Part 12
Je meurs avec les justes qu’on outrage et qu’on persécute et, de toutes leurs cendres, je renais. Que de fois ne suis-je pas mort, depuis que je marche dans vos rangs! Avec vous, on m’a pendu aux gibets, brûlé sur les bûchers. Mais de toutes les prisons, je m’évade; de tous les tombeaux, je ressuscite. Je serai avec vous jusqu’à la fin du monde.
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L’eucharistie symbolise une vérité sublime. Tant qu’il y aura un être perdu, Dieu lui-même se donnera pour le sauver. Tant que les hommes le chercheront dans les ténèbres, il sera prêt à descendre vers eux, à se traduire en humanité, pour transformer leur vie périssable en vie éternelle.
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La Création n’est pas finie; _le meilleur est à naître_. Si cela n’était pas, l’intérêt disparaîtrait du grand labeur universel, et le monde croulerait sous le poids de son néant, comme les hommes arrivés, sous leurs succès accumulés.
DIEU SE FAIT HOMME
L’AMI.--Dieu se fait homme dans tout ce qui nous soutient, nous maintient vivants, agissants, éclaire l’âme et affermit la volonté. Il est de notre devoir de ne rien négliger de cette révélation humble et prochaine.
Le long regard de l’âme plongeant dans l’au-delà, ne fonctionne pas toujours ni chez tous. Regardons sous nos pas, _apprenons à y regarder!_
Ce qui se passe là est d’une importance capitale. Les petites choses aussi sont grandes, d’une grandeur infinie. Soyons fidèles dans ce que, dans notre courte vue, nous considérons comme les petites choses! Rien n’est profane. Pénétré du grand et saint respect de ce qui vit, souffre, meurt, nous communions avec le sanctuaire. Comme on peut vivre dans les sanctuaires matériels, avec une âme vide de Dieu, il est possible de se mouvoir dans les objets en apparence dépourvus du caractère sacré, avec une âme pleine de Lui. Si les vastes horizons se ferment, si le voile tombe, si tu es réduit à la pauvreté spirituelle, à la disette intérieure, sois fidèle! Si les yeux se ferment et que tu doives te contenter de marcher à tâtons, sers-toi de ton toucher et de ton oreille, comme l’aveugle: sois fidèle! Emploie ta misère comme tu emploierais ton bonheur; use de ta pauvreté comme tu userais de ta richesse et garde la foi, la bonne confiance: reste d’accord! Croire au Dieu des soleils levants, des clartés astrales, du prodigieux rayonnement des lumières intérieures, ne suffit pas. Il faut croire au Dieu des longues nuits, au Dieu des jours mauvais. Que dans le plus obscur carrefour il te serre la main et te dise: Je suis là!
SACRIFICE LIBÉRATEUR
--Quand cet homme est entré près de moi au soir terrible, j’ai compris qu’il était prêt à partager mon sort. Et le courage m’est venu de le supporter moi-même.
L’AMI.--Toute parole est vaine, adressée à ceux qui souffrent par ceux qui ne souffrent pas. Ils parlent une autre langue, ils s’interpellent par-dessus un abîme, et leur voix tombe au gouffre. La vertu consolatrice est accordée à celui-là seulement qui fait de notre sort le sien, décidé à prendre sur lui notre fardeau. Voilà ce que tu as éprouvé ce soir-là. Tu as expérimenté par toi-même une des vérités profondes de la vie. En une heure d’angoisse t’est apparu le pouvoir du sacrifice libérateur.
Cette expérience, l’humanité la renouvelle depuis des siècles. Ésaïe l’a exprimée en ces termes: «Il a pris sur lui nos langueurs, et par ses blessures nous sommes guéris.» La croix du Calvaire en est devenue le symbole. La vue de ce «crucifié par amour» a donné plus de courage aux cœurs meurtris que les plus beaux conseils de la sagesse.
«CADENTIA SIDERA»
Il y a des castes parmi les dogmes, comme parmi les hommes. Quelques dogmes très titrés, mais plus brillants qu’agissants, ont de tout temps occupé le devant de la scène, au détriment de ceux, modestes et actifs, relégués à l’arrière et dans les coulisses à la façon de Cendrillon. Ces hauts et puissants seigneurs ont exercé des tyrannies odieuses, excommunié et persécuté quiconque ne les saluait pas assez bas. Tandis que, dans l’ombre, les autres consolaient les affligés, réparaient les injustices et ne voulaient régner que par la seule Bonté.
Je suis las de voir parader les grandeurs inutiles. Leurs astres qui descendent à l’horizon n’excitent pas mon regret, et je rêve dans le crépuscule, en attendant le lever des dogmes prolétaires.
LE SOUTIEN DE L’ESPRIT
L’AMI.--N’attends pas de moi que je diminue en rien la valeur des espérances d’outre-tombe! Elles sont parmi les biens les plus précieux de l’humanité. Il fait bon, des noirs sillons sur lesquels nous peinons pour l’avenir, lever le front vers cet accomplissement définitif où toute blessure sera guérie, tout abîme comblé. Malheur à celui qui prétend fermer à l’homme la trouée bleue sur la vie infinie! J’aimerais mieux être une pauvre brute et mourir ce soir, qu’un homme sans espérance éternelle, avec des siècles d’existence terrestre assurée devant moi, des siècles où se creuserait, sans cesse plus irrémédiable au fond de moi, l’insupportable sentiment de mon néant.
Et cependant ce n’est pas dans cette attente ferme des accomplissements dans l’au-delà que consiste le soutien de l’Esprit. Celui-là vaut par lui-même et se suffit. Il y a une certaine manière de concevoir les choses, qui leur confère l’équilibre à tous les degrés de l’être, et qui nous fait participer à la plénitude divine.
Si l’apôtre Paul a pu dire: «Je voudrais être anathème pour mon peuple», il était sous l’empire d’une vertu spirituelle qui plane au-dessus même du bonheur éternel, considéré comme un bien lointain et attendu de l’avenir. Pour parler ainsi, il faut le posséder en soi.
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La paix de l’âme, c’est la clef du monde. Toutes choses, par elle, sont coordonnées et mises à leur place. Le douloureux problème de la vie s’y résout en harmonie.
«CREDO»
Je te fais crédit, non pas jusqu’au troisième jour, jusqu’à l’aurore de Pâques, mais jusqu’à la consommation des siècles.
Ton jour viendra, cela me suffit.
C’est mon calme dans l’inquiétude, ma lumière dans la nuit, ma consolation dans les misères et les défaites.
J’ai été conduit à toi par la fleur des champs, par l’étoile des cieux, par la voix des Prophètes et de l’Évangile, par la clarté qui est dans l’ombre des humbles, comme au front des Héros et des Justes.
Mais tu n’as plus besoin de témoins désormais, ni de preuves nouvelles. C’est en toi seul que je crois et que je veux m’assurer pour la Vie, la Mort, l’Éternité.
TABLE DES MATIÈRES
Pages Préface de la 7e édition V Dédicace XI Préface des 6 premières éditions XIII
SOUVENIR
Je pense à toi 3 Mon fils! (1884) 5 Par-dessus la muraille 9 Mon fils! (1899) 11 Portrait 16
II. HALTES ET SOLITUDES
Assieds-toi dans le silence 23 Au désert 25 Horizons fermés 26 Disette 28 Se contenter 31 «Sta viator!» 33 L’essentiel 35 «Memento!» 36 Le trouble est en nous 38 A l’altitude 40 Aime tes amis! 45 Aux oiseaux 46 En forêt 47 L’éternel dans l’éphémère 50
III. HEURES DOULOUREUSES
Roi de misère 59 Ingratitude 61 Souvenirs amers 66 Oublie et pardonne! 67 Ne parle pas! 68 Vase et potier 69 Dis-moi ta peine! 71 Regret 72 Vilaines gens 73 Schisme 76 Détresse 78 Temps brisé 84 Le péché 88 Le Dieu des pauvres pécheurs 91 Repentir 92 Et Jésus regarda Pierre 94 Sous ton aile! 96
IV. DEVANT LA MORT
Les deux sommeils 99 Oh! la mort! 101 Sourire 107 Que leur dirai-je? 109 Dieu m’a pris mon enfant! 112 Places vides 120 Souffrance inerte 121 Il est bon pour vous 124 L’enfant et la mort 125 Dernière heure 127 Impressions de Pâques 129 Je vous donne ma paix! 140
V. PRÈS DES JEUNES
Jeunes et vieux 143 Vieillir 149 Pères inquiets 151 Les mamans 154 Un prophète nouveau 157
VI. CEINS TES REINS!
La rouille 161 Bonne humeur 163 Chaînes 164 Heures molles 165 Sois prêt! 166 Le beau risque 107 La peur 168 Contrariétés 176 Servitudes 178 Mécontent 181 Résignation 187 Volonté de Dieu 193 Prière 201 Maîtrise de soi 202 Ne t’écoute pas! 208 Confession mécanique 209 Critérium 211 Surprises 212 Simplicité 219 Ne dis pas!... 224 Patience! 225 Souhait 229
VII. LES PIONNIERS
Va, dis-leur!... 233 De quel droit 235 Avant le combat 237 Ose être! 239 Discussions 243 Faux Dieu 246 Aime les vaincus! 248 Quitte ta famille et ta patrie 251 Dans les pâturages 254 Respect de l’âme 256 La Bible et la critique 258 Prends garde! 260 Athéisme 262 Socialisme 269 Aime l’idéal! 277 Haute Église 270 Humanité triomphante. Humanité militante 286 «Nunc dimittis» 287
VIII. PAR LA FOI
Prière 293 La foi qui chancelle 294 Pour transporter les montagnes 295 «Sola fide» 297 La vie par la foi 298 Confiance 300 Crédulité--Incrédulité 304 Confusions 306 Croire et savoir 309 L’épée de Damoclès 313 Miracles 315 Noblesse et roture 317 La question 318 Si tu penses à Dieu 321 Recherche de Dieu 322 Pessimisme 324 Où est la vérité? 325 Clartés convergentes 328 L’univers expliqué? 329 Humble et ferme 333 Conseil 337 Contradictions 342 L’Évangile inconnu 344 Je suis le chemin, la vérité, la vie 347 Une chose est nécessaire 349 Bonne nouvelle 351 Si vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi 353 Dieu en Christ 356 Le Fils de l’Homme 358 Dieu se fait homme 360 Sacrifice libérateur 362 «Cadentia sidera» 364 Le soutien de l’Esprit 365 «Credo» 367
4330.--Tours, Imprimerie E. Arrault et Cie.