LES DERNIÈRES CONVULSIONS DE L’ANARCHIE. LE DIRECTOIRE.

§ 1.--Psychologie du Directoire.

Les diverses assemblées révolutionnaires ayant été composées en partie des mêmes hommes, on pourrait croire leur psychologie bien voisine.

Aux époques ordinaires, il en serait ainsi, la constance du milieu déterminant celle des caractères. Mais lorsque les circonstances changent rapidement comme sous la Révolution, les caractères doivent se transformer pour s’y adapter. Tel fut justement le cas du Directoire.

Cette dernière forme de gouvernement se composait d’Assemblées distinctes: deux nombreuses, celles des diverses catégories de députés, et une très restreinte, celle des cinq directeurs.

Les Assemblées de députés rappelèrent fort par leur faiblesse la Convention. Elles n’avaient plus à obéir aux émeutes populaires refrénées avec énergie par les Directeurs, mais elles cédaient sans discussion aux injonctions dictatoriales de ces derniers.

Les premiers députés élus étaient généralement modérés. Tout le monde se montrait alors excédé de la tyrannie jacobine. La nouvelle Assemblée rêvait de relever les ruines dont la France était couverte et d’établir un régime de gouvernement libéral sans violence.

Mais par une de ces fatalités, qui fut une loi de la Révolution et montre combien le déroulement des événements est parfois supérieur aux volontés des hommes, on peut dire que les députés, malgré leurs bonnes intentions, firent toujours, comme leurs prédécesseurs, le contraire de ce qu’ils voulaient faire. Ils souhaitaient d’être modérés et se montrèrent violents, ils désiraient éliminer l’influence des Jacobins, et se laissèrent conduire par eux, ils rêvaient de réparer les ruines et ne réussirent qu’à en accumuler d’autres, ils aspiraient à la paix religieuse et finirent par persécuter et massacrer les prêtres avec plus de rigueur que pendant la Terreur.

La psychologie de la petite assemblée formée par les cinq directeurs fut très différente de celle des assemblées de députés. Aux prises avec les difficultés de chaque jour, les directeurs étaient obligés de les résoudre, alors que les grandes assemblées, sans contact avec les réalités, n’avaient que des aspirations.

La pensée dominante des directeurs était très simple. Fort indifférents aux principes, ils voulaient avant tout rester les maîtres. Pour y arriver ils n’hésitèrent pas à recourir aux mesures les plus illégales et les plus violentes, annulant même les élections d’un grand nombre de départements lorsqu’elles les gênaient.

Se sentant incapables de réorganiser la France, ils l’abandonnèrent à elle-même. Par leur despotisme, ils parvinrent à la dominer, mais ne la gouvernèrent jamais. Or, ce qui manquait le plus au pays à ce moment-là, c’était d’être gouverné.

La Convention a laissé dans l’histoire la réputation d’un gouvernement fort, et le Directoire celle d’un gouvernement faible. Le contraire est exact. C’est le Directoire qui fut le gouvernement fort.

On expliquerait psychologiquement cette différence entre le gouvernement du Directoire et celui des assemblées précédentes en faisant observer qu’une réunion de 6 ou 700 personnes peut bien avoir des élans d’enthousiasme contagieux comme dans la nuit du 4 août, ou même des accès de volonté énergique comme celui de lancer un défi à tous les rois. Mais de telles impulsions sont trop peu durables pour posséder quelque force. Un comité de cinq membres, facilement dominé par la volonté d’un seul, est beaucoup plus susceptible de résolutions continues, c’est-à-dire de persévérance dans une ligne régulière de conduite.

Le gouvernement du Directoire se montra toujours incapable de gouverner, mais de volonté forte il ne manqua jamais. Rien ne le contenant, ni le respect de la légalité, ni les égards pour les citoyens, ni l’amour de l’intérêt public, il put faire peser sur la France un despotisme que, depuis le commencement de la Révolution, aucun gouvernement, y compris la Terreur, n’avait rendu aussi écrasant.

Bien qu’utilisant des méthodes analogues à celles de la Convention et dirigeant la France de la façon la plus tyrannique, le Directoire, pas plus que la Convention, ne parvint jamais à être le maître.

Ce fait, déjà signalé précédemment, prouve une fois encore l’impuissance des contraintes matérielles à dominer les forces morales. On ne saurait trop redire que le véritable guide de l’homme est l’armature morale édifiée par ses aïeux.

Habitués à vivre dans une société organisée, étayée sur des codes et des traditions respectés, nous nous représentons difficilement l’état d’une nation privée d’une telle armature. De notre milieu, nous ne voyons le plus souvent que les côtés gênants, oubliant facilement qu’une société n’est possible qu’à la condition d’imposer certaines entraves et que l’attirail des lois, des mœurs, des coutumes, constitue un frein aux instincts naturels de barbarie ne périssant jamais tout entiers.

L’histoire de la Convention et du Directoire qui en fut la suite, montre clairement à quel degré de désordre peut tomber une nation privée de son ancienne structure, et n’ayant plus pour guide que les artificielles combinaisons d’une raison trop courte.

§ 2.--Gouvernement despotique du Directoire. Renaissance de la Terreur.

Dans le but de détourner l’attention, d’occuper l’armée et de se créer des ressources, par le pillage de pays voisins, les Directeurs décidèrent de reprendre les guerres de conquêtes qui avaient réussi à la Convention.

Elles continuèrent pendant tout leur règne. Les armées, surtout en Italie, en retirèrent un riche butin.

Quelques-unes des populations envahies se montrèrent assez simples pour supposer ces invasions faites dans leur intérêt. Elles ne mirent pas longtemps à découvrir que toutes les opérations militaires s’accompagnaient de contributions écrasantes, de pillages des églises, des caisses publiques, etc.

Les conséquences finales de cette politique de conquête furent la formation d’une nouvelle coalition contre la France prolongée jusqu’en 1801.

Indifférents à l’état du pays et incapables de le réorganiser, les Directeurs se préoccupaient surtout de lutter contre les conspirations sans cesse renaissantes afin de garder le pouvoir.

Cette tâche suffisait à occuper leurs loisirs car les partis politiques ne désarmaient pas. L’anarchie était devenue telle, que tout le monde réclamait une main assez puissante pour rétablir l’ordre. Chacun sentait, y compris les Directeurs, que le régime républicain ne pouvait plus durer.

Les uns rêvaient de rétablir la royauté, d’autres le régime terroriste, d’autres songeaient à un général. Seuls les acquéreurs des biens nationaux redoutaient un changement de régime.

L’impopularité du Directoire grandissait chaque jour et lorsque en mai 1797 arriva le renouvellement du tiers de l’Assemblée, la plupart des élus étaient hostiles au régime.

Les Directeurs ne se trouvèrent pas embarrassés pour si peu. Ils annulèrent les élections de quarante-neuf départements: 154 des nouveaux députés furent invalidés et expulsés, 53 condamnés à la déportation. Parmi ces derniers figuraient les noms les plus illustres de la Révolution: Portalis, Carnot, Tronson du Coudray, etc.

Pour intimider les électeurs, des commissions militaires condamnèrent à mort, un peu au hasard, cent soixante personnes et en expédièrent à la Guyane trois cent trente dont la moitié mourut rapidement. Les émigrés et les prêtres rentrés en France se virent violemment expulsés. C’est ce qu’on appela le coup d’État de Fructidor.

Ce coup d’État, qui frappait surtout les modérés, ne fut pas d’ailleurs le seul et un autre le suivit bientôt. Les Directeurs, trouvant les députés jacobins trop nombreux à la suite de nouveaux votes, cassèrent les élections d’une soixantaine d’entre eux.

Ce qui précède montre le tempérament tyrannique des membres du Directoire, mais il apparaît plus nettement encore dans le détail de leurs mesures. Les nouveaux maîtres se révélèrent aussi sanguinaires que les plus féroces conventionnels de la Terreur. La guillotine n’était plus établie en permanence, mais remplacée par la déportation dans des conditions laissant aux victimes peu de chance de survivre. Expédiées à Rochefort dans des cages de fer grillagées exposées à toutes les intempéries, elles étaient ensuite entassées sur des bateaux.

«Dans l’entrepont de la _Décade_ et de la _Bayonnaise_, dit Taine, les malheureux encagés, suffoqués par le manque d’air et la chaleur torride, rudoyés, volés, meurent de faim ou d’asphyxie et la Guyane achève l’œuvre de la traversée: des 193 apportés par la _Décade_, il en reste 39 au bout de 22 mois; des 120 apportés par la _Bayonnaise_ il en reste 1.»

Constatant partout une renaissance catholique et s’imaginant que le clergé conspirait contre eux, les Directeurs firent déporter ou envoyer au bagne, en une seule année, 1.448 prêtres, sans parler d’un grand nombre fusillés sommairement. La Terreur était en réalité complètement rétablie.

Le despotisme autocratique du Directoire s’exerça également dans toutes les branches de l’administration, notamment les finances. C’est ainsi qu’ayant besoin de six cents millions, il fit voter par des députés, toujours dociles, un impôt progressif dont on ne retira d’ailleurs que douze millions. Ayant voulu récidiver un peu plus tard, il décréta un emprunt forcé de cent millions qui eut pour résultat la fermeture des ateliers, l’arrêt des affaires, le renvoi des domestiques. Ce fut seulement au prix de ruines complètes que quarante millions purent être obtenus.

Pour s’assurer la domination en province, le Directoire fit voter une loi dite des otages, d’après laquelle une liste d’otages, responsables de tous les délits, était dressée dans chaque commune.

On comprend quelles haines provoquait un pareil régime. A la fin de 1799, 14 départements se trouvaient en révolte et 46 prêts à se soulever. Si le Directoire avait duré, la dissolution de la société eût été complète.

Cette dissolution était du reste fort avancée. Finances, administration, tout s’écroulait. Les recettes du Trésor, constituées par des assignats tombés au centième de leur valeur nominale, demeuraient à peu près nulles. Les rentiers et les officiers ne parvenaient plus à se faire payer.

La France donnait alors aux voyageurs l’impression d’une contrée ravagée par la guerre et abandonnée de ses habitants. Les ponts, les digues, les édifices écroulés rendaient toute circulation impossible. Les routes, désertées depuis longtemps, étaient infestées de brigands. On ne pouvait parcourir certains départements qu’en achetant des sauf-conduits aux chefs de bande. L’industrie et le commerce se trouvaient ruinés. A Lyon, 13.000 ateliers sur 15.000 avaient dû se fermer. Lille, Le Havre, Bordeaux, Lyon, Marseille, etc., semblaient des villes mortes. La misère et la famine se montraient générales.

La désorganisation morale n’apparaissait pas moindre. Le luxe, la soif des plaisirs, les dîners, les parures, les ameublements formaient l’apanage d’une société nouvelle composée uniquement d’agioteurs, de fournisseurs aux armées, de financiers véreux enrichis par le pillage. Ils donnèrent à Paris cet aspect superficiel de luxe et de gaîté qui illusionna tant d’historiens sur cette époque, où un faste insolent côtoyait une misère générale.

La chronique du Directoire, telle que la racontent les livres, contribue à montrer de quelles inexactitudes est tissée la trame de l’histoire. Le théâtre s’est emparé de cette époque dont les modes sont imitées encore. Elle a laissé le souvenir d’une période joyeuse où tout renaissait après le sombre drame de la Terreur. En réalité pourtant, le régime du Directoire ne valut pas mieux que celui de la Terreur et fut aussi sanguinaire. Il avait fini par inspirer tant de haines que les Directeurs, sentant l’impossibilité de durer, cherchaient eux-mêmes le dictateur capable de les remplacer et aussi de les protéger.

§ 3.--L’avènement de Bonaparte.

Nous venons de voir qu’à la fin du Directoire, l’anarchie et la désorganisation étaient telles que tout le monde réclamait désespérément l’homme énergique capable de rétablir l’ordre. Dès 1795, plusieurs députés avaient songé un instant à relever la royauté. Louis XVIII, ayant eu la maladresse de proclamer qu’il restaurerait intégralement l’ancien régime, rendrait les propriétés à leurs premiers maîtres et punirait les hommes de la Révolution, on s’en était détourné immédiatement. L’expédition insensée de Quiberon acheva d’aliéner au futur souverain ses partisans. Les royalistes firent preuve, pendant toute la durée de la Révolution, d’une incapacité et d’une étroitesse d’esprit justifiant la plupart des mesures de rigueur prises contre eux.

La monarchie étant impossible, il fallut bien chercher un général. Un seul existait dont le nom s’imposa: Bonaparte. La campagne d’Italie venait de l’illustrer. Après la traversée des Alpes, il avait marché de victoire en victoire, pénétré à Milan et à Venise et obtenu partout d’importantes contributions de guerre. Il se dirigeait sur Vienne et n’en était plus qu’à vingt-cinq lieues, lorsque l’empereur d’Autriche se décida à demander la paix.

Mais si grand que fût son renom, le jeune général ne le jugeait pas encore suffisant. Pour l’accroître, il persuada au Directoire qu’on ébranlerait la puissance de l’Angleterre par l’invasion de l’Égypte, et, en mai 1798, il s’embarquait à Toulon.

Ce besoin d’augmenter son prestige partait d’une conception psychologique très sûre, fort bien expliquée par lui à Sainte-Hélène:

«Les généraux les plus influents et les plus éclairés pressèrent longtemps le général d’Italie de faire un mouvement et de se mettre à la tête de la République; il s’y refusa: il n’était pas encore assez fort pour marcher tout seul. Il avait sur l’art de gouverner et sur ce qu’il fallait à une grande nation, des idées si différentes des hommes de la Révolution et des assemblées, que, ne pouvant agir seul, il craignait de compromettre son caractère. Il se détermina à partir pour l’Égypte, mais résolu de reparaître si les circonstances venaient à rendre sa présence nécessaire ou utile.»

Bonaparte ne séjourna pas longtemps en Égypte. Rappelé par des amis, il débarqua à Fréjus et l’annonce de son retour provoqua un enthousiasme universel. On illuminait partout. La France collaborait d’avance au coup d’État préparé par lui avec Sieyès, deux Directeurs et les principaux ministres. Le complot fut organisé en trois semaines. Son exécution, le 18 brumaire, s’accomplit avec une extrême facilité.

Tous les partis éprouvèrent une joie immense à être débarrassés des bandes sinistres qui opprimaient et exploitaient le pays depuis si longtemps. Les Français allaient subir sans doute un régime despotique mais il ne pouvait être aussi intolérable que celui supporté depuis tant d’années.

L’histoire du coup d’État de brumaire justifie bien ce que nous avons déjà répété relativement à l’impossibilité de porter des jugements exacts sur les événements en apparence les plus connus et attestés par le plus de témoins.

On sait quelles étaient, il y a une trentaine d’années, les idées sur le coup d’État de brumaire. On le jugeait comme un crime commis par l’ambition d’un homme appuyé sur son armée. En fait, l’armée n’y joua aucun rôle. La petite troupe qui expulsa les rares députés récalcitrants n’était pas composée de militaires mais des gendarmes mêmes de l’Assemblée. Le véritable auteur du coup d’État fut le gouvernement lui-même, avec la complicité de la France entière.

§ 4.--Causes de la durée de la Révolution.

Si on limitait la Révolution au temps nécessaire pour la conquête de ses principes fondamentaux: égalité devant la loi, libre accession aux charges publiques, souveraineté populaire, contrôle des dépenses, etc., on pourrait dire qu’elle dura seulement quelques mois. Vers le milieu de 1789, tout cela était obtenu, et pendant les années qui suivirent rien n’y fut ajouté. Cependant, la Révolution continua beaucoup plus longtemps.

Restreignant sa durée aux dates admises par les historiens officiels, nous la voyons persister jusqu’à l’avènement de Bonaparte, soit environ dix ans.

Pourquoi cette période de désorganisation et de violences survit-elle à l’établissement des nouveaux principes? Il ne faut pas en chercher la cause dans la guerre étrangère qui, à plusieurs reprises, par suite de la division des alliés et nos victoires, aurait pu être rapidement terminée. On ne doit pas la chercher davantage dans la sympathie des Français pour le gouvernement révolutionnaire. Jamais régime ne fut plus haï et plus méprisé que celui des Assemblées. Par leurs révoltes aussi bien que par des votes répétés, une grande partie de la nation montra l’horreur profonde qu’elles inspiraient.

Ce dernier point, l’aversion de la France pour son régime révolutionnaire, méconnu pendant longtemps, a été bien mis en évidence par les historiens récents. L’auteur du dernier livre paru sur la Révolution, M. Madelin, a parfaitement résumé leur opinion dans les termes suivants:

«Dès 1793, un parti peu nombreux s’est emparé de la France, de la Révolution et de la République. Maintenant, les trois quarts de la France aspirent à ce que la Révolution soit arrêtée ou plutôt délivrée de ses odieux exploiteurs; mais ceux-ci tiennent le malheureux pays par mille moyens... Comme il leur faut la Terreur pour régner, ils frappent quiconque semble à un moment donné vouloir s’opposer à la Terreur, fussent-ils les meilleurs serviteurs de la Révolution.»

Jusqu’à la fin du Directoire, le gouvernement fut exercé par des Jacobins désireux seulement de conserver, avec le pouvoir, les richesses accumulées grâce aux meurtres et aux pillages, et prêts à livrer la France à qui leur en garantirait la libre possession. S’ils négocièrent le coup d’État de brumaire avec Napoléon, ce fut uniquement parce qu’ils n’avaient pu obtenir la réalisation de leurs souhaits avec Louis XVIII.

Mais alors comment expliquer qu’un gouvernement si tyrannique et si honni ait pu subsister plusieurs années?

Ce ne fut pas seulement parce que la religion révolutionnaire subsistait encore dans les âmes, ni parce qu’il s’imposa au moyen des persécutions et des violences, mais surtout, comme je l’ai dit déjà, à cause du grand intérêt qu’une partie importante de la population avait à le maintenir.

Ce point est fondamental. Si la Révolution était restée une religion théorique, elle aurait probablement peu duré. Mais la croyance qui venait d’être fondée était vite sortie du domaine de la théorie pure.

La Révolution ne s’était pas bornée en effet à dépouiller la monarchie, la noblesse et le clergé de leur pouvoir gouvernemental. En faisant passer entre les mains de la bourgeoisie et de nombreux paysans les emplois et les richesses des anciennes classes privilégiées elle les avait, du même coup, transformés en défenseurs obstinés du régime. Tous les acquéreurs des biens dont venaient d’être dépouillés la noblesse et le clergé avaient obtenu terres et châteaux à vil prix et redoutaient fort que le retour de la monarchie les obligeât à une restitution générale.

C’est en grande partie pour ces raisons qu’un gouvernement qui, à une époque normale, n’eût jamais été supporté, put durer jusqu’à ce qu’un maître rétablît l’ordre en promettant de maintenir les conquêtes non seulement morales, mais surtout matérielles de la Révolution. Bonaparte réalisant ces souhaits se vit accueillir avec enthousiasme. Des conquêtes matérielles contestables et des principes théoriques encore fragiles, furent incorporés par lui dans les institutions et dans les codes. C’est une erreur de dire que la Révolution se termina avec son avènement. Loin de la détruire, il la consolida.