Part 7
«Novelli en a conscience lorsqu’il répète: «Ce rôle est fait pour mon cœur, pour ma peau, pour mon sang, pour mes nerfs.»
«Dans un voyage que j’ai fait en Italie, il y a deux ans, dès que mon nom était prononcé, dans un hôtel par exemple,--j’entendais aussitôt chuchoter autour de moi deux noms: «_Novelli_, _Lebonnard_». Et mes hôtes inconnus devenaient affables comme de vieux amis retrouvés.
«Pour un auteur qui a écrit je ne sais plus où: «l’art est surtout le moyen divin d’attirer à l’artiste des sympathies,» on conviendra que nulle joie ne peut être supérieure à celle que m’a fait éprouver ce grand Novelli en me donnant, dans son pays, tant de sympathies inattendues, et qui restent inoubliables.
«La carrière de _Lebonnard_ est loin d’être achevée. Tant qu’il y aura un Novelli, il y aura un Lebonnard bien vivant. Grâce à Novelli, ce vieux Lebonnard est pour moi comme un vrai fils qui ne cesse de «me donner toutes les satisfactions.» Grâce à Novelli, on n’effacera pas le nom de _Lebonnard_ de l’histoire anecdotique du théâtre à travers le monde. Ils vivront ensemble positivement et idéalement, bien après moi. J’ai la modestie de me dire que, sans Novelli, ma pièce n’eût pas eu cette heureuse fortune,--mais j’ai la fierté de me dire qu’elle a pu inspirer un Novelli, homme et artiste de chair et d’âme, concepteur de réalité et d’idéal. Et grâce à lui, j’en suis certain, j’aurai la joie finale de revoir cette œuvre qui n’a d’autre prétention que d’être humaine et touchante,--j’aurai, dis-je, la joie de la revoir jouée en France, en français.
«En attendant, je remercie, de toute mon âme, l’artiste qui l’apporte en italien, dans ma chère ville natale.» (_Les Coulisses._--Toulon.)
Le triomphe de Novelli à Toulon[3] fut ce qu’il est partout dans le rôle du _Père Lebonnard_, ce qu’il fut lorsque Novelli inaugura le théâtre Biondo, à Palerme, en s’y montrant dans sa création préférée:
[3] Le _Père Lebonnard_ avait été joué déjà à Toulon, en 1889, par M. Raimon et une troupe de tournée dans laquelle se trouvaient Mmes Louise France et Eug. Nau.
«Tutta la vita del Novelli è un seguito di trionfi, decretati da tutti i teatri, nei quali l’arte proteiforme del grande artista, s’impone all’ ammirazione.
«Chi non sa gli entusiasmi del _Papà Lebonnard_? Chi non ha visto il Novelli nel terzo atto del dramma di Jean Aicard, quando, nel prorompere di un’ ira lungamente repressa, svela al figlio della colpa il nessun diritto che ha egli di portare il suo nome, non ha assistito alla manifestazione più tragicamente umana di un’ esistenza.
«Non è più l’attore: è l’uomo. Trasformandosi nei lineamenti del viso, nella voce, il Novelli entra nell’ anima del personnaggio: vive, palpita, soffre con esso, e l’illusione è cosi perfetta agli occhi del pubblico, che questi si sente preso come da una morsa di ferro, e si abbandona all’ entusiasmo.»
Ainsi s’exprime M. Franco Liberati, directeur d’_Il Signor Pubblico_, de Rome.
[Illustration: ERMETE NOVELLI.]
Voici une des dernières distributions de _Papà Lebonnard_, avec Novelli,--celle de la représentation d’inauguration du théâtre Biondo, à Palerme:
TEATRO BIONDO
Giovedi 15 ottobre 1903 alle ore 9 1/4 precise
GRANDE INAUGURAZIONE
_Prima Recita straordinaria della Compagnia Drammatica Italiana_ DELLA QUALE È PROPRIETARIO E DIRETTORE
ERMETE NOVELLI CON PAPÀ LEBONNARD Commedia in 4 atti di G. AICARD
_PERSONAGGI_
Papà Lebonnard: ERMETE NOVELLI
Sofia, moglie di Lebonnard O. GIANNINI. Roberto, loro figlio E. SABBATINI. Giovanna, sua sorella G. CHIANTONI. Il dottore Andrea L. FERRATI. Il marchese P. CANTINELLI. Bianca, sua figlia E. PORRO-GUASTI. Martino R. TUROLO. Un servo G. FOSSI.
_In una piccola città della Francia--Epoca presente_
[Illustration: ERMETE NOVELLI
DANS LE RÔLE DU PÈRE LEBONNARD.]
Revenons à la représentation italienne du _Père Lebonnard_ à Toulon. Elle eut lieu le 7 avril 1901.
Les Toulonnais firent frapper une médaille qui fut offerte au grand comédien de l’Italie; elle portait cette inscription:
A ERMETE NOVELLI A L’ARTISTE INCOMPARABLE QUI A FAIT ACCLAMER DANS LE MONDE ENTIER LE PÈRE LEBONNARD DE NOTRE CONCITOYEN JEAN AICARD
A cette occasion, M. Jules Claretie, administrateur général de la Comédie-Française, adressa la lettre suivante à M. Baylon, président du Comité Aicard-Novelli à Toulon[4]:
[4] Comité _Aicard-Novelli_. Président: M. Baylon, professeur de sciences naturelles au lycée; secrétaire: M. François Armagnin.
«Monsieur le Président,
«Voulez-vous présenter au fondateur de la Maison de Goldoni le salut affectueux de la Maison de Molière? Puisque les représentations de l’admirable comédien coïncident avec les fêtes franco-italiennes, il est de toute justice que la Comédie-Française remercie Ermete Novelli d’apporter sa participation cordiale à l’œuvre de rapprochement entre deux peuples de même race.
«Et quel plus sûr rapprochement que celui de l’Art! les cœurs battent à l’unisson, les larmes coulent devant l’artiste qui transporte une salle, comme autrefois le sang fraternel a coulé sur les champs de bataille. Le théâtre réveille tous les nobles souvenirs, les éternels souvenirs de l’Histoire, et dissipe--pour un soir--pour toujours peut-être--les nuages et les malentendus de la politique.
«Grâces en soient rendues à M. Novelli, et dites-lui bien, monsieur le président, que de loin nous applaudissons à son triomphe et à ce libre-échange de la poésie et de l’art!
«Votre profondément et sincèrement dévoué,
«Jules CLARETIE.»
Les Toulonnais se promirent alors d’entendre en français et en vers le _Père Lebonnard_, qu’ils venaient d’applaudir en prose dans la traduction italienne. Et Silvain, l’éminent sociétaire de la Comédie-Française, fut invité par eux à donner à Toulon une représentation de la pièce de Jean Aicard. Cette représentation eut lieu le 3 avril 1903.
Mais avant de partir pour Toulon, M. Silvain donna, en présence de deux cents spectateurs parisiens, une répétition générale du _Père Lebonnard_, à Asnières, où il habite. La pièce était ainsi distribuée:
Lebonnard MM. SILVAIN. Robert JOUBÉ. Le docteur MAXUDIAN. Le marquis CASTELLI. Mme Lebonnard Mmes LOUISE SILVAIN. Jeanne LITTY-BOSSA. Blanche BERTHE BELVAL. Marthe BARTHE.
Le succès de Silvain fut complet. Ce succès se répéta à Toulon, puis à Marseille et à Tunis, en avril et mai 1903; il fut le même à Gand et à Anvers, en mars et avril 1904.
[Illustration: SILVAIN
DANS LE PÈRE LEBONNARD.]
Voici la distribution de la pièce aux représentations de Gand et d’Anvers:
_A Gand_:
Lebonnard MM. SILVAIN. Robert LAUMONIER. Le docteur COIZEAU. Le marquis MAXUDIAN. Mme Lebonnard Mmes LOUISE SILVAIN. Jeanne GÉNIAT. Blanche BERTHE BELVAL. Marthe PERSOONS.
_A Anvers_:
Lebonnard MM. SILVAIN. Robert LUCIEN DESPLANQUES. Le docteur GORDE. Le marquis CASTELLI. Mme Lebonnard Mmes LOUISE SILVAIN. Jeanne BELLANGER. Blanche ROBIERE. Marthe DELIA.
Il est intéressant de noter ici que Novelli n’eût pas joué le _Père Lebonnard_ en vers, tandis que Silvain se fût refusé à le jouer en prose. Voilà qui nous est garant de l’originalité de Silvain après Novelli dans le rôle de Lebonnard.
Et voici un sonnet dans lequel l’artiste français a exprimé son admiration au grand acteur italien:
A ERMETE NOVELLI
La joie où la douleur se mêle, Tout le cri de l’Humanité Dans le Drame est répercuté, Puisqu’il rit et pleure comme Elle.
Masque de vérité jumelle, Fait de tristesse et de gaîté, Seul, Frédérick, qui t’a porté, Alterna la double semelle;
Chaussa cothurne et brodequin, Accoupla Lekain et Pasquin, Évoqua toute l’âme humaine...
Novelli, tu suis son chemin, Entre Thalie et Melpomène Qui te conduisent par la main!
SILVAIN, Sociétaire de la Comédie-Française.
Au moment où la pièce rentre à la Comédie-Française, l’auteur exprime de nouveau toute sa reconnaissance à ses grands interprètes, différents et égaux: Antoine, Novelli, Silvain.
Il lui sera permis également d’exprimer bien haut sa gratitude à M. Leloir, admirable artiste, qui a bien voulu assumer la tâche de mettre en scène le _Père Lebonnard_ à la Comédie-Française et qui s’en est acquitté, en quelques jours, à miracle, servi par un véritable génie dramatique.
C’est sur le nom de M. Jules Claretie que doit se fermer ce cahier de notes. Lorsque, avec un bon, un généreux sourire, cinq jours avant la première répétition du _Père Lebonnard_, l’Administrateur général de la Comédie-Française m’a annoncé sa résolution de rouvrir à mon œuvre exilée les portes du Théâtre-Français, j’ai certainement éprouvé une des émotions les plus profondément douces de ma vie littéraire...
Et cela ne s’oublie pas.
J. A.
_Paris, 15 juillet 1904._
[Illustration: MÉDAILLE
offerte à M. SILVAIN par le Comité toulonnais.
PORTRAIT DE SILVAIN SILVAIN DANS LE PÈRE LEBONNARD
Médaille exécutée par le sculpteur LOUIS MAURERT.]
DEUX SONNETS
A JEAN AICARD
J’aime ton Lebonnard comme je t’aime, Jean; Simple et douce, son âme est fille de la tienne; C’est un libre penseur plein de vertu chrétienne; Victime, à ses bourreaux il sourit, indulgent.
Jadis la gent critique, ayant cru--sotte gent!-- Le bonhomme défunt, lui chanta son antienne; Mais qu’importe, pourvu qu’il vive et qu’il obtienne Le suffrage du peuple... et même son argent!
Car plus il semble faible et plus sa force augmente: Lui qui courba le dos, quinze ans, sous la tourmente, Rien qu’en se redressant, un jour a tout dompté.
Étant l’amour, il a vaincu toutes les haines. Et dans la nuit du mal rayonne sa Bonté Comme un phare debout sur les vagues humaines!
SILVAIN.
A SILVAIN
Je n’ai, certe, imité ni _Cromwell_ ni _Mérope_, Mais mon humble héros, penseur libre et chrétien, De naturel timide et de cœur plébéïen, Voit assez juste et voit de loin--quoique myope.
Il ignore, c’est vrai, l’hyperbole et le trope, Mais il a de l’esprit--un peu, si peu que rien; Il parle en roturier mais en homme de bien, Sur le ton franc de la chanson du Misanthrope.
Tu nous l’as révélé, Silvain, ce Lebonnard; Tes yeux, sous sa besicle, ont vu son beau regard; Et toi qui fais les vers comme tu sais les dire,
Tu prouves que, sous un habit qui prête à rire, Il est, par son grand cœur, digne de ton grand art, Et qu’en lui l’idéal chante comme une lyre.
JEAN AICARD.
TABLE DES MATIÈRES
Pages.
DÉDICACE À ALPHONSE KARR IX
Distribution des rôles du _Père Lebonnard_ à la Comédie-Française XI
LE PÈRE LEBONNARD
Premier acte 1 Deuxième acte 81 Troisième acte 151 Quatrième acte 213
Portraits des personnages 261 Le vers dans les pièces modernes 269 Antoine--Novelli--Silvain 279 Deux sonnets 299
TABLE DES FIGURES
Pages.
SILVAIN, dans le Père Lebonnard VI Mlle GÉNIAT, de la Comédie-Française (Jeanne Lebonnard) 3 M. JOUBÉ (Robert). Répétitions d’Asnières. (Acte II, scène I) 93 Mme et M. SILVAIN, de la Comédie-Française (Acte II, sc. VII) 127 M. JOUBÉ (Robert). Répétitions d’Asnières. M. SILVAIN. (Acte II, scène X) 139 M. JOUBÉ (Robert). Représentations d’Asnières. M. SILVAIN. (Acte II, scène X) 143 M. et Mme SILVAIN (Acte III, scène XI) 197 M. et Mme SILVAIN (Acte III, scène XI) 201 M. et Mme SILVAIN (Acte III, scène XII) 211 Répétitions d’Asnières (Acte IV, scène XII) 253 SILVAIN (Acte IV, scène XII) 259 ERMETE NOVELLI 285 ERMETE NOVELLI, dans le rôle du Père Lebonnard 292 SILVAIN, dans le rôle du Père Lebonnard 293 Médaille offerte à M. SILVAIN par le Comité toulonnais 297
6994-2-18--Paris.--Imp. Hemmerlé et Cie.