CHAPITRE IV
=Les montagnes.=
Les montagnes du Sud-Oranais sont presque toutes des dômes allongés et monotones, formés par des grès paléozoïques et elles sont couvertes d’une végétation fort riche pour la région. Dans leur partie inférieure, les flancs s’élèvent en pente douce et sont couverts, comme la plaine environnante, d’une association steppique de plantes herbacées ou sous-frutescentes. Leur partie supérieure au contraire, de 1300 ou 1500 m. à 2000 et au-delà, est couverte dans presque tous les cas par des forêts d’une nature particulière.
Il va sans dire que la partie inférieure présente d’étroites analogies avec les steppes ; néanmoins elle s’en distingue par la présence d’un assez grand nombre d’espèces descendues des hauteurs. C’est le cas en particulier pour les forêts qui s’allongent en pointe vers le bas, en suivant le cours des ouadi. On peut observer ce phénomène de loin déjà sur la plupart des montagnes (Voy. Pl. XII, fig. 18). Dans d’autres cas, au contraire, les déboisements ou les incendies ont fait leur œuvre et la montagne est dénudée jusqu’à une altitude considérable. Alors le steppe s’étend et, quoiqu’il s’incorpore un grand nombre d’espèces de la zone forestière, il entraîne cependant avec lui jusqu’à des altitudes inusitées bien des espèces des hauts plateaux.
La flore montagneuse est d’un puissant intérêt ; comme elle est très riche et variée, on peut y distinguer trois zones :
1) La zone inférieure non boisée dont nous avons déjà parlé ; elle s’étend jusqu’à 1400 m. environ.
2) La zone moyenne de 1400 à 1700 ou 1800 m.
3) La zone supérieure de 1700 ou 1800 m. à 2000 m. et au-dessus.
Il ne faudrait pas s’imaginer que ces limites soient absolues ! Comme les limites des forêts, elles sont très variables et même dans beaucoup de cas où la lisière des forêts remonte à de hautes altitudes, on voit la zone moyenne ne pas coïncider avec cette dernière. Inversément, nous verrons que des associations entières, caractéristiques du sommet des montagnes, sont entraînées très bas le long des rives boisées des torrents.
A l’intérieur des zones de végétation que nous venons de mentionner, il y a des associations particulières, mais celles-ci elles-mêmes contribuent parfois à caractériser la zone en question, tel est le cas pour les prairies que l’on rencontre sous forme de clairières dans la zone supérieure et, plus rarement, dans la zone moyenne. Tel est le cas aussi pour les sources de montagne, mentionnées déjà à propos des points d’eau, ou bien enfin, pour les rochers accidentés qui se trouvent parfois au sommet de quelque dôme démantelé.
Pour nous rendre compte des affinités et de l’origine de ces différentes flores, il convient d’étudier chaque zone à part et de dresser, pour chacune d’entre elles, les statistiques que nous avons faites pour les groupes analysés plus haut. Il faudra introduire quelque peu d’arbitraire dans les listes de cette nature, parce que les limites altitudinaires ne coïncident pas toujours avec les zones que nous avons établies. D’autre part, souvent une même espèce se rencontre dans deux ou trois zones différentes et, comme nous l’avons dit, les limites des zones sont parfois très difficiles à tracer dans un cas donné. Mais si nous laissons autant que possible de côté les cas douteux et que nous répétions autant que faire se pourra la même espèce dans diverses listes, lorsqu’elle aura été récoltée à des altitudes différentes, nous pourrons néanmoins nous faire une idée générale au sujet des éléments de la flore montagneuse. En effet, les indications données par une étude systématique de ces questions sont tellement nettes que — si imparfaites et si incomplètes que soient nos listes — les résultats généraux s’en dégagent néanmoins avec une évidence indiscutable, comme on a pu le voir déjà dans les chapitres qui précèdent.
§ 1. ZONE INFéRIEURE à CARACTèRE STEPPIQUE. — Nous ne saurions donner de cette association une analyse détaillée basée sur nos exsiccata, car nous n’avons pas approfondi l’étude de ce groupe vu son peu d’intérêt.
1) Dans la zone inférieure des montagnes, c’est avec toutes ses espèces accessoires le _steppe d’alfa_ qui remonte le long des pentes de la montagne. Il serait donc inutile de répéter ici la liste que nous en avons donnée, comme il nous a paru fastidieux d’y récolter à nouveau les mêmes plantes. Mais, à ces espèces déjà mentionnées, s’en joignaient d’autres dont la présence frappait au premier abord, parce que nous ne les avions pas rencontrées dans la plaine. C’étaient par exemple :
_Plantago Psyllium_ L., circumméditerranéen.
_Linum strictum_ L., circumméditerranéen.
_Glaucium corniculatum_ Curtis v. _phœniceum_ DC., circumméditerranéen.
_Rumex vesicarius_ L., d’Orient.
_Calendula ægyptiaca_ Pers., d’Orient.
_Echiochilon fruticosum_ Desf., d’Orient.
_Moricandia arvensis_ DC. v. _suffruticosa_ Coss., d’Orient.
_Astragalus Fontanesii_ Coss. et Dur., d’Algérie en Egypte.
_Centaurea melitensis_ L., d’Espagne et bassin méditerranéen occidental.
_Erinacea pungens_ Boiss., d’Espagne et bassin méditerranéen occidental.
_Catananche cœrulea_ L. v. _propinqua_ Hochr., du Maroc.
_Daucus sahariensis_ Murb. v. _elongatus_ Hochr., endémique dans la région.
_Centaurea incana_ Desf. v. _Saharæ_ Hochr., endémique dans la région.
_Crambe Kralikii_ Coss., endémique dans la région.
Si l’on ajoute cela à l’association des steppes d’alfa, on verra que les rapports avec l’Orient restent très étroits ; les rapports avec l’Occident augmentent un peu, ainsi que les endémismes. Cette augmentation est très faible.
Malgré le peu que nous savons au sujet de leur dispersion en Algérie même, nous remarquons que la plupart des espèces signalées dans la caractéristique de la région montagneuse inférieure, sont des plantes habitant surtout le Sahara et la chaîne de bordure. Les autres habitent les trois régions ou bien les deux régions méridionales. Cette observation est à retenir pour la comparaison avec les zones supérieures.
2) Nous mentionnerons aussi dans la zone inférieure l’association dont nous avons déjà parlé et qui se rattache à la partie boisée des montagnes, c’est-à-dire les _plantes qui descendent presque jusque dans la plaine_ en suivant les ouadis (Voy. Pl. XIII, fig. 19). Mais nous ne pouvons pas tenir compte de la liste que nous allons donner pour élucider les affinités de la zone montagneuse la plus inférieure ; c’est pourquoi pour la discussion de ces affinités nous rattacherons les éléments de cette association à leurs zones naturelles respectives. Nous y avons noté à côté des :
_Juniperus phœnicea_ L.
» _Oxycedrus_ L.
les plus fréquents et
_Quercus Ilex_ L. v. _Ballota_ DC.
_Juniperus macrocarpa_ Sibth. et Sm. v. _globosa_ Neilreich.
les espèces suivantes :
_Chrysanthemum macrotum_ Ball.
_Achillea odorata_ L.
_Silene amurensis_ Pomel.
_Dianthus longicaulis_ Ten.
_Atractylis cæspitosa_ Desf.
_Arabis auriculata_ Lam.
_Linaria heterophylla_ Desf. v. _aurasiaca_ Hochr.
Il va sans dire que cette association est en outre fortement imprégnée d’espèces de la zone inférieure steppique telles que :
_Erinacea pungens_ Boiss.
_Astragalus Fontanesii_,
etc., etc.
§ 2. ZONE MOYENNE PLUS OU MOINS BOISéE. — Cette zone qui commence vers 1400 ou 1500 m. suivant les régions, s’étend jusqu’à 1700 ou 1800 m. Les essences y sont les mêmes que dans la zone supérieure, mais les proportions y sont un peu différentes :
_Juniperus Oxycedrus_ L.
» _phœnicea_ L.
dominent, tandis que :
_Quercus Ilex_ L. v. _Ballota_ et
_Juniperus macrocarpa_
sont en plus petit nombre. Nous n’avons jamais observé le pin d’Halep dans cette région.
Tous ces arbres ont une forme très caractéristique ; ils possèdent presque toujours un ou plusieurs troncs parfois très gros mais branchus jusqu’à la base, de telle sorte qu’isolés, comme ils le sont, ils ont plus ou moins la forme d’une sphère. On pourrait comparer ces forêts singulières au steppe ; elles sont aux forêts denses ce que le steppe est à la prairie.
Entre ces individus arborescents se trouve toute une flore herbacée, suffrutescente ou même frutescente, à organisation plus ou moins steppique. Elle peut devenir parfois assez dense pour former dans les clairières de petites prairies.
Les espèces herbacées qu’on observe dans cette région, et qui accompagnent les essences ligneuses mentionnées, sont :
_Scrophularia canina_ L., plus ou moins cosmopolite[23].
_Veronica Anagallis_ L., plus ou moins cosmopolite.
_Scirpus Holoschœnus_ L., plus ou moins cosmopolite.
_Lamium amplexicaule_ L., plus ou moins cosmopolite.
_Sonchus asper_ Hill, plus ou moins cosmopolite.
_Ranunculus macrophyllus_ Desf. v. _macrophyllus_ Hochr., plus ou moins cosmopolite.
_Convolvulus arvensis_ L., plus ou moins cosmopolite.
_Scorzonera laciniata_ L., plus ou moins cosmopolite.
_Lolium perenne_ L., plus ou moins cosmopolite.
_Elymus caput-medusæ_ L., plus ou moins cosmopolite.
_Bromus tectorum_ L., plus ou moins cosmopolite.
_Bromus squarrosus_ L., plus ou moins cosmopolite.
_Linaria arvensis_ Desf. v. _parviflora_ Hochr., plus ou moins cosmopolite.
_Arenaria serpyllifolia_ L. v. _tenuior_ Koch, plus ou moins cosmopolite.
_Sideritis montana_ L. v. _ebracteata_ Briq., circumméditerranéen.
_Hedypnois cretica_ Willd., circumméditerranéen.
_Papaver somniferum_ var. _setigerum_ Webb., circumméditerranéen.
_Artemisia Herba-alba_ Asso., circumméditerranéen.
_Plantago albicans_ L., circumméditerranéen.
_Teucrium Polium_ L. v. _flavovirens_ Briq., circumméditerranéen.
_Ceratocephalus falcatus_ Pers. v. _incurvus_ Boiss., circumméditerranéen.
_Schismus calycinus_ Coss., circumméditerranéen.
_Bromus rubens_ L. v. _canescens_ Coss., circumméditerranéen.
_Lygeum Spartum_ L., circumméditerranéen.
_Rosmarinus officinalis_ L., circumméditerranéen.
_Thlaspi perfoliatum_ L., circumméditerranéen.
_Carrichtera Vellæ_ DC., circumméditerranéen.
_Satureia rotundifolia_ Briq., circumméditerranéen.
_Echinaria capitata_ Desf., circumméditerranéen.
_Fumaria densiflora_ DC., circumméditerranéen.
_Herniaria cinerea_ DC., circumméditerranéen.
_Micropus bombycinus_ Lag., circumméditerranéen.
_Stipa barbata_ Desf., d’Espagne en Orient par la Barbarie.
_Echinospermum patulum_ Lehm. v. _genuinum_ Hochr., d’Espagne en Orient par la Barbarie.
_Erodium glaucophyllum_ L’Hérit du Maroc en Orient par la Barbarie.
_Ononis Columnæ_ All., d’Espagne en Orient, mais aussi dans l’Europe méridionale.
_Convolvulus cantabricus_ L., d’Espagne en Orient, mais aussi dans l’Europe méridionale.
_Alsine setacea_ Mert. et Koch[24] v. _genuina_ Boiss., Europe méridionale et Algérie.
_Helichrysum scandens_ Murb.[24], Baléares, Sicile, Maroc à Tunisie.
_Centaurea Battandieri_ Hochr., endémique dans la région.
_Erucastrum leucanthum_ Coss. et Dur., endémique dans la région.
_Festuca cynosuroides_ Desf., endémique dans la région.
_Centaurea incana_ Desf. v. _monocephala_ Hochr., endémique dans la région.
_Artemisia Herba-alba_ Asso. v. _oranensis_ Debeaux, endémique dans la région.
_Diplotaxis virgata_ DC. v. _Aïssæ_ Hochr., endémique dans la région.
_Erucastrum leucanthum_ Coss. et Dur. v. _elongatum_ Hochr., endémique dans la région.
_Sisymbrium runcinatum_ Lag. v. _hirsutum_ Coss., endémique dans la région.
_Linum Munbyanum_ Boiss. et Reut. v. _meridionale_ Hochr., endémique dans la région.
_Pallenis spinosa_ Cass. v. _cuspidata_ Hochr., endémique dans la région.
_Asperula hirsuta_ Desf., d’Espagne en Tunisie.
_Chrysanthemum macrotum_ Ball., d’Espagne en Tunisie.
_Stipa tenacissima_ L., d’Espagne en Tunisie.
_Marrubium supinum_ L., d’Espagne en Tunisie.
_Erysimum Kunzeanum_ Boiss. et Reut., d’Espagne en Algérie.
_Diplotaxis virgata_ DC., d’Espagne en Algérie.
_Festuca unilateralis_ Schrad. v. _aristata_ Coss. et Dur., d’Espagne en Algérie.
_Nepeta Nepetella_ L. v. _amethystina_ Briq., d’Espagne en Algérie.
_Populus alba_ L. v. _integrifolia_ Ball, d’Espagne en Algérie.
_Asphodelus cerasifer_ Gay, d’Espagne en Tunisie et en Europe méridionale, manque en Orient.
_Fumaria spicata_ L., d’Espagne en Tunisie et en Europe méridionale, manque en Orient.
_Rosa Pouzini_ Trattinick, d’Espagne en Tunisie et en Europe méridionale, manque en Orient.
_Crepis taraxacifolia_ Thuill, d’Espagne en Tunisie et en Europe méridionale, manque en Orient.
_Sisymbrium Sophia_ L., d’Espagne en Tunisie et en Europe méridionale, manque en Orient.
_Coronilla juncea_ L. v. _Pomeli_ Hochr., d’Espagne en Tunisie et en Europe occidentale, manque en Orient.
_Atractylis cæspitosa_ Desf., du Maroc en Tunisie.
_Polycnemum Fontanesii_ Dur. et Moq., du Maroc en Algérie.
Pour être complet et pour avoir des proportions qui correspondent à la flore de cette zone, il est nécessaire d’ajouter à notre liste une série d’espèces habitant la zone supérieure mais descendant toujours plus ou moins bas, dans la zone moyenne.
Ces plantes communes aux deux zones sont :
_Asperugo procumbens_ L., plus ou moins cosmopolite.
_Androsace maxima_ L., plus ou moins cosmopolite.
_Arabis auriculata_ Lam., plus ou moins cosmopolite.
» » » v. _dasycarpa_ Andrz, plus ou moins cosmopolite.
_Alyssum campestre_ L., plus ou moins cosmopolite.
_Juniperus phœnicea_ L., circumméditerranéen.
» _Oxycedrus_ L., circumméditerranéen.
» _macrocarpa_ Sibth. et Sm., circumméditerranéen.
_Triticum triaristatum_ Gr. et God., circumméditerranéen.
_Launæa spinosa_ Sch. Bip., d’Espagne en Orient par la Barbarie.
_Helianthemum hirtum_ Pers. v. _deserti_ Coss., endémique.
_Polycarpon Bivonæ_ Hay, d’Italie en Asie mineure, du Maroc en Tunisie.
_Quercus Ilex_ L. v. _Ballota_ DC., d’Espagne en Tunisie.
_Cynoglossum cheirifolium_ L.[25], d’Espagne en Tunisie.
_Helianthemum papillare_ Boiss., d’Espagne en Tunisie.
_Anthemis punctata_ Vahl, d’Espagne en Tunisie.
_Linum suffruticosum_ L., d’Espagne en Tunisie.
_Helianthemum pilosum_ Pers., d’Espagne en Tunisie.
_Ephedra fragilis_ Desf. v. _Desfontainii_ Stapf.[26], d’Espagne en Tunisie.
_Chrysanthemum Gayanum_ Ball, au Maroc et en Algérie occidentale.
_Chrysanthemum Maresii_ Ball, au Maroc et en Algérie occidentale.
Si nous envisageons l’ensemble de ces listes, nous remarquons d’abord que la proportion des cosmopolites est fortement augmentée, à cause de l’association des sources de montagne dont nous avons fait rentrer la liste dans l’énumération ci-dessus. Les six premières espèces sont des plantes de point d’eau et pour ne pas troubler nos résultats, nous n’en tiendrons pas compte dans les proportions à établir. Nous avons cependant voulu les énumérer pour être complet.
Une première remarque s’impose tout d’abord, c’est que le nombre total des espèces et variétés observées est beaucoup plus grand que dans le steppe ou dans la région inférieure.
En faisant abstraction des cosmopolites de marécage, il s’élève à 77, parmi lesquelles :
A. 34 cosmopolites ou circumméditerranéennes, c’est-à-dire le 44 %. 8 ou 10 sont des espèces habitant l’Europe centrale et constituent un élément spécial dont nous aurons à parler plus tard. Il reste donc comme proportion de cosmopolites ou de circumméditerranéennes vraies, environ 30 %, une proportion un peu plus forte que dans le steppe de la plaine.
B. 6 orientales, c’est-à-dire le 8 %. Notons ici la diminution énorme de cet élément.
C. 12 endémiques, en y comptant l’_Atractylis cæspitosa_ qui s’étend d’un côté au Maroc, de l’autre en Tunisie. Cela fait une proportion de 16 % de plantes particulières à la région, par conséquent à peine plus faible que dans le steppe ; mais vu l’imperfection de nos statistiques, nous ne saurions baser de conclusion sur une différence aussi minime.
D. 23 à aire occidentale, c’est-à-dire environ le 30 %.
E. 3 de ces plantes enfin, c’est-à-dire un peu plus du 3 %, présentent une aire disjointe, en ce sens qu’elles se trouvent dans l’Europe méridionale, la Sicile en particulier, et en Algérie, tout en faisant défaut, d’une part en Espagne et au Maroc, d’autre part en Orient.
En gros nous pouvons dire que, par rapport à la zone inférieure et au steppe, les affinités avec l’Orient ont diminué dans une très forte mesure au profit de l’affinité avec l’Occident dont l’influence devient prépondérante.
Il nous reste à examiner rapidement quelques-unes des associations les plus typiques de cette zone.
1. =Forêts de genévriers et de chênes-verts.= — Dans les intervalles entre les arbres, sur un terrain rocheux ou sur des éboulis plus ou moins recouverts de terre, se trouve une série de petites espèces chétives pourvues souvent d’assez jolies fleurs où butinent de nombreux insectes. Il peut s’y ajouter un végétal remarquable à cause de ses petits buissons bas et très verts, c’est le _Rosmarinus officinalis_ qui donne une physionomie vraiment particulière à l’association quand il s’y trouve en grand nombre. A côté des arbres précités et du romarin nous avons noté les espèces suivantes :
_Fumaria densiflora_ DC.
_Helichrysum scandens_ Murb.
_Ephedra fragilis_ Desf. v. _Desfontainii_ Stapf.
_Chrysanthemum Gayanum_ Ball.
» _Maresii_ »
_Launæa spinosa_ Sch. Bip.
_Alsine setacea_ Mert. et Koch.
_Cynoglossum cheirifolium_ L.
_Helianthemum papillare_ Boiss.
_Anthemis punctata_ Vahl.
_Centaurea Battandieri_ Hochr.
_Erucastrum leucanthum_ Coss. et Dur.
» » » v. _elongatum_ Hochr.
_Erysimum Kunzeanum_ Boiss. et Reut.
_Coronilla juncea_ L. v. _Pomeli_ Hochr.
_Sisymbrium Sophia_ L.
_Artemisia Herba-alba_ Asso v. _oranensis_ Debeaux.
_Lygeum Spartum_ L.
etc., etc.
Et plutôt dans les éboulis grossiers, quelque peu recouverts de terre :
_Veronica rosea_ Desf.
_Linum suffruticosum_ L. v. _squarrosum_ Munby.
_Helianthemum hirtum_ Pers. v. _deserti_ Coss.
» _pilosum_ Pers.
_Arenaria serpyllifolia_ L. v. _tenuior_ Koch.
_Asperula hirsuta_ Desf.
_Polycarpon Bivonæ_ Gay.
Cette dernière série forme en quelque sorte une sous-association, car elle affectionne les endroits plutôt ombreux ; toutefois elle se combine de toutes manières avec la série précédente et avec la suivante.
Parmi les espèces se rattachant toujours à l’association des forêts de genévriers et de chênes-verts, nous tenons à mentionner à part les espèces suivantes, récoltées toutes dans les pierres du chemin et dont nous attribuons la présence en grande partie au passage des troupeaux. En effet toutes ou presque toutes sont des plantes à dispersion étendue, cosmopolite ou circumméditerranéenne et plusieurs possèdent des appareils de dissémination adhéreurs :
_Echinaria capitata_ Desf.
_Triticum triaristatum_ Gr. et Godr.
_Elymus caput-medusæ_ L.
_Bromus squarrosus_ L.
» _tectorum_ L.
» _rubens_ L. v. _canescens_ Coss.
_Lolium perenne_ L.
_Ceratocephalus falcatus_ Pers. v. _incurvus_ Boiss.
_Arabis auriculata_ Lam. v. _genuina_.
» » » v. _dasycarpa_ Andrez.
_Herniaria cinerea_ DC.
_Thlaspi perfoliatum_ L.
_Alyssum campestre_ L.
_Asperugo procumbens_ L.
_Androsace maxima_ L.
_Ononis Columnæ_ All.
_Linaria arvensis_ Desf. v. _parviflora_ Hochr.
_Satureia rotundifolia_ Briq.
_Erodium glaucophyllum_ L’Hérit.
2. =Prairies-clairières.= — Il nous est très difficile de donner un aperçu même fragmentaire de cette association, parce qu’elle est fort rare dans la zone moyenne. Elle est beaucoup plus fréquente dans la zone supérieure ; d’autre part dans quelque zone qu’elle se trouve, elle sert presque toujours de pâturage aux herbivores et ces derniers ne laissent pas une plante entière. Dans certains cas même, là où il y a une tribu dans le voisinage, il ne reste absolument rien qu’un gazon tondu ras, piétiné, où aucune détermination n’est possible. Quoiqu’il en soit, nous mentionnerons cependant quelques espèces récoltées dans la clairière d’Aïn-Aïssa (Voy. Pl. XIII, fig. 20) afin de donner une idée du caractère de ces associations :
_Hedypnois cretica_ Wild.
_Papaver somniferum_ var. _setigerum_ Webb.
_Convolvulus arvensis_ L.
_Scorzonera laciniata_ L.
_Convolvulus cantabricus_ L.
3. =Pentes herbeuses déboisées.= — Lorsqu’elles sont suffisamment recouvertes de terre végétale, l’alfa domine de beaucoup, et elles constituent un steppe très serré de _Stipa tenacissima_. Il peut s’y ajouter comme sur les pentes sud-est du Djebel Morghad :
_Crepis taraxacifolia_ Thuill.
_Pallenis spinosa_ Cass. v. _cuspidata_ Hochr.
_Linum Munbyanum_ Boiss. et Reut. v. _meridionale_ Hochr.
Lorsque la pente est surtout rocailleuse, l’alfa est en moins grande quantité, il forme des touffes plus petites et plus espacées. Il s’y ajoute des touffes de :
_Atractylis cæspitosa_ Desf.
_Polycnemum Fontanesii_ Dur. et Moq.
_Artemisia Herba-alba_ Asso.
Et, dans les intervalles, se trouvent en très grand nombre des espèces plus petites :
_Carrichtera Vellæ_ DC.
_Echinospermum patulum_ Lehm. v. _genuinum_ Hochr.
_Schismus calycinus_ Coss.
_Diplotaxis virgata_ DC. v. _Aïssæ_ Hochr.
_Sisymbrium runcinatum_ Lag. v. _hirsutum_ Coss.
_Fumaria spicata_ L.
A une altitude supérieure, nous avons observé l’association suivante, qui devrait rentrer dans la zone supérieure si l’on ne prenait en considération que l’altitude de 1700 à 1800 mètres (Voy. Pl. XIV, fig. 21). La formation est toujours steppique :
_Stipa tenacissima_ L.
_Artemisia Herba-alba_ Asso.
_Chrysanthemum macrotum_ Ball.
_Festuca cynosuroides_ Desf.
_Centaurea incana_ Desf. v. _monocephala_ Hochr.
_Diplotaxis virgata_ DC.
_Festuca unilateralis_ Schrad. v. _aristata_ Coss. et Bur.
_Stipa barbata_ Desf.
_Teucrium Polium_ L. v. _flavovirens_ Briq.
_Plantago albicans_ L.
_Papaver somniferum_ var. _setigerum_ Webb.
_Micropus bombycinus_ Lag.
Malgré des données incomplètes sur la phytogéographie de l’Algérie, on ne peut qu’être frappé du grand nombre de plantes répandues dans le Tell et dans la chaîne de bordure saharienne, mais manquant sur les hauts plateaux. C’est environ le 30 % des végétaux au sujet desquels nous avons trouvé quelques renseignements. Et même, dans cette série de 30 %, plus de la moitié sont indiqués expressément comme habitant les hauts sommets du Tell et plusieurs du Djurdjura. Une très grande quantité aussi (à peu près la même proportion) est indiquée comme habitant le Tell, les hauts plateaux et la bordure saharienne.
Par rapport aux précédents, un très petit nombre au contraire (environ le 10 %) est indiqué pour les hauts plateaux et dans la bordure saharienne ; le reste serait constitué par des plantes de la bordure saharienne et du Sahara. On pourrait déjà tirer une conclusion de cette constatation mais elle ressortira avec plus de clarté encore de l’étude de la zone supérieure.
§ 3. ZONE SUPéRIEURE BOISéE. — La zone supérieure commence à 1700 ou 1800 m., elle est toujours boisée, au moins sur les montagnes que nous avons visitées. Lorsque le déboisement a eu lieu, c’est généralement la zone moyenne qui s’élève jusqu’à la limite des forêts. Cependant il peut arriver qu’en certains endroits il reste quelques arbres et alors, au milieu du steppe indiqué comme caractéristique de la zone moyenne, on observe des îlots de plantes se rattachant par tous leurs caractères à la zone supérieure.
Au sommet des montagnes, ce ne sont plus les genévriers qui dominent, mais bien les chênes-verts ; il s’y ajoute les _Juniperus macrocarpa_ en assez grand nombre. On y rencontre aussi, mais moins fréquents que dans la zone moyenne, le _Juniperus Oxycedrus_ et _J. phœnicea_. Enfin un arbre que nous avons rencontré dans cette zone seule, et qui lui donne un faciès caractéristique, la séparant du coup de toutes les associations de la région, c’est le _Pinus Halepensis_. Nous en avons observé plusieurs groupes, parfois assez étendus, sur les pentes du Djebel Aïssa ; ce sont des arbres extrêmement vieux, très élevés et dont les formes tourmentées sont des plus pittoresques (Voy. Pl. XV, fig. 23). Il est évident que cette essence est en voie d’extinction, et ces bouquets de bois de haute futaie sont les restes d’une ancienne splendeur. Nous ne doutons pas qu’autrefois, les pins d’Halep n’aient recouvert la plupart des montagnes de la région.
Quant aux autres essences, ce sont des arbres identiques à ceux de la zone moyenne, mais plus on s’élève, plus les exemplaires deviennent exubérants, plus ils se rapprochent aussi ; au point que, sur les hauts sommets, au Djebel Morghad par exemple (2136 m.), ils forment de petits bois très denses, où les couronnes entrent en contact les unes avec les autres et constituent un dôme ombreux continu. Ce même phénomène peut s’observer aussi dans le voisinage des sources ; dans ce cas il est tout à fait localisé ; ailleurs les arbres sont toujours plus ou moins espacés comme dans la zone moyenne.
Un autre caractère de cette zone supérieure est la présence de prairies-clairières comme nous en avons mentionné déjà dans la zone moyenne où elles sont fort rares du reste. Dans la zone supérieure, au contraire, elles sont la règle, tandis que la formation steppique type y fait défaut.
Dans ces forêts de la zone supérieure comme dans ses clairières, nous avons relevé les espèces suivantes :
_Bromus tectorum_ L., plus ou moins cosmopolite.
_Lolium perenne_ L., plus ou moins cosmopolite.
_Triticum triaristatum_ Gr. et Godr., plus ou moins cosmopolite.
_Poa bulbosa_ L., plus ou moins cosmopolite.
_Muscari comosum_ Mill., plus ou moins cosmopolite.
_Sedum album_ L. v. _micranthum_ DC., plus ou moins cosmopolite.
_Reseda Luteola_ L. v. _Gussonii_ J. Müll., plus ou moins cosmopolite.
_Myosotis collina_ Hoffm., plus ou moins cosmopolite.
_Linaria arvensis_ Desf. v. _parviflora_ Hochr., plus ou moins cosmopolite.
_Herniaria glabra_ L., circumméditerranéen s’étendant en Europe centrale ou boréale.
_Galium spurium_ L. v. _Vaillantii_ Gr. et Godr., circumméditerranéen s’étendant en Europe centrale ou boréale.
_Camelina sylvestris_ Wallr., circumméditerranéen s’étendant en Europe centrale ou boréale.
_Arabis auriculata_ Lam. v. _genuina_, circumméditerranéen s’étendant en Europe centrale.
_Arabis auriculata_ Lam. v. _dasycarpa_ Andrz., circumméditerranéen s’étendant en Europe centrale.
_Hutchinsia petræa_ R. Br., circumméditerranéen s’étendant en Europe centrale.
_Arenaria serpyllifolia_ L. v. _tenuior_ Koch, circumméditerranéen s’étendant en Europe centrale ou boréale.
_Ruscus aculeatus_ L., circumméditerranéen s’étendant en Europe centrale.
_Asperugo procumbens_ L., circumméditerranéen s’étendant en Europe centrale ou boréale.
_Androsace maxima_ L., circumméditerranéen s’étendant en Europe centrale ou boréale.
_Alyssum campestre_ L., circumméditerranéen s’étendant en Europe centrale ou boréale.
_Silene conica_ L., circumméditerranéen s’étendant en Europe centrale.
_Lactuca viminea_ J. et K. Presl, circumméditerranéen s’étendant en Europe centrale.
_Osyris alba_ L., circumméditerranéen s’étendant en Europe centrale.
_Xeranthemum inapertum_ Willd., circumméditerranéen s’étendant en Europe centrale.
_Juniperus phœnicea_ L., circumméditerranéen.
» _Oxycedrus_ L., circumméditerranéen.
» _macrocarpa_ Sibth. et Sm. v. _globosa_ Neilreich, circumméditerranéen.
_Pinus Halepensis_ Mill., circumméditerranéen.
_Paronychia capitata_ Lam., circumméditerranéen.
_Thlaspi perfoliatum_ L., circumméditerranéen.
_Silene colorata_ Poir. v. _pteropleura_ Coss.[27], circumméditerranéen.
_Jasminum fruticans_ L., circumméditerranéen.
_Lithospermum incrassatum_ Guss., circumméditerranéen.
_Sedum nicæense_ All., circumméditerranéen.
_Cynosurus elegans_ Desf., circumméditerranéen.
_Bromus rubens_ L. v. _canescens_ Coss., circumméditerranéen.
_Ruta chalepensis_ L., circumméditerranéen.
_Avena barbata_ Brot. v. _genuina_ Willk. et L., circumméditerranéen.
_Reseda alba_ L. v. _firma_ J. Müll., circumméditerranéen.
_Melica ciliata_ L. v. _nebrodensis_ Parlat., circumméditerranéen.
_Oryzopsis cœrulescens_ Batt. et Tr., circumméditerranéen.
_Clematis Flammula_ L. v. _cæspitosa_ Reich., circumméditerranéen.
_Adonis æstivalis_ L., circumméditerranéen.
_Plantago Lagopus_ L., circumméditerranéen.
_Hippocrepis ciliata_ Willd., circumméditerranéen.
_Salvia Verbenaca_ L. v. _clandestina_ Briq., circumméditerranéen.
_Cotoneaster nummularia_ Fisch. et M., d’Orient.
_Launæa spinosa_ Sch. Bip., d’Espagne en Orient par la Barbarie.
_Stipa parviflora_ Desf., d’Espagne en Orient par la Barbarie.
_Rochelia disperma_ Hochr., d’Espagne en Algérie et en Orient par l’Europe centrale.
_Pimpinella Tragium_ Vill., d’Espagne en Algérie et en Orient par l’Europe centrale.
_Valerianella Auricula_ DC., d’Espagne en Algérie et au Caucase par l’Europe méridionale.
_Colutea arborescens_ L., d’Espagne en Algérie et au Caucase par l’Europe méridionale.
_Filago Heldreichii_ Batt. et Tr., aire disjointe, Europe méridionale et Algérie[28].
_Polycarpon Bivonæ_ Gay., aire disjointe, Europe méridionale et Algérie.
_Lamium hybridum_ Vill., aire disjointe, Europe méridionale et Algérie.
_Lathyrus articulatus_ L., aire disjointe, Europe méridionale et Algérie.
_Anthemis montana_ L.[29], aire disjointe, Europe méridionale et Algérie.
_Jurinea humilis_ DC.[29], aire disjointe, Europe méridionale et Algérie.
Formes endémiques en Algérie :
_Festuca ovina_ L. ss. _infesta_ Hochr., dont l’espèce est circumméditerranéenne.
_Anthriscus vulgaris_ Pers. f. _depauperata_[30], dont l’espèce est circumméditerranéenne.
_Pallenis spinosa_ Cass. v. _cuspidata_ Hochr., dont l’espèce est circumméditerranéenne.
_Senecio leucanthemifolius_ Poir. v. _leucanthemifolius_ Batt.[31], dont l’espèce est circumméditerranéenne.
_Cistus incanus_ L. v. _Reichenbachii_ Hochr.[31], dont l’espèce est circumméditerranéenne.
_Linaria heterophylla_ Desf. v. _aurasiaca_ Hochr., dont l’espèce a une aire disjointe.
_Linum Munbyanum_ Boiss. et Reut. v. _meridionale_ Hochr., espèce en Barbarie seulement.
_Helianthemum hirtum_ Pers. v. _deserti_ Coss., espèce en Barbarie seulement.
_Silene oranensis_ Hochr., l’espèce est elle-même endémique.
_Cerastium echinulatum_ Coss. et Dur., l’espèce est elle-même endémique.
_Verbascum atlanticum_ Batt., l’espèce est elle-même endémique.
_Silene amurensis_ Pomel, l’espèce est elle-même endémique.
_Thymus hirtus_ Willd. v. _albiflorus_ Briq., espèce en Espagne et Algérie.
_Sisymbrium crassifolium_ Cav. v. _giganteum_ Hochr., espèce en Espagne et Algérie.
_Sisymbrium crassifolium_ Cav. v. _scaposum_ Hochr., espèce en Espagne et Algérie.
_Crepis taraxacifolia_ Thuill. v. _Aïssæ_ Hochr., espèce méditerranéenne occidentale.
_Linum suffruticosum_ L. v. _squarrosum_ Munby, espèce méditerranéenne occidentale.
* * * * *
_Anthyllis Vulneraria_ L. v. _coccinea_ L., du Maroc en Tunisie.
_Polygala rupestris_ Pourr. v. _saxatilis_ Murb., du Maroc en Tunisie.
_Chrysanthemum Gayanum_ Ball, du Maroc en Algérie.
» _Maresii_ Ball, du Maroc en Algérie.
_Anacyclus depressus_ Ball, du Maroc en Algérie.
_Simbuleta fruticosa_ Hochr., du Maroc en Algérie.
_Delphinium Balansæ_ Boiss. et Reut., du Maroc en Algérie.
_Dactylis glomerata_ L. v. _spiciformis_ Hochr., du Maroc en Algérie.
_Alyssum montanum_ L. v. _Aïssæ_ Hochr., Europe centrale méridionale et Barbarie, manque en Orient.
_Alyssum montanum_ L. v. _atlanticum_ Boiss., Europe centrale méridionale et Barbarie, manque en Orient.
_Erodium cicutarium_ L’Hérit. v. _Jacquinianum_ Hochr., Europe centrale méridionale et Barbarie, manque en Orient.
_Rhamnus lycioides_ L., Europe occidentale, Espagne, Barbarie.
_Centranthus Calcitrapa_ Dufr., partie occidentale du bassin méditerranéen.
_Crupina vulgaris_ Cass., partie occidentale du bassin méditerranéen.
_Tulipa Celsiana_ DC., partie occidentale du bassin méditerranéen.
_Inula montana_ L. v. _calycina_ Batt. et Tr.[32], partie occidentale du bassin méditerranéen.
_Sedum dasyphyllum_ L. v. _glanduliferum_ Gr. et G., partie occidentale du bassin méditerranéen.
_Helianthemum rubellum_ Presl[33], partie occidentale du bassin méditerranéen.
_Erysimum grandiflorum_ Desf., partie occidentale du bassin méditerranéen.
_Anacyclus valentinus_ L., partie occidentale du bassin méditerranéen.
_Cynoglossum cheirifolium_ L., partie occidentale du bassin méditerranéen.
_Phillyrea angustifolia_ L. v. _angustifolia_ Hochr., partie occidentale du bassin méditerranéen.
_Ephedra fragilis_ Desf. v. _Desfontainii_ Stapf[34], partie occidentale du bassin méditerranéen.
_Helianthemum pilosum_ Pers., partie occidentale du bassin méditerranéen.
_Ephedra nebrodensis_ Tineo v. _Villarsii_ Stapf[32], partie occidentale du bassin méditerranéen.
_Anthemis punctata_ Vahl, partie occidentale du bassin méditerranéen.
_Helianthemum papillare_ Boiss., partie occidentale du bassin méditerranéen.
_Quercus Ilex_ L. v. _Ballota_ DC., partie occidentale du bassin méditerranéen.
_Helianthemum virgatum_ Pers., partie occidentale du bassin méditerranéen.
_Rubia lævis_ Poir., partie occidentale du bassin méditerranéen.
_Asperula hirsuta_ Desf., partie occidentale du bassin méditerranéen.
_Marrubium supinum_ L., d’Espagne en Tunisie.
_Astragalus tenuifolius_ Desf., d’Espagne en Tunisie.
_Linaria tristis_ Mill., d’Espagne en Algérie.
_Geum heterocarpum_ Boiss., d’Espagne en Algérie.
_Berberis australis_ Hochr., d’Espagne en Algérie.
_Diplotaxis virgata_ DC. v. _Aïssæ_ Hochr., d’Espagne en Algérie.
_Santolina rosmarinifolia_ L. v. _canescens_ Boiss., d’Espagne en Algérie, non mentionné au Maroc.
_Veronica rosea_ Desf., d’Espagne en Algérie, non mentionné au Maroc.
_Armeria allioides_ Boiss., d’Espagne en Algérie, non mentionné au Maroc.
_Festuca triflora_ Desf., d’Espagne en Algérie, non mentionné au Maroc.
_Chenopodium foliosum_ A. et G. v. _minus_ A. et G., dispersion à nous inconnue.
_Lotus commutatus_ Guss. v. _collinus_ Brand, dispersion à nous inconnue
et, à l’état sporadique, l’alfa (_Stipa tenacissima_).
Remarquons tout d’abord la richesse de cette région dans laquelle nous avons récolté plus de 118 espèces ou variétés différentes ; quoique nous y ayons herborisé bien moins souvent que dans la plaine. Parmi les plantes récoltées il y a :
A. — 45 espèces ou variétés cosmopolites ou circumméditerranéennes, c’est-à-dire le 30 % ; 15 sont des espèces circumméditerranéennes mais répandues dans l’Europe centrale. Il reste donc en fait de cosmopolites ou de circumméditerranéennes vraies environ le 25 %, proportion un peu plus faible que dans la zone précédente.
B. — 3 orientales, c’est-à-dire le 2 %, donc diminution nouvelle de cet élément par rapport à la zone précédente.
C. — 19 endémiques, en y ajoutant l’_Anthyllis Vulneraria_ L. v. _coccinea_ L. et le _Polygala rupestris_ Pourr. v. _saxatilis_ Murb. qui se retrouvent au Maroc et en Tunisie. Cela fait une proportion d’environ 16 % de plantes particulières à la région.
D. — 39 qui ont une aire plus ou moins étendue du côté de l’Occident (33 vont au moins jusqu’en Espagne), ce qui fait le 33 % de plantes occidentales ; donc une augmentation de cet élément par rapport à la zone précédente. On pourrait ajouter encore ici 4 plantes orientales, qui habitent seulement le Caucase ou les montagnes du Nord de la Perse, et qui ont pénétré en Algérie par la voie de l’Europe méridionale où on les retrouve partout, et non par l’Arabie et l’Egypte où elles font défaut. En comptant ces 4 espèces cela fait une proportion de 36 % de plantes orientales.
E. — 6 de ces plantes enfin, c’est-à-dire le 5 %, présentent une aire disjointe dans l’Europe méridionale, en particulier en Sicile, et en Algérie. Elles manquent au moins dans l’Espagne méridionale et au Maroc, ou bien en France et en Espagne. En gros nous pouvons donc dire que les affinités avec l’Occident et avec le Nord ont augmenté au détriment des affinités avec l’Orient méridional. Enumérons les principales associations de cette zone :
1. =Forêts de chênes-verts et de genévriers espacés.= (Voy. Pl. XVI, fig. 26). — C’est une association semblable à celle que nous avons vue dans la zone moyenne, mais les chênes-verts sont en plus grand nombre et les espèces de sous-bois sont un peu différentes. Suivant que nous nous trouvons à la partie inférieure de la zone ou à une altitude plus considérable l’association varie quelque peu.
A 1700 ou 1800 m. nous avons observé sur les pentes du Ras Chergui et près du col de Merbah au Djebel Morghad, les espèces suivantes :
_Helianthemum rubellum_ Presl, dans les deux stations et un peu partout à cette altitude.
_Helianthemum pilosum_ Pers., dans les deux stations et un peu partout à cette altitude.
_Helianthemum papillare_ Boiss., dans les deux stations et un peu partout à cette altitude.
_Helianthemum hirtum_ Pers. v. _deserti_ Coss., dans les deux stations et un peu partout à cette altitude.
_Linum suffruticosum_ L. v. _squarrosum_ Munby, dans les deux stations et un peu partout à cette altitude.
_Sedum nicæense_ All., dans les deux stations et un peu partout à cette altitude.
_Ephedra fragilis_ Desf. v. _Desfontainii_ Stapf., dans les deux stations et un peu partout à cette altitude.
_Veronica rosea_ Desf., dans les deux stations et un peu partout à cette altitude.
_Chrysanthemum Maresii_ Ball, dans les deux stations et un peu partout à cette altitude.
_Chrysanthemum Gayanum_ Ball, dans les deux stations et un peu partout à cette altitude.
_Polycarpon Bivonæ_ Gay, dans les deux stations et un peu partout à cette altitude.
_Anthemis punctata_ Vahl, dans les deux stations et un peu partout à cette altitude.
_Cynoglossum cheirifolium_ L., dans les deux stations et un peu partout à cette altitude.
_Coronilla juncea_ L. v. _Pomeli_ Hochr., dans les deux stations et un peu partout à cette altitude.
_Diplotaxis virgata_ DC. v. _Aïssæ_ Hochr., dans les deux stations et un peu partout à cette altitude.
_Launæa spinosa_ Sch. Bip., récolté seulement au Ras Chergui.
_Erodium cicutarium_ L’Hérit. v. _Jacquinianum_ Hochr., seulement au Col de Merbah.
_Astragalus tenuifolius_ Desf., seulement au Col de Merbah.
Au Djebel Aïssa, à la même altitude mais dans une exposition plus favorable, nous avons noté dans la même formation :
_Cistus incanus_ L. v. _Reichenbachii_ Hochr.
_Colutea arborescens_ L.
_Xeranthemum inapertum_ Willd.
_Crepis taraxacifolia_ Thuill. v. _Aïssæ_ Hochr.
_Ruta chalepensis_ L.
_Chrysanthemum Maresii_ Ball.
_Verbascum atlanticum_ Batt.
_Coronilla juncea_ L. v. _Pomeli_ Hochr.
Enfin, les espèces suivantes que nous rapportons avec doute à cette association, parce que nous les avons récoltées sur le chemin muletier et, comme nous l’avons dit pour la zone moyenne, elles nous paraissent en relation avec le passage des troupeaux :
_Triticum triaristatum_ Gr. et Godr.
_Alyssum campestre_ L.
_Arabis auriculata_ Lam. v. _genuina_.
» » Lam. v. _dasycarpa_ Andrz.
_Asperugo procumbens_ L.
_Androsace maxima_ L.
A 1900 mètres environ, nous avons noté au Dj. Aïssa, toujours dans les bois de chênes-verts et de genévriers :
_Ephedra nebrodensis_ Tineo v. _Villarsii_ Stapf.
_Poa bulbosa_ L.
_Dactylis glomerata_ L. v. _spiciformis_ Hochr.
_Festuca ovina_ L. ss. _infesta_.
_Tulipa Celsiana_ DC.
_Silene colorata_ Poir. v. _pteropleura_ Coss.
_Alyssum montanum_ L. v. _Aïssæ_ Hochr.
_Camelina sylvestris_ Wallr.
_Sisymbrium crassifolium_ Cav. v. _scaposum_ Hochr.
_Reseda alba_ L. v. _firma_ J. Müll.
_Helianthemum papillare_ Boiss.
_Armeria allioides_ Boiss.
_Lithospermum incrassatum_ Guss.
_Linaria tristis_ Mill.
» _arvensis_ Desf. v. _parviflora_ Hochr.
» _heterophylla_ Desf. v. _aurasiaca_ Hochr.
_Veronica rosea_ Desf.
_Senecio leucanthemifolius_ Poir. v. _leucanthemifolius_ Batt.,
etc. Voy. aussi l’association de la forêt de pins.
A 1950 mètres sur le dôme buissonneux du Djebel Morghad (Voy. Pl. XV, fig. 24), nous voulons mentionner trois espèces récoltées dans la station même qui est figurée par nous :
_Santolina rosmarinifolia_ L. v. _canescens_ Boiss.
_Inula montana_ L. v. _calycina_ Batt. et Tr.
_Filago Heldreichii_ Batt. et Tr.
2. =Petits rochers isolés dans les forêts.= — Çà et là nous rencontrons dans la montagne de petits accidents de terrain qui se traduisent par de faibles parois de rochers ou par de gros blocs isolés. En connexion avec eux nous avons rencontré les espèces suivantes, soit au Djebel Aïssa, soit au Djebel Morghad, soit à la fois dans ces 2 stations :
_Myosotis collina_ Hoffm.
_Ruscus aculeatus_ L.
_Hutchinsia petræa_ R. Br.
_Rubia lævis_ Poir.
_Anthyllis Vulneraria_ L. v. _coccinea_ L.
_Sedum album_ L. v. _micranthum_ DC.,
auxquelles s’ajoutent les suivantes rencontrées aussi dans d’autres associations :
_Arabis auriculata_ Lam. v. _genuina_.
» » Lam. v. _dasycarpa_ Andrz.
_Thlaspi perfoliatum_ L.
_Lithospermum incrassatum_ Guss.
_Arenaria serpyllifolia_ L. v. _tenuior_ Koch.
_Bromus rubens_ L. v. _canescens_ Coss.
» _tectorum_ L.
Nous tenons à mentionner à part les espèces récoltées dans la paroi de rochers qui limite l’arête du Djebel Morghad du côté du S.-E., parce que cette paroi est une formation continue et qu’elle se distingue, comme on le voit, par une association d’espèces tout à fait particulières. (Voy. Pl. XIV, fig. 22 à droite en haut).
_Sedum album_ L. v. _micranthum_ DC.
» _dasyphyllum_ L. v. _glanduliferum_ Gr. et Godr.
_Osyris alba_ L.
_Helianthemum virgatum_ Pers.
_Polygala rupestris_ Pourr. v. _saxatilis_ Murb.
3. =Sommets buissonneux.= (Pl. XVI, fig. 25). — Nous avons en vue ici surtout le sommet du Ras Chergui, mais la même formation se représente au col de Merbah avec une association à peu près semblable. Ce sont des chênes-verts formant des buissons étendus mais très rabougris, de 1.50 m. de haut tout au plus. Dans l’ombre épaisse de ces buissons, au milieu de l’entrelacement des branches, se trouvent régulièrement :
_Galium spurium_ L. v. _Vaillantii_ Gr. et Godr.
_Anthriscus vulgaris_ Pers. f. _depauperata_.
_Xeranthemum inapertum_ Willd.
_Lithospermum incrassatum_ Guss.
_Centranthus Calcitrapa_ Dufr.
_Muscari comosum_ Mill.
et dans les fentes de rochers entre les buissons, on observe également presque toujours :
_Jurinea humilis_ DC.
_Helianthemum rubellum_ Presl.
_Thymus hirtus_ Willd. v. _albiflorus_ Briq.
_Erysimum grandiflorum_ Desf.
_Paronychia capitata_ Lam.
_Alyssum montanum_ L. v. _atlanticum_ Boiss.
_Dactylis glomerata_ L. v. _spiciformis_ Hochr.
qui donnent l’impression d’une formation alpine.
4. =Sommets à dôme ombreux.= — Nous avons ici en vue particulièrement le sommet du Djebel Morghad, où les chênes-verts sont si denses qu’ils forment un dôme continu avec un sous-bois ombreux tout couvert de _Geum heterocarpum_ Boiss. Cette station est vraiment remarquable en ce sens que sa végétation tranche sur toutes les formations ordinaires du pays. On a l’impression très nette que le _G. heterocarpum_ ne possède que les restes d’une ancienne dispersion et qu’il est en voie d’extinction. Presque tous les pieds d’ailleurs sont attaqués par des champignons. Dans les environs immédiats de cette association, mais sur un terrain plus rocheux, nous avons noté le _Berberis australis_ Hochr. — qui accompagne aussi le _Geum_ dans les Pyrénées — puis le _Cotoneaster nummularia_ et le _Tulipa Celsiana_. Il s’y ajoute de nombreux lichens et quelques mousses.
5. =Bois de pins d’Halep.= (Pl. XV, fig. 23). — On y trouve les espèces suivantes que l’on serait en droit d’ajouter à l’association des forêts de chênes-verts et de genévriers, parce que ces pins se trouvent dans la même région et que nous avons revu la plupart de ces espèces dans l’association mentionnée.
_Festuca triflora_ Desf.
_Cynosurus elegans_ Desf.
_Silene amurensis_ Pomel.
_Herniaria glabra_ L.
_Polycarpon Bivonæ_ Gay.
_Lotus commutatus_ Guss. v. _collinus_ Brand.
_Lathyrus articulatus_ L.
_Jasminum fruticans_ L.
_Chrysanthemum Gayanum_ Ball.
_Anthemis montana_ L.
6. =Prairies.= (Voy. Pl. XIII, fig. 20 qui représente une prairie de la zone moyenne). — A cette altitude, dans les bois de chênes-verts, on rencontre çà et là des clairières qui sont occupées par des prairies à végétation dense et qui servent souvent de pâturages pour les troupeaux des nomades.
Nous avons déjà parlé de cette formation dans la zone moyenne ; mais, dans la zone supérieure, elle est beaucoup plus caractéristique tant à cause de son apparence que pour les espèces qui s’y trouvent associées. Nous avons observé cette formation : au Djebel Morghad, à Hassin-Sarah et plus haut, sous le sommet ; au Djebel Mekter, près du col de la Fourche et au-dessus de la source de Ras Chergui, et enfin au Djebel Aïssa. Cependant ce n’est que dans ce dernier endroit que nous avons pu étudier les associations de cette formation à cause de l’absence des troupeaux.
Dans une clairière, à 1800 m., nous avons récolté :
_Lolium perenne_ L.
_Chenopodium foliosum_ Asch. et Græbn.
_Arabis auriculata_ Lam. v. _dasycarpa_ Andrz.
_Reseda Luteola_ L. v. _Gussonii_ J. Müll.
_Hippocrepis ciliata_ Willd.
_Cynoglossum cheirifolium_ L.
_Salvia Verbenaca_ L. v. _clandestina_ Briq.
_Marrubium supinum_ L.
_Simbuleta fruticosa_ Hochr.
_Plantago Lagopus_ L.
_Valerianella Auricula_ DC.
_Anacyclus valentinus_ L.
A 2000 m., sur le col, nous avons observé une vaste prairie ; elle était remarquable par la prédominance presque exclusive du _Sisymbrium crassifolium_ v. _giganteum_, dont les hautes tiges lui donnaient l’aspect d’un champ prêt pour la moisson. Cette plante était accompagnée des espèces et variétés suivantes :
_Sisymbrium crassifolium_ Cav. v. _scaposum_ Hochr.
_Adonis æstivalis_ L.
_Cerastium echinulatum_ Coss. et Dur.
_Silene conica_ L.
_Asperugo procumbens_ L.
_Cynoglossum cheirifolium_ L.
_Lamium hybridum_ Vill.
_Anacyclus depressus_ Ball.
7. =Pentes à Phillyrea angustifolia L. v. angustifolia.= (Voy. Pl. XIV, f. 22). — Nous avons ici en vue une pente buissonneuse qui s’étendait immédiatement au-dessous de la grande paroi du Djebel Morghad. L’association que nous y avons rencontrée était caractérisée par le buisson sus-mentionné et par plusieurs _Graminées_ du Tell, c’est pourquoi nous avons tenu à relater cette formation à part.
_Pallenis spinosa_ Cass. v. _cuspidata_ Hochr.
_Linum Munbyanum_ Boiss. et Reut. v. _meridionale_ Hochr.
» _suffruticosum_ L. v. _squarrosum_ Munby.
_Inula montana_ L. v. _calycina_ Batt. et Tr.
_Oryzopsis cœrulescens_ Batt. et Tr.
_Stipa parviflora_ Desf.
_Melica ciliata_ L. v. _nebrodensis_ Parlat.
_Avena barbata_ Brot. v. _genuina_ Willk. et L.
8. =Sur les sommets déboisés= comme le Djebel-Aïssa, versant S.W., on rencontre encore parfois dans des expositions favorables quelques buissons plus ou moins élevés de genévriers. Dans ces endroits et sur des rochers exposés au Nord mais tout environnés par la formation steppique de la région moyenne, nous avons noté les espèces suivantes qui se rattachent certainement à la zone supérieure. — C’étaient sur les pentes du Djebel Aïssa, près du télégraphe optique, à une altitude d’environ 1800 m. :
_Lactuca viminea_ J. et K. Presl.
_Clematis Flammula_ L. v. _cæspitosa_ Reich.
_Delphinium Balansæ_ Boiss. et Reut.
_Pimpinella Tragium_ Vill.
_Rhamnus lycioides_ L.
* * * * *
La dispersion en Algérie de beaucoup des espèces mentionnées ci-dessus est trop mal connue pour que nous osions en tirer des conclusions détaillées ; cependant nous ne pouvons nous empêcher de signaler le grand nombre d’espèces mentionnées comme fréquentes sur les montagnes du Tell et sur les hauts sommets de la chaîne de bordure saharienne, et manquant sur les hauts plateaux : 25 environ sont dans ce cas, et plus de la moitié sont signalées aussi sur les hauts sommets du Djurdjura.
On est aussi frappé du très petit nombre d’espèces qui sont signalées sur les hauts plateaux et dans le Sud mais qui manquent au Tell. Il n’y a guère plus de 2 plantes qui soient dans ce cas, donc, par rapport à la zone précédente, on peut dire que l’affinité avec les hauts plateaux a diminué et que les rapports avec les montagnes du Tell ont augmenté.
Un nombre assez faible de plantes est signalé expressément comme se trouvant dans le Tell, sur les hauts plateaux et dans le Sud. Une quinzaine environ sont dans ce cas et, parmi elles, quelques-unes des plantes les plus typiques des montagnes du Sud, telles par exemple : _Jurinea humilis_ DC., _Helianthemum rubellum_ Presl, _Tulipa Celsiana_ DC. Parmi ces espèces, il n’y en a pas une seule dont l’aire de dispersion s’étende du côté de l’Orient.
Les formes endémiques nous donnent des indications intéressantes. Un grand nombre d’entre elles sont constituées par des variétés spéciales à la région, mais dont l’espèce se retrouve sur les hauts plateaux et dans le Tell. C’est le cas par exemple du _Thymus hirtus_ Willd. habitant les 3 régions, mais dont la variété _albiflorus_ semble particulière aux montagnes de la bordure saharienne ; tel est le cas aussi pour le _Diplotaxis virgata_ DC. v. _Aïssæ_ Hochr., _Linum Munbyanum_ Boiss. et Reut. v. _meridionale_ Hochr., _Linum suffruticosum_ L. v. _squarrosum_ Munby, _Anthriscus vulgaris_ Pers. f. _depauperata_, etc.
Le _Linum Munbyanum_ Boiss. et Reut. en particulier offre un intérêt très grand en ce sens qu’on retrouve une forme analogue à la v. _meridionale_ Hochr. dans les montagnes près de Tlemcen et Sidi bel Abbès. Il est un exemple typique de l’apparition de formes polytopiques.
§ 4. CONCLUSIONS. — De l’examen de la flore montagneuse dans son ensemble, nous pouvons tirer un certain nombre d’enseignements : tout d’abord, plus on s’élève sur les flancs des montagnes, plus la flore devient riche en espèces et en variétés, plus aussi les affinités avec l’Orient diminuent et plus les rapports avec l’Occident augmentent au contraire.
D’autre part, la grande majorité des plantes de montagnes se retrouvent dans le Tell ; parmi celles-ci, un assez grand nombre habitent les hauts plateaux et ont une aire continue, d’autres habitent les hautes montagnes du Tell, le Djurdjura en particulier et les hauts sommets du Sud. Leur aire est discontinue, mais il est évident que, à une époque fort peu éloignée, elles devaient se trouver, comme les précédentes, aussi sur les hauts plateaux.
Enfin, un dernier groupe est formé par des espèces qui habitent les 3 régions, mais qui ont varié parallèlement en s’élevant d’une part sur les flancs des montagnes du Sud et, d’autre part, sur les sommets des montagnes du Tell où elles ont formé des variétés parfois distinctes et parfois très voisines. Le cas le plus caractéristique est celui de l’_Alyssum montanum_ L. qui se trouve sur tous les hauts sommets en des stations parfaitement isolées et qui, à cause de cela, forme presque dans chaque station une variété spéciale.
Les endémiques vrais forment aussi une assez forte proportion et sont constitués par des espèces très caractéristiques, spéciales à la région, ou bien se retrouvant sur les hautes montagnes du Maroc.
Il est donc hors de doute pour nous que la flore des montagnes du Sud se compose :
1. D’un très petit nombre de plantes steppiques orientales qui s’élèvent plus ou moins haut sur le flanc des montagnes, mais qui n’atteignent jamais les plus hauts sommets.
2. D’espèces habitant les montagnes du Tell. Leur aire de dispersion est parfois continue à travers les hauts plateaux, ou bien l’espèce a été détruite dans la région des plaines, ou bien enfin, l’aire de l’espèce est continue mais l’espèce elle-même est représentée sur les montagnes du Sud par une variété spéciale. Toutes les plantes de cette catégorie ont une affinité occidentale.
3. Un certain nombre d’espèces spéciales à la région et se continuant le long de la même chaîne jusque dans l’intérieur du Maroc. Ces espèces sont en général très typiques, telles par exemple : les _Chrysanthemum Maresii_ Ball, _C. Gayanum_ Ball, _Cerastium echinulatum_, _Simbuleta fruticosa_ Hochr. etc.
En outre on peut distinguer 2 catégories dans ce dernier groupe :
Les plantes qui sont localisées sur les hauts sommets comme les précédentes.
Les plantes qui habitent les montagnes mais aussi les rochers de la plaine, par exemple : le _Pallenis spinosa_ Cass. v. _cuspidata_ Hochr. et le _Carduncellus Duvauxii_ que M. Battandier a découvert au col de Founassa et que nous avons retrouvé dans les rochers de Mograr.
* * * * *