CHAPITRE LXIX.
1347. MARIAGE DE LOUIS, COMTE DE FLANDRE, AVEC MARGUERITE FILLE DE JEAN, DUC DE BRABANT[137] (§ 322).
[137] Ce chapitre appartient en propre à Froissart et ne se trouve pas dans les _Chroniques_ de Jean le Bel.
Il a été dit plus haut que Louis, comte de Flandre, après avoir fiancé à Bergues Isabelle, fille d’Édouard III, s’était réfugié en France pour échapper à la conclusion de ce mariage. Le duc Jean de Brabant ouvre aussitôt des négociations auprès du roi de France, afin d’obtenir la main du comte de Flandre pour sa fille Marguerite. Philippe de Valois, auquel le duc de Brabant promet d’engager les Flamands dans l’alliance française, conseille à Louis de Male[138] d’agréer les ouvertures de Jean III. Quant aux bonnes villes de Flandre, le duc de Brabant les menace, si elles ne lui sont pas favorables, de leur faire la guerre. A la suite de conférences tenues à Arras entre le jeune comte de Flandre et les envoyés de Jean III, Louis de Male s’engage solennellement à prendre Marguerite en mariage, puis il vient en Flandre où il rentre en possession de tous ses droits seigneuriaux, et bientôt après il épouse la fille du duc de Brabant. Une clause secrète du contrat fut que Malines[139] et Anvers, après la mort de Jean III, feraient retour au comte de Flandre.--L’irritation que le roi d’Angleterre ressent de ce mariage dans le premier moment ne l’empêche pas au bout de peu de temps de faire sa paix avec le duc de Brabant et le comte de Flandre[140]. P. 85 à 88, 318 à 320.
[138] Dès le 17 mai 1347, à Conflans près Paris, Louis de Male élisait certains procureurs pour traiter de son mariage avec Marguerite, fille de Jean, duc de Brabant (Arch. nat., _Transcripta_, JJC, fº 118 vº); à Saint-Quentin, le 6 juin, il promettait d’être le mardi 26 juin à Lewre en Brabant (auj. Leeuw-Saint-Pierre, prov. Brabant, à 13 kil. de Bruxelles) pour accomplir le dit mariage (Arch. nat., JJC, fº 135 vº, p. 64), et il assignait à sa femme 6000 livres en terre sur le comté d’Alost (JJC, fº 128 vº). De son côté, Jean, duc de Brabant, le 18 mai 1347, à Bruxelles, nommait certains procureurs pour traiter du mariage entre son fils aîné Henri et Jeanne, fille du duc de Normandie, et entre son fils Godefroi et Bonne, fille du duc de Bourbon (JJC, fº 123); à Saint-Quentin, le 2 juin, il s’engageait à rompre le plus tôt possible son alliance avec les Flamands et le comte de Hainaut (JJC, fº 119); il promettait au dit Saint-Quentin, le 6 juin, d’aider le comte de Flandre à se faire obéir des Flamands (JJC, fº 118); il déclarait n’être aucunement l’allié du roi d’Angleterre (JJC, fº 116); enfin, il signait une alliance avec le roi de France dans la maison des Frères Prêcheurs (JJC, fº 139 vº). En retour, Philippe de Valois, par lettres aussi datées de Saint-Quentin, le 6 juin 1347, promettait que Jeanne de Normandie et Bonne de Bourbon se trouveraient au château de Vincennes le 19 juin pour leurs mariages avec Henri et Godefroi de Brabant, et que Louis, comte de Flandre, se trouverait à Leeuw en Brabant le 26 juin pour son mariage avec Marguerite de Brabant (JJC, fº 140 vº).
[139] Par cet acte daté de Saint-Quentin, le 5 février 1347, Philippe de Valois garantit le comte de Flandre contre l’évêque et le chapitre de Liége au sujet de Malines cédée par ledit comte à Henri, fils du duc de Brabant, à l’occasion de son mariage avec Jeanne, fille du duc de Normandie. (Arch. nat., sect. hist., JJC, fº 133.) Par un autre acte rendu aussi à Saint-Quentin le 5 juin, le roi de Navarre donne au comte de Flandre cinq mille livres de terre en échange de la cession de Malines à Henri de Brabant (_Ibid._, fº 131). Philippe de Valois achève de dédommager Louis de Male en érigeant en pairie, par lettres patentes du 27 août 1347, les comtés de Nevers, de Rethel et la baronnie de Donzy. V. Blanchard, _Compilation chronologique_, col. 105 et 106.
[140] Un traité fut conclu entre le roi d’Angleterre et le comte de Flandre dans les premiers jours de décembre 1348. Par ce traité, Édouard III et Louis de Male ratifient les articles arrêtés par leurs députés et renouvellent l’alliance entre l’Angleterre et la Flandre. Henri, comte de Lancastre, est chargé de recevoir l’acte d’hommage du comte qui s’engage à pardonner aux villes de Gand et de Bruges tout ce qu’elles ont fait contre lui pendant leurs rébellions. Ce traité fut ratifié par Louis de Male, le 4 décembre 1348 (Archives du Nord, fonds de la Chambre des Comptes de Lille, orig. parch.) et par Édouard III le 10 décembre suivant. V. Rymer, _Foedera_, vol. III, p. 178 et 179.