partie D
’indie pour contracter: Et aussitost que fusmes arrivez la le Roy nous envoya visiter avec quantité de moutons: poulles: oyes: limons. et orenges: les meilleures qui soyent au monde: par ce que en noz navires y avoit aulcuns malades en la bouche lesquelles orenges les guarirent Incontinent que nous eusmes devant la ville getté les ancres: le capitaine commanda qu’on mist le feu a toutes les pieces de l’artillerie et aux navires mettre les bannieres et envoya en la ville deux facteurs du roy de portugal: & l’ung d’eulx sçavoit parler more: c’estassavoir arabic pour entendre que faisoit le roy et luy faire sçavoir la cause pour laquelle nous venions: et que l’autre jour y envoyeroit son ambassade avec une lettre que le roy de portugal luy envoyeroit: le roy more eut grant joye de nostre venue: et celuy des facteurs qui sçavoit parler arabic a la requeste du roy demoura dedans la ville Le jour ensuivant le roy envoya aux navires deux mores moult honnestes lesquelz sçavoient parler Arabic pour visiter nostre capitaine et luy envoya dire comme il avoit grant plaisir de sa venue en le priant que de tout ce qu’il auroit affaire estant en sa ville qu’il l’envoyast querir comme s’il estoit en portugal: Et que lui & tout son royaulme estoit au commandement du roy de portugal. Le capitaine incontinent ordonna de envoyer dedens ladicte ville les lettres avec le present que le roy de portugal lui envoyoit. Le present estoit cecy C’estassavoir une selle riche/ une paire de testieres pour chevaulx et une paire d’estriers avec les esperons d’argent tous esmailletez et dorez: avec ung poictral sortable a ladicte selle avec cordons et fornimens de cramoisy moult riche. Et ung licoul ouvré d’or fillé pour ung cheval. Et deux oreilliers de drap d’or et autres deux de veloux cramoisy: et ung tappis fin & une piece de tapisserie: et deux pieces D’escarlate. Lequel present dedans Portugal valloit plus de mille ducatz. Et encores y avoit une piece de Satin cramoisi: et une piece de taffetas cramoisi. Le Capitaine eut par conseil qu’il debvoit envoyer ledict present par Areschorea qui alloit pour le roy de Portugal pour son grant facteur: Lequel alla en ladicte ville avecques la lettre et present Et avec luy alloient les plus principaulx hommes avec trompettes le roy envoya semblablement tous ces principaulx pour recepvoir ledict facteur: & les maisons du roy estoyent en la rue du port: & et devant que arrivissions a la maison du roy nous vindrent au devant beaucoup de femmes avec vaisseaulx plains de feu: dedans lesquelz ilz y mettoyent tant de parfumes que les odeurs estoyent par toute la ville & ainsi entrasmes en la maison du roy: en laquelle il estoit assis en une chaire & avec luy avoit plusieurs mores de ses plus principaulx: Le roy eut grant plaisir de nous veoir et luy fut donné le present et la lettre: laquelle une partie estoit en arrabic et l’autre en Portugalloys. Le roy apres qu’il eut leue ladicte lettre parla avec ses mores et entre eulx ilz eurent grant plaisir & tous ensemble gecterent ung merveilleux cry au meileu de la salle en rendant graces a dieu d’avoyr ung si grant roy comme le roy de portugal pour leur amy/ & incontinent il fist emporter le present & fist dire a ceulx qui avoient apporté ledict present & mesmement areschorea qu’ilz demourassent dedans la ville jusques a ce que les navires vouldroient partir: et qu’il avoit grant plaisir de parler avec ledict areschorea: lequel respondict qu’il ne le sçauroit faire sans le congié du grant cappitaine: incontinent le roy envoya ung sien cousin audict capitaine avec ung sien aneau d’or: en le priant qu’il laissast demourer ledict areschorea. et qu’il envoyast querir dedans sa ville tout ce qu’il avoit de besoing Le capitaine de ce fut content & soubdainement le roy bailla audict areschorea ung beau logis: & luy envoya bailler tout ce qui luy estoit necessaire: c’estassavoir moutons: gelines: et ris: laict: et burre dates miel et fruictz de toutes sortes: du pain il ne luy en envoya point: pource que en ce pays ilz n’en mangeussent point & ainsi demoura ledict areschorea trois jours dedans la ville en parlant au roy a toutes heures des choses de nostre roy de portugal & des choses estans au royaulme de portugal: en luy disant qu’il auroit moult grant plaisir de ce trouver avec le capitaine: areschorea luy deist que le capitaine n’avoit point de commission de descendre en terre mais qu’ilz se pourroyent veoir dedans les bateaulx: comme fist le roy de chillea: Le roy recusant a cela areschorea feist tant avec luy qu’il luy mist en teste d’y aller: & l’envoya dire au capitaine: lequel soubdainement se mist en poinct en ses bateaulx en laissant les navires avec bonne seureté: ses gens qui estoient avec luy dedans ledict bateau estoient armez par dessoubz leurs habillemens lesquelz estoient d’escarlate moult fine: le roy fist aprester deux bateaulx: et aussi envoya mettre ung cheval a la façon de portugal et les siens ne le sçavoient acoustrer en ceste façon: mais les nostres le misdrent en point le roy descendict par ung degrez: et au bout desdictz degrez tous ses hommes l’atendoient bien richement acoustrés lesquelz avoient ung mouton. & ainsi que le roy montoyt a cheval ilz couperent la gorge au mouton & le roy passa par dessus & tous ses hommes crierent moult fort avec une voix moult haulte: et cela faisoient par cerimonie et enchanterie: et ainsi apres il vint a parler audit capitaine: et apres qu’ilz eurent eu plusieurs parolles le capitaine luy dist qu’il s’en vouloit partir: et qu’il avoit besoing d’ung pillote en le priant qu’il le conduisist a calichut. et le roy luy en bailla ung: & apres que le roy fut en terre incontinent il envoya areschorea esdictes navires avec chair & fruitz pour le capitaine et luy envoya ung pillote des navires de combaye qui estoient audict port. Le capitaine laissa la deux hommes bannis de portugal: affin qu’ilz demourassent a melunde l’ung d’eulx demoura la et l’autre fut envoyé a gombaye. Le septiesme jour d’aoust le capitaine se partit dudict port: et commencerent a traverser le goulfe pour aller a calichut.
¶ Le .iii. livre de la navigation de lisbonne a calichut translaté de langue portugaloise en italienne: & de italienne en françoise.
¶ De la mer rouge/ & de la mer de perse l’isle aggradida.
Chapitre .lxx.
En traversant le goulfe duquel ou dernier chapitre est faicte mencion: nous traversasmes par toute la coste de mellinde/ en laquelle a une cité de mores qui s’apelle Magadasio moult riche & belle/ et plus avant d’elle y a une isle grande avec ung point en terre: laquelle s’apelle zonotore. et allant plus oultre par ladicte coste y a une bouche d’ung estroict de la mecque qui est large d’une lieue et demye et serre ledict estroit: et la dedans est la mer rouge: et aussi la maison de la mecque: & saincte katherine du mont de sinaÿ: et de la on porte les espiceries & pierreries au caire & en alexandrie par ung desert avec dromaderes qui sont chameaulx: et en ceste mer y a beaucoup de choses qui sont dignes d’estre comptees & apres qu’on a passé la bouche dudict estroit de l’autre costé est la mer de perse en laquelle y a de grandes provinces et beaucoup de royaulmes lesquelz appartiennent au grant souldan de babilone: et au meillieu de ceste mer de perse y a une isle petite qui s’appelle gulfal dedans laquelle y a beaucoup de perles. et en la bouche de ceste mer de perse est une grande isle qui se nomme Drinus/ dedans laquelle demeure ung roy de mores lequel est seigneur de gulfal: et en ceste isle de Drinus y a beaucoup de chevaulx lesquelz on maine vendre par toute l’inde: et valent ung grant pris: et en toutes cestes terres y a grant train de navires. En passant par cestedicte mer de perse y a une province qui s’appelle combaye: de laquelle en est seigneur ung roy lequel est grant et puissant: et ceste terre est plus fructueuse et grasse qui soit au monde en laquelle y a habondance de froment et d’autres bledz: du ris: de la sire: du sucre: & la y naist l’encens et la y a beaucoup de draps de soye et de coton: et aussi beaucoup de chevaulx et elephans. Le roy a esté ydolatre: et a peu que ung more en fut couronné roy par les grans mores: lesquelz sont sur le royaulme & a encores entre eulx beaucoup de ydolatres et entre ces gens y a de grans marchans: desquelz aulcuns d’eulx font le train avec l’arrabie: et les autres avec l’indie: laquelle se commence en ce lieu ou ilz sont et vont par ceste coste jusques au royaume calichut en laquelle coste y a de grandes provinces et royaumes de mores: & de ydolatres et tout ce qui est dedans ceste coste ne fut pas veu de nous autres. Item le .xxii. dudict moys d’aoust arrivasmes a veue de la terre de l’indie et ladicte terre estoit le royaulme de goga: & comme nous l’eusmes congneu nous allasmes de loing jusques a tant que arrivissions a une petite isle qui s’appelle agradida: laquelle appartient a ung more: au meillieu de laquelle y a ung grant lac d’eaue doulce elle est despeuplee & depuis ladicte isle jusques a la terre ferme y a demye lieue: elle a esté aultreffois peuplee de gentilz les mores de la mecque: qui font leur chemin a calichut ilz font leur chemin par la: & est a cause de la necessité qu’ilz ont d’eaue doulce et de boys ilz en prennent la et quant nous fusmes arrivés en ladicte isle incontinent mismes noz ancres & descendismes en terre et demourasmes la environ .xv. jours: en prenant eaue doulce et bois et aussi en gardant si aulcunes navires venoyent de la mecque lesquelles si nous voulions eussions peu prendre les hommes de terre venoient parler a nous et nous disoient beaucoup de choses nostre capitaine leur faisoit faire grant honneur en cestedicte isle ce pendant que nous y fusmes fut dit plusieurs messes par les prestres qui estoyent avec le facteur de Calichut et ceulx de l’armee se confesserent & communicquerent: et apres que nous veismes que lesdictes navires de la mecque ne venoyent point nous partismes pour aller en Calichut: lequel est oultre ladicte isle .lxx. lieues.
¶ Comment le capitaine alla au roy de calichut.
Chapitre .lxxi.
Nous arrivasmes a calichut le .xiii. jour de septembre audict an mil cinq cens et a une lieue pres dudit calichut saillirent une troupe de bateaulx pour nous recepvoir dedans l’ung desquelz venoit le chimel dudict calichut/ ung marchant de guysurate C’est a dire ung marchant qui est d’ung pays qui s’appelle guysarate moult riche: & les principaulx habitans de calichut: lesquelz entrerent dedans la navire du capitaine: en luy disant qu’ilz avoyent tresgrant plaisir de nostre venue: et nous gettasmes noz ancres en la mer devant ledit Calichut: et nostre artillerie commençoit fort a bruire: dequoy les indiens s’esmerveillerent grandement: en disant que contre nous nully n’avoit puissance sinon dieu: et ainsi demourasmes la ceste nuit le matin ensuivant le capitaine delibera d’envoyer audit calichut les indiens qu’il avoit amenez de portugal Lesquelz estoyent cinq C’estassavoir ung chrestien et les aultres quatre estoyent gentilz: et estoyent pescheurs: lesquelz tous parloyent bon portugaloys: et la deliberation dudit capitaine fut faicte Car il envoya lesditz cinq indiens en calichut richement habillez Et leur chargea de parler avec le roy et qu’ilz luy dissent la cause pour laquelle ilz estoyent venus: et aussi qu’il envoyast ung saufconduit pour povoir descendre en terre ce que lesdictz cinq indiens firent le more parla moult avec le roy: pource que les aultres qui estoient pescheurs n’avoyent hardiesse d’approcher du roy & ne le povent veoir par ce que le roy tient cela par coustume: et aussi pour son estat & pour magnanimité comme plus avant se declairera. Le roy envoya ledit saufconduit Et que tous ceulx qui vouldroyent descendre en terre y descendissent Lesquelles choses veues par ledict capitaine envoya soubdainement alphons furtad lequel sçavoit parler arabic: & eut charge de par ledit capitaine de dire au roy comme les navires appartenoyent au roy de portugal: lesquelles il envoyoit audit calichut pour traicter et faire train de marchandise: & pour avoir bonne paix avecques eulx Et pour ceste chose faire il estoit necessaire que ledict capitaine descendist en terre mais il avoit de commandement de sondit roy de portugal: de non descendre en terre sans avoir aulcuns personnaiges en hostaiges & en seureté de sa personne Et que le dessusdict roy de calichut luy envoyast dedans les navires des personnages dudit calichut: C’estassavoir telz et telz Et adonc que le roy entendit le message Et refusa assez d’obtemperer a ce qu’on demandoit en disant que les personnages qu’on demandoit estoyent bien vieulx et anciens: lesquelz ne povoyent entrer en la mer et qu’il luy en bailleroit d’autres. Alfons furtad luy dist qu’il n’avoit congé de prendre sinon ceulx qui luy avoyent esté baillez en memoire par ledit capitaine de par le roy de portugal. De cela s’en esmerveilla moult le roy: et demourerent en ce different deux ou trois jours. Finablement le roy eut par conseil de les envoyer Ce que incontinent fut dit au capitaine lequel se mist en point pour descendre en terre pour y demourer deux ou trois jours Et emmenoit avec luy vingt ou trente hommes et les plus honnourables et mieulx en point qu’il eust avec ses officiers comme il appartient au service d’ung prince & emporta toute la vaisselle d’argent qui estoit dedans lesdictes navires et laissa en son lieu pour grant capitaine ung nommé Sainct de tronar auquel il donna charge de faire honneur aux hommes de la ville qui venoyent pour hostaige de luy Le jour ensuivant le roy vint a une sienne maison qui estoit joignante la marine pour recevoir ledit capitaine: et de la envoya les hostaiges es navires: lesquelz estoyent cinq hommes moult honnorables & avoient avec eulx cent hommes portans espees & targes avec lesquelz y avoit .xv. ou .xx. tabourins. Le cappitaine saillit de sa navire avec ses Basteaulx: lequel avoit envoyé a la ville tout ce qu’il luy estoit necessaire ledit capitaine en descendant arriverent lesditz cinq hommes lesquelz ne voulurent entrer dedans lesdictes navires jusques a ce que ledit capitaine fust descendu en terre/ et en cela ilz contesterent par une grande piece de temps soubdainement Areschorea se mist dedans l’ung de leurs basteaulx & fist tant qu’ilz entrerent dans les navires & apres que ledit capitaine fut descendu en terre plusieurs gentilz hommes le vindrent recevoir lesquelz l’embrasserent et tous ceulx qu’il menoit avec luy & ne misdrent pied en terre jusques a ce qu’ilz fussent ou estoit le roy.
¶ L’abbaye du roy de calichut.
Chapitre .lxxii.
Le roy de calichut estoit en une maison haulte mis dedans une cuve dedans laquelle y avoit vingt oreillers de soye. La couverture de ladicte cuve estoit de ung drap de soye qui ressembloit a une escarlate & estoit nu depuis la ceinture en bas & aussi en hault il avoit tout a l’entour ung drap de coton moult subtil & blanc & faisoit plusieurs tours a l’entour de luy et estoit ouvré d’or Il avoit en sa teste ung bonnet de drap d’or fait a maniere d’une sallade longue et moult haulte: et avoit les oreilles percees dedans lesquelles il avoit grandes pieces d’or: avec Rubis de grans pris: et aussi de dyamans et deux perles moult grandes l’une estoit ronde et l’autre comme une poire et avoit dedans ses bras braceletz d’or et au dessus des couldes il estoit plain de riches pierreries C’estassavoir de perles de grande valeur & avoit aux jambes de grandes richesses Et en ung doy du pied il avoit ung anneau: dedans lequel y avoit ung rubiz de moult grande clarté et pris et aussi es doiz des mains plusieurs aneaulx garnis de joyaulx comme rubis: esmerauldes et dyamans entre lesquelles y avoit une esmeraulde plusgrande d’une feve & avoit deux ceintures d’or plaines de rubiz ceinctes sur le drap Pour abreger les joyaux qu’il avoit sur luy ne pourroyent estre estimez: aupres luy il y avoit une grant chaire d’argent laquelle avoit les braceletz et spalicies d’or garniz de pierrerie: C’estassavoir de joyaulx Dedans sa maison il avoit ung challit qui estoit faict a la façon de ceulx qui sont dessoubz les grans lytz de ce pays. lequel est assis sur quatre poulyes. Sur lequel challit il estoit venu de sa grant maison en laquelle il a acoustumé de se y tousjours tenir: et iceluy challit povoyt bien porter deux hommes et estoit riche sans nombre: il avoit aussi .xv. ou .xx. trompettes d’argent: et trois d’or L’une d’icelles estoit de si grande grandeur & poix que deux hommes avoient assez a faire a la porter: et les bouches de ces trois icy estoyent plaines de rubiz: et avoit joignant de lui quatre vaisseaulx d’or & d’argent & beaucoup de potz de cuir en façon de ceulx la dequoy on lave les mains chandeliers de laton: et autres plains d’huille et destouppes lesquelz estoyent allumez par la maison: et n’en estoit necessité et les tenoit pour une magnificence: et son pere estoit a cinq ou six pas sur ses piedz. Et aussi deux de ses freres acoustrez de grans richesses & aussi y avoit beaucop de gentilz hommes honnorables lesquelz estoient plus loing & si avoyent sur eulx grandes richesses pour l’amour du roy Quant le capitaine entra il voulut aller vers le roy pour luy baiser la main ilz luy firent signe qu’il se retirast pource qu’entre eulx ilz n’avoyent pas ceste coustume que aucun s’aprochast du roy. Et le capitaine demoura. Le roy pour luy faire honneur le fist seoir: et commença a dire son ambassade: et lirent la lettre du roy de portugal qui estoit escripte en langue arabicque: & soubdainement le capitaine envoya en sa maison pour le present des choses qu’il voulloit presenter: desquelles cy en bas parlerons.
¶ Le present qui fut donné au roy: avec le desordre qui y fut.
Chapitre .lxxiii.
Premierement ung bassin d’argent pour donner l’eaue a laver les mains faict de figures eslevees tout doré. Une Esguiere d’argent doree bien grande avec sa couverture ouvree semblablement de figures eslevees deux masses d’argent avec leurs chaines d’argent pour les massiers Et quattre grans oreillers: C’estassavoir deux de drap d’or & deux de veloux cramoisy: puis apres ung poille de drap d’or avec les franges d’or et de cramoisy: et ung grant tapis: et deux pieces de tapisserie moult riches: l’une [de] figures: et l’autre de verdure: et oultre ung pot d’argent pour donner l’eaue a laver les mains ouvré de semblable façon comme le bassin Et comme le roy eut receu ce present et la lettre aussi l’embassade il se monstra bien joyeulx Et dist au capitaine que il s’en allast en son logis qui luy avoit faict acoustrer: et que il envoyeroit querir les hommes qu’il avoit baillé en hostaige pource que ilz estoyent gentilz hommes et n’avoyent que boire ne que menger dedans lesdictes navires Et neantmoins que s’il voulloit aller dedans ses navires qu’il y allast et que le lendemain ensuivant il luy envoyeroit lesditz hostaiges et il viendroit en la ville pour faire tout ce qui luy seroit necessaire le capitaine laissa en son logis aller furtad: et avecques luy sept ou huit hommes pour l’atendre en sondit logis Le capitaine en partant de ceste place ung crocheteur de calichut fut devant luy aux navires pour dire aux hostages comme le capitaine s’en retournoit ce que par eulx entendu ilz se getterent dedans la mer Et areschorea facteur principal incontinent se mist dedans ung basteau: Et en print deux des principaulx et deux ou trois serviteurs: Et les autres en nageant s’en fuyrent en terre/ et en ces entrefaictes le capitaine arriva aux navires: Et commanda mettre ces deux principaulx au bas de la couverture de la caravelle et depuis envoya dire au roy que luy en arrivant aux navires avoit trouvé cestuy inconvenient: et que ung sien escrivain luy avoit fait cecy & qu’il avoit retenu ces deux hostaiges pource que en la ville il y estoit demouré plusieurs de ses gens et beaucoup de choses & qu’il luy pleust les lui envoyer et qu’il luy envoyeroit les siens/ lesquelz il traictoit moult bien Les ambassadeurs pour faire ce messaige furent les deux serviteurs qu’ilz avoyent prins avec les hostaiges et toute celle nuit le capitaine demoura en attendant la responce et l’autre jour ensuivant le roy vint a la plaine avec plus [de] douze mille hommes et noz gens qui estoyent dedans la ville furent prins: affin de leur envoyer avec leurs almadies: affin d’avoir les hostaiges en change Et vindrent vingt ou trente almadies et noz gens saillirent avecques les basteaulx dedans lesquelz estoient les deux hostaiges. Les almadies ne se osoyent approcher de noz bateaulx & semblablement noz basteaulx a leurs almadies Et ainsi tout celuy jour allerent sans faire autre chose: et puis apres qu’ilz furent retournez en terre avec les nostres: ilz leur commencerent a faire grandes rudesses en leur faisant paour en disant qu’ilz les vouloient tuer Celle nuyt les nostres furent en grande tribulation: le jour ensuivant le roy envoya dire au capitaine qu’il luy envoyeroit ses gens et ses besongnes avec les almadies & que ceulx qui estoient dedans ne portoient aulcunes armes: aussi qu’il envoyast ainsi ses basteaulx: ce que fist le capitaine et envoya avec eulx Saint de tronar capitaine: & arriverent ou estoient les almadies: & commencerent a recepvoir toute leur vaisselle d’argent & toutes leurs autres besongnes qu’ilz avoient dedans la ville en maniere qu’il ne demoura que ung alino fresse c’est a dire que une malle: en laquelle estoit le lict avec son formement & quasi tous noz gens & ainsi estant l’ung de ces gentilz hommes qui estoyent dedans noz basteaulx que Sainct de tronar conduisoit se gecta dedans la mer: et quant les nostres qui estoient dedans lesdictes almadies veirent cela ilz commencerent a se courroucer et enorgueillir en telle maniere qu’ilz gecterent dedens la mer tous ceulx qui estoient dedans lesdictes almadies: et ilz demourerent seulletz dedans icelles almadies: et en noz basteaulx demoura ung vieillart qui estoit gentil homme pour hostaige des nostres & deux des garçons des nostres demourerent dedans lesdictes Almadies qui ne peurent eschapper. Et l’autre jour le capitaine ayant pitié du vieillart qui estoit pour hostaige. Car il y avoyt troys jours qu’il n’avoit mengé l’envoya en terre. Et luy bailla toutes les armeures qui estoyent demourés dedans lesdictes navires. Lesquelles appartenoyent a ceulx qui se estoyent gettez dedens la mer Et le capitaine le envoya dire au roy que il luy envoyast ses deux garçons lesquelz le roy leur envoya & depuis demourerent trois ou quatre jours que nul des navires ne descendict en terre ny aucun de la ville a nous Le capitaine & tous les autres avecques le facteur principal delibererent d’envoyer au roy de Calichut qu’il luy envoyast deux hommes pour seureté/ et qu’il yroit en la ville: mais il n’y avoit celuy qui voulsist faire le messaige au dernier ung chevallier appellé françoys chorea deist qu’il yroit parler au roy et ainsi fut faict et luy dist comme areschorea facteur principal avoit deliberé de descendre en terre pour asseoir le train de la marchandise avec lui & qu’il luy envoyast pour ostage deux marchans: c’estassavoir ung de Guzerate moult riche: surquoy respondit ledict guzerate more au roy qu’il luy envoyeroit deux de ses nepveux dequoy le roy fut bien content & l’autre jour françoys chorea envoya la responce au capitaine: et soubdainement areschorea se mist en point/ & aussi les hommes pour ostage lesquelz le roy envoya ausdictes navires: et areschorea s’en alla en la ville: et en sa compaignie .viii. ou dix hommes lequel jour areschorea retourna bien tard esdictes navires pour dormir & l’autre jour retourna a la ville pour mettre a effect ce qui avoit esté ordonné le jour precedent: les hostaiges touteffois demourerent es navires: le roy luy envoya bailler la maison d’ung marchant Guzerate. & le enchargea qu’il aprint audict facteur les coustumes et train de ladicte ville: & ainsi areschorea commença a negocier et faire ses besongnes la langue qui se parloit pour nous estoit en Arrabic de sorte qu’on ne povoit parler au roy sans mettre vingt mores au millieu: lesquelz sont mauvaises gens: et estoyent moult contraires a nous autres: en façon que a toutes heures ilz usoyent & envers nous de tromperie: et nous disoient que nous ne envoyssions aucun en noz navires: et quant le capitaine veit que chascun jour alloit de ses gens en la ville: et que nully n’en retournoit pour faire responce: il delibera de s’en partir et commanda de faire voilles: et nous ainsi estans pres de la ville en une maison assez gardee d’hommes: veismes comme les navires s’en alloyent a guzerate a cause de ses deux nepveux qui estoient dedans lesdictes navires areschorea trouva façon d’envoyer ung garçon avec une almadie aux navires lequel garçon feist ung protest au capitaine quoy voyant le capitaine ledict protest de areschorea s’en retourna au port: & ainsi commença ledict areschorea a traicter avec le roy et accorda petit a petit le train ainsi qu’il voullut et pource que cestuy guzerate ne se voulloit plus empescher de noz besongnes: a cause de ces deux nepveulx qui estoyent es navires pour ostage. Le roy chargea ung turc grant marchant qu’il fist noz besongnes: et nous fist saillir de la maison de laquelle nous estions: et nous fist mettre dedans une aultre maison aupres celle ou nous estions: et incontinent ilz commencerent a veoir aucunes de noz marchandises: desquelles ilz en achepterent une partie: & demourasmes deux moys & demy avant que nous eussions acomply nostre train Lequel nous achevasmes a grant paine de areschorea [et] de ceulx qui estoyent avec luy: et apres qu’il fut parachevé le roy luy bailla une maison joygnant a la mer laquelle avoit ung jardin: dedans laquelle areschorea mist une baniere avec les armes du Roy: et cestuy train le roy en fist deux lettres signees de sa main l’une desquelles estoit escripte en une lame de laton: lequel devoit demourer en la maison du facteur et l’autre d’argent avec son signe escripte d’or laquelle devoit estre portee au roy de Portugal. Lesquelles lettres ainsi faictes areschorea fut aux navires et consigna ceste lettre d’argent au capitaine & mena en la ville ces deux hommes qui estoient aux navires pour ostage: et dela quant nous commençasmes a nous fier d’eulx en sorte qu’il sembloit que nous feussions en nostre pays. Et ung jour nous estans ainsi vint une navire qui alloit d’ung royaulme en ung aultre: en laquelle navire avoit cinq elephans: entre lesquelz y en avoit ung moult grant et de grant pris pource qu’il estoit praticqué en guerre & la navire estoit moult grande: & y avoit beaucoup de gens dedans bien armez & apres que le roy eut entendu la venue de ladicte navire il envoya dire audict capitaine qu’il prioit qu’il voulsist prendre ceste navire qui portoit ung elephant duquel il luy vouloit bailler beaucoup d’argent: le capitaine luy envoya dire qu’il le feroit: mais qu’il les tueroit s’ilz ne se vouloyent rendre le roy se consentit de cela: et envoya ung more a noz navires: affin qu’il fust present a veoyr en quelle maniere on prendroit ladicte navire. Et aussi pour parler a eulx affin qu’ilz se rendissent: et incontinent le capitaine envoya une caravelle bien garnie d’artillerie: et bien armee avec soixante ou septante hommes laquelle fut deux nuitz derriere ladicte navire sans la povoir joindre et l’autre jour ensuyvant ilz la joignirent et arriverent sus elle en disant a ceulx qui estoient dedans qu’ilz se rendissent: et les mores se misrent a rire pource qu’ilz estoient gens assés: & la navire moult grande et commencerent a tirer avec flesches: & quant le capitaine de la caravelle veit cela fist descharger l’artillerie de sorte qu’elle desbarra ladicte navire & incontinent ilz se rendirent et ainsi les menerent a calichut avec tous les hommes. Le roy saillit dehors a la marine pour les veoir et le capitaine de la caravelle bailla au Roy le capitaine de ladicte navire et la navire semblablement le roy se esmerveilla fort comme une caravelle tant petite et avec si peu de gens povoit prendre une navire si grande dedans laquelle y avoit troys cens hommes de guerre: le roy receut la navire & les elephans. avec ung grant plaisir et soulas. et de la caravelle il fut sus la navire.
¶ Coustumes et choses de calichut.
Chapitre .lxxiiii.
La cité de calichut est grande & n’est point de muraille environnee: et y a plusieurs lieux dedans icelle vuidez: et les maisons sont loing l’une de l’autre: Elles sont faictes de pierre de taille et de chaulx Elles sont couvertes de Palmes: et leurs portes sont grandes et bien ouvrees: et a l’entree desdictes maisons y a ung mur dedans la closture duquel y a beaucoup de herbes. Et viviers plains d’eaue/ dedans lesquelz ilz se lavent. Aussi ilz ont des puys d’eaue de laquelle ilz boivent. et par la cité y a d’aultres grans viviers plains d’eaue: esquelz va le menu peuple se laver et cela est par ce qu’ilz se lavent trois ou quatre fois le jour tout le corps: le roy est ydolatre combien que aulcuns ayent creu qu’il fust crestien: lesquelz n’ont pas entendu de ses coustumes comme nous avons faict qui avons faict le faict de la marchandise oudict calichut. lequel Roy s’appelle guaffer. Tous ces gentilz hommes & les gens qui le servent sont hommes qui ne sont blancz ny noirs et sont bien disposez depuis la ceincture en bas et en hault ilz sont nudz. A l’entour de eulx c’estassavoir des parties honteuses ilz portent draps de coton blancz et fins et aussi d’aultre couleur. Ilz vont deschaulx et sans bonnetz fors les grans seigneurs qui portent des bonnetz de veloux et de drap d’or: desquelz bonnetz aulcuns d’eulx sont moult beaulx et leurs oreilles sont pertuysees: & es pertuys ilz portent des joyaulx Aux bras ilz portent braceletz d’or. Les gentilz hommes portent en leurs mains espees & targes Leurs espees sont nues et sont plus larges par la poincte que par ung aultre lieu. Leurs Targes sont rondes comme rondelles d’ytalie moult legieres. Desquelles y en y a de noires et de rouges: Ce sont les plus grans joueurs d’espee et de targe qui soyent au monde Et ne font aultre chose que de jouer: et de telz faictz en y a en la court du Roy sans nombre. Ilz ont cinq ou six femmes: et celle qui est la mieulx aymee ne luy demande riens: pource qu’il dort plus souvent avec elle que avec les aultres: entre eulx n’y a point de chasteté: ny honte: et les filles depuis qu’elles ont huyt ans elles commencent a gaingner leurs vies par deshonnesteté: les femmes vont nues ainsi comme les hommes/ et portent sur elles grandes richesses: et ont leurs cheveulx bien longz et sont bien belles: elles prient les hommes qu’ilz leur ostent leur virginité/ pource qu’elles estans vierges ne trouveroyent maris: ces gens icy mengent deux fois le jour Ilz ne mengeussent point de pain: ne boivent point de vin. Ilz ne mengeussent ne chair ne poisson Leur viande est ris: beurre: laict: succre: ou fruyct. Devant que ilz mengent ilz se lavent/ et deppuis qu’ilz sont lavez Si aulcun qui ne se feust lavé touchoit leurs viandes: ilz ne mengeroyent point jusques a ce qu’ilz se seroyent retournez laver: Par façon que en ceste chose ilz y font de grandes cerimonies Tout le jour aussi bien les hommes comme les femmes mengent d’une fueille qui s’appelle beteille. Laquelle faict la bouche vermeille: & les dens noires: et ceulx qui ne font pas cela ce sont gens de basse condition. Quant aucun meurt en lieu de porter le dueil: ilz escurent leurs dens: et ne mengeussent point par certains moys de ladicte herbe. Le roy a deux femmes et chascune a dix prestres pour l’acompaigner: et chascun d’eulx dort avecques elles: et la congnoist charnellement pour honnorer le roy Et pour ceste cause les filz ne sont point heritiers du royaulme Mais ses nepveux filz de ses seurs Et pour grande magnificence d’estat: Il demoure en la maison plus de mille ou cinq cens femmes: lesquelles n’ont autre office que de nettoyer la maison et de arroser la maison devant le roy ou il veult aller: et l’arrosent d’eaue mistionnee les maisons du roy sont grandes & dedans lesdictes maisons y a beaucop de fontaines: dedans lesquelles le roy se lave & quant il en sault hors il va en son chalit riche: & le tirent deux hommes & devant luy y a plusieurs personnes qui sonnent de divers instrumens et aussi y a plusieurs gentilz hommes avec leurs espees et rodelles. et beaucoup d’archers: et devant sa garde sont ses portiers et au dessus de luy ung ciel treshonnestement paré on luy fait plus d’honneur que a nul roy du monde: on ne s’aproche de lui plus pres que de trois ou quatre pas: et quant ilz luy baillent aucune chose ilz luy baillent avec une verge par ce que ilz n’osent le toucher Quant ilz parlent avec luy ilz parlent avec la teste basse la main devant la bouche & nul gentil homme ne se monstre devant luy sans espee et rodelle. Quant ilz luy font la reverence: ilz mettent la main sur la teste Et nul officier ne homme de basse condition ne le veoit et ne sçauroit parler a luy et mesmement les pescheurs sy ung gentil homme va par la rue et ung pescheur luy vint a l’encontre ou il s’en fuyt ou il reçoit plusieurs coups de baston. Quant le roy meurt les gentilz hommes le bruslent & ses femmes avec luy ilz bruslent le roy avec du boys de sandal pour le honnourer. Le boys de sandal est semblable au cipres rouge. Les hommes de basse condition ilz les enterrent ilz portent longue barbe. Ilz sont grans compteurs et escripvains Ilz escripvent en une fueille de palme avec une plume de fer sans aucune tainture Et ainsi fait une autre sorte de gens qui sont grans marchans et s’appellent cussurantes ilz sont d’une province qui s’appelle Combaye. Ceulx icy sont naturellement ydolatres: et adorent le soleil: la lune: et les vaches: et si aucun tuoit une vache on le tueroit. & ces marchans cussurantes ne mengent d’aucune chose qui reçoive mort ny du pain: ny aussi ny boivent vin Et si aucun garçon par erreur mengeue de la chair ilz l’envoyent dehors par le monde a demander pour l’amour de dieu combien qu’ilz fussent descendus et fussent filz de grans seigneurs et de riches marchans Ces gens icy croyent aux enchanteurs: & aux devineurs: ilz sont plus blancz que les naturelz de calichut Ilz portent les cheveulx moult longz & aussi la barbe Ilz sont vestus de drap de coton bien fin Ilz portent voilles et leurs cheveulx entortillez comme ceulx des femmes. Ilz se marient avec une seulle femme comme nous: ilz sont moult jaloux et tiennent leurs femmes enfermees: elles sont moult belles et chastes: ilz sont marchans de draps de turquie et de joyaulx.
¶ Des marchans de calichut et le voyage de l’espicerie du chaire en alexandrie.
Chapitre .lxxv.
Dedans calichut y a d’aultres marchans qui s’appellent zetiettes et sont d’une aultre province Ilz sont ydolatres et grans marchans de joyaulx et perles D’or et d’argent Ilz sont plus noirs que ceulx de calichut: et vont nudz ilz portent les toques petites et basses. Les chevaliers portent toques et sont faictes de queue de beuf & de cheval Ces gens icy sont les plus grans enchanteurs de monde Chascun jour ilz parlent invisiblement au dyable. Leurs femmes sont moult corrompues en luxure autant que femmes qui soyent sur terre. Audit calichut y a des mores de la mecque de turquie/ de Babiloine: et de perse: et de beaucop d’autres provinces: et sont tresgrans marchans & riches gens Lesquelz tiennent en ceste cité de calichut de toutes les marchandises qui y arrivent: C’estassavoir joyaulx de toutes sortes et aussi d’autres choses moult riches: du musc: d’ambre: bengin: encens: boys: aloes: rubarbe: porcelaine: clou de giroffle: canelle: brisil: sendal: lacque: noix/ muscade: et macis. Toutes ces choses viennent de dehors: gingembre: poyvre. tamaris: mirabolans: et casse: fistule: et tut croissent en la terre de calichut Et aulcune canelle saulvaige Ces mores sont tant riches et graves que quasi ilz commandent a toute la terre de calichut En la montaigne de cestuy royaulme demoure ung roy moult grant & grave qui s’appelle Naremega: et est ydolatre Lequel tient deux ou trois femmes Le jour qu’il meurt ilz le bruslent & toutes ses femmes avec luy Et tous ceulx qui sont mariez quant aucun meurt ilz luy font une fosse et le mettent la dedans. et a l’heure la femme se vest tout des plus riches habillemens qu’elle ait: & tous ses parens avec elle la meinent avec instrumens et feste a la fosse. Et quant elle va a la fosse elle va dançant a rebours comme vont les escrevisses Et la fosse est embrasee de feu et elle se laisse cheoyr dedans. Et ses parens sont tous prestz avec potz plains d’huille et beurre Lesquelz parens des ce qu’elle est cheute en ladicte fosse ilz gettent lesditz potz sur elle affin qu’elle brusle plustost. En cestuy royaulme y a beaucoup de chevaulx et elefans pource qu’ilz en font leur guerre Lesquelz elefans sont si bien enseignez et aprins qu’il ne leur fault sinon la parolle. Et ilz entendent tout comme personnes humaines Et cela nous autres l’avons veu en calichut. Les elefans que le roy tient et lesquelz il chevauche sont les plus fors et furieux du monde Deux d’iceulx tirent une navire en terre. Les navires dudit calichut ne naviguent sinon depuis octobre jusques par tout le moys de mars En ces moys est leur esté: et les autres moys leur yver: ausquelz ilz ne naviguent point et tiennent leurs navires en terre Au moys de novembre se partent de calichut les navires de la mecque avec les espiceries Et vont a vida qui est porte de la mecque. Et de la les portent par terre au chaire. et du chaire en alexandrie.
¶ Grande occision de mores et de chrestiens dedans calichut.
Chapitre .lxxvi.
Apres que nous eusmes demouré environ troys moys dedans calichut et que le train estoit ja affermé: & deux de noz navires chargees d’espiceries Ung jour le capitaine envoya en Calichut pour dire au roy qu’il y avoit trois moys qu’il estoit en sa ville: et que nous n’avions chargé sinon deux navires: et que les mores caichoyent leurs marchandises Et que les navires de la mecque chargeoyent secrettement & apres qu’elles estoyent chargees elles s’en alloyent. Et que celuy capitaine luy seroit moult obligé s’il vouloit le faire bien tost despescher: pource que le temps de son partement s’approchoit fort. Le roy luy fist responce qu’il luy feroit bailler toutes les marchandises qu’il vouldroit. Et que l’une desdictes navires ne chargeroit jusques a ce que les nostres fussent chargees: et que si aucunes navires desditz mores se partoyent que le capitaine les prinst pour veoir dedans s’il y avoit de la marchandise: et que s’il y en avoit il la luy feroit donner pour le pris que l’avoyent achepté lesditz mores. Le seiziesme jour de decembre audit an Mil cinq cens. Areschorea facteur principal luy estant dedans ladicte ville de Calichut a faire compte avec les deux facteurs & escripvains de noz deux navires Lesquelles estoyent ja bien chargees pour partir et se partit une navire de mores avec plusieurs marchandises et le capitaine la print. Le capitaine more d’icelle navire et les plus honnorables d’icelle navire descendirent et s’en allerent dedans calichut: et firent de tresgrandes plainctes & clameurs: en maniere que tous les mores se misrent a parler au Roy en disant que dedans la ville nous avions plus de richesses que cela que nous avions porté en son royaulme: et que nous estions tous larrons les plus grans robeurs du monde et que nous avions prins ceste navire en son port et que deça en avant ilz se obligeoyent de nous tuer tous/ et que toute sa magesté robast la maison du facteur. Le roy comme homme sedicieux se consentit a cela. Et nous aultres non sachans aucune chose de cecy/ Aulcuns des nostres alloyent par la ville pour faire leurs besongnes veirent venir tout le peuple contre eulx en les tuant et frappant Et aucuns des nostres saillirent pour donner secours et ayde ce que fut faict et en tuasmes des leur sept ou huit & des nostres en fut tué deux ou trois/ nous estions environ .lxx. hommes avec espees & cappes et eulx estoyent sans nombre avec lances: espees & rondelles: arcz: et flesches et nous contraignirent en telle sorte qu’il nous fut necessaire de nous retirer a la maison: et en nous reculant ilz en blesserent cinq ou six des nostres: avec une grande peine nous serrasmes la porte: et puis ilz se combatirent fort & ferme contre la maison laquelle par tout estoit environnee de muraille de la haulteur d’ung homme a cheval nous avions sept ou huit arbalestriers avec lesquelles nous tuasmes ung certain nombre de gens de leurs hommes: et se gecta sur nous plus de troys mil hommes de guerre: Et quant nous vismes cela nous mismes une banniere affin que des navires ilz nous envoyassent secours. Les basteaulx vindrent et eulx joinctz a la playe la ilz tirerent de leur artillerie et ne faisoient riens A l’eure les mores commencerent a rompre le mur de la maison en façon que en demye heure ilz la mirent toute par terre et avoient trompettes & tabourins avec grans cris/ et croyons que le roy fust avec eulx a cause d’ung sien chambellan qui y estoit Et quant areschorea vit qu’il n’y avoit remede aucun et qu’il y avoit deux heures qu’ilz combatoient tant asprement par maniere que nous ne povyons plus tenir delibera que nous saillissions dehors a la playe en rompant par eulx pour veoir si les basteaulx nous pourroient saulver et ainsi fismes/ et ainsi la pluspart de nous aultres arrivasmes la jusques a ce mettre en l’eaue et les basteaulx n’osoient approcher pour nous recevoir et ainsi par faulte d’ung petit de secours ilz tuerent areschorea et avec luy cinquante et trois hommes: et de nous aultres eschappa a nager environ .xx. personnes tous bien blecez entre lesquelz eschappa ung filz dudit areschorea de l’aage de unze ans Et ainsi entrasmes dedans es bateaux quasi noyez le capitaine desditz basteaulx estoit las: pource que le grant capitaine estoyt malade et fusmes conduitz aux navires. Et quant le grant capitaine veit ceste discencion et le maulvais traictement de noz gens: il commanda qu’on print dix navires de mores qui estoyent dedans le port. Et commanda que tous ceulx qui seroyent trouvez dedans fussent tuez ce qu’il fut fait: & en tuasmes la quantité de cinq cens hommes: et en prinsmes vingt ou trente qui s’estoyent cachez ou bas de la navire et toutes les marchandises/ et pillasmes lesdictes navires de tout ce qu’il y avoyt dedans/ en l’une d’icelle y avoit trois elefans Lesquelz nous tuasmes et les mengeasmes. Et apres que les navires furent deschargees nous les bruslasmes toutes dixset le jour ensuyvant noz navires s’approcherent plus pres de la ville. Et la bombardasmes en telle maniere que nous tuasmes beaucoup d’hommes. Et leur feismes grant dommaige. Et ilz tiroyent de terre de aucunes pieces d’artillerie: Mais elles estoyent moult foibles Et ainsi que nous estions la passerent deux Navires: Lesquelles alloyent a Pandarada qui est loing de calichut de cinq lieues/ et les navires donnerent en terre: et nous ne les peusmes prendre par ce qu’elles estoient en lieu trop sec et quant le capitaine veit cela il delibera d’aller a cuchin: ou nous chargeasmes noz navires.
¶ Comment les navires chargent a Cuchin.
Chapitre .lxxviii.
Nous partismes de calichut pour aller a cuchin qui est loing de calichut de .xxx. lieues: et est royaulme sans subjection. Les gens d’icelluy sont ydolatres & [de] la mesme langue de calichut et en allant nostre chemin trouvasmes deux navires de calichut chargees de ris et allasmes droit a elles et les gens s’en fuyrent avec leurs basteaulx en terre et nous prinsmes les navires et le capitaine voyant qu’elles ne portoyent aultres merchandises les envoya brusler & arrivasmes a cuchin le .xxiii. jour de decembre et gectasmes noz ancres dedans la bouche d’ung fleuve: le capitaine envoya ung povre homme du pays de guzerate: lequel de sa voulenté partit de calichut pour venir en portugal: & alla dire au roy tout ce qui nous estoit advenu en calichut et que s’il luy plaisoit le capitaine chargeroit voulentiers ses navires en son royaulme et que pour payement des choses qu’il y prendroit/ il luy bailleroit or et marchandise. Le roy luy fist responce qu’il estoit moult desplaisant de la grant injure qu’il luy avoit esté faicte et qu’il avoit grant plaisir de la venue en son pays par ce que il sçavoit que nous estions bonnes gens et feroit tout ce que nous vouldrions. Ledit guzerate dist au roy qu’il seroit de besoing que nous eussions quelque seureté laquelle se faisoit homme pour homme. et qu’il envoyast audit capitaine quelc’un de ses hommes: et que incontinent les nostres qui estoyent dedans les navires descenderoyent en terre. Le roy soubdainement envoya deux hommes de ses principaulx: avec autres marchans et monstres de marchandises en noz navires: et deirent au capitaine qu’ilz feroient tout ce qu’il luy plairoit Le capitaine envoya incontinent le facteur avec quatre ou cinq hommes: avec charge qu’ilz acheptassent de la marchandise. Touteffois ledict Capitaine retenoit avec luy les hommes qu’ilz avoient envoyez pour hostages: lesquelz il les traicta moult honorablement & chascun jour ilz se changeoient par ce que les gentilz hommes de celles contrees ne naviguent point sur mer/ et se par adventure ilz mengent dessus la mer ilz ne pevent plus veoir le roy Et demourasmes la .xiiii. ou .xv. jours en chargeant noz navires loing de cuchin a ung lieu appellé Carangallo: auquel lieu y a des chrestiens: juifz: mores: & zafaras et en cedit lieu nous trouvasmes une juifve de Sibille: Laquelle estoit venue par le caire. et a la mecque: et de ce lieu elle vint avec nous avec deux autres crestiens lesquelz disoyent qu’ilz vouloyent passer pour aller a romme: & en hierusalem. Le capitaine eut grant plaisir d’avoir trouvé ces deux crestiens Les navires estans ja quasi toutes chargees vint une armee de calichut: en laquelle y avoit de .lxxx. a .lxxxv. navires entre lesquelles y en avoit .xxv. moult grandes: Le roy des ce qu’il eut congnoissance de la venue de ceste dicte armee envoya dire au capitaine que s’il vouloit combatre avec eulx qu’il luy envoyeroit navires et hommes Le capitaine luy fist responce qu’il n’en estoit point de necessité: et pource que il estoit desja nuyt: ladicte armee s’esloigna de nous d’une lieue et demye: ainsi qu’il fut nuyct commanda de mettre les voylles en hault en menant avec luy les hommes qu’il tenoit pour hostaiges. pour ceulx qui estoyent demourez dedans la ville et estoyent sept hommes Le capitaine disoit que sans aultre secours que le sien il romproit ladicte armee: la nuyt ne luy fist aucun vent pour aller sur l’armee de calichut. Le jour ensuivant qui fut le dixiesme jour de Janvier mil cinq cens. nous allions a eulx: Et eulx venoyent a nous en maniere que nous fusmes bien pres l’ung de l’autre Le capitaine avoit deliberé de combatre avec ladicte armee. Et estant ja aussi pres comme le traict d’une bombarde: Sainct de tronar capitaine avec sa navire: et une aultre navire demourerent en derriere en telle maniere que le capitaine vit que entre eulx il n’y avoit point de ordre Pourquoy il determina de prendre son chemin vers portugal: pource que il avoit vent en pouppe. Neantmoins tout ce jour la: il suivit tousjours l’armee de Calichut jusques a une heure de nuyt: et en celle nuyt nous la perdismes de veue Pourquoy le cappitaine delibera du tout de partir pour venir en portugal: en laissant ledict facteur & ses gens dedans ladicte ville et emmena avec luy les hommes de cuchin lesquelz il commença a festoyer en les priant qu’ilz voulsissent menger car il y avoit ja trois jours qu’ilz n’avoyent mengé Et avec grant peine ilz mengerent: et nous vinsmes a nostre chemin.
¶ Du royaulme de cananor: et du recueil que feist le roy a noz navires.
Chapitre .lxxviii.
Le quinziesme jour de janvier arrivasmes a ung royaulme deça de Calichut qui s’appelle Canamor qui est de caferis: et parlent comme en calichut. Et en passant par ledit royaulme. Le roy envoya dire au cappitaine qu’il avoit grant desplaisir de ce qu’il n’estoit allé en son royaume: et qu’il le prioit qu’il laschast ses ancres et que si nous n’estions chargez qu’il nous chargeroit Quant le capitaine vit cela il envoya en la terre guserate pour dire au roy comme les navires estoyent ja chargees: et qu’il n’avoit besoing sinon de cent barchars de canelle qui sont quatre cens quintaux: et soubdainement le roy envoya avec diligence es navires ladicte canelle en se fiant moult de nous. Le cappitaine l’envoya payer en beaulx cruciatz: et depuis arriva beaucoup de canelle aux navires Mais il n’y avoit point de lieu pour la mettre Le roy luy envoya dire au cappitaine que se il le faisoit par faulte d’argent que pour cela nous ne laississions a la prendre et charger a nostre voulenté et que au retour du voyage nous le payerions. et que il avoit bien entendu que le roy de Calichut nous avoit desrobez: & que nous estions bonnes gens et de verité Le capitaine l’en remercya moult/ et puis il monstra au messager: c’est assavoir a l’embassadeur dudit roy trois ou quatre mille cruciatz: c’est a dire ducatz: lesquelz luy estoyent demourez Et le roy luy envoya dire s’il vouloit avoir autre chose: le capitaine luy fist responce que non: sinon que sa haultesse envoyast ung homme pour veoir les choses de portugal Le roy incontinent y envoya ung gentil homme affin qu’il vint avec nous en portugal Le capitaine escripvit au Roy de cuchin comment il emmenoit avec luy les deux hommes qu’il avoit pour hostaige et qu’ilz s’en venoyent en portugal & aussi ledit capitaine escripvit audit facteur qui estoit demouré audit cuchin Et en ce lieu nous ne demourasmes point plus de ung jour Et nous partismes pour traverser le goulfe de melinde le dernier jour de Janvier a midy arrivasmes audit goulfe et trouvasmes une navire de cambaye qui venoit a melinde et feismes demander qui elle estoit car nous cuidions qu’elle fust de la mecque et la prinsmes Laquelle estoit moult riche et chargee de plus de deux cens hommes et femmes. Et quant le capitaine entendit qu’ilz estoyent de cambaye il les laissa aller a leur voyage: mais il retint ung pillote Et ainsi se partirent: et nous aultres a nostre chemin.
¶ Du naufraige qui fut faict au Goulfe de melinde.
Chapitre .lxxix.
Le douziesme jour de febvrier ainsi comme la nuyt s’approchoit & ja tous les pillotz & aussi tous les autres estoient prestz de prendre terre. Sainct de tronar qui estoit cappitaine d’une grande navire deist qu’il vouloit aller plus avant avec sa navire & fist mettre toutes les voilles: et ainsi se mist devant toutes les aultres navires. Et quant fut l’heure de minuyt sa navire frappa en lieu sec: et ledict sainct de tronar voyant cela fist faire feu et quant le capitaine le veit commanda que on le secourust. et en la nuyct creut tant le vent que ne le povyons emporter. Parquoy le grant capitaine fut contrainct d’envoyer les basteaulx a la navire pour veoir si on la pourroit saulver: et si on ne la povoit sauver qu’on la bruslast et que les hommes qui estoyent dedans s’en vinsent quant lesdictz basteaulx arriverent/ ladicte navire estoyt ja ouverte et mise en lieu duquel elle ne povoit saillir: et le vent croissoit tant que les autres navires estoyent en grant dangier. En telle maniere qu’il fut necessaire a ceulx qui estoyent dedans ladicte navire d’eulx sauver avec la main et ne fut saulve aulcune chose de ladicte navire sinon les hommes qui se sauverent en chemise. Ladicte navire estoyt de deux cens tonneaulx: et chargee d’espicerie et de la nous partismes avec les aultres navires. Et passasmes par melinde ou nous ne peusmes entrer et vinsmes a mousabichi ou nous prinsmes de l’eaue et du boys: & mismes es navires en lieu sur/ Et de la le grant Capitaine envoya sainct de tronar avec une petite caravelle: Et avec une pillotte que nous prinsmes en l’isle de zasfalle quant nous allasmes pour sçavoir quelle chose c’estoit/ et demourasmes la par aucuns jours pour acoustrer noz navires: et de la nous partismes avec quatre navires: et allasmes a ung coing ou nous fismes une grande pescherie: et en saillant de la vint sur nous une fortune qui nous fist retourner assez en derriere/ et une navire se esgara parquoy ne nous demoura que trois navires.
¶ Les navires qui retournerent a lisbonne.
Chapitre .lxxx.
Le jour de pasques fleuries arrivasmes au chief de bonne esperance Et de la eusmes bon temps/ avecques lequel traversasmes et vinsmes a la premiere terre Qui se appelle Imbessinica: qui est joignante au chef verd: et la nous trouvasmes avec quatre navires: lesquelles le roy de portugal envoyoyt pour descouvrir la terre nouvelle: et aussi trouvasmes la une navire que avons perdue de veue quant nous allions a calichut. Laquelle fut a la bouche de l’estroit de la mecque et fut devant en laquelle ilz luy prindrent son basteau avec tous les hommes qui estoyent dedans et ainsi venoit ladicte navire seullement avec six hommes la plusgrant