Chapter 7 of 17 · 3976 words · ~20 min read

Part 7

La foi, c’est ce qui fait que nous croyons, du fond de l’âme, tous les dogmes de la religion, toutes les vérités que la religion nous enseigne, le contenu de la Sainte Écriture par conséquent et tous les enseignements de l’Évangile, tout ce qui nous est proposé par l’Église enfin... Le juste vit vraiment de cette foi, car elle remplace, pour lui, la plupart des sens de la nature: elle transforme tellement toutes choses qu’à peine les anciens sens peuvent-ils servir à l’âme qui ne perçoit par eux que de trompeuses apparences; la foi lui montre les réalités. L’œil lui montre un pauvre, la foi lui montre Jésus. L’oreille lui fait entendre des injures et des persécutions, la foi lui chante: «Réjouissez-vous et jubilez de joie.» Le toucher nous fait sentir des coups de pierre reçus, la foi nous dit: «Soyez dans une grande joie d’avoir été jugés dignes de souffrir quelque chose pour le nom du Christ!» Le goût nous fait sentir un peu de pain sans levain, la foi nous montre le Sauveur Jésus, homme et Dieu, corps et âme. L’odorat nous fait sentir l’encens, la foi nous dit que le véritable encens «est les jeûnes des Saints»... Les sens nous séduisent par les beautés créées, la foi pense à la Beauté incréée, et prend en pitié toutes les créatures qui sont un néant et une poussière à côté de cette beauté-là... Les sens ont horreur de la douleur, la foi la bénit comme la couronne de mariage qui l’unit à son Bien-Aimé... Les sens se révoltent contre l’injure, la foi la bénit: «Bénissez ceux qui vous maudissent»; elle la trouve méritée, car elle pense à ses péchés, elle la trouve douce, car c’est partager le sort de Jésus. Les sens sont curieux, la foi ne veut rien connaître, elle a soif de s’ensevelir et voudrait passer toute sa vie immobile au pied du Tabernacle... Les sens aiment la richesse et l’honneur, la foi les a en horreur: «Toute élévation est en abomination devant Dieu»... «Bienheureux les pauvres», et elle adore la pauvreté et l’abjection dont Jésus se couvrit toute Sa vie comme d’un vêtement qui fut inséparable de Lui... Les sens ont horreur de la souffrance, la foi les bénit comme un don de la main de Jésus, une part de Sa croix qu’Il daigne nous donner à porter... Les sens s’effraient de ce qu’ils appellent des dangers, de ce qui peut amener la douleur, ou la mort; la foi ne s’effraie de rien, elle sait qu’il ne lui arrivera que ce que Dieu voudra: «Tous les cheveux de votre tête sont comptés», et que ce que Dieu voudra sera toujours pour son bien: «Tout ce qui arrive est pour le bien des élus»... Ainsi, quoi qu’il puisse arriver, peine ou joie, santé ou maladie, vie ou mort, elle est contente d’avance et n’a peur de rien... Les sens sont inquiets du lendemain, se demandent comment on vivra demain, la foi est sans nulle inquiétude. «Ne soyez pas inquiets, dit Jésus, voyez les fleurs des champs, voyez les oiseaux, je les nourris et les habille... vous valez beaucoup mieux qu’eux... cherchez Dieu et sa justice et tout vous sera donné par surcroît»...

Les sens s’attachent à garder la présence de la famille, la possession des biens; la foi se hâte de quitter l’un et l’autre: «Celui qui aura quitté pour Moi un père, une mère, une maison, un champ, recevra le centuple en ce monde, et en l’autre la vie éternelle.»

Ainsi, la foi éclaire tout d’une lumière nouvelle, autre que la lumière des sens, ou plus brillante, ou différente... Ainsi, celui qui vit de foi a l’âme pleine de pensées nouvelles, de goûts nouveaux, de jugements nouveaux; ce sont des horizons nouveaux qui s’ouvrent devant lui, horizons merveilleux qui sont éclairés d’une lumière céleste et beaux de la beauté divine... Enveloppé de ces vérités toutes nouvelles, dont le monde ne se doute pas, il commence nécessairement une vie toute nouvelle, opposée au monde à qui ses actes semblent une folie... Le monde est dans les ténèbres, dans une nuit profonde, l’homme de foi est en pleine lumière...

ESPÉRANCE

Mon Dieu, parlez-moi de l’espérance!... Comment de cette pauvre terre pourraient sortir des pensées d’espérance? Ne faut-il pas qu’elles viennent du ciel?... Tout ce que nous voyons, tout ce que nous sentons, tout ce que nous sommes, nous prouve notre néant; comment pouvons-nous savoir que nous sommes créés pour être frères et co-héritiers de Jésus, Vos enfants, si Vous ne nous le dites?... Mère du Bel Amour, de la Sainte Espérance, priez pour moi votre Fils Jésus, et inspirez-moi ce que je dois penser...

L’espérance d’être un jour au ciel, à Vos pieds, mon Seigneur, en compagnie de la Sainte Vierge et des saints, Vous voyant, Vous aimant, Vous possédant pour l’éternité, sans que jamais rien ne puisse me séparer un seul instant de Vous, mon Bien et mon Tout, quelle vision! oh! oui, c’est bien la vision de paix, la vision de paix céleste! Cette espérance qui nous transporte tellement au-dessus de nous-mêmes, qui est tellement au-dessus de tous nos rêves, non seulement Vous nous permettez de l’avoir, mais Vous nous en faites une obligation! Pouviez-Vous nous faire un commandement plus doux! Mon Dieu que Vous êtes bon! On représente l’espérance par une ancre: oui, quelle ancre solide! Si mauvais que je sois, si grand pécheur que je sois, je _dois_ espérer que j’irai au ciel, Vous me _défendez_ de désespérer... Si ingrat, si tiède, si lâche que je sois, quelque abus que je fasse de Vos grâces, mon Dieu, Vous me faites un _devoir_ d’espérer vivre éternellement à Vos pieds, dans l’amour et la sainteté!... Vous me défendez de me décourager jamais à la vue de mes misères, de me dire: «Je ne puis plus avancer, le chemin du ciel est trop raide, il faut que je recule et que je roule jusqu’en bas.» Vous me défendez de me dire, à la vue de mes fautes toujours renouvelées, dont je Vous demande chaque jour pardon et dans lesquelles je retombe sans cesse: «Je ne pourrai jamais me corriger; la sainteté n’est pas faite pour moi; qu’y a-t-il de commun entre le ciel et moi?... je suis trop indigne pour y entrer»... Vous me _défendez_ de me dire, à la vue des grâces infinies dont Vous m’avez comblé et de l’indignité de ma vie présente: «J’ai abusé de trop de grâces; je devrais être un saint et je suis un pécheur; je ne puis pas me corriger, c’est trop difficile; je ne suis que misère et orgueil; après tout ce que Dieu fait, il n’y a rien de bon en moi: jamais je n’irai au Ciel.» Vous voulez que j’espère, malgré tout, que j’espère toujours avoir assez de grâces pour me convertir et parvenir à la gloire... Le ciel et moi, cette perfection et ma misère, qu’y a-t-il de commun entre eux? Il y a Votre Cœur, mon Seigneur Jésus, Votre Cœur qui fait la liaison de ces deux choses si dissemblables... l’amour du Père qui a tant aimé le monde qu’Il lui a donné son Fils unique... Je _dois_ toujours _espérer_ parce que Vous me l’ordonnez et parce que je _dois_ toujours _croire_ en Votre amour que Vous m’avez tant promis et en Votre puissance... Oui, en considérant ce que Vous avez fait pour moi, je dois avoir une telle confiance en Votre amour, que quelque ingrat et indigne que je me sente, j’espère toujours en lui, je compte toujours sur lui, je suis toujours convaincu que Vous êtes prêt à me recevoir comme le père de l’enfant prodigue, et plus même; que Vous ne cessez de m’appeler, de m’inviter et de me donner les moyens de venir à Vos pieds...

COURAGE

Mon Seigneur Jésus, il faut que Vous me parliez du courage et que Vous me le donniez surtout, car, Vous le savez, c’est peut-être ce qui me manque le plus, bien qu’il me manque tant de choses... Ce matin encore, j’en ai manqué trois fois: deux fois je me suis éveillé sans me lever, pardon, pardon! et à la sonnerie de la cloche de l’Angelus, je ne suis pas sorti tout de suite de peur de la pluie... pardon!... Comme si ce n’était pas une grâce mille fois bénie de m’éveiller plus tôt pour être plus tôt en tête-à-tête avec Vous, pour me mettre plus tôt à Vos pieds, à Vos genoux, la tête dans Vos mains à Vous dire que je Vous aime... comme si le réveil, n’était pas Votre appel..., comme si, au réveil, ne brillaient pas devant mon âme, en lettres étincelantes, ces mots: «Il est l’heure d’aimer Dieu!»...

... «Il te faut du courage contre les hommes, contre leurs menaces et leurs séductions, contre les persécutions, contre les douceurs, contre les méchants, et avec les bons et avec les saints, pour supporter les mauvais traitements et ne pas te laisser amollir par les bons, pour être en tout, avec tous, ce que je veux que tu sois, pour recevoir les railleries, les contradictions, les coups, les blessures et la mort comme mon soldat fidèle, pour résister à l’affection, à la tendresse, à l’amour, aux bonnes paroles, aux bonnes grâces, aux louanges, aux dons les plus délicats, pour ne pas craindre ta peine ni celle des autres, mais uniquement la mienne... Il te faut du courage contre le démon: contre les terreurs, les troubles, les tentations, les séductions, les ténèbres, les fausses lumières, les épouvantes, les tristesses, les dissipations, les chimères, les fausses prudences, les _peurs_ surtout (car c’est son arme habituelle, surtout avec toi qui es timide, inconstant), par lesquelles il cherchera à t’arracher à Moi...

HUMILITÉ

«Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur», avez-Vous dit, mon Dieu..., et comme Vous nous en avez donné l’exemple!... Vous Dieu, Vous Vous faites homme! Homme, Vous Vous faites le dernier de tous, un petit ouvrier de ce petit Nazareth où j’ai le bonheur d’être, et, lorsque Vous passâtes de la vie cachée à la vie publique, quelle humilité dans Vos paroles et dans Vos actes, dans Vos enseignements et dans Vos exemples... Quand Vous faites des miracles, Vous recommandez de n’en rien dire... Quand Vous laissez voir à Vos apôtres Votre gloire, Vous leur recommandez le silence jusqu’à Votre résurrection... On Vous appelle chez un malade, Vous y allez aussitôt; on Vous demande une chose, Vous la faites; on Vous persécute, Vous fuyez; en rien Vous ne Vous montrez Dieu, Roi, Tout-Puissant; on Vous interpelle grossièrement, Vous répondez doucement; on Vous chasse, Vous partez sans répliquer; on Vous refuse l’hospitalité, Vous passez outre...; partout, Vous vous faites petit... Et dans Vos enseignements: «Malheur aux riches, il leur est plus difficile d’entrer au ciel qu’à un chameau de passer par le trou d’une aiguille!... Le Fils de l’homme est doux et humble de cœur... Si vous ne vous faites petits enfants, vous n’entrerez pas au royaume des cieux... Ceux qui s’élèvent seront humiliés, ceux qui s’humilient seront élevés... Toute élévation est en abomination devant Dieu... Ne vous faites pas appeler Maîtres... Prenez les dernières places... Celui-là sera le plus grand parmi vous qui se fera le plus petit et qui sera le serviteur de tous les autres... Je me tiens parmi vous comme celui qui sert... Je vous lave les pieds pour que vous vous fassiez de même les uns aux autres... Si on vous donne un soufflet sur une joue, tendez l’autre... Si on veut vous prendre injustement votre manteau, donnez encore la tunique... Ne résistez pas au mal... Je ne cherche pas la gloire des hommes...» Mon Dieu, qui avez toujours tellement enseigné l’humilité par Vos paroles et par Vos exemples, que Vous en avez fait un de Vos caractères les plus propres..., Vous qui, pourtant, étiez si grand, apprenez-moi à être humble, à moi qui suis si petit!... Pour Vous, l’humilité, c’était un exemple donné aux hommes, et Vous voyiez si bien la différence qu’il y a de Créateur à créatures, que Vous vouliez que Votre nature humaine rendît, quoiqu’elle ne fît qu’une seule Personne avec Votre nature divine, l’hommage d’une humilité infinie à la divinité dont Vous voyiez si clairement, dont Vous compreniez parfaitement, sans ombre, la grandeur sans limite... Mais, si Vous avez voulu être humble, combien dois-je l’être, moi pour qui, comme l’a dit si bien saint Augustin: «l’humilité, c’est la vérité.» Oui, me voir comme un néant, comme un ver de terre, comme pire qu’un démon par certains côtés,--pas de toutes manières, mais d’une certaine manière, par la multiplicité d’abus de Votre grâce, par le nombre de fois que je Vous ai offensé après que Vous m’avez pardonné.--Comme, pour moi, cette humilité est la vérité!... me défier de moi, moi qui tombe chaque jour, à toute heure... avoir de bas sentiments de moi qui suis si misérable, que je regarde mon passé ou mon présent, moi qui suis pauvre;... de bas sentiments de mon esprit, moi qui me suis trompé si souvent!... de bas sentiments de ma vertu, que je vois faillir tous les jours et succomber si facilement devant de si petites tentations!

_Humble en pensées_, en me connaissant moi-même et regardant mes misères passées et présentes, les défauts que j’ai, les vertus que je n’ai pas; les infirmités que j’ai, les dons naturels que je n’ai pas;... en étant humble de désirs, en n’ayant aucune ambition, aucun désir de l’estime des hommes, mais, au contraire, le désir qu’ils soient dans la vérité, qu’ils m’estiment à ma valeur c’est-à-dire comme un ver de terre et un néant, une sorte de fou orgueilleux, lâche, bête et ingrat;... ne me laissant aller à aucune rêverie (c’est du temps perdu), mais surtout à aucune de ces rêveries mauvaises, pleines de vanité, d’esprit mondain, d’orgueil et d’un mauvais levain d’ambition et d’élévation;... étant défiant de moi, de mon jugement, de ma vertu, de mon courage;... en attribuant à Dieu seul tout le bien qui peut être en moi, et à moi seul tout le mal que je fais...

_Humble en paroles_, en parlant peu, en ne disant point de bien de moi, en ne révélant pas, à moins de grande nécessité, le bien que Dieu fait en moi; en ne disant rien qui puisse donner bonne opinion de moi aux autres, à moins de grande nécessité; en cachant tout ce qui peut donner bonne opinion de moi aux autres, les dons naturels et surnaturels (encore que tous ne viennent nullement de moi, mais de Dieu seul); cacher le bien que je fais, si Dieu en fait par moi. «Que ta main gauche ignore ce qu’a donné la droite.» «Quand tu jeûnes, parfume tes cheveux.» «Quand tu pries, ferme les portes, et que Dieu seul te voie.»... Parler humblement, doucement, ne pas répondre hautainement à des paroles hautaines, être humble et doux avec les petits et avec les grands, devant les reproches et les louanges, devant les bienfaits et les injures, les propositions flatteuses et les menaces, humble dans toutes les paroles de la vie et humble devant la mort.

_Humble en actions_, ne croyant aucune action au-dessous de nous, puisque Jésus a été trente ans, Joseph toute sa vie, charpentier: devant cet exemple, regarder au contraire toute occupation comme encore trop haute pour nous;... embrassons avec amour, avec empressement, toute occasion de nous humilier, tout abaissement en imitation de l’abaissement de Jésus, et parce que si nos péchés étaient connus des hommes, rien ne leur paraîtrait assez vil pour nous;... fuyons toute occupation, toute position élevée, parce que Jésus fut petit et méprisé, et n’acceptons une élévation, quelle qu’elle soit, que si l’obéissance nous y contraint, si nous voyons que c’est un devoir, la volonté certaine de Dieu...

PRIÈRE

Mon Seigneur Jésus... prier, c’est Vous regarder, et puisque Vous êtes toujours là, puis-je, si je Vous aime vraiment, ne pas Vous regarder sans cesse? Celui qui aime et qui est en face du Bien-Aimé peut-il faire autrement que d’avoir les regards attachés sur Lui?... «Apprenez-nous à prier,» comme disaient les Apôtres!... Oh! mon Dieu, le lieu et le temps sont bien choisis: je suis dans ma petite chambre, il fait nuit, tout dort, on n’entend que la pluie et le vent, et quelques coqs lointains qui rappellent, hélas! la nuit de Votre Passion... Enseignez-moi à prier, mon Dieu, dans cette solitude, dans ce recueillement...

--Oui, mon enfant, il faut prier sans cesse, prie en faisant tout ce que tu fais: lisant, travaillant, marchant, mangeant, parlant, il faut toujours m’avoir devant les yeux, me regarder sans cesse, et me parler plus ou moins, suivant que tu le peux, mais me regardant toujours.

_L’oraison_ est l’entretien familier de l’âme avec Dieu; l’oraison ne contient que cela; l’oraison ne renferme ni méditation proprement dite, ni prières vocales, mais elle accompagne, dans un degré plus grand ou moindre, l’une et l’autre.--_La méditation_, c’est la réflexion attentive sur quelque vérité ou quelque devoir que l’esprit cherche à approfondir aux pieds de Dieu. La méditation est toujours plus ou moins mélangée d’oraison, car il faut nécessairement appeler Dieu à son aide de temps en temps pour connaître ce qu’on cherche; et aussi pour jouir de Sa présence et ne pas rester longtemps si près de Lui sans Lui dire aucune parole de tendresse...

--Tes prières vocales, office canonial, rosaire, chemin de croix me plaisent, m’honorent, j’approuve que tu les dises, elles sont un petit bouquet que tu m’offres, un très beau et très divin cadeau, quoique tu sois très petit...

«Tu es un tout petit enfant, mais, dans ma bonté, je te permets de cueillir, dans mon merveilleux jardin, les plus belles roses pour me les offrir, de sorte que, tout petit que tu es, en une demi-heure ou trois quarts d’heure, et surtout en un peu plus, tu me fais un merveilleux bouquet..., tu me comprends?... Et ce bouquet me plaît de tes mains, mon chéri, mon bon chéri, parce que, bien que tu sois tout petit et plein de défauts, tu es mon enfant et, par conséquent, je t’aime; je t’ai créé pour le ciel; mon Fils unique t’a racheté de Son sang, t’a fait encore plus mon enfant, t’a adopté pour frère; je t’aime, et puis, enfin, tu as écouté Sa voix et tu peux te dire ce que j’ai dit moi-même: «Si je t’ai tant aimé quand tu ne me connaissais pas, à plus forte raison, maintenant que, tout pauvre et pécheur que tu es, tu désires me plaire.» Tu le vois, bien que je sois bien grand, et toi bien petit; bien beau, et toi bien laid; bien riche et toi bien pauvre; bien sage et toi bien ignorant, cependant je tiens à ton bouquet quotidien, à tes roses du matin et du soir; j’y tiens parce que ces roses que je te permets de cueillir dans mon jardin sont belles, et j’y tiens parce que je t’aime, tout petit et tout mauvais que tu es, mon petit enfant.

--Merci, merci, mon Dieu! que Vos paroles sont douces et qu’elles sont claires, et comme je vois bien ce que je n’avais pas vu du tout!... Merci, merci, mon Dieu! comme Vous êtes bon!...»

CHASTETÉ

«Mon Seigneur Jésus, dites-moi ce qu’il faut que je pense de cette divine vertu... Combien j’ai besoin de l’apprendre de Vous! moi si misérable, si dans la terre, si dans la boue, comme il faut que ce soit Vous qui m’éclairiez pour que je comprenne quelque chose de la beauté de cette vertu céleste!

--Mon enfant, j’ai été vierge, j’ai choisi une Mère, un père nourricier, un précurseur, un disciple de prédilection, vierges; j’ai voulu que, dans ma religion, tous les prêtres, toutes les âmes qui m’étaient consacrés vécussent dans la chasteté... Les vierges ont au ciel une auréole particulière;... il est bien peu de saints qui, à partir d’un moment de leur vie, sinon toujours, n’aient vécu dans la chasteté...

Pour qui m’aime vraiment, m’aime passionnément, mon amour est un lien sacré, un mariage, et toute pensée, toute parole, toute action contraires à la chasteté est une infidélité à l’Époux... La virginité, la chasteté ne sont donc pas l’état d’une âme qui n’est pas mariée; c’est, au contraire, l’état d’une âme mariée à un Époux Bien-Aimé, à l’Époux parfait, parfaitement beau, saint, aimable...

«Venez et voyez combien le Seigneur est suave...» Quand on a entrevu cela, combien le Seigneur est suave, comment peut-on faire autrement que de désirer passionnément passer sa vie à Le contempler, à L’adorer dans la pratique de toutes Ses volontés, loin des vanités du monde. Non, tout notre temps est pris, nous avons entrevu le Roi des rois, Il a séduit pour jamais nos cœurs, nous L’aimons, nous ne voulons pas d’amour terrestre, nous avons un Bien-Aimé, il n’y a pas en nous place pour deux... Nous avons entrevu le ciel, nous sommes morts au siècle... Nous voulons être à Dieu seul; Il suffit à nos cœurs; ce sont nos cœurs qui ne suffisent pas à Lui rendre tout l’amour et l’adoration qu’Il mérite... Nous ne voulons pas être divisés: nous voulons être tout à Lui... nous aimerons les autres hommes en vue de Lui, à Ses pieds, comme des frères, mais nous serons à Lui seul, tout à Lui, tout à Lui... «N’est-ce donc rien, mes filles, que d’être tout à Dieu?» disait Sainte Thérèse...--Nous sommes épouses, vraiment mariées... épouses par cela même que nous désirons l’être et que nous Lui promettons d’être toujours tout à Lui... Comme Il est humble et doux, Lui, le Roi du ciel, d’accepter ainsi pour Ses épouses toutes ces pauvres petites âmes qui s’offrent à Lui... Il est difficile parfois de trouver un fiancé sur la terre, et, pourtant, c’est si peu de chose, c’est si infime, si cendre et poussière, un fiancé terrestre; c’est si néant, si rien de rien!... Mais Lui, le Roi du Ciel, on peut L’avoir pour fiancé quand on veut... Il accepte toute âme... la plus pauvre, la plus dédaignée, la plus coupable, la plus souillée, tout ce qui s’offre à Lui d’un cœur sincère... Il les accepte toutes et se donne à toutes... Mon Dieu que Vous êtes bon!...

C’est la foi qui fait la vie de l’épouse du Christ... elle est dans la lumière; elle sait, elle voit... Elle voit qu’elle est l’épouse de Jésus, que son sort est divin, qu’elle est bienheureuse, que sa vie doit être un perpétuel _Magnificat_, et que son bonheur est incompréhensible...

* * * * *

[Notre Seigneur:] «Et tu sens à quel degré, avec quelle jalousie il faut te garder de la moindre, de la plus petite, de la plus imperceptible pensée contraire à la chasteté la plus délicate et, à plus forte raison, de toute parole ou action, puisqu’il s’agit de l’essence même de la fidélité que tu dois à ton Bien-Aimé, à cet Époux que tu aimes passionnément, qui, Lui aussi, t’aime passionnément, comme Il te l’a prouvé en mourant pour toi, en te faisant tant de grâces et, enfin, en t’acceptant pour être Sa fiancée, Son épouse, dans le temps et dans l’Éternité, dans les clartés rayonnantes de la foi, et dans l’infini bonheur de la gloire.»

_Résolutions._--Remercier souvent mon divin Époux de la grâce infinie qu’Il m’a faite en m’éclairant des lumières de la foi, et en me faisant voir ce que c’est que d’être épouse du Roi du ciel... Le remercier à l’infini, très souvent, de m’avoir appelée et reçue pour être Son épouse, Lui si grand, moi si petite... Me garder, avec jalousie infinie, de toute faute si imperceptible qu’elle soit, en pensées, paroles ou actions contre la chasteté, parce que ce sont des fautes directes contre la fidélité que je dois à mon Époux, et l’horreur que je dois avoir de telles fautes est en raison directe de l’amour que j’ai pour mon Époux...

PAUVRETÉ