CHAPITRE II.
VÉGÉTAUX.
Le règne végétal est un peu plus riche que le règne minéral, car, quoique les sommets des montagnes, leurs versants, ainsi qu’une partie des plateaux, soient dénudés et entièrement stériles, on trouve, dans les nombreuses vallées du pays, des points plus favorisés où la végétation saharienne s’allie avec quelque représentants de celle des tropiques et du bassin de la Méditerranée.
Les végétaux domestiques sont en très-petit nombre. Si je devais ne citer que ceux cultivés par les Touâreg eux-mêmes, la liste serait close quand j’aurais nommé le dattier, le figuier, le blé, l’orge, le sorgho, le millet : en tout six végétaux.
Mais, dans le territoire même des Touâreg, sont les oasis de Ghadâmès, de Rhât, de l’Ouâdi-Lajâl, de l’Ouâdi-’Otba, de Djânet, d’Idélès, habitées par des sédentaires dont les cultures sont un peu plus variées.
Voyageur et non botaniste, j’ai recueilli à peu près toutes les plantes que j’ai vues et tous les renseignements que pouvaient me donner les indigènes sur la végétation de leur pays ; mais je n’ai pas la prétention d’avoir rapporté de mon voyage toute la richesse végétale des contrées traversées, comme eût pu le faire un explorateur exclusivement chargé d’étendre le domaine de nos connaissances en histoire naturelle au Sud de l’Algérie.
J’ai scrupuleusement recueilli les noms indigènes, en langue arabe et en langue temâhaq, parce que je crois la connaissance de cette double synonymie nécessaire aux personnes auxquelles l’avenir réserve de voyager avec les caravanes. Cette synonymie n’a pas les défauts de celle des noms vulgaires assignés aux plantes par nos paysans en Europe ; chez les peuples pasteurs, chacun connaît exactement le nom, les stations et les propriétés de chaque plante, et les noms, quand les caractères distinctifs sont bien tranchés, ne varient pas d’une localité à une autre, mais se conservent tant que la même langue est parlée. Or, comme la langue arabe est connue dans tout le monde musulman, et la langue berbère, dont le temâhaq est un des dialectes, dans tout le Nord du continent africain, il y a presque certitude d’être compris des indigènes en leur nommant une plante dans l’une de ces deux langues.
Dans la classification des plantes, objet de cet examen, j’ai adopté l’ordre naturel des familles.
Je dois à l’extrême obligeance de M. le docteur Cosson, président de la Société botanique de France et chargé par le gouvernement de la publication de la _Flore de l’Algérie_, la détermination exacte de toutes les plantes de mon herbier et même de quelques-unes de celles dont je me suis borné à mentionner le nom dans mon journal de voyage, sachant par les comptes-rendus des explorations du savant botaniste qu’il les avait déjà déterminées.
Je mentionne cet utile concours, autant par reconnaissance que pour assurer à cette partie de mon travail le caractère sérieux que lui donne la collaboration de M. le docteur Cosson.
RENONCULACÉES.
ADONIS MICROCARPA DC. ?
Boû-garoûna (_arabe_).
Récolté le 13 mars 1860, dans les environs du Chott-Melghîgh.
Sans emploi connu.
RANUNCULUS MURICATUS L.
Kosberbîr (_arabe_).
Récolté le 13 mars 1860, dans les environs du Chott-Melghîgh.
Sans emploi connu. Croît dans les terrains humides.
NIGELLA SATIVA L.
Sahnoudj, Habbet-es-soûda (_arabe_).
Cultivé dans quelques jardins des oasis.
« Procurez-vous de la graine noire (mot à mot, _habbet-es-soûda_), a dit le prophète Mohammed : c’est un préservatif contre toutes les maladies. »
En exécution de cette prescription, les bons musulmans prennent volontiers, le matin, une pincée de graine de nigelle dans une cuillerée de miel, à l’effet de préparer les voies digestives et d’ouvrir l’appétit.
FUMARIACÉES.
FUMARIA CAPREOLATA L.
Guerîn-djedey, Sibân (_arabe_).
Récolté le 13 mars 1860, dans les environs du Chott-Melghîgh.
Cette plante est employée par les indigènes en lotion contre les démangeaisons et en fumigations contre les douleurs.
CRUCIFÈRES.
MATTHIOLA LIVIDA DC.
Guelguelân (_arabe_) d’après M. le docteur Cosson ; Tamadé (_temâhaq_).
Récolté le 2 mars 1861, à Tîn-Arrây.
Cette plante vient dans les sables.
MATTHIOLA OXYCERAS DC.
Hârra (_arabe_) ; Tânekfâït (_temâhaq_).
Récolté le 7 mars 1860, au S.-O. de Nafta, entre Guettâra-Ahmed- Ben-’Amâra et Gâret-Djâb-Allah.
Affectionne les terres de heycha.
ANASTATICA HIEROCHUNTICA L.
Akarba (_temâhaq_) ; Kômecht-en-Nebî (_arabe fezzanien_) ; Kerchoûd (_au Bergou_).
Reconnu entre Ghadâmès et Rhât.
Cette plante est vulgairement connue sous le nom de _rose de Jéricho_.
MALCOLMIA ÆGYPTIACA Spreng.
El-Maroûdjé, El-Hamâ (_arabe_) ; Almaroûdjet (_temâhaq_).
Récolté le 2 janvier, les 8, 21 et 29 février 1861, sur l’Ouâdi-Alloûn et à Aghelâd. Reconnu en huit stations entre Ghadâmès et Rhât.
Cette plante donne un excellent fourrage que tous les animaux recherchent. Elle vient dans les sables.
SENEBIERA LEPIDIOIDES Coss. et DR. in _Bull. Soc. bot._
Harharha (_arabe_ et _temâhaq_).
Récolté à Sâghen, le 1er janvier 1861.
Peu commun, comestible.
MORICANDIA SUFFRUTICOSA Coss. et DR. _Brassica suffruticosa_ Desf.
Foûl-el-djemel, Foûl-el-ibel (_arabe_) ; Afarfar (_temâhaq_).
Récolté aux environs de Ghadâmès et sur l’Ouâdi-Tînzeght, les 12 et 13 novembre 1860. Peu commun. Plus abondant dans les montagnes du Ahaggâr, entre Rhât et In-Sâlah.
Plante recherchée par les chameaux, ainsi que l’indique son nom indigène : _fève du chameau_.
HENOPHYTON DESERTI Coss. et DR. in _Bull. Soc. bot._
Alga, Allegommo (_arabe_).
Récolté dans les dunes de l’’Erg, entre ’Erg Boû-Delîl et Medhaheb-ech- Cherguîya ; sur la route de Merhayyer à Gomâr, le 5 février 1860, et entre El-Ouâd et Ouarglâ, sur l’Ouâdi-Çîdah, le 16 février 1860.
Cette plante recherche les sables.
DIPLOTAXIS DUVEYRIERANA Coss. _sp. nova._
Hârra (_arabe_) ; Tânekfâït (_temâhaq_).
Récolté les 9 et 18 février 1861, sur l’Ouâdi-Alloûn et l’Ouâdi-Târât. Rencontré en onze stations entre Ghadâmès et Rhât.
Cette espèce nouvelle, désormais destinée à rappeler le souvenir de mon voyage, grâce à l’extrême bienveillance de M. le docteur Cosson, est une de ces nombreuses plantes de la famille des Crucifères dont les Touâreg font usage pour leur alimentation. A défaut d’autres provisions, j’ai été souvent heureux de la mettre à contribution pour l’approvisionnement de ma table et de celle de mes serviteurs. Son usage délassait mon estomac fatigué des légumes secs, les seuls à la disposition des caravanes. Je ne me doutais pas alors que je mangeais un plante qui plus tard porterait mon nom.
DIPLOTAXIS PENDULA DC.
Récolté le 12 mars 1860, dans les montagnes de Kerîz.
Comestible comme la précédente.
ERUCA SATIVA Lmk. _E. stenocarpa_ Boiss. et Reut.
Hârra (_arabe_) ; Tânekfâït (_temâhaq_).
Récolté à Sâghen et sur l’Ouâdi-Alloûn, les 1er janvier et 29 février 1861. Commun.
Cette plante est également comestible et mangée par les Touâreg.
La graine et le suc de cet _Eruca_, concurremment avec les mêmes parties des deux _Diplotaxis_ ci-dessus, sont employés comme remède contre la gale des chameaux.
SCHOUWIA ARABICA DC.
Alouâs (_temâhaq_).
Trouvé et récolté à Tikhâmmalt, le 27 janvier, et à Tîn-Têrdja, le 2 mars 1861.
Plante rare, spéciale aux déserts d’Arabie et non encore trouvée en Berbérie.
ZILLA MACROPTERA Coss. in _Bull. Soc. bot._
Chobrom, dans l’Est ; Chebreg, dans l’Ouest (_arabe_) ; Oftozzon (_temâhaq_).
Récolté à Aghelâd, le 8 février, et sur l’Ouâdi-Alloûn, les 28 et 29 février 1861, entre Ghadâmès et Rhât ; signalé sur le plateau de Tâdemâyt, entre le Touât et le pays des Benî-Mezâb.
Cette plante épineuse, qui croît en touffes larges, est avidement mangée par les chameaux.
BRASSICA NAPUS L. ?
Left (_arabe_) ; Afrân (_temâhaq_).
Le navet est cultivé dans les jardins de toutes les oasis, où il vient très-bien.
Sa racine, crue ou cuite, sert à l’alimentation.
Sa graine est employée comme médicament.
BRASSICA OLERACEA L. ?
Kronb (_arabe_).
Le chou ne paraît pas très-bien réussir dans les oasis, à moins que la variété qui y est cultivée ne soit inférieure à celle de nos jardins d’Europe.
CAPPARIDÉES.
CLEOME ARABICA L.
Mekhînza, Oumm-el-djelâdjel (_arabe_) : le premier usité à Ghadâmès, le second au Fezzân ; Ahôyyarh, Wôyyarh (_temâhaq_).
Récolté le 26 août 1859, dans l’Ouâd-Mezâb ; le 6 septembre 1860, aux environs de Ghadâmès ; le 7 février 1861, à Aghelâd ; le 2 mars 1861, à Tîn-Têrdja.
Cette plante croît dans les sables et dans les pierres.
MÆRUA RIGIDA R. Br.
Sarah (_arabe_) ; Adjâr (_temâhaq_).
Récolté le 1er avril 1861, à Ouarâret.
Cet arbre, assez rare, vit toujours isolé.
Son tronc a de 3 à 4 mètres de hauteur et de 0m 70 à 1m de circonférence en moyenne.
Ses branches, noueuses, peu nombreuses, ne retombent pas comme dans les autres arbres, mais se dressent verticalement vers le ciel. Elles partent de terre et donnent à l’arbre l’aspect d’une grande broussaille.
Ses feuilles sont petites.
Il était en fleur le 1er avril.
Par son port et sa taille cet arbre rappelle le _Balanites Ægyptiaca_, mais il n’a pas d’épines et ses feuilles sont différentes.
CAPPARIS SPINOSA L. _var._ CORIACEA.
Kebbâr (_arabe_).
Récolté le 24 août 1859, dans une ravine aride montant au Qaçar-Sîdi- Saád. Reconnu dans les vallées de l’Ouâd-Mezâb et entre Methlîli et El- Golêa’a, où il est commun.
Les belles fleurs roses de cet arbrisseau rampant et épineux distraient agréablement la vue de la monotonie des solitudes désertiques.
Les médecins arabes font un grand usage du bois de câprier dans les maladies chroniques et notamment dans la dyssenterie.
CISTINÉES.
HELIANTHEMUM SESSILIFLORUM Pers.
Semhari, Reguîg (_arabe_) ; Tahaouat, Tahesouet (_temâhaq_).
Reconnu en cinq stations dans la région de l’’Erg, entre El-Ouâd et Ghadâmès ; commun aux environs de Ghadâmès, dans les plaines au pied du Ahaggâr et entre El-Golêa’a et Methlîli.
Récolté dans la Hamâda de Tînghert, près de la Gâra de Tîsfîn, le 16 septembre 1860.
Plante de sables, mangée par les chameaux.
HELIANTHEMUM CAHIRICUM Delile.
Rega (_arabe_) ; Aheo (_temâhaq_).
Récolté dans l’Ouâd-Mezâb. Commun dans les environs de Ghadâmès.
Plante sans importance.
HELIANTHEMUM TUNETANUM Coss. et Kral. in _Bull. Soc. bot._
Récolté le 18 mars 1860, entre El-Hâmma et Gâbès, dans un pays aride et rocheux.
Cette plante est sans importance pour l’alimentation des animaux.
RÉSÉDACÉES.
RESEDA STRICTA Pers.
Récolté dans les montagnes de Kerîz, le 12 mars 1860.
Plante sans importance.
FRANKÉNIACÉES.
FRANKENIA PULVERULENTA L.
Guenoûna, Melêfa (_arabe_).
Récolté autour des mares des dattiers, dans les jardins de Ghardâya, en 1859, et dans ceux de Sîdi-Khelîl, le 5 juin 1860.
Cette plante aime l’ombre et les endroits humides. Sans importance.
FRANKENIA PALLIDA Boiss. et Reut.
Melêfa (_arabe_).
Récolté sous les dattiers de Sîdi-Khelîl, le 5 juin 1860.
Même observation que ci-dessus.
MALVACÉES.
MALVA PARVIFLORA L.
Khoubbîz (_arabe_).
Récolté en 1859, dans les jardins de Ghardâya.
Plante émolliente, employée comme médicament par les indigènes.
HIBISCUS ESCULENTUS L.
Meloûkhîa (_arabe_).
Le meloûkhîa (_gombo_ des Européens) est le légume favori des Orientaux, aussi le cultive-t-on dans tous les jardins potagers des oasis. C’est un fruit très-mucilagineux, sain et d’une digestion facile.
On le mange en ragoût avec la viande.
On l’emploie également cru en salade.
GOSSYPIUM VITIFOLIUM Lmk.
Koton-bernâoui (_arabe_) ; Tâbdoûq (_temâhaq_).
Récolté le 24 juin 1861, à Mourzouk, où ce cotonnier est cultivé.
Ce cotonnier, cultivé dans tout le Fezzân, a été importé du Bornou (Afrique centrale), ainsi que l’indique son nom arabe. Il est à courte soie. Dans les graines que j’en ai rapportées, M. Hardy, directeur du jardin d’acclimatation d’Alger, a reconnu deux variétés : l’une blanche et l’autre nankin.
GOSSYPIUM HERBACEUM L.
Koton-fezzâni (_arabe_) ; Tâbdoûq (_temâhaq_).
Récolté le 22 mai, à Tekertîba, oasis de l’Ouâdi-el-Gharbî, et à Mourzouk, le 24 juin 1861, où il est cultivé.
Le cotonnier du Sahara ne peut figurer ici que pour mémoire, en raison du peu d’importance de sa production. Cependant, il y est cultivé et à très-bas prix ; c’est là un point important, car le bas prix résulte de l’abondance de la main-d’œuvre et des conditions climatériques qui rendent cette culture certaine, sans exiger aucun travail sérieux autre que celui de la cueillette, conditions qui ne peuvent être modifiées.
Au Fezzân, j’ai trouvé le cotonnier en fleur au mois de juin, c’est-à- dire à l’époque où il commence à sortir de terre sur le littoral algérien.
Il en est de même au Touât.
Dans ces deux archipels d’oasis, rien ne sollicite la production, limitée aux besoins des ménages ; car on y reçoit de l’Europe et de l’Afrique centrale des étoffes qu’il est plus commode d’acheter. Mais, dans ces deux districts, il y a un excédant de population qui est forcé d’émigrer pour aller demander des moyens d’existence à d’autres contrées, et il préférerait trouver sur place l’emploi de ses bras. Il s’adonnerait donc volontiers à la culture du coton, si ce produit avait un débouché régulier et assuré.
L’espace non plus ne manque pas, car avec des puits on peut créer des oasis partout où la terre végétale recouvre la roche et les sables.
Si le Touât et le Fezzân paraissaient trop éloignés des ports de l’Algérie, ou si leur situation en dehors de notre colonie devait être un obstacle à des encouragements directs à une culture développée, il y a, dans le Sahara algérien même, la zone des puits artésiens, qui peut produire le coton courte soie dans des conditions climatériques et de main-d’œuvre analogues à celle du Fezzân et du Touât.
Là, le nègre est dans son climat de prédilection, et dès qu’il saura qu’un gouvernement capable de le faire respecter y creuse des puits pour cultiver le coton, il y viendra, et il suffira de lui donner de bonnes graines et de lui enseigner les meilleures méthodes de culture.
J’ai rapporté des graines du cotonnier fezzanien et du cotonnier soudanien, pour être ensemencées au jardin d’acclimatation d’Alger. On ne tardera pas à être fixé sur leur valeur comme semences à propager en Algérie.
Pl. V. Page 155. Fig. 10 et 11.
[Illustration : Fig. 1. — VUE DE LA ZÂOUIYA DU CHEÏKH-EL-HOSEYNI, A OUBÂRI.
D’après un dessin de M. H. Duveyrier.]
[Illustration : Fig. 2. — VUE DU VILLAGE DE TEKERTÎBA.
D’après un dessin de M. H. Duveyrier.]
AURANTIACÉES.
CITRUS MEDICA L.
Chedjret-el-Lîm (_arabe_).
Un seul citronnier existe dans l’oasis de Ghadâmès. Je ne pense pas qu’il y en ait à Rhât. Au Fezzân, on en compte quelques-uns. Au Touât, ils doivent être rares aussi.
Si un arbre, dont le fruit est si précieux dans la saison des grandes chaleurs, n’est pas plus répandu dans les oasis, c’est que probablement il y résiste à l’acclimatation.
CITRUS AURANTIUM L.
Chemmâm (_arabe_).
L’oranger réussit un peu mieux que le citronnier et il y est un peu plus commun, sans cesser d’être rare cependant.
Les oranges des oasis, même celles du Zibân, sont loin de valoir celles du littoral méditerranéen.
AMPÉLIDÉES.
VITIS VINIFERA L.
Dâlia (_arabe_).
La vigne est cultivée dans toutes les oasis. Le 12 juillet 1861, les raisins étaient mûrs à Trâghen, au moment de mon passage.
Le raisin frais, _’aneb_, qui en provient, de qualité inférieure, est mangé en fruit. Le raisin sec, _zebîb_, qui entre comme condiment dans le couscoussou, est tiré du Nord.
D’après les renseignements qui me sont fournis, il existerait dans les montagnes du Ahaggâr trois variétés de vignes sauvages auxquelles les Touâreg donnent les noms de _tezzebibt_, de _tâlekat_ et _telôkat_.
Le raisin des vignes sauvages, toujours petit, est de qualité inférieure.
Le Touât paraît posséder quelques bonnes variétés de raisin.
Les musulmans ne font jamais de vin, mais ils conservent des raisins cuits et confits dans le sucre ; ils donnent à cette préparation le nom de _robb-el-’aneb_.
GÉRANIACÉES.
ERODIUM GLAUCOPHYLLUM Ait.
Sa’adân (_arabe_).
Récolté le 7 mars, entre Guettâra-Ahmed-ben-’Amâra et Nafta, et le 12 mars dans les montagnes de Kerîz.
Cette petite plante affectionne les terres de heycha.
ZYGOPHYLLÉES.
TRIBULUS MEGISTOPTERUS Kral. in _Ann. sc. nat._ _var._ MACROCARPUS.
Bôriel (_temâhaq_).
Trouvé et récolté dans une station unique, le 5 mars 1861, à Tiferghasîn, entre Ghadâmès et Rhât.
Sans importance.
ZYGOPHYLLUM GESLINI Coss. in _Bull. Soc. bot._
Bou-grîba, Agga (_arabe_).
Récolté le 13 mars 1860 sur les bords de la Sebkha de Sedâda.
Affectionne les terres salines des sebkha.
FAGONIA SINAICA Boiss.
Choreïka (_arabe_).
Récolté le 12 mars 1860, dans les montagnes de Kerîz et près de la Gâra de Tisfîn, aux environs de Ghadâmès. Abondant dans les dunes.
Malgré ses épines, les chameaux ne dédaignent pas cette plante.
FAGONIA FRUTICANS Coss. in _Bull. Soc. bot._
Chega’a, Reguîg (_arabe_).
Récolté en septembre 1859, entre Hâssi-Dhomrân et Chaábet-Timedaqsîn, sur la route de Methlîli à El-Golêa’a, et sur la hamâda, près de la Gâra-Tîfsîn, aux environs de Ghadâmès, le 16 septembre 1860.
Assez commun, quoique rare dans le Sahara algérien.
BALANITES ÆGYPTIACA Delile.
Hadjilidj (_arabe local_), Heglig (_arabe d’Égypte_), Tebôraq (_temâhaq_), Tchaïchot (au _Touât_), Addaoua (au _Haoussa_).
Trouvé, chargé de fleurs et de fruits, le 3 mars à In-Ezzân, et le 4 mai 1861 à Tîterhsîn.
Sa limite Nord est au pied des montagnes du Tasîli. On le trouve aussi dans le Ahaggâr et au Touât, mais à l’état isolé, sans être rare.
Son tronc, d’une circonférence de 1m à 1m 50 environ, s’élève à 5 mètres de hauteur sous branches. Dans les pays où cet arbre est le plus commun, son bois est employé à faire des planchettes, des colliers, ce qui indique qu’il est fin et très-dur. Chez les anciens Égyptiens, on en faisait des statues. On dit aussi qu’il sert à l’éclairage à la façon du bois résineux.
Ses feuilles, persistantes, sont petites et charnues ; quand elles sont nouvelles, on les cueille pour en assaisonner les aliments, surtout dans les contrées où le sel manque. Elles sont aussi employées pour déterger les plaies de mauvaise nature.
Des épines formidables défendent les feuilles et les branches contre les attaques de la dent des animaux.
Son fruit, _iborâghen_, qui a la grosseur d’une forte jujube allongée, est enveloppé dans une écorce jaune, mince, qu’il faut enlever pour arriver au noyau.
Le noyau, de nature cornée, très-dense, jaunâtre, est recouvert d’une pulpe brune qui s’enlève facilement avec l’ongle et se délaye dans l’eau.
L’amande que contient le noyau, de la grosseur d’une arachide ordinaire, d’un jaune verdâtre, a un goût d’amertume légère.
Avec la pulpe, d’une amertume plus prononcée encore, on prépare une pâte à laquelle on attribue la propriété de guérir les maladies de la rate et de tuer le ver de Guinée (_vena medensis_).
Avec le fruit, débarrassé de son amertume par la macération, on prépare une pâte, sucrée avec du miel.
RUTACÉES.
RUTA BRACTEOSA DC.
Djell, Jell, Fîdjel (_arabe_) ; Issîn (_temâhaq_).
Récolté le 7 novembre 1860, sur l’Ouâdi-Tîji, près de Djâdo.
Dans les oasis, on attribue à l’odeur de cette plante la propriété d’éloigner les scorpions des habitations.
Ses feuilles et ses graines sont employées comme médicaments.
HAPLOPHYLLUM TUBERCULATUM Adr. de Juss.
Chedjret-er-rîh (_arabe_).
Récolté le 17 septembre 1860 sur l’Ouâdi-Aouâl, au Nord-Est de Ghadâmès.
Cette plante, ainsi que l’indique son nom arabe, l’_arbre au vent_, est employée contre les douleurs causées par les refroidissements.
PEGANUM HARMALA L.
Harmel (_arabe_) ; Bender-tifîn (_temâhaq_).
Très-commun dans l’Ouâd-Mezâb, où je l’ai récolté. Signalé en plusieurs stations, dans les montagnes, entre Rhât et In-Sâlah.
Cette plante, dont « chaque racine, chaque feuille, dit le Prophète, est gardée par un ange, en attendant qu’un homme y vienne chercher sa guérison, » est très-employée par les indigènes dans tout le Sahara.
Avec sa graine on fait une huile, _zît-el-harmel_, qui s’exporte au loin.
J’aurai l’occasion de revenir sur les propriétés de cette plante.
RHAMNÉES.
ZIZYPHUS SPINA-CHRISTI Willd.
Zegzeg (_arabe_), même racine que _zizyphus_ ; Korna (_au Fezzân_) ; Abaka (_temâhaq_) ; Nabq (_en Égypte_) ; Sidr (_traducteurs et commentateurs du Coran_).
Cet arbre est cultivé dans le Fezzân, et particulièrement dans l’Ouâdi- el-Gharbî, près de Djerma. C’est de Tekertîba, dans la même oasis, que provient l’échantillon de mon herbier. Je l’ai également récolté à Nafta, le 9 mars 1860.
Ainsi que l’indique son nom scientifique, cet arbre passe pour avoir fourni la couronne d’épines qui ensanglanta la tête de Jésus. Pour ce motif et malgré le triste souvenir qu’il rappelle, ce jujubier est l’objet d’un certain culte chez les chrétiens d’Orient.
Chez les musulmans, il est non moins vénéré, car, d’après le prophète Mohammed, le _sidr_ est un arbre du paradis, et il y en a même un dont la tête est assez considérable pour qu’un cavalier, en un siècle, ne puisse traverser l’ombre qu’il projette.
Au chapitre 66, verset 17 du Coran, il est dit :
« Le sidr est un arbre sous lequel les élus du paradis feront leur séjour. »
Ainsi, à des titres bien différents, cet arbre se recommande à la mémoire des hommes religieux de l’Orient et de l’Occident. Les pèlerins de Jérusalem en rapportent des branches pour orner leurs oratoires, les musulmans en récoltent les feuilles, dont ils font une décoction pour lotionner les morts, afin de donner à leurs dépouilles terrestres un avant-goût des jouissances du paradis.
Indépendamment du culte dont il est l’objet, ce jujubier forme un bel et grand arbre qui contribue à l’embellissement des oasis.
Son fruit est d’un goût assez savoureux quand il est frais. Il est recherché comme aliment.
Ses feuilles sont employées comme anthelminthiques.
Le jujubier couronne du Christ est aussi cultivé dans la Tunisie et même en Algérie, dans le Zibân. En cette dernière contrée, il atteint des proportions assez considérables pour être remarqué.
ZIZYPHUS LOTUS L.
Sedra (_arabe_) ; Tâbakat (_temâhaq_).
Ce jujubier nain, si commun dans le Tell de l’Algérie et dont les épines sont si redoutables pour les vêtements, apparaît de temps à autre, jusqu’au pied des montagnes du Tasîli. Près de Djerma, dans le Fezzân, j’en ai retrouvé un pied unique, vers la même latitude que sur la route de Ghadâmès à Rhât. Je l’avais également rencontré dans le Mezâb et entre Methlîli et El-Golêa’a.
Mes itinéraires par renseignements le signalent sur le versant Nord du Ahaggâr, mais pas au delà.
Son fruit est comestible, il a un goût sucré légèrement acidule, agréable pendant la saison des chaleurs, mais pas assez pour faire perdre aux étrangers le souvenir de leur patrie, ainsi que le dit Homère.
Ce fruit est-il bien le même que celui qui a donné son nom aux Lotophages ? Il est permis d’en douter, car la description de l’arbre et du fruit que nous donnent Polybe et Hérodote se rapporte peu à la baie que les Arabes appellent _nabqa_ et les Touâreg _ibakâten_.
Mohammed (le prophète), qui devait se connaître en botanique désertique, autant que les savants qui ont assimilé le _nabqa_ au _Lotus_ des anciens, ne se trompe pas quand il qualifie le saveur du fruit du _sedra_.
Les habitants de Saba s’étant rendus coupables de pacte avec l’erreur, il les punit en convertissant leurs jardins, couverts de fruits délicieux, en d’autres jardins produisant des fruits amers, et au nombre de ces fruits figure celui du _sedra_.
TÉRÉBINTHACÉES.
RHUS DIOICA Willd.
Djedârîa, Djedâri (_arabe_) ; Dezougguert (_berbère-nefoûsien_) ; Tehônaq (_temâhaq_).
Récolté le 18 novembre 1860, sur l’Ouâdi-Tirhît ; le 3 mars 1861, à In- Ezzân, affluent du bassin de Tîterhsîn ; trouvé en trois stations entre Ghadâmès et Rhât ; signalé dans les montagnes entre Rhât et In-Sâlah, ainsi que sur le plateau de Tâdemâyt, entre In-Sâlah et Methlîli.
Antérieurement, j’avais constaté la présence de cet arbuste dans les vallées du Djebel tripolitain, dans le Sud de la Tunisie et même autour de quelques rhedîr du Sahara algérien.
L’écorce des racines et de la tige de ce sumac est recherchée pour le tannage des peaux de moutons. On en fait un commerce assez important par Gâbès. Les Touâreg l’emploient aussi aux mêmes usages. Ils l’appellent _aoufar_.
LÉGUMINEUSES.
CROTALARIA SAHARÆ Coss. _sp. nova._
Observé en une station unique, sur la Hamâda de Tînghert, près Ghadâmès, et récolté le 13 septembre 1860.
Cette espèce nouvelle, dénommée par M. le docteur Cosson, n’a encore été ni décrite ni publiée.
RETAMA RÆTAM Webb in _Ann. sc. nat._
Retem (_arabe_) ; Telit (_temâhaq_).
Récolté dans le Sahara algérien ; reconnu sur onze points de ma route, entre Ghadâmès et Rhât, où, avec le _Calligonum comosum_, il fournit le seul bois de chauffage à l’usage des caravanes ; signalé comme étant commun dans les montagnes du Ahaggâr.
Cet arbrisseau atteint de 1 à 2 mètres de hauteur, rarement 3.
Les branches du retem, nous apprend M. le docteur Cosson, ont été utilisées à Géryville par le Génie militaire pour remplacer les lattes dans la construction des plafonds et des terrasses.
Ses feuilles recherchées par les chèvres et les chamelles communiquent à leur lait un goût d’amertume prononcé.
Ses racines sont employées en décoction comme vermifuges.
GENISTA SAHARÆ Coss. et DR. in _Bull. Soc. bot._
Merkh (_arabe_).
Récolté dans le Sahara algérien, le 20 février 1860.
Cet arbuste ne paraît pas s’étendre dans le Sud. Dans le Nord, il forme de gros buissons.
GENISTA ?
Hana (_arabe_) ; Asabay (_temâhaq_).
Sur ma route, de Ghadâmès à Rhât, de Rhât à Mourzouk, j’ai rencontré, en trois stations, notamment le 3 mars 1861, à In-Ezzân, un genêt très- connu des indigènes, sous ses noms arabe et temâhaq. Je ne l’ai pas récolté, parce qu’il n’avait ni fleurs ni fruits. On le signale comme étant plus commun dans les montagnes entre Rhât et In-Sâlah.
J’appelle l’attention des voyageurs sur cette espèce ligneuse, si, plus heureux que moi, ils peuvent la récolter dans des conditions qui permettent de la déterminer.
Par sa forme, cet arbuste rappelle celles du _Retama Rætam_ et des _Ephedra_.
Le 3 mars, les gousses vides tenaient encore à la plante.
ONONIS ANGUSTISSIMA Lmk.
Récolté le 12 mars 1860, dans les montagnes de Kerîz.
Plante sans importance.
TRIGONELLA ANGUINA Delile.
Nefel (_arabe_) ; Ahazès (_temâhaq_).
Trouvé en sept stations, entre Ghadâmès et Rhât ; récolté le 9 février 1861, dans l’Ouâdi-Târat.
Bon fourrage. Quelquefois cette Légumineuse forme des prairies dans lesquelles les caravanes font des provisions de route.
TRIGONELLA LACINIATA L. _var._ ?
Handegoûg (_arabe_) ; Ahazès (_temâhaq_).
Récolté à Sâghen, en fleurs, mais sans fruits, le 3 janvier 1861 ; reconnu en dix stations, entre Ghadâmès et Rhât ; signalé sur quelques points, entre Rhât et In-Sâlah.
Cette plante, qui croît volontiers dans les lits des ouâdi après les pluies, est très-recherchée par les animaux.
LOTUS CRETICUS L.
Récolté les 17 et 21 mars 1860, aux environs de Gâbès.
Petite plante.
LOTUS CORNICULATUS L.
Nedjem (_arabe_).
Récolté dans la Ghâba de Sedâda, aux environs du Chott-el-Djérîd, le 13 mars 1860.
Petite plante fourragère.
INDIGOFERA ARGENTEA L.
Nîla (_arabe_) ; Bâbba (_temâhaq_).
Récolté le 4 juin 1861, dans les jardins de Tessâoua. Cultivé dans le Fezzân et au Touât.
La culture de l’indigotier n’est pas très-développée dans les oasis, non qu’elle n’y réussisse, mais parce que les Oasiens, se procurant facilement l’indigo par les caravanes du Soûdân, préfèrent réserver leurs terres pour des céréales.
On prépare l’indigo par la macération de la plante et par l’évaporation à l’air de sa partie aqueuse qui surnage au-dessus du résidu.
On verra plus loin quel usage particulier en font les Touâreg.
ASTRAGALUS GOMBO Coss. et DR. in _Bull. Soc. bot._
Foggoûs-el-Hamîr (_arabe_).
Récolté dans l’Ouâd-Mezâb où il est assez commun.
Sans usage.
ASTRAGALUS PROLIXUS Sieber.
Adreylal (_temâhaq_).
Récolté à Tîn-Têrdja, le 2 mars 1861, sur la route de Ghadâmès à Rhât, reconnu aussi sur deux autres points.
Petite plante fourragère rampante.
ASTRAGALUS HAUARENSIS Boiss.
Tâmerazraz (_temâhaq_).
Récolté à Tîn-Têrdja, le 3 mars 1861. Station unique.
HIPPOCREPIS ELEGANTULA Hochst. in _Schimp. Pl. Arab. exsicc._
Têskart (_temâhaq_).
Récolté à Tîn-Têrdja, le 3 mars 1861. Station unique.
ALHAGI MAURORUM DC.
’Agoûl (_arabe_).
Reconnue en six stations, dans la Cherguîya, entre Mourzouk et Zouîla, où cette plante est assez abondante pour qu’elle couvre, sur plusieurs lieues d’étendue, tous les espaces que la culture ne lui dispute pas.
Elle ne figure pas dans mon herbier. J’ai cru inutile de recueillir une espèce dont les caractères sont tellement reconnaissables, qu’elle porte le même nom indigène dans toutes ses stations, de la Perse au Sénégal. Je ne crois pas, d’ailleurs, être le premier voyageur qui signale son existence dans l’Est du Fezzân, car l’’agoûl y constitue un fait de peuplement si exceptionnel, qu’il a dû appeler l’attention de tous ceux de mes devanciers qui ont reconnu, exploré ou simplement traversé la Cherguîya.
Les indigènes du Fezzân mangent les longues racines de cette plante. A cet effet, ils les font sécher ; après quoi, ils les réduisent en farine par la mouture.
Tous les ruminants domestiques et même les sauvages, chameaux, chèvres, moutons, gazelles, mangent les sommités de l’’agoûl malgré les épines qui les défendent. L’âne lui-même ne les dédaigne pas.
Il ne paraît pas que cette plante fournisse aux Fezzaniens la sécrétion qu’on a appelée dans l’Orient _la manne des pèlerins_ ; car cette production ne m’a pas été signalée au nombre des produits utiles de cet arbuste.
Il était en fleur en juillet.
LUPINUS VARIUS L.
Djezey-Fôk, regarde soleil (_temâhaq_).
Récolté le 5 mars 1861 à Tîterhsîn. Reconnu seulement en deux stations entre Ghadâmès et Rhât.
ACACIA ALBIDA Delile ?
Ahadès, Ahatès (_temâhaq_) ; Agawô (_en haoussa_).
Récolté le 4 mai 1861 près des ruines du château de Serdélès, sur un arbre gigantesque, mais unique dans le pays des Touâreg Azdjer.
Signalé comme étant plus commun, mais toujours à l’état isolé, dans les montagnes du Ahaggâr.
La cime de cet acacia atteint 15 mètres au moins de hauteur. Son tronc colossal, duquel s’élèvent cinq grands rejetons remarquables par leurs énormes dimensions, semble avoir été couché par les vents depuis fort longtemps. (Voir la planche ci-contre.)
D’après la tradition, il y a un trésor enfoui là où s’arrête l’ombre de l’arbre à l’_’aser_ (3 heures du soir) ; mais on ne l’a pas encore trouvé.
ACACIA ARABICA Willd. ; Benth.
Talha (_arabe_) ; Absaq (_temâhaq_) ; Guerodh (_au Fezzân_).
Récolté le 7 mars 1861 dans les jardins du Fezzân, mais il croît aussi spontanément en forêts, car j’ai constaté qu’il constitue seize massifs entre Ghadâmès et Rhât, et vingt-deux entre Rhât et Mourzouk, et j’ai déterminé sur mes cartes itinéraires l’étendue de chacun des trente-huit bois qu’il forme.
J’ai acquis aussi la certitude que le talha existe en forêts dans le Tasîli des Azdjer, dans les montagnes du Ahaggâr, sur le plateau de Tâdemâyt et dans tout le Touât, ce qui est confirmé, pour cette dernière station, par M. le commandant Colonieu, qui l’a trouvé dans les oasis du Gourâra.
Plus au Nord, M. Pélissier avait antérieurement constaté son existence au Boû-Heudma, dans le Sud de la régence de Tunis, où il constitue une forêt de plus de 30 kilomètres de longueur.
Ce n’est pas d’aujourd’hui que le _talha_ est signalé dans les mêmes contrées. Voici ce qu’en disait Léon l’Africain il y a trois siècles :
« Et-talche est un grand arbre épineux, ayant les feuilles comme le genèvre, et jette une gomme semblable au mastic, lequel est pour les apothicaires africains sophistiqué avec cette gomme, pour ce qu’elle est de semblable couleur et odeur. _Il s’en trouve au désert de la Numidie, de la Libye_, et au pays des noirs : mais les arbres qui croissent en la Numidie estant ouverts apparaissent de telle blancheur au dedans que les autres arbres et ceux de Libye sont violets et très-noirs : mais ceux de la terre des noirs sont très-noirs, et du cœur d’iceus (que les Italiens appellent _sangu_) l’on fait de très-beaux et gentils instruments de musique. Le bois violet est aujourd’huy en usage entre les médecins pour guérir le mal de Naples, au moyen de quoy le bois prend son nom de l’effet : _bois guérissant de la vérole_. »
Pl. VI. Page 164. Fig. 12 et 13.
[Illustration : Fig. 1. — VUE DES RUINES DU CHÂTEAU D’AGHREM, A SERDÉLÈS(PRISE DU CÔTÉ OUEST).
D’après un dessin de M. H. Duveyrier.]
[Illustration : Fig. 2. — AHATÈS (ACACIA ALBIDA).(ARBRE GIGANTESQUE PRÈS DU CHÂTEAU RUINÉ DE SERDÉLÈS.)
D’après un dessin de M. H. Duveyrier.]
L’arbre de la Numidie et de la Libye auquel Jean Léon attribue tant de propriétés est bien le talha rencontré par moi dans mon voyage, mais il ne jouit plus de la même réputation qu’autrefois, car on se borne à récolter sa gomme, sans exploiter son bois.
L’_Acacia Arabica_ des forêts du pays des Touâreg atteint les proportions des plus grands amandiers dans le Nord de l’Afrique et en Provence : 3 mètres environ d’élévation sous branches et 1 mètre de circonférence. D’après M. Pélissier, ceux de Boû-Heudma seraient non moins remarquables par leur grosseur et leur grandeur.
La gomme que j’ai récoltée à Oubâri est aussi belle que celle de la côte de l’Océan. L’échantillon de la forêt du Boû-Heudma, que M. Pélissier avait envoyé à Marseille, y a été reconnu, par le commerce de cette ville, d’aussi bonne qualité que la gomme du Sénégal.
La gomme, on le sait, est une production maladive de l’arbre, provoquée par une haute température et sous l’influence souvent renouvelée des vents du Sud. Elle sort spontanément des gerçures que la chaleur détermine sur l’écorce de l’arbre ; du moins c’est ce que j’ai constaté dans mon voyage.
On a écrit que la gomme était obtenue par incision ; il est possible que, pour avoir une plus grande production de gomme, on se livre à cette opération, mais elle est inusitée dans les contrées que j’ai parcourues. D’ailleurs, chez les Touâreg, qui manquent souvent de vivres, la gomme est presque toujours mangée dès qu’elle est produite, et on ne la récolte, pour le commerce, que dans les oasis du Fezzân, où l’homme trouve facilement une nourriture plus substantielle.
J’ai cherché à préciser d’une manière certaine les stations de l’_Acacia Arabica_ dans les parties les plus rapprochées du Sahara algérien, parce que cet arbre est un de ceux que nous avons le plus d’intérêt à y acclimater.
Avant moi, M. le docteur Cosson, juge beaucoup plus compétent, a déjà appelé l’attention du gouvernement sur le choix à faire de cette essence pour le reboisement des solitudes sahariennes.
D’après les points où sa présence a été constatée ou signalée, il semble que l’altitude et la qualité du sol lui sont à peu près indifférentes. La seule condition que réclame cet acacia pour prospérer et produire de la gomme est d’avoir beaucoup d’air et de lumière. Dans tous les bois que j’ai parcourus, les arbres sont très-espacés, ce qui avait déjà été remarqué au Sénégal et au Sud du Maroc.
L’_Acacia Arabica_ ne croît pas toujours en arbre : sur la circonférence des forêts et à l’exposition Nord, il ne forme guère que des buissons.
Les Fezzaniens et les Touâreg considèrent l’acacia broussaille comme constituant une espèce différente de l’acacia arbre et lui donnent des noms différents : ’Ankîch (_arabe_), Tamât (_temâhaq_) ; mais après comparaison des échantillons de l’_’ankîch_ récoltés à Ouarâret avec ceux du _guerodh_ de provenance fezzanienne, les deux ont été reconnus appartenir à la même espèce.
Les gousses de l’’ankîch, plus faciles à récolter, sont employées à la préparation des cuirs.
La broussaille, comme l’arbre, donne de la gomme.
Les fleurs de l’_Acacia Arabica_ m’ont paru répandre un parfum suave qui aurait quelque succès, s’il pouvait être fixé.
Dans l’inventaire des arbres cultivés au Touât figure un acacia du nom d’_aggâra_ dont les gousses sont aussi récoltées pour la tannerie.
Cet arbre croît spontanément dans le Ahaggâr où il est connu sous le nom de Tâdjdjart. Il m’est indiqué avec la note suivante : « Arbre épineux, à graines amères, dont les gousses sont employées comme tannin. Semblable au talha ou _Acacia Arabica_, mais distinct cependant. »
Est-ce, sous un nom différent, une variété de l’_Acacia Arabica_ ? Est- ce une autre espèce ? Je l’ignore.
Je consigne ici ce détail pour mémoire et à titre de simple renseignement.
CASSIA OBOVATA Coll.
Senâ, Hachîcha, Senâ-el-Mekki (_arabe_) ; Adjerdjer (_temâhaq_).
Récolté à Oubâri le 17 mai 1861 ; trouvé sur deux points de ma route entre Ghadâmès et Rhât, sur quatre points différents du Fezzân, sur un point entre Methlîli et El-Golêa’a ; signalé comme couvrant de grands espaces à Wahellidjen et à Arhafra dans les montagnes du Ahaggâr ; très- commun dans le pays d’Aïr.
Le séné pullule partout où les vents portent sa graine. Jadis on le récoltait en abondance pour le vendre sur les marchés de Tripoli, mais la concurrence a tellement fait baisser les prix qu’ils ne couvrent plus les frais de transport.
Les Touâreg distinguent deux variétés de séné : l’_adjerjer-afelâmi_ ou séné des autruches, qui est le plus commun, et l’_adjerjer-ouân-Anhef_, que produisent les montagnes d’Anhef et qui est le séné noble des Arabes.
Celui du Ahaggâr, qui croît en montagne, est réputé plus actif que celui des autres contrées.
Les indigènes des pays de production, sur la foi de cette parole du Prophète : « Procurez-vous du séné ; vous y trouverez des remèdes contre toutes les maladies, excepté la mort, » en font usage dès qu’ils éprouvent le moindre mal.
PISUM SATIVUM L. ?
Hammîz, Hommoz, Djeldjelân (_arabe_).
Cultivé dans les oasis. Près de la source de Tinoûhaouen, entre Rhât et le village de Fêouet, j’en ai trouvé un grand champ à maturité le 13 mars 1861. Le propriétaire consentit à m’en vendre. Ce pois me parut délicieux.
Les indigènes mangent toujours les pois secs et non verts. Les ménagères aiment à décorer les plats de couscoussou de guirlandes de pois.
Indépendamment du _Pisum sativum_, les Oasiens cultivent aussi, pour le même usage, le _Cicer arietinum_ L., sous le nom de _djelbâna_.
LATHYRUS OCHRUS DC.
Garfâla (_arabe_).
Ce lathyrus est cultivé au Fezzân comme plante fourragère.
FABA VULGARIS Mœnch.
Foûla (_arabe_).
La fève de marais est également cultivée dans les oasis. On la mange crue ou cuite. Au printemps, les citadins s’en nourrissent presque exclusivement.
DOLICHOS... ?
Loûbia (_arabe_).
Le haricot dolichos est plus rare dans les oasis ; cependant il doit figurer au nombre des plantes potagères qui y sont cultivées.
MEDICAGO ?
Guedhob (_arabe_ et _temâhaq_).
Sous ce nom, on cultive au Fezzân, comme plante fourragère, une luzerne qui croît spontanément dans le pays et que j’ai trouvée en six stations entre Oubâri et Zouîla.
Ne l’ayant rencontrée ni en fleurs, ni en fruits, elle ne figure pas dans mon herbier.
Cette plante serait-elle le _Medicago pentacycla_ DC. que Prax a trouvée dans les cultures tunisiennes ?
TRIFOLIUM ?
Foçça (_arabe_).
Cultivé au Fezzân et au Touât comme plante fourragère, principalement pour l’usage des chevaux.
D’après M. le commandant Colonieu, au Touât, on faucherait cette Légumineuse tous les vingt jours pour en nourrir les moutons.
Au Fezzân, on vend également cette plante sur tous les marchés.
ROSACÉES.
NEURADA PROCUMBENS L.
Saàdân, Kofeïza (_arabe_) syn. Coss. ; Nefel, Anefel (ânefel) (_temâhaq_).
Récolté le 2 mars 1861 à Tîn-Têrdja. Reconnu en huit stations de Ghadâmès à Rhât. Indiqué comme étant commun dans les montagnes entre Rhât et In-Sâlah.
Bonne plante fourragère.
AMYGDALÉES.
AMYGDALUS COMMUNIS L.
Chedjret-el-Loûz (_arabe_) ; Ibaobaoen (_temâhaq_).
L’amandier, dans le Sahara, rencontre les conditions qui lui conviennent le mieux, bien qu’il n’existe pas dans les oasis du Nord ; on le trouve à Ghadâmès, à Tessâoua et dans les jardins du Fezzân.
Son fruit frais, _frek_, est très-recherché.
Son fruit sec, _loûz_, est quelquefois employé en boisson émulsive. On en extrait une huile, _zît-el-loûz_, consacrée aux mêmes usages que chez nous.
L’arbre donne une gomme, _’alk-el-loûz_, qui est mangée.
AMYGDALUS PERSICA L.
Chedjret-el-Khoûkh (_arabe_).
Le pêcher réussit mal dans les oasis. Il est rare, ses fruits sont de qualité médiocre.
La station la plus méridionale de cet arbre est à Tessâoua.
PRUNUS ARMENIACA L.
Chedjret-el-Berkoûk (_arabe_).
L’abricotier atteint souvent dans les oasis, notamment à Ghadâmès, le développement des plus grands arbres, mais ses fruits perdent de leur qualité au fur et à mesure qu’on avance dans le Sud.
A Tunis et à Biskra, on prépare des abricots secs qui sont vendus dans le commerce sous le nom de _mechmâch_.
PRUNUS DOMESTICA L.
Chedjret-el-’Aïn (_arabe_).
Le prunier à fruits oblongs, cultivé dans les oasis du Nord, se retrouve encore dans les oasis du Sud, mais plus rarement.
POMACÉES.
MALUS COMMUNIS L.
Chedjret-et-Teffâh (_arabe_).
Le pommier, quoique rare, est aussi acclimaté dans les oasis, mais ses fruits sont sans goût et mauvais.
Les pommes étaient en pleine maturité à mon passage à Tessâoua, le 5 juin.
Tous ces arbres importés d’autres climats ne sont pas là dans leur élément. Sans l’ombre protectrice des dattiers, ils ne pourraient pas même vivre.
CYDONIA VULGARIS Pers.
Seferdjel (_arabe_).
Le coignassier est aussi un des arbres fruitiers cultivés dans les oasis où il acquiert un développement considérable.
LYTHRARIÉES.
LAWSONIA INERMIS L.
Henna (_arabe_) ; Anella (_temâhaq_).
Cultivé dans toutes les oasis, mais particulièrement au Touât, car on donne souvent au district qui la produit le nom de Touât-el-Henna.
Le henné affectionne les terres basses, chaudes, humides des lignes de fonds du Sahara, comme celles de Gâbès, du Nefzâoua, du Belâd-el-Djerîd, de l’Ouâd-Rîgh, d’Ouarglâ et du Touât, qui constituent une zone de même formation et de même climat, également riche en eau et en chaleur, conditions que réclame impérieusement la culture de cette plante tinctoriale pour atteindre les développements que désire l’industrie.
Si je suis bien renseigné, le henné peut être cultivé comme plante herbacée et annuelle, à la façon des plantes fourragères, semé comme elles, fauché comme elles, et séché comme elles.
S’il en était ainsi, le Sahara pourrait produire le henné en grande quantité et aux conditions de prix fixées par le commerce, qui sont en moyenne de 1 fr. par kilo.
Au Nord de la ligne des bas-fonds ci-dessus énumérés, le henné ne vient qu’exceptionnellement à maturité. Aussi, pour toutes les cultures du Tell algérien, il faut demander des graines au Sahara ; dès lors c’est dans le Sahara et non le Tell que le commerce doit aller chercher le henné dont il a besoin.
Ce que j’aurai à dire du henné dans le deuxième volume de cet ouvrage, au chapitre consacré à la _matière commerciale saharienne_, me dispense d’entrer ici dans de plus grands détails sur les divers emplois de cette plante.
GRANATÉES.
PUNICA GRANATUM L.
Roummâna (_arabe_) ; Tarroummant (_temâhaq_).
Le grenadier est cultivé avec succès dans toutes les oasis.
Son fruit aigrelet convient particulièrement au climat : aussi est-il très-estimé.
Les écorces du tronc et de la racine sont employées comme vermifuges et les feuilles comme hémostatiques.
CUCURBITACÉES.
CUCUMIS MELO L.
Bettîkha (_arabe_).
De nombreuses variétés de melons sont cultivées par les Sahariens. Celles préférées sont les melons à chair aqueuse, particulièrement les melons verts d’Espagne.
CUCUMIS SATIVUS L.
Foggoûs (_arabe_) ; Itekel (_temâhaq_).
Le concombre entre pour une part très-considérable dans l’alimentation des Oasiens. On le mange généralement avec des dattes, à l’imitation du Prophète, qui disait : « Le froid des concombres compense la chaleur des dattes, et la chaleur des dattes compense le froid des concombres. »
CUCUMIS COLOCYNTHIS L.
Handhal (_arabe_) ; Alkat (_temâhaq_) ; Tajellet (_mezabite_).
Récolté le 18 janvier 1859 dans l’Ouâd-Mezâb et le 24 août 1861 dans les montagnes de la Sôda.
Croît spontanément partout. Rencontré en cinq stations entre Ghadâmès et Rhât ; en deux de Tîterhsîn à la Cherguîya ; indiqué dans les montagnes entre Rhât et In-Sâlah. Assez commun dans le pays des Teboû pour que la vente de ses graines, _aguellet_, soit l’objet d’un commerce.
Les auteurs grecs et romains ont signalé, comme une très-grande aberration du goût, l’usage que les Troglodites (Teboû modernes) faisaient de la graine de la coloquinte. Cet usage s’est perpétué jusqu’à nos jours. Les graines de coloquinte, débarrassées de leur principe amer par l’ébullition et torréfiées, sont encore vendues aujourd’hui sous le nom de _taberka_ par les Teboû sur les marchés et recherchées comme aliment de luxe.
A l’imitation de mes compagnons de route, j’ai mangé des graines de coloquinte et je n’ai pas trouvé qu’elles fussent dignes de la réprobation des anciens. J’avoue cependant qu’il faut habiter le pays de la famine pour avoir l’idée de chercher un aliment dans la graine d’une pareille plante.
La graine de coloquinte, non débarrassée de son principe amer, est donnée comme boisson, en mélange avec de l’ail, contre les morsures de vipères.
CUCURBITA MAXIMA Duch.
Guera’a (_arabe_) ; Takasâïm (_temâhaq_).
Le potiron, qui atteint dans les oasis des proportions gigantesques, est un aliment très-prisé dans le Sahara, comme tous les fruits de la famille des Cucurbitacées.
CUCURBITA PEPO Seringe.
Kâboûïa (_arabe_) ; Kabêoua (_temâhaq_).
La citrouille est cultivée concurremment avec le potiron et est recherchée comme lui.
CUCUMIS CITRULLUS Seringe.
Della’a (_arabe_) ; Tiledjest (_temâhaq_).
Dans les pays chauds, la pastèque est le sorbet le plus agréable qu’on puisse trouver. On en cultive, dans tout le Sahara, de nombreuses variétés à chair rouge, à chair blanche et à chair jaune. Toutes sont sucrées et très-rafraîchissantes.
LAGENARIA VULGARIS Seringe.
Guera’a (_arabe_).
Cette courge bouteille est principalement cultivée pour son écorce solide. On en fait des vases, mais surtout des instruments de musique à cordes, compagnons obligés de toutes les femmes et de tous les nègres qui se vengent de l’infériorité de leur position sociale, en chantant et en dansant, dès que leurs maîtres leur laissent un instant de liberté.
TAMARISCINÉES.
TAMARIX ARTICULATA Vahl.
Ethel (_arabe_) ; Tabarkat (_temâhaq_).
Échantillon récolté à El-Bedîr le 20 juillet 1861.
La carte itinéraire de mon voyage indique 65 bois de tamarix, dont 58 entre Ghadâmès et Rhât et 7 entre Tîterhsîn et la Cherguîya.
Chez les Touâreg, le tamarix éthel est l’arbre le plus important par son nombre, par les proportions qu’il atteint et par les services qu’il rend.
Sur la ligne de Rhât à Ghadâmès, la limite Nord de cet arbre est à Tahâla par le 29e degré de latitude ; à partir de ce point, on le trouve dans tous les bas-fonds des vallées, où il forme quelquefois, soit seul, soit mélangé à d’autres tamarix, d’importantes forêts qui rompent la monotonie saharienne.
Au Sud de l’Algérie, l’éthel se montre pour la première fois sur l’Ouâd- Nesâ inférieur.
Cet arbre, à moins de mutilation dans son jeune âge, pousse en un tronc unique, qui s’élève à plusieurs mètres de hauteur et porte généralement de 1m 50 à 2m de circonférence.
A Azhel-n-Bangou, un éthel, celui sous lequel le forgeron Bangou avait établi son atelier, d’où lui est venu ce nom, mesure à sa base 5m 40 de circonférence. C’est un véritable géant pour la région saharienne ; mais il n’est pas le seul, car j’en ai remarqué d’autres qui m’ont paru presque aussi gros.
Souvent cet arbre pousse en groupes de quatre à cinq pieds, mais toujours distincts les uns des autres.
Souvent aussi il se ramifie à partir de terre et projette des branches tortueuses dans toutes les directions.
Son feuillage, composé de fils articulés, retombe gracieusement comme des plumes. Il est d’un beau vert bleuâtre.
Le bois de l’éthel, de couleur jaune rosé, léger, tendre, cependant solide, fournit à l’industrie locale des planches, des poutres, mais surtout du bois de tour avec lequel on confectionne des plats, des vases et même des selles de dromadaire.
Son fruit, nommé par les Arabes _adabeh_, paraît jouir de propriétés astringentes et tannantes très-marquées, car on l’emploie concurremment avec la galle de cet arbre et celles des autres tamarix sahariens à la préparation des cuirs.
La galle des tamarix, nommée _takaout_, est un des meilleurs tannins connus. J’aurai l’occasion de revenir sur ce produit dans le deuxième volume de cet ouvrage.
L’éthel n’est pas partout apprécié comme il l’est dans le pays des Touâreg, car on lit dans le Coran, chapitre XXIV, verset 15 :
« Dieu, pour se venger des habitants de Saba, rompit les digues qui les préservaient de l’inondation, et leurs jardins furent envahis par l’éthel. »
Arbre de malédiction à Saba, l’éthel est souvent béni dans le Sahara pour l’ombre qu’il donne aux voyageurs après des marches pénibles.
TAMARIX GALLICA L.
Tarfa, Ethel (_arabe_) ; Tabarkat (_temâhaq_).
Échantillons rapportés de la Heycha de Chegga, le 25 novembre 1859 ; d’El-Faïdh le 31 mai ; de l’Ouâdi-’l-Ethel, le 17 octobre ; de l’Ouâdi- Tirhît, le 18 novembre 1860 ; de Tekertîba, le 28 mai 1861.
Les indigènes confondent souvent cette espèce avec la précédente, parce qu’elles peuplent les mêmes forêts, donnent les mêmes produits et servent aux mêmes usages. J’ai pu constater cette confusion par le nom d’Ouâdi-’l-Ethel, qu’ils donnent à des vallées dont les lits sont couverts des deux espèces et quelquefois même du _T. Gallica_ seul, à l’exclusion de l’_articulata_.
Le _Tamarix Gallica_, qui est l’espèce dominante dans le Tell, paraît s’étendre très-loin au Sud dans le Sahara.
Le bois de cet arbre, presque toujours atteint par la pourriture, dans le Nord, ce qui le rend impropre à tout usage, paraît conserver toutes les qualités d’un bois d’œuvre dans le Sud.
TAMARIX PAUCIOVULATA J. Gay.
Tarfa, Ethel, Azaoua (_arabe_) ; Tâzaouat, Tabarkat (_temâhaq_).
Récolté le 11 décembre 1860, sur l’Ouâdi-Sodof, et le 1er janvier 1861, à Sâghen. Paraît commun dans les vallées du Ahaggâr.
Mélangé dans les vallées avec les précédents, il est souvent confondu avec eux.
TAMARIX AFRICANA Poir ?
Tarfa (_arabe_).
Récolté à ’Aïn-ed-Dowîra le 4 février 1860.
TAMARIX AFRICANA _var._ LAXIFLORA J. Gay.
Tarfa (_arabe_).
Récolté aux environs de Nafta le 8 mars 1860.
Ces deux dernières espèces, communes sur le littoral, semblent affectionner des stations septentrionales, car je ne les ai pas trouvées au delà de la zone de l’’Erg.
PARONYCHIÉES.
SCLEROCEPHALUS ARABICUS Boiss.
Tasakkaroût (_temâhaq_).
Récolté à Tiferghasîn, entre Ghadâmès et Rhât, le 5 mars 1861.
Cette plante, ainsi que l’indiquent son nom botanique et la station dans laquelle elle a été trouvée, appartient aux régions chaudes du Sahara.
PORTULACÉES.
PORTULACA OLERACEA L.
Ridjla (_arabe_) ; Benderâkech (_temâhaq_).
Le pourpier est une des cultures des oasis et une de celles qui réussissent le mieux.
Indépendamment du ridjla, on trouve encore deux autres variétés de pourpier : le _tafrîta_ et le _boguel_, ce dernier connu aussi sous le nom de _bortoulâkech_, probablement parce qu’il a été importé du Portugal.
FICOIDÉES.
AIZOON CANARIENSE L.
Taouit (_temâhaq_).
Trouvé et récolté dans une station unique, à Tîn-Arrây, le 1er mars 1861.
Cette plante est mangée par les Touâreg, ce qui implique qu’elle est assez commune dans d’autres contrées de leur pays.
NITRARIA TRIDENTATA Desf.
Ghardek (_arabe_) ; Atarzîm (_temâhaq_).
Échantillon du Sahara algérien, récolté entre ’Oglat-Setîl et Merhayyer, le 3 juin 1860. Reconnu en six stations entre Tîterhsîn et le Cherguîya, principalement entre Mourzouk et Zouïla, où il dispute le sol à l’_Alhagi Maurorum_.
« Le fruit de cet arbrisseau, _damouch_, est une baie rougeâtre, dit M. le consul Pélissier, d’un goût exquis, mélange de ceux de la fraise, de la framboise et de la groseille. L’effet de ce fruit sur l’organisme, ajoute-t-il, est une fraîcheur vivifiante, disposant l’esprit à la gaieté et laissant dans la mémoire de l’estomac une forte appétence pour cet aliment suave et presque aérien. »
M. Pélissier, auquel j’emprunte cette appréciation, estime que c’est là le véritable _Lotus_ des anciens, attendu qu’il croît en abondance dans l’île de Djerba, l’ancienne _Lotophagitis_.
_Adhuc sub judice lis est._
OMBELLIFÈRES.
APIUM GRAVEOLENS L.
Kerâfes (_arabe_).
Récolté sous les palmiers de Sîdi-Khelîl.
Plante sans importance.
DEVERRA SCOPARIA Coss. et DR. in _Bull. Soc. bot._
Gouzzah (_arabe_).
Trouvé et récolté le 14 novembre 1860, dans l’Ouâdi-Tirhît, du plateau de Tînghert. Reconnu sur la Chebka des Benî-Mezâb. Signalé sur le plateau de Tâdemâyt.
Petite plante, très-odorante, très-commune dans les stations qu’elle affectionne.
SCANDIX PECTEN-VENERIS L.
Sennârt-el-Behâïm (_arabe_).
Récolté dans les environs du Chott-Melghîgh.
Plante sans importance.
DAUCUS CAROTA L.
Zeroûdïa (_arabe_) ; Ezzeroûdîet (_temâhaq_).
La carotte est cultivée dans les oasis, mais en très-petite quantité.
CUMINUM CYMINUM L.
Kerouïa (_arabe_).
Cultivé dans les jardins des oasis comme épice. On mêle sa graine avec le sel et le poivre pour saupoudrer les aliments.
Dans les embarras gastriques, on en avale une pincée matin et soir.
Dans quelques villes du littoral méditerranéen, on distille la graine et on en obtient une liqueur, _mâ-kerouïa_, qui est considérée comme un spécifique des douleurs intestinales.
CORIANDRUM SATIVUM L.
Gouzbîr (_arabe_).
Cette Ombellifère aromatique est cultivée dans les jardins pour sa graine connue sous le nom de _tabel_.
Le tabel est employé avec le sel et le poivre pour conserver les viandes sèches à l’usage des caravanes. On s’en sert aussi dans les ragoûts.
La médecine indigène préconise un sirop de graine de coriandre dans les affections chroniques de poitrine.
COMPOSÉES (CORYMBIFÈRES).
FRANCŒURIA CRISPA Cass.
Récolté le 20 septembre 1860 à la Gueráa de Ben-’Aggiou.
PULICARIA UNDULATA DC.
Ameo (_temâhaq_).
Trouvé et récolté en une station unique sur l’Ouâdi-Alloûn le 29 février 1861.
ASTERICUS GRAVEOLENS DC.
Nogued (_arabe_) ; Akatkat (_temâhaq_).
Récolté sur le sommet de la Gâra de Tisfîn le 16 septembre 1860 et à Aghelâd le 8 février 1861.
Reconnu dans les environs de Ghadâmès, en sept stations entre Ghadâmès et Rhât. Signalé dans les montagnes entre Rhât et In-Sâlah, ainsi que sur le plateau de Tâdemâyt.
Plante sans importance, au point de vue de l’utilité.
ANVILLEA RADIATA Coss. et DR. in _Bull. Soc. bot._
Chedjret-edh-dhobb, ’Arfej (_arabe_) ; Tehetit (_temâhaq_).
Reconnu dans l’’Erg, à Tîterhsîn, et à Serdelès.
Récolté le 20 septembre entre Gueráa-ben-’Aggiou et l’Ouâdi-Gober-Sâlah.
Signalé comme étant commun entre Rhât et In-Sâlah.
Cette plante frutescente, qui croît en vastes touffes blanchâtres, couvertes de fleurs jaunes au printemps, embrasse souvent de grands espaces auxquels elle donne un aspect tout particulier.
CYRTOLEPIS ALEXANDRINA DC.
Récolté dans des lieux incultes à Gâbès, les 17 et 21 mars 1860.
Sans utilité.
ARTEMISIA HERBA-ALBA Asso.
Chîh (_arabe_) ; Azezzeré (_temâhaq_).
Reconnu de Methlîli à El-Golêa’a.
Signalé commun entre Rhât et In-Sâlah.
Les sommités fleuries de cette plante sont récoltées, séchées, réduites en poudre et prises comme digestives.
Quand les Touâreg sont venus en France, ils avaient leur provision de cette poudre et en faisaient souvent usage.
Une décoction de feuilles et de fleurs est donnée aux enfants atteints de vers intestinaux.
ARTEMISIA CAMPESTRIS L.
Chîh (_arabe_) ; Tiheredjdjelé (_temâhaq_).
Commun dans le Ahaggâr.
Cette espèce, plus grande que la précédente, sert aux mêmes usages.
TANACETUM CINEREUM DC.
Robîta (_arabe_) ; Tâkkilt (_temâhaq_).
Récolté le 9 février 1861 sur l’Ouâdi-Tarât. Reconnu en six stations entre Ghadâmès et Rhât.
CHLAMYDOPHORA PUBESCENS Coss. et DR. _Cotula pubescens_ Desf.
Gartoûfa (_arabe_), syn. Coss.
Récolté le 7 mars 1860 entre Guettâra-Ahmed-ben-’Amâra et Gâret-Djâb- Allah et le 8 février 1861 à Aghelâd.
Affectionne les terres alluvionnaires salines de heycha. Plante sans importance.
SENECIO CORONOPIFOLIUS Desf.
Beddâna (_arabe_) ; Temasâsoui (_temâhaq_).
Récolté entre Guettâra-Ahmed-ben-’Amâra et Gâret-Djâb-Allah le 7 mars 1860 et à Sâghen le 1er janvier 1861.
Croît dans les terrains de heycha.
COMPOSÉES (CHICORACÉES).
SPITZELIA SAHARÆ Coss. et Kral.
Tasoûyé (_temâhaq_).
Récolté sur l’Ouâdi-Alloûn le 29 février 1861.
LOMATOLEPIS GLOMERATA Cass.
Harchâïa (_arabe_), syn. Coss. ; Rhardélé (_temâhaq_).
Récolté le 29 février 1861 sur l’Ouâdi-Alloûn.
SONCHUS MARITIMUS L.
Sîf-el-Ghorâb (_arabe_).
Récolté aux environs de Nafta le 8 mars 1860.
Sans importance.
TOURNEUXIA VARIIFOLIA Coss. in _Bull. Soc. bot._
Récolté entre Hâssi-Dhomrân et Cháabet-Timedaqsin le 9 septembre 1859.
ZOLLIKOFERIA QUERCIFOLIA Coss. et Kral. _Sonchus quercifolius_ Desf.
Récolté le 12 mars 1860 dans les montagnes de Kerîz.
Petite plante sans importance.
ZOLLIKOFERIA ANGUSTIFOLIA Coss. et DR. _Sonchus angustifolius_ Desf.
Récolté sur la Hamâda de Tînghert près de la Gâra de Tîsfîn (environs de Ghadâmès), le 16 septembre 1860.
ZOLLIKOFERIA RESEDIFOLIA Coss. _Sonchus chondrilloides_ Desf.
’Adhîdh (_arabe_).
Récolté sur l’Ouâd-Mezâb le 18 juillet 1859 et sur le rivage de la mer à Gâbès les 17 et 21 mars 1860. Commun dans la partie septentrionale du Sahara algérien et tunisien.
Recherché par les chameaux.
PRIMULACÉES.
ANAGALLIS ARVENSIS L.
Récolté, le 13 mars 1860, dans les terrains humides aux environs du Chott-Melghîgh.
Aime les terrains humides.
SAMOLUS VALERANDI L.
Récolté à Tânout-Tîrekîn, près de Djâdo, le 7 novembre 1860.
OLÉACÉES.
OLEA EUROPÆA L.
Zitoûna (_arabe_) ; Tahatimt (_temâhaq_).
L’olivier croît spontanément dans toutes les parties de la péninsule atlantique réputées appartenir au Tell (_Tellus_ des Romains), mais, dans le Sahara, il est toujours une conquête de la culture.
A Tessâoua, capitale de l’Ouâdi-’Otba, ancien centre de civilisation nègre et l’une des premières villes conquises par les Arabes, on en trouve d’énormes, à gros fruits, aussi remarquables par leur développement que les plus beaux sujets de la même espèce sur le littoral méditerranéen.
Tant à Tessâoua que dans le reste du Fezzân, on en compte une vingtaine de pieds, tous cultivés pour olives de table. Que je sache, ces oliviers doivent être les plus méridionaux de ceux connus sur le continent africain.
On constate facilement, dans cette localité, qu’on est sur le terrain d’une zone de transition, car, à côté de cultures soudaniennes, coton et indigo, croissent l’olivier, le pêcher, le pommier et le citronnier, qui appartiennent aux zones plus tempérées du Nord.
ASCLÉPIADÉES.
PERIPLOCA ANGUSTIFOLIA Labill.
Hallâb (_arabe_).
Récolté dans les ouâdi de la Djefâra, près de Tripoli, les 18 octobre et 12 novembre 1860.
En 1859, j’avais rencontré cette plante sur l’Ouâd-Mâssek, entre Methlîli et El-Golêa’a.
Cette broussaille est mangée par les chameaux.
CALOTROPIS PROCERA R. Br.
Korounka (_arabe_) ; Tôreha (_temâhaq_).
Récolté à Methlîli en juillet et août 1859. Déjà trouvé, en 1858, sur le même point, par M. le docteur Cosson. Reconnu en quatre stations entre Ghadâmès et Rhât. Signalé au Touât.
La limite Nord de cette plante tropicale est à Methlîli, au Sud de l’Algérie, et dans la Djefâra, plaine au Sud de Tripoli.
La forme et la couleur de cet arbuste rappellent celles du chou domestique. Sa fleur est blanche à la base et violette au sommet. Sa tige atteint 2m de hauteur.
Les graines que j’avais envoyées, en 1859, au Jardin d’acclimatation d’Alger, n’ont pas levé, probablement parce qu’elles n’étaient pas en parfaite mâturité. Depuis, je n’ai pas eu l’occasion de rencontrer cette espèce en graine.
Les Touâreg utilisent la tige de cette plante dans la confection des selles et des cages de voyage pour les femmes. Au Touât, on l’emploie exclusivement, convertie en charbon, pour la préparation de la poudre.
Pl. VII. Page 180. Fig. 14 et 15.
[Illustration : Fig. 1. — VUE DE TESSÂOUA, PRISE DU CÔTÉ NORD.
D’après un dessin de M. H. Duveyrier.]
[Illustration : Fig. 2. — INSCRIPTION COUFIQUE SUR UNE TOMBE DE L’ANCIEN CIMETIÈRE DE TESSÂOUA.
D’après un estampage de M. H. Duveyrier.]
Les Arabes de la Tripolitaine, dit-on, s’en servent comme purgatif.
DÆMIA CORDATA R. Br.
Oumm-el-leben (_arabe_) ; Tellâkh (_temâhaq_).
Récolté le 24 août 1861 sur l’Ouâdi-Tîn-Guezzîn dans la Sôda. Reconnu en deux points de ma route entre Ghadâmès et Rhât.
GENTIANÉES.
ERYTHRÆA PULCHELLA Fries _var._ ?
Tifechkan (_temâhaq_).
Récolté près de la source de Serdélès, le 3 mai 1861.
CONVOLVULACÉES.
CRESSA CRETICA L.
’Achbet-el-mâ (_arabe_).
Récolté sur l’Ouâdi-Aouâl le 17 septembre 1860.
BORRAGINÉES.
HELIOTROPIUM EUROPÆUM L.
Dhaharet-ech-chems (_arabe_).
Récolté dans l’Ouâd-Mezâb, pendant l’été 1859.
ECHIOCHILON FRUTICOSUM Desf.
Ras-hamrâ (_arabe_).
Récolté le 7 mars 1860, entre El-Ouâd et Nafta.
Commun dans les terres de heycha.
Sans importance.
LITHOSPERMUM CALLOSUM Vahl.
Ralma (_arabe_).
Récolté dans la plaine d’El-Bâla entre Methlîli et El-Golêa’a le 8 septembre 1859.
Plante des sables, sans importance.
TRICHODESMA AFRICANUM R. Br.
Tâlkaït (_temâhaq_).
Récolté le 1er mars 1861 à Tîn-Arrây.
SOLANÉES.
PHYSALIS SOMNIFERA L.
Farhaorhao (_temâhaq_).
Récolté le 17 mai et le 24 juin à Oubâri et à Mourzouk. Commun dans toutes les oasis du Fezzân.
Grande plante ; narcotique comme les autres Solanées vireuses.
LYCIUM MEDITERRANEUM Dunal.
Aoused (_arabe_).
Récolté dans les rochers de Djâdo, le 28 octobre 1860, et à Qaçar-el- Hâdj, le 18 octobre 1861.
Les Arabes font avec une décoction concentrée de _Lycium_ et le blanc d’Espagne (_Biodh-el-Ouedj_) une pâte dont on couvre les yeux, dans la petite-vérole, pour éviter qu’ils soient atteints.
La même pâte est employée dans les ophtalmies graves.
HYOSCYAMUS FALEZLEZ Coss. sp. nova.
Goungot (_arabe tripolitain_) ; Falezlez (_arabe saharien_) ; Afahlêhlé (_temâhaq_).
Récolté sur l’Ouâdi-Aouâl, le 17 septembre, et sur la Gueráa- ben-’Aggiou, le 20 septembre 1860 ; commun entre Ghadâmès et Rhât, dans tout le pays des Touâreg ainsi qu’au Fezzân.
Plusieurs localités, sur le versant nigritien du plateau central du Sahara, portent le nom de cette plante, _Falezlez_ ou _In-Afahlêhlé_, notamment sur les routes de Rhât à Agadez et d’In-Sâlah à Timbouktou.
Le désert de Tânezroûft en est aussi empoisonné, mais elle ne croît plus au Sud. Cette plante nouvelle paraît exclusivement saharienne.
Le falezlez est un poison très-actif pour tous les animaux autres que les ruminants. Il engraisse les chameaux, les chèvres et les moutons, et donne la mort, en quelques heures, à l’homme, au cheval, à l’âne et au chien.
J’ai apprécié les qualités vénéneuses de cette plante dans des circonstances qui doivent être relatées.
Un jour, mon cheval qui, pour la première fois dans le Sahara, rencontrait des feuilles vertes et tendres, se jeta avec avidité sur cet _Hyoscyamus_. Les Touâreg témoins de son inexpérience m’annoncèrent la mort très-prochaine de la pauvre bête.
Comme on exagérait toujours à mes yeux les dangers du voyage d’un chrétien dans le Sahara, je ne voulus pas m’en rapporter au pronostic de mes compagnons indigènes, et, malgré leurs prières de m’abstenir, je goûtai une feuille de cette maudite herbe et je reconnus bientôt que les Touâreg avaient raison.
Mon cheval mourut en peu de temps et je fus assez gravement indisposé.
Peu après l’expérience, je fus pris d’un engourdissement et d’un froid général, avec la vue voilée, tendance et disposition au sommeil. Je me remis d’abord en prenant quelques gouttes de rhum, mais, pendant plusieurs jours, je ressentis les effets de mon imprudence.
Mon cheval, qui avait été moins réservé que moi, commença à se coucher sur le flanc et à donner, de temps à autre, des ruades et des coups de tête convulsifs. L’œil devint terne tout de suite.
En vain je lui administrai de l’ammoniaque et de l’alcool étendu d’eau, puis, sur le conseil des Touâreg, une boisson faite avec du poivre rouge et des dattes : rien n’y fit. En quelques heures, l’animal était ballonné, il n’ouvrait plus les yeux et respirait difficilement. Dans la nuit il mourut gonflé comme une outre.
Qui le croirait ? malgré les dangers de l’usage de cette plante, les indigènes l’emploient comme aliment et comme médicament ! Ses feuilles récoltées sont transportées, vendues et recherchées sur le marché de Timbouktou.
Je ferai connaître le mode d’emploi du falezlez en passant en revue les pratiques médicales des Touâreg.
D’après les indigènes, les propriétés toxiques de cette Solanée, comme celles de beaucoup de plantes, seraient en raison directe de l’altitude des lieux où elle croît. Presque inoffensive aux environs de Tripoli, déjà dangereuse sur les plateaux du Fezzân, elle devient poison actif dans les montagnes des Touâreg. J’ignore si mes informateurs ne confondent pas des espèces voisines, mais jouissant de propriétés différentes.
Quoi qu’il en soit, dans les cas où cette plante vireuse agit avec le moins de gravité, elle détermine des accidents cérébraux qui sont qualifiés de folie par les gens du pays.
L’_Hyoscyamus Falezlez_ s’élève à 1/2 mètre de hauteur et met deux années pour atteindre tout son développement. Il vit pendant 5 ou 6 ans, montrant ses grandes feuilles vertes au-dessus des herbes sèches de la végétation annuelle.
En attendant la description de cette plante par M. le docteur Cosson, voici comment elle est définie dans mon journal de voyage :
Racine simple, s’enfonçant verticalement à une certaine profondeur.
Feuilles larges, charnues, succulentes, d’un vert peu foncé, avec larges nervures presque blanches ;
Calice grand, vert, charnu, à cinq sépales ou échancrures au sommet ;
Fleur violette ;
SOLANUM MELONGENA L.
Badindjâl (_arabe_).
L’aubergine est encore un des fruits cultivés et estimés dans les oasis.
LYCOPERSICUM ESCULENTUM Dunal.
Tomâtich (_arabe_).
La tomate, plus encore que l’aubergine, est commune dans les jardins des oasis.
CAPSICUM ANNUUM L.
Felfel-el-ahmar (_arabe_) ; Chitta (_temâhaq_).
Le piment est le condiment de la plupart des mets africains. On en cultive plusieurs variétés et en grande quantité, non-seulement pour l’approvisionnement des citadins, mais encore pour celui des nomades.
NICOTIANA RUSTICA L.
Doukhkhân (_arabe_) ; Tâba, Tâberha (_temâhaq_).
La seule variété cultivée dans les oasis est le tabac rustique, qui est très-fort et dont l’odeur est très-piquante.
C’est au Soûf et au Touât que les cultures sont les plus étendues.
L’usage du tabac est plus général parmi les indigènes du Sahara que dans le Tell, et on le prend sous toutes les formes, _per fas et nefas_.
Chez les Touâreg, hommes et femmes fument, et, quoique la fumée du tabac rustique soit très-âcre, hommes et femmes la rendent par le nez.
Le tabac en poudre est pilé très-fin et mêlé à un huitième de natron pour lui donner plus de montant. En cet état on le prend par le nez et par la bouche.
Les femmes arabes, mariées à onze ans, mères à douze, vieilles à vingt, employent le tabac comme aphrodisiaque en s’en saupoudrant certain organe.
Pour l’honneur de l’humanité, je m’empresse de dire que cet usage exceptionnel et impudique, inconnu des Touâreg, est circonscrit dans le Sud-Est du Sahara algérien, de Laghouât au Soûf, particulièrement chez les arabes Nemêmcha. Là, ce mode d’emploi semble si naturel que la femme n’attend pas, dit-on, d’être hors de la vue de l’homme pour utiliser la prise qui lui a été offerte.
En raison de ces nombreux usages, le tabac est l’objet d’un grand commerce dans le Sud.
SCROFULARINÉES.
LINARIA FRUTICOSA Desf.
Tâzeret (_temâhaq_).
Récolté le 1er mars 1861, à Tîn-Arrây.
Plante presque ligneuse.
LINARIA LAXIFLORA Desf.
Récolté le 1er mars 1860 à Mouï-el-Ferdjân, entre l’Ouâd-Rîgh et le Soûf.
Commun dans les terres de heycha.
Petite plante sans importance.
OROBANCHACÉES.
PHELIPÆA VIOLACEA Desf.
Dhânoûn (_arabe_) ; Ahêliwen, Timzhellitîn, Fetekchên (_temâhaq_).
Récolté sur le littoral de Gâbès, les 17 et 21 mars 1860. Signalé en plusieurs stations, dans les montagnes, entre Rhât et In-Sâlah.
Cette plante remarquable, à tige unique, sans branches ni feuilles, haute de 60 centimètres, n’apparaissant que dans les sables, est mangée dans les temps de disette. A cet effet, disent les indigènes, on la fait bouillir, puis sécher au soleil, afin de pouvoir la réduire en farine. La fécule ainsi obtenue est mélangée à d’autres substances alimentaires.
LABIÉES.
LAVANDULA MULTIFIDA L.
Kammoûn-el-djemel, Kerouïet-el-djemel (_arabe_) ; Djey (_temâhaq_).
Récolté sur l’Ouâdi-Arhlân, près de Djâdo, le 28 octobre 1860 ; dans le pays des Harâba, le 12 novembre 1860 ; à Tîn-Arrây, le 1er mars 1861. Signalé comme étant commun dans les montagnes du Ahaggâr.
Cette plante est recherchée par les chameaux à raison de ses propriétés aromatiques.
THYMUS HIRTUS Willd.
Za’ater (_arabe_).
Récolté entre Hâmma et Gâbès, le 18 mars 1860.
Tous les thyms auxquels les indigènes donnent le nom de _za’ater_ sont récoltés et employés pour aromatiser les aliments. Les habitants des pays où ils croissent les échangent dans les oasis contre des dattes.
Dans la médecine arabe, les thyms sont employés comme stomachiques.
THYMUS CAPITATUS Link et Hoffm.
Za’ater (_arabe_).
Récolté sur l’Ouâdi-Tirhît, le 18 novembre 1860.
En général, dans le Sahara, les thyms marquent les lignes des bas-fonds par lesquelles s’écoulent les eaux pluviales.
SALVIA ÆGYPTIACA L.
Récolté sur les berges de l’Ouâd-Mezâb, le 18 juillet 1859.
Les feuilles et les sommités fleuries de toutes les sauges sont employées par les indigènes en infusion théiforme, comme excitant digestif.
Beaucoup d’entre eux mettent volontiers des feuilles de sauge dans leurs fosses nasales pour y maintenir la fraîcheur.
ROSMARINUS OFFICINALIS L.
Kelîl (_arabe_) ; Ouzbîr (_berbère_).
Récolté dans le pays des Harâba, le 12, et sur l’Ouâdi-Tirhît, le 18 novembre 1860.
Les feuilles de romarin, récoltées dans le Sahara, sont transportées par les caravanes dans l’Afrique centrale comme article d’échange.
On s’en sert pour aromatiser les aliments.
La médecine arabe leur attribue des propriétés vulnéraires : aussi toutes les plaies récentes sont-elles couvertes de poudre de romarin.
GLOBULARIÉES.
GLOBULARIA ALYPUM L.
Tâselrha (_arabe_ et _temâhaq_).
Reconnu entre Ghadâmès et Rhât.
Dans toutes les contrées où pousse cette plante, ses branches et ses feuilles sont employées en tisane concentrée, et avec succès, contre les fièvres intermittentes et les éruptions furonculeuses.
PLOMBAGINÉES.
STATICE BONDUELLII Lestib.
Châchîet-edh-dhobb (_arabe_).
Récolté sur l’Ouâd-Mezâb, dans l’été 1859.
STATICE GLOBULARIÆFOLIA Desf.
Messâs (_arabe_).
Récolté dans l’Ouâdi-Tagotta, le 18 novembre 1860.
STATICE PRUINOSA L.
Guedhâm-el-ghozâl (_arabe_).
Récolté dans la heycha de Chegga, le 25 novembre 1859.
En général, toutes les _Statice_ sont recherchées par les animaux comme plantes salées.
LIMONIASTRUM GUYONIANUM DR.
Zeïta (_arabe_) ; Tafonfela (_temâhaq_).
Récolté dans la heycha de Chegga, le 25 novembre 1859 ; à El-Faïdh, le 31 mai 1860 ; signalé comme étant commun dans les oasis du Touât et dans les montagnes du Ahaggâr.
Cet arbuste atteint quelquefois les proportions d’un petit arbre et couvre d’assez grands espaces pour former des bosquets.
BUBANIA FEEI de Girard.
Melhafet-el-khâdem, Râs-el-khâdem (_arabe_).
Reconnu en 1859, entre Methlîli et El-Golêa’a.
L’herbier de cette course, ainsi que d’autres parties de mon bagage, a été confisqué par les habitants de la ville alors inhospitalière d’El- Golêa’a.
PLANTAGINÉES.
PLANTAGO OVATA Forsk.
Halma (_arabe_).
Reconnu en quatre stations de ma route, entre El-Ouâd et Ghadâmès, du 26 juillet au 12 août 1860.
PLANTAGO ALBICANS L.
Inem (_arabe_).
Récolté le 7 mars 1860, aux environs de Nakhlet-el-Mengoûb.
Affectionne les terrains de heycha.
PLANTAGO PSYLLIUM L.
Récolté le 13 mars 1860, aux environs du Chott-Melghîgh.
La poudre de tous les plantains est employée comme astringent pour cicatriser les ulcères.
SALSOLACÉES.
BETA VULGARIS L. _var._ CICLA.
Selk (_arabe_).
Cultivé comme plante alimentaire dans les oasis.
ATRIPLEX MOLLIS Desf.
Jell, Djell (_arabe_).
Récolté dans la heycha de Chegga, le 25 novembre 1859 ; reconnu en six stations, de Tîterhsîn à la Cherguîya.
Les Arabes attribuent au suc de cette plante la propriété d’amener la stérilité : aussi les femmes trop fécondes en font-elles souvent usage.
ATRIPLEX HALIMUS L.
Guetof (_arabe_) ; Aramâs (_temâhaq_).
Récolté en mai et en octobre 1860, à El-Faîdh et à Djâdo. Reconnu en quatre stations, entre Ghadâmès et Rhât. Signalé dans les montagnes, entre Rhât et In-Sâlah, ainsi que sur le plateau de Tâdemâyt.
Cette plante est recherchée par tous les animaux à cause de la saveur saline de ses jeunes pousses. L’homme lui-même ne la dédaigne pas comme aliment. De plus, les Touâreg récoltent ses graines qu’ils mangent en bouillie.
Le bois de sa racine sert de brosse à dent ; on lui attribue des vertus antiscorbutiques.
On extrait de sa tige une soude que les indigènes appellent _melh-el- guetof_. Cette soude, quelquefois employée en médecine, sert principalement à la saponification de l’huile.
Cette plante frutescente, qui forme d’énormes buissons, déjà commune sur les côtes de Provence, s’étend sur le continent africain du littoral aux confins les plus reculés de mon exploration. Partout où le sol est un peu salin, on est à peu près certain de la retrouver.
CHENOPODIUM MURALE L.
Lessîg (_arabe_) ; Tîbbi (_mezabite_).
Récolté à Ghardâya, en 1859, sur la lisière des jardins et sur les murs d’enceinte.
CHENOPODINA VERA Moq.-Tand. ?
Souïd (_arabe_) ; Tirbâr (_temâhaq_).
Récolté sur l’Ouâdi-Tagotta, le 18 septembre 1860.
SUÆDA VERMICULATA Forsk.
Souïd (_arabe_) ; Tirbâr (_temâhaq_).
Récolté dans les dunes d’El-’Arefdji, près de Negoûsa, le 20 février 1860. Reconnu aux environs de Ghadâmès.
TRAGANUM NUDATUM Delile.
Dhomrân, Souïd-Ahmar (_arabe_) ; Tirehît (_temâhaq_) ; Tâsra (_mezabite_).
Échantillons de l’Ouâdi-Saádâna (19 août 1859), entre Methlîli et El- Golêa’a ; reconnu depuis en deux stations, autour de Ghadâmès ; en cinq, entre Ghadâmès et Rhât ; en trois, entre Tîterhsîn et la Cherguîya. Signalé dans le Ahaggâr, plaine et montagne, ainsi qu’au Touât.
Cette plante frutescente est recherchée avec avidité par les chameaux.
CAROXYLON ARTICULATUM Moq.-Tand.
Remeth (_arabe_) ; Ouân-Ihedân (_temâhaq_).
Récolté, en 1859 et 1860, dans le Sahara algérien et tripolitain, où il est très-commun. Reconnu en six stations, plus au Sud, entre Ghadâmès et Rhât.
SALSOLA VERMICULATA L. _var._ MICROPHYLLA. _S. brevifolia_ Desf.
Guedhâm (_arabe_) ; Adjerwâhi (_temâhaq_).
Récolté dans les sables de Mouî-er-Robáâya, le 29 juillet 1860. Signalé comme étant commun dans les montagnes des Touâreg et dans l’oasis du Touât.
SALSOLA LONGIFOLIA Forsk.
Semommed (_arabe_).
Récolté, le 12 novembre 1860, sur l’Ouâdi-Tînzeght.
Par l’incinération, cette plante, comme la précédente, donne une soude employée dans la fabrication du savon.
ANABASIS ARTICULATA Moq.-Tand. _var._ GRACILIS.
Bâguel, Belbâl, Belbâla (_arabe_) ; Abelbâl, Tâza (_temâhaq_).
Récolté, le 20 novembre 1860, à Dhâhar-el-Djebel, et le 23 novembre 1859, à El-Mogherreb, au N.-O. d’El-’Alîya. Reconnu en cinq stations, dans la région de l’’Erg, entre El-Ouâd et Ghadâmès. Commun aux environs de Ghadâmès.
Cette plante ligneuse, quoique peu riche en matière alimentaire, est mangée par les chameaux.
Les Sahariens prétendent qu’on peut creuser des puits avec sécurité partout où croît le _belbâl_, parce qu’on est certain de trouver l’eau à peu de profondeur.
Ainsi, entre El-Ouâd et Ghadâmès, au milieu des dunes de l’’Erg, mes guides et le Cheïkh-’Othmân ont été unanimes à me signaler Haoudh-el- Belbâlât comme un point d’élection pour doter cette route de l’eau qui lui manque.
La disposition de la localité m’a paru correspondre aux indications des khebîr.
CORNULACA MONACANTHA Delile.
El-Hâdh (_arabe_) ; Tâhara (_temâhaq_).
Récolté à Chaábet-Lekkâz, le 21 novembre 1859. Reconnu en cinq stations, entre El-Ouâd et Ghadâmès ; en trois stations, de Ghadâmès à Rhât ; en deux, de Tîterhsîn à la Cherguîya. Indiqué comme étant commun dans les plaines au pied du Ahaggâr.
Cette plante sous-frutescente couvre de très-grands espaces sur les versants Sud des montagnes des Touâreg. Elle constitue un des fourrages recherchés des chameaux, malgré ses épines.
AMARANTACÉES.
AERVA JAVANICA L.
Tamakerkaït, Timekerkest (_temâhaq_).
Récolté à Aghelâd, le 8 février 1861. Signalé dans les montagnes entre Rhât et In-Sâlah.
SALVADORACÉES.
SALVADORA PERSICA L.
Siouâk (_arabe vulgaire_) ; Irâk (_arabe littéral_) ; Têhaq (_temâhaq du Nord_) ; Abezgui (_dialecte d’Aïr_) ; Teguî, Tijat (_dialecte de Timbouktou_).
Récolté en fleurs et en fruits à Afara-n-Wechcherân, le 1er janvier 1861. Commun partout au delà de la région de l’’Erg.
Cet arbre de la région tropicale, très-répandu dans le bassin du Niger, vient cependant en troisième ligne comme importance de la végétation ligneuse de la partie du territoire des Touâreg que j’ai visitée. Toutefois on ne l’y trouve que dans les vallées abritées et de préférence dans celles où les alluvions sablonneuses abondent.
C’est un bel arbre, de deuxième grandeur, dont le feuillage d’un beau vert tendre repose agréablement la vue fatiguée de la couleur sombre du pays.
Son fruit, d’un goût délectable, est employé comme aliment et comme médicament.
Ce fruit consiste en petites baies, semblables aux raisins de Corinthe, dit M. le docteur Barth, lesquels offrent un léger supplément au frugal menu du désert ; frais, il a un goût de poivre assez prononcé.
Comme l’illustre voyageur, j’ai mangé ce fruit, et mes impressions sur son mérite sont les mêmes.
Son bois odorant et solide, susceptible de se diviser en fibres très- fines, fournit les cure-dents et les brosses à dents si recherchés par les musulmans pour l’entretien de leur bouche. On sait que pour tous les peuples d’Orient la question du cure-dents est une grave affaire pour laquelle il est fait d’importantes recommandations dans les ouvrages de religion et de jurisprudence.
L’écorce de l’arbre, légèrement épispastique, est appliquée par les indigènes sur les blessures d’animaux venimeux.
Les chameaux mangent volontiers les feuilles fraîches de cet arbre, mais mélangées avec celles d’autres plantes à cause de leur goût d’amertume prononcé.
Dans toute la région où croît ce _Salvadora_, ses feuilles sont employées comme antisiphylitiques. A cet effet, on les réduit en poudre avec les épices connues sous le nom de _râs-el-hânout_ (tête de la boutique), et chaque matin on en prend une dose en breuvage.
CALLIGONUM COMOSUM L’Hérit.
Arta, Resoû, Ezâl (_arabe_) ; Aresoû, Isaredj (_temâhaq_).
Récolté dans l’Ouâdi-Sa’adâna, le 21 août 1859 ; sur l’Ouâdi-Izêkra, le 5 février ; à Tîn-Têrdja, le 2 mars ; à Ouarâret, le 11 mars 1861. Reconnu en treize stations dans l’’Erg, entre El-Ouâd et Ghadâmès ; en onze stations, de Ghadâmès à Rhât ; en trois, de Tîterhsîn à la Cherguîya ; en plusieurs stations, de Methlîli à El-Golêa’a. Signalé dans les montagnes entre Rhât et In-Sâlah, ainsi que dans tout le Touât.
Le _Calligonum comosum_ forme d’épais buissons auxquels les chameaux donnent toujours un coup de dent en passant. Le bois de cette broussaille est souvent la seule ressource des caravanes pour cuire les aliments. Dans l’’Erg, cet arbuste devient un véritable arbre.
POLYGONÉES.
POLYGONUM EQUISETIFORME Sibth. et Sm.
Récolté dans la Djefâra, 16 octobre 1860.
RUMEX VESICARIUS L.
El-Hommîz (_arabe_) ; Tânesmîm (_temâhaq_).
Récolté au Rhedîr de Sâghen, dans l’Ouâdi-Tikhâmmalt, le 3 janvier, et dans l’Ouâdi-Alloûn, le 19 février 1861.
Plante comestible dont le goût rappelle celui de l’oseille.
THYMÉLÉACÉES.
THYMELÆA HIRSUTA Endl. _Passerina hirsuta_. L.
Methenân (_arabe_).
Récolté dans l’Ouâd-Biskra, en janvier 1860.
Croît dans les sables. Commune sur le littoral de la Syrte.
EUPHORBIACÉES.
EUPHORBIA CALYPTRATA Coss. et DR. in _Bull. Soc. bot._
Oumm-el-leben (_arabe_) ; Tellâkh (_temâhaq_).
Récolté le 3 janvier 1861, à Sâghen.
EUPHORBIA GUYONIANA Boiss. et Reut.
Lebbîn (_arabe_).
Récolté dans les sables du Soûf, entre El-Ouâd et Sahên, le 5 mars 1860.
EUPHORBIA PARALIAS L.
Lebbîn, Lebeïna (_arabe_).
Récolté près de Gâbès, les 17 et 21 mars 1860.
Le suc de ces diverses Euphorbiacées est employé contre les morsures des vipères.
CANNABINÉES.
CANNABIS SATIVA L.
Kerneb, Tekroûri, Hachîcha (_arabe_).
Cultivé dans quelques oasis, notamment dans le Fezzân, à Trâghen.
Les sommités fleuries de ce chanvre sont fumées dans des pipes ou mangées en confitures en vue de déterminer une sorte d’extase que les amateurs de hachîch (_hachchâchîn_) appellent _kîf_.
L’hébétude résulte souvent de ces pratiques qui heureusement ne sortent guère du cercle des fainéants ou de ceux qui ont voyagé en Orient. Les Touâreg entre autres ne font jamais usage du hachîch.
MORÉES.
FICUS CARICA L.
Kerma (_arabe_) ; Ahar, Tâhart (_temâhaq_).
Après le dattier, le figuier est l’arbre le plus cultivé chez les Touâreg. Non-seulement on en trouve quelques pieds dans chaque jardin des oasis, mais encore on compte çà et là, dans les montagnes, quelques vergers exclusivement peuplés de figuiers.
Les figues provenant de ces cultures sont généralement mangées fraîches. Les figues sèches sont principalement tirées du littoral : cependant, on m’en a donné provenant de Mîherô.
SALICINÉES.
POPULUS ALBA L.
Safsaf (_arabe_).
Signalé sur un point du plateau de Tâdemâyt, à Hamâd-el-’Atchân, près de Tîn-Fedjaouîn.
Le peuplier blanc, très-commun dans le Tell, est une exception unique à cette latitude.
CONIFÈRES.
EPHEDRA ALATA Dcne.
’Alenda (_arabe_) ; Tîmatart (_temâhaq_).
Reconnu en douze stations, entre El-Ouâd et Ghadâmès.
Les chameaux mangent ses jeunes pousses, à défaut d’autre nourriture.
Ses tiges et ses sommités, douées de propriétés astringentes, sont employées dans la matière médicale indigène.
Ses fruits sont comestibles.
Les branches de cet arbuste atteignent quelquefois trois mètres de hauteur. Près d’El-Arba-Tahtanîya, M. le docteur Cosson en a découvert « un magnifique pied dont le tronc, jusqu’aux ramifications principales, mesurait au-dessus du sol près d’un demi-mètre et dont la circonférence, prise au niveau du sol, atteignait 48 centimètres. »
Il y en a de plus grands encore sur l’Ouâd-el-’Alenda, dans le Soûf.
POTAMÉES.
POTAMOGETON PECTINATUS L.
Récolté dans la source de Tagotta.
Plante aquatique submergée.
PALMIERS.
PHŒNIX DACTYLIFERA L.
Nakhla (_arabe_) ; Tâzzeït (_temâhaq_).
Le palmier dattier est, sans contredit, le roi de la végétation saharienne, non-seulement par le nombre des _ghâbâ_ qu’il constitue, mais encore par l’importance des services directs ou indirects qu’il rend à l’habitant de la région désertique.
On donne, dans tout le Sahara, le nom de _ghâbâ_ ou forêt à toute plantation de dattiers, quel que soit le nombre des arbres.
Généralement, les plantations sont agglomérées, autour ou à peu de distance des habitations. Leur ensemble forme ce qu’on appelle une oasis.
Dans la partie du Sahara, objet de cette étude, quatre principaux groupes d’oasis appellent l’attention : celui de Ghadâmès, celui de Rhât, celui du Fezzân, celui du Touât.
A Ghadâmès, on compte, m’a-t-on dit, 63,000 palmiers ; à Rhât, y compris les plantations des villages voisins, le nombre de ces arbres n’est pas moins considérable ; quant à ceux innombrés et presque innombrables du Fezzân et du Touât, ils atteignent peut-être le chiffre de deux millions de pieds, car, dans ces contrées favorisées, les oasis se succèdent les unes aux autres sur d’immenses étendues : cent lieues du Nord au Sud pour le Touât, quarante lieues de l’Est à l’Ouest pour le Fezzân.
En dehors de ces massifs principaux, il y a encore une dizaine de petites oasis dans les montagnes des Touâreg : à Djânet, à Idelès, et autres points arrosés par des sources, mais elles ne peuvent pas être comparées aux premières, car toutes ces plantations ne donneraient peut- être pas un total de 6,000 palmiers.
Les produits directs du dattier sont les suivants :
La datte, _themer_ des Arabes, _teïni_ des Touâreg, aliment farineux et sucré, d’une conservation et d’un transport faciles, immense ressource pour des populations nomades et voyageuses ;
La palme, _djerîda_ en arabe, _taratta_ en temâhaq, comprenant le pétiole, _ahebêr_, et la feuille, _takôla_ des Touâreg, employés, l’un sous forme de lattes, dans les constructions et les clayonnages, l’autre comme matière textile, à la fabrication de nattes, de paniers, de sacs, de cordes, en un mot, à la confection de ces mille petits riens connus sous le nom d’articles de sparterie exécutés ailleurs avec le palmier nain et le halfâ ;
La bourre, _sa’af_, provenant des feuilles radicales ou du tronc, et avec laquelle on fait des tissus, des rembourrages de bâts, etc. ;
Le noyau de la datte, _a’lef_, que l’on écrase et que l’on donne à manger aux animaux : chameaux, chèvres et moutons ;
La sève, _lâgmi_, obtenue par incision et de laquelle on retire :
A l’état frais, le _lait_ de palmier, boisson fade, quoique sucrée ;
Fermentée, le _vin_ de palmier, dont le goût rappelle celui d’une jeune bière ;
Distillée, un _alcool_ très-inférieur ;
Les fleurs, _nouâr_, réputées aphrodisiaques ;
L’involucre des fleurs, _kemmamîn_, aussi employé en médecine ;
Enfin, la tige du palmier, _khechba_, débitée comme le bois des autres arbres, et qu’à raison de ses services on a appelée _sapin du Sahara_. On l’emploie dans les constructions, dans les coffrages des puits, sous forme de planches, de poutres ou de madriers. Dans la région saharienne, le dattier est la seule essence qui donne des bois droits et de longueur.
En présence de tant de produits fournis par le dattier, on ne peut s’empêcher de reconnaître que, si la Providence a été avare envers les Sahariens, en limitant à un petit nombre les arbres utiles de leur pays, elle a tellement prodigué ses faveurs au dattier, qu’à lui seul il peut remplacer tous les autres arbres.
Mais le dattier n’est pas seulement utile par les produits directs dont il comble l’habitant des oasis, il l’est encore, au même degré, par les produits indirects qu’il permet d’obtenir à l’ombre de sa cime parasolaire qu’on peut comparer, contre la chaleur, à l’effet des serres contre le froid.
Les extrêmes se touchent en tout : dans nos climats tempérés, les plantes tropicales ne peuvent germer, croître, fructifier, qu’à l’aide d’une chaleur factice ; dans le Sahara, les plantes des climats tempérés ne peuvent prospérer qu’à l’abri d’une chaleur excessive et d’une lumière intense ; et cet abri, le dattier le donne en permettant à l’air de circuler, à la lumière et à la chaleur de pénétrer dans les proportions réclamées par la végétation sous-palméenne.
Que, dans les oasis, les palmiers soient décapités, le sol qu’ils couvrent de leur ombre rentre dans les conditions climatériques des terres voisines frappées de mort, de juin à septembre, par l’excès de la chaleur, comme ailleurs, de novembre à mars, par l’excès du froid.
Sous l’abri protecteur des palmiers, l’Oasien peut cultiver une cinquantaine de plantes alimentaires ou industrielles dont il serait complétement privé sans l’auxiliaire que la Providence a mis si libéralement à sa disposition : j’ai donc raison de dire que le dattier rend à l’habitant du Sahara autant de services par ses produits indirects que par ses produits directs, si nombreux qu’ils soient.
On ne sera donc pas étonné d’apprendre que le dattier, dans le Sahara, soit l’objet de soins qui ne sont donnés à aucun arbre, dans aucun autre pays du monde.
J’estime à l’égal des plus grandes conquêtes de l’homme sur la nature les travaux exécutés par les Sahariens pour assurer à cet arbre les conditions nécessaires à son existence.
Dans l’Ouâd-Rîgh et le bassin d’Ouarglâ, des puits artésiens creusés à bras d’homme jusqu’à la couche d’eau jaillissante ; dans l’Ouâd-Mezâb, d’immenses barrages jetés en travers des torrents ; dans le Fezzân et dans le Touât, des puits à galeries souterraines pour créer des rivières artificielles ; dans le Soûf et dans les autres oasis de l’’Erg, la lutte de tous les instants contre les envahissements des sables, constituent des efforts de géants que tout homme impartial compare, avec la différence des moyens, aux plus beaux résultats obtenus par la science et l’industrie dans nos États civilisés.
Le dattier, disent les Sahariens, doit, pour produire de bons fruits, avoir la tête dans le feu et les pieds dans l’eau.
Le soleil africain pourvoit suffisamment aux besoins de sa cime ; l’homme doit procurer à ses racines l’eau qu’elles réclament. Ce n’est pas toujours facile, mais, partout où il y a des dattiers, on leur sert, d’une manière ou de l’autre, l’eau nécessaire.
Dans les oasis pourvues de puits artésiens, de puits à galeries, de fontaines aménagées, l’irrigation est facile et se pratique à eau courante ; mais là où il n’y a que des puits ordinaires, l’eau doit être élevée par des machines ou à bras d’hommes, et l’arrosage, dans ce cas, impose des peines considérables.
Dans l’oasis du Soûf, où l’eau se trouve au-dessous du sol à des profondeurs variables de 0m 85 à 2m 55 et 4m 10, on plante le dattier de manière à ce que ses racines plongent dans l’eau. Là, du moins, le planteur est exonéré de l’obligation d’irriguer, mais cet avantage est chèrement acheté par la nécessité de lutter continuellement contre l’envahissement des sables et de féconder ces sables par de nombreux engrais.
La charge d’engrais de crottin de chameaux (150 kilos) coûte, dans le Soûf, 10 francs, et on n’hésite pas à donner, à un seul palmier, douze charges d’engrais, d’une valeur de 120 francs, ce qui, à raison d’une fumure tous les huit ou dix ans, porte à 12 et à 15 fr. par an la dépense d’engrais de chaque palmier. Mais, il faut le dire, les dattes de cette oasis sont de qualité très-supérieure.
Généralement, dans tout le Sahara, on préfère les plantations par boutures à celles par noyaux, parce que la bouture produit le même fruit que le pied de l’arbre d’où elle a été extraite, tandis qu’avec le noyau on n’est jamais certain de la qualité du fruit.
Cependant, c’est par les semis de noyaux qu’on a obtenu les nombreuses variétés de dattes du Sahara. On n’en compte guère moins de quarante. Il est vrai de dire qu’elles ne sont pas toutes également bonnes.
Les boutures provenant d’arbres faibles et maladifs paraissent mieux reprendre ; on leur donne le nom de _arhedd_.
On a remarqué aussi que les boutures tirées de pays lointains acquièrent en voyage plus d’aptitude à la reprise. Il suffit, pour les conserver en bon état, de leur enlever leurs feuilles.
Certaines boutures sont obtenues du tronc mère avec des racines ; elles portent le nom de _zalloûch_. On se borne à éviter de blesser les racines en les détachant du tronc. De même, pour les boutures sans racines, on a soin de faire des incisions nettes, sans mâchures ni déchirures.
On plante les boutures à l’automne, et, pour cette opération, on reconnaît plusieurs procédés.
Le plus sûr est celui appelé _mechtoûla_ : il consiste à planter les boutures auprès d’un puits qui en permet l’arrosage. Au bout de six mois, elles ont pris racine et on les transporte dans des terrains défoncés, nommés _toloûa’_.
Au Soûf, on emploie un procédé appelé _hachchâna_ : à cet effet, on met de suite en place les boutures dans les trous qui leur sont destinés et qu’on a préalablement creusés jusqu’à apparition de l’eau. La bouture est plantée de manière à ce qu’elle ait le pied dans l’humidité. Quand elle a réussi, au bout de six mois, elle a poussé trois petites branches, _djerîdât_, et, au bout de trois ans, l’arbre est assez développé pour qu’il puisse être fécondé. Alors on creuse la terre tout autour pour mettre du fumier de chèvre sous ses racines.
Au Soûf, on a aussi, pour rajeunir les vieux dattiers, un procédé qui n’est pas usité dans les autres oasis.
Quand un sujet, atteint de vieillesse, ne produit plus, on creuse le sol sous ses racines, on supporte le tronc pendant l’opération et, sans le faire changer de place, on lui donne un nouveau lit de sable, de fumier et d’eau, qui ne tarde pas à lui faire recouvrer sa jeunesse. Les palmiers ainsi restaurés sont appelés _meseggueta_.
En toute plantation, on distingue les dattiers mâles, _dhokkâra_, des dattiers femelles, _nakhla_. Il suffit de quelques mâles pour féconder une plantation entière de femelles.
On distingue deux sortes de dattiers mâles : le _sersâr_, dont les spathes renferment une semence peu abondante, peu active et qui tombe dès qu’on la touche ; cette espèce ne féconde pas toujours et quelquefois même, après la fécondation, on ne récolte que des dattes avortées, _sîch_. L’autre espèce, appelée _khowwâr_, produit des spathes d’une farine abondante, tenace et conservant ses propriétés fécondantes pendant deux années. Cette variété est, de beaucoup, la préférée.
Inutile d’ajouter que les Oasiens aident à la fécondation de leurs dattiers par la caprification.
Dans le Fezzân, on trouve souvent des forêts de palmiers dattiers qui se sont créées spontanément de graines. Venus sans culture, ne recevant aucun soin de l’homme, au lieu de s’élever en un tronc élancé, comme le dattier cultivé, ils se développent en broussailles, à la façon des palmiers nains (_Chamærops humilis_) du Tell. On donne à ces palmiers le nom de _hachchâna_. Ils produisent des fruits maigres et peu savoureux qui sont cependant récoltés par les pauvres, quand la concurrence des gazelles laisse les régimes intacts.
CUCIFERA THEBAICA Delile.
Doûm (_arabe_) ; Tâgaït (_temâhaq_).
Ce palmier, dont la véritable région est beaucoup plus au Sud, est représenté par quelques pieds dans une des oasis méridionales du Fezzân, celle de Tedjerri.
LILIACÉES.
ASPHODELUS TENUIFOLIUS Cav.
Tâzia (_arabe_) ; Iziân (_temâhaq_).
Récolté, le 9 février 1860, dans la vallée de l’Ouâdi-Târât, seule station où je l’aie rencontré.
ALLIUM CEPA L.
Boçla (_arabe_) ; Efelêli (_temâhaq_).
Cultivé dans les oasis.
L’oignon est non moins nécessaire dans la cuisine monotone des Sahariens que dans celle plus variée des Européens. Ici, il n’est qu’un auxiliaire dont on se passe facilement ; là, il est souvent l’unique élément de la digestion.
ALLIUM SATIVUM L.
Thoûm (_arabe_) ; Têskart (_temâhaq_).
Je n’ai pas pris le soin de constater si l’ail, vendu sur tous les marchés, était cultivé dans toutes les oasis ou provenait du Nord ; cependant je crois, sans en être certain, qu’il est le produit des cultures locales. Pour l’oasis de Ghadâmès, je puis l’affirmer.
Toute la matière médicale, à l’usage du chameau, comme application interne, se résume dans l’unique emploi de l’ail.
MÉLANTHACÉES.
ERYTHROSTICTUS PUNCTATUS Schlecht.
Kaïkoût (_arabe_) ; Afahlêhlé-n-ehedan (_temâhaq_).
Récolté entre les dunes d’El-’Arefdji et Hassi-Ma’ammer, le 21 février, et dans la plaine d’Ihanâren, au pied des montagnes du Tasîli, le 1er avril 1851.
L’oignon de cette plante répand une odeur aromatique agréable. Les ânes fuient cette odeur, d’où son nom, _poison des ânes_, en _temâhaq_.
La fécule de cet oignon est quelquefois introduite dans le pain ou dans le couscoussou pour l’aromatiser.
JONCÉES.
JUNCUS MARITIMUS Link.
Semâr (_arabe_) ; Talegguît (_temâhaq_).
Récolté, le 18 septembre 1860, près la source de Tagotta, et le 8 mai 1861, près de la source de Serdélès.
Commun autour des sources, mais rare comme elles.
TYPHACÉES.
TYPHA... ?
Berdi (_arabe_) ; Tahelé (_temâhaq_).
Reconnu en beaucoup de points, à peu près partout où il y a de l’eau permanente. Commun dans les montagnes, autour des lacs et des sources.
Les chaumières des serfs des Touâreg sont presque toutes couvertes avec la feuille de cette plante.
CYPÉRACÉES.
CYPERUS CONGLOMERATUS Rottb.
Sa’ad, Se’ad (_arabe_).
Récolté, le 29 juillet 1860, dans les sables de l’’Erg, autour du puits de Mâleh-ben-’Aoûn, entre El-Ouâd et Berreçof ; reconnu sur d’autres points de ma route, entre El-Ouâd et Ghadâmès et autour de Ghadâmès.
CYPERUS ROTUNDUS L.
Azejmîr (_mezabite_).
Récolté à Ghardâya, dans les mares d’irrigation des dattiers (août 1859).
CYPERUS LÆVIGATUS L.
Récolté autour de la source de Tagotta, le 18 septembre 1860.
CYPERUS LÆVIGATUS L. _var._ DISTACHYUS. _Cyperus junciformis_ Cav.
Merga, _le plongeur_ (_arabe_).
Récolté dans les sources de l’Ouâd-Nafta, le 8 mars 1861.
SCIRPUS HOLOSCHŒNUS L.
Sommîd (_arabe_) ; Iregga, Ilegga (_temâhaq_).
Récolté près de la source d’Ahêr, le 28 février, et près de celle de Serdélès, le 3 mai 1861.
SCIRPUS MARITIMUS L.
Leoulîoua (_arabe_ et _temâhaq_).
Récolté, le 1er janvier 1861, autour du Rhedîr de Sâghen. Reconnu en trois autres stations, entre Ghadâmès et Rhât.
GRAMINÉES.
LYGEUM SPARTUM Lœfl.
Senrha, dans l’Ouest ; Halfâ, dans l’Est (_arabe_).
Récolté dans le Djebel-Nefoûsa et entre Chefî et Djâdo,le 1er novembre 1860.
Au Sud de l’Algérie, le senrha croît dans les mêmes régions que le halfâ (_Stipa tenacissima_), et, à première vue, quand les deux plantes n’ont pas atteint tout leur développement, on peut les confondre ; mais dès que l’épi se montre, les deux espèces apparaissent bien distinctes.
En Algérie, on préfère le halfâ au senrha pour les travaux de sparterie, parce que le chaume du premier est trois fois aussi long que celui du second. En Tunisie, le senhra est plus estimé, parce qu’on le croit plus solide.
Les chameliers, conducteurs des caravanes, qui font grand usage de cordes en sparterie pour l’arrimage de leurs chargements, ne règlent leur choix entre le halfâ et le senrha que par le prix de vente. La préférence est toujours acquise au meilleur marché.
PHALARIS MINOR Retz.
Seboûs (_arabe_) ; Tanâla (_temâhaq_).
Trouvé et récolté en une station unique à Sâghen.
PANICUM TURGIDUM Forsk.
Boû-rekoûba (_arabe_) ; Afezô (_temâhaq_).
Échantillons récoltés sur l’Ouâdi-Tîn-Guezzîn et à Ouarâret, le 1er avril 1851. Reconnu en huit stations, entre Ghadâmès et Rhât, et en six stations, entre Tîterhsîn et la Cherguîya.
Plante commune dans tout le Sahara central, où elle concourt à la nourriture des chameaux. Ses graines sont récoltées par les Touâreg et mangées comme celle du drîn (_Arthratherum pungens_).
SETARIA VERTICILLATA P.B.
Oulâffa (_mezabite_).
Récolté dans les jardins de Ghardâya (août 1859), autour des mares formées par les canaux d’irrigation.
PENNISETUM DICHOTOMUM Delile.
Boû-roukeba (_arabe_) ; Tehaoua (_temâhaq_).
Récolté à Sâghen, le 2 janvier 1861. Reconnu entre El-Ouâd et Ghadâmès, entre Ghadâmès et Rhât, entre Tîterhsîn et la Cherguîya.
Plante fourragère, mais en général peu recherchée par les animaux.
IMPERATA CYLINDRICA P.B.
Dîs (_arabe_) ; Bastô, Taïsest (_temâhaq_).
Récolté dans la plaine d’Ihanâren, le 1er avril 1861. Reconnu en quatre stations, entre Ghadâmès et Rhât ; en six stations, de Tîterhsîn à la Cherguîya. Signalé comme étant commun entre Rhât et In-Sâlah, dans la montagne et sur le plateau de Tâdemâyt.
Comme le gueçob du Tell (_Phragmites communis_ Trin.), celui du Sahara croît en touffes épaisses et couvre souvent de grands espaces. Ses feuilles droites, vertes, servent également à la nourriture des troupeaux.
ANDROPOGON LANIGER Desf.
Lemmâd (_arabe_) ; Tiberrimt (_temâhaq_).
Récolté, le 24 août 1859, sur le plateau des Benî-Mezâb, et le 1er mars 1861, à Tîn-Arrây.
Cette Graminée a une odeur aromatique prononcée.
PIPTATHERUM MILIACEUM Coss. _Agrostis miliacea_ L.
Récolté le 27 octobre 1860 dans les rochers de Djâdo.
STIPA TENACISSIMA L.
Halfâ, en Algérie ; Gueddîm, Bechna, en Tripolitaine (_arabe_).
Récolté entre Zintân et Riâyna, le 27 septembre 1860, et dans les montagnes de Guettâr, le 23 mars 1861.
La solidité des fibres de cette plante textile, avec laquelle on fait tous les travaux de sparterie dans le Sud de l’Algérie, a l’inconvénient, comme plante fourragère, de ne pas se prêter facilement à la digestion. Son usage, chez les animaux, amène des constipations qui réclament l’emploi d’eaux laxatives. Ces eaux se trouvent heureusement être assez communes dans les parties du Sahara algérien où croît le halfâ. Aussi, tous les quatre ou cinq jours, les bergers de chameaux et ceux de moutons conduisent-ils leur troupeaux à ces sources pour combattre les effets constipants du halfâ.
La limite méridionale de cette plante, qui couvre de si grands espaces dans la région des steppes, me paraît être : au Sud de l’Algérie, au point de partage des eaux du bassin de l’Ouâd-Djédi et de celui de l’Ouâd-Miya ; au Sud de la Tunisie, la limite de l’’Erg ; au Sud de la Tripolitaine, un point mitoyen entre Chefî et Djâdo.
La connaissance de cette limite a son importance, car souvent les caravanes qui doivent la franchir sont forcées de changer de relais de chameaux. La loi de la circulation dans le Sahara, subordonnée à celle de la végétation, sera l’objet d’un examen particulier dans le deuxième volume de cette étude, spécialement consacré au commerce.
ARISTIDA ADSCENSIONIS L.
Neçi-oueddân (_arabe_) ; Arhemmoûd-ouân-ihedân (_temâhaq_).
Récolté dans l’Ouâdi-Alloûn, le 29 février 1861. Reconnu entre El-Ouâd et Ghadâmès et entre Ghadâmès et Rhât.
ARTHRATHERUM PUNGENS P.B.
Drîn, en Algérie, Sebot en Tripolitaine (_arabe_) ; Toûlloult (_temâhaq_).
Récolté sur l’Ouâdi-Alloûn, le 29 février 1861. Reconnu dix-neuf fois entre El-Ouâd et Ghadâmès, quarante-trois fois entre Ghadâmès et Rhât, deux fois entre Tîterhsîn et la Cherguîya, en de nombreuses stations entre Golêa’a et Methlîli. Signalé comme étant commun entre Rhât et In- Sâlah, ainsi qu’au Touât.
C’est incontestablement la plante la plus répandue et celle qui couvre le plus d’espace dans la partie du Sahara au Nord des montagnes des Touâreg, car dès qu’il y a un peu de terre végétale sur le sol, on est assuré de la voir paraître.
C’est incontestablement aussi la Graminée qui rend le plus de services aux Sahariens, car, si son chaume nourrit les troupeaux, son grain est souvent le seul aliment de l’homme.
Le grain de l’_Arthratherum pungens_ se nomme _loûl_. Chez les Touâreg, comme dans tout le reste du Sahara, on le récolte, et après l’avoir réduit en farine, on le mange, soit en bouillie, soit en galette. Je me suis trouvé moi-même, faute d’autres provisions, dans la nécessité d’en faire usage, et je reconnais volontiers, la faim aidant, que ce n’est pas un aliment à dédaigner.
Le loûl se vend comme les autres céréales, mais son prix est toujours inférieur. Dans le Sahara algérien, trois mesures de loûl sont échangées contre une mesure d’orge.
Quand on se préoccupera d’améliorer les voies de communication dans le Sahara, en y creusant des puits et en créant autour de ces puits des pacages pour les caravanes, on fera bien certainement des semis de loûl, car on ne peut trouver une plante qui convienne mieux au climat du Sahara que l’_Arthratherum pungens_.
ARTHRATHERUM PLUMOSUM Nees _var._ FLOCCOSUM.
Neçi (_arabe_) ; Arhemmoûd (_temâhaq_).
Récolté le 24 août 1861 sur l’Ouâdi-Tîn-Guezzîn, dans les montagnes de la Sôda. Reconnu en huit stations, entre Ghadâmès et Rhât, en deux entre Tîterhsîn et la Cherguîya. Signalé en quelques stations, dans les montagnes, entre Rhât et In-Sâlah.
Plante fourragère, basse, croissant en touffes, recherchée par les animaux.
ARTHRATHERUM OBTUSUM Nees.
Récolté, le 24 août 1859, sur le plateau des Benî-Mezâb.
ARTHRATHERUM BRACHYATHERUM Coss. et Balansa ?
Seffâr (_arabe_) ; Imateli (_temâhaq_).
J’ai reconnu cette plante en cinq stations, dans les dunes de l’’Erg, entre El-Ouâd et Ghadâmès, mais je ne l’ai pas récoltée, de sorte que sa détermination exacte reste douteuse.
Cette Graminée est mangée par les animaux comme fourrage.
AGROSTIS VERTICILLATA Vill.
Récolté dans l’Ouâd-Mezâb (août 1859).
POLYPOGON MONSPELIENSIS Desf.
Seboûl-el-fâr, Dheïl-el-fâr (_arabe_), syn. Coss. ; Tamatasast (_temâhaq_).
Récolté près de la source de Serdélès, le 4 mai 1861.
POLYPOGON MARITIMUS Willd.
Seboûl-el-fâr (_arabe_).
Récolté, le 5 juin 1860, sous les dattiers de Sîdi-Khelîl.
PHRAGMITES COMMUNIS Trin.
Gueçob (_arabe_).
Récolté à Hassi-’Arefdji, le 20 février 1861, et dans l’Ouâdi-Tagotta, le 18 septembre 1861.
CYNODON DACTYLON Rich.
En-nedjem (_arabe_) ; Ajezmîr (_mezabite_) ; Aoukeraz (_temâhaq_).
Récolté à Ghardâya, autour des dattiers et des petites mares formées par les canaux d’irrigation. Commun autour des sources, dans les montagnes des Touâreg.
Cette plante toujours verte, parce qu’elle choisit toujours des endroits humides, est d’une grande ressource pour les troupeaux, quand tout le reste de la végétation est desséché par le soleil.
Plus d’une fois, les troupeaux de l’Algérie, comme ceux du Sahara, lui ont dû leur salut dans les mauvaises années.
On en fait des tisanes diurétiques.
DANTHONIA FORSKALII Trin.
Aharay (_temâhaq_).
Récolté à Tîterhsîn le 5 mars 1861.
HORDEUM MURINUM L.
Zer’a-el-boû-’Aoud (_arabe_) ; Imendi-n-boû-’Aoud (_mezabite_).
Récolté dans l’Ouâd-Mezâb (août 1859).
HORDEUM VULGARE L.
Ch’aïr (_arabe_) ; Tîmzin (_temâhaq_).
Cultivé dans toutes les oasis, alternativement avec le blé, de manière à ne pas épuiser les terres.
HORDEUM VULGARE _var._
Ch’aïr-hamra (_arabe_) ; Tarîda (_temâhaq_).
Spécialement cultivé au Fezzân.
On donne la préférence à l’orge noire parce qu’elle craint moins l’action du soleil.
TRITICUM DURUM Desf. ?
Guemh (_arabe_) ; Tîmzîn (_temâhaq_).
Le blé est cultivé dans toutes les oasis, mais sa culture exige le concours des irrigations, ce qui en restreint nécessairement l’étendue.
La récolte se fait ordinairement au mois de mai.
En 1861, le cheïkh du Ahaggâr, El-Hâdj-Ahmed, a fait entreprendre des cultures assez importantes à Tâzeroûk, au Sud-Est d’Idélès. Elles paraissent y avoir parfaitement réussi, puisque le cheïkh, pour sa part de dîme, a reçu trente-deux charges de chameaux de grains.
Cet exemple a engagé le Cheïkh-’Othmân à acheter à Alger un chargement de pioches, en vue de donner plus d’extension à la culture, car chez les Touâreg les céréales sont cultivées à la pioche.
A Rhât, où l’espace cultivable est grand, on compte quelques attelages de zébus pour les labours ; mais les Touâreg n’ont aucune bête de travail qui puisse leur venir en aide, si ce n’est l’âne, qui est heureusement de première force. On rendrait un immense service à ces peuplades en introduisant parmi elles des charrues légères avec des colliers d’ânes, le tout confectionné de manière à ce que leurs ouvriers puissent en copier les modèles.
PENICILLARIA SPICATA Willd.
Bechna (_arabe_) ; Abôra (_temâhaq_).
Cultivé dans toutes les oasis, surtout par les nègres, qui affectionnent cette céréale.
SORGHUM VULGARE Pers. _Holcus sorghum_ L.
Gafoûli (_arabe_) ; Gafoûli (_temâhaq_).
La graine de cette plante entre pour une part considérable dans l’alimentation de ceux des Sahariens assez éloignés pour ne pas recevoir le blé du Tell méditerranéen.
On la cultive dans les oasis, mais en quantité inférieure aux besoins. On tire généralement cette graine de l’Afrique centrale.
Les Touâreg distinguent trois variétés de sorgho : le _gafoûli_, l’_abôra_, le _tâbsout_.
PANICUM MILIACEUM L.
Gueçob-el-abiodh, Gueçob-hamra (_arabe_) ; Enelî (_temâhaq_).
Le millet blanc et le millet noir sont également cultivés dans les oasis, mais la plus grande partie de celles de ces graines que consomme le Sahara vient du Soûdân.
Dans les oasis, on sème le gueçob en août et on le récolte en octobre et novembre.
LOLIUM ITALICUM A. Br. ?
Khortân (_arabe_).
Pendant mon séjour à Rhât, ma jument a été nourrie avec le chaume vert d’une Graminée cultivée dans l’oasis et que j’assimile, à raison de l’identité du nom indigène, au _Lolium Italicum_ récolté aussi dans le Soûf.
BALANOPHORÉES.
CYNOMORIUM COCCINEUM L.
Tertoûth (_arabe_) ; Aoukal (_temâhaq_).
Reconnu, mais non récolté, en trois stations, entre Ghadâmès et Rhât.
La fécule fournie par la racine de cette plante est souvent mêlée aux aliments pour en relever le goût.
Chez les Touâreg, quand le tertoûth se dessèche et devient noir, signe de maturité, on le réduit en farine et on en fait une galette au beurre. Ce mets est considéré comme un spécifique contre les engorgements de la rate.
FOUGÈRES.
ADIANTUM CAPILLUS-VENERIS L.
Rafraf (_arabe_).
Récolté sur l’Ouâdi-Arhlân le 28 octobre 1860. Croît sur les racines des dattiers et sur les pierres qui bordent les rigoles des canaux d’irrigation.
Les médecins arabes emploient les feuilles de cette plante en fumigations.
CHARACÉES.
CHARA GYMNOPHYLLA A. Br.
Récolté le 4 février à ’Aïn-ed-Dowwîra, et le 7 novembre 1860 à Tânout- Tirekîn.
Cette petite plante affectionne le voisinage des sources.
CHAMPIGNONS.
CHEIROMYCES LEONIS L.R. Tul. _Tuber niveum_ Desf.
Terfâs (_arabe_) ; Tirfâsen (_temâhaq_).
Commun après les pluies dans tous les terrains sablonneux du Sahara, surtout dans les environs de Ghadâmès.
Ben-’Abd-en-Noûri-el-Hamîri-et-Toûnsi, auteur d’un traité de géographie saharienne, prétend qu’autour de Ghadâmès les terfâs deviennent assez grosses pour que des gerboises et des lièvres puissent y aller faire leurs nids.
Pline indique comme originaire de la Cyrénaïque une truffe blanche, probablement le terfâs, d’un goût et d’un parfum exquis, qui était très- renommée dans l’antiquité sous le nom indigène de _misy_.
J’avoue n’avoir jamais trouvé dans le Sahara des terfâs ni aussi grosses que celles de Ben-’Abd-en-Noûri, ni aussi parfumées que celles de Pline. Celles que j’ai mangées avaient un goût intermédiaire entre la truffe et le champignon, goût agréable, sans doute, mais perdant beaucoup de sa valeur par le sable qui pénètre dans la chair du tubercule et qui craque désagréablement sous la dent.
Quoi qu’il en soit, des tribus entières font une grande consommation de ce champignon, dès qu’il devient abondant.
ALGUES.
DANGA (_arabe fezzanien_).
Parmi les produits rencontrés dans mon voyage, je ne dois pas oublier une plante Cryptogame qui croît dans les lacs producteurs de vers comestibles du Fezzân et que les indigènes appellent danga.
On récolte ce fucus, soit seul, soit en mélange avec les vers. Quand ces derniers sont nombreux, le danga est rare, et _vice versâ_. Les riverains disent que les vers en font leur pâture. A l’époque de ma visite aux lacs, la plupart de ces insectes étant formés en chrysalides, le danga était plus abondant.
Le danga, pêché avec les vers, entre dans la conserve alimentaire préparée avec ces larves. Quand il est récolté seul, on en fait des petits pains qui, desséchés, ont la couleur brune de l’aloès, une cassure vitreuse, et sont employés comme condiment. (Voir page 244.)
PLANTES INDÉTERMINÉES.
Aucun échantillon des plantes suivantes n’a été rapporté : par conséquent, la détermination scientifique de ces espèces n’a pu être faite.
_PLANTES DE HAMADA._
GOÇEYBA (_arabe_) ; TIKAMAYT (_temâhaq_).
Entre El-Ouâd et Ghadâmès ; indiquée aussi dans le Ahaggâr.
Cette plante fourragère est incontestablement une Graminée.
BERESMOUN (_arabe_).
Entre Ghadâmès et Rhât.
Probablement un _Hypericum_. Beresmoun est, en effet, le nom que les indigènes du Tell donnent au _Millepertuis officinal_.
’AGGÂYA (_arabe_) ; TABELKOST (_temâhaq_).
Trouvé dans le Fezzân. Indiqué aussi dans le Ahaggâr et au Touât.
TECHT-EDH-DHEBA’ (_arabe_).
L’échantillon de mon herbier, après trois années de voyage, est arrivé dans un état qui n’a pas permis de le déterminer. Heureusement, c’est le seul.
KHORÎDH (_arabe_).
Reconnu entre Ghadâmès et Rhât.
SEDNA (_arabe_).
Reconnu entre Ghadâmès et Rhât.
GUEÇOB (_arabe_) ; TISENDJELT (_temâhaq_).
Roseau à canne trouvé autour des sources.
Commun au Fezzân, au Soûdân et dans les montagnes des Touâreg.
Probablement le _Phragmites communis_ Trin. ou une espèce voisine.
GUEÇOB (_arabe_) ; ALEMÈS (_temâhaq_).
Trouvé comme le précédent autour des sources.
Plus grand et plus fort que le tisenguelt, probablement l’_Arundo donax_.
Ces deux roseaux me sont indiqués comme existant sur plusieurs points du territoire des Touâreg.
Comme dans le Tell, ils servent à dresser les murailles et les toitures des cabanes. Les serfs en font des manches de ligne ; les nègres et les bergers, des chalumeaux.
La tabatière à priser des Touâreg consiste en un tube de ces roseaux, plus ou moins couvert de dessins ou d’inscriptions en langue temâhaq.
FERS (_arabe_ et _temâhaq_).
Reconnu en plusieurs points de ma route.
Assimilé à une _Anabasis_.
_Nota_ : Les neuf plantes indéterminées qui précèdent ont été reconnues par moi, et leurs stations sont indiquées dans mon journal de voyage ; celles qui suivent me sont connues seulement par les renseignements des indigènes.
_PLANTES DE MONTAGNES._
TAROÛT (_temâhaq_).
Thuya articulé ? _Thuya articulata_ Desf. ?
Forêt sur le versant Sud du Tasîli, entre Rhât et Djânet.
Échantillon de planche rapporté.
La forêt qui produit cette essence paraît considérable, car tous les bois employés dans les constructions de Rhât et de Djânet en proviennent.
Les dimensions des planches, la couleur, la finesse et la solidité du bois, rappellent celles du thuya.
Le nom de taroût, forme berbérisée du mot _’ar’ar_, employé dans le Tell pour désigner le _Thuya articulata_, m’engage à identifier, provisoirement, le taroût des Touâreg avec l’_’ar’ar_ des Arabes.
Cet arbre fournit une résine, du nom de _tighanghert_, qui est employée pour rendre sonores les cordes des rebâza ou violons du pays.
On en extrait du goudron.
Ces deux faits viennent à l’appui de l’identification du taroût avec le _Thuya articulata_.
D’après les indigènes, quelques sujets atteignent 24 coudées de circonférence.
Cet arbre commence à se montrer à Tarharha, dans le haut de l’Ouâdi- Tarât, et à Eriey, dans le haut de l’Ouâdi de Rhât.
YÂBNOÛS (_temâhaq_).
Grand arbre, probablement l’_ébénier_, auquel on assigne comme station plusieurs points du mont Ahaggâr.
Jusqu’à ce jour, le bois d’ébène n’avait été fourni au commerce que par des plaqueminiers originaires de l’Inde et de l’Amérique du Sud. D’après M. le docteur Barth, l’ébénier aurait été rencontré par lui sur son parcours de Kanô à Timbouktou, dans le bassin du Niger, mais il n’indique pas le nom botanique de l’espèce.
Le Cheïkh Mohammed-et-Toûnsi, dans son _Voyage au Darfour_, dit que les Fôriens reçoivent l’ébène du Dâr-Fertît.
« Ce qu’on appelle l’ébène, dit-il, est le bois d’un arbre de grandeur moyenne, dont l’écorce est d’un vert foncé. Lorsqu’on l’enlève, on met à découvert un bois noirâtre qui, par la dessiccation, acquiert une nuance plus franche et plus noire. La plus belle ébène, ajoute-t-il, est celle qu’on retire des racines. »
Mohammed-et-Toûnsi, si scrupuleux pour indiquer le nom indigène de toutes les plantes signalées par lui, ne donne pas celui de l’ébénier, ou plutôt le traducteur n’aura pas jugé nécessaire de mettre _yabnoûs_ à côté du mot ébénier, ces deux noms étant les mêmes.
La synonymie du nom, la découverte de l’ébénier plus au Sud, la coloration en noir du bois, sa dureté et sa finesse, l’emploi qui en est fait, permettent de penser que le _yabnoûs_ du mont Oudân (prolongement Nord du Ahaggâr) est l’ébénier.
Le bois de cet arbre est principalement employé pour faire des hampes de lance et des manches de poignards.
Le yabnoûs n’existerait pas seulement dans le Ahaggâr ; on le trouverait encore sur le Tasîli, mais toujours isolé et jamais en massifs.
ALEO (_temâhaq_).
Grand arbre, dit-on, en tout semblable à l’olivier, à l’exception que son fruit n’est pas une olive. Il se montre par petits groupes dans quelques stations du Ahaggâr.
Je suis d’autant plus disposé à identifier l’aleo au _Phylliræa_, que, d’après le rapport de Valentin Ferdinand, le phylliræa existerait dans une île au Sud de celle d’Arguin sur la côte de l’Océan.
Rien d’étonnant, d’ailleurs, de trouver cet arbre là où vivent le thuya et le laurier rose. L’altitude explique la présence de ces arbres dans ces stations méridionales.
NERION OLEANDER L.
Defla (_arabe_) ; Elel (_temâhaq_).
En quelques points, sur les rives des ouâdi.
Le delfa est trop facile à reconnaître pour que des Touâreg, ayant beaucoup voyagé, puissent se tromper en assimilant l’_elel_ de leur pays au _Nerion_ si caractéristique des berges des ouâdi du Tell.
EL-IATÎM (_arabe_) ; ADJÂR (_temâhaq_).
Grand arbre, sans épines, unisexuel, à fruits petits qui n’appellent pas l’attention. L’arbre mâle se dit _adjâr_ ; l’arbre femelle se dit _tâdjart_ ; ce dernier est toujours moins développé que le mâle.
Les Touâreg recommandent de ne pas le confondre avec l’_agâr_ du Tasîli dont j’ai récolté un échantillon et qui a été reconnu être le _Mærua rigida_.
Les deux noms s’écrivent d’ailleurs avec une orthographe différente.
Cet arbre est commun dans le Ahaggâr ; il se montre quelquefois sur les points les plus élevés du Tasîli.
On l’exploite comme l’ébénier pour la monture des armes. Son bois est couleur marron, fin, léger et souple.
ISARHÊR (_temâhaq_).
L’isarhêr, disent les Touâreg, appartient à la même famille que le tamât et le talha (_Acacia Arabica_), mais il ne peut pas être confondu avec cette espèce, parce que, vivant ensemble sur les flancs du Ahaggâr, leurs caractères distinctifs sont trop faciles à constater.
Les Arabes donnent à l’isarhêr le nom de _talha_.
KÎNBA (_temâhaq_).
D’après les Touâreg, le kînba est une variété d’acacia (_talha_) qui croît plutôt en gaulis qu’en arbre, très-commun dans le pays d’Aïr, mais qu’on trouve aussi dans le Tasîli et le Ahaggâr et dont les gaules sont employées, concurremment avec les branches du _Mærua rigida_, à faire les hampes des javelots et des lances.
EL-BERGOU (_arabe_) ; EKAYWOD (_temâhaq_).
Roseau, le même que celui du Niger, produisant une sorte de miel. Il croît autour des sources et des mares.
AMATELTEL (_temâhaq_).
Plante grasse grimpante.
KERMÂYET-EDH-DHÎB (_arabe_) ; TÂHERT-N-ABEGGUI (_temâhaq_).
Plante à fruits en forme de grappe de raisin.
Les Arabes de l’Algérie donnent le nom de kermâyet-edh-dhîb (petites figues de chakal) au _Solanum nigrum_.
MYRTUS COMMUNIS.
Rehân (_arabe_).
D’après les Touâreg, le myrte existe en assez grande quantité sur le plateau de Tâderart dans l’Akâkoûs.
GAOTA (_fezzanien_).
A Trâghen, les indigènes cultivent sous le nom de gaota un fruit légumineux, de la grosseur d’une tomate. On le mange cru. J’en ai goûté. Il est sucré et légèrement amer. On le dit très-digestif.
WORTEMÈS (_temâhaq_).
Broussaille, peu commune dans les montagnes des Touâreg, mais abondante au Touât où elle porte le nom de _chaliât_.
AHARADJ (_temâhaq_).
Plante herbacée, grimpante, venant mêler ses feuilles jaunes à la verdure foncée des bois de tamarix, d’où lui est venu son nom arabe d’_es-soffâr-el-ahrech_, le _jaunissant les arbres verts_. Probablement une clématite.
ADAL (_temâhaq_) ; EL-KHOZZ (_arabe_).
Mousse aquatique.
TÂNEDFERT (_temâhaq_) ; EL-’ATTÂSA (_arabe_).
Commune. Pas de renseignements.
FARSÎGA (_arabe_ et _temâhaq_).
Commune dans les montagnes du Ahaggâr et au Touât.
AKERFAL (_temâhaq_) ; EL-IADHÎDH (_arabe_).
Quelques stations.
_PLANTES DE PLAINES._
TASSAK (_temâhaq_) ; ASKÂF (_arabe_).
Commune. S’élève quelquefois dans la montagne.
AFESSÔR (_temâhaq_) ; ET-TOLÎHA (_arabe_).
Commune.
TAMEDDOÛNET (_temâhaq_) ; OUMM-ES-SÎMA (_arabe_).
Commune.
TAHENNA (_temâhaq_) ; ET-TEHENNA (_arabe_).
Herbe toujours verte. Commune.
AFARFAR (_temâhaq_) ; EL-FOÛLA (_arabe_).
Légumineuse.
RHASSÂL (_arabe_).
Commune sur le plateau de Tâdemâyt.
CONCLUSION.
Je le répète, si, dans cet inventaire, figure le plus grand nombre des plantes qui composent la végétation persistante du pays, celle sur laquelle comptent ses habitants pour la nourriture de leurs troupeaux, il est hors de doute que la végétation annuelle, celle qui naît, vit et meurt dans une courte saison, n’y est représentée que pour une très- minime partie. Mon exploration directe ou indirecte ne comprend d’ailleurs que le versant méditerranéen des montagnes des Touâreg ; quand on pourra explorer le versant nigritien de ces montagnes, quand surtout on pourra pénétrer dans le massif du Ahaggâr, plus élevé que le Tasîli, plus riche en eau, mieux boisé, il est probable que la flore du plateau central comprendra presque autant de plantes que celle du Sahara algérien aujourd’hui parfaitement connue par les voyages botaniques de M. le docteur Cosson et de ses collaborateurs.
Plus on avance dans l’étude de la région désertique, et plus le désert, tel que notre imagination l’avait créé, disparaît pour faire place à une région exceptionnelle, sans doute, mais plus aride par le fait de l’homme que par l’abandon du Créateur.
Tous les voyageurs chargés d’explorer le Sahara ont constaté que la morte-saison des végétaux correspondait aux mois des plus grandes chaleurs, et qu’après chaque pluie le sol se couvrait presque instantanément de plantes qu’on n’aurait pas soupçonnées s’y trouver en germe. Mon témoignage doit confirmer le leur. J’ai eu l’occasion de me trouver chez les Touâreg au moment où, après neuf années de sécheresse absolue, des pluies abondantes venaient d’arroser la terre, et j’ai vu se produire sous mes yeux le miracle de vastes espaces, nus la veille, transformés instantanément en pacages de la plus belle verdure. Sept jours suffisent pour que l’herbe nouvelle puisse nourrir les troupeaux. On donne à cette production spontanée le nom d’_’acheb_ ou celui de _rebîàa_, printemps.
Mon exploration confirme aussi une loi bien connue de la géographie botanique : celle qui subordonne les stations des plantes bien plus à l’altitude des lieux qu’à leur latitude. Ainsi, alors que dans les vallées au Nord du Tasîli je trouvais des représentants de la flore intertropicale, au sommet de la montagne, au Sud, les plantes des environs de Montpellier n’étaient pas rares.
Le lecteur comprendra pourquoi j’ai donné autant de développement à cette étude :
Le pays, objet de mon exploration, est réputé un désert sans végétation ; j’ai tenu à constater que la Providence avait, même pour les lieux les plus arides, des ressources spéciales.
Les botanistes qui avaient exploré le Sahara algérien avaient prévu, par la comparaison de leurs herbiers avec ceux du Sénégal, de la haute Égypte et de l’Arabie, qu’à partir de la zone reconnue par eux jusqu’à la limite des pluies tropicales, la végétation saharienne ne pouvait pas se modifier sensiblement ; j’avais à démontrer cette vérité.
Enfin la marche des caravanes est souvent subordonnée aux lois naturelles du développement des plantes qui alimentent les chameaux ; j’avais à mettre sous les yeux du lecteur les éléments d’appréciation des causes qui règlent les départs et obligent à avoir des relais d’animaux.
J’ose espérer que ces motifs feront excuser l’aridité d’une nomenclature très-étendue.