Chapter 3 of 17 · 3921 words · ~20 min read

Part 3

La joie, par conséquent aussi l’action de grâce, car tout bien vient de Dieu... L’action de grâce doit tenir une très grande place dans nos prières, car la bonté de Dieu précède tous nos actes, elle environne tous les instants de notre vie, et il n’y a pas de moments de notre existence où nous ne recevions une foule immense de bienfaits tels que toute l’éternité ne nous suffirait pas pour remercier assez de chacun d’eux... Quand nous sommes devant le Saint-Sacrement surtout, que notre premier mot soit toujours: «Merci! Merci d’être à Vos pieds! que je suis heureux...» Et chaque fois que nous prions, en quelque lieu que ce soit, «merci, encore une fois merci de me permettre de Vous parler, de Vous prier, de Vous regarder, de m’entretenir avec Vous, mon Seigneur et mon Dieu, mon Bien-Aimé, mon Bonheur et ma Vie!» Non seulement remercier pour nous, mais pour tous les hommes, nos frères, Vos enfants, mon Dieu, que je dois aimer, que je veux aimer si tendrement. Merci pour toutes les âmes du purgatoire, tous les anges, tous les saints, pour ceux que Vous m’avez donnés à aimer davantage. Merci pour la Très Sainte Vierge; merci par-dessus tout pour Vous, mon Seigneur et mon Dieu, dont la gloire et la béatitude infinie sont mon bonheur, bonheur ferme et assuré, source inépuisable de joie que rien ne peut m’enlever!...

St LUC, 19, 40. «Si ceux-ci se taisent, les pierres crieront.»

Tant il est juste qu’on Vous loue, Seigneur Jésus! tant il est indispensable que Votre louange fasse partie de notre culte, de nos prières! Louons donc dans nos prières, adorons, ne nous contentons pas de dire merci, pardon, secourez-nous, mais faisons précéder ces trois invocations si nécessaires de celle-ci: «Je Vous adore», c’est-à-dire: je Vous aime, je Vous loue, Vous êtes infiniment beau, infiniment aimable, je le proclame de toutes mes forces, et je voudrais pouvoir le proclamer assez pour que Vous puissiez en tirer quelque gloire, quoique je sois un néant, assez pour que ma louange fût digne de Votre beauté, quoique ce soit infiniment impossible... Vous seul pouvez Vous louer, mon Dieu... Je m’unis donc à Vous, ô Jésus, mon Seigneur, pour louer Votre Père! je m’unis à Vous, ô Saint-Esprit, «qui poussez en moi des gémissements inénarrables», pour louer Jésus! Je m’unis à Vous, à Père, ô Fils, pour louer l’Esprit-Saint, Votre égal et mon Dieu!... Que l’adoration, l’acte d’amour, de louange, soient donc dans toutes nos prières, et qu’ils soient au commencement, en premier lieu, comme l’acte de respect et d’amour est la première chose qui se fait en nous quand nous abordons Dieu...

St LUC, 22, 43. «Étant tombé en agonie, Il priait plus longuement.»

Mon Dieu, faites-nous, je Vous en supplie, suivre Votre exemple! Plus nous souffrons, plus nous sommes tentés, plus il nous faut prier: dans la prière est notre seul secours, notre seule force, notre seule consolation; que la douleur, que la force de la tentation ne la paralysent donc pas; le démon fait tous ses efforts pour l’arrêter en nous à ces moments; mais, loin de céder à cette tentation, loin de céder à la faiblesse de la nature qui voudrait que l’âme s’absorbât dans sa peine et ne regardât pas autre chose, regardons notre Sauveur qui est là, près de nous, et parlons-Lui... Il est devant nous, Il nous regarde avec amour, Il tend l’oreille pour nous entendre, Il nous dit de Lui parler, Il nous dit qu’Il est là, qu’Il nous aime et nous n’aurions pas un mot pour Lui, pas un regard pour Lui! Quelle indignité!... Regardons-Le, parlons-Lui sans relâche, comme on fait quand on aime, comme fait ici N.-S. avec son Père: plus nous tombons en agonie, plus il faut nous précipiter dans le sein de notre Bien-Aimé et nous presser contre Lui par une prière non interrompue... Mon Dieu, faites-moi cette grâce, la grâce de suivre Votre exemple, en accomplissant un devoir si impérieux et si doux!...

St LUC, 23, 46. «Mon Père, je remets mon esprit entre vos mains.»

C’est là la dernière prière de notre Maître, de notre Bien-Aimé... Puisse-t-elle être la nôtre... Et qu’elle soit non seulement celle de notre dernier instant, mais celle de tous nos instants: «Mon Père, je me remets entre Vos mains; mon Père, je m’abandonne à Vous, je me confie à Vous; mon Père, faites de moi tout ce qu’il Vous plaira; quoi que Vous fassiez de moi, je Vous remercie; merci de tout, je suis prêt à tout; j’accepte tout; je Vous remercie de tout; pourvu que Votre volonté se fasse en moi, mon Dieu pourvu que Votre volonté se fasse en toutes Vos Créatures, en tous Vos enfants, en tous ceux que Votre Cœur aime, je ne désire rien d’autre, mon Dieu; je remets mon âme entre Vos mains; je vous la donne, mon Dieu, avec tout l’amour de mon cœur, parce que je Vous aime, et que ce m’est un besoin d’amour de me donner, de me remettre en Vos mains sans mesure; je me remets entre Vos mains avec une infinie confiance, car Vous êtes mon Père...»

Évangile selon St JEAN, 3, 29. «L’ami de l’Époux, qui est là et l’écoute, jubile de joie en entendant la voix de l’Époux.»

Ne dois-je pas dire ces paroles, mon Dieu, mon Seigneur Jésus, chaque fois que j’entends quelque texte inspiré: Psaume, Évangile surtout, _Pater_, _Ave_, enfin tout texte des livres inspirés? C’est bien la voix de l’Esprit Saint qui parle, chaque fois que je les lis, que je les entends. Je dois donc dire ces paroles de saint Jean, et ajouter avec lui: «Donc, en ce moment, mon bonheur est parfait...» C’est dans cette jubilation que je dois être, chaque fois que j’entends, que je lis, que je récite quelque texte, si court qu’il soit, de la parole de Dieu, de la parole du Bien-Aimé, de la parole de l’Époux si passionnément chéri!... C’est dans cette jubilation, dans ce transport d’amour où doit me jeter la voix de l’Époux, que je dois donc réciter l’office divin, dire le Saint Rosaire, lire la Sainte Écriture... Aime-t-on, respecte-t-on, vénère-t-on, admire-t-on, adore-t-on la parole écrite ou parlée de ce qu’on aime?... Adorons donc, baisons, chérissons, adulons toute parole du Bien-Aimé de nos cœurs!...

St JEAN, 12, 38. «Père, sauvez-moi de cette heure. Mais c’est pour cette heure que je suis venu. Père, glorifiez votre Nom.»

C’est, sous une autre forme à peine différente, la prière de Gethsémani, l’appel pur et simple à Dieu, la demande en toute simplicité de ce que désire la nature, la nature qui souffre et qui a besoin, et, tout de suite après, on se reprend et on dit: mais non, mon Dieu, ceci ou autre chose, peu m’importe, la seule chose qui m’importe, c’est Votre gloire. Glorifiez Votre Nom! Donnez-moi ce qui Vous glorifiera le plus. C’est cela que je Vous demande et pas autre chose! Ne faites pas attention à ma première demande; je l’ai faite et j’ai dû la faire parce que Vous êtes mon Père et que c’est mon devoir de Vous exposer mes besoins... Mais, après Vous avoir dit mes besoins avec simplicité, je Vous rappelle, je Vous répète, je Vous dis et je Vous redis que j’ai un autre besoin mille fois plus grand, mille fois plus ardent, c’est celui de Vous voir glorifié; c’est là mon vrai, mon seul besoin! C’est celui que je Vous supplie de toute mon âme de satisfaire. Mon Père, glorifiez-Vous en moi! Mon Père, glorifiez Votre Nom!... Mon Seigneur Jésus, permettez que Votre indigne et misérable petite créature se joigne à Vous et fasse avec Vous cette prière: Mon Dieu, je Vous dis avec mon Seigneur Jésus, en joignant ma voix à Sa voix adorable: «Non ce que je veux, mais ce que Vous voulez»: mon seul désir est que Vous soyez le plus glorifié possible, c’est ma soif. Mon Père, faites de moi ce qui Vous plaira le plus, quoi que ce soit, mon Père, glorifiez Votre Nom!

St JEAN, 15, 7. «Demandez ce que vous voudrez et cela vous sera fait.»

Cela vous sera fait, ou bien, ajoutent les Pères, je vous donnerai quelque chose de meilleur encore... Notre-Seigneur promet d’exaucer toutes nos demandes (pures et exemptes du péché, bien entendu, les autres Lui seraient un outrage). Il se réserve une seule chose: de changer l’objet de notre demande en un meilleur, de nous donner plus encore que nous demandons. O réserve bénie et bien digne de Vous, ô Cœur Sacré de Jésus! Réserve divine par laquelle Vous trouvez moyen de faire plus encore que de tout accorder, que Vous êtes bon! que nous sommes heureux!... Et que Votre prévoyance est sage! car nous sommes si ignorants qu’avec les meilleures intentions, nous demandons souvent des choses médiocres ou dangereuses, des choses qui feraient du mal... Mais Vous, mon Dieu, mon Père, Vous arrangez tout cela et Vous nous donnez ce qui nous vaut le mieux...

St JEAN, 17, 1. «Père, voici l’heure, glorifie ton fils, pour que ton fils te glorifie.»

Voici de beaucoup la plus longue prière de N.-S. que nous ait conservée le Saint-Évangile [la prière après la Cène]... Étudions-en donc toutes les parcelles et gravons-la dans notre esprit, pour faire de cette oraison le modèle des nôtres. Considérons surtout deux choses: le caractère général de cette prière et sa substance dans ce verset. Le caractère, c’est la confiance, l’abandon; extrême simplicité des termes, familiarité tendre: «Père», c’est un Fils qui parle avec un familier et tendre abandon à Son Père... La substance, c’est la glorification de Dieu «pour que Ton fils Te glorifie». Remarquons que ce caractère et cette substance sont aussi ceux des premiers mots du _Pater_: «Notre Père, que Votre nom soit sanctifié...» Combien cette confiance, cette tendre familiarité, cette demande en premier lieu, avant tout et plus que tout, de la glorification de Dieu, doivent donc se trouver dans toutes nos prières et en former le fond, la partie principale!

St JEAN, 17, 2, 3, 4, 5. «Tu lui as donné le pouvoir sur toute chair, pour que tous ceux que tu lui as donnés, il leur donne la vie éternelle. La vie éternelle, c’est de te connaître, toi le seul vrai Dieu et Celui que tu as envoyé, Jésus-Christ. Je t’ai glorifié sur la terre; j’ai achevé l’œuvre que tu m’as donnée à faire. Maintenant glorifie-moi, Père, auprès de toi, de la gloire que j’ai eue auprès de toi avant que le monde fût.»

Le caractère de la prière continue à être le plus parfait abandon, la simplicité, la familiarité: Notre-Seigneur «pense tout haut» aux pieds de Son Père. La matière, la substance, c’est qu’Il demande la mort, Il demande le ciel: imitons-Le; que nos oraisons aient ce caractère d’abandon filial, pensons tout haut aux pieds de Dieu et demandons-Lui souvent la fin de notre exil, cette mort qui nous approchera enfin de Lui; demandons-la, désirons-la très ardemment, pour Le voir, jouir de Lui, Le posséder, pour L’aimer parfaitement, pour ne plus L’offenser: demandons très souvent à Dieu de nous retirer bientôt de cette terre où nous L’offensons, et L’aimons si peu et où nous sommes séparés de Lui, et de nous conduire au Ciel où nous L’aimerons, ne L’offenserons pas et serons à Ses pieds pendant l’éternité...

St JEAN, 19, 30. «Consummatum est.»

C’est la dernière parole de Notre-Seigneur à son Père que cite saint Jean.

«J’ai accompli tout ce que Vous m’avez donné à faire.» Mon Dieu, puisse cette parole être la nôtre, à notre dernière heure! non pas dans le même sens, avec la même perfection: nous sommes de pauvres hommes, mais, enfin, dans la mesure où c’est possible à notre misère!... Et, pour cela, que faut-il, mon Dieu? Il faut que je Vous demande ce que Vous me donnez à faire, et que je Vous demande de le faire, Vous de qui seul vient toute force! Mon Seigneur et mon Dieu, je Vous supplie, faites-moi connaître clairement Votre volonté! Et puis, donnez-moi la force de l’accomplir, de l’accomplir fidèlement, jusqu’au bout, dans la reconnaissance et dans l’amour!... Il me semble que Vous me répondez, mon Dieu: «L’attrait que je t’ai donné, sa force, sa constance, sa beauté, te prouvent ce que je veux de toi... mais j’ai mis à cette vocation exceptionnelle une condition, c’est que tu commences à te convertir et que tu fasses les premiers pas dans le chemin de la perfection... J’attends toujours, et tu ne fais pas les premiers pas; tu recules plutôt, jette-toi donc enfin en avant, convertis-toi, j’attends depuis longtemps, ma patience ne durera pas toujours...» Mon Dieu pardon, pardon de ma tiédeur, pardon de ma lâcheté, pardon de ma dissipation, pardon de mon orgueil, pardon de mon attachement à ma volonté propre, pardon de ma faiblesse et de mon inconstance, pardon du désordre de mes pensées, pardon de me souvenir si peu parfois que je suis en Votre présence, pardon, pardon, pardon de toutes mes fautes, de toutes les fautes de ma vie, et surtout de celles que j’ai commises depuis le commencement de ma conversion!... Merci de toutes Vos grâces, mon Dieu! Mon Dieu, secourez-moi, secourez celui que Vous avez comblé de tant de dons afin qu’il se convertisse et puisse profiter des dons merveilleux que Vous lui offrez encore, afin qu’il fasse pleinement ce que Vous voulez de lui, ce à quoi, dans Votre bonté ineffable, Vous l’appelez, lui qui en est si indigne! Mon Dieu, convertissez-moi, au nom de mon Seigneur Jésus-Christ! Vous qui pouvez, «des pierres, tirer des fils à Abraham», Vous qui êtes tout-puissant sur toutes Vos créatures, Vous qui pouvez tout en moi, donnez-moi le bon esprit, la Sagesse que Vous avez promis de donner à ceux qui la demanderaient! Convertissez-moi et faites que je Vous glorifie le plus possible jusqu’à mon dernier soupir et pendant l’éternité. Je Vous le demande, au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Amen, amen, amen...

II

FOI

St MATHIEU, 8, 26. «Pourquoi avez-vous peur, hommes de peu de foi.»

C’est une des choses que nous devons absolument à Notre-Seigneur de n’avoir jamais peur... Avoir peur, c’est Lui faire une double injure; c’est, 1º L’oublier, oublier qu’Il est avec nous, qu’Il nous aime, et qu’Il est tout-puissant; 2º c’est ne pas nous conformer à Sa volonté: si nous conformons notre volonté à la Sienne, tout ce qui arrive étant voulu ou permis par Lui, nous serons joyeux de tout ce qui arrivera et nous n’aurons jamais ni inquiétude, ni peur... Ayons donc cette foi qui bannit toute peur; nous avons à côté de nous, contre nous, dans nous, Notre-Seigneur Jésus, notre Dieu qui nous aime infiniment, qui est tout-puissant, qui sait ce qui nous est bon, qui nous a dit de chercher le royaume du Ciel et que le reste nous serait donné par surcroît. Marchons droit, en cette bénie et toute-puissante compagnie, dans le chemin du plus parfait et soyons sûrs qu’il ne nous arrivera rien dont nous ne devions tirer le plus grand bien pour Sa gloire, notre sanctification et celle des autres, que tout ce qui arrive est voulu ou permis de Lui et que, par conséquent, loin d’avoir l’ombre de crainte, nous n’avons qu’à dire «Dieu soit béni, quoi qu’il arrive», et à Le prier d’arranger toutes choses non selon nos idées, mais pour Sa plus grande gloire... N’oublions jamais ces deux principes: «Jésus est ici avec moi... Tout ce qui arrive, arrive par la volonté de Dieu.»

St MATHIEU, 9, 22. «Aie confiance, ma fille, ta foi t’a guérie.»

La vertu que Notre-Seigneur récompense, la vertu qu’Il loue, c’est presque toujours la foi. Quelquefois, Il loue l’amour, comme dans Magdeleine: quelquefois l’humilité, mais ces exemples sont rares, c’est presque toujours la foi qui reçoit de Lui récompense et louanges... Pourquoi?... Sans doute parce que la foi est la vertu, sinon la plus haute (la charité passe avant), du moins la plus importante, car elle est le fondement de toutes les autres, y compris la charité, et aussi parce qu’elle est la plus rare... Avoir vraiment la foi, la foi qui inspire toutes les actions, cette foi au surnaturel qui dépouille le monde de son masque et montre Dieu en toutes choses; qui fait disparaître toute impossibilité; qui fait que ces mots d’inquiétude, de péril, de crainte, n’ont plus de sens; qui fait marcher dans la vie avec un calme, une paix, une joie profonde, comme un enfant à la main de sa mère; qui établit l’âme dans un détachement si absolu de toutes les choses sensibles dont elle voit clairement le néant et la puérilité; qui donne une telle confiance dans la prière, la confiance de l’enfant demandant une chose juste à son père; cette foi qui nous montre que, «hors faire ce qui est agréable à Dieu, tout est mensonge»; cette foi qui fait voir tout sous un autre jour;--les hommes comme des images de Dieu, qu’il faut aimer et vénérer comme les portraits de notre Bien-Aimé et à qui il faut faire tout le bien possible; les autres créatures comme des choses qui doivent, sans exception, nous aider à gagner le Ciel, en louant Dieu à leur sujet, en nous en servant ou en nous en privant--; cette foi qui, faisant entrevoir la grandeur de Dieu, nous fait voir notre petitesse; qui fait entreprendre sans hésiter, sans rougir, sans craindre, sans reculer jamais, tout ce qui est agréable à Dieu: oh! que cette foi est rare!... Mon Dieu, donnez-la-moi! Mon Dieu, je crois, mais augmentez ma foi! Mon Dieu, faites que je croie et que j’aime, je Vous le demande au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Amen.

St MATHIEU, 14, 31. «Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté?»

Combien est grande la foi que Notre-Seigneur demande de nous, et avec justice... quelle foi ne Lui devons-nous pas?... Après la parole de Notre-Seigneur: «Viens», Pierre ne devait plus rien craindre et marcher avec confiance sur les eaux... ainsi quand Jésus nous a certainement appelés à un état, donné une vocation, nous ne devons rien craindre mais aborder sans hésiter les plus insurmontables obstacles. Jésus a dit: «Viens», nous avons grâce pour marcher sur les flots. Cela nous paraît impossible, mais Jésus est le Maître de l’impossible... Il faut donc trois choses: d’abord, faire comme Pierre, supplier Notre-Seigneur de nous appeler à Lui bien distinctement, puis, après avoir entendu distinctement le «viens» sans lequel nous n’avons pas le droit de nous jeter à l’eau (ce serait présomption, imprudence, risquer gravement sa vie, ce serait péché et souvent péché grave par conséquent, car risquer la vie de l’âme est encore plus criminel que d’aventurer la vie du corps), après l’avoir distinctement entendu (jusque-là notre devoir est de prier et d’attendre), se jeter à l’eau sans hésiter, comme S. Pierre. Enfin, il faut, confiant dans le «viens» sorti de la bouche de Dieu, marcher jusqu’à la fin sur les flots, sans l’ombre de doute, sans l’ombre d’incertitude, sans l’ombre d’inquiétude, certains que si nous marchons avec foi et fidélité, tout nous sera facile dans la voie où Jésus nous appelle et cela par la vertu de cette parole: «Viens». Marchons donc dans la voie où Il nous appelle avec une foi absolue, car le ciel et la terre passeront, mais Sa parole ne passera pas!

St MATHIEU, 15, 28. «O femme, ta foi est grande! qu’il te soit fait comme tu veux.»

Notre-Seigneur loue la Chananéenne d’avoir continué à Le prier malgré Ses refus et d’avoir eu foi en Lui, en Sa puissance, en Sa bonté; et, à cause de cette foi et de cette insistance, Il lui accorde sa demande... C’est ainsi que nous serons exaucés chaque fois que nous Le prierons avec foi et insistance...

Notre-Seigneur n’a pas changé depuis le temps qu’Il parcourait les confins de Tyr; l’homme change, mais Dieu ne change pas. Il est exactement le même qu’alors: même divinité, même puissance; même bonté, même compassion pour les hommes, même volonté d’exaucer la prière et la foi: demandons donc...

St MATHIEU, 16, 8. «Pourquoi pensez-vous, gens de peu de foi, que vous n’avez pas de pains?»

Notre-Seigneur ne permet donc pas à Ses serviteurs de douter qu’ils auront toujours le pain quotidien dans la mesure où cela est bon pour leurs âmes... Et c’est bien juste qu’Il leur défende tout doute, toute inquiétude, tout souci à cet égard; c’est très juste pour deux raisons: d’abord, parce qu’Il leur a dit: «Cherchez mon Royaume et sa justice, et tout le reste vous sera donné par surcroît.»

Par ces paroles, Notre-Seigneur s’est engagé à donner à tous ceux qui se feraient Ses disciples, qui embrasseraient la pauvreté, la vie religieuse, pour Le suivre, à leur donner le nécessaire (dans la mesure où cela leur est bon), pourvu qu’ils cherchent à Le bien servir; douter, après cela, si on aura le nécessaire, avoir des soucis pour des choses temporelles, c’est, pour des religieux, ne pas croire à la parole de Jésus, c’est Lui faire la plus mortelle injure...

Secondement, quand on aime, on ne songe qu’à une chose: à l’être aimé; on ne s’inquiète que d’une chose: du bien de l’être aimé, de sa possession; pour les autres choses, on est absolument incapable d’y attacher le moindre prix, la moindre importance... Quand on aime, une seule chose existe: l’être aimé; le reste du monde est comme un néant, il n’existe pas... Si un cœur aime Dieu, peut-il s’y trouver place pour des inquiétudes, des soucis matériels?

St MARC, 11, 22, 23, 24. «Ayez foi en Dieu... Tout ce que vous demanderez dans la prière, croyez que vous le recevrez et cela vous sera donné...»

Combien de fois Vous nous répétez ces paroles, mon Dieu, dans tous les Évangiles et dans les mêmes termes!... Combien il faut qu’elles soient importantes pour que Vous nous les inculquiez avec tant d’insistance! Faites-moi donc la grâce, ô mon Dieu, de bien m’en pénétrer... Tout ce que je Vous demande, pourvu que je Vous le demande avec foi, avec confiance que je le recevrai de Vous, Vous me l’accorderez; pourvu, toutefois, que je ne Vous demande pas une chose qui me soit nuisible, ou un bien médiocre qui paraît grand à mes yeux, et à la place duquel Vous voulez me donner un bien vraiment grand... Vous êtes un Père, et un Père tout-puissant et infiniment sage, comme infiniment bon et tendre. Vous dites à Votre petit enfant, tout petit, bégayant à peine et ne marchant qu’à l’aide de Votre main, Vous lui dites: «Tout ce que tu me demanderas, je te le donnerai, pourvu que tu le demandes avec confiance...» Et Vous le lui donnez, avec quelle facilité, cela va sans dire, avec quel empressement, quand ses demandes sont raisonnables, surtout quand elles répondent à Vos désirs, aux sentiments que Vous voulez voir en lui, quand elles sont conformes à ce que Vous désirez Vous-mêmes plus ardemment que lui! S’il Vous demande des jouets coupants, tranchants, dangereux, Vous les lui refusez, par bonté pour lui, mais Vous l’en consolez en lui donnant à la place d’autres douceurs sans danger; s’il Vous demande avec grande insistance d’aller dans un lieu où Vous voyez qu’il ne retirera pas grand bien, Vous ne lui donnez pas le faux bien qu’il demande, mais Vous lui accordez le vrai bien qu’il demanderait s’il voyait clair, et Vous le prenez par la main pour le conduire, non où il avait envie d’aller, mais où il est, pour lui, le meilleur qu’il aille...

DEUXIÈME PARTIE

Le serviteur des Clarisses