CHAPITRE LXVII.
1348. RAVAGES DES BRIGANDS EN LIMOUSIN ET EN BRETAGNE; EXPLOITS DE BACON ET DE CROQUART[122] (§§ 315 et 316).
[122] Cf. Jean le Bel, _Chroniques_, t. II, chap. LXXXII, p. 143 à 145.
Guillaume Douglas, retiré dans la forêt de Jedburgh, continue de faire la guerre aux Anglais, même après la prise du roi d’Écosse et malgré les trêves entre l’Angleterre et la France[123]. P. 67.
[123] Les Écossais étaient cependant compris dans ces trêves comme alliés de la France. V. Arch. Nat., sect. hist., J636, nº 21.
Les trêves ne sont pas observées davantage en Gascogne, Poitou, Saintonge et Limousin. Dans ces pays de frontière, les pauvres gens d’armes exercent le brigandage comme un métier et s’y enrichissent avec une promptitude merveilleuse; il y en a qui font des fortunes de quarante mille écus. Voici comment ils procèdent. Rassemblés par bandes de vingt ou trente, ils épient pendant quelque temps un riche village ou un fort château situé dans les environs; puis un beau jour, de très-grand matin, ils y pénètrent furtivement et mettent le feu à une maison. Les habitants, qui croient avoir affaire à mille armures de fer, s’enfuient affolés de terreur; les brigands pillent le village ou le château, après quoi ils se retirent chargés de butin. Ils font ainsi à Donzenac[124] et ailleurs; ils s’emparent des châteaux et les revendent. Un de ces brigands emporte par escalade le château de Comborn[125], en Limousin. Le vicomte de Comborn, fait prisonnier dans son château, ne recouvre la liberté qu’en payant une rançon de vingt-quatre mille écus. Ce brigand, nommé Bacon, après avoir vendu le château de Comborn à Philippe de Valois moyennant vingt mille écus, devient huissier d’armes[126] du roi de France, qui le comble de faveurs. P. 67 à 69, 299 à 302.
[124] Corrèze, arr. Brive, un peu au nord de cette ville, à peu près à égale distance des deux rivières de Corrèze et de Vézère. En 1355, le fils de Guiraud de Ventadour, seigneur de Donzenac, nommé Bernard de Ventadour et châtelain de Beyssac (auj. château de Saint-Augustin, Corrèze, arr. Tulle, c. Corrèze) joua un tour du même genre à Pierre _de Mulceone_, seigneur de Bar (Corrèze, arr. Tulle, c. Corrèze). Il s’introduisit dans le château de Bar avec seize hommes armés en disant que les Anglais établis à Beaumont (Corrèze, arr. Tulle, c. Seilhac) le poursuivaient et y vola deux mille sommées de blé, soixante lards et six mille cinq cents deniers de bon or à l’_ange_, au _pavillon_, à la _chaire_, à l’_agneau_, à l’_écu_ (Arch. nat., X2a 6, fºs 416 à 424). Le 15 mars 1362, Guiraud de Ventadour, seigneur de Donzenac, prêta serment de fidélité au roi d’Angleterre représenté par Jean Chandos, vicomte de Saint-Sauveur, lieutenant dudit roi; il s’engagea en outre à faire prêter serment à tous ses tenanciers et à rapporter leurs noms à Chandos ou à son sénéchal. V. Bardonnet, _Procès-verbal à Jean Chandos des places françaises abandonnées par le traité de Brétigny_, Niort, 1870, in-8, p. 115.
[125] Comborn, autrefois siége d’une vicomté, est aujourd’hui un château ruiné de la commune d’Orgnac, Corrèze, arr. Brive, c. Vigeois; ce château est situé sur la rive droite de la Vézère. Le 23 octobre 1363, à Poitiers, en l’église Saint-Maixent, Archambaud, _vicomte de Comborn_, prêta serment de fidélité, tant en son nom qu’au nom de Marie sa femme, à Édouard, fils aîné du roi d’Angleterre, prince d’Aquitaine et de Galles, duc de Cornouaille et comte de Chester. V. Delpit, _Documents français conservés en Angleterre_, p. 114.
[126] Ce Bacon est peut-être Jean Bacon, écuyer, fils de Guillaume Bacon, seigneur du Molay (Calvados, arr. Bayeux, c. Balleroy), exécuté pour crime de lèse-majesté, au commencement de l’année 1344. Comme les biens de sa famille avaient été confisqués, Jean Bacon put être plus vivement tenté de refaire sa fortune par le brigandage; et la guerre en Limousin entre les partisans de Jeanne de Penthièvre et ceux de Jeanne de Montfort lui en fournissait l’occasion. Comme il faisait cette guerre de partisan au service ou du moins sous le couvert de la maison de Blois, le roi de France le combla de faveurs.
En Bretagne, un autre brigand nommé Croquart, ancien page du seigneur de Herck en Hollande, gagne bien soixante mille écus; il figure à la bataille des Trente[127] du côté des Anglais et se montre le plus brave. Le roi de France lui offre une pension de deux mille livres, s’il veut se faire Français, mais il meurt d’une chute de cheval. P. 69, 70, 302, 303.
[127] Croquart figure en effet le premier sur la liste des quinze gens d’armes qui, réunis à sept chevaliers et à huit écuyers, composaient les trente champions du parti anglais.