Chapter 7 of 8 · 8128 words · ~41 min read

partie il

la trouva moult fertille et plaine de gens humains/ lesquelz sans aucun suspeçon couroyent aux navires et portoyent aux nostres de leur pain qu’ilz usent & des bouteilles plaine d’eaue: & nous convoyent amoureusement de descendre en terre en allant plus avant ilz vindrent en une multitude D’isles sans nombre/ lesquelles se monstroient toutes habitees & pleines d’arbres et tresfertilles de la part de la terre ferme de la coste en laquelle nous trouvasmes ung Fleuve navigable d’eaue toute chaulde que on n’y povoit tenir les mains: depuis plus avant ilz trouverent aulcuns pescheurs dedans certaines Barques de ung boys creux qui peschoient lesquelz avoient pesché ung poisson d’une forme a nous incongneue. lequel a le corps d’une anguille et plusgrant: & dessus la teste a une certaine peau bien tendre qui semble d’une grant bource: & le tenoyent lyé avec une corde a ung bout de la barque/ pource qu’il ne peult souffrir la veue de l’air: et quant les pescheurs veoyent aucun grant poisson ou des tortues ilz laschent ladicte corde et des ce qu’il est lasché il court comme ung carreau d’arbalestre au poisson ou en ladicte tortue en leurs mettant au dos celle peau qu’ilz tiennent sur ladicte teste/ avec laquelle il les tient si fort que ilz n’en peuvent eschaper. Et ne les laisse point sinon que les pescheurs le tirent hors de l’eaue: lequel poisson des ce qu’il a sentu l’aer il laisse la proye: et les pescheurs sont prestz a le prendre & en la presence des nostres ilz prindrent quatre calandres lesquelles ilz donnerent a noz gens pour une viande tresdelicate: & fut demandé a cesditz pescheurs combien duroit ceste coste et ilz respondirent qu’elle n’avoit fin. Eulx partis de la ilz allerent plus avant: touteffois par ladicte coste et trouverent grant diversité de gens: & apres cestedicte terre ilz virent une Isle en laquelle ilz ne apperceurent aulcune personne tous se en estoient fouys mais tant seullement veirent deux chiens treslaidz de regard & ne habayoyent point: & virent des oyes & des canardz dedans ceste isle. En cestedicte coste de Cuba trouverent ung passaige si estroit et avec tant de gorges et tant d’espume que mainteffoys les navires toucherent en terre Ces gorges durent huit lieues l’eaue estoit blanche et espesse qu’il sembloit qu’on eust getté par tout de la farine apres que ces gorges furent passez a vingt lieues ilz trouverent ung mont treshault ou ilz mirent aulcuns hommes en terre pour avoir de l’eaue et du boys: ung arbalestrier qui entra dedans ung buysson pour faire sa necessité: arriva sur luy ung homme vestu de blanc et fut jusques sur la teste devant qu’il advisast au commencement il cuidoit que ce fust ung religieux qu’ilz avoient avec eulx en leur navire: mais tout incontinent au derriere de cestuy en apparut deux autres vestuz de telle sorte: & ainsi regardant il en vit une assemblee environ .xxx. Lesquelz incontinent qu’il les eut veuz il commença a fouyr & ilz alloient derriere en faisant signe qu’il ne s’en fuist point: mais luy le plustost qu’il peut il courut aux navires et fist entendre a l’admiral tout cela qu’il avoit veu: lequel envoya en terre par divers chemins plusieurs gens/ mais nully n’en sceut trouver aulcune chose: ilz veirent beaucoup de voiles atachees aux arbres. & beaucoup d’arbres d’espiceries: en allant plus avant ilz trouverent d’autres gens de diverses langues lesquelles ceulx de l’isle espagnole qui estoient avec l’admiral entendoient aulcunement et en costoyant ladicte terre de cuba ilz s’en alloyent chascun jour plus engoulfant a ceste heure a ostro a ceste heure a garbin/ et alloient & trouverent la mer plaine d’isles: & beaucoup de plaiges: tant que par plusieurs fois les navires touchoient a terre & l’eaue y entroyt dedans: et les voylles estoyent gastees et le biscuyt. Parquoy furent contrainctz de retourner par le chemin qu’ilz estoyent allés et s’en revindrent a l’isle espaignolle.

¶ Comment les roys de l’isle Espaignolle furent desconfitz.

Chapitre .xcviii.

Alors quant ilz furent arrivez en l’isle espagnole ilz trouverent que ung seigneur nommé marguerit et plusieurs autres chevaliers s’estoient partis courroucez avec l’admiral & s’en estoient retournez en espaigne Parquoy luy delibera aussi d’y aller doubtant que lesdictz chevaliers dissent au roy mal de luy: & aussi pour demander gens & victuailles/ mais devant que aller il chargea d’appaiser & de mitiguer aucuns de ladicte isle qui estoyent courroucez contre les espaignolz pour les insolences/ larcins/ murdres/ & beaucoup d’autres maulx qu’ilz faisoyent devant ses yeulx: premierement il reconsilia et feist ung amy d’ung roy appellé guarionexio: lequel y avoit esté du premier voyage/ et l’avoit fait pour son interpreteur Et apres ledict admiral alla au lieu la ou il avoit fait la forteresse appellee sainct thomas: laquelle estoit assiegee d’ung roy & y avoit .xxx. jours que le siege estoit devant il leva le siege et print le roy qui l’avoit assiegee et avoit deliberé d’aller plus oultre en subjugant les roys d’icelle isle: mais il entendit que par dedans on se mouroit de faim et que desja il s’i estoit mort une grant quantité de gens en ladicte isle: & que cela estoit par leur faulte/ car affin que les crestiens eussent souffrance de vivres: ilz avoyent arraché les racines dequoy ilz faisoyent le pain: & se nourrissoient en pensant que pour ceste cause les deussent habandonner ladicte isle: mais le mal estoit sur eulx par ce que les nostres furent secouruz de vivres du roy guarionexio car en son païs n’y en avoit pas si grande necessité comme es autres & pour ceste raison l’admiral se departit du chemin & entreprinse par luy commencee: & affin que les siens eussent plusieurs forteresses en ladicte ysle pour retirer quant le cas y adviendroit: il fist faire entre la rocque saint Thomas et le royaulme du Guarionexio une autre roque c’est a dire forteresse assise dessus une montaigne et l’appella la conception. les habitans de l’isle voyant les crestiens estre en propos de garder et maintenir icelles isles envoyerent de divers lieux embassadeurs vers l’admiral en luy suppliant pour l’amour de dieu qu’il mist ordre a ses gens lesquelz soubz umbre de trouver l’or alloient par l’isle & leur faisoient mille maulx en eulx offrant tribut des choses qui se trouvoyent en leurs provinces et ainsi fut conclud et accordé: les habitans des montaignes cibani entre eulx se obligeoyent donner tous les trois moys que entre eulx ilz appellerent troys lunes une certaine mesure plaine d’or: et l’envoyer jusques a la cité: les aultres ou naissent l’espicerie & coton se obligeoyent donner d’iceulx une certaine quantité.

¶ Les roys qui se rebellerent pour le mauvais portement des espaignolz.

Chapitre .xcix.

Lors cestuy accord fut rompu a cause de la famine pource que quant les racines leur furent faillies ilz avoyent assez de travailz d’aller tout le jour par boys en procurant a menger: touteffois aulcuns tindrent ledit accord. Et au temps deu ilz portoient partie de ce que en quoy ilz estoyent obligez Et eulx excusant de la reste et prometoient que le plustost qu’ilz se pourroyent restaurer ilz payeront le double. En cestuy temps fut trouvé es montaignes de cibani une piece d’or pesant vingt onces d’ung certain roy lequel habitoit assez loing de la rive du fleuve laquelle piece d’or fut portee au roy d’espaigne: & plusieurs gens la veirent il fut trouvé des boys de bresil et beaucop d’autres choses dignes de memoire Et pource que aulcuns se esmerveilloyent en disant pourquoy les caravelles d’espaigne qui estoyent allees en ladicte isle: quant elles retournerent ne furent elles aussi bien chargees d’or attendu qu’il en y a si grande quantité comme elles furent chargees de bresil: je respondray a cela que combien qu’il s’i trouve de l’or assez eu esgard a beaucoup d’aultres lieux. Touteffois il ne recueilloit pas sans grant peine et les hommes que l’admiral admena avec estoyent de disposition contraire a la peine: mais donnez a lubricité: et oysiveté: non envieulx a chastier pays: mais scandaleux et pour leurs maulvaises coustumes ilz se rebellerent a l’encontre dudict admiral: & oultre de cela les hommes de ladicte isle qui estoient de nature barbarique Ilz n’estoyent pas facilles a dompter: & estoyent dolens & courroucez pour le maulvais portement des espaignolz en façon que jusques a present a grant peine le gaing satisfera a la despence. Neantmoins cestuy an mil .ccccc. et .i. ilz ont en deux moys recueilly .xii. milles livres d’or huyt cens pour livre. Et aultres entrés & gaings comme s’il plaist a dieu cy dessoubz nous dirons non divertant de nostre propos. ¶ En celuy an il vint si grande fureur de vent qu’il arrachoit les arbres et les portoit jusques au ciel: et trois navires dudict admiral qui estoyent au port furent noyees et l’eaue creut tant qu’elle vint jusques sur terre plus hault d’ung bras: de laquelle chose ceulx de l’isle pensoyent que les crestiens fussent cause de cela a cause de leurs pechez: car ilz estoyent allez destourber le vivre pacifique: par ce que il n’y avoit aulcuns d’eulx qui jamais eust ouy dire ne veoir telle chose/ l’admiral apres qu’il fut venu au port incontinent fist faire deux caravelles par maistres tressouffisans.

¶ Forteresse ediffiee a la mine d’or.

Chapitre .c.

Ce temps pendant Berthelemy colomb Admiral envoya ung sien frere Lequel il avoit ja constitué Capitaine de l’isle avec aulcuns bien armez & industrieux a la mine des metaulx et alloyent es montaignes esquelles ilz cavent l’or et elles sont distantes de la forteresse ysabeau .lx. lieues Et pour chercher au vray la nature de ces lieux ledit cappitaine y alla et trouva des caves tresparfondes et antiques esquelles que se juge le roy salomon quavoit son tresor comme il se list au vieil testament les maistres que le cappitaine avoit menez avec luy en cerchant les superfices de la terre d’icelles caves virent qu’elles duroyent quatre lieues et jugerent qu’il y avoit si grande quantité d’or que chascun maistre facillement pourroit caver chascun jour trois onces d’or de laquelle chose le cappitaine le fist incontinent sçavoir a l’admiral: lequel apres qu’il eut entendu cela il delibera de retourner en espaigne: mais premierement il constitua son frere capitaine et gouverneur de l’isle et se partit au commencement de mars Mil quattre cens quatre vingtz et quinze a la volte d’espaigne ce pendant ledit cappitaine par le conseil de l’admiral son frere ediffia aupres lesdictes caves de l’or une forteresse et l’appella doree pource que en la terre de laquelle ilz faisoyent la muraille ilz y trouverent de l’or meslé parmy et consomma trois moys a ediffier et forger ouvraiges et recueillir de l’or Mais la famine les destourba et contraignit a laisser l’oeuvre imparfaicte et se partit de la & laissa a la forteresse dix hommes avec telle partie de pain que de l’isle qu’il peust finer: et ung chien pour prendre les connins et s’en retourna a la roche de la conception au moys que les roys Guarionexio & Manicantexio devoyent payer le tribut Et demoura par tout le moys de juing: auquel il receut le tribut & entier de ces deux roys et les choses necessaires pour le vivre pour luy et pour les siens qui estoyent avec luy Lesquelz estoyent environ quatre cens hommes.

¶ Les vivres envoyez d’espaigne avec le commandement du roy.

Chapitre .ci.

Le premier jour de juillet arriva troys caravelles avec froment: huille: vin: chair de porc & d’autres mengeailles sallees lesquelles furent toutes parties & divisees chascun donné sa porcion par cesdictes caravelles le Roy d’espaigne manda par commandement a tous ses hommes qui estoyent en ladicte isle qu’ilz s’en deussent aller habiter a la partie du midy plus prochaine es caves de l’or: et qu’ilz luy envoyassent tous les roys crestiens avec ses subjetz & le mandement fut mis a execution car il fut prins .ccc. habitans de ladicte isle avec leurs roys et envoyez au roy d’espaigne: et aussi a la partie du midy: en ensuivant le mandement ilz ediffierent une roche en une montaigne qui estoit bien pres d’ung tresbon & beau port laquelle ilz appellerent sainct dominique pource que a ung jour de dimenche ilz arriverent la: audit port y court ung fleuve de tresbonnes eaues habondant de diverses sortes de poisson par lequel les navires naviguent jusques a troys lieues pres de ladicte tour doree: en la forteresse d’ysabeau laisserent seullement les malades et aucuns maistres qui forgeoyent deux caravelles toute la reste vint a ladicte tour de sainct dominique apres qu’elle fut ediffiee le capitaine laissa en garde [en] ladicte tour .xx. hommes: et la reste il mena avec luy pour chercher les parties d’entre l’isle vers ponent.

¶ L’honneur qui fut faict au capitaine par ung roy qu’il trouva en cherchant ladicte ysle.

Chapitre .cii.

Apres que ledict capitaine fut mis en chemin il trouva le fleuve naiba/ distant de vingt et cinq lieues lequel comme il est dit cy dessus descend des montaignes de cibani de la part de ostro apres qu’il eut passé ledict fleuve il envoya aulcunes gens en la province d’aucuns roys de la part de ostro qui avoyent beaucoup de bois de bresil desquelz ilz en taillerent grant quantité et le misrent en la maison des habitans de ladicte isle pour sauveté jusques a leur retour pour les emporter avec les navires Et ainsi allant ledit cappitaine a la main dextre non trop distant dudit fleuve Naiba il trouva ung puissant roy qui avoit mis camp pour subjuguer ce peuple de ce lieu la le royaulme de cestuy roy est au chief de l’isle vers ponent qui s’appelle Sanagua: loingtain du fleuve Naiba trente lieues Tout le pays est montueux et aspre: & tous les roys de ceste contree luy doivent obeyssance Le capitaine en allant avant vint a parlement avec cestuy roy en maniere qu’il induit a payer tribut de coton & autres choses qu’ilz ont par ce que l’or ne se trouve en ces parties la et apres que l’acord fut faict ilz allerent de compaignie en la maison de cestuy roy ou ilz furent bien honnorez et luy vint a l’encontre tout le peuple de celuy roy avec grant feste et esbatemens & entre aultres y eut deux Le premier fut que au devant de luy trente belles jeunes filles du roy toutes nues: excepté les parties honteuses: lesquelles estoyent couvertes avec ung certain drap de coton faict a leur usance et coustume des damoiselles celles qui ne sont pas vierges vont avec tout le corps descouvert Chascune d’elle avoit une branche d’olivier en la main avec les cheveulx par dessus l’espaule/ mais leur front estoit [lyé] d’une bande/ lesquelles estoyent couleur grisastres mais tresbelles et saultoyent & dançoyent & chascune d’elles donna au capitaine la branche d’olivier qu’elles portoyent en leur main Apres qu’il fut entré en la maison luy fut appresté ung tresbeau soupper a leur usance et puis apres furent logez selon la qualité de chascun Le jour ensuivant ilz furent menez en une maison laquelle ilz usent en lieu de theatre: ou il fut fait beaucoup de jeux et dances paisibles En apres vint deux compaignies d’hommes l’une d’une bande & l’autre de l’autre bande combatans ensemble aussi impetueusement et asprement qu’il sembloit qu’ilz fussent ennemys avec dars & flesches en sorte qu’il en fut tué quatre: et grande quantité de blessez et cela se faisoit pour donner soulas au roy et audict capitaine et plus en y eust esté de tuez mais le roy fist son signe et incontinent ilz cesserent.

¶ Comment les roys qui s’estoyent rebellez furent desconfitz.

Chapitre .ciii.

Le troiziesme jour le capitaine avec sa compaignie se partirent de la et retournerent a la tour d’isabeau ou il avoit laissé ses gens malades & trouva qu’il en estoit mort environ .ccc. de diverses maladies: dequoy il se trouva mal content et beaucoup plus qu’il ne veoit apparoistre aulcunes navires d’espaigne avec victuailles desquelles il avoit grande necessité. Finablement ilz se delibererent de diviser les malades par les chasteaulx a la rive de la mer de la tour ysabeau a sainct dominique a droit chemin de ostro a transmontane ilz ediffierent ces chasteaulx Premierement d’ysabeau a .xii. lieues la tour d’esperance Et d’esperance a huit lieues saincte katherine De saincte katherine a .v. lieues sainct jacques. De sainct jacques aultres cinq lieues la conception. Une aultre entre la conception et sainct dominique laquelle ilz appellerent bon an ainsi est le nom d’ung roy la voisin apres que les malades furent divisez esdictz chasteaux ou tours le capitaine s’en alla a sainct dominique en recueillant les tributz des roys et luy ainsi estant aucuns jours pour les rapines & mauvais portement des espaignolz plusieurs de ces roys se rebellerent et firent leur capitaine le roy guarionexio & avoyent convenu a certain jour d’assaillir les espaignolz avec .xv. mille hommes armez a leur mode Ce que sachant le capitaine s’avanca & tous les surmonta l’ung apres l’autre touteffois ce ne fut pas sans grant peine & travail & angoisses. Nous demourerons la & retournerons a l’admiral colomb.

¶ Nouvelles isles avec diversité de gens trouvees par l’admiral colomb.

Chapitre .ciiii.

Au .xxviii. jour de mars Mil .cccc.lxxx. et .xviii. L’admiral colomb apres qu’il fut party du chasteau de Barameda aupres cades avec huit navires chargees il courut par le chemin acoustumé des isles fortunees & cela aussi pour la paour d’aucuns coursaires françoys: et alla a l’isle de la madere Et de la envoya cinq navires au chemin de l’isle espaignolle et retint avec luy une navire et deux caravelles Avec lesquelles il se mist a naviguer vers midy avec intencion de trouver la ligne equinoctialle et de la se tourner vers ponent et pour chercher la nature de plusieurs et divers lieux et se trouva en celle partie du chef verd: duquel apres qu’il fut party par garbin naviga six vingtz lieues avec sa vehemente chaleure: car s’estoit au moys de juing que quasi les navires se brusloyent & semblablement les tonneaulx esclatoyent en maniere que l’eaue: le vin et huille alloyent dehors et les hommes estoyent rotis de chaleur: ilz demourerent huit jours en ceste peine Les huit jours passez se mist le vent en pouppe: et ilz s’en allerent a la volte de ponent en trouvant continuellement meilleure temperance d’air: tant que le .iii. jour ilz trouverent ung air tressouef et le dernier jour de juillet ceulx qui estoient dedans la caige de la plusgrande navire descouvrirent treshautes montaignes desquelles ilz furent bien joyeulx par ce qu’ilz estoient contens a cause de l’eaue qui commençoit a faillir pource que les tonneaux estoyent crevez pour la desmesuree chaleur: & avec l’ayde de dieu ilz arriverent a terre Mais pource que la mer estoit toute plaine de secques ilz n’en povoient aprocher bien aperceurent que s’estoit terre habitee par ce que des navires on veoit beaulx jardins et prez plains de fleurs: lesquelz rendoyent une odeur tresodoriferante & rendoyent odeur jusques aux navires de la a quatre lieues ilz troverent ung tresbon port: mais sans fleuves pour laquelle chose allerent plus avant & finablement ilz trouverent ung port bien convenable d’eulx reparer & avoir de l’eaue lequel on appelle poincte de sablon Aupres le port ilz ne trouverent aucune habitacion mais plusieurs vestiges de bestes: car le passage des piedz y apparoissoit l’autre jour ilz virent venir de loing une canoe C’est assavoir une barcque a leur maniere avec .xxiii. et deux jeunes hommes armez de flesches & targes & estoient nudz: ilz avoient seullement couvert les parties honteuses avec ung drap de cothon & avoient les cheveulx longs L’admiral avec signes et flateries et semblables choses cerchoit [les] tirer a lui mais iceulx tant plus on les apeloit tant plus se doubtoyent d’estre trompez & se eslargissoient d’heure en heure plus des nostres et regardoyent les nostres par une grande admiration L’admiral voyant ne les povoir tirer a luy par cestes choses ordonna qu’en la caige de la nef on sonnast des tabourins et cornemuses et aultres instrumens et qu’on chantast pour prouver avec telles choses s’ilz se pourroyent domesticquer mais ilz pensoyent que telz sons les invitassent a la bataille en pensant que les nostres les voulsissent assaillir ilz se eslongnerent de la grant navire et eulx confians a la celerité de leurs avirons s’aprocherent a une petite navire plus petite: & tant s’en approcherent que le patron de ladicte navire getta ung sayon & ung bonnet a l’ung d’eulx: & par signes s’accorderent d’aller sur les rives pour parler ensemble. Le patron de ladicte navire envoya demander congé a l’admiral et eulx craignans de quelque tromperie donnerent de leurs avirons en l’eaue et s’en allerent en maniere que de ceste terre ilz n’eurent aultre congnoissance non pas trop loin de la trouverent une courance d’eau de levant et ponent impetueuse et courant si royde que l’admiral depuis son jeune aage qu’il a commencé a naviguer ne eut jamais aussi grant paour. Apres qu’il fut allé aulcunement avant par ceste courance d’eaue: il trouva une certaine bouche et ressembloit a l’entree d’ung port ou alloit ceste courance et a l’entree de ceste bouche jusques a ung aultre ilz trouverent une autre courance terrible d’eaue doulce laquelle se joignoit avec la salee/ et apres qu’ilz furent entrez en cedit goulfe ilz trouverent finablement de l’eaue tresdoulce et bonne & dient que en vingt et six lieues continuellement ilz ont trouvé eaue doulce: et tant plus ilz alloyent vers ponent tant plus elles estoyent doulces/ depuis ilz trouverent une montaigne moult treshaulte ou ilz se mirent en terre et veirent beaucoup de champs cultivez/ mais ilz ne veirent ny hommes ny maisons. ou costé de ladicte montaigne vers Ponent ilz congneurent y avoir quelque plaine et par plusieurs signes ilz comprindrent cestedicte terre estre grande & habitee: & tresbien peuplee. Et ceste terre est appellee Paria: & prindrent de ce pays la quatre hommes et les misrent en ceste dictes navires/ et allerent suyvant ceste coste de ponent ung jour pour la doulceur du pays ilz allerent en terre ung petit plus avant ou ilz trouverent plus grant nombre d’hommes qu’en aulcun autre lieu & trouverent des roys lesquelz ilz appellent cacichi lesquelz envoyerent embassadeurs a l’admiral & par signes et demonstrances il leur faisoient grandes offres & les invitoient a descendre en terre ce que l’admiral recusoit. et quant ilz veirent cela grant nombre d’eulx avec barques alla aux navires avec une multitude d’hommes acoustrez de chaines d’or et de perles orientales a leurs bras et au col et avec signe ilz respondoient que les perles se trouvoyent es rivaiges de la mer la voisine et demonstroient aussi qu’ilz en trouvoyent assez convenablement: toutesfois entre eulx ilz n’en faisoient pas grande estimation/ desquelles ilz en offrirent a noz gens eulx voulans estre amys des nostres/ et pource que le froment des navires se gastoit l’admiral delibera de differer ce train jusques a ung aultre temps/ & envoya a l’heure deux barques chargees d’hommes pour cercher & entendre la nature de ce lieu la: & quant ilz furent en terre ilz furent receuz bien amoureusement tous couroyent a les veoir comme ung miracle & deux de ces icy plus graves des aultres se misrent a l’encontre l’ung estoit vieux & l’autre jeune et estoit son filz/ et faicte selon leur coustume la salutation ilz les menoient en une maison faicte en rond au devant de laquelle il y avoit une grant place et apres qu’ilz furent entrez on leur apporta certaines chairres pour seoir d’ung boys tresnoir & ouvrees avec ung tresgrant artifice: et les nostres se seirent ensemble avec ces plusgrans/ en apres vindrent beaucop d’escuyers chargez de diverses sortes de fruitz incongneuz a nous et apporterent vins blancs et rouges et non pas de raisins/ mais faitz de divers fruictz moult doulx et amyables apres qu’ilz eurent faict collation en la maison du vieil homme depuis le jeune filz les conduisit en sa maison en laquelle il y avoit beaucoup de femmes toutes separees des hommes lesquelz vont tous nudz excepté les parties honteuses lesquelles ilz portent couvertes avec certaines voilles de cothon tyssues de diverses couleurs et nous leur demandasmes d’ou venoit l’or qu’ilz portoient: ilz respondoient avec signes qu’il venoit de certaines montaignes qu’ilz monstroient et dirent que en aucune maniere noz gens n’y allassent pource que la se mengeussent les hommes: mais les nostres ne povoyent entendre si c’estoit des bestes sauvages ou des canibales: & monstroyent avoir grant desplaisir pource qu’ilz n’entendoyent nostre parler et aussi qu’ilz n’estoyent pas entenduz.

¶ Le retour de l’admiral a l’isle espaignolle.

Chapitre .cv.

Noz gens demourerent en terre jusques a midy et retournerent aux navires avec aucunes chesnes de perles et l’admiral incontinent se leva avecques toutes les navires a cause du forment comme nous avons dit qu’il se pourissoit avec intention de y retourner une autresfois & en allant avant continuellement il trouvoyt moins de fons et par beaucoup de jours les grans navires eurent beaucoup a souffrir a cause dequoy l’admiral envoyoit devant une caravelle bien petite en tastant tousjours le fons de l’eaue laquelle monstroit le chemin aux aultres: et allerent ainsi plusieurs jours/ et croyent que ceste terre fust isle: esperant trouver voye et se tourner par la transmontane vers l’isle espaignole & arriverent a ung fleuve parfond de trente couldees & de largesse inouye lequel estoit environ de dixhuit ou de vingt lieues de large: ung petit plus avant vers ponent mais ung petit plus a midy: car ainsi se engoulfoit celuy rivaige ilz veirent la mer plaine d’herbes combien qu’il semblast qu’elle courust comme ung fleuve et sus la mer avoit aucunes semences qui ressembloyent a lentilles & l’herbe estoit tant espesse qu’elle empeschoit le naviguer des navires en ce lieu la dist l’admiral tout l’an estoit grande temperence d’aer/ & le jour estre quasi esgal par tout l’an & non gueres variable: et luy se voyant en ce goulfe quasi bien intrinqué et non trouvant issue de transmontane pour aller a l’isle espaignole tourna la proue ou il estoit entré & apres qu’il fut hors desdictes herbes print vers transmontane son droit chemin aulcuns disent que icelle terre est terre ferme d’inde: touteffois l’admiral ne trouva aultre chef/ mais quant il fut tourné aulcunement en derriere par transmontane en prenant son chemin vers l’isle espagnolle avec l’ayde de dieu il arriva selon qu’il avoit proposé le .xxviii. jour d’aoust mil .cccc.xcviii.

¶ Le desordre que l’admiral trouva ses gens en l’isle Espaignolle.

Chapitre .cvi.

Et apres que l’admiral Colomb fut arrivé en l’isle Espaignole Il trouva toute chose en confusion Et ung rodien qu’il avoit nourry avec beaucoup d’aultres espaignolz s’estoit rebellé et l’admiral voulant mittiguer non seullement ce pacifia/ mais il escripvit au roy et royne d’espaigne tant de mal de l’admiral qu’il est impossible de le dire: et aussi escripvit de son frere qui estoit demouré capitaine au gouvernement de l’isle espaignolle en le accusant qu’il estoyt vicieux de toute deshonnesteté trescruel & injuste lequel pour chascune petite chose faisoit prendre et mourir les hommes & qu’ilz estoient orgueilleux: envieux: & plains d’ambicion intollerable et pour ceste cause estoyent reboutez d’eulx comme de bestes sauvaiges qui se delectent de espandre le sang humain & ennemis de son empire & comme ceulx qui ne cerchoient que de usurper l’empire de ceste isle en escripvant ceste conjecture qu’ilz ne laissoyent point aller aux caves de l’or sinon leurs serviteurs. L’admiral semblablement notiffia audict roy et royne la nature de ces mauvais garçons & larrons et leur escripvoit qu’ilz ne attendoyent a autre chose sinon a paillardise et larcins et qu’ilz estoyent du tout affrenez dequoy les habitans de l’isle s’estoyent rebellez alloyent par l’isle violant robant & destroussant et ne faisoyent que dormir & estoient habandonnez a toute oysiveté & luxure & que pour leur plaisir ilz alloient mettre au gibet les povres gens d’icelle isle et ce pendant que ces inimitez se faisoient l’admiral envoya pour combatre ung qui s’estoit rebellé qui s’appelloit le roy de cigiani: lequel avoit six mil hommes tous armez de arcz et flesches: mais ilz estoient nudz et leur corps estoit paint de diverses couleurs depuis la teste jusques aux piedz ces gens cy apres plusieurs traveilz furent surmontez & vindrent a obeissance.

¶ Comment l’admiral et son frere furent mis es fers et envoyez en espaigne.

Chapitre .cvii.

Cy apres le roy et la royne d’espaigne en ces entre faictes receurent les lettres de l’admiral et de ses adversaires et eulx voyans que par ceste dissention de tant d’or il en venoit a eulx peu de proffit ilz envoyerent ung leur gouverneur qui eust soy enquerir des choses dessusdictes et ceulx qu’il trouveroyt coulpables qu’il les chastiast ou qu’il les envoyast en espaigne et qu’ilz chastieroyent. Et incontinent que celluy gouverneur fut arrivé a l’isle espaignolle par la subornation et fraulde [de] ces mauvais espaignolz et aussi pour la grant envie que ilz avoyent contre l’admiral et son frere son advis fut de prendre l’admiral & son frere lesquelz furent mis es fers et envoyez a la volte D’espaigne & des ce qu’ilz furent a cades le Roy et la Royne d’espaigne les envoyerent delivrer et les firent venir a leur court voulentairement en laquelle au present jour ilz se trouverent.

¶ Comment alons le noir compaignon de l’admiral trouva isles non ouyes avec divers coustumes des pays.

Chapitre .cviii.

Nous trouvons apres que l’admiral fut venu a ung tel inconvenient plusieurs de ses navires et nautonniers lesquelz continuellement avoyent esté avec luy aux dessusdictes navigations firent entre eulx deliberation d’aller par la mer occeane pour descouvrir nouvelles isles et apres qu’il eut prins congié de leur trescher maistre ilz armerent aulcuns navires a leurs despens et s’en allerent en divers chemins avec commandement qu’ilz n’eussent a approcher de .l. lieues ou avoit esté l’admiral & ung pierre alons appellé le noir avec une Caravelle armee a ses despens se myst a aller vers midy. Et arriva a celle terre appellee poria de laquelle cy dessus avons faicte mencion: ou l’admiral trouva si grande quantité de perles & allant plus avant par ladicte coste de .l. lieues pour obeyr au roy il vint a une province appellee des habitans cursane ou il trouva ung port semblable a celuy de cades et entra dedans et apres qu’il y fut entré il vit ung bourg de .lxxx. maisons et descendit en terre et trouva hommes nudz qui n’estoyent pas de ce lieu la mais d’ung autre lieu trespopulé a ung lieu voisin avec lesquelz il fist permutacion de sonnettes et autres merceries a l’encontre desquelz apres plusieurs prieres il eut d’eulx (combien que au premier ilz en firent responce) .xv. onces de perles qu’ilz portoyent au col: et le jour ensuivant il s’esleva avec sa caravelle et alla au bourg: lequel tout le peuple qui estoit infiny courut a la marine et avec signes et actes le prioyent qu’il descendist en terre mais ledit alons en voyant si grande multitude eut paour de descendre pource qu’il n’avoit en sa compaignie plus de trente et trois hommes: les nostres leur faisoyent signe que s’ilz vouloyent aucunes choses d’eulx qu’ilz venissent en la caravelle: parquoy grande quantité des leurs avec leurs basteaux en portant avec eulx grande quantité de perles avec aucunes merceries qui valoyent peu d’argent il eut environ cinquante livres de perles Et apres que ledit alons les vit si humains et qu’il eut demouré .xx. jours delibera de descendre en terre ce qu’il fist et fut receu amoureusement: leurs habitations sont maisons de boys couvertes de fueilles de palme et pour leur singulier menger ce sont capes & de plusieurs d’icelles ilz en tirent des perles ilz ont cerfz porcz sangliers connins: lievres: pigeons: et torterelles en grant habondance les femmes nourrissent les oyes et canardz et sont comme les nostres En leurs boys y a habondance de paons: mais ilz n’ont point si belles plumes comme ont les nostres le masle n’est comme point si differant a la femelle: ilz ont des faisans en grande quantité Iceulx hommes sont tresparfaitz archers ilz mettent la flesche ou ilz veulent Auquel lieu ledit alons le noir avec sa compaignie es jours qu’ilz furent la ilz firent tresbonne chere ilz avoyent ung pain pour quatre cloux et pour clou ung faisant aussi avoient torterelles oyes canardz & pigeons. Ilz achepterent pour de l’argent des patenostres de verre et des esguilles et noz gens par signes leur demandoyent qu’ilz vouloient faire desdictes esguilles & semblablement par signes ilz disoyent que s’estoit pour curer leurs dens & pour tirer les espines des piez pource qu’ilz vont deschaulx et pour cela estimoyent beaucoup les esguilles: mais sus tous les sonnettes leur plaisent Et si alla aucunement ledit alons dedans l’isle & virent boys de treshaulx arbres et espés et sentoit mugir aucunes bestes qui entonnoyent celuy pays avec estranges vociferations Neantmoins ledict alons: & la compaignie jugeoyent ces bestes n’estre nuysables: pource que les gens de ce pays la alloyent dedans ce boys seurement avec leurs arcs et flesches sans aucune crainte Quant leur plaisir estoit ilz avoyent des cerfz porcz sangliers autant qu’ilz en vouloyent ilz n’ont point de beufz ne chevres ne moutons ilz usent de pain de racines & de panil qui ressemble quasi au millet quasi comme ceulx de l’isle espaignolle Ilz ont les cheveulx noirs et gros et moitié crespés: et sont fort longs Et pour avoir les dens blanches ilz portent continuellement en leur bouche une certaine herbe et apres qu’ilz l’ont mise dehors ilz se lavent la bouche Les femmes entendent plus au labourage et aux choses de la maison que ne font pas les hommes Les hommes entendent aux jeux et festes et autres soulas ilz ont des potz: crusches: escuelles & autres vaisseaux de terre achaptez en autres provinces Entre eulx ilz font foires et marchez ou tous les aultres voisins y vont et portent de diverses marchandises selon en la varieté des provinces et changent et permettent l’une chose a l’autre ainsi qu’il leur plaist ilz ont des oyseaulx et autres belles bestes lesquelz ilz nourrissent et domesticquent pour leur soulas lesquelz portent carcans d’or et de perles: Mais ilz ne trouvent pas celuy or en ceste province Mais ilz l’ont par changement d’autres marchandises lequel or est de la bonté du florin de rein. Les hommes portent des brayes et semblablement le portent les femmes: mais la plus grande partie du temps elles sont en la maison Il leur demande par signes et actes si en la fin de celluy rivage se trouve la mer: ilz demonstroyent n’en sçavoir riens: mais pour la sorte des bestes qui se trouvent en ce pays la: ilz croyent fermement que ce soit terre ferme ce qui est facille a croire/ car noz gens ont navigué par celle costiere de ponent plus de mille lieues que jamais n’ont trouvé fin ny encores final d’aulcune fin: Et puis leur demanderent de qui ilz avoyent ledict or et de quelle bande il venoit ilz firent entendre a noz gens qu’il s’aportoit d’une province appellee Canchiette distant de la six journees vers ponent.

¶ Diverses nations et lieux trouvez par alons le noir.

Chapitre .cix.

En ceste province de canchiette Alons le noir delibera d’y aller: et environ le premier jour de Novembre Mil cinq cens arriva audict canchiette ou il se arresta avec sa caravelle/ Et puis apres que les hommes du pays l’eurent veue ilz vindrent vers ledit alons sans aulcune craincte et apporterent tout l’or qu’ilz avoyent pour l’heure Lequel estoit de la bonté dessusdicte Ledit alons trouva beaucop de papegaulx de plusieurs couleurs La y avoit bonne temperance d’air sans aucun froit et fut au moys de novembre: Celle gent est de bonne nature ilz sont sans aucune suspition toute la nuyt ilz venoyent avec leurs barques a la caravelle sans avoir aucune craincte comme se eust esté a leur maison: mais ilz sont jaloux de leurs femmes: lesquelles ilz faisoyent demourer en derriere bien loing Ilz ont grant quantité de coton lequel croist de luy mesmes sans aucune culture duquel ilz font leurs brayes Apres que ledit alons fut party de la et allant par ceste coste plus de dix journees vit ung tresbeau lieu avec maisons et chasteaulx avec assez fleuves et jardins que jamais il n’en vit de plus beaulx Esquelz voulant descendre luy vint a l’encontre plus de deux mille hommes armés a leur coustume: lesquelz par quelque voye du monde jamais ne voulurent paix ny amytié ny aucun marché En eulx se demonstroit une grande rudesse & sembloyent quasi gens sauvaiges Non obstant ilz estoyent tresbeaulx hommes et bien proporcionnez de leurs corps ilz estoyent bruns de couleur & universellement plains de taches parquoy pour cela Alons le noir content de cela qu’il avoit trouvé delibera de s’en retourner par le chemin qu’il estoit venu.

¶ Comment alons le noir en s’en retournant en espaigne combatit avec les canibales.

Chapitre .cx.

Ainsi navigant a l’ayde de dieu: ilz arriverent a la province des perles appellee curiane: ou deppuis il demoura par l’espace de vingt jours en se donnant du bon temps Et devant qu’il arrivast en ladicte province en ung lieu non trop loing d’icelle il rencontra dixhuit barcques ou canoe des canibales qui sont ceulx la qui vivent [de] la chair humaine lesquelz incontinent qu’ilz virent la caravelle ilz l’assaillerent avec une grant hardiesse: et en l’environnant commencerent a combatre avec leurs arcz et flesches/ mais les espaignolz avec leurs arbalestres et artillerie les mirent en grant paour en façon que trois se mirent a fuyr: & les nostres avec la barque armee les suivirent et tant firent qu’ilz prindrent une de leurs barques de laquelle plusieurs desdictz canibales s’estoyent gettez dedans la mer & eschaperent pour naiger: et seullement en prindrent ung qui ne peut eschapper lequel avoit trois hommes liez es mains et piedz pour les vouloir a son besoing mangier: & puis deslierent les lyez & lierent le canibal et le donnerent a ceulx qui avoyent esté prisonniers et qu’ilz en fissent la vengence telle qu’il leur plairoit et incontinent luy donnerent tant de coupz de poingz et de piedz et de bastons qu’ilz le laisserent quasi mort en luy recordant qu’il avoit mangé leurs compaignons Et les jours ensuivans semblablement ilz le vouloient manger & puis apres leur fut demandé de leurs coustumes: ilz dirent que ces canibales alloyent par toutes celles isles & celles provinces: et des incontinent qu’ilz arrivoyent a terre/ ilz font ung effort avec grans bastons et vont desrobant tout ce qu’ilz trouvent En ceste province de perles y a de tresgrandes salines et dient que quant aucun homme meurt et qu’il soit d’estime ilz le mettent dessus une certaine charrette: soubz laquelle ilz font ung certain feu qui est lent et font tant que peu a peu se distille la chair et ne reste sinon la peau et les os ilz le gardent pour son honneur Le treziesme jour se partirent de ladicte province pour venir en espaigne avec quatre vingtz seize livres de perles a huyt onces la livre achaptees au pris de bien peu d’argent. En seize jours ilz arriverent en galice les perles qu’ilz apporterent sont orientales. Touteffois elles ne sont pas bien percees & pour cela beaucoup de marchans qui les congnoissent dient qu’elles ne sont pas de trop grant pris.

¶ Navigacion de pinzon compagnon de l’admiral avec ce qu’il fut trouvé.

Chapitre .cxi.

Vincent appellé Pinzon et Aries son frere qui furent au premier voyage avec Colomb en l’an mil quatre cens quatre vingtz et dixneuf. Armerent de leurs despens quatre caravelles et le dixhuitiesme jour de novembre se partirent de palos pour aller descouvrir nouvelles isles et pays et en brief temps ilz furent aux isles de canaries & successivement aux isles du chef verd desquelles en partant et en prenant la voye par garbin naviguerent par celuy vent trois cens lieues auquel voyage ilz perdirent la transmontane et des ce qu’ilz l’eurent perdue ilz furent assaillis d’une terrible fortune de mer avec pluye & vent trescruel Neantmoins ilz suyvirent continuellement leur chemin par le vent de garbin: toutesfois non pas sans grant peril: & allerent oultre .cc. cinquante lieues et le vingtiesme de janvier: de loing ilz veirent terre en approchant d’icelle ilz trouverent tousjours deffaillance d’eaue et tasterent la profondeur et trouverent .xvi. bras d’eaue: et quant ilz furent arrivez a terre ilz desmonterent & demourerent la deux jours esquelz jamais ne leur apparut aulcune personne et allant plus avant veirent par une nuyt plusieurs feuz & sembloit que ce fust ung ost de gens d’armes & pour veoir que c’estoit desditz feuz ilz envoyerent .xxv. hommes bien armez: & comprindrent qu’il y avoit grande quantité d’hommes: & ne les voulurent aucunement destourber: mais delibererent de les attendre le matin et puis apres entendre qu’ilz estoyent le lendemain matin au lever du soleil envoyerent en terre trente hommes bien armés/ lesquelz incontinent qu’ilz furent veuz de celle gent ilz envoyerent a l’encontre des nostres .xxxii. hommes armez a leur mode d’arcz & flesches & sont hommes grans & ont le visage tors & de cruel regard & ne cessoient de menasser les espaignolz lesquelz tant plus leur faisoyent chere tant plus ilz se monstroyent estre courroucez & jamais ne voulurent paix ny accord ny amytié. Parquoy a l’heure s’en retournerent aux navires avec intencion le matin ensuyvant de combatre avec eulx mais iceulx des ce que la nuyt apparut se leverent tous nudz et s’en allerent Ceulx de la navire pensoyent que cestes gens fussent gens vacabons comme egiptiens ou tartariens lesquelz n’ont aulcune propre maison mais aujourd’huy vont ça le lendemain la avec leurs femmes et enfans Les espaignolz allerent aulcunement suyvans leurs traces & trouverent dedans le sablon l’enseigne de leurs piedz lesquelz trouverent estre beaucoup plus grans que les nostres c’est de deux foys en navigant plus avant ilz trouverent ung fleuve mais non pas de si grant fons que les caravelles y peussent aller pour laquelle chose ilz envoyerent en terre quatre barques armees & apres que les gens qui estoyent dedans furent descenduz tous armez vint a l’encontre d’eulx ung innumerable nombre de gens tous nudz lesquelz avec signes et demonstrances desiroient fort l’amitié des nostres: mais les espaignolz en voyant si grant tourbe n’estoyent point asseurez de approcher d’eulx: mais au mieulx qu’ilz peurent leur getterent une sonnette & a l’encontre de ce gecterent une piece d’or aux nostres parquoy ung des espaignolz se mist en terre pour le prendre soubdainement une tourbe d’icelle canaille fut sur luy pour le vouloir prendre: mais il se deffendoit avec l’espee le mieulx qu’il povoit mais il ne povoit reparer a si grant nombre pource qu’ilz n’estimoyent point a mourir: et les espaignolz qui estoyent dedens les barques pour secourir leur compaignon descendirent en terre. et en fut tué .viii. les autres eurent grant peine d’eschapper et se retirer a leurs barques & ne leur vaulsist estre armez de lances et d’espees car cestes gens combien que des leur en fust beaucoup mort: touteffois ne leur en challoit mais tousjours estoyent plus hardys et les suyvoyent jusques dedans l’eaue en façon qu’ilz prindrent une de ces quatre barques et tuerent le patron le demourant eut de grace de s’en fuir et s’en allerent aux navires et feirent voilles pour partir de la & aussi pour l’heure se trouverent mal contens: et prindrent leur chemin par transmontane/ car ainsi se engoulfe ceste coste.

¶ De pinçon qui arriva a la mer d’eaue doulce et trouva diverses isles.

Chapitre .cxii.

Apres qu’ilz furent allez quarante lieues en la mer d’eaue doulce & en cerchant de la ou venoit ceste eaue ilz trouverent la bouche laquelle se embuschoit dedans la mer de quatre lieues avec grant impetuosité Au devant de laquelle bouche estoient beaucop d’isles habitees de humaines gens et paisibles & ne trouverent aulcune chose de povoir contracter Ilz prindrent .xxxvi. esclaves puis que autre chose ne povoyent trouver pour contracter avec gaing. Le nom de ceste province s’appelle marina tambal: ces gens de l’isle disoient que dedans la terre ferme se trouvoit grande quantité d’or. Apres qu’ilz furent partis de cestuy fleuve en peu de jours ilz descouvrirent la transmontane qui estoit quasi a l’horizon & avoient fait cinquante lieues selon leur reigle ilz dient qu’ilz sont allez tousjours par la terre de payra pource que depuis ilz vindrent a la bouche appellee du dragein laquelle est une bouche qui est en ceste terre payra ou l’admiral alla par aucunes isles de la lesquelles estoyent en grant nombre oultre ceste Payra ou ilz trouverent grande quantité de bresil duquel ilz chargerent leurs navires: et d’icelles isles y en avoit beaucoup deshabitees pour la crainte des canibales: & veirent infinies maisons toutes en ruyne & beaucoup d’hommes qui fuyoyent es montaignes/ ilz trouverent plusieurs arbres de casse [fistule] de laquelle ilz porterent en espaigne & les medecins qui la veirent dirent que elle eust esté tresbonne si elle eust esté recueillie en temps deu: et y a de tresgrans arbres et gros telz que six hommes ne les sçauroient embrasser & veirent aussi une beste quasi monstrueux qui avoit le corps et le museau d’ung regnart et la crope & les piedz de derriere comme le cinge & ceulx de devant comme ung homme les oreilles comme une souriz chaulve. & a soubz le ventre ung autre ventre par dehors comme une gibeciere ou elle caiche ses enfans depuis qu’ilz sont nez: ne jamais ne les laisse saillir jusques a tant qu’ilz soyent souffisans de eulx mesmes nourrir excepté quant elle les veult alaicter ung de telles bestes ensemble ses enfans fut porté de sibille a granate au roy & royne d’espaigne: toutesfois dedans la navire moururent les enfans & le grant en espaigne lesquel ainsi mors furent veuz de plusieurs et diverses personnes cestuy vincent afferme avoir navigué par ceste coste de payra plus de .vi.c. lieues et ne doubte point que ne soit terre ferme/ mais en certain apres qu’ilz furent partis de la payra ilz vindrent a l’isle espaignolle le .xxiii. jour de juing mil .ccccc. & de la ilz dient estre allez continuellement par ponent plus de quatre cens lieues en une certaine province ou aux quatre caravelles qu’ilz avoyent saillit une si grande tempeste au moys de juillet que deux d’icelles se noyerent et une se rompit et estoyent plus marris de la crainte qu’ilz avoient d’estre prins qu’ilz n’estoyent d’autre chose La quarte caravelle demoura ferme et fort mais non sans grant travail et ja avoyent perdu toute esperance de salut & ainsi eulx estans ilz veirent une [de] leur navire aller ainsi que la mer la menoit pource qu’elle estoit avec peu de gens esquelz eulx doubtant de noyer se misrent a terre & la estoient en grant doubte et paour d’estre mal traictez de celle gent. Et firent deliberation d’entre eulx se tuer: & aussi estoient divers & mauvais conceptions environ par l’espace de huyt jours & apres ce mist a faire bonace leur navire qui estoyt demouré seullement avec .xviii. hommes & la monterent ensemble avec l’autre qui estoit saulvee: & firent voille a la volte d’espaigne ou le dernier jour de septembre arriverent despuis ces gens cy plusieurs aultres ont navigué a cestuy voyage par midy & continuellement sont allez par la coste de la terre de payra plus de mil deux cens cinquante lieues/ et jamais n’en [ont] trouvé aulcune fin que ce soit isle: & pour cela chascun manifestement tient estre terre ferme de laquelle dernierement a esté apporté de la casse en toute perfection et de l’or. des perles & bresil de la sorte dessusdicte: poyvre. et canelle: saulvaiges herbes & plantes: et arbres: & bestes d’estrange et diverses sortes que nous n’avons point.

¶ Cy finist le quatriesme livre de la navigacion et commence le cinquiesme.

¶ Le nouveau monde translaté de langue espaignolle en ytalienne: et de ytalienne en françoys.

¶ C’est une lettre de alberic vespuce qu’il escripvit a laurens pere de medicis.

Chapitre .cxiii.

Cy apres ces jours passez amplement je escripvy mon retour de ces nouveaulx pays lesquelz avec l’armee/ et avec les despens et commandement du roy de portugal avons cerchez et trouvez lesquelz a esté licite [et] convenable les appeller Nouveau monde pource que noz predecesseurs plusgrans que nous n’y ont point esté aumoins ilz n’en ont eu de congnoissance et a tous ceulx qui les orront sera bien nouvelle chose par ce que cecy excede l’oppinion des nostres anciens: car la plus