Part 10
_Mercredi, 3 heures du matin._--Merci, mon Dieu, de m’avoir éveillé et de m’avoir fait lever! Oh! mon Dieu, dans la tristesse, le serrement de cœur des derniers jours, la seule consolation est d’être souvent à Vos pieds, de Vous regarder sans cesse; mais, je veux oublier ma consolation, mon Dieu, je ne veux rien faire pour elle, mais tout pour la Vôtre; la Vôtre aussi, mon Dieu, c’est que Vos enfants soient le plus possible autour de Vous. Vous nous dites, sinon à tous, du moins à beaucoup et certainement à moi (et que je Vous en remercie!): «Veillez et priez avec Moi». Sainte Vierge, sainte Magdeleine, mettez-moi entre vous aux pieds de Notre-Seigneur... Faites-moi Le regarder, Le prier avec vous, tenez nos yeux, notre esprit et nos cœurs éveillés!... Tout repose au dehors... Voici Jésus devant nous; Il prie, Il adore Son Père, Il prie pour les hommes, Il nous regarde de temps en temps, doucement, pour nous encourager, sans sortir de Sa prière. Mon Dieu, je Vous adore!... Faites-moi passer cette fin de nuit, cette journée, toutes mes nuits, tous mes jours dans Votre contemplation et Votre amour!... O mon Dieu, Vous êtes là, Vous êtes devant moi, que voulez-Vous que je pense, que je Vous dise du fond du cœur?
--Je ne te demande pas de beaucoup penser, mais de beaucoup aimer, me répond Votre Esprit, adore-Moi et aime-Moi; regarde-Moi, dis-Moi et répète-Moi sans cesse que tu m’aimes, que tu te donnes à Moi, que tu veux que tous mes enfants m’aiment et se donnent à Moi.
--Tout dort, tout repose! O merci, mon Dieu, de m’avoir appelé à Vous adorer, à Vous aimer! tenez mes yeux ouverts et ouvrez les portes de mon âme: faites-moi me perdre et m’abîmer dans Votre contemplation, Votre adoration, Votre amour...
MÉDITATION SUR LA VIE PUBLIQUE
St LUC, 4, 42.
[Notre-Seigneur]: «C’est ainsi que j’ai passé devant vos yeux les trois ans de ma vie publique, passant les jours tout entiers à instruire et à guérir, à faire le bien, aux âmes d’abord, aux corps ensuite. Et, le soir, que faisais-je? Le soir, je me retirais loin de cette foule à laquelle je m’étais si pleinement consacré le jour, et, cherchant la solitude, je m’enfermais avec vous dans une maison hospitalière, ou bien, j’allais dans la montagne, sur quelque sommet désert, et je passais la nuit en prière..., de toute manière, je passais la nuit dans le recueillement, le silence, à l’écart des foules, dans la veille et la prière... C’est l’exemple que je vous laisse. C’est pour vous que j’ai agi ainsi: Moi qui suis assez fort, assez maître de Moi pour être partout comme seul avec mon Père, puisque je Le vois sans cesse, je suis toujours avec Lui, je n’ai besoin ni de solitude pour me recueillir, ni de silence pour Le prier, ni de prières particulières pour m’unir à Lui. Au milieu des foules, en parlant, je suis aussi uni à Lui que dans la plus profonde solitude. Je n’ai pas besoin de méditer pour Le connaître, car je Le connais; je n’ai pas besoin de me fortifier par Sa contemplation, car je suis divinement fort... Je n’ai besoin ni de solitude, ni de veille, ni de silence, ni de prière, car, au dedans de Moi, la prière est continuelle et parfaite... C’est pour vous donner l’exemple que j’ai passé tant de nuits dans une veille solitaire, à prier mon Père, sous le ciel étoilé ou dans le secret d’une chambre close... Puisque je fais tout pour vous tous, aimez-Moi donc et aimez-vous les uns les autres... Et suivez mes exemples; prenez un sommeil aussi court que possible, et passez la plus grande partie que vous pourrez de vos nuits à veiller dans le recueillement et le silence, en priant, en contemplant, en vous abîmant en Dieu...»
LA DÉFENSE DES DISCIPLES
St LUC, 5, 32.
«Souvenez-vous, mes petits enfants, comme je vous ai défendus, chaque fois que les Pharisiens vous faisaient des reproches ou cherchaient à vous embarrasser par leurs questions. Faites de même... Défendez les bons contre les méchants, les faibles contre ceux qui les oppriment injustement. Je vous ai défendus, par amour pour vous et par amour pour tous les hommes, pour vous personnellement, pour vous porter à m’aimer par reconnaissance, à aimer votre prochain par l’imitation de ce que je faisais, pour vous délivrer d’un mal prochain, d’un danger ou d’une peine qui vous menaçait pour vous donner l’exemple et vous _apprendre à défendre vos fils_, vos enfants spirituels, tous les innocents, tous les opprimés, comme je vous ai défendus... Ai-je jamais manqué à ce devoir de défendre ceux qu’on attaquait injustement? Jamais, et je n’y manquerai pas jusqu’à mon dernier soupir... Je défends ceux qu’on attaque, même contre vous, contre mes amis; je défends Magdeleine contre sa sœur... Je suis fidèle et je ne vois jamais attaquer mes amis sans prendre aussitôt leur défense. Faites de même, c’est une œuvre de charité, une des marques de l’amour que vous devez avoir pour le prochain...»
_Jeudi, 3 heures du matin._--... Oh! qu’il est doux d’être à Vos pieds, entre la Sainte Vierge, sainte Magdeleine, parmi Vos saints Apôtres qui, eux aussi, se sont levés et veillent silencieusement, Vous regardant et priant!... Les heures passent, et Vous priez toujours, Vous contemplez Votre Père, et Vous Le priez pour Vos enfants... Cette dernière prière est courte, car elle est toujours exaucée et toute-puissante: Votre Père vous écoute toujours, Il fait tout ce que Vous voulez, et Vous ne demandez que ce qu’Il veut; aussi un mot Vous suffit pour demander. Vous lui mettez les choses devant les yeux par un simple mouvement de l’âme, priant, en peu de paroles, Celui qui exauce pleinement toutes Vos paroles, et avec qui Vous ne faites qu’un... Mais, la contemplation de Ses beautés est longue, en Vous l’acte d’amour dure longtemps..., cette contemplation est amour; cette adoration, l’éternité tout entière ne Vous sera pas de trop pour Vous y livrer: elle remplira pour Vous les siècles éternels: aussi les heures d’une nuit sont bien peu de chose et passent comme un éclair dans cette céleste occupation... Vous contemplez Dieu, immobile, tantôt à genoux, tantôt assis, promenant de temps en temps un regard tendre sur ces enfants de Dieu serrés autour de Vous et sur leurs anges gardiens qui Vous adorent. Vous contemplez Dieu; Marie, Magdeleine, les Apôtres Le contemplent aussi, car ils Vous regardent: leurs yeux ne se détachant pas de leur Bien-Aimé. Ils prient en silence, les yeux fixés sur Vous, Vous, le Tout de leur âme, dont le pâle et doux visage est faiblement éclairé à la pâle lumière d’une petite lampe. Ils Vous regardent, et la plupart se perdent dans cette contemplation muette, s’abîmant à Vos pieds sans autres pensées, mais Vous regardant et Vous adorant avec tout l’amour de leur cœur. Quelques-uns sentent, en Vous regardant, s’élever de douloureuses pensées dans leur âme... Ce Jésus Bien-Aimé, ce Dieu béni, ce Maître chéri, combien de temps Le verrons-nous encore parmi nous? Combien de nuits passerons-nous encore ainsi, à Ses pieds, dans cette douce prière? Dans trois semaines, à pareille heure, il Lui restera un jour et demi à vivre. O douleur des douleurs! Et, douleur mille fois plus grande, au milieu de quels tourments sortira-t-Il de cette terre qui ne L’a pas reçu, qui Le chasse, qui n’a eu pour Lui, toute sa vie, que des persécutions? Oh! mon Dieu, si Vous avez tant d’ennemis et de bourreaux et si peu d’amis, faites du moins que Vos amis soient fidèles, qu’ils soient courageux, ardents à Votre service, ne reculant devant rien de ce qui peut Vous plaire, devant rien de ce qu’il Vous est agréable qu’ils fassent, mais qu’ils soient prêts à tout pour Votre amour et Votre service!...
GUÉRISON DE L’HOMME A LA MAIN DESSÉCHÉE UN JOUR DE SABBAT
St LUC, 6, 10.
Jésus: «Souvenez-vous du _courage_ avec lequel, au milieu même de mes ennemis pendant même qu’ils complotaient pour me perdre, j’ai proclamé, à leur face, la criant bien haut, la doctrine de vérité, et ces vérités mêmes que je savais leur être les plus odieuses, les plus insupportables... Souvenez-vous avec quel courage j’ai fait devant eux, au milieu d’eux, ces miracles, ces guérisons, ces actes qui les transportaient de rage et leur faisaient jurer ma mort... Je l’ai fait pour vous, pour votre bien, afin de prêcher la vérité bien haut et afin de donner, à tous les hommes, une leçon de _courage_ dans l’accomplissement de la charité, et dans l’accomplissement des devoirs religieux en particulier; afin de donner, aux pasteurs des âmes, une leçon de courage dans la prédication. Ne cachez pas la vérité, quoi qu’il doive vous en coûter; si vous en êtes martyrs, tant mieux: vous régnerez plus tôt avec Moi dans la maison de mon Père... Mais, souvenez-vous de l’exemple que je vous donne. Je suis la lumière, je n’ai pas le droit de me mettre sous le boisseau: il faut que j’éclaire les hommes, même malgré eux, jusqu’à ce que mon Père fasse sonner l’heure de mon repos; vous de même, vous qui êtes pasteurs d’âmes; je vous ai mis sur le chandelier: vous êtes obligés d’éclairer les hommes, qu’ils le veuillent ou non; vous êtes obligés de semer la semence que je vous ai confiée, de crier sur les toits la doctrine que je vous ai confiée à l’oreille. Criez, semez, prêchez; faites-le pour m’obéir; faites-le avec une joie d’autant plus douce qu’en le faisant, non seulement vous m’obéissez, mais vous m’imitez... Qu’on vous écoute ou qu’on ne vous écoute pas, prêchez toujours, et priez toujours pour que vos paroles rapportent du fruit; si elles n’en rapportent pas, continuez sans tristesse ni découragement, avec une certaine joie de cet insuccès, puisque, n’ayant pas de succès, vous partagez mon sort...
LES BÉATITUDES
«Bienheureux ceux qui auront la pauvreté d’esprit; qui, non seulement rejettent les biens matériels, ce qui est le premier degré, mais montent bien plus haut et vident complètement leur âme de tout attachement, de tout goût, de tout désir, de toute recherche qui n’a pas Moi pour but... Cette pauvreté d’esprit fait le vide complet dans l’âme, la vidant et de l’amour des choses matérielles, et de l’amour du prochain, et de l’amour de soi-même, chassant d’elle tout, tout, et n’y laissant qu’une place entièrement vide que j’occupe tout entière... Moi, alors, je leur rends divinisé cet amour des créatures matérielles qu’ils ont chassé de leur âme pour me donner la place entière... Ils ont chassé de leur âme ces amours; seul, j’occupe leur âme vide de tout et pleine de Moi; mais en Moi, en vue de Moi, ils recommenceront à aimer toutes ces choses, non plus pour eux, ni pour elles, mais pour Moi: ce sera la charité ordonnée. Ils aimeront toutes les créatures pour Moi, et ils n’en aimeront aucune pour elle, car ils me doivent tout leur amour, ils doivent se perdre en Moi, et n’avoir rien que par Moi et pour Moi, l’amour comme le reste. Bienheureux ceux qui seront si pauvres d’esprit, si vides de tout, si pleins de Moi!...
«Bienheureux ceux qui ont faim! ceux qui ont faim de justice, du règne de la justice sur la terre, de mon règne sur la terre, de ma gloire; faim de me voir glorifié par toutes les âmes; faim de voir ma volonté parfaitement accomplie par tous les êtres!... Ayez donc toujours cette grande faim de la justice, de voir la justice parfaitement accomplie, et par vous-même et par tous les hommes; la faim de voir la volonté de Dieu parfaitement faite par vous et par tous les hommes; la faim de votre parfaite sanctification et de la parfaite sainteté dans tous les hommes... C’est cette faim qui presse mon propre Cœur!... Ayez-la de plus en plus, non en vue de vous, ni en vue des hommes, mais en vue de Dieu, par amour de Dieu... Bienheureux serez-vous alors! car vous serez parfaitement unis à mon propre Cœur!...
«Bienheureux ceux qui pleurent, parce qu’ils sont malheureux, pauvres, en deuil, malades, souffrants du corps ou de l’âme, éprouvés de quelque manière que ce soit; bienheureux parce que ces souffrances serviront à expier leurs péchés; bienheureux parce que ces souffrances les détachent du monde, de la terre, et les portent à lever les yeux vers Moi et à s’attacher à Moi... Plus heureux encore, ceux qui pleurent leurs péchés... Plus heureux encore et encore, ceux qui pleurent de tristesse de ne pas me voir et d’être exilés dans cette vallée de larmes, loin de Moi... Encore plus heureux ceux qui pleurent mes douleurs, ma Passion, toutes les souffrances que j’ai endurées sur la terre... Et plus heureux que tous, ceux qui pleurent par pur amour, qui pleurent parce qu’ils m’aiment, sans cause distincte, qui pleurent non de douleur, ni de désir, mais seulement parce qu’en pensant à Moi, tout leur cœur se fond, et qu’ils ne peuvent retenir leurs larmes.
«Heureux ceux que les hommes haïssent et persécutent à cause de Moi! heureux, oui, car s’ils m’imitent, ils auront part à mon sort... en vraies épouses, ils partageront pleinement le sort de leur Époux... heureux, car qu’y a-t-il de plus doux que de souffrir avec ce qu’on aime?... Bienheureux, puisqu’ils auront ce double bonheur, souffrant avec leur Bien-Aimé et souffrant pour Lui... Heureux, car, par ces souffrances même, s’accroîtra leur amour pour moi: il s’accroîtra dans la mesure des souffrances qu’ils souffriront pour moi... et cet amour croissant ne sera pas passager, mais durable, il durera pendant le temps et pendant l’éternité... Oh! bienheureux ceux qui souffrent persécution avec Moi et pour Moi, et dont l’amour croît sans relâche pendant ces persécutions! Ne refusez, ne craignez jamais les peines, les haines, les persécutions souffertes pour Moi; recevez-les, au contraire, avec joie, bénédiction, action de grâce, reconnaissance à Dieu et aux hommes, en me remerciant du fond du cœur, en priant pour vos ennemis et vos bourreaux, en vous joignant, anges terrestres, à leurs anges gardiens pour me demander leur conversion, et en vous réjouissant du fond du cœur d’avoir été jugés dignes de souffrir humiliation et souffrance pour mon amour! N’oubliez pas que c’est ainsi que je traite tous ceux que j’aime d’un amour de prédilection: ainsi j’ai traité les patriarches et les prophètes, ainsi je traiterai et j’ai traité ma mère, ainsi j’ai traité mon bien-aimé père Joseph, ainsi je vous traiterai, Magdeleine, ainsi je vous traiterai, Pierre, Jean, Jacques, vous tous mes bien-aimés!... et ainsi surtout je me traite Moi-même, Moi qui dois être le premier en tout...
«Et qu’elle sera bénie la fin de ces douleurs!... Plus vous aurez aimé et souffert pour Moi en ce monde, plus vous aurez été persécutés pour Moi, et mieux vous me verrez, et mieux vous m’aimerez éternellement dans l’autre...
_5 heures du soir._--Mon Dieu parlez, Votre petit serviteur écoute: entre la Sainte Vierge et sainte Magdeleine, devant Vos Apôtres qui font le cercle, je suis là, tout petit, me blottissant, Vous regardant et écoutant...
--«Aimez vos ennemis... Bénissez ceux qui vous maudissent. Faites du bien à ceux qui vous veulent du mal... Si on vous frappe sur une joue, tendez l’autre... Si on vous arrache votre manteau, laissez prendre aussi votre tunique... Donnez à quiconque vous demande... Et si on vous prend quelque chose, ne le redemandez pas... Faites aux autres ce que vous voulez qu’ils vous fassent... Soyez miséricordieux comme votre Père Céleste est miséricordieux... Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés... Pardonnez et Dieu vous pardonnera... Ne regardez pas la paille de votre frère, mais votre poutre...»
«Tous ces commandements sont des commandements de charité, mes enfants, et ils ne peuvent vous étonner si vous comprenez bien, une fois pour toutes, que tous les hommes ne font ensemble qu’une seule et même famille dont Dieu est le Père commun, Créateur, Conservateur, Père de tous de la même manière: Il aime tous les hommes incomparablement plus que le père le plus tendre n’aime ses enfants... Et il veut que, parmi ces fils et ces fidèles, tous, sans exception si tendrement aimés, règne cette concorde, cet amour, cette tendresse, au besoin cette indulgence et cette douceur toujours prête à céder, qu’un tendre père veut voir régner entre ses enfants... C’est ainsi qu’Il veut qu’on se cède les uns aux autres, que l’on s’entr’aide sans mesure, que chacun cède de son droit, loin de le réclamer jamais; qu’on cède au frère injuste pour le corriger par la douceur et maintenir la paix dans la famille, priant seulement pour lui afin qu’il se corrige... Enfin, vous le voyez, toute cette série de recommandations que je vous ai faites n’ont d’autre but que d’entretenir la paix et l’amour entre tous les frères qui composent la grande famille humaine... Gardez toujours toutes ces prescriptions, et ayez au fond de l’âme, gravé profondément, ce principe d’où toutes découlent: tous les hommes sont vraiment, véritablement _frères_ en Dieu, leur Père commun, et Dieu veut qu’ils se regardent, s’aiment, se traitent en tout, comme les frères les plus tendres.
* * * * *
«Et soyez compatissants les uns pour les autres: voyez comme je suis compatissant pour vous, comme je souffre, comme j’ai pitié, compassion de toutes les douleurs, comme je soupire avec celui-ci, comme je pleure avec cet autre. J’ai compassion de leurs deuils, de leurs maladies, de leurs inquiétudes, de leur faim, de leurs faiblesses, de leur ignorance...; non seulement j’ai fait du bien aux âmes et aux corps, mais mon Cœur a une pitié, une compassion profonde pour tous les maux de l’âme et du corps... La compassion fait partie de l’amour dans tout cœur mortel et dans tout amour humain...
LA TEMPÊTE APAISÉE
St LUC, 8, 24.
«Mes enfants, quoi qu’il vous arrive, souvenez-vous que je suis toujours avec vous... souvenez-vous que, visible ou invisible, paraissant agir ou paraissant dormir et vous oublier, je veille toujours, je suis partout, et je suis tout-puissant. N’ayez jamais nulle crainte, nulle inquiétude: je suis là, je veille, je vous aime (vous ne doutez plus, j’espère, de mon amour!), je suis tout-puissant... Que vous faut-il de plus?... Tout ce qui vous arrive vous arrive par ma permission ou ma volonté, par la permission ou la volonté de mon amour, pour que vous en tiriez un grand bien, grand bien que je vous aide Moi-même à en tirer par ma grâce... Ne craignez donc rien, puisque rien ne peut vous arriver sans ma permission... ne vous affligez de rien, du moins d’une douleur qui dépasse ces mouvements de sensibilité instinctifs, prompts et passagers, qui sont des effets de la nature et des sens; mais conformez votre volonté à la mienne...
«Souvenez-vous de ces tempêtes que j’ai apaisées d’un mot, leur faisant succéder un si grand calme... Souvenez-vous de la façon dont j’ai soutenu Pierre marchant sur les eaux... Je suis toujours aussi près de chaque homme que je l’étais alors de vous, et aussi disposé à l’aider, à le secourir en tout ce qui sera pour le bien de son âme. Ayez confiance, foi, courage; soyez sans inquiétude pour votre corps et votre âme, puisque je suis là, tout-puissant, et vous aimant. Mais, n’oubliez pas que je suis là... que votre confiance ne naisse pas de l’insouciance, de l’ignorance des dangers, ni de la confiance en vous ou en d’autres créatures; non, votre situation est très grave, vous n’avez que quelques années, quelques jours pour gagner une éternité bienheureuse ou mériter le feu éternel... les dangers que vous courez sont imminents: les démons, ennemis forts et rusés, votre nature, le monde, vous font constamment une guerre acharnée; vous n’avez aucune confiance à avoir en vous-mêmes; repassez dans votre esprit vos péchés et vos années, et cet examen de votre passé vous montrera le fond que vous pouvez faire sur votre vertu, votre esprit, sur tout ce qui est vous; sur les autres, vous ne pouvez pas compter davantage; ils ne peuvent ni agir pour vous, ni vous suivre malgré vous, et, sans Moi, ils sont aussi impuissants que vous... Oh! en cette vie, la tempête est continuelle, et votre barque est toujours près de sombrer... Mais Moi je suis là, et avec Moi elle est insubmersible: défiez-vous de tout, et surtout de vous, mais ayez en Moi une confiance complète, qui bannisse l’inquiétude...»
_8 heures, soir._--Mon Dieu, voici l’heure du silence revenu. La nuit enveloppe la terre, le ciel est noir et couvert de nuages, on n’entend d’autres bruits qu’un chant lointain... Qu’il est triste, ce chant qui sort de quelque manoir mondain et qu’apporte le vent!... Comme il est faux!... Comme c’est bien le cri que pousse la nature humaine quand elle n’est pas divinisée par Vous, mon Sauveur, ce chant qui voudrait être un chant de joie et qui, malgré lui, est si plaintif, c’est bien le son des plaisirs humains qui, plus ils font d’efforts pour être joyeux, plus ils sont gros de larmes. Oh! que nous sommes heureux, mon Sauveur Jésus, d’être si loin de ce triste monde, dont à peine nous arrive, avec les rafales du vent, un écho lointain! Qu’il fait bon se serrer près de Vous, dans cette chambre bien close, entre Votre Mère, sainte Magdeleine et Vos Apôtres, Vous regarder, Vous contempler, Vous écouter, et, maintenant que la nuit s’avance, rester silencieux à Vos pieds, entre ces saintes âmes, en se perdant avec elles dans Votre contemplation!... Mon Seigneur et mon Dieu, où serez-Vous, d’aujourd’hui en trois semaines? hélas! hélas! à cette heure, aura lieu Votre repas pascal, Votre dernière Cène... à cette heure, Vous serez à quelques instants de Votre agonie, de Votre arrestation... O mon Dieu, faites-moi passer cette nuit qui, dans trois semaines, à pareil jour, sera si lamentable, de manière à Vous consoler le plus possible!...
MULTIPLICATION DES PAINS
St LUC, 9, 16.