CHAPITRE II
AU SOUF
12 juin.
Je n’ai quitté Tougourt qu’après midi, et je suis parti à cheval avec un spahi bleu qui ne savait pas le chemin. Après avoir traversé la Chemorra, nous sommes entrés immédiatement dans les sables, alternant de dunes à de simples ondulations. D’abord ces sables, comme tous ceux qui avoisinent les lieux habités, n’ont aucune végétation. Plus loin nous vîmes des oueds bien garnis de végétation et nous arrivâmes au puits Mouïa Rebah qui ne contenait alors que très peu d’eau et qui avait déjà une mauvaise odeur. De là nous allâmes à Hassi Embārek au commencement de hautes dunes, que nous traversâmes sans cesse pour arriver à Taibāt et Guebliā. Nous trouvâmes à ce dernier puits de petits camps d’Oulad Seih.
J’arrivai à la nuit tombante à Taibāt qui est une petite bourgade au milieu des dunes. Elle est bâtie à la mode du Souf. Les maisons ont de petits murs en chaux et pierre à plâtre et les chambres sont surmontées de petits dômes. On voit ici le tombeau d’un cheikh et une mosquée. Les habitants sont des Oulad Seih ; les palmiers sont plantés comme au Souf.
13 juin.
Nous sommes partis avec le bagage et avons traversé pendant longtemps une zone de dunes très difficiles, surtout pour des chameaux du Tell comme sont les miens. D’abord nous avions rencontré des jardins qui portent le nom de Khobna. Notre marche est très lente, et nous nous arrêtons pour passer la _gaïla_ au puits de Dhemerini dont l’eau est assez bonne. De là nous ne partons que tard, à cause du sirocco qui m’a indisposé et nous allons coucher au Kétif, la plus haute dune de sable de cette région.
14 juin.
Nous sommes partis de bon matin, tous ensemble ; mais Ahmed et moi nous prenons le devant sur nos chevaux, ayant un guide à pied. Après une bonne marche, nous arrivons au puits des Haouād Tounsi ; puis nous ne quittons plus les dunes jusqu’à El-Ouad. J’ai déjà passé à Haouād Tounsi en allant à Ouarglā. Je trouvai le kaïd qui me reçut très bien.
J’apprends qu’un « rhezi » de Toroud avec quelques Touaregs de Cheikh Othman sont partis pour aller razzier des tribus arabes de la Tripolitaine ou de la Tunisie. (Ceci est intéressant. Voir au Djébel le résultat.) Le Cheikh Othman était ici il y a peu de temps ; il se disposait à aller à Ghadāmès pour s’entretenir avec Ikhenoukhen qui est campé près de là, au sujet d’un différend qui s’est élevé entre leurs tribus. J’espère donc, une fois de plus, pouvoir aller avec lui.
Je cause longtemps avec un Ghadamsi qui s’en retourne chez lui. Il est parti de Ghadamès au milieu du ramadan ; on lui a dit qu’il devait venir un Français et un Anglais. Le Français, c’est moi sans doute.
15 juin.
Ahmed est tombé malade de fièvres la nuit dernière. Je passe une partie de la journée à le médicamenter ; il est d’une faiblesse extraordinaire contre la maladie, lui qui ne craint rien d’ordinaire. Il dit à qui veut l’entendre qu’il est perdu. Cependant, le soir, il peut déjà se promener. Sa femme lui en a tant dit, qu’il vient me déclarer qu’il ne peut pas voyager cet été ; mais le soir le kaïd lui parle devant les _mechaikh_, et le décide à revenir sur cette idée.
Je fais causer un homme des Ghorībi, tribu arabe du Nefzāoua, qui ont quelques palmiers à El-Ouad, et qui ne vont pas l’été avec les Oulad Yagoub dont ils sont plutôt les ennemis.
Les Arabes du Nefzāoua sont les Oulad Yagoub, les Ghorīb, les Merāzīg et les Solaā. — Les Ghorīb qui possèdent la ville de Sabrīa se divisent en
{ { Bidhan. { { { { Chebib. { { { Sabria. { Fodhély. { { { { Rehamla. { { { { Keraima. { Ghorīb { El-Ghenaim. { { Djerarda. { { Touamer. { { O. ’Ali. { { O. Nouiser. { { El-Gherisiyin.
Sabria est à un long jour de Kebilli et à cinq jours d’El-Ouad ; ses puits sont comme ceux du Souf, de même que ses غدران établis dans les sables. Voici la liste des puits du Sahara des Ghorīb : le pays où ils sont creusés est par 120° de Nefzāoua.
Bir Djedid à 3 jours de Kebilli ; à 5 jours d’El-Ouad.
El-’Ogla 4 — — 5 — — } } près El-Oudey (el Merhotta) à 2 jours de Kebilli ; à 5 jours } les uns d’El-Ouad. } des } autres. El-Hiadh — 2½ — — 4 — — }
Moui Sefar — 4 — — 3 — —
El-Gounna — 2 — — 5 — —
Moui Dhô — 2½ — — 4½ — — } } près El-Beskri — 2 — — 5 — — } les uns } des El-Mahrouga — 2 — — 5 — — } autres.
Le puits le plus à la _guibla_[175] est celui de El-Oudey el-Merhotta.
Je donne la permission à Ahmed de vendre son cheval et sa selle.
16 juin.
J’avais résolu d’aller voir ’Amich qui commence près d’El-Ouad et se prolonge vers la _guibla_ d’une longueur dépassant un peu la distance de Kouïnin ; mais j’ai abandonné mon projet ; je crains que la promenade ne vaille pas la fatigue qu’elle doit coûter par la chaleur que nous avons. J’ai employé mon dernier jour ici à prendre des renseignements commerciaux.
_Notes sur le commerce d’El-Ouad._
Le commerce d’El-Ouad suit quatre directions principales et il est curieux de noter qu’aucune d’elles ne se dirige vers nos possessions. Biskra, et peut-être Tebessa, Tougourt aussi ont, il est vrai, des relations avec le Souf (El-Ouad), mais le commerce qui en est la base est bien languissant, et est en grande partie réservé aux villes de Souf, Gomar, Kouïnin et Ezgoum.
Les quatre canaux principaux du commerce d’El-Ouad sont : 1o Tunis ; 2o le Djérid ; 3o Gabès ; 4o Ghadāmès. — C’est par cette dernière ville qu’ont lieu des transactions avec Rhat et le Soudan. — A ces quatre emporiums on pourrait ajouter Ouarglā.
Voici les prix courants à El-Ouad des marchandises venant de Tunis, et qui, pour peu qu’ils entrent dans le rayon des produits de fabrique, sont tous anglais ou maltais :
_Prix courant :_
Cotonnades de Malte, pièces de 22m,5 à 23m,5 de longueur ; marque, une ancre et un dauphin enchevêtrés et au-dessous « Patent » 9 fr.
Amberguiz ou madapolam, pièces de 37m,5 17
Cotonnades bleues de Malte, pièces de 35m de long sur 1m de large 16 50
Calottes rouges[176] tunisiennes, 1 paquet de 6, 1re qualité 30 »
Soie non travaillée, blanche ou teinte, 1re qualité, 1/2 kil. 20 »
— — qualité inférieure, 1/2 kil. 10 »
Fusils de Tunis à pierre, l’un 30 »
Foulards de coton teints (anglais ?), la douzaine 6 »
Foulards de soie noirs ou rouges, la douzaine 25 »
Mousseline grossière,[177] la pièce de 22m,5 7 50
Essence de roses, 1re qualité, 1 mithcal[178] ou 6 fioles 5 »
— 2e qualité, une oukiya[179] 2 50
Civette,[180] l’oukiya 12 »
Musc, l’oukiya 65 »
Papier blanc écolier, les 500 feuilles 5 »
Cassonade (belle qualité), le 1/2 kil. »
Corail, gros grains (beau corail), l’oukiya 10 »
Alun blanc, les 50 kil. 33 »
El-Mabroūka, racine, remède contre la syphilis, le 1/2 kil.[181] 3 »
Boîtes à parfums en bois. 5 boîtes les unes dans les autres 1 »
Quant au commerce avec le Djérid, il repose presque exclusivement sur les tissus fins de laine et de soie de ce pays. A El-Ouad, voilà les prix moyens des différents vêtements djéridis :
Burnous non cousus, de 20 fr. à 22 fr. 50 et 25 francs.
Haïks de laine, de 22 fr. 50 à 25 et 30 francs.
Haïks de laine et soie, de 65 fr. à 70 et 75 francs.
C’est-à-dire que, pour les haïks djéridis, on peut en avoir depuis 22 fr. 50 jusqu’à 75 fr. Ces mêmes burnous qui sont vendu 20 fr. à El-Ouad ont été achetés pour 17 fr. 50 au Djérid. Ceux de 25 fr. ont coûté 22 fr. 50. Les haïks sont vendus à El-Ouad pour 10 francs de plus qu’ils ont coûté au Djérid. Le prix du louage d’un chameau d’El-Ouad à Tozer est de 12 francs en moyenne. En hiver de 10 francs ; en été il va jusqu’à 15 francs.
De Gabès on n’apporte guère que deux produits, mais ils sont de nature à fixer l’attention, car tous les deux sont employés dans l’industrie européenne.
Le henné, que l’on me dit meilleur que celui du Zāb, se vend ici » 50
La garance, les 50 kil. » 40
Ghadāmès envoie à El-Ouad des produits d’une nature toute spéciale.
Pièces de cotonnade bleue fabriquée au Soudan[182], longueur 4 mètres ; se vend au détail dans des boutiques à 4 fr. le mètre ; en gros on les vend à leur arrivée de Ghadāmès à 10 »
Troūnia,[183] les 50 kil. 50 »
Peaux de chèvres ou de moutons tannées et rouges, chaque 3 »
Civette, meilleure que celle de Tunis, 1 oukiya 30 »
Alun, les 50 kil. 33 30
Or : 1o en poudre,[184] en moyenne le mithcal 11 »
— 2o en objets travaillés[185], le mithcal 9 fr. 50 à 10 »
Ce sont les prix de Ghadāmès ; exceptionnellement il se trouve, comme à présent, que les marchands de Ghadāmès, par suite de l’encombrement du marché, n’ont aucun profit, perdent même à El-Ouad.
Prix du transport d’une charge de chameau :
FRANCS
{ 80 en été. D’El-Ouad à Tunis { { 40 en hiver.
{ 15 à 17.50 en été. — au Djérid { { 10 à 12 en hiver.
— à Gabès 10 en hiver.
— au Nefzāoua 15 —
— à Biskra 15 —
{ 40 en été. — à Ghadāmès { { 25 ou 30 fr. seulement en hiver.
— à Ouārgla 20 en hiver.
— au Mezâb 25 —
— à Tebessa 22 50 —
De Ghadāmès à Tripoli 24 —
— à Rhat 64 en été.
1 kantar ⅓ (mesure d’El-Ouad) de henné coûte à Gabès 53 fr.
1 kantar ⅓ (mesure d’El-Ouad) de garance vaut à Gabès 33 50
D’El-Oued à Tunis 13 jours de caravane.
— à Nafta 4 — —
— à Gabès 9 — —
— au Nefzāoua 6 — —
— à Biskra 5 — —
— à Ghadāmès 14 — —
— à Ouārgla 9 — —
— à Tebessa 7 — — par Négrīn.
{ d’El-Ouad à Temassin 3 j. { { Temassīn à Belidet Amar 1 j. — à Guerara 9 — — { { Belidet à Hadjira 2 jours. { { Hadjira à Guerara 3 jours.
17 juin.
J’ai le plaisir de voir Ahmed se remettre tout à fait aujourd’hui. Je lui laisse beaucoup de commissions ; il me rejoindra à Tougourt. Dans l’après-midi je pars. J’ai trois domestiques à part Ahmed. Nous voyageons d’El-Ouad à Ezgoum à travers des dunes où l’on ne trouverait pas un seul brin de végétation. Il fait beaucoup de vent ; le paysage est très uniforme, mais n’en est pas moins remarquable.
J’arrive à Ezgoum où je retrouve quelques-uns de mes anciens compagnons de voyage du Djérid, qui ont maintenant honte de leur manque de courage pendant la route. Ezgoum est très bien bâti, c’est sous ce rapport la première ville du Souf. Les maisons sont assez élevées quoique sans étage supérieur ; les rues sont bien alignées. Les maisons sont surmontées de nombreuses petites coupoles[186] au sommet desquelles, comme aussi sur les murs qui les relient, on a distribué des pommeaux en maçonnerie d’un très joli effet. La ville m’a paru très propre. Les habitants sont plus civilisés que le reste des Souafa ; ils ont pompé la civilisation à Tunis et aussi ont tâché d’en introduire chez eux ce qu’ils pouvaient. Leur cuisine d’apparat par exemple est tunisienne. Ils ont aussi pris de Tunis une grande sévérité extérieure de mœurs, du moins à ce qu’on me dit.
[Illustration]
La ville d’Ezgoum[187] compte maintenant 14 générations. La ville la plus ancienne de Souf est Taghzoūt ; la plus moderne, El-Ouad excepté, est Gomār. Lorsqu’on a fondé Ezgoūm, il n’y avait aux environs que fort peu de sables, et pas de dunes comme à présent ; ainsi, encore en 1813, lorsque l’on bâtit le minaret de la mosquée (il a 9 mètres de hauteur), on pouvait voir de son sommet les feux d’El-Ouad qui à cette époque ne comptait guère que des huttes de palmes (_zeraīb_), et l’on apercevait aussi du bois enflammé quand on en transportait pour allumer un feu de Gomār à Taghzoūt. Inutile de dire qu’aujourd’hui ce serait impossible.
Autrefois, dans l’Ouad Jardaniya qui est un peu au nord de Sidi’Aoūn, il y avait des labours arrosés par des sources. On voit encore aujourd’hui, me dit-on, les traces des _saguias_. On trouve aux environs des terrains de _sebkha_ comme dans l’Oued-Righ.
L’historien du Souf Cheikh el’Adouâni était d’Ezgoum ; c’était, m’assure-t-on, un saint homme. Il faisait sa prière du matin avec la _djema’a_ et celle du _dhahor_ à Bagdad en Syrie.
La population des villes soufīa (excepté El-Ouad) se compose aujourd’hui exclusivement de Toroūd et d’Adouān. Ezgoum est dans ce cas. Dans les villes du Souf les Adouāns dominent. A El-Ouad et ʿAmich il n’y a que des Toroūd. Les premiers habitants du Souf à ’Amīch et Hassikhalifa furent des Zenāta[188] païens (ou chrétiens ?), ensuite vinrent les ’Adouān et puis les Toroud. Ezgoum possède une jolie _goubba_ élancée, dédiée à Sidi Abd-el-Kader.
Les vents du nord-est dominent en été dans le Souf ; ces vents, unis aux siroccos du sud-est, sont la cause du progrès des dunes vers l’ouest. Leur force et peut-être leur fréquence doivent surpasser celles des vents du nord-ouest de l’hiver.
Je suis piqué, le soir, deux fois au bras par un gros scorpion qui s’était introduit entre mon bras et ma chemise. Il sort par le cou de la gandoura. Je fais de petites fissures sur les piqûres et j’y applique de l’alcool camphré. Mon bras cependant reste engourdi un instant.
18 juin.
J’arrive de bonne heure à Gomār, après avoir traversé une zone de sables dénudée, absolument semblable à celle qui sépare El-Ouad d’Ezgoum. Je trouve que le qadhi a tenu sa promesse et m’apporte une copie de Cheikh el’Adouāni ; cependant je dois noter ici que le qadhi et même Si Mohammed el’Aïd déclarent que ce livre contient avec du vrai beaucoup de fantaisie. Il faudra débrouiller cela.
Le kaïd arrive d’El-Ouad dans la matinée, nous allons ensemble chez le marabout Si Mohammed el’Aïd que nous trouvons dans une maison assez belle, mais couché sur un lit déchiré et vêtu d’un haïk à peine propre. Cette fois, le marabout se montre très poli et daigne causer avec nous de mille et un sujets. Il a reçu les lettres du général et toutes celles que je lui ai apportées. Il me promet tout son concours ; en somme, je suis content de cette entrevue. Nous déjeunons là ; on nous apporte, en fait de friandises, du concombre frais et une pastèque verte, mais mangeable.
Le 19 juin.
Je fais une visite à Si Mohammed el’Aïd qui me donne son _ouerd_ et qui me remet différentes lettres pour les Touareg Cheikh Othman et Cheikh Ikhenoukhen. Le marabout cause d’une manière très aimable comme hier. Il veut me faire son mokaddem à Paris.
J’ai oublié de noter que pour le commerce d’El-Ouad la monnaie de compte est le réal _bou cherchour_, équivalant à 1 fr. 35. Il vaut à Tunis deux réals tounsi dits _nehas_. On le divise en quarts « _rouba’_ » ou en huitièmes « _themen_ ». Un réal a 94 _nasri_.
Je visite les puits de Gomar, et j’en choisis 4.
Bir Talat Chriaa’ Prof. 6m,75 Temp. 21°,05
Bir Sidi Abder Rahman, 6m,66 21°,70
Bir Djama’ el gharbi, 6m,50 21°,35
Bir Djama’ el Akhouān. 6m,84 21°,20
On m’apporte le soir un dîner fort peu convenable ; je le fais envoyer au kaïd en le priant de m’y trouver un morceau de viande. Le kaïd frappe d’une amende de 200 francs le cheikh qui a apporté le dîner, et il m’envoie le sien avec d’excellente viande grasse.
Le 20 juin.
Je suis parti aujourd’hui de Gomar. En passant devant les jardins, je remarquai deux arbres fruitiers : figuier et grenadier. On était en train d’arroser les plates-bandes. Nous voyageâmes d’abord à travers une région de sables, qui, comme toutes celles qui avoisinent les villes du Souf, est tout à fait dénudée. Puis nous revîmes la végétation, qui dans cette région consiste principalement en drin et alenda. Nous avons le sirocco toute la journée, mais nonobstant nous marchons bien ; et nous campons un peu en deçà de Mouïa el Ferdjān.
21 juin.
Nous nous mettons en route de très bonne heure et nous arrivons très vite à Mouïa el Ferdjān. A la _gaïla_ j’ai le spectacle d’un ouragan très curieux quoique peu agréable. Toute la journée il a fait un sirocco violent. A 1h,20 du soir, le ciel s’est couvert ; coups de vents terribles qui renversent deux fois ma tente ; ces vents viennent du S.-S.-E. — 5mm de pluie d’orage ; deux coups de tonnerre lointains. A 1h,35, coups de tonnerre très haut au-dessus de nous ; pas tout à fait au zénith (N.-O.), puis au N.-E., puis de l’horizon. A 2h,10, coups de vent épouvantables. Le vent chasse le sable de manière à me faire mal aux jambes. A 2h,35, coups de tonnerre au zénith au N. et au N.-O., ciel couvert, vent de N.-O. faible. Éclairs au N.
En partant de l’endroit où nous avons fait la sieste (d’une singulière façon) nous atteignons vite une sorte de forêt ou de bois taillis appelé _zouitaya_ du _zeïta_, _Statice monopetala_[189], qui y est pour ainsi dire la seule plante dominante. Cela me rappelle les environs de Chegga du sud. Cette _zouïtaya_ finit à l’Erg Meggarīn, où nous voyons, entre les dunes, des dépressions de sables humides, ce qui fait dire à mes Souāfa que c’est un « Erg toloūa » ; on pourrait y planter, comme au Souf, des palmiers s’arrosant eux-mêmes par absorption.
Nous arrivons à Meggarīn Djedid, où je laisse mon monde et je continue jusqu’à Tougourt avec le spahi bleu. A Tougourt au coucher du soleil, ciel embrasé d’un rouge sombre ; air lourd, le soir pluie. Je trouve ici Auer malade et le caporal Dhem ayant manqué d’être emporté par les fièvres deux jours avant. Cependant tous vont un peu mieux. Abd Allah l’Allemand va aussi mieux.
Tougourt, du 22 juin au 1er juillet.
Je fais un peu de photographie.
J’essaye de faire un baromètre en passant par la délicate expérience de Torricelli. Je casse 4 tubes de verre en faisant bouillir le mercure, mais le 5e tube réussit et j’ai restauré ainsi mon no 903 de Tonnelot.
L’oasis de Tougourt est très vaste, elle possède environ 180.000 palmiers, d’après une bonne évaluation faite par M. Auer. Ce chiffre représente les palmiers en rapport. Il y avait, il y a deux ans, 325 puits artésiens d’un débit plus ou moins fort dans toute l’oasis en comptant les palmiers appartenant aux villes de Tebesbest, Nezla, Sidi- Bou-Djenan, Beni-Souid, Zaouya Sidi el Abid, etc. Le nombre des puits tel que l’a donné M. Auer, il y a deux ans, n’a pas dû changer depuis, en comptant les puits qui ont tari et ceux qui ont été forés depuis, tant par les indigènes que par les sondages français.
A 5 kilomètres de Tougourt au sud-sud-est se trouve un lac d’eau salée Merd-jādja qui a 1/2 kilomètre de long sur 200 mètres de large et une profondeur maximum de 45 mètres (Auer).
Tout près de Nezla se trouve le tout petit village de Sidi-Mohammed ben Yahiya qui est le tombeau du marabout qui régna sur Tougourt avant les Beni-Djellāb.
A l’extrémité sud de l’oasis se trouvent des prolongements de jardins qui ont actuellement dépassé les premières hauteurs de Bou Yerrō et qui, plantés de palmiers encore en broussaille et arrosés par des puits artésiens, donnent un bon témoignage de l’influence française sur l’oasis, car ils ont été commencés depuis la conquête. C’est le cheikh Bou Chemăl qui en a eu l’initiative et la plupart des jardins lui appartiennent.
Les hauteurs de Bou Yerrō commencent à 4 kilomètres sur la route de Merdjadja (en partant de Tougourt) ; elles sont de peu d’importance, mais doivent exister sur les cartes.
On trouve dans l’oasis palmiers, abricotiers, figuiers, grenadiers, poiriers (peu), pommiers (peu), vignes (peu), cotonniers (d’ancienne et de nouvelle date). Ce dernier arbre devient très fort ; il n’est pas utilisé. Légumes, choux, ail, oignons, tomates, _gara_, _kabouya_, sorte de concombre, melons, pastèques, poivre rouge, _bou deraga_ (pourpier), navets, carottes, radis blanc (_fedjel_), haricots du Souf (peu), fèves, poireau, — luzerne en quantité, orge (pas de blé), réglisse (en quantité, sauvage). Le henné ne vient pas, du moins les essais faits par les indigènes avec des graines envoyées de Biskra n’ont pas réussi. La garance se trouve un peu à Meggarin, à Ghamra, à Tamerna et à Sidi Khelil.
La ville de Tougourt est construite en _tôb_[190]. Les maisons n’ont qu’un étage. La ville est entourée de fossés remplis d’une eau stagnante[191] et salée qui nourrit des poissons et quelques serpents d’eau. Elle a aujourd’hui une seule porte, Bab-el-Khrūkha[192] qui s’ouvre au nord-est et qui est gardée par un détachement de tirailleurs indigènes. La Kasba est au sud-ouest du côté opposé. Elle comprend des bâtiments assez considérables quoique peu élevés qui ont été construits par les Beni Djellăb, et ensuite diversement modifiés par les Français jusqu’à la construction de la caserne l’année dernière ; ce dernier bâtiment forme un carré oblong à un étage ; les pièces sont hautes et bien aérées. Les démolitions de la Kasba pour la construction de la caserne ont détruit la seconde petite porte appelée Bab-el-Ghadăr ou de la trahison, qui était particulière à la Kasba et que j’ai vue encore debout. A la prise de Tougourt la ville avait quatre portes en comptant celle de la Kasba que je viens de nommer, mais les Français en ont fait fermer deux. Les rues de Tougourt sont étroites, mais assez propres, dans le quartier des Medjehariya il y a deux rues couvertes. Les principaux monuments de la ville sont, à part la Kasba, la grande mosquée, rétablie par les Français et l’ancienne mosquée avec son minaret de construction djéridienne en petites tuiles qui porte encore des traces de boulets de Salah Bey[193]. Les maisons de Tougourt sont de la couleur du sol ; elles possèdent toute une cour intérieure autour de laquelle sont rangés des magasins et les chambres. Le marché de la viande se tient sur une petite place qui est à la porte de la mosquée, mais le marché du vendredi où se font presque toutes les transactions se tient devant la Kasba sur une place bordée de boutiques et de magasins grossiers garantis du soleil par une sorte de voûte soutenue par des piliers carrés.
Le kaïd, qui a son logement dans la Kasba, a 35 spahis bleus commandés par un officier indigène. M. Auer[194] 100 tirailleurs indigènes.
La population de Tougourt se compose de Rouăgha, de Mestāoua (Rouāgha mêlés de sang arabe ou Arabes mêlés de sang righi) et de Medjehariya ou juifs convertis à l’Islam. La population est divisée en trois quartiers : les Rouāgha habitent le quartier Tellis situé à l’est ; les Medjehariya habitent le quartier auquel ils ont donné leur nom à l’ouest et les Mestāoua habitent au nord. La Kasba occupe le sud. Les habillements des trois castes sont les mêmes, seulement les Medjehariya se distinguent par leur propreté, les Mestāoua sont plus propres que les Rouāgha et d’une couleur plus blanche. Les Medjehariya ont conservé entièrement le type israélite, surtout les femmes, parmi lesquelles il y en a de fort jolies. Ils ne se marient qu’entre eux et sont fort sévères de mœurs et de principes religieux ; ils n’aiment pas qu’on leur rappelle leur origine. Cependant eux, comme le reste de la population, boivent des spiritueux, seulement ils le font en cachette.
J’ai déjà décrit les fêtes du mariage des Rouāgha. Ils s’unissent aussi facilement qu’ils se divorcent et cette facilité des unions n’exclut pas cependant une moralité peu stricte à notre point de vue européen. J’ai déjà dit que les femmes des premières maisons de l’Oued-Righ ne faisaient pas de difficultés à devenir les maîtresses des derniers Djellāb, et je connais encore aujourd’hui deux cheikhs qui ont encore dans leur harem des femmes qui pourraient raconter bien des petites choses qui se sont passées dans l’absence de leurs maris alors exilés. Je me suis laissé dire que, quand on rencontrait dans l’oasis une Righia bien seule, elle refusait rarement d’accorder son corps. Ceci s’applique cependant plus à Ouarglā qu’à Tougourt ou Temassīn, car dans ces deux villes, surtout dans la dernière, tous les travaux d’extérieur reviennent au mari, et la femme reste plutôt dans la maison. A Ouarglā, au contraire, on m’a raconté qu’il se passait bien de petites aventures aux sources où les femmes viennent puiser l’eau. Il doit en être de même à Merhayyer.
La plupart des prostituées de Tougourt sont des Righia, des Soufia et des Naylia, en comprenant sous cette dernière dénomination les Harazlia et enfin toutes les Arabes de l’ouest. Je ne puis m’empêcher de noter ici quelques détails sur les Naylia ; ils paraîtront curieux pour déterminer les mœurs des Arabes du désert algérien. Mais qu’on ne croie pas que nous soyons pour quelque chose dans cela, au contraire, depuis notre domination nous avons cherché à limiter de diverses manières cette vaste prostitution. Les femmes de l’Oued-Righ et du Souf qui exercent le métier à Tougourt sont généralement des veuves ; il y a des cas où elles trouvent ensuite à se remarier. Les Naylia sont en grande partie aussi de jeunes veuves, mais on voit aussi parmi elles des mères ou des pères amener leurs filles encore vierges et vendre cette virginité qui est toujours longtemps marchandée. Les Naylia viennent à l’époque de la maturité des dattes et un petit nombre d’entre elles seulement restent jusqu’au printemps suivant. Leur but est d’acheter des dattes pour leur année. Autrefois on ne connaissait pas d’autre manière de payer leurs faveurs que par une certaine quantité de dattes ; deux fois les deux mains pleines par exemple était un très bon prix.
Une autre particularité commune à Tougourt et à Temassīn sont les _halladj_[195], sorte d’hommes efféminés qui, je crois, avaient un nom chez les Grecs. On en voit même avec des cheveux blancs danser mollement avec les femmes dans les danses publiques à Témassīn.
Parmi les coutumes bizarres des Rouāgha, coutume que l’on reproche aussi aux Beni-Mezāb[196], et que des écrivains du moyen âge imputent aux habitants de Sedjelmāsa, est la prédilection qu’ils ont pour la viande de chien. Ils prétendent s’excuser de cette licence contre leur loi religieuse en disant que c’est un préventif contre les fièvres. C’est surtout pendant l’hiver que les Rouāgha achètent des chiens qui leur sont alors vendus en plein marché par les Arabes du dehors. On les engraisse, on les fait rôtir, et ils sont mangés en grande fête avec force lagmi[197].
Les Rouāgha sont très superstitieux ; mon ami M. Auer m’a souvent raconté l’effet singulier produit par une éclipse de lune sur les habitants de Tougourt. Les tolbas sortirent en corps et battant à tour de bras sur des plats de bois et des marmites, ils rappelaient la lune en invoquant leur prophète : « Ya chefā Si Mohammed ! »[198] Ils croient, comme beaucoup d’autres populations algériennes, à la toute- puissance des _djenoun_[199]. Les femmes surtout les redoutent, et attribuent à ces esprits toutes leurs indispositions. Ordinairement on combat leur influence par des amulettes ou bien on tâche de les apaiser par des offrandes de couscous, de tchertchoukha, plats que l’on dépose à l’endroit où l’on suppose que les djenoun se tiennent, et qui est souvent dans les lieux d’aisance.
Tougourt peut compter 300 maisons, et a, dans la saison d’été, une population d’environ 1.500 âmes ; en hiver, où des familles du Souf et des Arabes viennent habiter la ville pendant six mois, la population peut monter au double 3.000 âmes. Nezla, Tebesbest, Zaouiya ont chacune plus d’habitants que Tougourt même.
Dans les mariages, le dernier jour, on amène la mariée chez son futur ; si c’est une vierge, elle est portée sur un lit en _djérid_ (comme la plupart des Rouāgha en usent) par quatre hommes ; si c’est une veuve, elle est portée simplement dans les bras d’un homme.
1er juillet.
Je vais à Temassīn avec un spahi, le marabout Si Mammar m’y avait fait appeler pour m’y trouver en présence du Cheikh Othmān ; je trouve un chef targui bien mis sans recherche, mais proprement, accompagné de deux ou trois jeunes hommes de sa tribu terriblement marqués de la petite vérole. Tous ont un visage ouvert, je dirais presque prévenant.
Nous avons une longue conférence. Cheikh Othman lit les dernières lettres que j’ai pour lui ; mais tout en m’offrant ses services, il cherche vivement à me détourner de rien entreprendre cette année, où tout le Sahara est sens dessus dessous : les Hoggar en querelle avec les Azgar d’un côté et les Aouelimiden de l’autre ; la grande razzia d’Aïr par les Arabes de la Tripolitaine, etc., enfin les habitants d’Insalah en guerre avec le sud du Touat. Cependant, après de longues et éloquentes délibérations, Si Mammar décide, force même un peu Cheikh Othman à m’accompagner à Ghadāmès ; de là il ira consulter Ikhenoukhen sur ce qu’il y a à faire, et savoir si ce chef tout-puissant m’accorde sa protection, et viendra me rendre réponse, d’où nous conclurons nos plans postérieurs. Je dis adieu au Cheikh Othman ; je conviens avec Si Mammar d’envoyer 50 fr. au Cheikh Othman pour qu’il fasse ses provisions de route et il doit me rejoindre à El-Ouad vers le 20 de ce mois. — Il a son camp tout maltraité par la petite vérole, personne n’est sur pied ; les troupeaux sont en mauvais état ; la _nezla_[200] est à Bey Salah (puits).
J’ai bu à Temassīn de l’eau des rhedirs de l’oued Retem[201]. Il a plu dans le Sahara, et les oueds voisins se sont remplis.
2 à 12 juillet.
Je commence à sentir quelques caresses sourdes de fièvres ; je suis obligé de me tenir, comme avant, renfermé dans la Kasba.
Travaux de linguistique. Je recueille un vocabulaire complet du dialecte righi de Temassīn.
Le 7 juillet, malade au lit.
Le 11, mangé les premières figues _Kartous_.
Renseignements historiques recueillis par moi auprès de Ben Chemāl[202]. Les premiers sultans de Tougourt furent la dynastie des Oulad Beiffo, dont les descendants excessivement pauvres habitent encore un des villages de l’oasis, Tebesbest, je crois. Ils gouvernèrent Tougourt et Kedima, dont l’emplacement était dans la _Ghaba_[203] près de Sidi Mohammed ben Yahiya. C’étaient des Rouāgha. Tougourt el Kedīma fut peu à peu abandonnée, dit-on, à cause des scorpions, et la nouvelle ville fut bâtie par Sidi Zekri, marabout righi de Tougourt et Kedima. Une Djemaʿa gouverna Tougourt dans l’origine, et Sidi Zekri n’en fut que le bon conseiller ; Tala était alors plus puissante que Tougourt ; elle avait des cheikhs ; dont le plus célèbre est connu sous le nom de Cheikh el Tālāoui. Sidi Mohammed Ben Yahiya succéda à Sidi Zekri et gouverna de même par ses conseils. Il résida 40 ans dans la Kasba. Lorsque ce marabout avait 15 ans, Sidi Khelil, Sidi Ali Ben Soultān et Sidi Embarek es Saim venaient faire leur pèlerinage à Sidi Bou Haniya près de Goūg.
Avant la mort de Sidi Mohammed, deux frères du nom de Beni Djellāb passaient souvent à Tougourt. Leur pays originaire était Telemsen (ils descendaient des Mérinides) et ils avaient alors leurs biens dans le Djebel Sahāri. A Tougourt ils prêtèrent des sommes considérables à tous ceux qui leur en demandaient, si bien qu’au bout de bien des années, ils vinrent un jour à Tougourt et voulurent faire leurs comptes, ne voulant plus y revenir. On trouva que tout le bien de Tougourt ne pourrait plus payer les dettes des habitants. Les habitants de Tougourt allèrent à Sidi Mohammed Ben Yahiya et lui demandèrent conseil ; ce marabout se fit amener les deux frères Ben Djellāb, et leur dit qu’il allait habiter dans son village (le même qui porte aujourd’hui son nom) et qu’il leur abandonnait la ville et tout ce qu’elle renfermait. — Ainsi commença la dynastie des Ben Djellāb. — Plus tard les Oulad Sidi M. Ben Yahiya ne s’entendirent pas bien avec les Ben Djellāb et ils émigrèrent dans le Tell où ils sont actuellement avec les Oulad Abd en Nous près de Constantine.
Dans ce temps-là, il y avait des juifs à Tougourt.
L’un des frères Ben Djellāb, ʿAbd el Hakk el Merīni, fut le premier cheikh de Tougourt ; — de là à Cheikh Selmān il y a une lacune dans la généalogie ; le cheikh Ben Chemāl ne connaît pendant ce temps d’autre fait que la destruction de Tāla qui eut lieu, comme il croit, sous le fils d’Abd-el-Hakk. Abd-el-Hakk conquit lui-même Meggarin, Qsoūr, etc., et ne s’arrêta que devant Tala qui résista à ses armes. Mais son fils usa d’un stratagème qui lui réussit. Il offrit au cheikh de Tala de cimenter une paix durable en épousant sa fille. Celui-ci y consentit. — Ben Djellāb déguisa, le jour désigné pour la fête, un homme en mariée ; il fit travestir un grand nombre de ses serviteurs en femmes venues à la fête ; tous portaient des armes sous leurs vêtements. Il fit accompagner le tout de 50 cavaliers. Le cheikh de Tala reçut sa prétendue femme et sa suite et fit loger les cavaliers chez ses serviteurs. La fausse mariée avait prévenu qu’elle donnerait le signal de l’attaque en tuant le cheikh lorsqu’il viendrait la nuit. Cela arriva en effet : dans la nuit, en entendant le coup de feu du signal, tous les serviteurs de Ben Djellāb se précipitèrent au carnage et eurent bientôt raison de la ville qui fut détruite par des renforts venus de Tougourt.
Sous le cheikh Selmān, le premier à partir de la lacune, eut lieu un événement curieux. Une femme arabe appelée Oumm Hāni Bent el Bey (fille d’une femme Douaouda[204] et d’un bey de Constantine), voulut devenir cheikha des Arabes au Sahara et fit de grandes razzias elle-même à cheval et armée, tua le Douaouda, son mari, ses frères et beaucoup d’autres chefs. Enfin Selman voulut faire une alliance avec elle et lui proposa d’épouser son fils. Elle fit semblant d’accepter, mais lorsque Selman vint à son camp, à la Regouba de Sidi Khelil avec 500 chevaux, on distribua habilement son monde dans les tentes et Selman logea dans la tente de Bent el Bey. La nuit, elle tua elle-même le cheikh et ce fut le signal d’une tuerie générale.
Cheikh Mohammed ben Selman lui succéda ; puis Selman, son fils ; Brahim, fils du précédent ; Abd-el-Kader ; Hamed, fils de Brahim ; ’Amer, fils d’Abd-el-Kader ; Mohammed el Akhal, fils de Hamed ; Hamed, fils de Mohammed ; Abd-el-Kader, petit-fils d’Amer ; Farhāt, frère du précédent ; Brahim, fils de Hamed ; El-Khāzen ben Farhat ; Mohammed, fils de Hamed ; ’Omar, fils de Mohammed ; Brahim, fils de Mohammed ; ’Ali, fils de Mohammed ; Ben Abd er Rahman, petit-fils d’Amer ; Selman, fils d’Ali ; les Français.
13 juillet.
Je pars de Tougourt dans la soirée et nous prenons la route de Mouïa el Ferdjān. Après deux heures de marche, nous faisons halte dans une dépression qui continue le bas-fond de la Chemorra (en deçà des dunes). L’endroit s’appelle Benga. Le sol portant trace de l’action des eaux est très dur formé d’un conglomérat de sable et de petits morceaux de chaux et de calcaire.
14 juillet.
Nous marchons 5 heures et faisons la sieste entre El-Ouibed et El- Māleha. De là, une heure et demie de marche au puits de Mouï Chabbi dont nous trouvons l’eau pourrie et verdâtre. On l’avait récemment fourni d’une nouvelle garniture de drīn.
De là, une heure 20 minutes au puits de Mouïa el Ferdjān. Je relève ce petit bout de route que je n’avais pas encore fait.
15 juillet.
Hier au soir, j’ai eu un premier accès de fièvre.
Nous marchons 5 heures 1/4 et arrivons au puits de Mouïa el Kaïd. Après la sieste, 2 h. 3/4 de marche nous amènent dans les dunes de l’Erg-Said, où la nuit nous prend et où nous couchons.
J’ai remarqué dans la dernière partie de la route que le guide était souvent obligé de frayer un chemin artificiel aux chameaux dans les dunes. Il disait en travaillant : « El-Bahri oua’ar » (le vent de l’est est dur). Il est clair, en effet, que c’est ce vent qui, dans cette saison, fait progresser les dunes vers l’ouest. Toutes les dunes que nous coupons ont la forme des vagues de la mer ; elles sont orientées à angle droit de la route ; leur côté à pic était de notre côté, c’est-à- dire qu’elles viennent en sens opposé. C’est donc un vent d’E.-N.-E. ou de N.-E. qui les produit.
16 juillet.
Une marche de 3 heures 3/4 nous amène à Kouïnīn par Ourmās. Je croyais d’abord ne faire que la sieste à Kouïnīn, mais une fièvre violente me prend ; vomissements, courbature générale ; douleurs de poitrine et de reins, faiblesse. Je prends de l’ipécacuanha qui agit ; de la quinine deux fois, que je rends. Eau sucrée et éther.
Tribus de Kouïnīn :
Djebirāt } } Oulad Mansoūr } Toroūd. } El-Gouāïd }
El-Beldiya (Soufiya) — ’Adouān.
On me raconte ici que les ancêtres de la population actuelle lui ont raconté qu’autrefois, lorsqu’ils montaient sur leurs palmiers, ils dominaient une rivière d’eau courante, qui commençait à Chegga (nord du Souf) et finissait à ’Amīch (Ras el Ouad)[205]. Cette rivière était comme celle de Nefta. Encore aujourd’hui, les Souafas en creusant un nouveau jardin trouvent des chaudrons de fer et d’autres objets appartenant à la population passée, dans des endroits inhabités aujourd’hui.
17 juillet.
Je me rends à El-Ouad comme je peux sur un cheval qu’on me prête à Kouïnīn. Je trouve le kaïd qui me reçoit bien comme d’habitude ; mais je suis obligé de changer quelque chose aux dispositions qu’il avait prises pour mon départ, ce qui va me causer quelques retards.
— Je pèse un _mithcal_ d’El-Ouad, et j’obtiens par ces doubles pesées 4 gr. 175 ; ce mithcal a 21 _nouayā_[206] ; celui de Constantine en a 26.
18 juillet.
Ce jour s’est annoncé comme devant être très chaud ; mais le ciel fut pur. Je passai ma journée sur mon lit, attendant pour utiliser mes faibles forces que le moment de l’éclipse fût arrivé. Je calculai par construction graphique le moment où elle devait avoir lieu, mais me trompai fort en prenant pour heure, celle où l’éclipse _totale_ aurait lieu sous la longitude d’El-Ouad. Et l’éclipse ne devait pas être totale ici. Cela fut cause que quand j’allai à la lunette, dix minutes avant le premier contact (comme je le croyais), je trouvai le disque solaire entamé. Je me mis en observation, et je vis la lune couvrir successivement les taches du soleil. L’éclipse était au moins au tiers et la population d’El-Ouad ne s’en était pas aperçue ; alors elle fut simultanément reconnue, et quelques bavardages inquiets firent place à un profond silence. Mais lorsque les progrès de l’éclipse furent marquants, des cris poussés de tous les côtés annoncèrent la détresse des Arabes. On entendait partout : « Iā chĭfā Si Mohammed rasoul Allah ! »
Je vis le disque lunaire approcher à une distance extrêmement minime du bord du soleil ; je crus un instant voir certaines montagnes faire éclipse totale et au moment où je m’apprêtais à marquer l’heure de ce contact, l’éclipse commença à diminuer.
Je vis alors des pigeons voler au-dessus de la maison, se rendant à leurs gîtes. Des Arabes de la ville me disent avoir vu des étoiles. La lumière la plus faible a été celle qui succède dans cette saison au coucher du soleil. L’éclipse diminua lentement et je pus observer le dernier contact à 4 h. 54 m. 45 p. de mon chronomètre qui marque encore le temps de Paris.
Après l’éclipse, j’eus une députation des _mechaikh_ qui vinrent me demander si l’année serait pluvieuse. Ma prédiction accomplie de l’éclipse, mon ancienne prédiction de pluie de cet hiver, vérifiée par le fait, leur faisait croire que non seulement je puis prédire la pluie, mais encore la donner.
Je fus pris le soir de fièvre violente et de vomissements ; le soleil et la chaleur brûlante à laquelle j’ai été exposé pendant plusieurs heures avaient rappelé la fièvre.
19 juillet.
Cette nuit, le kaïd vient me réveiller et me dire qu’ayant reçu la nouvelle que les Oulad Yagoub étaient en course, il allait faire monter son goum et aller les chercher. Il partit avant le jour. — Je vais mieux. Je reçois des plaintes contre le kaïd.
20-21 juillet.
Je reste encore chez moi toute la journée. — Je prends de nombreux renseignements sur le pays qui sépare le Souf du Nefzāoua. Des Ourghamma de Kessār Mouddenīn, marabouts, viennent ici pour voir si on leur ouvrira le marché d’El-Ouad. Les Ghorib de Sabrīya[207] qui sont sur leur route et qui apportent ici les mêmes produits qu’ils apporteraient, leur ont fait peur. De façon qu’ils ont laissé leurs marchandises, consistant principalement en beurre, à Sabrīya, et qu’ils sont venus en _mi’ad_. Je leur fais un petit discours qui les enchante, et leur ouvre le marché ; je promets même d’intimider les Ghorib, ce qui est très facile, vu que cette tribu réside à moitié dans le Nefzāoua et à moitié au Souf (El-Ouad) où ils ont des palmiers.
22 juillet.
J’écris à Biskra pour rendre compte des plaintes que j’entends contre le kaïd.
Je reste encore toute la journée à la maison.
23-24-25 juillet.
Le kaïd revient avec ses goums ; il n’a rien trouvé dans sa course, cependant on tire des coups de fusils au retour comme s’il y avait eu une victoire ; ces Arabes sont toujours les mêmes.
Hier et aujourd’hui on a fait l’Achoura ; nous sommes, je crois, à peu près au milieu des dix jours de fêtes. La fête a lieu la nuit, des bandes de jeunes gens se promènent dans les rues en chantant au son d’un bendier ; puis ont lieu quelques scènes, des individus se déguisent en mettant quelques hardes grotesques s’ils en ont, puis ils se couchent et, prenant une voix de polichinelle, ils font des dialogues invariablement terminés par des disputes et des coups comme chez Gringalet. Cette année, la fête est peu brillante. Un homme hier a reçu un coup de sabre sur le dos pendant la mascarade et il a une large blessure. Cela a été fait par méchanceté.
Le cheikh Ahmed Ben Touāti vient me voir, c’est un homme qui me plaît beaucoup, franc et ouvert ; il connaît très bien le Sahara, il vient du reste à Ghardaya (puits) six mois[208] : il est venu en trois jours sur un méhari et avait reçu des nouvelles de Ghadāmès par un homme monté sur son méhari qui était allé de Ghadāmès à Bīr Ghardâya en cinq jours.
_Note sur le commerce d’El-Ouad._ — Pour l’or, j’apprends d’une manière plus certaine que le _mithcal_ de _teber_[209] se vend ordinairement 15 francs lorsqu’il est recherché et 13 fr. 30 lorsqu’il abonde[210]. Quant au _khôss_[211], il vaut, dans les mêmes circonstances, de 11 fr. 10 à 13 fr. et 13 fr. 15. J’ai déjà dit que le mithcal d’ici a 21 _nouaya_ et pèse 4 gr. 175 ; tandis que le mithcal de Constantine a 26 _nouaya_, que par conséquent le poids du mithcal d’El-Ouad se rapporte à celui de Constantine comme 21 à 26.
Les dépouilles d’autruches sont vendues sur le marché par les chasseurs eux-mêmes ; et il n’y a personne qui en fasse un commerce spécial[212]. On les achète isolément pour les porter à Tunis ou à Tébessa. Voici les prix de vente sur le marché. — Une belle dépouille de mâle (_delīm_) vaut 100 fr. et 125 fr. lorsqu’elles sont recherchées et très belles. Une belle dépouille de femelle (_ramdha_) ne vaut que 40 fr. au plus 45 fr. Un œuf d’autruche vaut de 50 à 60 centimes.
Le commerce du Souf avec _Tébessa_ repose sur les objets suivants :
1o Exportation du Souf. — Dattes, peaux brutes de chèvres (avec poil), tabac en feuilles, vêtements de laine ;
2o Importation de Tébessa, — _Gountĕs_ (racine condimentale), beurre, laine, moutons, chèvres, blé, _gueddīd_ (viande desséchée).
Quant aux objets que le Soūf donne à Tunis, ce sont : des vêtements confectionnés, des peaux brutes de chèvres et de moutons (pour Kaïrouān), des _douros_, des chameaux, des dattes.
_Ouargla._ — On y apporte d’El-Ouad, de l’huile, du tabac, des vêtements confectionnés, des meules (venues de Gafsa), de la garance, du blé, des cotonnades, des pierres à fusil (venues de Tunis), du soufre[213]. On en rapporte de la laine, des chameaux, du beurre, de la graisse, de la viande desséchée, de jeunes plants de palmiers en grand nombre, qui sont vendus sur le marché, des burnous du Mzāb, du sel, des dattes.
_Biskra et le Zab._ On y apporte : vêtements confectionnés, peaux brutes de chèvres, dattes, _tellīs_[214], (_gherāra_), du tabac ; ce dernier article vaut ici 25 c. à 50 c. le _kef_ composé de 5 plants ou 4 grands et 6 petits. Voici la liste des objets qu’on en rapporte avec les prix qu’ils obtiennent à El-Ouad :
Henné, le 1/2 kil. 0 fr. 70 à 1 fr. 35.
Tapis arabes, qualités diverses, de 100 à 300 francs.
Laine, la toison à 2 francs.
_Settāl_ (gamelles en fer battu pour boire), les grands 1 fr. 60, les petits 1 franc[215].
Indigo, la bonne qualité, le 1/2 kil. 6 fr. 20, la qualité inférieure 4 francs[216].
Foulards de coton imprimés, les bons, la douzaine 6 fr., la qualité inférieure 3 francs.
Bougie, le 1/2 kil. 1 fr. 35 jusqu’à 1 fr. 50.
Sucre blanc, le 1/2 kil. 1 fr. 50.
Cassonnade, le 1/2 kil. 0 fr. 90 à 1 franc.
Ganse blanche, le 1/2 kil. 6 francs.
Loŭk, substance tinctoriale[217], les 50 kil. 150 fr. la bonne qualité.
Tărtăr id. les 50 kil. 150 francs. id.
Miroirs ronds montés en cuivre, les grands, la douzaine, 1 fr. 60.
id. les petits, id. 1 franc.
Miroirs ronds montés en étain, les grands, la douzaine, 1 franc.
id. les petits, id. 0 fr. 75.
Ficelle, le 1/2 kil. 2 francs.
Grandes aiguilles pour tellis, le 100 de 50 à 60 centimes.
Gaze grossière, pièces de 16 à 17 drà, 3 francs.
Abricots secs, 1 fr. le saa (2 1/2 kil.).
Beurre, mesure de 5 3/4 livres, selon les temps, de 7 fr. à 3 fr. 50.
Souliers de Constantine, la paire, 4 à 5 francs.
Burnous ’abbāsi (épais), les beaux, 60 à 65 francs.
id. qualité inférieure, 40 à 45 francs.
Calottes rouges de fabrique, les grandes 2 fr. 50, les petites 1 fr. 50.
Soie, le 1/2 kil. 20 fr. la qualité supérieure et 15 fr. la qualité inférieure.
Café en grains, 2 fr. le kil.
Suif (de Bou Saada), selon le temps, de 50-60 cent. à 1 fr. la livre.
Savon (hadjri) en morceaux, le 1/2 kil. 0 fr. 75 à 1 franc.
id. arabe liquide, le 1/2 kil. 75 à 1 fr. 10.
Alun, la livre 30 à 40 centimes.
Aiguilles, le cent, 20 centimes.
Les cotons ne peuvent pas faire concurrence à ceux venus de Tunis qui sont de fabrique anglaise.
_Gabès._ — On y apporte du Souf : laine de rebut (servant à faire des couvertures brunes dont se vêtissent les gens du Sahel, peaux de chèvres et de moutons non préparées, tabac en quantité, chameaux, dattes (_degla_).
Le commerce d’El-Ouad avec _Gabès_, surtout celui par la route directe, est fait par les gens de Matouiya[218] qui, étant sujets du Bey de Tunis, jouissent d’un peu plus de sécurité que les Souafa. Cette route est rendue très dangereuse pour le voisinage des Oulad Yagoūb.
_Ghadāmès._ — On y apporte des vêtements confectionnés surtout, des dattes (_degla_[219], _rhers_, _fezzāni_), du tabac et des grains (blé et orge) lorsqu’ils sont chers à Ghadāmès.
_Beni Mezab._ — On y apporte des meules, des vêtements (_haouli_), fusils (de Tunis), des pioches (de Kairouān), des pièges à gazelles (de Kairouān), soufre, garance, huile, cotonnades, _guemmām_ (gomme adorante). On en rapporte des chameaux, des _guedaouis_ (blouses de laine de couleurs différentes), burnous, laines, moutons, viande desséchée, suif.
On me dit que, dans les mauvaises années, il vient ici 5-600 mitcals d’or de Ghadāmès ; dans les bonnes années, de 1.500 à 3.000 mithcals. Cela ne fait que pour 45.000 fr. d’affaires dans les meilleures conditions. Cela fait 12.525 grammes d’or.) L’_oukiya_ de Tunis timbrée = 31 gr. 725 ; elle a 7 2/3 de mithcal.
Le soir, je suis piqué par un scorpion ; la douleur monte très vite à l’aisselle (du bord de l’index), je souffre excessivement. La nuit, je ressens des picotements ou de la paralysie aux pieds, au nez et aux lèvres. Je me soigne en mettant de l’ammoniaque sur la piqûre élargie au bistouri, et en buvant un peu de ce médicament dans de l’eau. Ampoules sur le doigt piqué. Froid sur tout le membre atteint, taches violettes, etc.
[Note 175 : Le plus au sud.]
[Note 176 : Chéchias.]
[Note 177 : _Mebred_.]
[Note 178 : Ce poids est le mithcal de Tunis. Duveyrier dit ailleurs (_Revue algér. et col._, novembre 1860) qu’il l’a trouvé égal à 4 gr. 175. Les mithcal de Tripoli et d’Agadès sont un peu plus forts.]
[Note 179 : Once, 1/16 de la livre tunisienne, que Duveyrier évalue à 508 grammes.]
[Note 180 : _Zebed_, sorte de pommade faite avec la graisse de l’animal du même nom, et dans laquelle il entre en outre de l’huile, du benjoin, du girofle, etc.]
[Note 181 : Ce que Duveyrier appelle ici 1/2 kil. est la livre tunisienne de 508 grammes. (Cf. son article de la _Revue alg. et col._)]
[Note 182 : _Açaïb et saye_ ou _tourkedi_.]
[Note 183 : Natron, carbonate de soude plus ou moins pur, extrait des petits lacs du Fezzān.]
[Note 184 : _Teber_.]
[Note 185 : _Khores_.]
[Note 186 : Cf. sur leur construction, J. Brunhes, _Les oasis du Souf et du Mzab_, _La Géographie_, V, 1902, p. 14-15.]
[Note 187 : La vue ci-jointe a été trouvée, sans indication d’origine, dans les papiers de Duveyrier.]
[Note 188 : Tradition confirmée par Ibn Khaldoun : au IXe siècle, les Zenata occupaient le Sahara algérien et tunisien (_Hist. des Berbères_, traduct. de Slane, III, p. 275, 286, 303, etc.).]
[Note 189 : Le _zeïta_, comme Duveyrier l’a reconnu plus tard, n’est pas le _Statice monopetala_ L., mais une autre plombaginacée : _Limoniastrum Guyonianum_ Dur.]
[Note 190 : Briques d’argile séchées au soleil.]
[Note 191 : En grande partie comblés depuis par les soins du bureau arabe.]
[Note 192 : Une autre porte, Bab-el-Gharb, a été rouverte plus tard.]
[Note 193 : Bey de Constantine, qui assiégea Tougourt en 1788.]
[Note 194 : Le lieutenant Auer a été un remarquable exemple d’endurance européenne au Sahara. Resté lié avec Duveyrier, il lui écrivait de Biskra en 1869, évoquant le souvenir de leur commun séjour à Tougourt : « J’ai vieilli depuis, mais n’ai perdu ni la volonté virile, ni la santé, bien que je compte aujourd’hui vingt ans de séjour au Sahara. Vous avez bien raison de me déconseiller l’Europe ; ma nature, toute forte qu’elle soit, ne supporterait plus un autre climat, et je veux passer en Afrique les jours qui me restent à vivre » (29 décembre 1869).]
[Note 195 : حلاج veut dire, en arabe, is qui gossypium a semine mundat. (H. Duv.)]
[Note 196 : On sait qu’avant de se fixer au Mzab, une partie des Ibâdhites a habité cette région. (Masqueray, _Chron. d’Abou-Zakaria_, p. 262, etc.)]
[Note 197 : Lait de palmier fermenté.]
[Note 198 : Dans cette éclipse une vieille femme de Tebesbest, soupçonnée de sorcellerie, fut accusée d’avoir caché la lune dans un seau d’eau. Ses voisins et le cheikh de Tebesbest vinrent prier le kaïd de la mettre en prison. (H. Duv.) L’éclipse de soleil du 18 juillet 1860 eut moins d’effet : on ne fit « que peu de cas de l’événement, excepté quelques talebs trop croyants qui se portaient vers la mosquée pour prier et conjurer le sorcier qui causait ce désastre au soleil ; à leur sortie, les autres leur riaient au nez. » (Lettre d’Auer à Duveyrier, 22 juillet 1860.)]
[Note 199 : _Djinn_ (pluriel _djenoun_) : génies.]
[Note 200 : Groupe de tentes.]
[Note 201 : Les marabouts s’en font apporter constamment par les Arabes de leur confrérie, parce qu’ils craignent les fièvres occasionnées par les eaux de l’oued Righ (H. Duv.).]
[Note 202 : Cf. Féraud, _le Sahara de Constantine_.]
[Note 203 : La « forêt de palmiers » de Nezla, à 2 kilomètres de la ville actuelle.]
[Note 204 : Douaouda, tribu arabe qui fit irruption au XIe siècle dans l’Oued-Rir et à Ouargla. (Ibn-Khaldoun, _Hist. des Berbères_, II, p. 73.)]
[Note 205 : Cf. sur cette légende Jus dans Rolland, _Hydrologie du Sahara_, p. 224.]
[Note 206 : Graines de caroubier.]
[Note 207 : Oasis de l’extrémité ouest du Nefzāoua.]
[Note 208 : C’est-à-dire : y garde ses troupeaux au pâturage.]
[Note 209 : Poudre d’or.]
[Note 210 : Le gramme de poudre d’or vaut donc, d’après les circonstances du marché, de 3 fr. 59 cent. 3 (maximum) à 3 fr. 23 cent. 3 (H. Duv.).]
[Note 211 : _Khores_, poudre d’or mélangée de débris d’or travaillé.]
[Note 212 : Ces dépouilles venaient de l’Erg, au nord de Ghadāmès ; les autruches y ont à peu près disparu aujourd’hui.]
[Note 213 : Pour la fabrication de la poudre.]
[Note 214 : Toile de bât (sacs de chargement) pour les chameaux.]
[Note 215 : Fabrication européenne. (Cf. Duveyrier, _Notice sur le commerce du Souf_ (_Rev. algér. et coloniale_, nov. 1860).]
[Note 216 : Fabrication européenne.]
[Note 217 : Gomme-laque (rectification de Duv., art. cité).]
[Note 218 : Petite ville du littoral au nord de Gabès.]
[Note 219 : Ou _deglet-nour_ (espèces diverses de dattes).]
TROISIÈME PARTIE
VOYAGE A GHADAMÈS
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