Part 8
O mon Seigneur Jésus, voici donc cette divine pauvreté! Comme il faut que ce soit Vous qui m’en instruisiez! Vous l’avez tant aimée! Dès l’Ancien Testament, Vous avez montré pour elle toutes Vos complaisances... Dans votre vie mortelle, Vous avez fait d’elle Votre compagne fidèle... Vous l’avez laissée en héritage à Vos saints, à tous ceux qui veulent Vous suivre, à tous ceux qui veulent être Vos disciples... Vous l’avez enseignée par les exemples de toute Votre vie, Vous l’avez glorifiée, béatifiée, proclamée nécessaire par Vos paroles... Vous avez choisi pour parents de pauvres ouvriers..., Vous êtes né dans une grotte servant d’étable; Vous avez été pauvre dans les travaux de Votre enfance... Vos premiers adorateurs sont des bergers... A votre Présentation au Temple, on a offert le don des pauvres... Vous avez vécu trente ans pauvre ouvrier, dans ce Nazareth que j’ai le bonheur de fouler, où j’ai la joie indicible, profonde, inexprimable, la béatitude de ramasser du fumier... Puis, pendant Votre vie publique, Vous avez vécu d’aumônes au milieu de pauvres pêcheurs que Vous aviez pris comme compagnons... «Sans une pierre pour poser Votre tête»... En ce temps-là, avez-Vous dit à Sainte Thérèse, bien souvent Vous avez dormi au serein, faute de trouver un toit où Vous abriter... Sur le Calvaire, Vous avez été dépouillé de Vos vêtements, Votre seule possession, et les soldats les ont joués entre eux... Vous êtes mort nu, et Vous avez été enseveli par aumône, par des étrangers... «Bienheureux les pauvres!...»
Mon Seigneur Jésus, comme il sera vite pauvre celui qui, Vous aimant de tout son cœur, ne pourra souffrir d’être plus riche que son Bien-Aimé!... Mon Seigneur Jésus, comme il sera vite pauvre celui qui, songeant que tout ce qu’on fait à un de ces petits, on Vous le fait, que tout ce qu’on ne leur fait pas, on ne Vous le fait pas, soulagera toutes les misères à sa portée!... Comme il sera vite pauvre celui qui recevra _avec foi Vos paroles_: «Si vous voulez être parfait, vendez ce que vous avez et donnez-le aux pauvres... Bienheureux les pauvres, car quiconque aura quitté ses biens pour Moi, recevra ici-bas cent fois plus et, au ciel, la vie éternelle...» et tant d’autres!
Mon Dieu, je ne sais s’il est possible à certaines âmes de Vous voir pauvre et de rester volontiers riches, de se voir tellement plus grandes que leur Maître, que leur Bien-Aimé, et de ne pas vouloir Vous ressembler en tout, autant qu’il dépend d’elles et surtout en Vos abaissements; je veux bien qu’elles Vous aiment, mon Dieu, mais cependant, je crois qu’il manque quelque chose à leur amour, et, en tout cas, moi, je ne puis concevoir l’amour sans un _besoin_, un _besoin impérieux_ de conformité, de ressemblance et, surtout, de partage de toutes les peines, de toutes les difficultés, de toutes les duretés de la vie... Être riche, à mon aise, vivre doucement de mes biens, quand Vous avez été pauvre, gêné, vivant péniblement d’un dur labeur: pour moi, je ne le puis, mon Dieu... je ne puis aimer ainsi... «Il ne convient pas que le serviteur soit plus grand que le Maître» ni que l’épouse soit riche quand l’Époux est pauvre, quand Il est volontairement pauvre, surtout, et qu’Il est parfait... Sainte Thérèse, fatiguée des instances qu’on faisait pour qu’elle acceptât des revenus pour son monastère d’Avila, était parfois près de consentir, mais quand elle revenait dans son oratoire et qu’elle voyait la Croix, elle tombait à ses pieds et suppliait Jésus, nu sur cette croix, de lui faire la grâce de n’avoir jamais de revenus et d’être aussi pauvre que Lui... Je ne juge personne, mon Dieu, les autres sont Vos serviteurs et mes frères, et je ne dois que les aimer, leur faire du bien, et prier pour eux; mais pour moi, il m’est impossible de comprendre l’amour sans la recherche de la ressemblance et sans le besoin de partager toutes les croix...
Et, d’ailleurs, ses biens sont immenses: le pauvre qui n’a rien, n’aime rien sur la terre, a l’âme si libre!... tout lui est égal: qu’on l’envoie ici, là, peu lui importe: il n’a rien ni ne veut rien nulle part... Il trouve partout Celui de qui seul il attend tout, Dieu, qui lui donne toujours, s’il est fidèle, ce qui est le meilleur pour son âme... Comme il est libre! Comme son esprit est léger pour monter vers le ciel! Comme rien n’alourdit ses ailes! Comme ses pensées, dégagées de tous les liens terrestres, s’envolent pures vers le ciel! Comme les pensées de choses matérielles, petites ou grandes (car les petites, les plus petites, troublent autant que les plus grandes), le gênent peu dans sa prière, comme elles le distraient peu dans son oraison!... Tout cela n’existe pas pour lui!...
«C’est là où vous en étiez arrivée à la Sainte Baume, bénie Sainte Magdeleine: c’est vous encore que Jésus m’a donnée pour m’enseigner la pauvreté, je le sens..., la pauvreté complète, parfaite, qui est non seulement «n’avoir rien de plus en sa possession, ni à son usage qu’un pauvre ouvrier», comme j’en ai fait le vœu et comme le demande l’imitation de Jésus..., c’est plus que cela la complète pauvreté; cette complète pauvreté, c’est la _pauvreté d’esprit_, que vous avez proclamée bienheureuse, mon Seigneur Jésus, qui fait que tout, tout, tout le matériel est totalement indifférent, qu’on brise avec tout, qu’on détruit tout, autant que Sainte Magdeleine à la Sainte Baume; qui ne laisse aucun, aucun attachement à ce qui est passager, vide le cœur totalement, et le laisse tout entier, dans toute sa plénitude, pour Dieu seul. Dieu le remplit alors, y règne seul, l’occupe tout entier, et y place au-dessous de Lui, en vue de Lui et pour Lui, l’amour de tous les hommes, Ses enfants. Le cœur ne connaît plus, ne contient plus que ces deux amours; tout le reste n’existe plus pour lui, et il vit sur la terre comme n’y étant pas, en contemplation continuelle de l’unique nécessaire, du _seul Être_, et en intercession pour ceux que le Cœur de Dieu veut bien aimer...
ABJECTION
Mon Seigneur Jésus, daignez me faire faire Vous-même cette méditation. C’est Vous qui avez dit: «Il ne convient pas que le serviteur soit au-dessus du Maître»... Vous m’ordonnez, par là, de ne pas être au-dessus de Vous aux yeux des hommes dans la vie de ce monde... Comment faut-il que je pratique l’abjection?...
--Remarque, d’abord, qu’après avoir dit: «Il ne faut pas que le serviteur soit plus grand que son Maître», j’ai ajouté: «mais il est parfait, s’il est semblable à son Maître». Ainsi, je ne veux pas que tu sois au dessus de ce que j’ai été, je ne veux pas non plus que tu sois au-dessous... S’il y a des exceptions, ce n’est certainement pas pour toi, à qui j’ai donné tant de fois pour vocation mon imitation parfaite, m’imiter et m’imiter Moi seul... Tâche donc d’être aux yeux du monde ce que j’étais dans ma vie à Nazareth, ni plus ni moins. J’ai été pauvre ouvrier, vivant du travail de mes mains, j’ai passé pour ignorant, sans lettres; j’avais pour parents, proches, cousins, amis, de pauvres ouvriers comme Moi, des artisans, des pêcheurs, je leur parlais d’égal à égal, j’étais vêtu comme eux, logé comme eux, je mangeais comme eux lorsque j’étais avec eux... Comme tous les pauvres, j’étais exposé au mépris, et c’est parce que je n’étais, aux yeux du monde, que ce pauvre «Nazaréen», que je fus si persécuté, si maltraité dans ma vie publique, qu’à ma première parole, dans la synagogue de Nazareth, on voulut me précipiter; que, en Galilée, on m’appelait Béelzébuth, et en Judée démon et possédé; qu’on me traitait d’imposteur, de séducteur, qu’on me fit mourir sur un gibet entre deux voleurs: on me regardait comme un ambitieux vulgaire... Passe pour ce que j’ai passé, mon enfant, pour ignorant, pauvre, de naissance commune; pour aussi ce que tu es réellement, sans intelligence, ni talent, ni vertu; cherche, en tout, les occupations les plus basses; cultive cependant ton intelligence dans la mesure où ton directeur te l’ordonne, mais que ce soit en cachette et à l’insu du monde; j’étais infiniment savant, mais on l’ignorait; ne crains pas de t’instruire, c’est bon pour ton âme; instruis-toi avec zèle, pour devenir meilleur, pour mieux me connaître et mieux m’aimer, pour mieux connaître ma volonté et mieux la faire, et aussi, pour me ressembler, à Moi, la Science parfaite: sois très ignorant aux yeux des hommes et très savant dans la science divine, au pied de mon Tabernacle... J’étais petit et dédaigné sans mesure; cherche, demande, aime les occupations qui t’abaissent le plus: ramasser du fumier, piocher la terre, tout ce qu’il y a de plus bas et de plus commun: plus tu seras petit de cette manière, plus tu me ressembleras... Qu’on te regarde comme fou, tant mieux, remercie m’en à l’infini: on me traitait de fou, c’est une ressemblance que je te donne avec Moi... qu’on te jette des pierres, qu’on se moque de toi, qu’on te dise des injures dans les rues, tant mieux! remercie-m’en, c’est une grâce infinie que je te fais, car ne m’en a-t-on pas fait autant?... Que tu dois t’estimer heureux, si je te donne cette ressemblance!... Mais ne fais rien pour mériter ce traitement, rien d’excentrique, d’étrange; je n’ai rien fait pour être ainsi traité, je ne le méritais pas, bien au contraire; et pourtant, on me l’a fait; toi non plus, ne fais rien pour le mériter, mais si je te fais la grâce d’y être soumis, remercie-moi bien; ne fais rien pour l’empêcher, ni le faire cesser; supporte tout avec grande joie et grande reconnaissance envers ma main qui te donne cela comme un très doux cadeau de frère... Fais tout ce que j’aurais fait, tout ce que j’ai fait; ne fais que le bien, mais livre-toi aux travaux les plus vils, les plus abaissants; montre-toi, en tout, par tes vêtements, ton logement, tes politesses prévenantes et fraternelles avec les petits, l’égal des plus petits... Cache avec soin tout ce qui peut t’élever aux yeux du prochain... Mais devant Moi, dans la solitude et le silence du tabernacle, étudie, lis; tu es seul, porte close, avec Moi et mes saints Parents, et ta mère sainte Magdeleine: dilate-toi à mes pieds, et fais tout ce que te dira ton directeur pour devenir meilleur, plus saint... pour mieux consoler mon Cœur.
TRAVAIL MANUEL
Mon Dieu, inspirez-moi ce que Vous voulez de moi au sujet des travaux manuels...
--Pour cela, comme pour l’abjection et la pauvreté, je veux de toi ce que j’ai voulu de Moi... Tu as une bienheureuse vocation, mon enfant, que tu es heureux!... Prends-Moi simplement comme modèle: fais ce que tu penses que je faisais, que je ferais, ne fais pas ce que je ne faisais pas, ce que je ne ferais pas... imite-Moi...
«Travaille assez pour gagner le pain quotidien, mais moins que les ouvriers ordinaires. Ceux-ci travaillent de manière à gagner le plus possible; Moi et toi nous ne travaillons que de manière à gagner une nourriture extrêmement frugale, des vêtements et un logis extrêmement pauvres et, en outre, de quoi faire de petites aumônes... Nous ne travaillons pas plus, parce que notre détachement des choses matérielles, et notre amour de la pénitence, font que nous ne voulons avoir que des vêtements, un logis, une nourriture aussi vils que possible, et seulement le strict nécessaire... Nous travaillons moins que les autres ouvriers parce que, d’une part, nous avons moins de besoins matériels, de l’autre, nous avons plus de besoins spirituels: nous tenons à garder plus de temps pour la prière, l’oraison, la lecture, car ainsi faisait-on dans la sainte maison de Nazareth...
--Comment travailler?
--En me regardant sans cesse, mon enfant, en pensant sans cesse que tu travailles avec Moi et pour Moi, entre Moi, Marie et Joseph, sainte Magdeleine et nos anges, et en me contemplant sans cesse avec eux...
RETRAITE
Mon Dieu, aidez-moi, assistez-moi, soufflez-moi... plus ma petite retraite avance, plus je me sens impuissant, vide, plus je sens qu’il faut que tout vienne de Vous... Dites-moi, mon Dieu, dans quelle retraite je dois vivre?
--Dans celle où j’ai vécu dans ma vie cachée, mon enfant, ni plus ni moins... Ma vie était très retirée..., ne te figure pas que l’habitude de ma Mère et de Moi fût d’aller aux noces... Souviens-toi que ma Mère et saint Joseph avaient embrassé tous deux la vie parfaite, tous deux la virginité, et qu’ils vivaient dans le monde comme n’étant pas du monde... C’étaient deux ouvriers, mais étaient-ce des ouvriers ordinaires? Si Judith avait su vivre comme hors du monde, dans sa demeure, combien plus eux! Si toute personne qui commence à m’aimer s’éloigne du monde aussitôt, et vit dans une retraite de plus en plus grande à mesure que son amour pour Moi devient plus grand, dans quelle retraite devaient vivre mes saints Parents?... Lorsque j’entrai dans la vie, j’entrai dans cet intérieur tout divin, où les journées se passaient dans la contemplation continuelle, dans le jeûne, la prière et le travail accompagné de prières: des âmes qui s’étaient fait cette vie, qui ne respiraient que pour Dieu, dont toute la conversation était à ce point dans les cieux, qui étaient l’une pour l’autre frères et non époux, avaient su se faire une vie bien à part, bien solitaire, bien retirée, dans ce petit Nazareth... J’entrai dans cette vie, et elle devint la mienne... Ma présence resserra tous les liens qui unissaient Marie et Joseph: pour être toujours avec leur Dieu, ils étaient toujours ensemble; mais, plus que jamais, tout ce qui n’était pas leur Dieu qu’ils avaient le bonheur de voir, leur pesait..., ayant un tel trésor, ils le cachaient entre eux, ne le montraient pas sans nécessité aux profanes qui ne le connaissaient pas, et traitaient leur Dieu comme un homme... Moi qui ai dit: «Je ne suis pas du monde», Moi qui leur avais inspiré cet amour de la retraite et qui l’inspire toujours à toutes les âmes, dès qu’elles s’approchent de moi, je n’eus garde de choisir une autre voie: j’entrai dans leur vie cachée, retirée, solitaire, et je m’y plongeai avec eux...
«Quiconque aime, aime la solitude en compagnie de l’être aimé... Quiconque aime Dieu, aime la solitude aux pieds de Dieu... Tous les saints, sans exception, ont aimé la solitude, car tous m’ont aimé, et, dès qu’on m’aime, on désire nécessairement être en tête-à-tête... On doit aimer mon bien, ma consolation, ma gloire plus que tout, plus que la joie d’être avec Moi; aussi, dès que ma volonté appelle ici ou là, il faut courir, voler, abandonner toute solitude, se jeter parmi les hommes; mais dès que ma volonté, mon avantage, n’ordonnent plus qu’on soit mêlé aux hommes, il faut obéir à la loi de l’amour, et retourner à la solitude; et plus on m’aime, plus on a soif d’être seul avec Moi, plus on est capable de rester longtemps seul avec Moi, plus on se fait une vie d’oraison solitaire...
«... Tant que Dieu ne nous commandait pas de prêcher, nous restions dans notre solitude... Ne te figure donc pas une vie de famille entourée de l’affection, des visites de nombreux amis et parents... non, rien de cela; la vie de deux, de trois religieux unis en Dieu, pour mener ensemble, dans une petite maison solitaire, une vie de recueillement, de prière continuelle, de grande pénitence, de saintes lectures, de contemplation continuelle; une vie de silence, la vie des âmes qui ne sont pas de la terre, dont tout l’entretien est avec Dieu, toute la conversation dans les cieux. Voilà ce que fut ma vie à Nazareth, une retraite... Voilà ce que doit être la tienne... Recueillement, silence, paix, entretien avec Dieu pendant tous les moments du jour et autant que possible de la nuit; sortir de la maison le plus rarement possible et seulement pour les choses indispensables; rester dehors le moins possible; saluer tous ceux qu’on connaît, faire visage aimable à tous; ne parler à personne, ou, si c’est nécessaire, le faire en le moins de mots possible, mais toujours pleins de bonté et contenant quelque chose qui fasse penser à Dieu et conduise à Lui...
PÉNITENCE
Mon Seigneur, et mon Dieu, combien moi, si lâche, j’ai besoin que Vous me parliez de la pénitence, que Vous me la fassiez aimer, que Vous me montriez sa beauté, que Vous me fassiez voir combien elle est indissolublement liée à Votre amour..., et puis que Vous me disiez ce qu’il faut que je fasse..., et, enfin, que Vous m’aidiez à le faire!
--Mon enfant, nous avons déjà parlé de la pénitence. Voir sa beauté, tu n’en as pas besoin... Ne te suffit-il pas de savoir que je l’ai faite toute ma vie, que je l’ai pratiquée pendant toute ma vie cachée, que je l’ai pratiquée dans ma vie publique comme l’Évangile le montre, que j’ai jeûné pendant la sainte Quarantaine et que je suis mort sur la Croix? Cet exemple ne suffit-il pas pour que tu entres de toutes tes forces dans la pénitence, sans aucun autre motif, par pur amour et simple besoin de m’imiter, de me ressembler, de partager ma vie, et surtout mes peines?... Et si tu m’aimes si peu que mon exemple ne te suffit pas, n’as-tu pas mes paroles? «Faites pénitence... Quand l’Époux ne sera plus avec eux, ils jeûneront... Ce démon ne peut se vaincre que par la prière et le jeûne...» Et si mes exemples et mes paroles te paraissent obscurs, bien qu’ils soient clairs comme le jour, n’as-tu pas l’exemple de tous mes saints? Tous sans exception peuvent te servir de commentaire et te prouver que j’aime, j’aime, j’aime, je veux la pénitence... la pénitence, mais dans les bornes de l’obéissance. Si tu es si tiède, si tiède que tout cela ne te suffit pas, alors, regarde ce qu’est en elle-même la pénitence...
«Chaque fois que tu te prives de quelque chose, si peu que ce soit, d’un mouvement de curiosité, de regarder en l’air, de manger une bouchée de plus, de chasser une mouche, de la moindre commodité, du moindre désir de la volonté, d’un rien, si tu le fais pour l’amour de Moi, dans le désir de m’offrir un sacrifice, tu m’offres un acte d’adoration et de culte très élevés, qui m’est très agréable et m’honore beaucoup. A plus forte raison, quand tu m’offres en sacrifice quelque chose qui te coûte davantage, une forte humiliation, une forte pénitence, une dure veille, un vœu difficile à observer...
«Ainsi, tu vois, par la somme merveilleuse d’honneur qu’on peut me rapporter en faisant toutes ses actions en esprit de sacrifice, en m’offrant du matin au soir toutes sortes de mortifications grandes et petites, combien ceux qui m’aiment cherchent et désirent ma gloire, m’offrent de sacrifices m’honorant du matin au soir... Ils n’ont pas besoin, pour me glorifier, de prêcher, de sortir de leur cellule: il leur suffit de se priver, de souffrir; toute privation, toute seconde de souffrance, supportée en mon honneur et offerte à Moi, m’est une gloire, un sacrifice d’agréable odeur... Comprends, maintenant, les mortifications des saints, le désir de souffrir des âmes affamées de ma gloire... Comprends combien ces âmes, si zélées pour la gloire de Dieu, combien la mienne plus que toutes les autres, se jetaient dans la pénitence du matin au soir, à toute heure, pour offrir à Dieu le plus de gloire possible, Lui rapporter le plus de gloire possible... C’est dans ce sens que Saint Paul a si bien pu dire: «Je n’ai connu que Jésus et Jésus crucifié»... Toute ma vie a été souffrance volontaire parce que toute ma vie a été désir dévorant de la gloire de Dieu, et que la pénitence est un moyen de Le glorifier continuellement, d’une manière admirable...
Comprends-tu maintenant pourquoi tu dois entrer dans la pénitence jusqu’à t’y noyer (en restant dans l’obéissance pourtant)?
Puisqu’il n’y a pas besoin, pour qu’un acte soit un sacrifice, qu’on l’offre au moment même comme tel, car il peut avoir été offert comme tel d’avance; puisque tous les actes, toutes les paroles, toutes les bonnes pensées même, auxquelles on s’arrête, peuvent être offerts à Dieu en sacrifice, il n’est pas nécessaire, pour faire à Dieu une foule de sacrifices chaque jour, d’y penser tout le long du jour et de se dire à tout moment: «Faisons un sacrifice...» Il suffit d’offrir en esprit de sacrifice à Dieu, en son honneur, toutes nos pensées, paroles ou actions de la journée, nos mouvements, notre être, en Le priant que tout Lui soit un sacrifice d’agréable odeur: nous serons ainsi une victime perpétuelle et notre sacrifice durera tous les instants du jour.
RÉCAPITULATION DES RÉSOLUTIONS
Embrasser l’humilité, la pauvreté, le délaissement, l’abjection, la solitude, la souffrance avec Jésus dans Sa crèche; ne faire aucun cas de la grandeur humaine, de l’élévation, de l’estime des hommes, mais estimer autant les plus pauvres que les plus riches. Pour moi, chercher toujours la dernière des dernières places, arranger ma vie de manière à être le dernier, le plus dédaigné des hommes.
Quand je suis triste, découragé de moi, des autres, des choses, penser que Jésus est glorieux, assis à la droite du Père pour toujours, et jubiler de joie... Je puis encore, en ces moments, pour me baigner dans cette joie, dire les mystères glorieux du Rosaire...
--[Jésus-Christ]: «En général, ne t’inquiète pas pour les petites choses: brise tout ce qui est petit et tâche de vivre très haut, non par orgueil, mais par amour...
«Il faut briser tout ce qui n’est pas Moi... te faire ici un désert où tu sois aussi seul avec Moi que sainte Magdeleine était seule, au désert, avec Moi. C’est par le détachement que tu parviendrais à cela, c’est en chassant toutes ces petites pensées, tous ces infiniment petits qui ne sont pas mauvais en eux-mêmes, mais qui finissent par disperser du matin au soir ton esprit loin de Moi, au lieu que, du matin au soir, il me devrait contempler...
«Regarde-Moi en travaillant pour Moi... regarde-Moi en priant, regarde-Moi sans cesse, et donne à l’oraison ou à de saintes lectures qui t’uniront à Moi et par lesquelles je te parlerai comme je parlais à mes parents et à Magdeleine à Nazareth et à Béthanie, tout le temps qu’il te sera possible... Quand on aime, on regarde sans cesse ce qu’on aime, on regarde comme bien employé tout le temps employé à le contempler et comme perdu tout le temps pendant lequel on ne le voit pas... Ce temps seul semble compter... pendant lequel nous regardons la seule chose qui, à nos yeux, ait de l’être... tout le reste étant pour nous le vide et le néant... Fonds-toi en Moi, perds-toi en Moi, noie-toi dans mon amour, pense au temps que je t’ai ordonné d’espérer et où tu seras éternellement appuyé sur mon sein; et puisque je te permets, je te dis de commencer dès maintenant à vivre d’une si douce vie, avec la silencieuse Magdeleine, ma silencieuse Mère et le silencieux Joseph, appuie avec eux ta tête sur mon sein et achève, dans cette douce position et dans la douce vie de Nazareth, ton pèlerinage.»
Ne jamais perdre un instant, un seul instant de présence devant le Saint Sacrement, quels que soient les difficultés morales ou matérielles, les souffrances et les dangers à affronter pour cela: l’univers entier n’est rien à côté du Maître de l’univers qui réside dans le Tabernacle.
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_Être humble en pensées, paroles et actions._
Ne pas chercher ni aimer l’estime des hommes, mais aimer leur dédain.
Quand on aime on est humble, car on se trouve petit, néant à côté de ce qu’on aime.
Quand on aime, on imite, et Jésus fut doux et humble de Cœur.
L’humilité est l’ornement de toutes les vertus et est nécessaire pour qu’elles soient agréables à Dieu: l’orgueil les gâte toutes...