Chapter 10 of 22 · 8890 words · ~44 min read

CHAPITRE III.

ANIMAUX.

La faune du pays des Touâreg est en rapport avec sa flore. En général, les animaux y sont relativement plus rares que dans les parties du Sahara rapprochées du littoral. Cette remarque s’applique aussi bien aux animaux domestiques qu’aux animaux sauvages.

§ Ier. — ANIMAUX DOMESTIQUES.

Les animaux domestiques que possèdent les Touâreg sont :

Le chameau, _Amadjoûr_[90] ;

Le cheval, _Aïs_ ;

Le zébu, _Esoû_ ;

L’âne, _Eyhad_ ;

Le mouton, _Akerêr_ ;

La chèvre, _Tîrhsi_, plur. _Oûlli_ ;

Le chien, _Eydi_.

On trouve, dans les villes seulement :

Le chat, _Akârouch_ ;

Le pigeon, _Tidebîrt_, plur. _Idebîren_ ;

Le coq, _Ikahi_ ; la poule, _Tîkahit_.

Inutile de dire que le porc est exclu pour des motifs religieux.

Les Touâreg n’ont aucun oiseau domestique, par la raison qu’ils n’en mangent pas.

_Chameau._

La vie des Touâreg, plus encore que celle des autres Sahariens, est intimement liée à celle du chameau ; car ce noble animal est non- seulement sa monture de guerre, la locomotive de ses trains de caravane, l’_express_ qui fait disparaître l’espace, ce grand ennemi de l’habitant du désert, mais encore il est le pourvoyeur de ses principaux besoins.

Son lait est presque l’unique aliment de la famille dans la saison des pâturages ;

Sa viande est le _nec plus ultra_ de l’hospitalité offerte à l’hôte de distinction ;

Son cuir, l’un des meilleurs qui existe, donne le tissu de la tente, la matière première des selles, des bâts, des chaussures et de la plupart des ustensiles de ménage ;

Son poil fournit la matière textile des cordes d’arrimage des convois ;

Sa fiente, récoltée, sert, ici, d’engrais fécondant pour les palmiers ; là, dans les grands espaces sans aucune végétation, de combustible avec lequel on fait cuire les aliments ;

Enfin, sa trace, interrogée dans toutes les marches, fournit au voyageur des indications précieuses dont il est toujours tenu compte, soit qu’elle annonce le voisinage pacifique d’un troupeau au pacage, soit qu’elle signale le passage d’individus, isolés ou en caravanes, chargés ou non, amis ou ennemis ; car la largeur du pied, la longueur des ongles, la nature des déjections, révèlent à l’homme expérimenté tout ce qu’il a besoin de savoir sur les dispositions de ceux qui suivent la même route ou la traversent.

La nécessité de pourvoir à la nourriture d’un animal si utile, on le comprendra sans peine, a obligé les Touâreg à adopter la vie nomade pour aller, suivant les saisons, suivant les pluies, chercher, ici l’eau, là les pacages que le chameau réclame.

On distingue le chameau de selle du chameau de bât, qui diffèrent l’un de l’autre comme le cheval de course du cheval de trait :

Le chameau de bât (_taouti_, plus communément _âmis_, fém. _tâlamt_, plur. _imenâs_, hongre, _indân_) constitue la base des troupeaux, l’élément des transports par caravanes ;

Le dromadaire de selle (_arhelâm_, fém. _tarhelâmt_, hongre _aredjdjân_) est un animal presque de luxe, que les riches seuls possèdent.

A son défaut, les pauvres montent souvent dans leurs courses des chameaux de bât dressés pour la marche accélérée auxquels on donne le nom spécial de _imenâs-wân-terîk_.

La chamelle laitière, _tasaghârt_, providence des ménages, et l’étalon, _amâli_, objet de soins particuliers, représentent encore des individualités distinctes, ainsi que le chameau ayant la moitié de la tête blanche et l’autre moitié noire, _azerghâf_, considéré avec raison comme appartenant à une race en dégénérescence.

Tandis que, pour les différents âges de l’homme, on ne connaît que l’enfance, la virilité, l’âge mur et la vieillesse, pour le chameau et la chamelle, il y a une série de périodes qui n’en finissent pas.

Voici, par sexes, cette nomenclature :

Mâle. Femelle.

A la naissance _Aoura_, _Taouraït_.

Avant un an _Asâka_, _Tesâkaït_.

A un an _Aledjôd_ (_âledjôd_), _Tâledjot_.

A deux ans _Aleggès_ (_âleggès_), _Tâleggest_.

A trois ans _Akkanafoûd_, _Takkanafoûd_.

A quatre ans _Arhâir_, _Tarhâirt_.

A cinq ans _Egg-essîn_, _Ouelt-essîn_.

A six ans _Egg-ekkôz_, _Ouelt-ekkôz_.

A sept ans _Ameçadîs_ (_âmeçadîs_), _Tâmeçadîst_.

A huit ans _Ouân-tahelât_, _Tahelât_.

Ces distinctions ont leur importance pour la détermination des charges à mettre sur le dos des animaux. Des proverbes qui, dans le Sahara comme ailleurs, formulent les préceptes de l’expérience, règlent les questions de poids à porter suivant l’âge des animaux.

Mon intention n’est pas de faire ici une monographie du chameau, quoique l’importance du rôle de cet animal dans la vie saharienne exigerait quelques développements ; je me bornerai à dire que le chameau des Touâreg, de selle ou de bât, comparé à celui du Nord, a généralement les formes délicates, le poil ras, la robe d’un ton clair, se rapprochant de la couleur des sables ou des plaines jaunâtres au milieu desquels il vit.

Sa sobriété aussi est plus grande, il endure mieux la faim et la soif ; cependant sept journées sont la plus grande limite d’abstinence qu’il puisse supporter en été, lorsqu’il est en marche et chargé. En hiver, quand les herbes sont aqueuses, il peut rester au pâturage un et deux mois, même plus, sans avoir besoin d’être abreuvé.

Par les immenses quantités de chameaux que possèdent les tribus du Sahara algérien, on serait tenté de croire que ces animaux doivent être plus nombreux encore chez les Touâreg ; il n’en est pas ainsi. Le plus riche propriétaire de chameaux, dans tout le pays d’Azdjer, n’en a qu’une soixantaine environ. Il y a lieu d’ajouter que la sécheresse et le manque de pâturages, dans les neuf dernières années, y ont beaucoup diminué la richesse cameline.

Le chameau, chez les Touâreg, est abattu comme bête de boucherie, et sa viande, avec celle du mouton et de la chèvre, est à peu près la seule qu’ils mangent, soit fraîche, soit salée, soit séchée. J’ai dû m’en nourrir souvent dans mon voyage et je lui ai reconnu de bonnes qualités.

Quoique le lait des chamelles soit la principale nourriture des familles pendant la saison des pâturages, il est toujours rare dans les tribus, parce que les bonnes laitières, sans pacages suffisants, sont difficiles à trouver dans l’espèce cameline comme dans toutes les autres races d’animaux : aussi les Touâreg croyaient-ils me faire un grand cadeau en m’envoyant un litre de lait.

_Cheval._

Le cheval est aujourd’hui très-rare chez les Touâreg, la période de sécheresse que le pays vient de traverser en ayant réduit beaucoup le nombre. Jadis quelques chefs avaient des juments poulinières et faisaient des élèves, maintenant ceux qui veulent avoir des chevaux les tirent du Touât où l’espèce chevaline paraît être belle.

En temâhaq, le cheval se dit _aïs_, la jument _tâbedjoût_, _tâbedjooût_, le poulain _ahoûdj_, la pouliche _tahôk_.

Quoique les chevaux soient rares dans le Sahara, et quoiqu’il soit très- difficile de les y nourrir et de les y abreuver, j’ai acquis, par expérience personnelle, la preuve qu’un voyageur, avec des provisions d’eau et d’orge suffisantes, n’est pas obligé d’adopter exclusivement la monture incommode du chameau, même dans les régions sablonneuses.

Si je dois en croire le marabout Sîdi-el-Bakkây et le Cheïkh-’Othmân, deux autorités indiscutables dans les questions sahariennes, les Arabes nomades des rives de l’Océan viennent avec des chevaux, jusque sur la route d’In-Sâlah à Timbouktou, pour y piller les caravanes. Des chameaux, chargés d’eau et de suif, accompagnent ces expéditions. On nourrit d’abord les chevaux avec le suif, et dès qu’un chameau est déchargé, on le tue, et sa viande est employée à nourrir hommes et chevaux. Ainsi approvisionnés, ces pillards peuvent attendre, pendant des mois entiers, dans les solitudes les plus arides.

Des expéditions de cavalerie ont été entreprises par les sultans de Mourzouk contre le Kânem, dans l’Afrique centrale, et elles ont surmonté les difficultés de la nourriture des chevaux.

Le cheval s’habitue très-bien à ne boire que tous les deux jours.

_Zébu_.

Le zébu ou bœuf à bosse, très-commun dans le Soûdân, est représenté, chez les Touâreg, par quelques individus dont les habitants de Rhât font usage pour leurs labours.

On lui donne, dans le pays, le nom d’_esoû_, pl. _tisita_. La vache s’appelle _têsout_, le veau _tahârhôlt_, le veau qui tette _alôki_.

Cet animal doux, intelligent, sobre, facile à manier, sert maintenant comme bête de somme ; autrefois on l’employait comme bête de trait.

Avant l’importation du chameau dans le Sahara, à une époque incertaine, mais qu’on peut fixer approximativement du IIIe au IVe siècle de notre ère, tous les transports entre le Nord et le centre de l’Afrique étaient faits par des zébus, non pas à dos, ainsi que cela se pratique aujourd’hui encore dans la zone des pluies tropicales et à l’exclusion du chameau, qui n’est même plus connu au delà du Niger, mais au moyen de chariots que les zébus traînaient.

Sur la route que suivaient les Garamantes, de Djerma au pays d’Aïr, route encore parfaitement tracée, comme sont les anciennes voies romaines, on trouve, à la station d’Anaï[91], de grandes sculptures sur le rocher, qui représentent très-distinctement des chariots avec roues, traînés par des bœufs à bosse.

Je n’ai pas pu visiter cette contrée, mais d’après les renseignements qui m’ont été donnés, je ne puis douter de la signification de ces sculptures.

En traversant la vallée de Telizzarhên, sur la route directe de Mourzouk à Rhât, M. le docteur Barth a trouvé plusieurs sculptures analogues à celles d’Anaï, dans lesquelles le bœuf à bosse joue le principal rôle. Il est à remarquer qu’aucune des sculptures de l’époque garamantique trouvées jusqu’à ce jour ne rappelle le chameau, et que cet animal n’apparaît, à l’exclusion du bœuf, que dans les épigraphies grossières des Touâreg modernes.

L’emploi exclusif du bœuf pour les transports, dans les temps anciens, implique une richesse en eaux et en pâturages beaucoup plus grande que celle de l’époque actuelle. J’aurai l’occasion de faire remarquer, dans le cours de ce chapitre, qu’il a dû en être ainsi.

_Ane._

En temâhaq, l’âne s’appelle _eyhad_, l’ânesse _têihêt_, l’ânon _amâïnou_.

Après le chameau, l’âne est l’animal domestique qui rend le plus de services aux Touâreg, surtout aux serfs, dont le plus grand nombre est réduit à cette unique bête de somme.

Les ânes du pays des Touâreg sont remarquables par leur taille élevée et leur sobriété, presque égale à celle du chameau. Ils ont le pelage gris cendré sur le dos, blanc sous le ventre, avec une croix très-marquée, d’un beau noir, sur les épaules.

L’âne existant encore à l’état sauvage, dans quelques contrées du pays, il en est beaucoup, parmi ceux domestiqués aujourd’hui, qui ont été arrachés à la liberté depuis peu de temps : aussi sont-ils généralement peu dociles et se ressentent-ils de l’état sauvage dans lequel ils ont vécu.

_Mouton._

Les seuls troupeaux de bétail de rente, chez les Touâreg, se composent de chèvres et de moutons à poils comme ceux du Soûdân.

Le mouton, en général, s’appelle _akerêr_ en langue temâhaq. Les Touâreg distinguent le _mouton à laine_ des Arabes du Nord du _mouton à poil_ de leur pays, en donnant au premier le nom d’_akerêr-âjelbi_ ou _ouân- tedoûft_, et au second celui de _akerêr-Emmôhagh_ ou mouton des Imôhagh.

Cette variété de la race ovine se distingue surtout de ses congénères par la hauteur de ses membres : c’est pourquoi les zoologistes lui ont donné le nom d’_Ovis longipes_, ou mouton à longues jambes.

A la taille il joint un développement considérable de toutes les parties de son corps.

La tête est allongée, le nez arqué, les oreilles pendantes, la queue longue et fine.

Sa toison, blanche et noire ou de couleur fauve, à poil long et rude, ne rappelle nullement celle des moutons à laine.

Le mâle seul a des cornes, et il en a souvent quatre.

La brebis se dit _tâheli_, l’agneau _âbedjoûdj_, le petit qui vient de naître, _âkarouât_, le mouton bistourné, _adjoûr_.

Ce mouton supporte la marche du cheval, sans doute par suite de l’habitude qu’il a contractée de parcourir de grands espaces pour trouver sa nourriture.

Les Touâreg n’élèvent le mouton que pour sa viande et son cuir ; sous ce double rapport, l’animal ne laisse rien à désirer, car il donne autant de viande et un cuir aussi grand que deux moutons de l’Algérie. J’ai trouvé sa viande bonne : il est vrai que je n’ai pu la juger comparativement.

_Chèvres._

Les Touâreg distinguent deux espèces de chèvres : celle à poils ras, _tîrhsi_, pl. _oûlli_, et celle à longs poils, _tâjelbît_. Ils nomment le bouc _ahôlagh_, le chevreau _aboûledj_, le petit _erheïd_ ou _tirheïdet_, suivant son sexe.

Les troupeaux de chèvres sont beaucoup plus nombreux que ceux de moutons, parce que leur aptitude à aller dans tous les terrains et à vivre de broussailles leur permet de trouver plus facilement leur nourriture.

Les chèvres du pays des Touâreg n’ont rien qui les différencie sérieusement de celles de l’espèce commune du Nord de l’Afrique ; elles sont d’une grande ressource pour les serfs auxquels elles donnent viande, lait, poil et cuir, qu’ils utilisent.

_Chiens._

Les Touâreg possèdent trois sortes de chiens : le lévrier, _ôska_, le chien arabe, à long poil, _âbar-hoûh_, très-rare, et un bâtard de ces deux espèces, à poil ras, qui porte le nom commun de l’espèce, _eydi teydît_, suivant les sexes. Ce dernier, de beaucoup le plus nombreux, sert à la fois de chien de garde et de chien de chasse.

Quand j’aurai ajouté à cette liste le chat ordinaire, quelques poules et des pigeons, mais seulement dans les villes, j’aurai énuméré tous les animaux domestiques qui se trouvent dans le pays.

Sans aucun doute le nombre des espèces, et, dans chaque espèce, le nombre des individus, pourraient être plus considérables malgré l’aridité générale du sol ; mais le servage est un obstacle presque insurmontable à l’accroissement des animaux domestiques. Le serf n’a aucun intérêt à accroître les troupeaux de son seigneur ; car leur augmentation doublerait son travail de garde. Quant à ceux qui lui appartiennent en propre, il aurait un bénéfice réel à les multiplier, si le seigneur n’était là, prélevant une sorte de dîme et quelquefois plus que la dîme, puisqu’il peut prendre tout ce que possède et produit l’homme attaché à la glèbe.

§ II. — ANIMAUX SAUVAGES.

Si la nomenclature des animaux domestiques laisse à désirer, celle des bêtes fauves, quoique plus riche, dénonce également un pays pauvre.

_Mammifères._

Parmi les mammifères on compte :

La chauve-souris, _watwat_, _thîr-el-lîl_ (ar.) ;

La hyène, _irkenî_, _bêtfen_ (tem.), _dhebaá_ (ar.) ;

Un carnivore ? _tahoûri_ (tem.) ;

Le chacal, _âbaggui_ (tem.), _dhîb_ (ar.) ;

Le loup ? _adjoûlé_ (le mâle en temâhaq) ;

_Id._ _tarhsît_ (la femelle), pl. _tirhés_ ;

Le fennec (Fennecus Brucei), _akhôr-hi_, _akôzhekkal_, _khônchekki_, _arhôleh_ (tem.), _el-fenek_ (ar.) ;

Le renard, _abârrân_ (tem.), _thaáleb_ (ar.) ;

Le guépard (Felis jubata) _amayâs_ (tem.), _fehed_ (ar.) ;

Le chat sauvage (Felis catus) _târhda_ (tem.) ;

_Id._ _bârheda_ (tem.) ;

_Id._ _el-gatt_ (tem.) ;

Le rat rayé (Mus barbarus) _akoûnder_ (tem.), _djird_ (ar.) ;

Le rat ordinaire, _akôteh_ (tem.), _fâr_ (ar.) ;

Le Ctenodactyle de Masson, _têlout_ (tem.), _goundi_ (ar.) ;

La gerboise, _idhaoui_ (tem.), _djerbouá_ (ar.) ;

Le lièvre isabelin, _tîmerouelt_ (tem.), _arneb_ (ar.) ;

L’onagre, _ahoûlil_ ( tem.) ;

Le hérisson, _tikanêsit_ (tem.), _ganfoûd_ (ar.) ;

L’antilope addax, _amellâl_ (m.), _tamellâlt_ (fém. tem.), _el- meha_(ar.) ;

L’antilope mohor, _êner_ (tem.), _el-mohor_ (ar.) ;

L’Alcelaphe bubale (ant. orix) _tiderît_ (tem.), _beguer-el-ouahch_ (ar.) ;

Le mouflon à manchettes, _oûdad_ (tem.), _laroui_ (ar.) ;

La gazelle commune, _akankôd_, pl. _ihinkâd_ (tem.), _ghozâl_ (ar.) ;

La gazelle des dunes, _tedemît_ (tem.), _er-rîm_ (ar.) ;

Un petit mammifère ? _akaokao_ (tem.) ;

Un rat des champs (au Fezzân), _koroumbâko_.

Le lion _âhar_ ; la panthère, _anâba_, _dâmesâ_ ; le sanglier, _azhîbara_ (appelé _adaouiydaouay_ dans l’Aïr et _aganguera_ dans le Ahaggâr) ; l’éléphant, _êlou_, le buffle, _tahâlmous_, ainsi que le rhinocéros et l’hippopotame, quoique connus des Touâreg du Nord, dans leurs voyages au Nord et au Sud, ne sont pas des animaux propres à leur pays, trop pauvre en eaux, en végétaux ou en gibier, pour qu’ils viennent s’y aventurer.

Quelquefois les Touâreg rapportent du Soûdân, soit comme articles de commerce, soit comme objets de curiosité, des singes, _adâguel_ (tem.), _guerd_ (ar.), connus sous le nom de Guenon patas (_Cercopithecus ruber_) ; j’en ai acheté deux qui sont au _Muséum d’histoire naturelle_ de Paris.

_Oiseaux_ (_îguedâd_).

Parmi les oiseaux figurent :

Un aigle noir et blanc, _îhadar_ (tem.) ;

Un aigle à tête blanche, _azhîzh_ (tem.) ;

Le néophron, _tarhâldji_ (tem.) ;

Le gypaète, _tamîdda_ ( tem.) ;

Le faucon, _imestarh_ (tem.) ;

La chouette, _taouîk_ (tem.) ;

Le hibou, _bôinhên_ (tem.) ;

Le corbeau, _arhâlidj_, _arhâla_ (tem.) ;

Le moineau des arbres, _çiden-n-izelán_ (tem.) ;

Un motteux, _belrhô_ (tem.), _boû-bechîr_ (ar.) ;

Une bergeronnette, _meçîçi_ (ar.) ;

L’hirondelle, _amêstarh_ (tem.), _khotteïfa_ (ar.) ;

Le pigeon ramier, _tîdebîrt_ (tem.) ;

Le flamant, _adjâïs_ (tem.) ;

Le Pteroclurus alchata, _erak_ (tem.) ;

Le ganga, _tîkedouin_ (tem.), _gatâ_ (ar.) ;

La bécassine, _tenêq_ (tem.) ;

Le canard sauvage, _tenêq-en-âman_ (tem.) ;

La demoiselle de Numidie, _arhellendjoûm_ (tem.) ;

L’autruche, _ânhil_ (m.), _tânhîlt_ (fém.), plur. _tînhâl_ (tem.).

Tels sont, sauf quelques omissions, les seuls oiseaux que nourrit et que peut nourrir le pays, oiseaux voraces pour la plupart, et qui trouveraient à vivre là où il n’y a rien.

Quant aux autres espèces, celles qui aiment l’ombrage, les fleurs, les eaux, le voisinage de l’homme, la vie et le mouvement, que feraient- elles au milieu d’une nature désolée, aride, où la mort règne sur d’immenses espaces ?

Un des caractères du désert, celui qui surprend le plus les voyageurs européens, est l’absence d’oiseaux. On peut voyager une semaine, dans certaines contrées, sans en rencontrer un seul.

Souvent les caravanes rapportent aussi du Soûdân des perroquets, _akoû_ (tem.).

_Reptiles._

La série des reptiles est plus complète, quoique la famille des chéloniens manque entièrement.

Parmi les sauriens, on compte :

Le crocodile, _arhôchchâf_ (tem.) ;

Le gecko des murailles, _amazregga_ (tem.) ;

Le gecko des sables, _timakouert_ (tem.), _boû-kechâch_ (ar.) ;

Un lézard vert et rouge, _ametarhtarh_ (tem.) ;

Un lézard jaune, _tîmekelkelt_ (tem.) ;

Le scinque, _tân-ahâlmouit_ (tem.), _zelgâg_ (ar.) ;

Le même (jeune), _imechellerh_ (tem.) ;

Le fouette-queue (Uromastix), _aguezzarâm_ (tem.), _dhobb_ (ar.) ;

Le varanus, _arhâta_ (tem.), _el-ourân_ (ar.).

Les batraciens n’ont que deux représentants : la grenouille, _âdjeroû_, autour des sources et des lacs, et le crapaud des joncs, autour des oasis.

Les ophidiens venimeux sont très-connus, et même au delà du chiffre de leur nombre réel, car la nomenclature locale comprend deux espèces dont l’existence est au moins douteuse.

Voici cette nomenclature :

Vipère cornue, _tâchchelt_ (tem.), _lefa’a_ (ar.) ;

Vipère des jongleurs, _seffeltès_ (tem.) ;

Vipère minute, _zorreïg_ (ar.) ;

Serpent fabuleux, _âchchel_ (tem.) ;

Autre serpent fabuleux, _tânerhouet_ (tem.).

Les ophidiens non venimeux, probablement plus nombreux que les précédents, sont tous confondus sous deux noms communs : _âchchel_ et _emedjel_ (tem.).

_Poissons._

Dans un pays où l’eau manque, les poissons doivent être rares ; cependant on en distingue trois espèces :

Le Clarias lazera, _asoûlmeh_ (tem.) ;

Une autre espèce, _isâttafen_ (tem.) ;

_Id._ _imanân_ (tem.).

_Arachnides._

Deux familles de cette classe sont représentées dans le pays par les scorpions, _tâzherdâmt_, et les araignées, _sârâs_, dont l’une, très- grande, _tîn-aghrân_, est réputée venimeuse par les indigènes.

_Insectes._

L’entomologie intéresse assez peu les Touâreg pour qu’ils ne s’amusent pas à donner des noms particuliers aux myriades de petits êtres qui composent cette classe d’animaux ; ils se bornent à distinguer par des noms particuliers les grandes familles qui ont des caractères bien tranchés. Leur classification peut être résumée ainsi qu’il suit :

Coléoptères, _éguélê_ (gros), _téguéleyt_ (petits) ;

Orthoptères (sauterelles), _tâhouâlt_ ;

Névroptères (libellules), _tâtel-oûlarhet_ (mot-à-mot, qui vole bien).

Hyménoptères (abeilles), _tîhenkêkert-en-toûraout_ ;

_Id._ _id._ _tîhenkêkert-en-tâment_ ;

Hémyptères (punaises du chameau), _tachelloûft_ ;

_Id._ (_id._ sa larve), _adjôrmel_ ;

_Id._ (punaises des maisons), _bîzbîz_ ;

Lépidoptères (papillons), _ehellêloû_ ;

Diptères (moustiques), _tadast_ ;

_Id._ (mouches du chameau), _aheb_ ;

_Id._ (mouches de l’homme), _ehi_, pl. _ehân_ ;

_Id._ (_Arthemia Oudneii_, larve), _ed-doûda_.

_Myriapodes._

Cette classe très-nombreuse d’animaux inférieurs n’est représentée que par un seul type, la scolopendre, _téouânt_ des Touâreg, _sott-el-kheïl_ des Arabes.

_Annélides._

Un seul genre de cette famille, les sangsues, _tâdelît_, appelle l’attention par les accidents qu’elle détermine sur les animaux qui vont boire avec avidité dans les eaux troubles.

Le ver de terre se dit _tâoukki_.

_Mollusques._

Toutes les coquilles sont confondues sous le nom général d’_issînen- tafoûk_ (tem.).

Cependant les Touâreg donnent le nom d’_izhabi_ à une volute venant de la côte de Guinée, et qui est employée comme pendant d’oreille ; de _tâmguelloût_ à la _Cyprea moneta_, qui sert de monnaie au Soûdân ; de _ifarghas_ aux coquilles d’eau douce et particulièrement à celles du genre _Melania_.

Parmi les coquilles fluviales ou palustres que j’ai recueillies dans mon voyage se trouvent :

Une _Planorbis_ nouvelle et la _Physa contorta_ récoltées à Bîr-ez- Zouâït, région des dunes ;

La _Melania fasciolata_, commune dans les environs de Ghadâmès et de Titerhsîn ;

La _Melanopsis Dufouri_ de l’Ouâd-Biskra ;

Une _Paludine_ à déterminer, provenant d’Aïn-Temôguet (environs de Djâdo).

_Parasites._

L’un est spécial au pays, le ver de Guinée, _arhân_ ; l’autre, le pou, _tillik_, commun à toute la partie de l’espèce humaine qui vit dans la malpropreté.

Les vers intestinaux, fréquents chez les enfants, se nomment _achchellen_ (serpents).

Un parasite des végétaux, donnant un miel de qualité inférieure, porte le nom de _kharnît_.

_ESPÈCES REMARQUABLES._

Cette nomenclature aride exige, comme complément, quelques lignes sur les espèces qui appellent l’attention.

_Tahoûri._

Sous ce nom, les Touâreg connaissent un grand carnivore, de la taille de la hyène, commun dans toute l’Afrique centrale et qui porte les noms suivants dans les pays qu’il habite :

Au Haoussa, _Kora_ ;

A Timbouktou, _Kourou_ ;

Au Touât, _Gabou_.

D’après les Touâreg venus à Paris, il y aurait au Jardin des plantes un tahoûri originaire du Sénégal.

D’après M. le commandant Hanoteau, il en existerait dans le Ahaggâr deux variétés : l’une noire, l’autre blanche. Cette dernière serait très- craintive.

_Loup. — Adjoûlé._

Je donne le nom de loup à une espèce très-féroce qui vit dans le haut du Tasîli et dans les montagnes du Ahaggâr. Je n’ai pas vu cet animal et je n’ose pas affirmer qu’il soit réellement un loup ; cependant, par les renseignements qui m’ont été donnés, je ne puis que l’assimiler à cet animal.

« Il ressemble à un grand chien fauve, disent les Touâreg, et il est le seul carnivore de notre pays qui attaque l’homme sans même être provoqué à la défense. »

Les anciens auteurs avaient signalé la présence du loup dans le Nord de l’Afrique : il n’est donc pas étonnant qu’il s’y retrouve là où la présence de l’homme ne lui dispute pas le terrain.

Cette espèce semble d’ailleurs tendre à disparaître des montagnes des Touâreg, comme elle a disparu du Tell, car aujourd’hui, si l’on en croit les indigènes, elle serait déjà assez rare.

_Guépard._

Le guépard est assez commun dans toute la région de l’’Erg, au Sud de la Tunisie, de l’Algérie et du Maroc ; il entre peu dans les montagnes des Touâreg.

Les Souâfa le chassent pour sa peau, plus petite, mais aussi belle que celle de la panthère.

Dans l’Asie méridionale, où cet animal existe, on le dresse pour la chasse : d’où lui est venu le nom vulgaire de _tigre-chasseur_. Dans les contrées de l’Afrique septentrionale, où on le rencontre, le guépard chasse pour son compte seulement.

_Onagre._

L’onagre ou âne sauvage vit en troupeaux dans le Tasîli du Nord, dès la plus haute antiquité, car Pline le signale à peu près dans les mêmes lieux. C’est un bel animal, assez grand, très-rapide, mais d’une domestication difficile.

Les Touâreg ont renoncé à le poursuivre ; ils lui tendent des piéges. Les jeunes seuls, susceptibles d’être dressés, sont conservés vivants. On tue les vieux pour avoir leur peau.

_Antilope mohor._

Ce ruminant, si remarquable par ses cornes recourbées en avant, par la blancheur de son pelage, par la gracieuseté de sa démarche, vit en grand nombre dans la plaine d’Admar. On commence à le trouver dans les dunes de l’’Erg. Il est très-commun dans le pays d’Aïr. Les Touâreg le chassent pour sa viande et pour sa peau dont ils font leurs boucliers.

Le cuir de l’antilope mohor est épais et assez résistant pour parer utilement les coups de flèche, de sabre, de javelot et de lance. Il peut dévier la balle, l’amortir, mais non la repousser.

_Antilope oryx._

La viande de cet animal, appelé _bœuf sauvage_ par les indigènes, sert en grande partie à l’alimentation des Sahariens et des caravanes.

Les Cha’anba et les Souâfa lui font de grandes chasses dans l’’Erg et viennent vendre à Ghadâmès la chair salée et séchée qui en est le produit.

Pendant mon séjour dans cette ville, j’ai souvent fait usage de cette viande.

_Akaokao._

Les Touâreg donnent ce nom à un petit mammifère noir, à peau excessivement dure, qu’on trouve dans les ouâdi de l’Akâkoûs et du Tasîli, et qui vit sur les arbres dont il mange les feuilles.

Cet animal est très-craintif et fuit dans les fentes des rochers dès qu’il entend venir quelqu’un.

_Autruche._

L’autruche est rare dans le pays des Touâreg et on ne chasse même pas celles qui y sont, parce que les habitants de cette contrée, n’utilisant pas, comme les Arabes, sa graisse et sa chair, ne trouvent pas d’intérêt sérieux à la poursuivre. Quant aux plumes, déchirées par les rochers, elles n’ont aucune valeur.

Celles de la région sablonneuse de l’’Erg sont, au contraire, très- renommées pour leur belle conservation. Les Souâfa obtiennent des dépouilles de ces oiseaux des prix plus élevés que de celles de toute autre provenance.

Le 7 mars 1861, au puits de Tarz-Oûlli, sur la route de Rhât, j’ai rencontré un marchand de Ghadâmès, El-Hâdj-Mohammed-ben-Deloû, qui suivait une caravane lui appartenant. Il était accompagné dans son voyage par une autruche femelle privée. On lui mettait des entraves comme aux chameaux qui vont au pacage. Ce fait ne parut pas extraordinaire à mes compagnons de route.

_Gypaète._

Les Touâreg tirent cet oiseau, d’ailleurs commun, pour en avoir la graisse et la viande. L’une et l’autre sont préconisées contre les piqûres et les morsures d’animaux venimeux.

_Crocodile._

Je signale la présence du crocodile dans les lacs de Mîherô, et aussi à la tête de l’Ouâdi-Tedjoûdjelt, en un endroit appelé Tadjeradjeré, sur le rebord Sud du Tasîli du Nord.

Les grandes inondations qui ont eu lieu à l’époque de mon passage à Tikhâmmalt m’ont empêché d’aller moi-même constater l’identité de cet animal amphibie avec ceux du Nil ou du Niger, mais les renseignements précis et certains qui m’ont été donnés par des personnes ayant vu le crocodile en Égypte et dans le Soûdân, l’effroi qu’il inspire aux serfs riverains, la dîme qu’il prélève sur les troupeaux qui vont boire aux lacs, enfin les blessures dont quelques Touâreg portent la cicatrice, ne me laissent aucun doute à cet égard.

D’après les Touâreg, ce reptile reste caché dans des grottes sous- aquatiques pendant l’hiver et il vient à partir du printemps sur le rivage.

A la saison des amours, disent-ils, les femelles poussent des cris semblables à ceux des chameaux en rut.

Toutefois, l’existence d’un aussi grand animal dans de petits lacs de quelques hectares à peine et dans un pays où les pluies sont rares semble d’abord improbable. Cependant l’histoire et la constatation récente de l’existence du crocodile dans des régions similaires m’autorisent à maintenir ce saurien dans la nomenclature de la faune du pays des Touâreg du Nord.

Pline nous apprend que le fleuve Nigris (l’Igharghar moderne) était habité par des crocodiles ; que l’éléphant se trouvait à l’état sauvage sur les bords du Guîr, rivière saharienne qui aboutit au Touât, et même dans les belles vallées de Ghariân, au pied des montagnes de la Tripolitaine, au Nord des lacs de Mîherô.

Les historiens, d’accord avec les géographes et les naturalistes, nous enseignent en outre que les Carthaginois se servaient d’éléphants domestiques dans leurs guerres.

Pour que des éléphants aient pu vivre en liberté dans le Nord de l’Afrique, il a fallu que le pays fût alors plus boisé et mieux arrosé qu’aujourd’hui.

Là où il y a assez d’eau pour l’éléphant, il y en a assez pour le crocodile, car l’un et l’autre se rencontrent à peu près partout dans les mêmes localités.

On a été aussi surpris en apprenant, par les explorations de MM. V. Guérin et Roth, que le crocodile se trouvait encore en Palestine dans l’Ouâdi-Timsah, torrent analogue à ceux du Sahara. Désormais ce fait est accepté par la géographie zoologique.

D’ailleurs, l’existence du crocodile dans les lacs du Tasîli du Nord ne serait pas une exception dans la région saharienne, car, s’il faut en croire les Teboû, plusieurs lacs de leurs pays, notamment celui de Domor, sur la frontière du Borgou, seraient aussi peuplés de crocodiles.

L’étonnement du lecteur sera moins grand, s’il se rappelle que les lacs à crocodiles de Mîherô sont une des têtes de l’Igharghar ; que, dans les temps anciens, l’Igharghar était, d’après Hérodote, un grand fleuve « ποταμός μέγας, » qui, sous le nom de _Triton_, se jetait dans la mer après avoir traversé trois grands lacs.

Si le grand fleuve, dont le lit, à sec, n’a pas moins de 6 kilomètres de largeur au point où je l’ai traversé, roulait encore de grandes eaux, personne ne serait surpris que le crocodile fut un de ses hôtes ; par la même raison, on doit accepter comme vraisemblable, l’eau à ciel ouvert ayant manqué dans la partie inférieure du fleuve, que les animaux auxquels il donnait la vie soient remontés jusqu’à ses sources.

Si le ποταμός μέγας d’Hérodote explique la présence des crocodiles dans les eaux des petits lacs de Mîherô, au besoin, ces crocodiles justifient l’identification de l’Igharghar moderne avec l’ancien fleuve Triton.

Avec le temps tout a changé : faute d’eau, le chameau a remplacé le zébu ; faute d’eau, l’Igharghar est devenu un grand ouâdi au lieu d’être un grand fleuve, et de même qu’il y a encore quelques zébus dans l’oasis, riche en eau, de Rhât, de même il y a encore des crocodiles dans les lacs de Mîherô.

La zoologie, dans ces cas, vient confirmer les traditions de l’histoire.

_Gecko des sables._

Les Touâreg et les Arabes sont unanimes pour proclamer le gecko venimeux. Dans le midi de la France aussi le gecko des murailles est réputé dangereux. Tout au plus peut-on admettre que les plaies contuses résultant de la morsure de ce lézard ne guérissent pas comme des plaies simples.

_Ametarhtarh._

Ce lézard, que j’ai rapporté du pays des Touâreg dans de l’alcool, a été reconnu, au Muséum d’histoire naturelle, n’être autre que l’_Agama colonorum_.

Les Touâreg le disent venimeux et prétendent que son virus tue les chiens et rend les hommes malades.

Ce saurien, comme beaucoup d’autres Agames, inspire de l’effroi quand on le voit, pour sa défense, dresser sa tête et son cou armé de piquants, mais il n’est certainement pas venimeux.

_Autres lézards._

Parmi les lézards dont mon exploration constate de nouveau l’existence dans le Sud de l’Algérie se trouvent :

L’_Acanthodactylus Savignyi_, } } _timekelkelt_ des Touâreg. L’_Acanthodactylus vulgaris_, }

L’_Agama agilis_.

Toutes ces déterminations, ainsi que celles des poissons, m’ont été données par M. le professeur Duméril.

_Vipère cornue._

La vipère cornue ou _Cerastes Ægyptiaca_ se trouve dans tout le Sahara : commune dans les bas-fonds et les vallées, rare dans les lieux élevés, recherchant les points où le sol est blanc, fuyant ceux où il est noir.

Plus encore que les autres vipères, ce reptile a besoin d’une grande chaleur pour être dangereux. En hiver, engourdi, il reste enfoui sous les sables ; en été, il se tient volontiers dans son trou pendant tout le temps que le soleil n’échauffe pas la terre de ses rayons. D’ailleurs, craintif, il fuit avec la rapidité de l’éclair au moindre bruit, de sorte qu’une double surprise est nécessaire pour qu’un accident ait lieu.

Quoique plus rare chez les Touâreg que dans les autres parties du Sahara, cette vipère n’en est pas moins redoutée à cause de la gravité de sa morsure, et on prend des précautions pour s’en préserver.

_Vipère des jongleurs._

La vipère des jongleurs, si remarquable par sa marche, la tête relevée et le cou étalé, en signe de menace, lorsqu’elle voit quelqu’un, est rare chez les Touâreg ; on la trouve plus communément au pied du versant Sud de l’Aurès à El-Faïdh et à Chegga, points les plus chauds et les mieux abrités du Sahara algérien.

Les Arabes de ces deux contrées appellent le mâle _tha’abân_ et la femelle _na’adja_, nom conforme à celui sous lequel cette vipère est connue en zoologie : _Naja haje_.

Ce serpent, m’a-t-on dit, atteint la grosseur de la cuisse de l’homme et une longueur de deux à quatre mètres. Il est noir, et, quand il devient vieux, il porterait sur le cou une touffe de poils !

Il est de remarque générale que l’effroi causé par la vue des reptiles leur fait attribuer des dimensions en longueur et en grosseur qu’ils n’ont pas : il y a donc lieu de se tenir en garde contre l’appréciation et les descriptions des gens d’El-Faïdh et de Chegga.

On sait que cette vipère est venimeuse, mais on ne se souvient pas que quelqu’un ait été atteint par son poison.

_Zorreïg._

Le _zorreïg_ est la vipère vulgairement connue en Algérie sous le nom de _Vipère minute_, par une fausse identification avec la vipère du cap de Bonne-Espérance, rapportée par Levaillant. Son nom scientifique est _Échis carinata_ ou _Vipère des Pyramides_ de Geoffroy.

On l’a trouvée aux environs d’Oran, mais elle est plus commune dans le Sud, sans y être très-fréquente. Elle n’existe pas chez les Touâreg.

Desfontaines, qui, le premier, a signalé l’existence du zorreïg dans le Sud de l’Algérie, mais sans l’assimiler à aucune vipère connue, n’ayant pu se la procurer, lui attribue, d’après les indigènes, la faculté de s’élancer comme une flèche contre l’animal ou l’homme qu’elle veut atteindre. Sans avoir cette faculté au degré que la peur a peut-être amplifiée, il est incontestable que le zorreïg se dresse et se lance contre son ennemi, mais toujours à très-faible distance.

L’identification de l’_Échis carinata_ avec le zorreïg des indigènes n’est pas douteuse, car, à Biskra, M. le capitaine Pigalle en possède un exemplaire trouvé dans la contrée, et les Arabes ne lui donnent pas d’autre nom.

_Psammophis punctatus._

Parmi les reptiles que j’ai rapportés du pays des Touâreg et qu’ils confondent avec d’autres sous le nom général d’_âchchel_, s’en trouve un petit que j’ai capturé sur un arbre et qui a été reconnu être le _Psammophis punctatus_.

En l’examinant, on lui a trouvé à la mâchoire supérieure des dents cannelées, à venin, et à la base des dents une glande produisant nécessairement une sécrétion sur les propriétés toxiques de laquelle la science n’est pas bien fixée.

Ce reptile est rangé dans la classe des _Opisthoglyphes_.

_Cœlopeltis insignitus._

Je signale ici, pour mémoire seulement, une couleuvre trouvée dans le Sahara algérien, qui a été reconnue être le _Cœlopeltis insignitus_.

_Serpents fabuleux._

Ils sont au nombre de deux.

Le plus petit, quoique ayant quatre fois la longueur de l’homme, porte une robe grise argentée avec des taches jaunes rougeâtres.

On l’appelle _âchchel_.

Cet animal sort peu l’hiver, il craint le froid.

Le plus grand s’appelle _tânerhouet_ ; il est rare.

Sa peau est tachetée, sa tête est couronnée de cornes, il crie comme un chevreau.

Quand ce serpent marche, il laisse sur le sol des traces profondes de son passage.

Voilà ce que disent les Touâreg.

Mais, leur demande-t-on s’ils ont vu ces serpents, de leurs yeux vu, tous reconnaissent qu’ils en ont seulement entendu parler.

Rien d’étonnant à ces créations imaginaires. Les ancêtres des Touâreg ont probablement, eux aussi, entendu parler de ce fameux serpent de Régulus qui anéantit une armée romaine près de Carthage.

_Poissons._

J’ai déjà dit que les Touâreg avaient trois espèces de poissons dans leur pays : les _imanân_ qui vivent dans quelques rivières, l’_asoûlmeh_ et l’_isattâfen_ qui se tiennent dans les lacs.

Pendant que je séjournais à Tikhâmmalt, les eaux de débordement venues du Tasîli, en traversant les lacs, emmenèrent dans la plaine quelques poissons. Le seul que je pus me procurer est le _Clarias lazera_, l’asoûlmeh des Touâreg, armé de longues barbes, comme ceux de la même espèce trouvés dans le Nil et dans le Niger[92]. (Voir la planche ci- contre.)

D’après les Touâreg, les isattâfen atteindraient la grosseur de la cuisse de l’homme et auraient une longueur de deux à trois coudées.

Les poissons des lacs de Mîhero donnent lieu à une pêche qui contribue à l’alimentation des serfs riverains. A cet effet, ils creusent sur les bords des lacs de petits canaux étroits, aboutissant à des réservoirs dans lesquels les poissons viennent pour y chercher une nourriture qu’ils ne trouvent pas dans les profondeurs des lacs. Quand ils y sont entrés, on referme les conduits et on les prend.

La présence des crocodiles dans ces lacs rend ce mode de pêche difficile et en interdit tout autre.

J’ai rapporté de mon voyage, mais non du pays des Touâreg, d’autres poissons qui ont été reconnus être :

L’un, trouvé dans les fossés de Tougourt, le _Glyphisodon Zillii_. Val. ;

Deux autres, fournis par les eaux artésiennes de l’Ouâd-Rîgh, le _Cyprinodon doliatus_ et le _Cyprinodon cyanogaster_.

Enfin, un quatrième, un _Chromis_, encore indéterminé, commun dans les eaux du Belâd-el-Djérîd, oasis de la Tunisie.

Pl. VIII. Page 238. Fig. 16.

[Illustration : CLARIAS LAZERA (POISSON DE L’OUADI-TIKHAMMALT).

Dessiné d’après nature, par M. Bocourt, sur le sujet rapporté par M. H. Duveyrier et déposé au Muséum d’histoire naturelle de Paris.]

_Scorpion._

Le scorpion est généralement plus commun que la vipère, mais, comme ce reptile, il préfère les bas-fonds chauds et humides aux terrains élevés, froids et secs.

On en distingue deux variétés : le noir et le jaune. On dit le venin du noir plus dangereux. C’est à vérifier.

Cette arachnide est relativement plus rare chez les Touâreg que dans les autres parties du Sahara, et sa piqûre y est moins dangereuse, car on dit qu’elle ne détermine pas des accidents graves. Dans les maisons des oasis, les piqûres sont plus fréquentes, le scorpion trouvant un refuge dans les interstices des briques crues des murailles, et l’obscurité favorisant ses attaques. A El-Ouâd, j’ai été piqué ainsi, dans mon lit, en dormant ; heureusement, une légère cautérisation avec l’ammoniaque liquide a aussitôt neutralisé les effets du virus.

_Araignée venimeuse._

Cette araignée du genre _Galeodes_, dont l’Algérie possède plusieurs espèces, paraît affecter les plateaux élevés, car, dans mon exploration du Sahara, je ne l’ai trouvée que chez les Beni-Mezâb et chez les Touâreg.

L’exemplaire de cette espèce que j’ai rapporté n’a pu être, faute de temps, déterminé par M. Lucas, professeur au Muséum d’histoire naturelle. (Voir _Mémoires de l’Académie des sciences_ : Galeodes.)

Le venin de cette araignée ne produit jamais d’accidents sérieux.

_Coléoptères._

D’autant moins nombreux et moins variés qu’on s’avance dans le Sahara, les coléoptères n’offrent guère à l’entomologiste que les genres suivants : cicindèles, graphiptères, carabes, scarites, buprestes, ateuchus, bouziers, blaps, pimelies.

A peu près tous les insectes du pays des Touâreg sont noirs.

Les sujets que j’ai rapportés de mon voyage sont :

Des _Cicindèles_, indéterminables par suite d’avaries ;

L’_Anthia venatrix_ ;

L’_Anthia sexmaculata_ ;

Le _Scarites heros_ ;

La _Pimelia senegalensis_ ;

Une _Adesmia_, voisine de la _montana_ de Klug ;

Le _Trachiderma hispida_ ;

Le _Scaurus carinatus_ ;

Une _Akis_ indéterminée ;

L’_Agryporus notodenta_ ;

L’_Ateuchus sacer_.

_Sauterelles._

Lors de mon séjour chez les Touâreg, il y avait plusieurs années que la sauterelle voyageuse n’avait paru : aussi n’en avaient-ils plus en provision. Je sais toutefois que l’apparition de ces orthoptères, calamité pour les habitants du Tell, est pour eux, comme pour tous les autres Sahariens, une bonne fortune, car elle leur assure des subsistances pour quelque temps.

On conserve les sauterelles, soit confites dans l’huile, soit desséchées ou réduites en poudre.

D’après la loi musulmane, ces animaux doivent être privés de la vie par un procédé quelconque, l’asphyxie ou l’ébullition, avant d’être conservés pour la nourriture de l’homme, car, si on les laissait mourir de leur belle mort, ils seraient réputés _djîfa_ et défendus ; mais il est douteux que cette prescription religieuse soit observée.

Depuis mon retour, on m’a fait part de la bonne nouvelle de l’arrivée de cette manne du désert.

Il faut avoir vu des invasions de sauterelles pour se faire une idée de l’étendue qu’elles embrassent et des ravages qu’elles causent.

Quelquefois leurs essaims, aussi épais que des nuages, obscurcissent le soleil à plusieurs kilomètres à la ronde et font en volant un bruit sourd qui s’entend à de très-grandes distances.

Malheur aux contrées sur lesquelles ils s’abattent, car ils y détruisent toute la végétation et dévorent les champs les plus riches, comme si le feu y avait tout consumé !

_Libellules._

Elles n’existent qu’autour des sources, les unes rares comme les autres. C’est à peine si j’en ai vu quelques-unes pendant toute la durée de mon voyage.

_Abeilles._

L’apiculture est très-restreinte chez les Touâreg : l’état nomade des populations et la pauvreté de la flore la rendent difficile ; néanmoins, dans les établissements fixes, quelques ruches donnent, dit-on, d’excellent miel.

Des abeilles sauvages, plus communes que les abeilles domestiques, déposent leurs gâteaux dans les rochers, dans les trous des arbres. Quand on les découvre, on les récolte avec soin.

Il semblerait que cette abeille, domestique ou sauvage, a été importée chez les Touâreg, soit de Tunis, soit du Soûdân, car ils assimilent l’espèce productive du véritable miel à celle de ces contrées, et ils l’appellent _tîhenkêkert-en-toûrâout_ (mouche du miel), pour la distinguer d’une autre mouche indigène à laquelle ils donnent le nom de _tîhenkêkert-en-tâment_ (mouche du _tâment_).

Les Touâreg appellent _tâment_ des gouttes de miel ou de résine mielleuse qu’on trouve adhérente aux feuilles du tamarix éthel.

Cette liqueur, douce, sucrée, que j’ai souvent goûtée, et à laquelle j’ai trouvé beaucoup des qualités du miel, est-elle produite par l’arbre ou par une mouche mellifère ? Je l’ignore.

Quoi qu’il en soit, jusqu’à ce que le doute ait disparu, je constate qu’il y a chez les Touâreg une mouche spéciale, abeille ou non, à laquelle ils donnent le nom de mouche d’un miel particulier, autre que celui de l’abeille ordinaire.

Un troisième miel, fourni par un insecte ou par une larve que les Touâreg appellent _kharnît_, est de qualité inférieure.

Dans la XXVIe surate du Coran, le Prophète s’exprime ainsi sur le miel :

Verset 70. « Ton Seigneur a fait cette révélation à l’abeille : Cherche- toi des maisons dans les montagnes, dans les arbres, dans les constructions des hommes. »

Verset 71. « Nourris-toi de tous les fruits et voltige dans les chemins frayés par ton Seigneur. De tes entrailles sort une liqueur de différentes espèces, et elle contient un remède pour les hommes. »

Commentant lui-même la parole de Dieu révélée par l’ange Gabriel, le Prophète ajoute dans ses _Hadîth_ :

« Deux choses sont salutaires et nécessaires : le Coran et le miel. »

Et ailleurs, il complète sa pensée en disant : « Quiconque en mourant aura du miel dans le ventre ne verra pas le feu de l’enfer. »

Es-Sioûti, qui a recueilli en un livre toutes les pratiques médicales du Prophète, enseigne que le miel détruit la pituite, chasse la trop grande humidité du corps, déterge les ulcères de mauvaise nature et guérit les affections dépendantes de l’atrabile.

« Mêlez, dit-il, du sel avec du miel, frictionnez avec ce mélange la langue d’un enfant qui n’a pas encore parlé : non-seulement cette opération lui donne la parole, mais elle développe extraordinairement son organe vocal. » Avis aux chanteurs qui voudront faire usage de la recette ; je la leur livre telle qu’elle se trouve dans Es-Sioûti.

Recommandé par le Prophète, le miel est le remède par excellence de tous les musulmans ; il joue un rôle d’autant plus grand dans la vie des Touâreg que le sucre leur manque.

Les riches font usage du _toûrâout_, les moins riches du _tâment_ et les pauvres du _kharnît_, mais cet usage est très-limité.

_Lépidoptères._

Je n’ouvre ici un compte aux papillons du Sahara que pour constater leur rareté et leur infériorité sur tous les papillons connus.

A quoi bon des animaux si brillants et si délicats au milieu du désert et d’une nature désolée ?

_Mouches et moustiques._

Si les papillons n’embellissent pas le désert, par contre les mouches et les moustiques contribuent à y rendre l’existence de l’homme très- pénible, surtout dans les parties habitées.

Pendant le jour les mouches, pendant la nuit les moustiques : c’est à n’y pas tenir. Il faut cependant s’habituer à leurs persécutions.

Les moustiques au moins restent dans les oasis, dans les campements où il y a de l’eau ; mais les mouches suivent les caravanes au milieu des déserts les plus arides.

Plus d’une fois, dans les villes, pour pouvoir écrire, je me suis vu dans la nécessité de faire la nuit autour de moi et d’allumer la bougie en plein jour.

_Scolopendre._

Ce myriapode, généralement connu sous le nom vulgaire de _mille-pieds_, se trouve dans le Sahara, particulièrement dans les endroits pierreux.

Ses fourches caudines contiennent un venin subtil assez puissant pour renverser l’homme, comme pourrait le faire une forte décharge d’électricité ; mais, ce premier effet passé, les traces du virus disparaissent promptement. Cependant il détermine parfois des vomissements et une sorte d’engourdissement général.

_Vers comestibles._

Ces vers, que l’on pêche dans les lacs du Fezzân, ne sont autres que les larves d’une diptère à laquelle on a donné le nom de _Arthemia Oudneii_, en souvenir de l’exploration qui coûta la vie au docteur Oudney.

Mouches et larves se trouvent par myriades : les premières sur les rives des lacs et sur les eaux assez denses pour les porter ; les secondes dans les vases d’où elles sortent à des époques périodiques, correspondant, pour le printemps, à la maturité de l’orge, et pour l’automne, à la maturité des premières dattes ; époques auxquelles les lacs sont agités et bouleversés par les tempêtes équinoxiales.

On distingue deux sortes de vers : l’un, rouge-carmin, la _doûda_ proprement dite, de qualité supérieure ; l’autre, brun-jaunâtre, la _tâkeroûka_, de qualité inférieure.

Le corps de ces petits animaux a quelques millimètres de longueur à peine, de la tête à la queue, entre lesquelles est un petit canal intestinal tracé en noir. La tête supporte deux antennes terminées par des points noirs qui sont les yeux ; la queue et les flancs sont armés de petites rames ou nageoires en éventail. Ces vers nagent indistinctement sur le ventre et sur le dos.

La pêche se fait au moyen d’un sac allongé, tenu ouvert par un cercle et supporté par un long manche.

Dans le sac de pêche se trouvent aussi, avec les vers, des fucus dont j’ai déjà parlé. (Voir page 209.) Vers et fucus sont laissés ensemble.

La pêche et la préparation des vers sont dévolues aux femmes.

Après chaque pêche, les vers sont pétris en pains et exposés au soleil pour être séchés, puis on les met dans des petites bourriches pour les conserver en silos.

Cette denrée alimentaire se vend dans tout le Fezzân ; on la mange quelquefois seule, bouillie, mais le plus souvent en sauce, avec d’autres aliments. Le goût de ces vers rappelle celui de crevettes un peu faisandées ou mal préparées ; nonobstant, les indigènes en font grand cas.

Les vers de première qualité ne se trouvent que dans le Bahar-ed-Doûd ; ceux de seconde qualité sont pêchés dans le lac de Mâfou ; on en trouve aussi dans le premier lac. (Voir la planche ci-contre.)

Pl. IX. Page 244. Fig. 17 et 18.

[Illustration : Fig. 1. — VUE DU BAHAR-ED-DOÛD.

D’après un dessin de M. H. Duveyrier.]

[Illustration : LARVE. NYMPHE. MOUCHE.

(La taille de l’insecte sous chaque forme est indiquée par un petit trait.)

Fig. 2. — ARTHEMIA OUDNEII.

Dessinée d’après nature, par M. Bocourt, sur les insectes rapportés par M. H. Duveyrier et déposés au Muséum d’histoire naturelle.]

_Parasites de l’homme._

Le ver de Guinée est trop connu pour que je le décrive. Je constaterai seulement qu’il atteint presque tous les Touâreg qui vont au Soûdân, et que cet animal, dont on se débarrasse difficilement, laisse après lui des traces de cicatrices considérables.

Les Européens qui iront dans l’Afrique centrale doivent s’attendre à subir, sous ce rapport, la loi commune.

_Puce._

Je dois constater ici un fait important : la puce n’existe pas sur le plateau central du Sahara. Elle accompagne le voyageur jusqu’aux points où l’humidité de l’air lui permet de vivre, mais elle disparaît dès qu’on entre dans le pays sec.

NOTE.

Tous les échantillons de roches, de minéraux, de plantes, d’animaux, rapportés de mon voyage et classés dans l’ordre de cet ouvrage, vont être prochainement remis au _Muséum d’histoire naturelle_ de Paris, où chaque personne intéressée à consulter ces collections pourra en prendre connaissance.

Mon registre d’observations météorologiques sera également remis au Bureau de la _Société météorologique_ de France, qui, je l’espère, le publiera dans son _Bulletin_.

Quant à l’Atlas original de mes itinéraires, comprenant quatre-vingt feuilles, il sera déposé soit au _Dépôt des cartes de la Guerre_, soit à la _Bibliothèque de la Société de géographie_ de Paris, dès que le dessin et la gravure des diverses cartes de mon exploration me permettront d’en disposer.

[Note 90 : Nom général de l’espèce.]

[Note 91 : Ne pas confondre cette localité avec celle du même nom, sur la route de Mourzouk à Koûka.]

[Note 92 : Voici la description de ce poisson, d’après un extrait de l’_Histoire naturelle des Poissons_, par M. le baron Cuvier et M. A. Valenciennes, tome XV, page 372 :

_Le Harmouth lazera_ (_Clarias lazera_, Nob.).

Nous trouvons une figure parfaitement reconnaissable de l’un d’eux dans les dessins faits dans la haute Égypte par M. Riffaud.

Les caractères tirés de la disposition des dents vomériennes sont très- sensibles. Le crâne est un peu plus large en avant, surtout parce que le grand sous-orbiculaire postérieur est plus large ; il est un peu convexe transversalement, et sa pointe mitoyenne, due à la proéminence interpariétale, est un peu plus obtuse ; ses barbillons beaucoup plus longs. Le maxillaire dépasse la pectorale, et atteindrait à la naissance de la dorsale ; le nasal a moitié de sa longueur, le sous-mandibulaire externe en a les trois quarts, et touche le milieu de la pectorale ; l’interne est de moitié plus court que l’externe. Une autre différence bien marquée, c’est que les dents vomériennes sont mousses, ou comme de petits pavés ronds, serrés, disposés sur un croissant plus large dans le milieu...

Le dessus de ce poisson paraît cendré, et le dessous blanchâtre. Les nageoires sont d’un cendré brun. Sur le dos sont de chaque côté des séries verticales de points blancs, au milieu de chacun desquels paraît un petit pore, elles ne dépassent pas la ligne latérale, et l’on en compte neuf ou dix depuis la nuque jusqu’au milieu de la longueur où elles s’effacent par degrés.

Le cabinet du roi en a un long de trois pieds.]

LIVRE III.

CENTRES DE RAYONNEMENT.

Dans tout le Sahara, l’existence matérielle et morale des nomades n’est assurée qu’au moyen d’annexes sédentaires, assises dans des lieux d’élection, au centre de leurs pérégrinations ou sur la périphérie de leurs terres de parcours.

Ces annexes, organes essentiels de la vie intérieure et des relations extérieures des tribus, appellent tout d’abord l’attention.

Parmi ces centres, les uns sont exclusivement commerciaux, les autres exclusivement religieux.

Les centres commerciaux sont des villes : Ghadâmès et Rhât, en territoire târgui ; Mourzouk, Ouarglâ et In-Sâlah, sur les frontières de leurs parcours, mais dans le rayon des relations journalières des Touâreg.

Les centres religieux, au nombre de quatre, sont ou des confréries organisées en vastes associations ou des familles princières de marabouts exerçant une sorte de pouvoir spirituel sur leurs clients.

Les confréries sont : celle des Tedjâdjna, dont le siége principal est à Temâssîn, dans l’Ouâd-Rîgh (Algérie), et celle des Senoûsi, dont la métropole est à Jerhâjîb, dans un désert situé entre la Tripolitaine et l’Égypte.

Les familles princières de marabouts sont les Bakkây, à Timbouktou, et les Oulâd-Sîdi-Cheïkh, à El-Abiodh, dans le cercle de Géryville (Algérie).

Dans les confréries, les chefs sont des _cheïkh_, vénérables, des _moqaddem_, gardiens ; les disciples sont des _khouân_, frères.

Dans les familles de marabouts, l’autorité souveraine est exercée par l’aîné, _cheïkh_, vénérable, mais avec le concours des autres membres de sa famille, marabouts comme lui ; les clients sont des _khoddâm_, serviteurs.

Ces quatre centres religieux embrassent dans leurs juridictions, à peu près sans exception, toutes les populations des villes et des campagnes du Sahara central.

Leur action s’exerce, dans chaque groupe, soit par des _zâouiya_, sanctuaires fixes, à la fois églises ou lieux de réunion et écoles ou académies d’enseignement, vers lesquelles convergent les disciples et les serviteurs, soit par des missionnaires ambulants qui vont, de tribu en tribu, pour diriger les consciences et rappeler aux nomades les liens qui les rattachent à leurs chefs spirituels.

Ce livre sera donc divisé en deux chapitres : les centres commerciaux et les centres religieux ; et chaque chapitre subdivisé en autant de paragraphes qu’il y a de centres d’attraction.