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LXX.

ALEXANDRE DUMAS (_fils_) AND ZIONISM

IN _La Femme de Claude_, pp. 50‒51, Daniel says:

“Nous sommes dans une époque où chaque race a résolu de revendiquer et d’avoir bien à elle son sol, son foyer, sa langue et son temple. Il y a assez longtemps que nous autres Israélites, nous sommes dépossédés de tout cela. Nous avons été forcés de nous glisser dans les interstices des nations, d’où nous avons pénétré dans les intérêts des gouvernements, des sociétés, des individus. C’est beaucoup, ce n’est pas assez. On croit encore que la persécution nous a dispersés, elle nous a répandus; et nous tenant par la main, nous formons aujourd’hui un filet dans lequel le monde pourrait bien se trouver pris le jour où il lui viendrait à l’idée de nous redevenir hostile ou de se déclarer ingrat. En attendant nous ne voulons plus être un groupe, nous voulons être un peuple, plus qu’un peuple, une nation. La patrie idéale ne nous suffit plus, la patrie fixe et territoriale nous est redevenue nécessaire, et je pars pour chercher et lever notre acte de naissance légalisé.”

Isidore Cahen writes, Le Daniel de la Femme du Claude “... prévoit et prédit une restauration matérielle de la grandeur de Juda, la reconstitution d’un Etat politique juif! M. Dumas va jusqu’à citer le vœu célébre de la Hagadah: ‘L’année prochaine à Jérusalem....’

“Dans ces vœux qui contiennent nos livres traditionelles il n’y a qu’une espérance allégorique un vœu mystique: c’est une Jérusalem idéale, ... et non pas une Jérusalem politique....”¹

¹ _Archives Israélites_, 1ᵉʳ Fevrier, 1873, _p._ 86.

... Il faut que je sois bien maladroit et que je dise bien mal ce que je veux dire pour qu’il y ait erreur sur mon appréciation des Israélites. Le jour où j’ai écrit la Femme de Claude, j’ai cru les glorifier. Je ne vois pas que Daniel et Rebecca ne représentent pas un idéal supérieur et si Daniel menace un moment ceux qui pourraient se montrer hostiles ou ingrats de la puissance que ses coreligionnaires out acquise, il a parfaitement raison. Ce n’est pas quand depuis près de deux mille ans une race subit l’injustice et la persécution comme l’a fait votre race, qu’elle va, après de grands services rendus, supporter l’ingratitude et l’hostilité de ceux qu’elle a tirés d’affaire. Il n’en est pas moins vrai que lors de l’apparition de la Femme de Claude, beaucoup de vos co-religionnaires se sont trompés sur mes intentions et que quelquesuns ont organisé une cabale contre la pièce. Je ne leur en veux pas. Je ne ferai jamais entrer une question personnelle dans ce jugement que je puis avoir à porter historiquement et philosophiquement sur toute une Nation.

... Comme j’assiste pendant le temps que je passe sur la terre aux évolutions de l’humanité à laquelle j’appartiens, je m’amuse quelquefois à essayer de prévoir et même de prédire la direction qu’elles peuvent prendre. Comme j’ai bien étudié celles de votre race, que je l’ai vue asservie et persécutée de tous temps et en ces mêmes temps toujours patiente et laborieuse, je me suis, dans mon intérieur, pris de sympathie pour elle, et si j’avais été capable de pratiquer une religion c’est à celle de ces persécutés et de ces laborieux que je serais allé. Quand un peuple a établi toute la morale humaine sur dix petits versets, il peut vraiment se dire le peuple de Dieu, étant donné la conception que les hommes les plus éclairés peuvent se faire, derrière Moise d’un Dieu personnel. Seulement j’ai le tort d’appliquer à ceux que j’étudie et qui m’intéressent les idées que j’aurais si j’étais à leur place..., quand j’ai vu les évènements politiques nous apporter en 1870, en établissant la République et en nous retirant de Rome, vous apporter la revanche de tant d’injustices et d’humiliations patiemment supportées, je me suis demandé quelle mission je me donnerais, si dans les idées où je suis, j’étais membre de ce peuple

## particulier. Je me suis dit alors que je n’aurais qu’une idée, ce

serait de reprendre possession de mon sol d’origine et de tradition et de rebâtir le temple de Jérusalem, sinon sur la place du tombeau du Christ, du moins en face. C’est cette idée que j’ai incarnée dans Daniel. On m’a dit souvent depuis, que je me trompais sur les ambitions des Israélites, qu’ils ne pensaient plus à ces représailles-là, que leur idéal était de vivre en paix avec les différentes nations qui leur out donné droit de cité et qu’ils out renoncé à finir leurs jours dans un foyer à eux. Tant pis pour eux, si c’est vrai. Il est bon d’avoir un idéal, même quand il est irréalisable. Voilà mon cher ami, aussi brièvement que possible, mes idées sur vos coreligionnaires. Ils m’ont toujours inspiré les sentiments que leur courage, leur persévérance, leurs malheurs, leurs efforts de toutes sortes doivent inspirer à des esprits de bonne foi et à des consciences désintéressées....¹

¹ The foregoing are extracts from a hitherto unpublished letter sent by Alexandre Dumas (fils) to a prominent French Jew. It is dated 1873.