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CHAPITRE X

TAROUDANT ET L’OUED SOUS.

Mauvais accueil à Taroudant. — Excès populaires. — La kasba. — Mougar. — Les Howara. — Le caïd de Mtouga. — Le chérif du Tafilalet. — Vol. — Départ. — Mon escorte. — La ville de Taroudant. — Portes et murs. — Les maisons. — Les mosquées. — L’oued Sous. — L’industrie. — Les tribus. — Jongleurs et charmeurs de serpents. — Les arbres d’argan. — Production de l’huile. — L’arbre d’arar. — La gomme ammoniaque. — La gomme arabique. — L’euphorbe.

La joie d’avoir atteint la capitale de l’oued Sous fut bientôt changée en amertume par l’accueil qui nous y était réservé. Nous traversâmes la porte du nord et nous nous dirigeâmes le long des murs, en évitant autant que possible l’intérieur de la ville, vers la kasba, au nord-est de Taroudant, pour y dresser nos tentes ou nous installer dans une maison sous la protection du fonctionnaire nommé par le sultan. Nous en fûmes renvoyés d’une façon assez grossière, car on avait appris, nous dit-on, qu’un Chrétien se trouvait dans la caravane ! Nous repartîmes de nouveau en longue procession, ce qui ne manqua pas de causer de l’émoi parmi la population, et nous fûmes conduits dans un foundaq situé près de la mellah, le quartier des Juifs ; on voulait nous prouver ainsi qu’on nous mettait sur le même pied qu’eux. Il fallut nous décider provisoirement à demeurer là et à attendre que de meilleures relations s’établissent entre nous et les autorités.

Notre foundaq était une assez grande maison, élevée d’un étage, au milieu de laquelle se trouvait une cour carrée dans laquelle débouchaient les corridors et les chambres, si l’on peut nommer ainsi des pièces étroites, basses et obscures. Nous nous y installons, nous prenons possession des chambres, et nous avons déjà déchargé les bagages et rentré les animaux quand tout à coup nous entendons devant la maison un bruit épouvantable. Une foule s’y est réunie, crie et tempête d’une façon menaçante en lançant des pierres contre la porte. Des gens de connaissance d’Emnislah nous disent que le peuple est très ému et demande que le Chrétien soit renvoyé de la ville. Nous courons tous aux armes, car la porte peut être brisée, et nous ne sommes pas disposés à nous laisser massacrer ou lapider sans autre forme de procès ; nous envoyons en même temps un messager au chalif de la ville, ainsi qu’au chérif, pour lequel Hadj Ali a des lettres de recommandation. Avant que les choses tournent tout à fait mal, apparaissent quelques vieillards, parmi lesquels le chalif et le chérif ; ils commencent alors à nous interroger de toutes façons. Un violent débat s’élève d’abord ; la foule déclare que les Chrétiens ne peuvent entrer dans la ville ; nous en appelons à la lettre du sultan, qui enjoint expressément à tous ses représentants de me protéger et de me soutenir de toutes manières.

Peu à peu ces gens entendent raison et discutent le cas d’une façon moins passionnée ; c’est surtout le chérif, que Hadj Ali a vite gagné à notre cause, qui parle d’une façon conciliante. Je déclare de nouveau quelle est mon intention : je veux demeurer quelques jours dans la ville afin de me joindre à une caravane qui parte pour Timbouctou ; je demande aussi la permission de dresser mes tentes dans l’enceinte de la kasba pour être dorénavant à l’abri des insultes du peuple. Cela m’est enfin accordé par le chalif, qui provisoirement représente le sultan, faute d’un caïd ou d’un amil nommé pour la ville.

Du reste nous avions trouvé parmi la foule quelques amis qui nous avaient connus à Marrakech et qui s’occupèrent de nous de leur mieux. L’un d’eux poussa les choses si loin, et arrangea de telle sorte avec une pierre le plus forcené des tapageurs, que celui-ci tomba à terre tout couvert de sang. Cette masse de peuple en fureur était composée uniquement de gens des castes inférieures, surtout d’esclaves, de jeunes garçons et d’une quantité de Négresses de basse condition, que le goût du scandale avait attirés là. Les meilleurs éléments de la population ne se livrent pas à de pareils excès.

Il nous fallut recharger nos animaux aussi vite que possible pour regagner la kasba : ce qui déplut au gardien du foundaq, qui, par là, voyait s’éloigner toute perspective de pourboire. Nous reprîmes, sous la conduite de quelques vieillards et du chérif, le chemin que nous avions déjà suivi, et nous entrâmes enfin dans la kasba par plusieurs portes. Nous pûmes alors dresser nos tentes en toute sécurité sur une grande place à l’intérieur de cette vaste citadelle, et nous y installer aussi commodément que possible. La kasba est une construction extrêmement considérable entourée d’un mur très haut et très épais, qui, d’après les circonstances locales, la rend inexpugnable. Dans l’une des cours se trouvaient deux vieux petits mortiers de bronze, qui n’y avaient sans doute jamais trouvé leur emploi. Peu de gens devaient habiter la kasba, car elle paraissait presque déserte. Il ne semble pas y avoir beaucoup de soldats du sultan ; le chalif habite l’une des maisons, avec quelques hommes seulement, qui tiennent lieu de machazini.

Du reste, en ce moment il se trouve ici, en mission extraordinaire, un envoyé du sultan qui négocie avec les gens de l’oued Sous, et qui cherche à rétablir autant que possible le prestige de son souverain.

Les personnes qui m’avaient protégé revinrent le jour suivant pour connaître plus exactement le but de mon voyage ; la nécessité se fit alors sentir de justifier quelques renseignements inexacts que nous avions donnés la veille à mon sujet ; Hadj Ali trouva qu’il valait mieux dire toute la vérité à cet égard. Il expliqua nettement ce que nous voulions et pourquoi nous trouvions plus avantageux de me faire passer aux yeux du peuple pour un médecin turc. Ces gens finirent par entendre raison, surtout après ce que leur dit le chérif, et acceptèrent le déguisement que je m’imposais dans les circonstances actuelles. Il fut également fort utile pour nous que l’envoyé du sultan se trouvât là par hasard et pût certifier l’exactitude de la lettre souveraine.

On me déclara que, pour me rendre avec une escorte dans le pays de Sidi-Hécham, au sud de l’oued Sous, il était nécessaire d’écrire au caïd de Mtouga, au nord de l’Atlas : il paraît que cet homme énergique a su acquérir une grande influence. Tout le monde décrivait le chemin du pays de Sidi-Hécham comme infiniment dangereux ; la région entière était, disait-on, infestée de brigands, et, rien que dans ces derniers jours, une vingtaine de personnes y avaient été tuées. Cela ne paraissait pas fort rassurant.

Du reste, je dois, dans tous les cas, demeurer quelque temps à Taroudant. J’apprends que bientôt aura lieu dans le Sidi-Hécham un grand marché annuel, où l’on se rend de tous les côtés. Une caravane de marchands de Taroudant devant y aller également, j’espère pouvoir me joindre à elle.

Le temps était devenu pluvieux, et pendant la nuit tombaient des averses telles, qu’il fallut entourer les tentes de rigoles pour faciliter l’écoulement de l’eau. Nous avions tendu trois grandes tentes : les deux jolies tentes de Tanger, dont j’occupais l’une avec Benitez, tandis que Hadj Ali et Mouley Achmid étaient logés dans l’autre ; en outre j’avais acheté une grande tente en grossière étoffe brune de poil de chameau, et qui servait pour mes gens et pour faire la cuisine. Tous les matins j’envoyais à la ville Ibn Djiloul avec un âne pour acheter des vivres, c’est-à-dire de la paille et de l’orge pour les animaux, de la viande et des légumes pour nous : de sorte que notre séjour à Taroudant était assez onéreux.

Presque tout le jour Hadj Ali était occupé au sujet des négociations concernant mon voyage ; le chérif et l’envoyé du sultan y prenaient part d’ordinaire.

Le 18 mars nous reçûmes tout à coup la visite de quelques vieux cheikhs des Howara. Pour Taroudant ce fut un événement de voir paraître dans la ville ces gens, toujours en querelle avec elle. Les Howara, qui sont Arabes, avaient appris qu’on avait insulté notre caravane, parmi laquelle se trouvait un chérif, neveu du célèbre Abd el-Kader, et qu’on lui avait assigné un logement dans le quartier des Juifs. Ils se montrèrent très bien disposés à notre égard, et nous invitèrent instamment à aller les voir dans leurs maisons. Ils déclaraient que, si l’on nous avait forcés de demeurer dans le foundaq du quartier juif, ils auraient attaqué la ville ! Ils donnèrent une expression très vive à leur indignation au sujet des excès du peuple et nous invitèrent à plusieurs reprises à aller les voir. Mais nous refusâmes ; Hadj Ali ne trouva pas opportun de quitter encore une fois les portes de la ville, derrière lesquelles nous étions en sûreté, pour aller visiter des Howara, dont la réputation est si suspecte. Peut-être nous invitaient-ils dans une bonne intention ; peut-être aussi était-ce pour nous dépouiller. Bref, nous demeurâmes où nous étions, et nous nous excusâmes en disant que nous ne pouvions manquer le grand marché annuel de Sidi-Hécham.

Mon compagnon a fait une nouvelle connaissance intéressante pour lui, celle d’un cheikh d’une tribu voisine de Meknès, exilé ici et qui compte naturellement parmi les mécontents du Maroc ; ils paraissent étudier de grandes combinaisons politiques, et Hadj Ali me déclare un jour, très sérieusement, qu’avec deux mille hommes de troupes algériennes bien armées et un million de francs il entreprendrait de se rendre maître d’un grand empire, complètement indépendant du sultan.

Depuis quelques jours nous avons eu du mauvais temps ; les vents d’équinoxe nous ont amené des pluies ; mais le 20 mars est encore une belle journée. Nos tentes sont toujours remplies de visiteurs, et Hadj Ali est devenu tout à coup ici un personnage très recherché ; il en est infiniment flatté, et cela ne peut qu’être utile à mes projets. Nos relations avec les meilleures classes de la ville sont devenues très bonnes, mais je demeure constamment dans la kasba, pour ne pas soulever une nouvelle explosion du fanatisme des couches inférieures du peuple.

Le 21 mars arrive déjà la réponse du caïd de Mtouga au sujet de l’escorte à me fournir pour le pays de Sidi-Hécham ; cette réponse est adressée au cadi de Taroudant. Il nous invite à prendre un repas dans la maison qu’il a en ville et nous y communique l’écrit du cheikh de Mtouga, assez favorable dans l’ensemble.

Ma présence à l’oued Sous avait été rapidement connue, et le secrétaire du sultan, dont j’ai parlé plusieurs fois, recevait souvent des lettres à ce sujet. D’un côté c’étaient des offres de la part des Howara, pour nous escorter, si l’on nous refusait cette protection à Taroudant ; et d’un autre côté, des lettres de gens indignés de ce que les autorités de la ville permissent à un Infidèle se loger dans ses murs.

On répondait à ces dernières que j’étais au service du sultan de Turquie, qu’en outre j’avais reçu pleine liberté d’action de la part de celui du Maroc, et qu’enfin je voyageais en compagnie d’un grand chérif, qui prenait la responsabilité de tout.

Ma visite chez le cadi eut pour résultat de nous faire envoyer par lui une petite mouna, consistant en deux pains de sucre et un peu de beurre. Je fus heureux de voir que cet homme influent, mais assez réservé et assez sombre d’allures, nous était gagné ; il pouvait certainement obtenir une escorte pour nous.

Le jour suivant, le cadi me demanda une copie du sauf-conduit du sultan et une attestation écrite par moi et prouvant qu’il m’avait fourni des hommes d’escorte jusqu’aux frontières de l’empire du Maroc. Je lui donnai la copie de la lettre du sultan, mais je ne pus me rendre à sa deuxième demande. Je me déclarai tout prêt à lui délivrer une attestation de ce genre dès que j’aurais atteint l’oued Raz, qui sépare le Maroc du pays de Sidi-Hécham. Le cadi finit par se rendre à mes raisons.

L’arrivée de mon escorte avait été plusieurs fois annoncée, et, en conséquence, le jour de mon départ fixé ; mais il survenait toujours de nouveaux embarras. Le 23 mars nous devions partir, mais l’escorte ne parut pas, et l’on me consola en promettant son arrivée pour le soir. Dans la soirée, tous les amis de Hadj Ali arrivèrent tout à coup et nous conseillèrent fortement de ne pas partir encore : la caravane qui allait au grand marché avait dû revenir sur ses pas, à cause du peu de sécurité des routes, et ne repartirait que le 27 mars. Hadj Ali était évidemment ravi de ce contretemps, car il avait trouvé là de bons amis avec lesquels il menait toute sorte d’affaires particulières.

Le 24 mars nous fîmes la connaissance d’un chérif du Tafilalet, qui était en voyage pour l’oued Noun. Il devait faire une grande partie de notre route et s’offrit à nous accompagner. J’en fus charmé, car c’était un homme tranquille mais résolu, qui pouvait nous rendre maint service : aussi acceptâmes-nous très volontiers ses offres. Il avait fait en onze jours, disait-il, le chemin du Tafilalet par l’oued Draa jusqu’à Taroudant. Par lui j’avais une occasion facile d’aller au Tafilalet, aussi étais-je résolu à en profiter si le voyage du pays de Sidi-Hécham à Timbouctou n’était pas possible. Peut-être le chérif se laisserait-il convaincre et consentirait-il à faire avec moi une plus grande partie du voyage, car il ne paraissait pas fort pressé d’aller à l’oued Noun.

Tandis que j’étais dans la kasba, à la table du chalif, qui m’avait invité, ainsi que Benitez (Hadj Ali était en ville, comme d’ordinaire), l’un de mes serviteurs, le jeune garçon berbère que nous n’avions engagé qu’à la kasba Mzougi, vola dans ma tente un petit sac d’argent, contenant à peu près 20 douros, et un revolver. C’était la première fois et, je dois en avertir le lecteur, aussi la dernière que je devais être directement volé par un Mahométan. On m’a extorqué des présents, on m’a pillé : mais je n’ai jamais revu un vol ordinaire. Ce jeune garçon avait libre accès dans ma tente, et pendant mon absence il profita de cette permission pour s’emparer de ces objets. Ce fut un vrai bonheur qu’il n’eût pas trouvé le sac contenant le reste de l’argent et dans lequel se trouvaient 300 ou 400 douros, toute ma fortune ; j’aurais été placé dans une situation désespérée. Un des serviteurs qui étaient dans la tente-cuisine me fit remarquer à mon retour que le jeune Berbère était resté un peu longtemps dans ma tente, et me pria d’examiner s’il n’y manquait rien. Je m’aperçus bientôt du vol.

Mes gens, et surtout Hadj Ali, étaient furieux de ce tour ; ils prirent leurs fusils, se précipitèrent dans la ville et y mirent tout en émoi, de sorte que pendant le reste de l’après-midi et durant la nuit une chasse en règle eut lieu pour trouver le Berbère : la population de Taroudant, si peu amicale qu’elle eût été avec moi au début, était révoltée d’une telle action ; aux yeux de ces gens-là, le vol est quelque chose d’extrêmement vil.

Malgré les recherches les plus sérieuses et les plus zélées, on ne put trouver ce garçon : il ne pouvait avoir quitté la ville, puisque les gardes des portes ne l’avaient point aperçu ; il ne l’aurait pas osé, dans la crainte des brigands. Évidemment il connaissait dans Taroudant quelqu’un qui le cachait ; c’était peut-être une femme qui l’avait engagé à ce vol.

Les deux jours suivants, le 25 et le 26 mars, se passèrent aux préparatifs du départ, qui devait définitivement avoir lieu le 27. J’avais encore loué un chameau jusqu’au pays de Sidi-Hécham, pour ne pas surcharger mes animaux, et contre la somme de 5 douros, prix assez considérable pour une aussi courte distance. J’écrivis un grand nombre de lettres, que je remis à un Juif sur le point de partir pour Mogador ; j’avais attendu en vain la caisse de provisions et de médicaments que j’avais commandée de Marrakech à Mogador.

Je pus ainsi quitter, après douze jours seulement de séjour, la ville où, à mon entrée, il semblait que mon voyage allait trouver sa fin. Taroudant a été visitée par un petit nombre d’Européens ; quelques-uns y ont été retenus presque prisonniers. Les circonstances peuvent y être devenues un peu plus favorables aujourd’hui, mais c’est toujours une entreprise qui comporte certains risques que de parcourir l’oued Sous. Je me suis séparé finalement en très bons termes des gens qui nous fréquentaient, mais on ne voyait que trop clairement, surtout chez les fonctionnaires, le chalif et le cadi, combien ma présence leur était importune. Evidemment il leur en coûtait des peines et de l’argent pour m’assurer une escorte sûre jusqu’au pays de Sidi-Hécham ; d’un autre côté, ils craignaient pour leur responsabilité, au cas où un malheur m’arriverait : ils seraient alors accusés de ne pas avoir fait leur devoir, comme le prescrivait la lettre du sultan. Je fus réellement heureux de quitter la ville le 27 mars, car Taroudant n’avait été ni plus ni moins qu’une prison pour moi, et une prison fort coûteuse : la nourriture de plusieurs serviteurs, ainsi que celle d’un certain nombre de chameaux, de chevaux, de mulets et d’ânes, revenant assez cher même dans ces pays.

La ville de Taroudant, à environ 88 kilomètres de la mer, occupe, d’après les renseignements publiés par Gatell, qui a aussi donné un plan de cette ville, une superficie d’environ 430000 mètres carrés, et est complètement entourée d’un mur solide, haut de 6 à 8 mètres et construit partie en pierre, partie en argile battue. A des intervalles de 60 à 100 mètres se trouvent des tours carrées massives, de sorte que dans un tel pays ces fortifications peuvent passer pour extraordinairement fortes ; d’ailleurs ces tours sont encore relativement en très bon état. Cinq portes conduisent dans la ville : Bab el-Kasba mène à la citadelle ; Bab el-Chamis, au nord, vers Marrakech ; Bab Oulad ben Nouna, vers le nord-ouest, à Mogador ; Bab Targount, vers Agadir (Santa Cruz) et dans le district des Chtouga ; et Bab Ezorgan, vers le sud.

La kasba, qui occupe l’angle nord-est de la ville et couvre environ 50000 mètres carrés, est séparée par un mur particulier de la véritable ville, où mène une autre porte. On trouve dans les cours intérieures quelques vieux canons ou mortiers, qui n’ont probablement jamais servi ; ils gisent là paisiblement depuis des siècles.

La moitié à peine de la ville est couverte de maisons, et, quand j’entrai dans Taroudant, j’eus à traverser, avant d’atteindre la kasba, un grand espace couvert de jardins d’oliviers. Les habitations, au nombre de 1300, dit-on, sont presque uniquement construites en argile battue et dans le style ordinaire du Maroc, c’est-à-dire avec toit plat et sans fenêtres ; les chambres n’ont d’autre ouverture que la porte qui conduit dans la cour ou sous une véranda. De nombreux foundaqs servent à loger les caravanes ; ils contiennent beaucoup de petites pièces, et celles qui sont réservées aux hommes diffèrent peu des écuries. Beaucoup ont un étage, que, dans ce cas, les hommes habitent, tandis que le rez-de-chaussée est destiné aux animaux et aux bagages. Les foundaqs sont affermés, et leurs titulaires ont à payer annuellement une petite somme au trésor, c’est-à-dire au représentant du sultan. Ce ne sont pas des auberges, car chacun apporte et prépare ses provisions ; l’un de ces caravansérails, le foundaq Essalah, sert de marché.

A Taroudant il y a trois mosquées, dont l’une se trouve dans la kasba. L’eau est tirée des puits, qui sont nombreux ; il n’y a pas de moulins, car la ville est loin de toute rivière. Les objets en cuir et en fer sont les articles d’industrie les plus importants ; jadis les objets en fer venant de Taroudant avaient surtout une grande renommée. Il y a dans le sud de la ville une grande fabrique de salpêtre, qui sert à faire de la poudre, que l’on produit en grandes quantités dans l’oued Sous ; le soufre vient d’Europe et est transporté de Mogador par des animaux de bât. Non loin de cette fabrique se trouve la mellah.

Gatell estimait de son temps les habitants à 8300 âmes, y compris les Juifs ; aujourd’hui ils ne sont pas plus nombreux. La ville produit une impression de vide et d’abandon, et ses rues, qui ne sont pas trop étroites, sont désertes.

Pendant mon séjour le sultan n’avait pas d’amil, mais seulement un chalif, qui habitait dans la kasba. Ce fonctionnaire ne possédait d’ailleurs aucune influence sur la ville ; c’était le cadi dont j’ai parlé plus haut qui conduisait toutes les affaires.

Les habitants, en général rudes et peu bienveillants envers les étrangers, ne reconnaissent que malgré eux l’autorité du sultan et se révoltent à toute occasion ; au Maroc on a souvent dit qu’il allait se rendre dans l’oued Sous avec une grande armée pour rétablir l’ordre. Lors de mon passage, un de ses secrétaires se trouvait là afin de se rendre compte de la situation de ce pays.

La position de Taroudant est très favorable, au milieu d’une plaine étendue et extrêmement fertile ; il est aisé de comprendre que jadis, quand un gouvernement bien établi et puissant dominait ici et quand l’oued Sous formait un petit pays indépendant, le commerce et l’industrie y aient été prospères, et que par suite les sciences aient pu aussi y être étudiées.

[Illustration : Jeune Marocain de l’oued Sous.]

L’oued Sous est très bien cultivé et sillonné presque partout de canaux d’irrigation ; de cette façon on prend beaucoup d’eau aux rivières, et c’est ainsi qu’il y a de nombreux oueds desséchés. D’ordinaire la moisson se fait au mois d’avril. On voit çà et là de grands magasins appartenant à un village ou à un groupe de maisons. Il y a également de nombreux troupeaux de bœufs, de moutons et de chèvres. On n’y trouve pas de nomades et de douars ; tous les habitants sont sédentaires et se construisent de grandes et solides maisons. L’agriculture est pratiquée de la façon la plus primitive, comme il était de mode il y a des milliers d’années ; l’industrie est dans un état analogue, car on fabrique encore les mêmes couteaux, les mêmes poignards, les mêmes poires à poudre et les mêmes fusils que jadis. On s’entend à orner les fûts de fusil de magnifiques incrustations d’ivoire et d’argent, et l’on décore également leurs canons. Ceux du bourg de Titli passent pour les plus beaux. Au Maroc on ne fabrique plus qu’à Tétouan les belles et longues armes de ce genre.

Les objets caractéristiques de l’industrie du Sous sont les courts poignards recourbés, les _goumiah_, dont les fourreaux en bois sont garnis de laiton, de zinc ou d’argent sur lequel sont ciselées quelquefois de magnifiques arabesques. Maintenant les lames viennent souvent d’Angleterre et en portent les marques de fabrique. Ces poignards sont fabriqués en grande quantité, et il n’y a aucun homme qui ne porte une pareille arme, très incommode du reste, attachée à un épais cordon de soie ; les plus pauvres en ont dont les fourreaux sont tout en laiton ; la plupart sont incrustés d’argent sur une des faces ; ils sont rarement recouverts d’argent des deux côtés.

Malgré la richesse métallurgique du versant de l’Atlas, dans le Sous on fabrique extrêmement peu de métaux et presque tout le fer et le cuivre viennent d’Europe.

Le véritable oued Sous, dont l’oued Raz forme les limites vers le sud, aussi bien du côté du pays de Sidi-Hécham que vers l’oued Noun au sud-ouest, est habité surtout par deux grandes tribus : les Chtouga et les Howara. Les premières comprennent seize familles : el-Mesegouina, el-Ksima, oued Amira, Aït Bou Taïb, Aït Boukou, Aït Bou Lesa, Aït Yaza el-Garani, Ida Oulad Bouzea, Aït Lougan, Aït Mouça, Aït Amer, Aït Melek, Aït Adrim, Konza, Ida Garan. Les Howara se divisent en sept familles : Oulad Karroum, Oulad Taïsna, Oulad Saïd, Oulad Arrou, el-Kofaïfat, Oulad Chelouf, Aït Iquaz.

Aujourd’hui il n’est plus possible de distinguer nettement les Berbères des Arabes, car les deux races se sont mêlées. On peut dire en général que les Howara sont des Arabes, et les Chtouga des Chelouh, ainsi qu’il apparaît des noms des familles qui précèdent (_oulad_, « fils », se dit en berbère _aït_).

Le manque de tranquillité dont j’ai parlé déjà, l’anarchie, les combats perpétuels des tribus entre elles, généralement suite de vols et de pillages, empêchent ce pays de prospérer et d’occuper la situation qu’il mériterait par sa position favorable.

L’oued Sous, l’oued Noun et le pays de Sidi-Hécham sont également la patrie des nombreux jongleurs, charmeurs de serpents, danseurs, acrobates, etc., qui rôdent dans le Maroc et que l’on rencontre presque à chaque soko. Les prestidigitateurs font les tours connus en Europe et qui sont basés sur leur dextérité et sur l’entente avec un compère ; les jongleurs se servent d’ordinaire de grands fusils, de couteaux et de poignards. Les charmeurs de serpents, qui sont toujours, comme les autres, accompagnés de quelques tambours ou musiciens, emploient pour leurs représentations différentes sortes de serpents. Ils apprivoisent les inoffensifs _Zamenis hippocrepis_ et les dressent à sauter en quelque sorte au son d’un instrument ; ils font aussi les mêmes tours d’adresse avec le serpent à lunettes (_Cœlopeltis insignitus_, Geoffr.) et même avec la dangereuse _Vipera arietans_, Merr. Ils excitent très violemment ces animaux avant la représentation et leur donnent à mordre un morceau d’étoffe de laine, de sorte qu’ils y laissent le venin qu’ils ont sécrété. Souvent aussi ces charmeurs transportent des boîtes qui contiennent des scorpions ; ils les renversent et rattrapent avec une extraordinaire dextérité ces animaux, qui sont très agiles.

Beaucoup des Arabes qui voyagent en Europe sont originaires de ces pays ; ils ont en quelque sorte pour patron le grand saint Sidi Mohammed ben Mouça, et, en faisant leurs exhibitions, ils prononcent fréquemment ce nom. Le peuple du Maroc voit toujours avec plaisir des représentations de ce genre et paye les artistes en leur jetant de la monnaie de cuivre (flous).

J’ai cité à diverses reprises les forêts d’argan, qui sont si caractéristiques pour le pays au sud de l’Atlas. En Allemagne on a très peu de renseignements sur cet arbre remarquable, de sorte que les plus importantes données, recueillies par le célèbre botaniste anglais Hooker dans son excellent _Journal of a tour in Marocco and the Great Atlas_ (dont il n’existe aucune traduction allemande), peuvent être reproduites utilement ici.

L’arbre d’argan (_Argania Sideroxylon_, _Sideroxylon spinosum_, _Rhamnus siculus_, _Rhamnus pentaphyllus_, _Elæodendron Argan_) est considéré, avec raison, comme le végétal le plus intéressant du Maroc, car il est limité à ce pays, et appartient à une famille de plantes exclusivement tropicales ; il fournit aux habitants un précieux objet d’alimentation et donne un bois des plus durs et des plus solides. Les premières indications au sujet de cet arbre sont dues au célèbre voyageur Leo Africanus, qui visita le Maroc en 1510. Il rapporte que de ses noix les habitants expriment de l’huile, dont ils se servent aussi bien pour l’alimentation que pour l’éclairage.

L’argan croît volontiers sur les collines sablonneuses et atteint un âge avancé ; il en existe qui sont plusieurs fois séculaires et dont le fût a 26 pieds de tour : la formation des branches commence déjà à 3 pieds du sol. On plante souvent ces arbres en mettant des semences en terre, en les recouvrant d’un peu d’engrais et en les arrosant abondamment jusqu’à ce qu’ils commencent à pousser ; alors ils n’ont plus besoin d’autres soins.

Trois à cinq ans après, les argans portent des fruits, qui mûrissent de mai à août, suivant les localités. Leurs racines s’étendent au loin sous terre, et des rejetons apparaissent également dans leurs intervalles. Quand le fruit mûrit, on mène sous les arbres les troupeaux de bœufs, de moutons et de chèvres ; un homme frappe les branches avec un bâton et fait tomber les fruits, que les animaux mangent avidement. Le soir on les rentre et ils commencent à ruminer leur nourriture : pendant cette opération, les noix sont rejetées sans avoir traversé l’estomac : on les ramasse le lendemain. Elles sont alors bien séchées : puis on en ôte les écorces, qui sont recueillies pour servir plus tard à la nourriture des chameaux.

Le procédé pour l’extraction de l’huile est très simple : les noix sont cassées avec des pierres ; les amandes sont rôties dans un plat en terre, écrasées dans un moulin à bras et ensuite mises dans une poêle. On verse un peu d’eau sur la masse, qui est fortement pétrie avec les mains, jusqu’à ce que l’huile s’en sépare : on la laisse alors se reposer. On donne aux vaches laitières les tourteaux, qui contiennent encore assez d’huile.

La principale difficulté de cette préparation consiste à bien pétrir la masse d’amandes concassées, et à y ajouter la quantité convenable d’eau chaude. L’huile elle-même est limpide et de couleur brun clair, mais elle a un goût et une odeur de rance.

Quand on s’en sert pour la cuisine, sans autre préparation, elle a un goût piquant qui demeure longtemps au palais. La vapeur qui s’élève lorsqu’on y fait cuire quelque chose attaque les bronches et fait tousser.

Le premier botaniste qui cite l’arbre d’argan est Linné, qui le décrit dans son _Hortus Cliffortianus_ (1737) sous le nom de _Sideroxylon_, d’après quelques exemplaires desséchés.

Le voyageur anglais Jackson, que j’ai souvent cité et qui a demeuré longtemps au Maroc, donne au sujet de cet arbre la courte notice qui suit : « Il y a beaucoup d’huile d’argan dans le Sous, où elle sert à faire cuire les poissons, ainsi qu’à l’éclairage. Quand on fait frire le poisson, on ajoute à l’huile un oignon coupé en morceaux et, dès qu’elle bout, un morceau de pain. Alors on la retire du feu, et, quand elle est refroidie, elle doit être passée ; sans cette précaution on s’imagine que l’huile donnerait la lèpre. »

L’étendue restreinte occupée par l’arbre d’argan est un phénomène très remarquable, car son genre est voisin du _Sideroxylon_ (bois de fer), arbre fort répandu dans les deux hémisphères, sous les tropiques et en dehors de cette région. A Madère, à peu près sous la même latitude que l’argan, le bois de fer atteint sa limite septentrionale, et une espèce de ce genre, _S. Mermulana_, Lowe, y a été trouvée sur les rochers de l’intérieur de l’île. Ces genres de végétaux n’ont pas été rencontrés aux îles Canaries, mais ils sont représentés au Cap-Vert par une espèce de Sapota.

D’après cela, il semble que l’_Argania_ et le _Sideroxylon_ de Madère sont deux représentants isolés de la végétation tropicale ; et, en tenant compte de leur apparition l’un près de l’autre, à l’extrême ouest de l’Ancien Monde, ils constituent, au point de vue de la géographie botanique, des exemples d’un haut intérêt de parenté entre les flores de ces pays.

Le bois de l’argan est analogue, comme je l’ai dit, au bois de fer des tropiques et a une très grande dureté ; mais, dans son aspect général, l’arbre ressemble plus à l’olivier qu’au sideroxylon, et forme un représentant local du premier de ces végétaux.

Sa zone de production est limitée entre la rivière de Tensift et l’oued Sous ; quelques arbres isolés existent, dit-on, au nord du Tensift. Il ne s’étend guère vers l’intérieur qu’à 10 milles des côtes de l’Atlantique, et la longueur de la région où il apparaît est de deux ou trois degrés de latitude. En dehors de cet espace étroit, il ne s’en trouve aucun spécimen dans le reste du monde.

Les jeunes branches et les rejetons de l’argan sont couverts d’épines, et les feuilles ont la forme de celles de l’olivier ; mais leur vert est plus foncé, et la partie inférieure est un peu plus pâle. On ne rencontre jamais de troncs creux de cet arbre, car son bois est trop dur pour être attaqué par les insectes.

A Mogador on emploie, à cause de leur forte odeur, les branches sèches et les feuilles de l’argan afin de préserver des mites les étoffes de laine.

Si l’on exporte de l’huile d’argan, ce n’est certainement qu’en petites quantités, car elle ne peut servir en Europe que dans la parfumerie et non comme comestible, à cause de son goût prononcé.

Outre cet arbre d’argan, l’arar, arbre à sandaraque, _Callitris quadrivalvis_, Vent., qui fait partie des arbres à feuilles aciculaires, est également répandu au Maroc. On le trouve fréquemment dans les régions montagneuses de tout le nord de l’Afrique, mais surtout dans l’Atlas. C’est un bel arbre, très branchu, atteignant environ 6 mètres de hauteur et qui ressemble à l’arbre de vie (thuya). Il donne une résine, la sandaraque, qui sert à fabriquer du vernis et en outre à préparer des emplâtres, des onguents et des poudres odorantes. Son bois est très précieux à cause de sa longévité et de sa beauté : c’était le bois de cèdre des Romains. Cet arbre était déjà connu des anciens Grecs et il était estimé sous le nom de _thuya_ ; le θυῖον de l’_Odyssée_ était probablement l’arar des Marocains, que les Espagnols nomment _alerce_, La tige inférieure, la plus large, est particulièrement précieuse, et aujourd’hui son bois est encore envoyé d’Algérie en grande quantité à Paris, où l’on en fait de petits objets mobiliers.

Il était connu et hautement apprécié des Romains sous le nom de « bois de citronnier » ; souvent dans des descriptions d’installations luxueuses se trouve le surnom de _citreus_. On s’en servait de préférence pour la construction des temples, et ce fut un usage non seulement des Grecs et des Romains, mais encore plus tard des Arabes : on a reconnu que certaines parties en bois de la mosquée de Cordoue en sont construites. Pline s’étend déjà longuement au sujet de cet arbre, dont il dit que ses parties inférieures, celles cachées sous terre, sont les plus précieuses et qu’on en fait des tables de prix. Une industrie d’art particulière s’était développée sans doute à Rome pour ces tables de citronnier, car on y employait des noms spéciaux pour désigner les différentes formes de tables. Les plaques en bois d’un seul morceau, d’environ quatre pieds de large, atteignaient des prix énormes.

Au Maroc ce bois magnifique, qui pourrait être si utile, n’est employé en ce moment que pour la construction et le chauffage ; sa résine, la sandaraque, est exportée par Mogador.

Parmi les autres arbres utiles du Maroc, Hooker signale l’arbre à gomme ammoniaque, celui de la gomme arabique et l’euphorbe.

La plante qui donne au Maroc la gomme ammoniaque ne doit pas être confondue avec celle de Perse. Dans ce dernier pays, c’est une ombellifère, la _Dorema_, dont on tire la résine jaune, à odeur prononcée et à goût repoussant. Au Maroc on n’est pas encore d’accord au sujet de l’arbre qui fournit le _faschook_. Jackson en donne une description, d’après laquelle des botanistes de nos jours ont voulu reconnaître un _Elæoselinum_, Hooker lui-même a cherché inutilement à se renseigner à cet égard. Jackson prétend que cet arbre croît dans les plaines de l’intérieur, surtout au nord de la ville de Maroc. Partout où il pousse, aucun animal, à l’exception du vautour, ne peut, dit-on, exister. Il est attaqué par un insecte, qui, d’après la description de Jackson, ressemble à un _Bombylius_, et la résine coule aux endroits attaqués. L’_Ammiacum_ était déjà connu des anciens ; ils prétendaient qu’il provenait de la Libye ou de la Cyrénaïque et qu’on le préparait dans le temple d’Ammon.

Les Maures emploient le faschook comme dépilatoire et comme remède dans les maladies de peau ; une petite quantité est exportée de Marzagan par Gibraltar et Alexandrie en Orient.

La gomme arabique vient au Maroc d’un acacia qui occupe la limite nord de la zone d’extension du genre acacia, très répandu en Afrique. D’après Hooker, c’est un arbuste épineux, fréquent dans le sud et l’ouest du Maroc. La gomme est recueillie surtout dans le pays de Demnet et portée de là à Mogador. Du reste il paraît que différents arbres ou arbustes produisent la gomme, car Jackson décrit un arbre élevé comme en donnant ; en outre il arrive au Maroc beaucoup de gomme du désert ; celle-ci vient de l’_Acacia arabica_, tandis que le produit de l’_Acacia gummifera_ est de meilleure qualité.

L’euphorbe, fort vénéneux, est le suc desséché de l’_Euphorbia resinifera_, qui existe dans l’intérieur du Maroc ; il est de couleur jaune, produit au goût une sensation de vive brûlure, cause de forts éternuements et de violentes inflammations, et sert de vésicatoire.

Jackson donne déjà une description de cette plante, qui a de nombreuses épines, s’attachant à tous les objets. Son suc coule d’incisions faites avec un couteau ; en septembre il cesse de couler et se dessèche. On dit que ce végétal ne fournit abondamment de suc que tous les quatre ans ; les gens qui le recueillent doivent couvrir leur bouche et leur nez, pour ne pas être sujets à de violents éternuements.

Les anciens connaissaient déjà l’euphorbe comme plante médicinale et savaient qu’elle vient de l’Atlas. On dit qu’elle fut nommée ainsi du nom d’Euphorbus, médecin du savant roi Juba II, de Mauritanie.

La présence d’euphorbiacées tropicales au Maroc est une curiosité botanique, ainsi que la diffusion de l’argan. De même que ce dernier arbre a ses plus proches congénères à Madère, de même les euphorbiacées marocaines ont des végétaux connexes aux Canaries.

En ce moment, au Maroc, l’usage et l’exportation de l’euphorbe ont presque complètement cessé ; on dit qu’il n’est plus employé que dans la médecine vétérinaire et dans la fabrication d’une couleur destinée à la conservation du bois des navires.