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Part 4

L’arrivée de la mahonne interrompt mes recherches. Nous prenons congé de notre escorte et nous embarquons précipitamment. Le boghaz (détroit) n’est pas large, mais nous avons contre nous le flot et le vent et il nous faut plus d’une heure pour gagner le rivage où le fils du maître du port, Si-Garfalla, nous reçoit et nous conduit chez lui. Après un dîner improvisé nous allons à la ville (Houmt-Adjim) faire quelques provisions. Les maisons sont propres et blanches, les vergers nombreux et bien tenus, les fruits abondants. Nous remarquons une mosquée ibadite[20].

La nuit nous ramène à la Direction du port où le cheikh vient nous faire ses compliments et nous offre des oranges avec un luxe de politesse qui malheureusement n’est pas désintéressé.

En effet le lendemain matin il a grand soin de nous installer à bord d’une de ses barques et de se faire payer pour la traversée jusqu’à Zarzis la somme fantastique de trente francs, le double au moins du prix ordinaire. Ali-ben-Garfalla, qui s’était chargé de nous procurer un bateau, n’est pas content, mais il craint le cheikh et n’ose pas protester.

L’embarquement se fait en quelques minutes ; nous longeons la côte occidentale de Djerba et filons rapidement jusqu’à Bordj Tabella. Il faut ensuite remonter au nord en louvoyant et suivre plus tard un chenal étroit où notre barque s’engrave à chaque instant. Nous craignons même qu’il ne faille attendre le retour de la marée. Nous réussissons cependant à atteindre le bordj Kastin où le chenal s’élargit et, après avoir traversé un vaste champ d’algues d’un vert pomme, nous gagnons enfin une mer plus libre. A deux heures, nous commençons à longer la côte sur laquelle apparaissent des Palmiers dominés par un plateau couronné d’Oliviers. A mesure que nous avançons, les vergers deviennent plus denses, des koubbas blanches émergent dans la verdure un peu métallique des Dattiers. Le plateau s’abaisse graduellement, à l’oasis succède une grève au bout de laquelle apparaît une maison à étage, le Bordj-el-Mersa près duquel se balancent les mâts de nombreuses mahonnes. Faute de jetée, nous débarquons sur le dos de nos marins et sommes reçus par l’adjudant chargé du service de la poste et du télégraphe, M. Ecarnot, qui nous emmène aussitôt au village de Zarzis, à un kilomètre du port. Le gouverneur de l’Aradh, Sid-Allegro, avec son amabilité ordinaire, avait mis sa maison à notre disposition, mais la clef était chez M. Carleton, agent de la commission financière, et M. Carleton était à Sfax avec la clef de son propre logis ! Nous sommes donc fort heureux d’installer notre tente dans la cour du vieux fort, bâti par Ali-Bey, très pittoresque mais très inoffensif avec ses fossés, son pont-levis, sa porte bardée de fer et ses treize canons rongés par la rouille sur leurs affûts détraqués. Nous acceptons avec reconnaissance la cordiale hospitalité que nous offrent l’adjudant et ses adjoints.

§ 3. — ZARZIS ET LA SEBKHA MELLAHA.

Zarzis, grande oasis méridionale de l’Aradh, au fond de la Syrte, avait inspiré, au point de vue botanique, les plus grandes espérances à notre président, qui m’avait recommandé de l’explorer avec soin. Aussi, du 10 au 16 mai, n’avons-nous cessé d’y faire de nombreuses excursions dans tous les sens et d’en scruter scrupuleusement les vergers et les ravins. La réalité malheureusement n’a pas répondu aux espérances : la flore de Zarzis a un caractère essentiellement méditerranéen et, sauf quelques rares plantes orientales, ne présente qu’un médiocre intérêt.

Les sables du rivage ne nous offrent que les espèces ordinaires des grèves de l’Algérie et des côtes françaises de l’Océan :

Cakile maritima Scop.

Frankenia pulverulenta L.

Medicago littoralis Rhod.

M. marina L.

Polycarpon alsinefolium DC.

Convolvulus Soldanella L.

Echium maritimum Willd.

Polygonum maritimum L.

Pancratium maritimum L.

Cyperus schœnoides Griseb.

Polypogon maritimus Willd.

Festuca maritima L.

Triticum junceum L.

Les vases à l’ouest du port sont couvertes d’une Salsolacée, l’_Halostachys perfoliata_ Moq.-Tand.

La végétation du plateau offre également un caractère septentrional, accusé par la liste suivante :

Nigella arvensis L.

Sisymbrium Irio L.

Silene inflata Sm.

Linum strictum L.

Vicia angustifolia L.

Bupleurum semicompositum L.

Torilis nodosa Gærtn.

Chrysanthemum coronarium L.

Calendula arvensis L.

Atractylis cancellata L.

Echinops spinosus L.

Sonchus tenerrimus L.

Coris Monspeliensis L.

Anagallis arvensis L.

Erythræa pulchella Horn.

Lithospermum arvense L.

Marrubium vulgare L.

Ajuga Iva L.

Globularia Alypum L.

Plantago Coronopus L.

P. Lagopus L.

Ornithogalum Narbonense L.

Scilla maritima L.

Asphodelus microcarpus Viv.

Juncus bufonius L.

Hordeum murinum L.

Et, fait signalé déjà pour plusieurs oasis, la vulgarité des espèces est loin d’être compensée par leur nombre qui, d’après nos notes, n’arrive qu’au chiffre de 220, dans lequel ne figure ni un _Sedum_, ni une Rutacée. Les ravins ne nous y ont fourni ni _Tamarix_, ni _Rhus_, ni même le _Nerium Oleander_.

Cependant l’influence orientale ou saharienne n’y est pas absolument nulle, et s’y manifeste par l’apparition de quelques types qui méritent d’être signalés, d’abord le _Festuca Rohlfsiana_, nouveau pour la Tunisie, puis le _Silene succulenta_, l’_Hypecoum Geslini_, le _Filago Mareotica_, le _Centaurea dimorpha_, dont une forme gigantesque s’élève au niveau des buissons de Jujubier, le _Chloris villosa_, l’_Astragalus peregrinus_, le _Deverra tortuosa_ et le _Centaurea contracta_.

En dehors de ces plantes, il ne nous reste à citer que le _Linaria aparinoides_, le _Lœflingia Hispanica_, l’_Asphodelus tenuifolius_, le _Beta macrocarpa_, l’_Anethum graveolens_, les _Plantago ovata_ et _amplexicaulis_, enfin le _Silene ambigua_, pour épuiser la nomenclature de tout ce qui vaut la peine d’être indiqué.

En revanche, Zarzis, abstraction faite du point de vue botanique, est une oasis fort intéressante ; elle occupe dans la petite Syrte une situation des plus importantes et couvre de ses cultures un vaste espace à partir de la grève plate de son port jusqu’à huit kilomètres plus au nord.

Les Dattiers sont plantés surtout dans les parties basses, au sud du port et le long de la mer, entre la grève et le plateau qui s’étend graduellement du sud au nord, entaillé par des ravins profonds où des barrages retiennent les terres. Des Oliviers croissent dans ces bas-fonds et forment sur le plateau de grands vergers où l’on cultive aussi les céréales. C’est dans la zone basse que sont disséminés les divers villages : Zarzis, la Zaouïa, Moënza, etc. Les Dattiers des variétés appelées _Ammi_, _Agueïoua_, _Remti_ et _Rethob_ sont les seuls dont on mange les fruits, les autres sont innomés et leurs dattes sont employées exclusivement à la nourriture des bestiaux. En revanche, les Oliviers et les Figuiers constituent une véritable richesse pour l’oasis, et les habitants en tirent un grand revenu. Ils ont aussi des Grenadiers et j’y ai aperçu un Caroubier. Il n’y a pas d’autres arbres fruitiers, et les abricots que nous y avons mangés provenaient de Djerba. Les cultures maraîchères, qui sont les mêmes que celles de toute la région, sont irriguées au moyen de puits, dont la profondeur varie de 8 à 25 mètres, et à l’aide des appareils usités dans tout le Sahara.

Zarzis possède une maison européenne à un étage et un certain nombre de constructions mauresques ; toutes les autres habitations consistent en une série de chambres cintrées, encadrant quelquefois une longue salle à terrasse plate. Les koubbas abondent et sont presque toutes flanquées d’une citerne que recouvre une terrasse presque à fleur de sol. On rencontre çà et là des fabriques d’huile établies dans un bâtiment demi-cylindrique, dont la voûte plonge sous le sol à angle aigu. Une cheminée verticale, protégée par une sorte de capuchon de pierre, porte seule dans ce réduit souterrain l’air et la lumière.

Les champs sont entourés le plus souvent par des talus en terre garnis de touffes d’Aloès (_Aloe vera_ L.) ; mais le long des chemins, dans l’intérieur de l’oasis, règne fréquemment le mur berbère, dont nous avons déjà parlé, avec ses deux rangées parallèles de pierres brutes enfoncées dans le sol. L’intervalle est ici ordinairement rempli de pierrailles ou de gravats.

Quoique les habitants possèdent dans les villages des maisons et des magasins, presque tous ont dans leurs jardins, sous les Palmiers, des cases, dont la carcasse en bois, revêtue de claies en tiges de sorgho, est entourée d’une enceinte de ces mêmes claies. Le sommet de cette cabane représente assez bien la carène et les flancs d’une barque renversée et rappelle, plus exactement que le gourbi arabe ou kabyle, la forme des _mapalia_ décrits par Salluste.

Les gens de Zarzis sont en effet de vrais Berbères qui, bien que fixés au sol, cultivateurs de Palmiers et souvent pêcheurs de poissons ou d’éponges, ont conservé et gardent obstinément la coutume d’aller chaque année passer deux mois environ dans l’Aradh, sous la tente, pour procéder à la tonte des moutons et aux travaux de la moisson. Ils ont aussi, de même que leurs voisins de Djerba, la réputation de pirates.

Presque tous les hommes sont basanés, secs et nerveux et portent le costume généralement adopté dans l’Aradh : chechia rouge, chemise blanche, couverture de laine frangée couleur de bure et larges pantoufles jaunes (_belgha_). Les femmes sont presque toutes vêtues d’une _melafa_ bleue, dont au besoin elles se voilent la face. Beaucoup sont mulâtresses et ont le front couvert de toutes petites tresses bien beurrées et luisantes. Toutes sont fortement tatouées et leurs jambes maigres sont trop souvent arquées.

La pêche des éponges se fait en hiver et au commencement du printemps. A l’époque où nous sommes, elle chôme complètement à Zarzis. On ne pêche point ici d’éponges fines, mais on y trouve diverses sortes de Spongiaires, entre autres une espèce un peu siliceuse en forme de gobelet, dont les spécimens, déracinés par les vagues de fond, jonchent au loin le rivage.

Les poissons sont fort abondants dans ces parages, mais comme les habitants sont actuellement dans la plaine, il est impossible de s’en procurer.

Nous ne voulions pas quitter le pays sans avoir visité les bords de la Sebkha Mellaha, qui s’étend assez loin dans le sud.

Nous traversons pour y arriver huit ou dix kilomètres de terrains nus souvent boursouflés par des efflorescences salines. Si la végétation spontanée est pauvre dans l’oasis, on peut dire que dans cette région elle est misérable. Nous y retrouvons cependant quelques rosettes du _Statice_ déjà vu à Sidi-Salem-bou-Guerara et quelques touffes de _Festuca Rohlfsiana_. En dehors de ces deux nouveautés, je ne puis citer que le _Statice echioides_, le _Zygophyllum album_, l’_Echinopsilon muricatus_, l’_Arthrocnemum macrostachyum_, et constater sur ce point extrême la présence du _Rhanterium suaveolens_, qui doit s’étendre encore bien plus loin dans le sud-est. Sur les bords de la sebkha complètement desséchée, nous ne trouvons guère que les tiges rougeâtres d’un _Salicornia_.

Après nous être amusés à poursuivre et à capturer au fond de sa tanière le brillant _Megacephala Euphratica_, ce beau Coléoptère des sebkhas, nous reprenons le chemin de l’oasis, précédés par des troupes d’indigènes qui revenaient de l’Aradh, lorsque nous apercevons une gazelle qui suivait un troupeau de chèvres et de moutons et qui vient passer à une quarantaine de mètres. Je n’avais pas de fusil ; mon collègue M. Lataste, qui l’avait aperçue trop tard, n’eut pas le temps de changer ses cartouches et la gracieuse bête put s’éloigner saine et sauve en bondissant.

Au moment où nous rentrions au village, nous fûmes arrêtés par une caravane qui nous précédait. Des cavaliers bistrés, leurs longs fusils sur le dos, précédaient de nombreux chameaux, qui marchaient gravement charges de lourds tellis. Derrière eux, le troupeau, moutons tondus de frais et chèvres fauves aux poils rêches, dont les formes sveltes font penser aux gazelles, trottinait dans la poussière, pressé par des gamins à demi nus et mal lavés ; puis venaient pêle-mêle les femmes et les enfants, les ânes élégants et les petites vaches portant de grands plats en bois et des vases à couscous, au-dessus desquels étaient juchées des grappes de poules. Deux vieilles femmes et quatre chiens, du type si connu en Algérie, aux oreilles pointues et à la grosse queue touffue, formaient l’arrière-garde. Nous assistions à la rentrée des vacances, le nomade redevenait beldi (citadin).

Cependant, Zarzis n’avait plus de secret pour nous et il fallait nous hâter de partir si nous ne voulions courir le risque d’arriver à Djerba après le départ du courrier de Tripoli.

Le 17 mai, nous prenons la mer et voguons rapidement, favorisés par une belle brise. Nous revoyons encore une fois la bande littorale des Palmiers piquée de taches blanches par les koubbas, le plateau couvert d’Oliviers et coupé de ravins aux flancs marneux, puis le rivage du continent s’éloigne et disparaît, tandis que nous commençons à distinguer à l’horizon le fort blanc de Kastin. Plus loin, Aghir est signalé par les mâts de ses mahonnes. Nous ne tardons pas à doubler le cap Touguernest et à nous trouver au milieu de barques aux voiles rouges et d’embarcations grecques qui pêchent les éponges. Laissant à notre gauche les marabouts de Sidi-Bekri, nous courons droit sur le cap Remel, au delà duquel apparaît la forteresse massive bâtie par les chrétiens que les indigènes appellent El-Kachetil (du mot espagnol Castillo) et qui, du côté de la mer, présente encore un front respectable. Nous allons débarquer, après une rapide traversée, au pied de la douane.

Nous nous hâtons de gagner le château qui, du côté de la terre, perd beaucoup de son prestige et allons troubler dans sa sieste le capitaine qui commande la garnison, un compatriote Breton, qui nous reçoit de la manière la plus aimable.

L’exploration de Djerba étant réservée à nos collègues de la mission, je me garde bien d’empiéter sur leur domaine et pendant notre séjour je ne m’occupe que de récolter des Mollusques et de rédiger un modeste vocabulaire du dialecte berbère de l’île.

Le 20 mai, il faut nous lever avant l’aube pour nous embarquer sur une mahonne et aller attendre à sept kilomètres en mer l’apparition de la _Ville-de-Bône_ qui nous amenait, à midi, devant Gabès.

Malgré la houle, le débarquement se fait sans difficulté, à l’entrée de la rivière et nous pouvons, dans la maison hospitalière du colonel de La Roque, nous reposer un peu de nos fatigues, mettre en ordre nos récoltes et préparer une nouvelle exploration.

=V=

=De Gabès à Debabcha (Nefzaoua).=

Après quatre journées employées à ces diverses occupations, nous prenons le 25 mai la route du Nefzaoua. Nous dépassons la zone des oasis de Menzel, et traversons la plaine aride et monotone jusqu’à un large col pierreux, entre deux collines plates garnies de quelques buissons de _Zizyphus Lotus_ et de _Nitraria tridentata_. Au delà de ce passage, situé à mi-chemin entre Gabès et El-Hamma, le sol se hérisse de petites buttes de terre blanchâtres couronnées de _Zizyphus Lotus_ et de _Calycotome intermedia_, au milieu desquelles apparaît sur la droite le puits nommé Bir Chenchou, entouré d’un mur. On y descend par une pente assez douce qui en permet l’accès aux troupeaux : aussi l’eau est-elle souillée d’ordures et a-t-elle contracté un goût de suint repoussant.

Pendant que l’on prépare le déjeuner, nous récoltons quelques plantes : _Neurada procumbens_, _Euphorbia cornuta_, _Filago Mareotica_ et _Thymus capitatus_.

Nous reprenons notre route à travers la plaine que coupe bientôt une chaîne de hautes collines calcaires où courent des perdrix et où paît une troupe de gazelles qu’un coup de feu met en fuite. Sur les bords rocheux du sentier, nous recueillons le _Reseda Arabica_ et le _Zollikoferia quercifolia_ qui commencent à peine à fleurir. Nous ne tardons pas à découvrir au bas de la rampe occidentale de ce petit relèvement l’oasis d’El-Hamma des Beni-Zid, long îlot de Dattiers où se dessinent les deux villages de Debdaba et d’El-Kaçr. Nous allons camper auprès du premier, où réside le khalifa, qui doit à son titre de marabout et à son indomptable énergie une autorité incontestée.

Nos tentes une fois installées dans un jardin de Palmiers, où croît en abondance l’_Atriplex dimorphostegia_, un des fils du khalifa nous sert de guide et nous montre successivement les quatre sources thermales auxquelles l’oasis doit son nom. Chacune a son bassin, encadré de larges pierres taillées. Les deux principales sourdent à une température d’environ 45 degrés ; au-dessus de chacune d’elles s’élève un bâtiment construit en majeure partie avec des débris romains et renfermant de petites chambres garnies de nattes sur lesquelles les baigneurs viennent faire leur sieste. Le fond de la source est encombré de grosses pierres taillées et une espèce rare de Chauves-souris s’accroche au plafond au milieu de la vapeur chaude.

L’oasis est assez vaste et l’on y a entrepris de nouvelles plantations dans la direction de la rivière qui coule à deux kilomètres environ vers le sud-ouest. Les dattes, soumises encore à l’influence du climat marin, sont très médiocres, meilleures cependant qu’à Gabès.

En nous dirigeant vers la rivière, nous remarquons les plantes suivantes :

Ammosperma cinereum Hook.

Trigonella stellata Forsk.

Astragalus corrugatus Bert. _var._ tenuirugis.

Hedysarum spinosissimum L.

Neurada procumbens L.

Filago Mareotica Del.

Centaurea furfuracea Coss. et DR.

Crepis senecioides Del.

Anchusa hispida Forsk.

Marrubium deserti De Noë.

Plantago ovata Forsk.

Euphorbia cornuta Pers.

Les bords de l’oued sont presque entièrement nus : à peine si l’on y remarque quelques touffes naines de Roseaux (_Arundo Phragmites_) et de Zeïta (_Limoniastrum Guyonianum ?_).

Le lendemain matin, nous organisons une course au Djebel Aziza dont les sommets, nettement détachés, forment une chaîne qui se soude au Djebel Tebaga et court à peu près du nord-ouest au sud-est. Après avoir franchi l’Oued El-Hammam, nous abordons une plaine argileuse couverte de Salsolacées vulgaires, de _Limoniastrum_ et de _Retama Rætam_, et nous nous dirigeons vers la quatrième montagne de la chaîne qu’un col assez élevé et un ravin abrupt séparent de sa voisine du nord. Nous grimpons rapidement jusqu’au plateau rocheux qui la couronne et forme un plan incliné vers le sud-est. La pente est couverte d’_Helianthemum Tunetanum_, d’_H. virgatum_ var. _ciliatum_, et le beau _Teucrium Alopecuros_ qui fut découvert dans cette même localité, en 1854, par M. Kralik, y est assez fréquent. Le long des flancs et dans les fissures du plateau terminal poussent le _Periploca angustifolia_, l’_Ephedra fragilis_, le _Deverra scoparia_, le _Capparis spinosa_ var. _Fontanesii_, le _Ruta bracteosa_ et l’_Euphorbia Bivonæ_. Au milieu de l’ascension, nous sommes surpris par une averse violente qui nous force à nous réfugier dans une grotte rencontrée fort à point sur le flanc sud de la tranche rocheuse. La pluie passée, nous reprenons notre herborisation du plateau et, parvenus à la cime, nous descendons sur le col par une fissure presque impraticable où croissent le _Celsia laciniata_, le _Ferula Vesceritensis_, de belles touffes de _Moricandia suffruticosa_, quelques pieds de _Fumaria Numidica_ et des rosettes d’_Umbilicus horizontalis_.

Pendant que mes compagnons fouillent les rochers et parviennent à capturer un gigantesque _Vipera Mauritanica_, je descends à grand’peine la pente ardue du ravin au nord de la montagne, qui présente quelques bonnes espèces :

Farsetia Ægyptiaca Turra.

Rapistrum bipinnatum Coss. et Kral.

Helianthemum sessiliflorum Pers. _var._ ellipticum.

Reseda lutea L. _var._ neglecta.

Erodium hirtum Willd.

E. arborescens Willd.

E. glaucophyllum Ait.

Hippocrepis bicontorta Lois.

Asteriscus pygmæus Coss. et DR.

Chlamydophora pubescens Coss. et DR.

Atractylis microcephala Coss. et DR.

Amberboa Lippii DC.

Zollikoferia angustifolia Coss. et DR.

Echium humile Desf.

Anarrhinum brevifolium Coss. et Kral.

Salvia Ægyptiaca L.

Ballota hirsuta Benth.

Rumex vesicarius L.

Aristida Adscensionis L.

Le retour s’effectue d’abord paisiblement, mais, après le passage de la rivière, l’orage se reforme ; aux premières gouttes, notre troupe prend une allure effrénée, ma mule s’emporte et, après une série d’écarts et de sauts de mouton, finit par briser les sangles et me déposer sur le sable de la route.

Le 27 mai, notre escorte de chasseurs d’Afrique et les mulets du train nous abandonnent. Nous montons des ânes, de très modestes ânes, et nos bagages sont chargés sur des chameaux. Le khalifa nous accompagne pendant une heure jusqu’à la hauteur d’un haouch qu’il possède au bord du Chott El-Fedjedj et nous laisse sous la protection de son fils Si-Ammar. Nous ne tardons pas à quitter le sol argileux de la plaine basse, délayé par les pluies de la veille, pour couper le pied des collines pierreuses qui forment la base du Djebel Tebaga. Les Salsolacées font place aux buissons de _Zizyphus Lotus_ et de _Periploca angustifolia_, l’_Arthratherum pungens_ se montre dans le fond sablonneux de petits ravins avec le _Dœmia cordata_. Vers dix heures, nous faisons halte au bord de l’Oued Magroun dans une dépression rocheuse. L’eau y forme des flaques où pullulent des têtards de batraciens. L’_Ammosperma teretifolium_ atteint là des dimensions gigantesques et se mêle à de belles touffes d’_Hedysarum carnosum_.

Notre déjeuner est subitement interrompu par une averse qui nous force à chercher le long des rochers un abri fort insuffisant. Lorsque le nuage s’est éloigné, le feu est éteint. Il faut boire notre café froid et nous remettre en marche grelottants et déconfits. La route continue à moitié chemin entre la montagne et la sebkha, au milieu de buissons nombreux et d’une végétation herbacée vraiment luxuriante : le _Linaria laxiflora_ s’y montre partout avec les _Astragalus Kralikianus_, _tenuifolius_, _corrugatus_ var. _tenuirugis_ et _hamosus_, le _Muricaria prostrata_, l’_Arnebia decumbens_ var. _macrocalyx_, le _Silene setacea_, le _Centaurea dimorpha_, l’_Arthratherum plumosum_ var. _floccosum_, le _Danthonia Forskalei_ et le _Sisymbrium coronopifolium_ var. _ceratophyllum_. Malheureusement la pluie recommence et nous force à nous calfeutrer étroitement dans nos burnous ou sous nos manteaux.

Des chameaux aperçus au pied du Tebaga causent une fausse alerte à Si-Ammar qui va les reconnaître au galop. Enfin, au coucher du soleil, nous arrivons au campement de Fratis, au pied d’une longue colline, près de petites cavités sablonneuses que les derniers orages ont remplies d’eau, et pendant qu’on fait sauter un lièvre qu’un de nos cavaliers a pris vivant au gîte, je visite d’anciennes cultures toutes pleines d’_Allium Cupani_ et de _Tribulus terrestris_. Remarqué dans la broussaille de belles touffes d’_Atriplex mollis_.