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CHAPITRE LXXI.

1348. RAVAGES DE LA PESTE.--1349. DÉMONSTRATIONS DE PÉNITENCE DES FLAGELLANTS; EXTERMINATION DES JUIFS DANS TOUS LES PAYS DE L’EUROPE EXCEPTÉ À AVIGNON ET SUR LE TERRITOIRE PAPAL[146] (§ 330).

[146] Cf. Jean le Bel, _Chroniques_, t. II, p. 154.

En ce temps éclate une peste qui fait mourir le tiers de la population[147]. Pour apaiser la colère de Dieu, il surgit alors en Allemagne[148] une secte dont les adeptes se fouettent le dos et les épaules jusqu’au sang avec des courroies garnies d’aiguillons de fer; d’où on les appelle flagellants. Ils chantent des complaintes[149] sur la Passion, et vont de ville en ville, en faisant pénitence, pendant trente-trois jours, parce que Jésus-Christ alla sur terre pendant trente-trois ans. Ces pénitences font cesser les ravages de la peste en beaucoup d’endroits; mais le roi de France interdit aux flagellants l’entrée de son royaume, et le pape lance des bulles d’excommunication contre eux.--On arrête alors les Juifs par toute l’Europe, on les brûle et on confisque leurs biens, excepté à Avignon et en la terre de l’Église, sous les ailes du pape. Une prédiction avait annoncé aux Juifs, cent ans auparavant, qu’ils seraient détruits quand on verrait apparaître des gens armés de verges de fer. L’apparition des flagellants explique le sens de cette prédiction. P. 100, 101, 330 à 332.

[147] La peste de 1348 fut un de ces nombreux cas de peste asiatique qui sont venus à diverses reprises fondre sur l’Europe. «Dicta autem mortalitas, dit Jean de Venette, _inter incredulos inchoavit_, deinde ad Italiam venit; postea montes pertransiens ad Avinionem accessit....» (_G. de Nangis_, édit. Géraud, t. II, p. 212.) Simon de Covins, astronome du temps, attribua cette peste à l’influence des astres (voyez un article de M. Littré, _Bibl. de l’École des Chartes_, t. II, p. 208 et suiv.). Dans le nord de la France, la peste sévit d’abord à Roissy (Seine-et-Oise, arr. Pontoise, c. Gonesse); elle fit périr cinquante mille personnes à Paris et seize mille à Saint-Denis, et continua ses ravages pendant un an et demi (_Grandes Chroniques_, t. V, p. 485 et 486). En Angleterre comme en France, la peste commença par le sud; elle éclata d’abord vers le 1er août 1348 dans le comté de Dorset; elle exerça ensuite de tels ravages à Londres que, de la Purification à Pâques 1349, on enterra deux cents cadavres par jour dans un nouveau cimetière près de Smiethfield sur l’emplacement duquel s’élève aujourd’hui l’école-hospice, jadis couvent, de Charterhouse. De Londres, la peste gagna le nord de l’Angleterre et l’Écosse où elle ne cessa ses ravages que vers la Saint-Michel 1349 (Robert de Avesbury, _Hist. Ed. III_, p. 177 à 179). Comme il arrive toujours, la peste de 1348 frappa surtout les classes nécessiteuses. La plupart des ouvriers et domestiques étant morts de la peste, ceux qui avaient survécu eurent l’idée de profiter de leur petit nombre pour se faire donner des gages et des salaires plus élevés. Édouard III mit bon ordre à ce qu’il considérait comme un abus, par ordonnance du 18 novembre 1350 (Rymer, vol. III, p. 210 et 211). La Faculté de Médecine de Paris rédigea en 1349 un mémoire sur la peste de 1348; il est conservé au dép. des mss. de la Bibl. nat., fonds latin, n° 11227. M. le docteur Michon a publié en 1860 sur cette épidémie un travail capital intitulé: _Documents inédits sur la grande peste de 1348_ (_consultations de la Faculté de Paris, d’un médecin de Montpellier, description de G. de Machaut_), par L. A. Joseph Michon, in-8º, 99 p., Paris, J. B. Baillière.

[148] La Hollande, la Flandre et le Brabant furent le berceau de la secte des flagellants. Cf. Robert de Avesbury, p. 179; _Grandes Chroniques_, t. V, p. 492 et 493; G. de Nangis, t. II, p. 216 à 218.

[149] Voyez deux chansons des flagellants dans Le Roux de Lincy, _Recueil des chants historiques français_, première série, p. 237 et suiv.