Chapter 2 of 8 · 10705 words · ~54 min read

partie d

’une lance & la nous eusmes veue de six estoilles basses sur la mer claires lucentes et belles et estoyent en derriere par ostro et se ardoyent en la maniere dessus figuree/ lesquelles nous jugeasmes estre le chariot de l’ostro mais l’estoille principalle ne se veoit point: parquoy n’estoit pas raison de dire que ce fust ledit chariot se premierement elles ne perdoyent la transmontane Et devez sçavoir que en cestuy lieu au commencement de juillet trouvasmes la nuyt de treze heures et le jour de unze Et fut le deuziesme dudict moys. Cestuy pays est tousjours chault en tout temps de l’an Il est vray qu’il y a yver pource que commençant ledit moys de juillet il y pleut quasi continuellement chascun jour sur le midy jusques par tout le moys d’octobre En ceste maniere se levent aucunes brouees continuellement dessus terre entre grec et levant et de levant en Siroch avec grans tonnoirres esclere: & fouldres & par ainsi il y pleut une grande eaue en celui temps les mores commencent a semer en la maniere que font ceulx du royaulme de senega et leur vivre est de millet et autres legumes et chair et laict et ay entendu qu’en cestuy pays dedans terre l’eaue qui y pleut est chaulde En cestuy pays le matin quant il se faict jour au paravant que le souleil se lieve l’aube n’aparoist point comme elle faict au nostre/ car de l’aube au lever du soleil y a tousjours une espace brune qui separe l’obscurité de la nuyt et incontinent on voit le soleil mais de demye heure il ne rend clarté pource que au commencement de son lever: il semble estre tout trouble en maniere d’une chose consummee/ et la raison de ceste veue de soleil ainsi soubdaine contre l’ordre de nostre pays je n’entens pas dequoy cela peut proceder pour autre raison que pource que la terre de ce pays la est moult basse et despoullee de montaignes: et a ceste oppinion s’accordent tous mes compaignons.

¶ Comment anthoine genevois & loys de cadamosto trouverent nouvelles isles.

Chapitre .xxxix.

De la condition de cestuy pays de gambra par cela que j’en ay peu veoir et entendre En cestuy mon premier voyage peu ou riens s’en peut dire et speciallement de veue pource que comme avez entendu a cause des gens de la marine qui estoyent trop aspres & sauvages ne peusmes avec eulx avoir aucunes parolles en terre ny traicter aucune chose/ mais devez sçavoir que par cestuy voyage retournasmes en espaigne: et ne passasmes plus avant pource que noz mariniers ne vouloyent passer oultre parquoy l’an ensuivant ledict genevois et moy fusmes d’acord d’y retourner: et armasmes deux caravelles pour vouloir cercher cedict fleuve Et apres que le seigneur infant eut sceu nostre deliberacion car sans lui n’y povons aller il en fut moult joyeulx & luy pleut et arma une sienne caravelle affin qu’elle vint en nostre compaignie Et apres qu’elle fut fournie de toutes choses necessaires partismes du lieu appellé lanchus qui est aupres le chef sainct vincent au commencement du moys de mars avec bon vent & tinsmes la volte des canaries & en peu de jours arrivasmes la & a cause du bon temps ne nous chalut de toucher ladicte isle mais tousjours en nostre voyage navigant par ostro et avec les vagues des eaues qui moult tirent bas a garbin nous courusmes beaucop en derriere: et arrivasmes au chef blanc et ayans veu ledit chef nous eslargismes ung peu en la mer et la nuyt ensuivant se mist a faire ung temps de garbin avec ung vent fort contraire: dequoy par non tourner en derriere tinsmes la volte de ponent. Le maistre du navire sauva le vent pour reparer et costizer le temps deux nuitz et trois jours Le troisiesme jour eusmes veue de terre en criant tous terre. Moult nous esmerveillasmes pource que nous ne sçavions que en ceste part y eust aucune terre: et envoyasmes deux hommes en hault lesquelz descouvrirent deux isles grandes et apres qu’ilz le nous eurent notiffié rendismes graces a nostre seigneur lequel nous conduisoit a veoir choses nouvelles Pource que nous sçavions bien que de ces isles en espaigne n’en estoit faicte mencion Et pour entendre plusieurs choses & pour prouver nostre adventure tinsmes la volte de terre l’une desdictes Isles & en brief temps nous l’aprochasmes Et quant nous en fusmes pres Et que la trouvasmes grande: nous la couvrismes une piece a veue de terre: et tant que parvinsmes a ung lieu: ou me sembloit estre bonne demourance et la mismes l’ancre et boutasmes la barque hors: et icelle bien armee l’envoyay en terre pour veoir si en ceste ysle paroissoit aucune personne et ceulx qui estoyent dedans ladicte barque en saillirent et cercherent dedans icelle ysle: et ne trouverent aucun signe de chemin: parquoy se povoit conclure que en icelle n’y avoit aucuns habitans: et apres que eusmes entendu ceste chose le matin ensuivant pour esclaircir mon courage envoyay dix hommes bien en point de armeures et arbalestres: et qu’ilz montassent d’une part ceste ysle laquelle estoit montueuse et hault assez pour veoir s’ilz trouveroyent aucune chose. Lesquelz .x. hommes y allerent et n’y trouverent riens fors habondance de grans coulombs lesquelz se laissoyent prendre avec les mains non congnoissans quel instrument fust l’homme & d’iceulx en porterent beaucoup aux caravelles lesquelz ilz avoyent prins avec bastons et massues Et en une autre heure eusmes veue de trois autres isles grandes: desquelles n’avions jamais eu veue pource que l’une estoit soubz vent de la part de la transmontane & les autres deux estoyent l’une en drome et l’autre par la voye de ostro: toutesfois a nostre chemin & toutes a veue l’une de l’autre. Encores nous sembla veoir en la mer de la part de ponent d’aultres ysles: mais au vray nous ne le povyons bien discerner pour la distance Lesquelles ysles ne me chalut d’aller cercher aussi pource que le temps m’estoit brief et aussi pensoye qu’elles fussent deshabitees comme estoyent ces autres: mais depuis que eu divulgué cesdictes quattre ysles que j’avoye trouvees aultres y ont esté et ont descouvert les aultres ysles: et trouverent qu’il y en avoit dix tant grandes que petites deshabitees & ne trouverent en icelles que coulombs & infinis oyseaulx d’estrange sorte et grande habondance de poisson: mais en retournant a mon propos me party de ladicte isle et en suivant mon chemin je vis deux autres isles et en courant la demourance d’une d’icelles qui me sembloit habondante de arbres: je descouvry la bouche d’ung fleuve qui sailloit de ceste isle & en jugeant qu’il y avoit bonne eaue nous saillismes pour nous en fournir et apres que aulcuns des miens furent descendus en terre allerent par la voye de cedit fleuve et trouverent du sel tresblanc et beau duquel ilz porterent au navire et y en avoit grande quantité & de cestuy sel nous en prismes ce que bon nous sembla: et aussi en trouvant l’eaue tresbonne nous en prismes vous declarant que la nous trouvasmes grant quantité de couleuvres desquelles nous en prismes aucunes et leur couverture estoit plus grande d’une bonne targe: et apres que les mariniers les eurent tuees ilz en firent plusieurs viandes & disoyent que aultreffois en avoyent mangé au goulfe de argin ou aussi il s’en trouve mais non pas si grandes et je vous dys que encores moy pour prouver plusieurs choses j’en mengay et me semblerent bonnes et ont la chair blanche: comme est celle d’ung veau elles rendoyent si bonne odeur et saveur que nous en salasmes beaucoup et nous firent en partie une bonne munition pour nostre voyage Je mengay aussi en mon premier voyage de la chair des elefans laquelle je ne trouvay gueres bonne & si peschasmes sur la bouche de cestuy fleuve et aussi dedans: ouquel nous trouvasmes si grande quantité de poissons qu’il est incredible a le dire: desquelz plusieurs d’eulx jamais nous n’avions veu ilz estoyent tresgrans et bons ledit fleuve est grant de sorte qu’il y pourroit entrer ung navire de cent cinquante botes: Et est large d’ung traict d’arc la pour esbat nous demourasmes deux jours et nous fournismes des choses dessusdictes avec coulombs que nous tuasmes sans nombre. En notant que en la premiere ysle ou descendismes la nommasmes l’isle de bonne veue pource que c’estoit la premiere veue de terre en ceste part la. Et ceste autre ysle qui sembloit estre plus grande de toutes quatre mismes nom l’isle de sainct jacques pource que le jour de sainct jacques et saint Phelippe nous arrivasmes a icelle ysle a mettre ancre.

¶ Des deux palmes et de la navigacion du fleuve de Gambra.

Chapitre .xl.

Les choses dessusdictes ainsi faictes le jour susdit sainct jacques passasmes lesdictes isles en tenant la volte du chef verd & en peu de jours par la grace de dieu vinsmes a veue de terre a ung lieu qui s’appelle les deux palmes qui est entre ledict chef verd et le fleuve de senega et ayant bonne congnoissance de la terre nous courusmes ledict chef verd le matin ensuyvant nous le passasmes et navigasmes tant que nous arrivasmes une autre fois au fleuve de gambra dessus nommé auquel en brief entrasmes & sans contradition de mores et de leurs almadies navigasmes de jour amont par ledict fleuve en tousjours tastant le font. Nous trouvasmes aucuns almadies de mores lesquelles touteffois alloient au long des rives dudict fleuve & environ deux lieues & demie nous trouvasmes une petite isle a maniere d’une montaigne et s’est faicte par ledit fleuve de laquelle apres que eusmes mis l’ancre par ung dimenche deffaillit de ceste vie ung des nostres mariniers lequel par plusieurs jours avoit esté malade de fievre & combien que sa mort a tous nous autres nous grevast neaumoins voulans ce que a dieu plaist nous l’ensevelismes & mismes en ceste ile lequel avoit nom André & a cause de ce nous intitulasmes cestedicte isle l’isle de sainct andré affin que desormais elle fust ainsi apellee en partant de cest isle & tousjours navigant sus ledict fleuve aulcunes almadies de Mores nous suyvoient de loing parquoy nous faisions dire par noz truchemens a ces mores en leur monstrant aucuns draps rouges de soye et autres choses en leur disant que asseurement ilz se approchassent de nous et que nous leur en ferions presens & qu’ilz n’eussent de nous paour que estions gens humains & traictables & iceulx mores peu a peu s’approcherent & prindrent quelque assurance au dernier ilz vindrent a ma caravelle & ung de ces mores entra dedans pource qu’il entendoit le parler de mon truchement & cestuy More moult se esmerveilloit de nostre navire et la maniere de naviguer avec les voylles pource que ilz ne voguent leurs almadies sinon avec avirons & croient que aultrement ne se naviguoit et si estoit aussi bien esbahy de nous veoir blancz & non moins de veoir noz habitz qui leur estoit merveilleux et moult different des leur/ & principallement pource que la plusgrande partie de eulx trestous vont tous nudz et si aulcun de eulx va vestu/ il est vestu de ces chemises blanches de coston nous fismes grant chere a ce More en luy donnant plusieurs merceries dequoy il fut trescontant de nous & nous luy demandasmes de plusieurs choses & au dernier il nous afferma cestuy pays estre le pays de Gambra et que leur principal Seigneur estoyt Farosangoli lequel il disoyt demourer depuis le fleuve par terre vers le midy/ & siroch de neuf a dix journees lequel farosangoli estoit soubmis a l’empereur de melly qui estoit le grant empereur de Nebel et que neaumoins il y avoit plusieurs autres seigneurs moindres de luy qui habitoient aupres ledit fleuve aussi bien d’ung costé que d’aultre & si nous voulions il nous meneroit a l’ung de cesdictz seigneurs: Lequel s’appelloyt Batimaussa & qu’il traicteroit avec ledict seigneur qu’il voulsist prendre amytié avec nous pour autant que luy sembloit que nous estions bonnes personnes: son offre a nous autres nous pleut molt bonne compaignie jusques a tant que nous fussions arrivez audict lieu de Batimaussa lequel selon nostre jugement estoit loing depuis la bouche dudit fleuve environ quinze lieues et plus.

¶ Comment le seigneur Batimaussa eut bonne paix avec nous.

Chapitre .xli.

C’estassavoir que en allant sus ledict fleuve nous allions par levant et cestuy lieu ou nous meismes anchre estoit beaucoup plus estroit que la bouche a nostre jugement il n’estoit point plus large que de demye lieue & cestuy fleuve faict beaucoup de branches/ lesquelles apres se mettent dedans et apres que nous feusmes arrivez a cestuy lieu nous deliberasmes d’envoyer avecques se more l’ung des nostres truchemens audict seigneur batimaussa et luy envoyasmes une zupe de soye moresque pour luy en faire present qui vault a dire en nostre langaige une chemise laquelle estoit assez belle: et faicte en terre de mores et luy envoyasmes dire comme nous estions venuz par le commandement de nostre sire le roy de portugal crestien pour faire bonne amytié et pour entendre de luy s’il avoyt besoing des choses de nostre pays & que chascun an nostre roy luy envoyeroit & avec autres parolles le truchement alla avec ledict more & pour abreger il fut avec ledit seigneur et de la nous ne partismes que non pas seullement eusmes son amytié/ mais nous luy vendismes plusieurs choses en change dequoy eusmes certains esclaves mores et certaine quantité d’or mais non pas en estimacion eu esgard a cela que devions trouver par la renommee des mores du royaulme de senega & en effect selon nostre oppinion nous trouvasmes y en estre peu & a les veoir ilz sont povres gens & lequel or est d’eulx molt prisé & selon moy plus que de nous autres pource qu’ilz le estiment pour chose moult precieuse neaumoins ilz en font bon marché eu regard aux choses qu’ilz prenoient de nous a l’encontre de luy et la demourasmes environ quinze jours & en ce temps la venoient a nostre caravelle plusieurs de cesdictz mores qui habitoient d’une part dudit fleuve et qui venoit pour veoir chose moult nouvelle a eulx et jamais non veue par le temps passé & qui venoit pour achepter & vendre aucunes de leurs merceries ou quelque petit aneau d’or les merceries qu’ilz portoient estoient premierement de coton filaces de coton & draps de coton fillez a leur mode aulcuns estoient blancz autres de diverses couleurs comme vers blancz azurs & rouges moult bien fais Item ilz portoient moult grant quantité de marmotz et de chatz baboins grans et petis de diverses sortes: et en cestuy pays s’en trouve grant quantité et les donnent pour moins de .xii. liars a change de quelque chose nous leur baillons. Item ilz apportoyent a vendre de la civete et donnoient une once de civete a l’encontre d’une chose qui povoit valoir dix solz. Non pas qu’ilz le vendent au poix. mais je le dys pour estimacion et aultres nous aportoient fruictz de diverses sortes et entre les autres moult de dattes petis & sauvaiges/ toutesfois on en mengeoit et plusieurs des nostres en mengerent et les trouverent de diverses saveurs mais moy je n’en voulu point mangier pour doubte du flux de ventre: et en ceste maniere chascun jour nous avions gens nouveaulx dedans noz caravelles: et de divers langaiges jamais ne cessoient d’aller hault et bas par cestuy fleuve avec leurs almadies de lieu en lieu: ou avec femmes et hommes a la façon des nostres par deça sur les rivieres: mais tout leur navigaige si est par force d’avirons & en vagant ilz sont tous en piedz autant d’une bande comme de l’autre & ont tousjours ung d’avantaige qui vogue de derriere/ ores d’ung costé ores d’ung aultre: affin de tenir leur almadie droicte leur vogue si est sur leur piedz a force de bras sans apuyer l’aviron et l’aviron est faict en ceste maniere. Ilz ont une lance en maniere de demie lance longue d’ung pas et demy et au bout de ceste lance ilz fischent ou voyrement tient ung taillouer rond et avec ceste sorte d’aviron ilz voguent tres vistement leurs almadies par la coste de la mer a terre et ont beaucop de bouches de petis fleuves ou ilz se mettent & vont asseurement: mais continuellement ilz ne se eslargent gueres de leur pays car ilz ne vont pas asseurement de pays en autre pour non estre prins de mores et venduz pour esclaves & au bout de certains jours nous deliberasmes de partir et de venir a la bouche dudict fleuve pource que plusieurs de noz gens commençoient a devenir malades d’une fievre chaulde et aguë: et soubdainement nous partismes.

¶ Des elefans sauvaiges et en quelle maniere ilz les prenent.

Chapitre .xlii.

Des choses qui se pevent dire de cestuy pays par cela que nous vismes et par information que nous eusmes en celuy peu de temps que nous demourasmes la: Premierement de leur foy elle est communement ydolatre en diverses manieres en donnant grande foy aux enchantemens & autres choses qui sont dyaboliques: mais tous congnoissent dieu aussi y en a qui sont machometains et telz ceulx sont qui vont par le monde par les pays de mores et ne sont fermes au pays: les païsans qui ne vont par le monde ne sçavent riens de la maniere de vivre de ceulx icy tous ces manieres de gens icy se gouvernent en la maniere des mores du royaulme de Senega et mangeussent de telles mesmes viandes sinon qu’ilz ont plus ris pource qu’il n’en croist point au pays de celuy de senega ilz mengeussent aussi de la chair de chiens et jamais n’ay ouy dire qu’il s’en mengeast que la. Les vestemens de ceulx cy est de coton fors que les mores de senega vont quasi tout nudz: les femmes se vestent semblablement comme celles de Senega fors qu’elles prenent a plaisir quant elles sont petites d’eulx faire aucuns signes percez en la chair & aucuns sur la poictrine & aucuns sus le bras & autres sus le col: lesquelz semblent de ces ouvrages de soye que ce souloient user faire sus les mouchouers & font avec feu et jamais en aucun temps ne s’en vont ceste region est moult chaulde et tiennent que tant plus on va soubz ostro que tant plus sont pays chaulx et especiallement en cedict fleuve faisoit plus grant chault qu’en la mer pour estre ocupee par beaucop d’arbres tresgrans qui sont par tout celuy pays et de la grandeur de ces arbres je vous dis que nous tous prismes de l’eaue d’une fontaine qui estoyt aupres la rive dudict fleuve et aupres d’elle y avoit ung arbre tresgrant & moult gros. Mais la haultesse n’estoit a raison de la grossesse pource que nous jugeasmes qu’il n’estoit point plus hault de vingt pas et la grossesse estoyt de dix et sept Laquelle nous fismes mesurer & estoit noueux en plusieurs lieux et avoit les branches moult larges et longues par façon qu’il faisoit grande umbre a l’entour de lui et s’en trouve de plus grans parquoy povez entendre que par la vertu de telz semblables arbres la vertu du pays estre bonne et fertille: pour estre arrousee de beaucoup d’eaues qui le arrousent.

En cestuy pays se trouve grande habondance de elefans & j’en ay veu trois vifz qui estoyent sauvaiges pource qu’en cestuy pays ilz n’ont pas l’art de les faire domesticques comme on faict en autres parties du monde Et quant nous les vismes saillir hors du boys nous estions dedans nostre caravelle au meilleu dudit fleuve et aucuns de nous saillirent et se misrent dedans la barque pour aller a eulx pource qu’ilz n’estoyent gueres loing de nous mais des ce qu’ilz nous eurent veuz ilz retournerent en leur boys. apres j’en viz ung petit qui estoit mort Lequel ung noble seigneur de celuy pays qui s’appelloit Guinimensa qui demouroit environ la bouche dudit fleuve de gambra pour me complaire avec plusieurs mores alla chasser & le print & furent deux jours a le poursuivre. Ces mores vont a la chasse a pied Et ne portent autres armes pour le frapper que des azagayes desquelles en est parlé cy dessus et arcs Et toutes leurs armes qu’ilz tirent sont envenimees: & sachez qu’ilz vont trouver ces elefans aux boys en lieux fangeux ou ilz se trouvent continuellement pource qu’ilz sont de la nature du porc qui voulentiers se tient a la fange Ces mores se mettent derriere des arbres & ferissent les elefans ou avec sayettes ou voirement avec azagayes envenimees et vont saultant & fuyant d’ung arbre en autre en maniere que l’elefant qui est beste fort grosse avant qu’il se puisse tourner il se trouve estre blecé de plusieurs En ceste façon il se treuve fort blecé sans ce qu’il se peve deffendre Je vous dis bien que au large ou il n’y eust arbres il n’y a homme qui se osast approcher de luy que l’homme ne sçauroit courir si fort que l’elefant ne le joignist en allant son pas est moult long et quant il est persecuté et il arrive que par fortune il trouve l’homme en la planure et il le joigne avec luy il ne luy faict mal que de sa trombe grande de son museau qui est quasi semblable a celuy du porc combien qu’elle soit autrement pource que la trombe du museau du porc n’est mobile comme est celuy de l’elefant laquelle est comme une levre gros et dur: laquelle il tort: & alonge et acourcist comme il veult Et cela ne faict pas le porc en façon que en acueillant l’homme avec ceste trompe il le gecte si hault que avant que l’homme tombe en terre il est ja pieça mort: & ceci j’ay ouy compter a plusieurs mores. Non pourtant l’elefant n’est pas furieuse beste a l’homme qui ne le persecute Cestuy petit elefant veiz mort en terre lequel n’avoit les dens longues que trois paulmes et ses dens se remettoyent dedans la machouere de une paulme: parquoy sembloit qu’ilz n’eussent que deux paulmes de dens parquoy disions qu’il estoit bien jeune pource qu’il en y a qui ont de longues dix ou douze paulmes de dens. Et pour petit qu’il fust nous jugeasmes qu’il avoit chair pour autant que ont quatre ou cinq beufz des nostres Cestuy elephant me fust donné par cestuy seigneur: c’estassavoir que j’en prinsse telle partie que je vouldroye et la reste que la donnasse aux veneurs pour menger Et apres que j’euz entendu par les mores que la chair des elephans estoit bonne pour menger j’en feiz tailler une piece par embas: De laquelle je mengay dedans ma caravelle de rotie et bouillie/ affin de prouver plusieurs choses Et aussi pour dire que j’avoye mengé de la chair d’une beste que nully de ma ville n’avoit mengé: laquelle chair en effaict n’est gueres bonne: elle me sembla dure et sans goust & j’en portay a la caravelle ung pied & partie de la trombe & si tiray plusieurs poilz de son corps qui estoyent noirs et longs une paulme et demye et plus et estoyent moult gros desquelles choses avec aulcune partie de la chair en feiz present audict seigneur don hurich de portugal Lesquelles choses il receut pour ung grant present pource que s’estoit la premiere chose qu’il avoit eue de ce pays la: et aussi qu’il se prisoit beaucoup d’avoir telles choses estranges que luy venoyent estre presentees de si loingz pays descouvers pour son industrie.

¶ Des piedz et jambes de l’elephant et [du] poisson cheval.

Chapitre .xliii.

Et fault que vous entendiez que le pied de l’elephant est rond a l’entour et quasi comme le pied d’ung cheval: la solle du pied est noire & tresgrosse il a cinq ongles a l’entour dudit pied et sont rondes et de longueur ung petit plus que ung grant blanc: et si n’estoit le pied de cestuy elephant petit: mais il estoit large plus d’une paulme & demye soubz la solle en toute carreure: pource que comme j’ay dit il est tout rond. en notant que par ledit seigneur more me fut aussi donné ung autre pied d’ung elephant lequel mesuray plusieurs fois soubz la solle presens beaucop de personnes & je le trouvay large de trois paulmes: & avoit de tous costez ladicte largeur Lequel aussi je presentay audit seigneur Infant don hurich avec une dent de elefant laquelle estoit longue de douze paulmes et moult bien faicte laquelle avec ledit pied ledit seigneur Infant envoya presenter a la duchesse de Bourgoigne pour ung grant present Aulcun ne doit croire que l’elefant jamais ne se mettoit a genoulx Comme j’ay ouy dire aultreffois/ mais est le contraire/ car ilz vont et se gettent et lievent comme faict une aultre beste Encores en ce fleuve de gambra et aussi en plusieurs fleuves de cedit pays oultre les colcatrices et aultres diverses choses qui la se trouvent il se trouve une beste qui est appellé poisson cheval Ceste beste est quasi de la nature de la loutre qui a ceste heure se tient en l’eaue et a ceste heure en terre et de ces deux elemens se nourrist & est de ceste nature C’est a sçavoir de telle forme Il est long de corps comme une vache et court de jambes et a les piedz fendus sa teste est de la forme d’ung cheval et a deux dentz grandes a maniere d’ung porc sanglier et sont ces dens moult grandes: j’en ay veu de deux paulmes & plus longues/ et aucunesfois ceste beste sault de l’eaue et va en terre comme une beste de quatre piedz de semblables bestes ne s’en treuve aucune part ou se navigue par noz mariniers fors qu’en cestuy pays de mores Encore se trouve en cestuy pays des chauldes souris grandes de trois paulmes & plus & autres oyseaux moult differens des nostres: & mesmement infinis papegaulx Et aussi y a plusieurs poissons en cedit fleuve divers des nostres de tant de goust que de forme toutesfois ilz sont bons a manger.

¶ Du fleuve de casamansa: et du chef rouge.

Chapitre .xliiii.

Comme j’ay dit dessus pour la maladie de noz hommes nous partismes du pays du seigneur batismansa: et en peu de jours yssismes hors dudict fleuve de gambra: et en dehors estant apres que nous eut semblé qu’avions beaucoup de vivres que ce seroit chose louable puis que nous estions la/ que deussions courir ça & la plus oultre par ceste coste par ce que nous avions trois navires: et que s’estoit assez bonne compaignie. ce que fut faict et ung jour environ tierce avec bon vent fismes voyles et pource que nous estions trop engoulfez en ceste bouche du fleuve de gambra et que la terre de la part de Ostro et Garbin se mettoit hors de la mer & la se faisoit un chef nous tinsmes a la volte de ponent pour nous en mettre hors & entrer en la mer: & toute la terre se monstroit toute basse et copieuse de infinitz et grans arbres vers Et apres que fusmes au large dans la mer nous descouvrismes cela n’estre ung chief pour en faire mencion Pource que oultre la poincte on veoit la terre tout du long de la coste Neantmoins nous allions au large de ceste poincte pource que a l’entour d’elle se veoit la mer rompre plus de deux lieues Parquoy continuellement en allant tenions deux hommes a la proue et ung autre sur l’arbre d’en hault pour descouvrir rochers ou aultres secques en navigant seullement le jour avec peu de voylles avec grant regard et de nuyt nous mettions l’ancre et chascun de nous trois avoit son jour pour aller devant/ car chascun eust bien voulu que son compaignon fust allé devant: et ainsi navigant par deux jours par celle coste tousjours a veue de terre Et le troiziesme jour nous descouvrismes la bouche d’ung fleuve assez grant selon que monstroit ladicte bouche qui estoit de plus de demy quart de lieue et en allant plus avant environ la nuyt eusmes veue d’ung petit goulfe et ressembloit quasi a la bouche d’ung fleuve & pource qu’il estoit nuyt nous mismes l’ancre et le matin fismes voilles/ et apres que nous fusmes ung petit dedans ledit goulfe nous descouvrismes la bouche d’ung grant fleuve et nous sembloit qu’elle fust ung peu moindre que celle du fleuve de gambra/ et aux rives dudit fleuve sembloit y avoir plusieurs arbres vers Parquoy nous en approchasmes et la demourasmes aupres ladicte bouche et chascun de nous mist hors sa barque avec noz truchemens pour envoyer en terre pour sçavoir nouvelles du pays et le nom de cestuy fleuve et aussi qui en estoit seigneur et pour abreger les barques y allerent et retournerent: et ceulx qui estoyent dedans nous dirent que ledit fleuve s’appelloit le fleuve de casamansa C’est a dire le fleuve de ung seigneur nommé casamansa more: lequel habitoit dedans ledit fleuve environ huit lieues Mais que le seigneur ne se trouvoit point la: pource qu’il estoyt allé a la guerre contre ung sien voisin ce que par nous ouy le jour ensuivant nous partismes de la en notant depuis ledit fleuve de gambra jusques a cedit fleuve de Casamansa y a environ [vingt] cinq lieues.

¶ Des fleuves trouvez en ceste coste: et des gens qui y habitent.

Chapitre .xlv.

Apres que fusmes partis de cestuy fleuve de casamansa suivant la coste nous arrivasmes a ung chef lequel a nostre jugement est loingtain de la bouche dudict fleuve environ cinq lieues: et cestuy chef est un petit plus hault que la terre de la coste & monstroit son fronc estre rouge & pour cela nous lui mismes a nom le chef rouge Et apres en naviguant par ladicte coste pervinsmes a ladicte bouche de ung fleuve assez raisonnable & a nostre jugement il estoit large d’ung trait d’arbalestre il ne nous chalut gueres d’essayer qu’il y avoit dedans et l’appellasmes le fleuve de saincte Anne Nous passasmes par ledict fleuve mais toutesfois en navigant tousjours a nostre chemin vinsmes a ung aultre fleuve touteffois en ladicte coste lequel ne nous sembla point moindre de celuy dessudict a cestuy mismes nom de sainct Dominiam depuis ledit chef rouge jusques a ce dernier fleuve peult estre environ .xv. lieues En apres aussi en navigant par ladicte coste par une journee arrivasmes a la bouche d’ung tresgrant fleuve Je dis si grant au commencement nous le jugeasmes estre ung goulfe Neantmoins on veoit les arbres de l’autre partie dans terre vers ostro laquelle largeur fut jugee estre par nous tous non moindre de cinq lieues et au dessus par ce que nous mismes bonne espace de temps a traverser ladicte bouche/ c’estassavoir d’une terre a l’autre & quant nous fusmes de l’autre partie eusmes veue en mer d’aucunes isles. Parquoy nous deliberasmes de vouloir sçavoir en ce lieu quelque chose nouvelle de ce pays et incontinent mismes l’ancre et le matin ensuyvant vint a noz caravelles deux almadies qui sont quasi comme barque comme cy dessus est dict lesquelles en verité estoient moult grandes et quasi que l’une estoit aussi grande comme l’une de noz caravelles mais non pas si haultes en ceste y avoit plus de .xx. mores et l’autre estoit plus petite et y avoit environ .xvi. hommes. Et nous les voyans venir moult hastivement avec leurs avirons en les doubtant aulcuns de nous prindrent leurs armes en leurs mains pour veoir que vouloyent faire telles gens. Quant ilz furent pres de nous ilz mirent en hault moucheneez blanc lyé a ung de leurs avirons lequel a leur maniere demandoit seurté & nous leur respondismes en telle mesme façon Et apres qu’ilz eurent veu que nous avions faict comme eulx ilz vindrent a nous et la plus grande desdictes Almadies se approcha de ma caravelle et ceulx de dedans nous commencerent a regarder par une grande merveille en nous voyant estre hommes blancs Et regardoient la forme de nostre caravelle avecques l’arbre et l’enthene croisee qui est chose que eulx ne sçavent que c’est a cause que ilz n’en usent point Et nous desirans d’entendre quelle generation estoit ceste icy je leur fis parler par mes truchemens lesquelz jamais aucun d’eulx ne les peut entendre quelle chose ilz disoyent ny moins ceulx des autres caravelles/ dequoy en eusmes grant desplaisir et au dernier ilz se partirent sans le pouvoir point entendre. Nous voyans que estions en pays nouveau auquel nous ne povyons estre entenduz nous conclusmes que de passer plus oultre se seroit chose superflue par ce que nous jugeasmes que en allant plus avant trouverions tousjours nouveaulx langaiges/ parquoy nous ne pourrions faire aucune chose qui vaulsist riens: et parquoy nous deliberasmes de tourner en derriere de ces mores lesquelz estoient en icelles almadies desquelz nous acheptasmes aucuns anneletz d’or a change d’aucunes merceries et sans parler faisions noz marchez l’ung avecques l’autre: & en ceste maniere nous demourasmes deux jours sur la bouche de cedit grant fleuve et la transmontane qui se monstroyt moult basse. et en ce lieu la trouvasmes une contrarieté qui ne se trouve en aucun autre lieu ou naviguent les crestiens. C’estassavoir qu’il s’i faict en cestuy pays une marque d’eaue de montaigne comme est a venise: ou en tout le ponent mais en chascun lieu la ou elle croist en six heures & en autre six elle baisse & si croist aussi en quatre & baisse en huit: et le cours de ladicte marque: quant elle commence a croistre est tant impetueux que c’est quasi chose credible par ce que trois ancres par proue avec grant peine se povoient tenir et fut une heure que ledict cours nous fist faire voylle par force et non sans dangier pource que ledict cours avoit plus de force que les voylles avec le vent.

¶ Comment nous partismes de la par non sçavoir le langaige qu’ilz parlent.

Chapitre .xlvi.

Nous partismes de la bouche de cestuy grant fleuve pour retourner en espaigne en tenant la volte de la mer vers celles isles lesquelles estoient distantes de terre ferme environ huit lieues desquelles en y a deux autres petites ces .ii. grandes sont habitees de mores et sont moult basses mais habondantes de grans arbres et haulx et les habitans ne les peusmes entendre ny eulx nous et au partir desdictes deux isles vinsmes vers nostre pays des chrestiens auquel par noz journees navigasmes tant que dieu par sa misericorde nous conduisit a bon port.

¶ Le second livre de la navigation de lisbone a calichut translaté de langue Portugaloise: en ytalienne et de ytalienne en françoys.

¶ Icy se descouvrent nouveaulx pays avec leurs noms.

Chapitre .xlvii.

Ce que dessus est escript est ce que j’ay entendu et veu au temps que allay es parties dessusdictes. mais despuis moy il y en a esté d’autres principallement depuis la mort dudict seigneur infant don Hurich a envoyé deux caravelles armees/ et en estoyt capitaine Pierre de Sinzia escuyer dudict seigneur: lequel donna commission & chargea audit de sinzia qu’il deust aller avec lesdictes deux Caravelles plus avant que on avoit esté par ceste coste de mores & qu’ilz descouvrissent pays nouveaulx avec lequel pierre de sinzia alla ung jeune homme Portugaloys mon amy lequel avoit esté avec moy mon escripvain aux voyages que avez ouys & au retour desdictes deux caravelles moy loys de cadamosto me trouvant en lachus qui est ung lieu apres le chef sainct vincent. arriva ledict pierre de sinzia & mondict amy lequel vint loger en ma maison lequel me compta de point en point tous les pays qu’ilz avoient descouvers et les noms qu’il leur avoit mis: et les lieux la ou ilz avoient sejourné. Et commenceray au fleuve si grant la ou je avoye esté et duquel m’en party pour m’en retourner en portugal desquelz pays leurs noms & demourances cy dessouz en sera faicte mencion. premierement mondict amy me dist qu’ilz avoient esté a cesdictes deux grandes isles habitees et que en l’une d’icelle ilz descendirent en terre & parlerent avec les mores mais qu’ilz ne furent point entenduz Et allerent a leur habitation & leurs maisons estoient trespovrement acoustrees couvertes de paille & [en] aucunes d’icelles maisons trouverent statues de ydolles de boys et par cela qu’ilz peurent entendre de cesdictz mores ilz sont ydolatres/ et apres qu’ilz veirent qu’ilz ne povoient avoir ne entendre aucune chose de cesdictz mores ilz se partirent d’eulx suyvans leur voyage par ladicte coste et tant feirent qu’ilz vindrent a la bouche dudit fleuve grant et large selon leur jugement d’une lieue et dit que depuis cestuy fleuve grant duquel me party jusques a cedict autre fleuve y peut avoir a son advis quatorze lieues. et dit que iceluy fleuve s’appelle le fleuve de Besague/ a cause d’ung seigneur qui demeure a la bouche d’icelui fleuve. Apres qu’ilz furent partiz de la bouche de cedict fleuve de besague en navigant par ladicte coste vindrent a ung chef auquel [misrent] nom le chef de verga et toute celle coste depuis ledict fleuve de besague jusques audict chef de verga est montueuse non pourtant trop haulte: et sont depuis cedict fleuve jusques au chef de Verga environ .xxxv. lieues: et lesdictes montaignes sont plaines de beaulx arbres et moult grans et on les veoit verdoyer de loing et semble une belle chose de veoir.

¶ Du chef de Sargres avec trois aultres et les noms de tresgrans fleuves.

Chapitre .xlviii.

Et apres passerent par ledict chef de verga et en navigant par ladicte coste par l’espace de vingt lieues: ilz descouvrirent ung autre chef lequel selon le jugement de chascun des mariniers dient estre le plus hault chef que jamais ilz veirent au meillieu de la terre. a cestuy chef y a une poincte haulte aguisee a maniere d’ung diament & tout ce chef est grant et habondant d’arbres vers et misdrent a nom a ce chef sacres en maniere de une forteresse que fist faire la bonne aymee du feu seigneur Infant don Hurich sus une des poinctes dudict chef saint vincent a laquelle il meist nom Sages et s’appelle des portugalloys le chef de Sacres de senega et dyent les mariniers que les habitans de celluy pays estre ydolatres pour l’information qu’ilz en eurent/ et qu’ilz adorent statues de boys en formes d’hommes et dient d’avantaige quant ilz veullent menger ou boyre offrent a leurs ydolles de leurs viandes: ces Mores icy ont aulcuns signes fait avec le fer chault dedans leurs visages & dedens leurs corps & ses mores icy sont plus fort tirans beaucoup sur le gris que sur le noir et vont tousjours nudz et leurs braes sont faictes des escorces d’arbres avec lesquelles ilz couvrent leurs parties honteuses ilz n’ont aucunes armes par ce que il ne se trouve point de fer en leurs pays ilz vivent de ris et de miel et de legumes: C’estassavoir feves et faizeulx et d’autres qualitez des nostres mais plus beaulx et plus gros ilz ont chairs de vaches & de chievres mais non pas en quantité et dyent encores que despuis cestuy chef jusques en la mer y a deux petites isles l’une est distante d’une lieue et l’autre de deux & sont desabitees pour estre petites mais elles sont copieuses d’arbres.

En apres les habitans de cestuy fleuve ont aucunes almadies qui sont tresgrandes dedens lesquelz il y naviguent de trente a quarante hommes par chacune & voguent avec avirons eulx estans sur les piedz comme dessus ay dict/ & cestes gens ont tous les oreilles pertuysees tout a l’entour et a chascun pertuis ilz ont des aneaulx d’or et aussi au neez et quant ilz veullent menger ilz les tirent dehors/ et aussi bien les portent les femmes comme les hommes/ et dient que les femmes des seigneurs ou des hommes d’estime ont de nature leurs levres pertuisees d’aucuns pertuis comme ilz ont les oreilles/ esquelz pertuis lesdictes femmes portent par grant dignité: et pour signification d’estat aneaulx d’or ainsi comme es oreilles lesquelz ilz tirent et mettent a leur bon plaisir Passé ledit chef de sacres environ dix lieues se trouve ung autre fleuve appellé sainct vincent et est large dedans la bouche environ dix lieues et plus avant environ douze lieues et demye par ladicte coste se trouve ung aultre fleuve lequel s’apelle le fleuve verd et est plus grant en la bouche que n’est celuy de sainct vincent: c’estassavoir de plus de dix lieues et a telz fleuves ont estez mis noms par lesdictz navigans de deux caravelles du roy de portugal: et toute ceste coste est pays montueux et a par tout bon cours et bon fons Et apres qu’on passe cestuy fleuve verd environ .li. lieue se trouve ung autre chef et l’apellerent le chef allegre Et cela fut pource que cestuy chef avec le pays semble estre tout alegre: et de cestuy chef allegre commence une coste d’une montaigne: laquelle dure environ lieue et demye & est ceste montaigne moult haulte toute couverte d’arbres vers & haulx Et a la fin de ceste montaigne se trouve en la mer environ deux lieues trois isles et la plus grande peut estre environnee de trois lieues et les appellerent isles sauvaiges: et appellerent ladicte montaigne la montaigne lionne.

Item apres qu’on a passé la coste de la montaigne lyonne tout de la en avant si est terre basse et plaige et y a beaucoup de secques de sablon et du chief de ladicte montaigne plus oultre se trouve ung autre fleuve bien gros: et est large en la bouche environ d’une lieue: auquel misdrent nom le fleuve rouge pource que l’eaue de cedict fleuve se monstroit estre au fons comme rouge a cause de la terre qui estoit rouge: et oultre ledit fleuve y a ung chef et pource qu’il se monstre rouge ilz l’appellerent le chef rouge: et depuis cestuy chef jusques en mer environ deux lieues il y a une ysle rouge.

Item en apres qu’on a passé ledit chef rouge on trouve ung goulfe ouquel est ung fleuve grant auquel misdrent nom le fleuve saincte marie pource que le jour saincte marie de la naige il fut trouve par lesdictz mariniers Et de l’autre part du fleuve y a une poincte au devant de laquelle ung pas dans la mer y a une petite isle et se fait en ceste isle beaucop de bancz bas et areneux qui durent en allant par la rive quatre lieues & la romt la mer et y a la grant courance d’eaue et grant mer qui monte et descent et appellerent ladicte petite isle: isle des bans a cause de ce qu’il y avoit beaucop de secheresses & oultre ladicte isle se fait un chef grant lequel ilz apellerent le chef de sainct anne pource que a cestuy jour il fut trouvé: & depuis ladicte isle jusques a cedit chef cinq lieues et tout ceste coste est plaige et de petit fons.

¶ Des fleuves des palmes avec plusieurs autres.

Chapitre .xlix.

Item oultre ledit fleuve de saincte anne a dixhuit lieues toutesfois par ladicte coste trouvasmes ung autre fleuve auquel ilz misdrent nom le fleuve des palmes pource qu’en ce lieu la y a habondance de palmes/ et la bouche de cestuy fleuve combien qu’elle se monstre estre assez longue si est elle occupee de bancz et de Secques de sablon & l’entree de cestuy fleuve est perilleuse & depuis ledit chef de saincte anne jusques a cedit fleuve c’est tout plaige: ¶ Item apres cestuy fleuve est ung aultre loingtain de dixhuit lieues: & est tousjours plaige par ladicte coste et ont appellé cedit fleuve le fleuve des fleuves. Et cela a esté pource que quant ilz le trouverent par tout celle coste on ne veoit autre chose en terre que fleuves faitz par ceulx du pays & oultre cedict fleuve a cinq lieues tousjours par plaige se trouve ung chef qui se met bien avant dedans la mer Sur cestuy chef semble avoir ung mont hault et l’appellerent le chef de la montaigne. ¶ Item plus avant cedict chef de la montaigne environ deux lieues y a ung aultre chief petit et non hault sus lequel monstre estre une montaignette & l’appellerent chef courtois Et en ceste partie ceste premiere nuit ilz virent plusieurs feux & arbres sur lesquelz y avoit des mores et croyent qu’ilz s’estoient mis dessus iceulx pour non estre prins et aussi pour veoir chose jamais par eulx non veue: et oultre ledit chef courtois a trois lieues tousjours par celle coste y a ung grant bois avec plusieurs arbres qui beuvent jusques sur l’eaue de la mer & au derriere de cestuy boys ilz misdrent l’anchre et aucunes almadies vindrent a la caravelle & y avoit dedans trois hommes par chascune tous nudz lesquelz portoyent en leurs mains aucunes massues aguës & a leurs modes ce sont quasi dars et aucuns d’eulx avoyent certains petis couteaulx & entre eulx tous ilz avoyent deux targes de cuir avec trois arcz & vindrent a la caravelle et ces gens icy avoyent toutes les oreilles tout a l’entour pertuisees et aussi le nez par dessoubz Et aucuns d’eulx avoyent au col aucune reste de dens qui sembloit que fussent dentz d’homme ausquelz fut parlé par divers truchemens mores qui estoyent dedans lesdictes caravelles et jamais ne furent entendus d’une seulle parolle et on ne peult entendre d’eulx aucune chose desquelz mores en furent prins par les portugaloys et de ces .iii. ilz en laisserent les deux: & cecy estoit pour acomplir le commandement de leur roy lequel leur avoit commandé qu’en la derniere terre la ou ilz arriveroyent eulx non voulant aller plus avant si par adventure ilz n’estoyent entendus avec celle generation qu’ilz trouvassent moyen d’amener aulcuns desdictz mores du pays fust par amour ou par force affin de povoir entendre de luy avec le temps ou par voye de truchemens d’autres mores qui se trouvent en portugal ou voirement par espace de temps qu’ilz apprinssent a parler aulcunes nouvelles de ces mores de son pays Et pour ceste raison ilz retindrent cestuy more pour non vouloir passer plus oultre lequel ilz conduirent a portugal & pour abreger le roy de portugal fist parler a cedict more par divers mores & au dernier d’une seulle femme more esclave d’ung bourgois de lisbonne qui estoit de loingtain pays il fut entendu non pas par son propre langage mais par ung autre langaige que luy & elle sçavoyent & autre chose ne raporta au roi par le moyen de ceste femme que entre choses en son pays y avoit des licornes vives et beaucoup d’autres choses Et apres que le roy l’eut tenu environ trois moys en son royaulme il luy donna aucunes robes et le fist conduire de nouveau dans une caravelle en son pays et de ce dernier lieu depuis n’est passé oultre aulcune navire jusques a mon partement D’espaigne qui fut le premier jour de febvrier mil .cccc.lxiiii. Auquel boys fut mis nom le boys de saincte marie finis Et notez que le .vii. jour d’aoust a mon retour eusmes veue du chef blanc en venant a la volte de terre & depuis avec l’autre volte nous le passasmes le .viii. jour dudict moys environ midy et nous apparut sur la mer a la proue ung tresgrant poisson lequel venoit par l’eaue en faisant grant bruit et tempeste vers nostre volte en aprouchant aucunement a nous apres que eusmes veu une bonne partie de si terrible grandeur par ce que aucunement il se mettoit hors de l’eaue avec sa teste/ et veu par nous la terrible impetuosité qu’il menoit nous estraignismes noz voilles en nous mettant de costé le plus que nous povyons et cherchions de nous eslongner et fouyr de cestuy poisson lequel dieu moyennant ne vint vers nous et passa sur le vent qui estoit sus nous environ ung quart de lieue il passa loing de nous & par cela que nous peusmes veoir ledit poisson quant il se monstroit sus l’eaue il monstroit au baisser de la teste a maniere de elles que devoyent estre espines: lesquelles se baissent toutes derriere apres l’autre qui sembloyent proprement esles de moulin a vent. Sa grandeur par ce que monstroit ne me sembloit point moindre de l’une de noz galeaces de venise grosse & tous les espaignolz lesquelz sont usités de veoir plusieurs balaines lesquelz sont les plus grans poissons dequoy nous ayons congnoissance dyent jamais avoir veu poisson si grant ne si terrible ne que si grant paour luy eussent faict comme fist cestuy cy.

¶ Le temps que se partirent les navires de lisbonne et leur retour.

Chapitre .l.

Les navires que envoya le Roy de Portugal furent trois balonniers tous nouveaulx c’estassavoir deux de tonneaulx quattre vingtz et dix et l’autre de cinquante et plus une petite navire de cent tonneaulx chargee de vinnaille: et celles toutes portoyent neuf vingtz hommes et partirent de lisbonne le neufviesme jour de juillet. Mil quatre cens quatre vingtz et dixsept: le cappitaine de Ghiman le dixiesme de juillet mil .cccc.lxxx. et .xix. retourna en ceste de lisbonne avec l’ung des balonniers portant cinquante tonneaulx le cappitaine vasch demoura au travers de l’isle du chef verd avecques ung balonnier de tonneaulx .lxxx.x. pour avoir mis ung sien frere en terre qui estoit malade a la mort/ et l’autre balonnier de quatre vingtz dix tonneaulx ilz le bruslerent: pource qu’ilz n’avoient pas gens de la povoir naviguer et aussi bruslerent la petite navire: combien que ceste n’eust point a retourner.

¶ Le lieu ou est melinde/ calichut avec plusieurs autres lieux.

Chapitre .li.

A leur retour ilz avoyent hommes malades .lv. d’une maladie qui leur venoit en la bouche et apres descendoit en la gorge: et encores leur venoit une grant douleur es jambes depuis les genoulx en bas Ces gens qui avoyent esté dedans ces navires dessusdictes avoient encore descouvert terre nouvelle oultre le chef de bonne esperance environ .M. huit cens lieues Lequel chef fut descouvert du temps de don jehan roy de portugal Et dela ledict chef allerent bien six cens lieues en costoyant toute la coste populee de mores & ausdictes six cens lieues ilz trouverent ung grant fleuve et a sa bouche ung grant village tout habité plain de mores qui sont comme subgectz de mores qui estoyent demourans dedans la terre & font guerre ausdictz mores: & en leur disant qu’ilz demourassent la une lune & qu’ilz leur donneroyent de l’or infiny: le capitaine n’y voullut pas demourer mais alla tousjours avant et quant il fut allé .ccc.l. lieues il trouva une grande cité avec murs habitee de mores gris comme mores indians avec tresbelles maisons maçonnees de pierre & de chaulx a la moresque Et la descendirent en terre & le roy d’icelle cité qui estoit more les veit voulentiers et leur bailla ung pillote pour traverser le goulfe et ceste cité s’appelle: Melinde et est assise a l’entour d’ung grant goulfe tout habité de Mores: Et cestuy pillote parloit Italien ilz passerent ledict goulfe pour aller de l’autre costé qui furent .ccccccc. lieues de travers & arriverent a une grande cité de crestiens plus grande que lisbonne qui s’appelle calichut lequel goulfe comme se dict est tout populé de grandes citez et chasteaulx de mores de chascun costé et au bout dudit goulfe y a ung estroit comme a dire l’estroict de rommanie et apres qu’on a passé ledict estroict y a une autre mer: c’estassavoir ung goulfe auquel ja est la mer rouge du costé droict & dela jusques a la maison de la mecque ou est l’arche de Machomet y a .iii. journees par terre et non plus a laquelle maison de la Mecque y a une tresgrande cité de mores mon oppinion est que cestuy goulfe soit goulfe d’arabie Duquel escript pline & que Alexandre le grant fut jusques la pour faire guerre Semblablement les rommains y furent et prindrent tout.

¶ Description de calichut du Roi et de son Palays.

Chapitre .lii.

Et pour retourner a la cité des crestiens qui s’appelle calichut elle est plus grande que lisbonne habitee des crestiens indigenes gris qui ne sont noirs ny blans. En laquelle y a eglises avec cloches. Mais il n’y a point de prestres & ne font office ny sacrifice: mais seullement esdictes eglises y a ung baquet d’eau a maniere d’eaue benoiste & autres baquet ont du baume & baptisent en trois ans une fois en ung fleuve qui est aupres la cité dedans laquelle sont les eglises de pierre & de chaulx faictes a la moresque & sont les rues bien ordonnees & droictes comme est en Italie Le roy de ladicte cité se fait servir moult haultement & tient estat de roy avec grande quantité d’escuyers et chambellans a ung tresbeau palais. Et quant le capitaine desdictes navires arriva la le Roy estoit dehors ladicte cité a ung chasteau loing d’icelle cinq ou six lieues et incontinent qu’il eut entendu la nouvelle des crestiens qui estoient la venus: il s’en vint a la cité avec cinquante personnes et troys jours apres envoya appeller le capitaine qui estoit en la nef et incontinent il descendit a terre avec douze hommes et environ cinq milles personnes l’acompaignerent depuis la rive de la mer jusques au pallays du roy a la porte duquel il y avoit dix portiers avecques masses fournies d’argent depuis allerent jusques a la chambre dedans laquelle estoit le roy et se gisoit sur ung lict bas le plancher de ladicte chambre estoit tout a l’entour du lict couvert de veloux verd et la muraille de ladicte chambre toute tapissee de damaz de diverses couleurs/ le lict estoit couvert d’une coulte blanche bien fine ouvré toute de fil d’or: et avoit dessus le lict ung pavillon moult riche: et soubdainement le Roy demanda au capitaine qu’il alloit cerchant Le capitaine luy respondit que la coustume de ces chrestiens estoit quant l’embassadeur disoit son embassade a aulcun prince elle estoit secrete & non publique: a l’heure le roy envoya tous ses gens dehors le capitaine luy dist comme il y avoit grant temps que le roy de portugal avoit eu notice de sa grant haultesse & comment il estoit roy crestien & desiroit avoir son amitié & l’envoyoit visiter comme il est de coustume de faire entre les Roys crestiens le roy receut benignement l’embassade depuis envoya le capitaine reposer dedans la maison du more moult riche.

¶ Des espiceries et marchandises avec les monnoyes de calichut.

Chapitre .liii.

En laquelle cité y a infiniz marchans mores tresriches Et tout le train de marchandise est en leurs mains ilz tiennent une petite mosquee tresbelle. Leur roy est regy et gouverné du tout par les mains desdictz mores/ ou par voye de presens qui luy font par industrie toutes les espiceries se trouvent toutes en cestedicte cité de calichut c’estassavoir canelle poivre clou de giroffle gingembre: encens: lacque: du bresil y a infiniz boys neaumoins ladicte espicerie ne croist pas la/ mais croist dedans certaines ysles loingtaines de ladicte cité environ .cxl. lieues lesquelles isles sont aupres de la terre ferme a une lieue du costé de ladicte cité on y va par terre en vingt jours et sont habitees de mores et non des crestiens et lesdictz mores en sont seigneurs Neantmoins toutes lesdictes espiceries se conduisent dedans ladicte cité dedans laquelle est estape desdictes espiceries. les monnoyes qui plus se despendent sont sarraffis d’or fin monnoyé du souldan qui poisent deux ou trois grains moins que le ducat & en ladicte cité on les appelle sarraffins & s’il y a aucuns ducatz venitiens & genevois et y a monnoye d’argent bien petite qui aussi dict estre du souldan Il y a aussi draps de soye/ veloux de toutes couleurs veloutez: satins: damatz: taffetaz: tapis veloutez futaines cotons ouvrez estaing labouré Ilz ont de toutes choses en habondance/ & mon oppinion est que lesdictz draps y sont conduitz du chaire.

¶ Des navires qui passent sur la calamite avec le pris des espiceries.

Chapitre .liiii.

Ces portugaloys demourerent en ladicte cité de calichut depuis le .xix. jour de may jusques au .xxv. jour d’aoust. Dedans lequel temps ilz veirent venir ung nombre infini de navires et dient qu’il y en vint bien mil cinq cens qui vont au traffigue de l’espicerie & les plusgrandes navires ne passent point .cc. bottes de portee: & y en a de plusieurs sortes grandes & petites lesdictes navires n’ont point d’arbres: & ne pevent aller sinon a poupe aucuneffois ilz demourent quatre ou cinq mois pour attendre le temps & beaucoup s’en perist/ elles sont d’estrange maniere & moult debilles elles ne portent point d’armeures ny artillerie: & les navires qui vont aux isles de l’espicerie/ affin qu’elles demourent aupres la cité elles ont le fons bien plain et demandent peu d’eaue & y a aucunes navires qui sont faictes sans aucun fer pource qu’elles ont a passer sur la calamite laquelle est ung peu dela desdictes isles Toutes lesdictes navires quant elles sont devant ladicte cité/ elles demourent au sec dedans la fange & les y mettent quant la mer est grande affin que l’yver elles soyent asseurees de la mer par ce qu’il n’y a pas bon port: la mer y croist & descroist de six heures en six heures & aucuneffois il s’i trouve des navires cinq ou six cens qui est grant chose Le poix de la canelle qui est cinq quintaulx/ vault dedans ladicte cyté de dix a douze ducatz au plus hault pris & dedans lesdictes isles ou elle se recueille elle ne vault que six ducatz ainsi est le poivre et clou de giroffle le gingembre la moytié moins: la lacque ne vault quasi riens tant en y a & la chargent pour enfondrer les navires & semblablement le bresil duquel y en a bois infiniz et ne veullent avoir leur payement sinon en or ou argent Aussi y a du coral Les marchandises de deça ilz estiment peu fors les draps de lin & croy que qui en meneroit il en seroit bon marchant pource que les mariniers vendirent aucunes leurs chemises a change de l’espicerie combien qu’il y ait toilles fines et blanches. lesquelles toylles doyvent venir du chaire & y a la dohane comme a nous et d’entree ilz payent cinq pour cent des joyaulx ilz en apportent peu: & n’est chose qui vaille par ce qu’ilz n’avoient ny or ny argent pour contracter/ combien qu’ilz dient qu’elles soient la cheres et semblablement les perles et mon oppinion est que la il y en a bon marché/ mais celles que les portugalloys veirent estoient es mains de ces marchans mores et ce qui ne vault que ung ilz les veullent vendre quatre comme ilz ont acoustumé de faire. Touteffois ilz ont apporté aucuns balais saffirs & certains petis rubis & y avoit en granade ilz dyent que le capitaine en apporta des riches il les achepta de son argent et toutes les vendit pour joyaulx.

¶ De la mecque le mont Sinaÿ la mer Rouge.

Chapitre .lv.

Les navires qui chargent les espiceries en ladicte cité des crestiens la plusgrande partie vont avec lesdictes espiceries sur ledict goulfe que passerent les portugalloys lequel est moult grant et aussi passe celuy estroit Et depuis avec les autres navires plusieurs ilz passent la mer rouge: & de la ilz vont a la maison de la mecque & y a trois journees et depuis au chemin du chaire & passent au pied de la montaigne de sinaÿ et apres par le destroict du sablon ou ilz dient que aulcuneffois avec grant vent se leve par ledit sablon en hault: & quant il achept il couvre tout ce qui trouve Aussi aucunes navires vont par toutes les citez de ce goulfe & aussi aulcunes a celuy fleuve lequel nous trouvasmes tout populé de mores & sont quasi subjectz aux mores qui demourent dedans la terre & leur font guerre Noz gens trouverent en ladicte cité des crestiens des malvoisies de candie dedans des barilz a mon jugement elle estoit conduicte du chair comme les autres marchandises il y a environ quatre vingtz ans que en ladicte cité de calichut arriverent certaines navires des crestiens blancz avec cheveulx longs comme ont les almans & la barbe avoient entre le nez et la bouche la reste estoit toute rasee comme font en constantinoble ceulx qui suyvent la court & appellent icelles moustaches & avoient des hommes armez de coraces couvertes de chapeaulx de fer & banieres certaines armes en façon d’une hasche en leurs navires avoyent de l’artillerie plus petites que celles qui se usent a present & depuis ont suivy d’y aller de deux ans en deux ans une fois avecques .xx. ou vingt et cinq navires Ces gens icy ne sçavent dire quelz gens ce sont ne quelles marchandises ilz y portent sinon toilles moult fines & chargent leurs navires d’espiceries lesquelles sont de quattre arbres comme ceulx d’espaigne Si c’estoient allemens il en seroyt aucune notice ilz pourroyent estre du pays de la roussie selon aucuns qui entendent aucune chose de la mer Neantmoins nous atendons tout sçavoir par cestuy pillote more qui parle ytalien que leur donna le roy more qui vient dedans les baloniers du capitaine et y est contre sa voulenté.

¶ Les viandes que use le roy de calichut et le peuple dudit calichut.

Chapitre .lvi.

En ladicte cité de calichut des Chrestiens les mores avec leurs navires y apportent assez pain Et pour trois ou quatre deniers ung homme en auroit assez a souffisance pour ung jour ilz ne font point leur pain levé & iceluy est faict en façon de gasteaux/ et le cuisent soubz la braise jour pour jour aussi il y a quantité de ris aussi y a vaches & beufz: mais petis: ilz font laict et beurre: il y a aussi des oranges assez mais toutes doulces lymons: cytrons: cedres: pommes moult bonnes: dates fresches et seiches & aussi beaucoup d’aultres fruitz: le roy de ladicte cité ne mengeue chair ne poisson ne aultre chose qui souffre mort aussi font ceulx qui suivent sa court et les hommes de bien pource qu’ilz disent que nostre seigneur jesucrist commanda en sa loy qui tue soit tué & par cela ne veullent manger chose qui preigne mort Le peuple mangue chair et poisson il ne leur en chault de riens mais de la chair de beuf ilz n’en mengeussent point mais en tiennent grant compte par ce qu’ilz dyent qu’ilz sont bestes de benediction. Et quant ilz passent par une rue ilz leur touchent avec la main/ et puis la baisent Ledict roy mengeue ris: lait: et beurre: pain de grain et moult d’aultres choses semblables Ceulx qui suivent sa court et les gens de bien mengeussent des choses dessusdictes. Le roy se fait servir haultement comme appartient a ung roy: il boit vin de palme avec ung verre d’argent et le verre ne s’approche point de sa bouche: mais il tient la bouche ouverte et laisse cheoir dedans ledit vin: il y a des poissons de la mesme qualité que nous avons & de toutes sortes qui se trouvent de deça et y a la des pescheurs qui peschent aussi y a il des chevaulx plus grans que deça/ et peu sont prisez desditz crestiens mores.

¶ La cognition qu’ilz ont de jesucrist et du pape.

Chapitre .lvii.

Les chrestiens qui chevauchent sus les elephans desquelz y en y a quantité: et sont domesticques. Le roy quant il va en aulcun lieu a la guerre. La plusgrande partie de sa gent va a pied & l’autre partie sur les elefans Le roy quant il va d’ung lieu a ung autre: il se faict porter sur le col de ses hommes principaulx Toute ceste gent depuis la ceincture de bas va vestue et la plusgrande