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Part 6

Mon Seigneur Jésus, faites mes pensées, faites mes paroles. Si, dans les méditations précédentes j’étais impuissant, combien plus dans celle-ci!... Ce n’est pas la matière qui manque..., au contraire, elle m’écrase! Y en a-t-il, mon Dieu, des miséricordes! Miséricordes d’hier, d’aujourd’hui, de tous les instants de ma vie, d’avant ma naissance, et d’avant les temps! J’y suis noyé, j’en suis inondé, elles me couvrent et m’enveloppent de toute part... Ah! mon Dieu, nous avons tous à chanter Vos miséricordes, nous tous, créés pour la gloire éternelle et rachetés par le sang de Jésus, par Votre Sang, mon Seigneur Jésus qui êtes à côté de moi, dans ce tabernacle; mais si tous nous le devons, combien moi! moi qui ai été, dès mon enfance, entouré de tant de grâces, fils d’une sainte mère, ayant appris d’elle à Vous connaître, à Vous aimer et à Vous prier aussitôt que j’ai pu comprendre une parole! Mon premier souvenir n’est-il pas la prière qu’elle me faisait réciter matin et soir: «Mon Dieu, bénissez papa, maman, grand-papa, grand’maman, grand’maman Foucauld et petite sœur?» Et cette pieuse éducation!... ces visites aux églises... ces bouquets au pied des croix, une crèche à Noël, un mois de Marie, un petit autel dans ma chambre, gardé tant que j’ai eu une chambre à moi dans ma famille, et qui a survécu à ma foi! les catéchismes, les premières confessions surveillées par un grand-père chrétien..., ces exemples de piété reçus dans ma famille;... je me vois allant à l’église avec mon père (que cela est loin!) avec mon grand-père; je vois ma grand’mère, mes cousines, allant à la messe tous les jours... Et cette première Communion, après une longue et bonne préparation, entourée des grâces et des encouragements de toute une famille chrétienne, sous les yeux des êtres que je chérissais le plus au monde, afin que tout fût réuni en un jour, pour m’y faire goûter toutes les douceurs... Et puis ces catéchismes de persévérance, sous la direction d’un prêtre bon, pieux, intelligent, zélé; mon grand-père m’encourageant toujours de la parole et de l’exemple dans la voie de la piété; les âmes les plus pieuses et les plus belles de ma famille me comblant d’encouragements et de bonté, et Vous, mon Dieu, enracinant dans mon cœur cet attachement pour elles, si profondément que les orages de la suite n’ont pu l’arracher, et que Vous Vous en êtes servi plus tard pour me sauver, alors que j’étais comme mort et noyé dans le mal... Et puis lorsque, malgré tant de grâces, je commençais à m’écarter de Vous, avec quelle douceur Vous me rappeliez à Vous par la voix de mon grand-père, avec quelle miséricorde Vous m’empêchiez de tomber dans les derniers excès en conservant dans mon cœur ma tendresse pour lui!... Mais, malgré tout cela, hélas! je m’éloignais, je m’éloignais de plus en plus de Vous, mon Seigneur et ma vie..., et aussi ma vie commençait à être une mort, ou plutôt c’était déjà une mort à Vos yeux... Et, dans cet état de mort, Vous me conserviez encore; Vous conserviez dans mon âme les souvenirs du passé, l’estime du bien, l’attachement dormant comme un feu sous la cendre, mais existant toujours, à certaines belles et pieuses âmes, le respect de la religion catholique et des religieux; toute foi avait disparu, mais le respect et l’estime étaient demeurés intacts... Vous me faisiez d’autres grâces, mon Dieu, Vous me conserviez le goût de l’étude, des lectures sérieuses, des belles choses, le dégoût du vice et de la laideur... Je faisais le mal, mais je ne l’approuvais ni ne l’aimais... Vous me faisiez sentir un vide douloureux, une tristesse, que je n’ai jamais éprouvée qu’alors;... elle me revenait chaque soir, lorsque je me trouvais seul dans mon appartement... elle me tenait muet et accablé pendant ce qu’on appelle les fêtes: je les organisais, mais le moment venu je les passais dans un mutisme, un dégoût, un ennui infinis... Vous me donniez cette inquiétude vague d’une conscience mauvaise, qui, tout endormie qu’elle est, n’est pas tout à fait morte. Je n’ai jamais senti cette tristesse, ce malaise, cette inquiétude qu’alors. Mon Dieu, c’était donc un don de Vous... comme j’étais loin de m’en douter!... Que Vous êtes bon!... Et en même temps que Vous empêchiez mon âme, par cette invention de Votre amour de se noyer irrémédiablement, Vous gardiez mon corps: car si j’étais mort alors, j’aurais été en enfer... Les accidents de cheval miraculeusement évités, avortés! Ces duels que Vous avez empêché d’avoir lieu! Ces périls en expédition, que Vous avez tous écartés! Ces dangers en voyage, si grands et si multipliés, dont Vous m’avez fait sortir comme par miracle! Cette santé inaltérable dans les lieux les plus malsains, malgré de si grandes fatigues!... Oh! mon Dieu, comme Vous aviez la main sur moi, et comme je la sentais peu! Que Vous êtes bon! Comme Vous m’avez gardé! Comme Vous me couviez sous Vos ailes lorsque je ne croyais même pas à Votre existence! Et pendant que Vous me gardiez ainsi, le temps passait, Vous jugiez que le moment approchait de me faire rentrer au bercail... Vous dénouâtes malgré moi toutes les liaisons mauvaises qui m’auraient tenu éloigné de Vous;... Vous dénouâtes même tous les liens bons qui m’eussent empêché de rentrer dans le sein de cette famille, où Vous vouliez me faire trouver le salut, et qui m’auraient empêché d’être un jour tout à Vous... En même temps, Vous me donnâtes une vie d’études sérieuses, une vie obscure, une existence solitaire et pauvre... Mon cœur et mon esprit restaient loin de Vous, mais je vivais pourtant dans une atmosphère moins viciée; ce n’était pas la lumière ni le bien, il s’en faut;... mais ce n’était plus une fange aussi profonde, ni un mal aussi odieux... la place se déblayait peu à peu;... l’eau du déluge couvrait encore la terre, mais elle baissait de plus en plus, et la pluie ne tombait plus... Vous aviez brisé les obstacles, assoupli l’âme, préparé la terre en brûlant les épines et les buissons... Par la force des choses, Vous m’obligeâtes à être chaste, et bientôt, m’ayant, à la fin de l’hiver 1886, ramené dans ma famille, à Paris, la chasteté me devint une douceur et un besoin du cœur. C’est Vous qui fîtes cela, mon Dieu, Vous seul; je n’y étais pour rien, hélas! Que Vous avez été bon! de quelles tristes et coupables rechutes Vous m’avez miséricordieusement préservé! Votre seule main a fait en cela le commencement, le milieu et la fin! Que Vous êtes bon! C’était nécessaire pour préparer mon âme à la vérité: le démon est trop maître d’une âme qui n’est pas chaste, pour y laisser entrer la vérité... Vous ne pouviez pas entrer, mon Dieu, dans une âme où le démon des passions immondes régnait en maître... Vous vouliez entrer dans la mienne, ô bon Pasteur, et Vous en avez chassé Vous-même Votre ennemi... et après l’avoir chassé par la force, malgré moi, voyant ma faiblesse et combien seul j’étais peu capable de garder mon âme pure, Vous avez établi pour la garder un bon gardien, si fort et si doux que non seulement il ne laissait pas la moindre entrée au démon de l’impureté, mais qu’il me faisait un besoin, une douceur, des délices de la chasteté... Mon Dieu, comment chanterai-je Vos miséricordes!... Et après avoir vidé mon âme de ses ordures et l’avoir confiée à Vos anges, Vous avez songé à y rentrer, mon Dieu, car après avoir reçu tant de grâces, elle ne Vous connaissait pas encore! Vous agissiez continuellement en elle, sur elle, Vous la transformiez avec une puissance souveraine et une rapidité étonnante, et elle vous ignorait complètement... Vous lui inspirâtes alors des goûts de vertu, de vertu païenne, Vous me les laissâtes chercher dans les livres des philosophes païens, et je n’y trouvai que le vide, le dégoût... Vous me fîtes alors tomber sous les yeux quelques pages d’un livre chrétien, et vous m’en fîtes sentir la chaleur et la beauté...[4] Vous me fîtes entrevoir que je trouverais peut-être là, sinon la vérité (je ne croyais pas que les hommes pussent la connaître), du moins des enseignements de vertu, et Vous m’inspirâtes de chercher des leçons d’une vertu toute païenne dans des livres chrétiens... Vous me familiarisâtes ainsi avec les mystères de la religion... En même temps vous resserriez de plus en plus les liens qui m’unissaient à de belles âmes; Vous m’aviez ramené dans cette famille, objet de l’attachement passionné de mes jeunes années, de mon enfance... Vous m’y faisiez retrouver, pour ces mêmes âmes, l’admiration d’autrefois, et à elles Vous inspiriez de me recevoir comme l’enfant prodigue à qui on ne faisait même pas sentir qu’il eût jamais abandonné le toit paternel, Vous leur donniez pour moi la même bonté que j’eusse pu attendre si je n’avais jamais failli... Je me serrai de plus en plus contre cette famille bien-aimée. J’y vivais dans un tel air de vertu que ma vie revenait à vue d’œil, c’était le printemps rendant la vie à la terre après l’hiver;... c’est à ce doux soleil qu’avait crû ce désir du bien, ce dégoût du mal, cette impossibilité de retomber dans certaines fautes, cette recherche de la vertu... Vous aviez chassé le mal de mon cœur; mon bon ange y avait repris sa place, et Vous lui aviez joint un ange terrestre... Au commencement d’octobre 1886, après six mois de vie de famille, j’admirais, je voulais la vertu, mais je ne Vous connaissais pas... Par quelles inventions, Dieu de bonté, Vous êtes-Vous fait connaître à moi! De quels détours Vous êtes-Vous servi? Par quels doux et forts moyens extérieurs? Par quelle série de circonstances étonnantes, où tout s’est réuni pour me pousser à Vous: solitude inattendue, émotions, maladies d’êtres chéris, sentiments ardents du cœur, retour à Paris par suite d’un événement surprenant!... Et quelles grâces intérieures! ce besoin de solitude, de recueillement, de pieuses lectures, ce besoin d’aller dans Vos églises, moi qui ne croyais pas en Vous, ce trouble de l’âme, cette angoisse, cette recherche de la vérité, cette prière: «Mon Dieu, si Vous existez, faites-le-moi connaître!» Tout cela, c’était Votre œuvre, mon Dieu, Votre œuvre à Vous seul... Une belle âme Vous secondait, mais par son silence, sa douceur, sa bonté, sa perfection; elle se laissait voir, elle était bonne et répandait son parfum attirant, mais elle n’agissait pas! Vous, mon Jésus, mon Sauveur, Vous faisiez tout au dedans comme au dehors! Vous m’aviez attiré à la vertu par la beauté d’une âme en qui la vertu m’avait paru si belle, qu’elle avait irrévocablement ravi mon cœur... Vous m’attirâtes à la vérité, par la beauté de cette même âme. Vous me fîtes alors quatre grâces: la première fut de m’inspirer cette pensée: puisque cette âme est si intelligente, la religion qu’elle croit si fermement ne saurait être une folie comme je le pense. La deuxième fut de m’inspirer cette autre pensée: puisque la religion n’est pas une folie, peut-être la vérité, qui n’est sur la terre dans aucune autre, ni dans aucun système philosophique, est-elle là? La troisième fut de me dire: étudions donc cette religion: prenons un professeur de religion catholique, un prêtre instruit, et voyons ce qu’il en est, et s’il faut croire ce qu’elle dit. La quatrième fut la grâce incomparable de m’adresser, pour avoir ces leçons de religion, à M. Huvelin[5]. En me faisant entrer dans son confessionnal, un des derniers jours d’octobre, entre le 27 et le 30, je pense, Vous m’avez donné tous les biens, mon Dieu: s’il y a de la joie dans le ciel à la vue d’un pécheur se convertissant, il y en a eu quand je suis entré dans ce confessionnal!... Quel jour béni, quel jour de bénédiction!... Et depuis ce jour, toute ma vie n’a été qu’un enchaînement de bénédictions! Vous m’avez mis sous les ailes de ce saint, et j’y suis resté. Vous m’avez porté par ses mains, et ce n’a été que grâces sur grâces. Je demandais des leçons de religion: il me fit mettre à genoux et me fit me confesser, et m’envoya communier séance tenante... Je ne puis m’empêcher de pleurer en y pensant, et ne veux pas empêcher ces larmes de couler, elles sont trop justes, mon Dieu! Quels ruisseaux de larmes devraient couler de mes yeux, au souvenir de telles miséricordes! Que Vous avez été bon! que je suis heureux! Qu’ai-je fait pour cela? Et depuis, mon Dieu, ce n’a été qu’un enchaînement de grâces toujours croissantes..., une marée montant, montant toujours: la direction, et quelle direction! la prière, la sainte lecture, l’assistance quotidienne à la messe établies dès le premier jour de ma vie nouvelle; la fréquente communion, la fréquente confession venant au bout de quelques semaines; la direction devenant de plus en plus intime, fréquente, enveloppant toute ma vie et en faisant une vie d’obéissance dans les moindres choses, et d’obéissance à quel maître! La Communion devenant presque quotidienne..., le désir de la vie religieuse naissant, s’affermissant..., des événements extérieurs indépendants de ma volonté me forçant de me détacher de choses matérielles qui avaient pour moi beaucoup de charmes et qui auraient retenu mon âme, l’auraient attachée à la terre! Vous avez brisé violemment ces liens comme tant d’autres! Que Vous êtes bon, mon Dieu, d’avoir tout brisé autour de moi, d’avoir tellement anéanti tout ce qui m’aurait empêché d’être à Vous seul!... Ce sentiment d’autant plus profond de la vanité, de la fausseté de la vie mondaine et de la grande distance qui existe entre la vie parfaite, évangélique, et celle qu’on mène dans le monde... Ce tendre et croissant amour pour Vous, mon Seigneur Jésus, ce goût de la prière, cette foi en Votre parole, ce sentiment profond du devoir de l’aumône, ce désir de Vous imiter, cette parole de M. Huvelin dans un sermon: que «Vous aviez tellement pris la dernière place que jamais personne n’avait pu Vous la ravir!» si inviolablement gravée dans mon âme, cette soif de Vous faire le plus grand sacrifice qu’il me fût possible de Vous faire, en quittant pour toujours une famille qui faisait tout mon bonheur, et en allant bien loin d’elle vivre et mourir!... cette recherche d’une vie conforme à la Vôtre, où je puisse partager complètement Votre abjection, Votre pauvreté, Votre humble labeur, Votre ensevelissement, Votre obscurité, recherche si nettement dessinée dans une dernière retraite à Clamart... Le 15 janvier 1890, ce sacrifice s’effectuant et cette grande grâce m’étant donnée de Votre main... La Trappe..., la Communion quotidienne..., ce que j’ai appris pendant sept ans de vie religieuse..., les grâces de Notre-Dame-des-Neiges..., la théologie, la philosophie, les lectures, la vocation exceptionnelle à une vie d’abjection et d’obscurité. Après trois ans et demi d’attente, le révérendissime général me déclare, le 23 janvier 1897, que la volonté de Dieu est que je suive cet attrait qui me pousse, hors de l’ordre de la Trappe, vers la vie d’abjection, d’humble travail, d’obscurité profonde, dont j’ai la vision depuis si longtemps... Mon départ pour la Terre sainte..., le pèlerinage, l’arrivée à Nazareth;... le premier mercredi que j’y passe, Vous me faites entrer, mon Dieu, par l’intercession de saint Joseph, comme valet au couvent de Sainte-Claire... Paix, bonheur, consolations, grâces, félicité merveilleuse que j’y éprouve... _Misericordias Domini, in æternum cantabo... Venite et videte, quoniam suavis est Dominus..._ Il n’y a qu’à défaillir, mon Dieu, devant de telles miséricordes; à supplier la sainte Vierge et les saints et toutes les pieuses âmes de remercier pour moi, car je succombe sous les grâces... Oh! mon Époux, que n’avez-Vous pas fait pour moi! Que voulez-Vous donc de moi pour m’avoir comblé ainsi? Qu’attendez-Vous de moi pour m’avoir accablé ainsi? Mon Dieu, remerciez-Vous en moi, faites Vous-même en moi la reconnaissance, le remerciement, la fidélité, l’amour; je succombe, je défaille, mon Dieu; faites mes pensées, mes paroles et mes œuvres, afin que tout Vous remercie et Vous glorifie en moi. _Amen, amen, amen._»

[4] Nous croyons qu’il s’agit des _Élévations sur les mystères_, de Bossuet.

[5] M. l’abbé Huvelin, ancien élève de l’École normale Supérieure, devenu prêtre, et qui a laissé, dans Paris, le souvenir d’une âme très sainte.

MON AVENIR SUR LA TERRE, MA MORT

LE JUGEMENT, LE CIEL OU L’ENFER

Pardon et «_misericordias Domini in æternum cantabo_»! Voilà mon passé et mon présent... Quel sera mon avenir? Sera-t-il long ou court sur la terre? Consolé ou douloureux? Saint, comme je le désire tant, plein de péchés comme je Vous supplie de m’en préserver? Nul ne le sait... Il sera ce que Vous voudrez, mon Dieu... Je Vous supplie seulement qu’il ne soit pas employé à Vous offenser: Vous ne le voulez pas, Vous nous avez ordonné, à tous, d’être parfaits, et moi, Vous m’avez comblé de grâces incomparables en me disant: «_A celui à qui il a été beaucoup donné, il sera beaucoup demandé_»... Donc, quel que soit mon avenir, long ou d’un jour, consolé ou douloureux, Votre volonté est qu’il soit saint... Que ferai-je pour cela?...

* * * * *

«Suis-Moi, Moi seul... Ne viens pas à Béthanie pour Me voir et aussi pour voir Lazare, viens-y pour Me voir, Moi, Moi seul... Demande-Moi ce que je faisais, scrute les Écritures, regarde aussi les saints, non pour les suivre, eux, mais pour voir comment ils m’ont suivi, et prendre de chacun d’eux ce que tu penseras venir de Moi, être de Moi, à mon imitation... et suis-Moi, Moi, Moi seul... Regarde-toi comme dans la maison de Nazareth... Tu t’es donné à Moi. Je te conduirai comme il le faudra pour ma plus grande gloire, pour la plus grande consolation de mon Cœur, puisque tu ne veux et que tu ne demandes que cela.

--Oh! oui, oh! oui! Mon Seigneur et mon Dieu, je ne veux et ne demande que cela! Faites-le, en Vous, par Vous et pour Vous! Amen, amen...

--Cette vie sera suivie de la mort: tu voudrais celle du martyre... tu sais que tu es lâche... mais tu sais que tu peux tout en Celui qui te fortifie, que je suis tout-puissant en mes créatures... Demande-le matin et soir, tout en mettant cette condition que ce soit ma volonté, mon plus grand bien, ma plus grande consolation, laquelle tu veux et tu demandes avant tout... et aie confiance: je ferai ce que tu demandes, ce qui me glorifie le plus... Mais, demander cela, c’est bien, car «c’est la marque du plus grand amour de donner sa vie pour ce qu’on aime», et il est parfaitement juste que tu désires me donner la marque «du plus grand amour».

Ton éternité, ton jugement, que seront-ils? Ils seront ce qu’aura été ta vie... Si tu t’es renoncé, si tu as porté ta croix et que tu m’as suivi, si, comprenant les grâces, les miséricordes merveilleuses dont je t’ai comblé, tu as fait fructifier tous ces talents que je t’ai confiés; si tu es fidèle à ta belle vocation, si tu obéis à ton directeur, si tu es reconnaissant, fidèle, aimant, humble et doux, ton jugement sera consolant, ton éternité bienheureuse... Si tu te laisses aller à ta lâcheté, à ta sensualité, à ta paresse, à ta timidité, à ton égoïsme, à ton mensonge, à toutes les mauvaises passions que le diable saurait bien vite rallumer en toi; si tu cessais un instant de veiller et si ma main ne te soutenait pas si paternellement, ton jugement et ton éternité seraient d’autant plus terribles que tu aurais abusé de plus de grâces... Si l’enfant prodigue se révoltait contre son père et l’offensait odieusement, après avoir été reçu de lui comme il l’a été, ne serait-ce pas odieux? Ta conduite le serait mille et mille fois plus, toi qui, depuis onze ans, reçois presque chaque jour mon corps et mon âme, mon humanité et ma divinité en nourriture, sur ta langue, dans ton corps... Donc «Veillez et priez... car l’esprit est prompt et la chair est faible.»

MOI, MA VIE PRÉSENTE. EXAMEN DES VERTUS

FOI

En tout, avoir en vue Dieu seul. Dieu est notre Créateur, nous sommes Sa chose, nous devons fructifier pour Lui, comme l’arbre pour son maître... Dieu est l’Être infiniment aimable, nous devons L’aimer de toute l’étendue de notre âme, et, par conséquent, Le regarder sans cesse, L’avoir sans cesse en vue et faire tout ce que nous faisons pour Lui, comme quand on aime, on fait tout en vue de l’être aimé... Nous tenons tout de Dieu: l’être, la conservation, le corps, l’esprit; ayant tout reçu de Lui, il est juste que nous Lui rendions tout. «Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu.» Ce qui est à Dieu, c’est tout notre être et tous nos instants, tous les battements de notre cœur, car tout vient de Lui et n’est que par Lui.

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Vous n’avez pas pu avoir la foi, mon Seigneur Jésus, puisque Vous aviez la claire vision de tout... Mais Vous nous l’avez ordonnée et ordonnée sans cesse par Vos paroles...